Épilogue
Une célébration
Quand je sortis de l'hôpital, je fus surprise de tomber sur Alice et Jasper, qui semblaient m'avoir attendue à l'entrée du bâtiment depuis quelques temps déjà. Alice affichait un grand sourire, et même Jasper souriait, ce qui était rare chez lui. Ils avaient l'intention de fêter mon rétablissement ou quoi ?
- Salut, Anna ! dit Alice en se jetant dans mes bras. Comment ça va ?
- Euh... un peu mieux que la dernière fois qu'on s'est vues, ça c'est sûr... marmonnai-je, prise au dépourvue par son enthousiasme débordant. Et toi ?
- Super ! Alors, ça te fait quoi d'avoir dix-huit ans ?
Hein ? Je la regardai avec de grands yeux, interdite. J'avais perdu à ce point la notion du temps pour oublier le jour de ma naissance ? Et puis, comment était-elle au courant ? Je n'avais aucun souvenir de lui avoir dit cette information... à moins qu'elle ne se soit renseignée auprès de mes parents, la petite fouineuse. Elle parut scandalisée par mon expression, ce qui amusa son compagnon par la même occasion.
- Oh, ne me dis pas que tu as oublié ton anniversaire ! fit-elle, boudeuse. Avec Jasper, on a même un super cadeau pour toi.
- Un cadeau ? répétai-je, toujours interdite.
- Et oui ! Tu ne croyais quand même pas que j'allais laisser passer cette occasion !
- Alice, il ne fallait surtout pas te donner cette peine...
- Si, et j'insiste pour que tu l'acceptes !
- ...surtout que ce n'est pas donné à tout le monde de payer ça, renchérit Jasper.
- Vous me faîtes peur, là.
- Mais non ! Allez, viens, on te ramène chez toi, la surprise t'attend là bas de toute façon.
Je soupirai d'un air blasé et n'eut aucune autre possibilité que de les suivre dehors sur le parking en direction de la Jeep qu'ils avaient emprunté à Emmett. En y pensant, c'était pourri d'avoir dix-huit ans. Déjà, parce que j'étais plus vieille qu'Alice et Jasper maintenant, et c'était flippant. Ensuite, j'étais dans un état critique, ce qui m'empêcherait de jouer de la guitare au concert du bal de promo ce soir. Le groupe devrait se démmerder sans moi. Et encore, Carlisle avait été gentil de me laisser partir, sinon je serais encore clouée au lit à l'heure qu'il est. Et là, je redoutais pour le cadeau que j'allais recevoir de la part de mes amis, parce que si j'avais bien saisi les paroles de Jasper, ils y avaient mis pas mal d'argent. Alors que je ne leur avais rien demandé... la totale, quoi. J'aurais autant aimé que mon anniversaire fût déjà passé, avant que je n'arrive à Forks. Quand nous fûmes à la maison, j'eus bien évidemment droit à un accueil super excité de ma mère et elle me dit qu'elle me donnerait son cadeau après celui d'Alice et Jasper. Merde. Je risquais d'être pourrie gâtée contre mon gré. Parce qu'aussi, mon père n'aurait pas oublié mon anniversaire non plus quand je le verrais à New York, c'est à dire, demain. Je n'aimais pas ça. Boire un verre m'aurait suffi. Alice me guida vers l'étage en sautillant, Jasper sur nos talons, silencieux. Elle ouvrit la porte de ma chambre et me laissa découvrir un grand paquet rectangulaire emballé dans un simple papier cadeau. Qu'est-ce que ça pouvait être, bon sang ? Je la dévisageai, inquiète.
- Ouvre-le, m'ordonna-t-elle, irritée par ma réticence. Tant que tu ne l'auras pas fait, je resterai ici avec Jazz.
Avec une lenteur exagérée, je m'avançai vers l'objet en question, posé au centre de la pièce. Après avoir passé plusieurs secondes à l'examiner, je me décidai enfin à retirer le papier de l'emballage, sans le déchirer. Je découvris d'abord un carton, sans aucune inscription. Ça n'allait pas m'aider. Puis quand je l'ouvris, ce que je vis à l'intérieur me provoqua un choc. J'en restai coite un moment. Alice éclata de son rire cristallin. Je mis du temps à m'en remettre.
- Une Gibson SG ?! Ne me dis pas que tu as osé, Alice ?
- Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ? J'ai compris que ma guitare te plaisait quand tu es venue à la maison... alors je t'ai acheté la même, mais en rouge, puisque tu aimes bien cette couleur.
- Oh-mon-dieu...
