T COMME… TONKS

Combien de fois lui avait-elle reproché de l'appeler Nymphadora ? Combien de fois l'avait-elle torturé pour avoir prononcé le prénom honni au lieu de l'appeler Tonks comme tout le monde, tout ça parce qu'il ne trouvait pas ça assez féminin ? Combien de fois l'avait-elle embrassé de force, s'était-elle collé à lui pour lui montrer son désir et le sien qui enflait dans son pantalon ? Combien de fois l'avait-elle traité de pleutre, de froussard, de tous les noms en fait ?

Là, elle ne pouvait pas dire, ils avaient pris des risques. Il était même sûr de l'avoir impressionnée, et émue. Pour une fois que ça arrivait, qu'il ne la désespérait pas. Pour une fois qu'il ne la fuyait pas. Car il ne pourrait plus fuir à présent, n'est-ce pas ? Il était obligé de rester auprès d'elle, à jamais.

Oh ça n'était pas une corvée bien sûr, il ne fallait surtout pas croire ça ! Au contraire, il était heureux, incroyablement heureux, d'avoir ce droit, de rester auprès de cette femme merveilleuse, d'avoir le droit de l'aimer autant qu'il l'aimait, et de le lui montrer. Il avait le droit de l'embrasser dans le cou, de la prendre dans ses bras, de se serrer contre elle le soir quand il avait besoin d'une présence ou qu'il avait froid. Il avait le droit de lui dire qu'il l'aimait, même s'il n'y arrivait pas toujours et que sa gorge se nouait souvent. Il avait le droit de profiter à chaque instant de sa joie de vivre, de son enthousiasme, de ses sourires magnifiques, de son caractère incroyable, et même de ses maladresses qu'il trouvait adorables. Et elle, elle ne regardait que lui, elle n'était qu'à lui.

Bon, ça ne l'empêchait pas de s'inquiéter régulièrement, de se demander pourquoi elle restait avec lui, qu'est-ce qu'elle pouvait bien lui trouver, et s'il revenait et qu'elle était partie pour toujours, et s'il était à la maison, qu'elle partait pour le travail, et ne revenait jamais, et si jamais elle le fichait dehors en lui annonçant qu'elle en avait marre de son instabilité, et si elle se rendait compte qu'elle n'arrivait pas à assumer la charge que cela demandait de vivre avec lui, et si elle se rendait compte qu'il était un monstre, et si elle changeait d'avis ?

Il lui arrivait parfois de se réveiller en sursaut en plein milieu de la nuit, et de regarder avec détresse si elle était encore à ses côtés. Il l'attendait souvent le soir, quand elle prévoyait de rentrer tard pour son travail. Bon, il s'endormait souvent sur le canapé, épuisé, mais il ne pouvait pas s'en empêcher, il fallait qu'il la voit rentrer.

Certains matins, il se sentait complètement nul, et pas du tout à la hauteur. Il traînait dans leur appartement avec une mine de chien battu, désespéré d'être aussi misérable. Ça lui arrivait surtout quand il venait de perdre un emploi à cause de sa lycanthropie, ou quand il n'arrivait pas à en retrouver et qu'ils étaient obligés de vivre grâce au salaire de la jeune femme. Il était peut-être vieux jeu et d'une autre époque, mais il ne trouvait pas ça très correct, ni très galant.

Déjà qu'il était trop vieux pour elle. Rendez-vous compte, treize ans de différence, c'était un gouffre qui les séparait. Il avait parfois honte, et peur, surtout. Peur qu'on lui reproche d'avoir débauché une jeune femme, peur qu'on lui dise qu'il gâchait sa jeunesse, qu'il l'empêchait de trouver un jeune homme de son âge, qu'il ne devrait pas être avec elle, qu'il ne la méritait pas.

Il oscillait sans cesse entre la joie et la peur, entre la félicité et la honte. Mais aujourd'hui, il s'était décidé. Ils étaient perdus dans leur village écossais mais au moins, il n'y avait personne pour les regarder, personne pour les critiquer. Personne ne les connaissait ici. Ils étaient allés dans la taverne à côté de la mairie, et Tonks avait beuglé, d'un ton fort peu féminin trouvait-il, qu'ils avaient besoin de deux bonnes âmes pour témoigner pour eux. Ils étaient allés voir le maire du village, et Remus lui avait demandé s'il voulait bien les marier.

