Chapitre 20

Mondingus avait très peu dormi. De fort mauvaise humeur, et très inquiet, il avait demandé à plusieurs gardiens des nouvelles de Fox. Aucun n'avait été en mesure de lui répondre. Seul Doherty l'aurait pu, apparemment, mais il était occupé ailleurs.

Mondingus en était réduit à pester seul contre son impuissance.

Comment cela avait-il pu arriver? Finnigan n'aurait jamais dû se trouver dans une pareille situation.

Les gardiens avaient mené leur enquête à peine Finnigan transporté à l'infirmerie. Au moins Jorkins avait-il réagi rapidement. De ce que Mondingus avait pu entendre, Cole était réellement innocent, sur ce coup-là. Si tel n'avait pas été le cas, Mondingus aurait été capable de monnayer avec Darius la revanche appropriée.

Mais non. Il fallait chercher le responsable ailleurs. Le nom de Johnson circulait, sans que Mondingus comprenne au juste pourquoi. Pourquoi ce type en aurait-il eu après Finnigan? Et surtout, comment s'y était-il pris?

Il y avait bien ce type, cet Auror, qui avait visité la prison la veille, moins de deux heures après l'agression de Finnigan. Mondingus avait craint un moment que les projets de son ami aient été éventés. Mais l'Auror s'était contenté d'interroger Johnson, qui avait passé de longues heures dans le bureau des gardiens.

La prison entière semblait en ébullition. La tension des matons était palpable, et on les sentait soumis à une pression énorme, de la part de la direction. On parlait d'une mise à pied de Kensington, sans que Mondingus sache vraiment pourquoi. Et les détenus, sensibles à cette atmosphère explosive, n'attendaient qu'une occasion pour mettre le feu aux poudres.

Le réfectoire, fermé depuis la veille, fut rouvert pour le dîner, mais l'encadrement avait été renforcé: il y avait maintenant deux fois plus de gardiens pour surveiller les prisonniers.

Pourtant, pas un d'eux ne put répondre aux questions de Mondingus. Ils l'envoyèrent s'asseoir à une table avec son plateau. Mondingus se sentait prêt à exploser. Et s'il provoquait une bagarre, là, dans le réfectoire, uniquement pour embarrasser un peu plus tous ces types qui le prenaient de haut?

«Tu veux des nouvelles du p'tit gars?» demanda une voix près de lui. Mondingus sursauta, tiré de ses idées de révolte. C'était Zacharius, le doyen de la prison. Il s'assit sur le banc près de lui, sans attendre sa réponse. «Personne ne semble savoir comment il va… grommela Mondingus, le nez dans son verre d'eau.
- C'est ton ami?
- Nous sommes dans la même cellule.
- Et c'est ton ami? Insista Zacharius. Pourquoi te soucier de son sort, si ce n'est pas le cas? A moins que tu sois responsable de son état…
- Bien sûr que non, ce n'est pas moi! protesta Mondingus.
- Je sais, c'est Johnson. Il l'a avoué à Doherty.
- Comment tu sais ça, l'Ancien?
- J'ai entendu Jorkins en parler à cet Auror, là, le type qui est venu à la prison deux fois…»

Zacharius attaqua sa cuisse de poulet avec entrain. Mondingus le regarda, un peu perplexe. Il était donc vrai que Zacharius jouissait de bien plus de prérogatives que les autres détenus! Il avait toujours pensé qu'il y avait beaucoup de vantardises, dans les allégations du vieil homme. Pourtant, s'il disait vrai, il devait en savoir bien plus qu'aucun des autres détenus.

«Tu sais comment va Finnigan? demanda-t-il, pris d'espoir.
- Ouais… Mieux. Il s'est réveillé ce matin. Miss Fudge semble penser qu'il va s'en tirer.»

Brusquement soulagé, Mondingus prit subitement conscience qu'il n'avait rien avalé depuis la veille, et se mit à dévorer son propre morceau de poulet. Finnigan, hors de danger? Il n'en avait pas espérer autant.

