On est dimanche! *captain obvious mode* Et comme tous les dimanches...Un nouveau chapitre! Malheureusement, vous devrez attendre un peu avant de savoir ce qui est arrivé à Thor et Hawkeye (ou bien vous pouvez aussi lire la fic originale si vous êtes vraiment impatients. Le lien est sur mon profil) mais ça ne veut pas dire que ce chapitre est inintéressant.


Après le succès de l'attaque de Lokibot (63) sur le musée, Daniel avait repris un peu d'espoir. Bien que le robot n'ai jamais l'air content, au moins il avait été moins contrarié que d'habitude et donc dans une certaine mesure moins prompt à l'homicide. Et bien qu'il ait réquisitionné tout le laboratoire pour construire quelque chose à base de météorite de fer et de nickel dont il refusait de dire plus, au moins il laissait Daniel aider. Et par aider, signifiait qu'il était autorisé à accomplir quelques tâches mineures retranscrites sur papier avec bien plus de détails qu'il ne semblait nécessaire, même pour lui.

Il espérait que ce n'était qu'une phase. Il avait entendu dire que les enfants, en grandissant, passaient par une phase où ils voulaient tout contrôler (64), et peut-être qu'après ça sa création le laisserait de nouveau choisir ses chaussures.

Daniel était au milieu d'une de ces tâches décrites de façon de plus en plus pénibles lorsqu'une explosion de lumière blanche envahit la pièce. Par chance, il était en train de souder quelque chose; le masque qu'il portait était la seule chose qui lui évita l'aveuglement.

Il se tint recroquevillé jusqu'à ce que la lumière disparaisse, et retira le masque avec prudence. L'air ambiant empestait les oranges brûlées et l'ozone. Quelque chose fumait au milieu du laboratoire il lui fallut un moment avant de comprendre qu'il s'agissait du robot, qui semblait avoir tant perdu le contrôle sur son enveloppe corporelle que des bouts de fibres optiques dépassaient de sa peau qui avait repris la couleur rose-orangée de la gélatine. Il avait l'air de fondre.

-Est-ce que…Est-ce que…Daniel s'interrompit avant de poser une question stupidement évidente. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

-Annuler…Annuler…Annuler…psalmodia le robot dans un rythme irrégulier.

Daniel retourna frénétiquement le laboratoire pour rassembler son ordinateur portable et le câble, renversant dans la manœuvre son café sur la météorite. Le robot n'était pas en état de l'aider; de ses mains tremblantes, il gratta assez de gélatine pour avoir accès au cerveau artificiel et y brancha le câble.

Il s'empressa de taper des lignes de commandes sur son ordinateur et d'examiner les résultats.

-Mais qu'est-ce que tu as essayé de faire?

Le robot n'était pas en état de répondre.

« Peut-être un secteur mémoriel qui a déraillé ? »

Il semblait y avoir une sorte de virus (ce qui n'avait pas de sens: le robot n'était pas une machine stupide qui pouvait se retrouver attaquée par des spywares) qui tentait d'accéder à la mémoire du robot et qui tournait en une boucle sans fin à cause des sécurités.

Et, ce qui était encore plus déroutant, Daniel n'arrivait pas à l'effacer. Il ne pouvait même pas l'examiner: il n'obtenait qu'un charabia incompréhensible dans une police de caractère anguleuse et dorée. Qui scintillait d'une manière qu'il était certain que son ordinateur ne pouvait pas afficher.

Il ne put rien faire d'autre que d'écrire un nouveau code qui agirait comme une enveloppe pour le programme dénué de sens. Dès qu'il eut finit, ce fut comme s'il avait enclenché un interrupteur : la forme du robot se raffermit, reprit les bonnes couleurs, et il se redressa.

-Est-ce que ça va mieux maintenant ? Demanda Daniel avec autant d'enthousiasme qu'il en était capable ces derniers temps.

-Acceptable.

Le robot ferma les yeux, les rouvrit, et fronça les sourcils. Il arracha le câble branché derrière son crâne.

« Qu'est-ce que tu m'as fait ? »

Ce fut au tour de Daniel de froncer les sourcils : il ne s'attendait certainement pas à des remerciements, cela il l'avait très bien compris. Mais il n'aimait pas beaucoup le ton qui lui était adressé.

-Il y avait un code bizarre qui essayait de s'intégrer à ta programmation et qui était bloqué par les pare-feu. Je l'ai isolé pour le moment, mais il faudrait que tu voies si tu peux l'effacer toi-même. (il secoua la tête) Je n'ai jamais rien vu de pareil.