Il l'avait enfin demandée en mariage. Oh, ça n'était pas très cérémonieux comme demande, il avait profité de leur voyage en Ecosse pour se faire quelques vacances. C'était Nymphadora qui avait lancé cette idée, et avait évoqué ce pays, qu'elle avait eu l'occasion d'aller voir quelques fois pour des missions. Elle connaissait même un charmant petit hôtel, dans lequel elle était descendue quelques fois, et dont la patronne, une femme d'une cinquantaine d'années, veuve, l'adorait. Elle l'y avait presque traîné de force, et avait promis de payer toutes leurs dépenses, ce qui le gênait encore plus.

Quelques jours avant le départ, il ne savait pas pourquoi, mais il était retourné chez ses parents. Sa mère était décédée depuis quelques années mais son père avait gardé la maison. Autant dire qu'il ne l'avait pas accueilli avec joie, mais il s'en doutait. Ils entretenaient des rapports plus que froids, depuis Poudlard. Il était simplement venu récupérer quelques affaires qu'il n'était jamais passé prendre. Ça lui avait semblé nécessaire, d'un coup.

En allant faire un tour au grenier, il avait vu quelques affaires appartenant à sa mère. Il était tombé en arrêt devant les cartons, et avait fouillé un peu. Il y avait une boîte à bijoux, derrière quelques vêtements usés et mangés par la poussière et les mites. Il n'avait pas pu s'empêcher de l'ouvrir. Il y avait une jolie bague, au milieu, il s'en souvenait, sa mère l'adorait, elle la mettait les grands jours. Comme le jour où elle l'avait accompagné à King's Cross pour la première fois. Il l'avait prise avant de partir en disant au revoir à son père.

Aujourd'hui, cette bague était la future alliance de Nymphadora. C'était devenu une évidence quand il avait sans savoir pourquoi, voulu l'emporter dans leur voyage. Lui qui avait eu si peur de trop s'engager et de souffrir se retrouvait à vouloir l'épouser. Il n'était pas encore bien sûr de ne pas avoir fait le mauvais choix pour elle, mais il était trop tard pour reculer de toute façon.

Et puis si elle disait oui, ça devait être qu'elle savait, n'est-ce pas ? Après tout, elle avait eu le temps d'y penser, non ? Et elle allait encore lui sortir un discours comme quoi elle savait ce qu'elle voulait et qu'elle n'était plus une gamine, s'il avait le malheur de douter encore devant elle. D'autant qu'après une déclaration, c'était franchement moyen.

Ils avancèrent lentement vers le maire, sous le regard des deux inconnus qui leur serviraient de témoins. Enfin, ils y étaient.

« Je n'ai pas mis de voile, avec ce vent, j'avais peur de l'avaler en sortant. Et puis ça fait trop jeune fille de bonne famille. » Lui chuchota Nymphadora avant qu'ils n'arrivent devant le vieil homme qui les attendait dans sa tenue officielle.

Elle était très bien comme ça de toute façon. Elle était parfaite, pensa-t-il, dans sa tenue habituelle. Ils avaient décidé – surtout elle – de se marier rapidement – avant qu'il ne change d'avis – et sans chichis, en toute intimité. Ils n'avaient prévenu personne.

« Monsieur Remus Lupin, voulez-vous épouser Nymphadora Tonks ici présente ? »

« Oui, je le veux. » sa voix ne trembla même pas. Il en était fier.

« Mademoiselle Nymphadora Tonks, voulez-vous épouser Remus Lupin ici présent ? »

« Tonks. Et oui, évidemment que je le veux ! » Répondit la jeune femme en sautant au cou de son amant.

Il lui passa l'anneau tandis qu'elle passait le sien, trouvé en catastrophe dans une petite brocante du village. Elle était merveilleuse. Elle était son épouse. Et oui, il était sûr de lui. Fi aux autres.