«Il est entre de bonnes mains, en tous cas, continuait Zacharius. Miss Fudge prend grand soin de lui. Elle est même allée en Haute Sécurité, pour trouver de quoi le sauver.
- Hein?
- Oui, elle a fait venir un type de là-bas… Un de ceux condamnés à perpétuité… Apparemment, il lui fallait son sang à lui pour soigner le p'tit gars. Le type a été très correct, il s'est tenu comme il faut… Doherty était furieux, lui. Il n'aime pas avoir à faire avec les Mangemorts. En tous cas, ça a l'air d'avoir marché. Mais bon, ne t'attends pas à voir revenir ton pote avant deux-trois jours, hein? Il est plutôt faiblard, encore.»

Mondingus ne releva pas. Ainsi, la guérisseuse était allée chercher un détenu en Haute Sécurité pour sauver Fox? Ce ne pouvait être que Black. Ce qui voulait dire qu'elle devait être au courant pour leur lien de parenté.

Saurait-elle tenir sa langue? Mondingus l'espérait.

«Je crois que Miss Fudge a demandé à ce que le type revienne lui donner de son sang cet après-midi…
- Et Jorkins accepte ça?
- Je crois qu'elle le fait craquer… Elle est mignonne, cette gamine! Et puis, il a été sage, ce type, la première fois… M'a pas l'air d'un mauvais bougre…
- Un Mangemort? remarqua Mondingus.
- Pattenrond l'aime bien. Tu l'aurais vu!
- Qui?!
- Le chat!
- Celui qui traîne à l'infirmerie?
- Ouais… Il s'appelle Pattenrond. Il est entré dans l'infirmerie, hier soir… Il y avait tellement de monde, avec tous ces matons partout, qu'ils ont laissé la porte ouverte. Et Pattenrond est entré, et a filé tout droit vers ce type pour se frotter à ses jambes! Comme si c'était un vieux pote à lui! Des fois, je me dis…
- Quoi?
- Que Pattenrond ne fait pas que se promener dans l'infirmerie… Je crois qu'il va chasser les rats dans le quartier de Haute Sécurité… C'est si dégueu, là-bas… C'est pas la vermine qui manque…»

Mondingus essaya d'imaginer un chat se promenant dans les couloirs au milieu des Détraqueurs.

«Et les Détraqueurs? demanda-t-il.
- Il s'en fout, c'est un chat! Quelle prise les Détraqueurs peuvent avoir sur lui, je te demande?! Mais j'ai eu l'impression que Pattenrond connaissait ce type. Et qu'il l'aimait bien. Parce que Pattenrond se laisse pas approcher par n'importe qui. Il aime pas Doherty, par exemple. Et il s'est jamais approché de Floyd, quand il était à l'infirmerie.
- Quand il était ?! releva Mondingus, surpris. Il n'y est plus?
- Depuis le début de la semaine. On l'a transféré à Sainte Mangouste, parce qu'il avait les parties dans un état si épouvantable que Miss Fudge arrivait pas à le soigner.
- Floyd n'est plus à Azkaban?!
- Euh… Je crois que si, il est revenu… J'ai entendu Doherty en parler…
- Il n'est pas dans sa cellule.
- Il est en Haute Sécurité, maintenant. Enfin, je crois…»

Mondingus laissa retomber la fourchette. Les pièces éparses du puzzle se remettaient en place, il comprenait presque ce qui s'était joué, ces derniers jours.

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Isabelle s'attarda un instant au chevet de Fox. Le jeune homme dormait paisiblement. Il était toujours très pâle, et le serait sans doute pour quelques jours encore, mais il semblait moins faible. Moins abattu, aussi.

Faire venir Black du quartier de Haute Sécurité pour qu'ils se rencontrent avait été très profitable, médicalement parlant. Même si elle avait eu du mal à éloigner Doherty et Andrew suffisamment de temps pour que les deux frères puissent vraiment profiter l'un de l'autre, le peu qu'ils avaient partagé semblait avoir donner à Fox un regain d'énergie appréciable. Quand Black était reparti, il n'avait plus cet air profondément abattu qui lui avait fait craindre pour lui.