- Je crois que c'était une mauvaise idée de lui offrir, rigola Jasper. Regarde, Alice, elle est au bord de l'évanouissement.
- Putain, mais c'est trop la guitare de mes rêves ! m'exclamai-je, avec ravissement. La même qu'Angus Young... Oh, merci, merci !
Je me précipitai sur eux et les enlaçai pour les remercier. Jasper parût gêné, mais Alice fût encore plus joyeuse que tout à l'heure. Malheureusement, je ne pourrai pas profiter de tester le présent ce soir puisque j'ai le poignet cassé. Et merde.
Le public était composé essentiellement des lycéens de Forks. J'étais un peu intimidée, bien que j'eus déjà fait des concerts avec le double des personnes présentes avec mon ancien groupe. Peut-être était-ce dû au fait que je n'avais pas de projecteurs dans les yeux, ce qui me permettait ainsi de voir la foule. Le concert avait lieu en plein air. Le soleil se couchait lentement à l'heure qu'il était. Je pus voir les Cullen au fond de la cour. Les garçons étaient très classes dans leurs smokings. Rosalie était encore plus belle avec sa robe écarlate au décolleté profond, ce qui lui valait plusieurs regards, tandis qu'Alice était époustouflante dans sa robe de satin noir dont les découpes géométriques dévoilaient de grands triangles de peau blanche comme neige. Quant à moi, je me sentais un peu minable en comparaison avec elles avec ma petite robe noire de gothic lolita, mais qui était, certes, plus à mon goût. Par contre, je n'aimais pas du tout la robe bleue sombre à fanfreluches que portait Bella. N'empêche, elle semblait mal partie pour danser avec sa jambe dans le plâtre. Elle tirait la tronche, ce qui était compréhensible. Surtout qu'Edward, qui était à son bras, semblait se moquer d'elle. Peter me sortit de ma torpeur lorsque je l'entendis gueuler de derrière sa batterie qu'il allait donner le signal à coups de baguette pour qu'on commence. Je me positionnai alors devant le micro et vérifiai qu'il marchait bien. Dans ma tête, j'enrageais quand même de ne pas avoir ma guitare (neuve) à portée de main pour pouvoir jouer ce qui était prévu. Mais on avait réussi à improviser dans l'après-midi, lorsque nous avions répété une dernière fois au garage de Peter. Je soufflai lentement puis hochai la tête en direction du batteur pour qu'il commence. Andrew et Will étaient OK. Un, deux, trois...
Load upon on guns,
Bring your friends
It's fun to lose and to pretend
She's over bored self assured
I know enough a dirty word
Hello, hello, hello, how low?
Hello, hello, hello, how low?
Hello, hello, hello, how low?
Hello, hello, hello.
With the lights out ! It's less dangerous
Here we are now, entertain us
I feel stupid and contagious
Here we are now, entertain us
A mulatto
An Albino
A mosquito
My Libido
Yeah!
Des riffs de guitare bruyants et saturés. Ma voix poussée au maximum de sa capacité, quitte à m'égosiller. Smells Like Teen Spirit de Nirvana. Bon, c'est sûr que c'était loin d'être du métal et que ça ne collait pas avec mon apparence, mais au moins, c'était un morceau populaire et du bon vieux rock comme j'aime. Je n'avais plus à stresser. Chanter me permettait d'oublier que j'avais le public à portée de vue. Pas mal d'élèves pogotaient devant la scène, entraînés par la musique. Cependant, je pus voir Alice m'adresser un sourire, avec Jasper. Ils avaient déjà commencé à prendre des photos à ma demande du concert avec le dernier Nikon que m'avait offert ma mère quelques heures auparavant. Ils semblaient bien s'amuser avec les autres, mis à part Edward et Bella qui étaient passés je ne sais où. Peu importe. Le principal était que je devais assurer un super concert pendant au moins deux heures et mettre l'ambiance pour la soirée, qui s'annonçait déjà bien.