-Bien sûr que non. Et une fois de plus, tes conceptions m'ont desservi.

Le robot se releva et se dirigea vers la table où il construisait son…ce qu'il construisait.

Daniel le suivit prudemment, son ordinateur serré contre lui.

-On a déjà connu ça…

-Ce que tu as conçu m'a empêché de détruire le frère de ma copie. Je dois trouver un moyen d'intégrer ce que j'ai acquis.

Il baissa les yeux sur la météorite et la tasse de café renversée.

-Oui, mais…

Le poing du robot fusa, entrant violemment en contact avec le visage de Daniel. Il y eut un bruit d'écrasement, et il fut projeté dans une table de métal où il rebondit avant de glisser sur le sol.

Daniel se releva rapidement, légèrement recroquevillé au cas où il déciderait de le frapper encore.

-Pourquoi tu as fait ça ?

Le robot ne prit même pas la peine de se tourner vers lui.

-Je ne peux pas surmonter tes défauts alors que tu continues de me gêner par ta simple présence, fit-il en passant un doigt sur la flaque de café avec une expression de dégout. « Et même maintenant tu me retiens. Les humains sont pathétiques. »

-Je suis désolé, je ne voulais pas…Daniel se tut brusquement lorsque le robot quitta simplement le laboratoire comme s'il n'avait pas parlé du tout. Il eut les larmes aux yeux.

Puis il baissa les yeux, et tout devint beaucoup plus clair. Son corps reposait en un tas désarticulé, à moitié sous la table.

-Je suppose que ça n'a plus vraiment d'importance que je sois désolé ou non, dit-il en s'essuyant les yeux. Mais est-ce que c'était vraiment nécessaire ?

TOTALEMENT SUPERFLU, JE DIRAIS. MAIS C'EST SOUVENT LE CAS.

Ce n'était pas vraiment une voix : personne ne parlait. Les mots avaient l'air de se former quelque part entre l'air et l'oreille éthérée de Daniel. Il jeta un coup d'œil derrière son épaule et vit quelqu'un de très grand, et très noir.

-Vous regardiez ? Pourquoi n'avez-vous rien fait ?

J'ESSAIE DE NE PAS M'IMPLIQUER DANS DES DISPUTES. C'EST…GÊNANT, fit l'homme en souriant. Bien, que pour être honnête, il ne pouvait rien faire d'autre que sourire. D'AUTRE PART, CE N'EST PAS VRAIMENT DANS MES ATTRIBUTIONS.

-Je ne voulais pas que ça tourne comme ça, soupira Daniel en s'essuyant de nouveau les yeux. Je voulais juste faire quelque chose qui a du sens, vous comprenez ?

Une main osseuse lui tapota maladroitement l'épaule. JE TROUVE QUE LES CHOSES ONT RAREMENT DU SENS. OU PEUT-ÊTRE QUE JE N'ESSAIE DE VOIR QUE LE MAUVAIS GENRE DE SENS. (il sourit un peu plus) MAIS C'EST EN PARTIE CE QUI REND LE MONDE INTÉRESSANT.

Il avait d'autres questions à poser, d'autres choses à dire, comme si s'excuser auprès de la Mort pourrait d'une certaine façon arranger les choses. Mais bizarrement, cela lui paraissait de moins en moins important de seconde en seconde : après tout, il était trop tard. Daniel renifla une dernière fois et s'essuya son nez sur sa manche, bien qu'il supposait que ce n'était pas vraiment une manche, et qu'il n'avait plus vraiment de nez.

-Qu'est-ce qui se passe maintenant ?

JE CROIS QUE C'EST A VOUS DE LE DÉCOUVRIR.


63 –Qu'on ne se méprenne pas: Daniel n'aurait pour rien au monde appelé le robot autrement que « Loki » à voix haute. Mais il regrettait de plus en plus la dernière syllabe, surtout lorsque le robot agissait de façon particulièrement froide et méprisante. Ce qui, pour être honnête, arrivait quatre-vingt-dix-huit pour cent du temps. Il commençait à penser que toute cette histoire de supériorité était un tout petit peu surfaite.

64 –Daniel lui-même n'était jamais vraiment sorti de cette phase, mais il était capable d'occulter son propre désir désespéré de contrôler le monde autour de lui pour se consacrer au succès du robot. Ou peut-être, plus exactement, parce qu'il en était complétement terrifié.


Comme disait Patrick Couton, traducteur des Annales du Disque-monde, la Mort est un mâle, un mâle nécessaire.

Et sinon... Pauvre Daniel T_T