Elle avait parfaitement senti le désespoir du jeune homme, même si elle ne comprenait pas exactement pourquoi il était à ce point affecté. Que Sirius Black ait été capable de lui redonner un peu le moral ne pouvait que l'aider à guérir plus vite.

Black. Elle avait tant entendu, à son propos, et c'était si contradictoire avec l'impression qu'il lui avait donnée, qu'elle ne savait plus quoi penser.

Bien sûr, elle avait d'abord été effrayée par son aplomb, par la force qui émanait de lui. Il n'aurait pas dû résister aussi bien aux Détraqueurs. Elle avait d'abord pensé que seul un individu dépourvu d'âme était capable de passer outre la souffrance morale générée par ces créatures.

Mais il y avait ce regard, posé sur son frère.

Même les monstres sont capables de compassion, pour les leurs…Que Black s'inquiète pour son frère ne veut rien dire…

Elle ne savait plus quoi penser.

Elle prit son sac et sa cape. Fox passerait sa seconde nuit à l'infirmerie. Si elle était restée à Azkaban la veille, inquiète pour sa vie, elle le savait hors de danger, maintenant. Il était inutile qu'elle reste ici, à tourner en rond. Elle avait besoin d'une bonne nuit de sommeil, dans son lit. Andrew resterait, de toute façon. Et la pièce d'opération, convertie en chambre, avait été bardée de sorts. Fox n'avait aucune possibilité de sortir de là.

Après un dernier regard au jeune homme, elle quitta l'infirmerie, passa la cour, traversa le quartier de détention, par les couloirs de service, puis le hall d'accueil.

Le bac attendait le personnel de la prison, arrimé au ponton. Le passeur l'aida obligeamment à monter, et elle prit place sur l'un des bancs de bois, à côté du cuisinier qui lui sourit de toutes ses dents. Elle lui rendit brièvement son sourire et se détourna. Elle n'avait pas envie de ses avances. Si, la plupart du temps, elle s'accommodait des tentatives assez piètres de tous ces hommes pour qu'elle les remarque, ce soir, elle aurait vraiment préféré qu'ils l'ignorent.

Elle était fatiguée. Epuisée. Physiquement, bien sûr, elle avait à peine dormi, la nuit précédente, installée sur sa chaise de bureau métamorphosée en lit d'appoint. Mais c'était surtout moralement, qu'elle était à plat.

Elle avait eu tellement peur, de voir Finnigan mourir…

Il était heureux qu'elle ait fait le lien entre Black et lui.

Black et Fox étaient frères.

Elle fronça les sourcils. D'accord, ils étaient frères. Mais qui était Fox? Etait-il Regulus Black, ou un autre frère, occulte, celui-là?

Regulus Black est mort, victime des Mangemorts, ça a tellement démonté son père qu'il en est mort. Ce que son père lui avait dit ne l'aidait pas à comprendre qui était son patient.

Fox était-il Regulus? Fox était-il un Mangemort repenti condamné à mort? Et si oui, pourquoi était-il là, bien vivant, à Azkaban?

Finnigan, un Mangemort… Cette idée la troublait. Si tel était le cas, si Fox était vraiment Regulus, le fait qu'il ait retourné sa veste ne changeait rien à l'amertume qu'elle ressentait. Elle avait beau penser que tout le monde pouvait commettre des erreurs, et que le repentir était toujours possible, les Mangemorts étaient des personnes tellement répugnantes… Comment Fox aurait-il pu se fourvoyer dans une idéologie pareille?

La vérité, c'était qu'elle refusait de voir tous les côtés sombres du jeune homme. N'avait-elle pas pratiquement pardonné la violence condamnable dont il avait fait preuve, à l'égard de Floyd?