Je ne rentrai chez moi qu'aux alentours de deux heures du matin. La soirée s'était terminée à une heure, et j'avais dû rester pour ranger le matériel du groupe, afin que Peter puisse le ramener chez lui. Même si j'avais prétexté à Alice que je pouvais rentrer chez moi à pieds parce que ce n'était vraiment pas loin, je flippais d'errer seule à cette heure-ci. Comme si un vampire allait surgir et en profiter pour me bouffer. La rue de mon quartier était à peine éclairée. Il n'y avait pas une seule voiture, mis à part celle de ma mère, garée en face de la maison... ou pas. La sienne était garée devant la maison et n'était pas sensée avoir bougée puisqu'elle n'était pas allée à Port Angeles ce soir. Or, une réplique exacte stationnait à quelques mètres derrière. Je soupçonnai que ce fût celle de Carlisle mais ça me paraissait invraisemblable. Mais pourquoi j'étais aussi longue à réfléchir, d'abord ? Ah oui... il fallait que j'admette que j'y étais allée un peu fort sur la consommation de bières dans la soirée. Mais j'avais malgré tout conservé un état relativement normal. Seul mes capacités mentales étaient ralenties. Je me rapprochai de la voiture et pus ainsi distinguer à la lueur d'un réverbère la silhouette de Carlisle à l'intérieur. Je frappai à la vitre de la portière avant et il me l'ouvrit. Je m'assis alors sur le siège et refermai la portière.
- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? demandai-je, le dévisageant avec des yeux inquisiteurs.
- Je n'étais pas tranquille que tu te retrouves seule en pleine nuit. Après ce qui s'est passé avec Victoria...
- Bah, voyons ! S'il y avait eu des représailles, vous m'auriez transformée cette fois-ci ! Mais comme je suis encore vivante, il n'y a plus rien à craindre.
- Oui. Sinon, comment s'est passé ton concert ?
- Oh, génial ! Alice a pris des supers photos !
Je sortis l'appareil de ma besace et lui en montrai quelques unes. Puis, une idée me vint en tête.
- Est-ce que je pourrais vous prendre en photo ?
- Euh... pourquoi ?
- Et bien... pour avoir ne serait-ce, un souvenir de vous quand je serai à New York.
- Quand est-ce que tu pars ?
- Demain matin. Je reviens mi-juillet pour passer deux semaines de vacances avec ma mère qui compte m'emmener à San Francisco, puis j'y repars jusqu'à la rentrée scolaire.
- Je vois. Bon, dans ce cas... tu peux me prendre en photo.
Je souris et tirai quatre portraits de sa personne pour être sûre puis rangeai le Nikon dans mon sac. Je regarderai les résultats plus tard.
- On se revoit dans deux mois, alors... dit-il à voix basse.
Ou deux mois et une semaine, pour être plus précise. Une chose était sûre, la nouvelle ne le réjouissait pas. Et moi non plus, maintenant que je réalisai avec un certain retard les inconvénients de mes vacances annoncées. Sans que je m'y attende, une main glacée caressa ma joue puis inclina doucement mon visage de façon à ce que ses lèvres puissent trouver les miennes. Comme hypnotisée par ce baiser, je m'immobilisai et oubliai presque de respirer. Deux personnes qui s'embrassent dans une voiture... combien de fois avais-je vu ce genre de scène dans les films ? Assez fréquemment. Sauf que là, c'était bien la réalité, et l'intensité du geste me donna envie d'aller plus loin... je me reculai alors, le prenant au dépourvu.
- Que se passe-t-il ?
- Vous pourriez passer la nuit avec moi, suggérai-je, puisqu'on ne se reverra pas de sitôt.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, répondit Carlisle avec hésitation, les yeux rivés sur mon poignet enfermé dans une petite atèle. Vu ce qui t'es arrivé dernièrement, je ne voudrais pas te blesser davantage.
- La dernière fois, vous ne m'avez rien fait du tout !
- C'était un coup de chance.
- Pfff... au pire, vous êtes docteur, alors si vous me faîtes mal, vous pourriez toujours me soigner, marmonnai-je en me renfrognant.
Il y eut un long silence. Je décidai de voir sa réaction, pour vérifier que je ne l'avais pas irrité avec mes paroles. Mais j'eus du mal à apercevoir correctement l'expression de son visage. Je me sentis gênée.
- Anna, finit-il par dire doucement en tournant vers moi toute la puissance de ses prunelles dorées au pouvoir destructeur. Je te donne deux minutes pour rentrer chez toi afin que je puisse te rejoindre après dans ta chambre.
Je clignai stupidement des yeux, encore éblouie, puis esquissai un petit sourire victorieux, avant de sortir de la voiture et d'affronter la fraîche température de la nuit.
Lorsque je mis les pieds dans ma chambre, il était déjà là, appuyé contre le rebord de la fenêtre. Je déposai mon sac sur une chaise et allai ensuite me réfugier dans ses bras. Il caressa mes cheveux, mon dos puis soupira.
- Je ne pensais pas que tu finirais par me persuader de rester en quelques secondes.
- C'était involontaire, avouai-je.
- Et pourtant...
Il déposa un baiser à la fois doux et léger sur ma bouche et prit mon visage entre ses mains.