Il était urgent qu'elle reprenne pied avec la réalité. Qu'elle se décide à voir Fox tel qu'il était réellement.

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Lupin faisait les cent pas sur la rive, profondément enfoncé dans ses pensées. Il avait troqué son uniforme de moldu vert contre une robe de sorcier qui avait connu des jours meilleurs. Lupin n'avait jamais roulé sur l'or, mais sa situation semblait avoir empirée, ses derniers temps…

Rogue le regardait déambuler comme un lion – un loup! – en cage, vaguement méprisant. Il avait gardé de Lupin l'image d'un garçon plutôt mesuré, et peu expansif, surtout en comparaison de ses deux exubérants amis, Black et Potter. Qu'il se montre ainsi, les nerfs à fleur de peau, exaspérait Rogue. Il était déjà bien difficilement supportable d'attendre ici, avec lui, le bac qui les conduirait à la prison…

«Tu me files le tournis, Lupin», lança-t-il finalement.

Lupin s'arrêta brusquement, lui lança un regard dépourvu de sympathie, et enfonça ses mains dans ses poches avec brusquerie. «Je ne suis pas sûr d'avoir eu raison de t'écouter…
- Allons donc! Tu aurais renoncé à l'occasion de voler au secours de ton ami!
- Tu ne m'as pas donné grand-chose pour me prouver que Sirius était vraiment innocent!»

Il avait buté sur le prénom de Black. Sa rancœur devait être bien vive, pour qu'il ait encore tant de réticences…

«Tu peux toujours faire demi-tour, Lupin, remarqua Rogue, sarcastique. Ce ne sera pas la première fois que tu tourneras le dos à ton ami…
- Qu'est-ce que tu racontes! répliqua Remus avec brusquerie.
- Tu l'as laissé tombé, tu t'es contenté d'admettre la version officielle, sans chercher plus loin… ce que n'aurait pourtant pas manqué de faire un véritable ami…»

Un instant, Rogue fut persuadé que Lupin allait se jeter sur lui. Sa main se crispa sur sa baguette, dans sa poche.

«Qu'est-ce que tu connais à l'amitié, Rogue… lâcha Remus, d'un ton morne. Qui n'a jamais voulu prendre de risques pour toi? Tu ne sais rien, de l'amitié, tu ne sais pas ce que ça suppose, ni ce que ça fait, de se sentir trahi par ceux qu'on aime…»

Ce fut au tour de Rogue, de se crisper.

Non, il ne savait pas. Il avait toujours été solitaire. Il n'avait jamais compté sur personne d'autre que sur lui-même, et n'avait jamais rien donné à personne…

Un coin de son esprit tenta de lui imposer l'image de Regulus, mais il bloqua aussitôt toute idée se rapportant au jeune homme. Il n'était pas l'ami de Regulus. Il ne le serait jamais. Il ne faisait que concourir à un intérêt commun.

Le bac finit par arriver. Lupin prit place sur un banc, et Rogue se résolut à s'asseoir en face de lui. C'était toujours plus acceptable que de prendre place à ses côtés. Il ne voulait pas avoir ne serait-ce qu'à toucher cet hybride…

«Et maintenant?
- On va naviguer jusqu'à l'île. Un voyage très déplaisant, je te préviens. Mais il n'y a aucun moyen magique pour aborder Azkaban. Même par Portoloin. Ensuite, on va passer une série de contrôles, te prendre ta baguette, et on va être conduits dans la salle des rendez-vous.
- Je n'ai pas de baguette…»

Rogue le regarda avec surprise. Lupin soutint son regard, un rien de lassitude sur le visage.

«Pas de baguette… Et pourquoi?
- Je n'en ai pas l'utilité. Chez les Moldus, à quoi cela me servirait-il? Je suis jardinier. Je n'ai pas besoin de baguette.
- Jardinier?
- Mes cours de botanique me sont finalement utiles…»

Rogue ne releva pas. Il avait l'étrange impression qu'il y avait quelque-chose de cassé chez Lupin.

Il espéra sincèrement que Regulus n'attendait pas trop de lui. Parce que Lupin ne lui semblait pas susceptible de lui apporter une grande aide.

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La traversée fut épouvantable. Au moins Remus eut-il la consolation de ne plus entendre Rogue. Celui-ci semblait lutter autant que lui-même contre la nausée. Il était particulièrement sensible à l'odeur de moisi qui montait du fond de la barque. Et la masse froide et mouvante de l'océan autour de lui le glaçait jusqu'à l'os.

Il avait beaucoup hésité, avant de venir jusqu'au point d'embarquement pour Azkaban. La visite de Rogue a son domicile, toutes ses allégations, l'avaient plongé dans le plus grand désarroi. Sirius innocent? Et Regulus, vivant, se démenant pour le faire évader?

Il y avait tant de choses qui clochaient… D'abord, il voyait mal Regulus se mouiller pour son frère. Ne s'étaient-ils pas opposés sur tout, sur leur famille, sur leur idéologie? Regulus était un Mangemort. Qu'il ait fini par déplaire à Voldemort ne voulait rien dire. Voldemort était du genre à éliminer ceux qui lui déplaisaient, même parmi ses propres partisans. Cela ne signifiait pas que Regulus avait fait amende honorable.

Et puis, Sirius innocent… Il voulait le croire, évidemment. La trahison de Sirius lui avait laissé une blessure béante, que les mois n'avaient pas comblée. Mais cela signifiait que le coupable était ailleurs, et Remus ne pouvait penser qu'à Peter.

Il n'arrivait pas à croire que ce soit Peter.

Lassé de tourner en rond avec ses incertitudes, il avait finalement opté pour l'action, et avait fait le déplacement jusqu'à l'embarquement pour Azkaban, où il avait retrouvé Rogue.

«Ne me vomis pas dessus, Lupin! lâcha Rogue, menaçant. Ou je te jette par dessus-bord!»

Le propre visage de Rogue si verdâtre lui fut suffisamment agréable pour qu'il ne se donne pas la peine de l'envoyer balader.

Ils finirent par accoster. Ils descendirent du bac, derrière le seul autre sorcier à avoir fait la traverser jusqu'à l'île, ce samedi-là. Ils furent accueillis par deux gardiens qui les sondèrent. Lupin trouva l'opération particulièrement désagréable. Il avait presque oublié le flux si particulier de la magie, la façon dont il vous enveloppait. L'air, ici, en était saturé.

Il suivit Rogue jusqu'au bâtiment sombre, au bout du chemin empierré.

Après un nouvel examen, ils annoncèrent le nom du prisonnier qu'ils souhaitaient rencontrer. Et Remus vit aussitôt que quelque-chose clochait. Le gardien qui faisait office de réceptionniste semblait vaguement ennuyé, tout à coup.

«Quoi? lâcha Rogue, avec son amabilité coutumière.
- Il y a un soucis, avoua l'employé.
- Lequel?» Le ton de Rogue était aussi froid que l'air ambiant. «M. Fox est à l'infirmerie…
- Pourquoi?
- Il a été blessé… Si vous voulez bien attendre un instant, je vais voir ce que je peux faire…»

Il les laissa en plan devant son bureau et s'éloigna vers une porte, au fond du hall. Remus et Severus échangèrent un regard. «Ce n'est pas bon signe, hein…? murmura Remus.
- Je savais que cet idiot allait finir par s'attirer des ennuis! grommela Rogue. Finir en prison quand on est un Mangemort dissident…»

Remus le regarda avec surprise. Etait-ce de l'inquiétude, qu'il percevait derrière ses paroles? Rogue se maîtrisait parfaitement, mais il y avait des signes qui ne trompaient pas: le geste nerveux qui agitait le bout de ses doigts, son cou rentré dans ses épaules, comme pour parer un coup qui ne venait pas, la légère rougeur qui gagnait ses tempes, sans aller jusqu'à ses joues.