- Tu avais raison, autant profiter de l'instant présent. Tant que nous pouvons encore nous voir... le temps que tu passeras à New York et San Francisco me paraîtra long.
- C'est ce que je pensais aussi, répondis-je. Mais on pourra toujours se téléphoner des fois...
Avant qu'il ne m'entraîne vers le lit, j'eus le temps d'apercevoir la lune pleine derrière les nuages sombres, sa blancheur rendant la peau de Carlisle encore plus pâle que d'ordinaire. Je me souvins alors que notre première nuit passée ensemble avait eu lieu à cette étape précise du cycle lunaire. Celle-ci était peut-être la dernière. Un long frisson parcourut ma colonne vertébrale, et ce ne fût pas dû au fait que les doigts de Carlisle glissaient lentement dans mon dos, défaisant ma robe au passage, et ses lèvres embrassant mon épaule. Je finis par me retirer de son étreinte, car l'accumulation soudaine de pensées déplaisantes me parût insupportable.
- Anna ? Est-ce que ça va ? dit-il, inquiet.
- Quel effet ça fait de coucher avec une humaine ? demandai-je dans un murmure pour masquer la tristesse qui m'avait envahie subitement.
Il parût surpris par ma question. Il hésita puis me répondit.
- C'est assez intense... mais c'est si dur de se retenir face à ta fragilité et l'odeur de ton sang, avoua-t-il. Je me demande s'y j'y parviendrai encore tant la tentation est grande...
Ma tristesse était bien basée dessus. Jusqu'où continuerions-nous à nous fréquenter, par cet amour interdit qui ne ferait que me mener vers la mort ? Certaines choses ne peuvent pas être éternelles. Moi, par exemple.
- Alors, faîtes de moi ce que vous êtes.
Il se pétrifia.
- Tu oublies Esmé.
- Non, je ne l'oublie pas. Mais je pourrai toujours me joindre à votre clan afin d'éviter de tuer des humains en tant que vampire nouveau-né. Votre présence me suffirait.
Il baissa les yeux et plissa les lèvres, semblant réfléchir. Après un instant de réflexion, il me scruta un long moment.
- Es-tu prête à l'assumer ? demanda-t-il. Maintenant ?
- Euh... oui ?
Il inclina lentement sa tête jusqu'à ce que ses lèvres froides frôlèrent la peau de mon cou.
- Tout de suite ? chuchota-t-il, son haleine glaçant ma gorge.
- Oui, dis-je dans un souffle.
J'étais sûre de moi. Tant pis si mon corps était raide, mes mains crispées et ma respiration heurtée... il se recula en soupirant. Il paraissait désolé.
- Je ne te mordrai jamais si tu disposes pleinement de ta vie. Tu ne mérites pas cela.
- Et si c'est tout ce que je souhaite ? Tout ce que je veux, c'est d'être avec vous pour l'éternité.
Son visage prit une expression à la fois tendre et mélancolique quand il perçut ma peine.
- Anna. Je t'aimerai toujours, quoi qu'il en soit. N'est-ce pas suffisant ?
- Ça ne l'est que pour l'instant.
Ma ténacité le désespéra. Je n'avais nullement l'intention de rester humaine jusqu'à ce que ma vie s'achève. Je caressai son visage angélique, à la fois jeune et mature.
- On ne trouve pas d'humaine amoureuse d'un vampire tous les jours, continuai-je. Encore moins si elle n'a que dix-huit ans et lui trois cents soixante-deux ans. Je vous aime plus que tout au monde. N'est-ce pas suffisant ?
- Si, ça l'est, admit-il paisiblement. Pour l'éternité.
Sur ce, il se pencha et posa une nouvelle fois ses lèvres glacées contre mon cou.
Fin de Full Moon ! Désolé d'avoir déçu ceux ou celles qui pensaient qu'il y aurait un lemon à un moment xD J'en ai tellement morflé la dernière fois pour l'écrire que j'ai préféré ne pas me creuser la tête cette fois-ci T_T Mais vous ne croyiez quand même pas que tout serait bouclé avec ce dernier chapitre ? Parce que la fin annonce bien évidemment une suite qui fera alternative à New Moon ! Si vous l'avez lu (ce qu'il n'y aurait rien d'étonnant haha.), vous avez déjà une petite idée de ce qui risque de se passer... ou pas, vu qu'il ne s'agit PAS de Bella mais de Anna ^^ Je n'en dirai pas plus, héhé... alors n'hésitez pas à me mettre dans vos "authors alerts" pour être prévenus de la publication de la prochaine fic' ;)
A bientôt !