«Finnigan Fox est toujours à l'infirmerie, leur indiqua le gardien, revenant vers lui. Mais ses jours ne sont pas en danger.
- Que lui est-il arrivé?!
- Une enquête est en cours.
- Il a été agressé?! Par qui?!
- Je ne peux pas vous répondre. Tout ce que je peux vous dire, c'est que les altercations entre détenus sont monnaie courante, et que bien heureusement, elles ne portent généralement pas à conséquences…
- Pas à conséquences?! s'exclama Rogue, perdant un peu de son sang-froid. Finir à l'infirmerie, vous considérez cela comme anodin?!
- Non, je n'ai pas dit ça… Surtout que l'alerte a été chaude, ce coup-ci, mais tout va bien, maintenant… M. Fox se repose… Sans doute pourrez-vous le voir la semaine prochaine.
- Pas avant?!
- Vous pouvez lui écrire, il pourra vous répondre… Mais nous ne transférons pas de détenus de l'infirmerie jusqu'à la salle de rendez-vous. S'il est là-bas, c'est qu'il n'est pas en état de se déplacer, sinon, il aurait déjà réintégré sa cellule…»

Le gardien rougit brusquement en s'apercevant que ce qu'il disait n'était pas pour calmer les visiteurs. Effectivement, Rogue se redressa de toute sa taille, prêt à exiger toutes les explications nécessaires.

Remus ne l'avait jamais vu aussi inquiet pour personne. Se pouvait-il qu'il y ait des liens d'amitié entre lui et le frère de Sirius?

«Et vous dites que tout va bien?! s'écria-t-il, furieux. Il n'est pas capable de tenir debout, mais il va bien!
- Il est juste un peu faible, il se repose…» répéta le gardien, pâlissant.

Du coin de l'œil, Remus vit les autres gardiens s'avancer, l'air subitement beaucoup plus menaçants. Il attrapa Rogue par le bras.

«Ça suffit, Severus… Nous le verrons la semaine prochaine.
- Oui, si personne ne lui fait la peau avant!
- Cela n'arrivera pas, toutes les mesures sont prises dans l'intérêt des prisonniers!»protesta le gardien.

Le cercle des gardiens s'était un peu plus rapproché. Remus donna une secousse sur le bras de Rogue. «Laisse tomber, on lui écrira! insista-t-il.
- Lâche-moi! répliqua Rogue, s'apercevant soudain qu'il le touchait. Très bien. Mais dites-lui que son ami est passé le voir. Et je vous préviens! Si jamais il lui arrive encore quelque-chose, je ferai en sorte qu'il vous arrive beaucoup, beaucoup d'ennuis!»

Rogue suivit Remus hors de la prison, irradiant littéralement la rage.

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Isabelle avait finalement accepté la suggestion de Jorkins et avait pris son après-midi.

Elle s'était rendue au chevet de Fox sitôt arrivée, ce matin-là. Andrew lui avait assuré que le patient avait passé une bonne nuit, ce que confirmait le visage reposé du jeune homme. Il l'avait remerciée avec une sincérité désarmante et trop de chaleur dans la voix pour qu'elle n'en soit pas troublée.

Elle avait préféré s'enfuir, quitter l'infirmerie, et faire la tournée du quartier de Haute Sécurité. Elle y passa plus d'une heure, à soigner les détenus du premier niveau, Doherty s'opposant formellement à ce qu'elle monte au second. Elle finit par déclarer forfait, son humeur rendue de plus en plus morose par la proximité des Détraqueurs.

Elle avait croisé Jorkins, alors qu'elle revenait vers l'infirmerie. Il l'avait regardée avec quelque inquiétude et lui avait suggéré d'emblée de prendre son après-midi. «Vous ne nous serez pas vraiment utile, si vous finissez par être victime d'une dépression…» avait-il argué.

Elle avait donc accepté. S'éloigner un peu de Fox et d'Azkaban ne pouvait que lui être bénéfique. De plus, elle avait sur elle sa sphère d'urgence, Andrew ou Jorkins pourraient la joindre à tout moment en cas de besoin.

Le bac devait être au ponton, à attendre de pouvoir ramener les visiteurs du samedi. Jorkins lui avait proposé de rentrer chez elle par réseau de cheminette, mais elle préférait prendre la voie de la mer. Le voyage ne la rebutait pas, au contraire. Elle avait toujours aimé naviguer.

Elle remonta le chemin jusqu'à la mer. Il lui restait presque une demi-heure, avant le départ. Pourtant, le bac n'était pas vide. Deux sorciers étaient assis sur les bancs de bois.

Elle monta à son tour dans le bac, aidée par le passeur, et s'assit, étudiant les deux autres passagers du coin de l'œil, curieuse.

Le premier, plutôt grand et maigre, avait un physique plutôt désagréable. Son visage ingrat était rendu plus laid, encore, par la colère évidente qui l'habitait.

L'autre était tout aussi maigre. Jeune, comme l'autre sorcier, mais comme usé. Un homme qui avait beaucoup trop souffert, trop jeune.

Autant Isabelle se serait défiée du premier sorcier, autant celui-ci lui inspirait de la sympathie.

Ils étaient assis face-à-face, et Isabelle eut la curieuse impression qu'ils étaient venus ensemble, en dépit du dédain manifeste qu'ils avaient l'un pour l'autre. C'était curieux.

«Vous partez déjà, Miss? demanda le passeur, l'air peu concerné par sa propre question.
- Le directeur m'offre mon après-midi, expliqua-t-elle. Je profite de votre passage pour rentrer.
- Les derniers jours ont été agités. Un peu de repos ne peut pas vous faire de mal.
- En effet.»

L'un des deux sorciers, celui qui paraissait plus vieux que son âge, lui jeta un rapide coup d'œil intrigué, qu'elle intercepta. Elle lui adressa un sourire aimable, qu'il lui rendit, avant de retourner à la contemplation des vagues.

Isabelle se demanda qui cet homme venait voir: un parent? Un ami? Son épouse? Non, il ne portait pas d'alliance. Et pourquoi était-il dans le bac, en compagnie de ce sorcier apparemment si désagréable, alors que l'heure des visites n'étaient pas passée?

«Je n'ai qu'un patient, en ce moment, et il va mieux», poursuivit-elle, en direction du passeur.

Elle vit les deux sorciers se tourner vers elle d'un mouvement simultané. Elle rougit, embarrassée de se trouver brusquement leur point de mire.

« Vous voulez parler de Finnigan Fox? demanda le sorcier laid.
- Oui… répondit Isabelle, prise au dépourvu. C'est exactement lui…
- Nous venions le voir, expliqua le second sorcier. Mais on nous a dit qu'il était souffrant… Va-t-il réellement mieux, comme on nous l'a assuré?
- Oui, il va bien… Il sortira vraisemblablement de l'infirmerie demain… Vous êtes de ses amis?»

Ainsi, elle avait eu raison de penser que ces deux hommes étaient venus ensemble. Et elle comprenait mieux la colère du sorcier à l'air revêche.

Les deux sorciers échangèrent un regard, comme s'ils se consultaient l'un l'autre sur la meilleure réponse à donner. Elle ne voyait pas en quoi la question était difficile, et cela l'intrigua.

«Disons que c'est l'ami d'un ami… avança le sorcier fatigué sans se mouiller. Nous venions prendre de ses nouvelles… Nous avons été un peu choqués d'apprendre qu'il était à l'infirmerie…
- Il a pris la défense d'un autre détenu, contre un prisonnier au caractère plutôt instable… Celui-ci a cherché à se venger. Il a été puni pour cela, soyez-en assurés. Et M. Fox va bien, maintenant.»

Les deux hommes échangèrent un nouveau regard, mais ne relevèrent pas. Comme aucun des deux ne semblait désireux de poursuivre la conversation, Isabelle se décida à les ignorer, et se replongea dans ses propres pensées.