Disclaimer : absolument rien ne m'appartient, ceci est la traduction de la fanfic 'A Rose Among the Briars' de Mercury Gray, j'ai simplement reçu son autorisation de traduire sa fic selon certaines conditions. Je vous invite fortement à aller lire la version originale si vous vous débrouillez en anglais, elle est enregistrée dans mes histoires favorites ;)
Chapitre 20
BONNE chasse ! – oui, bonne chasse,
Partout où l'appel de la forêt retentit
Mais même un cœur bat de peur,
Et qu'en est-il des oiseaux qui tombent ?
Bonne chasse ! – oui, bonne chasse,
Partout où les vents du nord soufflent
Mais qu'en est-il du cerf qui appelle sa compagne ?
Et de la biche blessée ?
The Forest Greeting, Paul Laurence Dunbar
La meute sauvage et jappante des chiens de chasse battit l'herbe, suivie par la ligne encore plus sauvage et riante des nobles, suivant tous la biche qui était la proie du jour. Rhoswen rit depuis une plus sage distance de la tête de file, n'étant ni avec Lothíriel à l'avant, menant son cheval à une allure folle, ni avec sa mère, la Princesse, chevauchant à l'arrière et prenant simplement l'air avec les domestiques et les chevaux portant le pique-nique du jour.
A une inflexion de la lande où les arbres devinrent plus denses, Rhoswen étira son dos et se redressa légèrement dans sa selle. Ses jambes étaient rendues raides par la chevauchée, ses bras lui faisaient mal à force de tenir les reines, et il un large sourire ne voulait pourtant pas quitter son visage. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas été autorisée à monter ainsi, comme Lothíriel le faisait, plus comme un esprit de la forêt ou la fille de Oromë lui-même qu'une femme mortelle. Lorsqu'elle était petite, Rhoswen possédait un poney, et lorsque le terrible jour des douze ans arriva, le poney avait été mis de côté pour d'autres occupations on avait dit à Rhoswen que les dames chevauchaient peu.
Et elle aurait pu adhérer elle aussi à cette coutume si Lucan ne l'avait pas mise au défi la veille après le dîner.
C'était la coutume que le Prince Imrahil soit diverti après le repas du soir par sa famille et ses invités – les dons musicaux d'une personne avaient bien plus d'importance à Dol Amroth et il semblait que chaque homme, femme, ou enfant puisse au moins chantonner correctement une chanson ou deux, s'ils ne pouvaient absolument pas jouer d'un instrument. Durant tous ces divertissements familiaux Rhoswen n'avait pas encore été sollicitée pour chanter, depuis son arrivée dans la cité plusieurs semaines auparavant. Et je n'aurais pas non plus aimé chanter, se souvint Rhoswen. Mais la nuit dernière, elle s'était portée volontaire, de plein gré et à la surprise de tous les autres.
Poser ses doigts sur les cordes de la harpe était comme dire bonjour à une vieille amie – une vieille amie avec des joints craquants et mal accordée, mais néanmoins une compagne chérie. La chanson qu'elle choisit n'en était pas une distinguée, une simple mélodie qu'elle connaissait depuis l'enfance et dont elle savait que Erun et Lucan en reconnaitraient l'air, une histoire transformée en chant et qu'elle leur avait fait chanter de très nombreuses fois. Lucan, au moins, sourit et applaudit plus bruyamment que les autres, mais Erun se retint, les lèvres serrées, l'air effrayé qu'elle puisse s'effondrer sous l'effort de chanter une telle chanson. Et son frère n'apaisa pas ses peurs.
« Joue 'Souffle ton cor, chasseur' et je chanterai avec toi ! » offrit joyeusement Lucan, recevant un froncement de sourcils de la part de son frère. « Quoi ? » demanda-t-il à son jeune frère, qui avait semblé particulièrement peiné par la proposition.
« Je … voulais seulement dire, » commença Erun, cherchant ses mots, « que peut-être notre sœur est fatiguée et voudrait … »
« Je ne suis pas fatiguée, Erun, » objecta fermement Rhoswen, fixant ses yeux avec détermination, « Et je serais ravie de jouer un autre morceau … si toi et Lucan chantez avec moi. »
Elle savait pourquoi il s'était opposé à ce chant, même si personne d'autre dans la pièce ne le pouvait, sauf peut-être Maireth, qui écoutait à la porte. Elle l'avait chanté l'hiver dernier pour le Nouvel-An de Denethor, l'Intendant ivre oubliant la tradition habituelle de la cour de ne pas faire chanter une noble dame devant une assemblée, encore moins lorsqu'une telle chose était demandée par son futur beau-père.
Mais il ne s'agissait pas de la cour du Nouvel-An – c'étaient les appartements de la famille d'Imrahil, et seuls des membres de la famille étaient présents, les trois fils de Imrahil et Lothíriel, les deux frères de Rhoswen, et le Prince et la Princesse de Dol Amroth. Rhoswen chanterait si elle le souhaitait, et c'était le cas. La harpe répandit un riche accord de notes dans la large salle où ils étaient réunis, et chaque frère et sœur chanta comme il ou elle l'avait appris depuis l'enfance. « Souffle dans ton cor, chasseur, et souffle fort, il y a une biche dans ce bois, qui ne se laissera pas faire, à présent souffle dans ton cor, chasseur, souffle donc joyeux chasseur ! »
Tous se mirent à applaudir lorsque la chanson se termina, mais personne aussi fort que Lothíriel, qui n'était pas non plus maladroite avec une harpe dans les mains. « Je ferai en sorte que vous rencontriez certains des musiciens de la cité, Rhoswen, » dit-elle lorsque les applaudissements se turent. « Et ils souhaiteront vous rencontrer. Peut-être pourrez-vous ramener un peu de musique dans la Cité Blanche. Cela fait de nombreuses années, me dit Yoneval, que les troubadours n'ont pas été autorisés à emprunter les routes de cette région. »
Imrahil adressa un froncement de sourcils à sa fille. « Le moment n'est pas approprié pour critiquer la politique de ton oncle, Lottie. »
« Mais, c'est la vérité ! » répondit Lothíriel. « Même vous l'avez dit ! Depuis que Tante Finduilas … »
« Nous parlerons pas de cela, Lottie ! » Le ton d'Imrahil était catégorique, et la tension monta d'un cran. Durant un moment la famille se tint en silence, personne n'osant prendre la parole.
« Cette chanson m'a mis d'humeur pour une peu de sport, » déclara Amrothos, le plus jeune frère de Lothíriel, essayant de distraire son père et sa sœur de leur dispute. « Je pense que nous pourrions faire découvrir à nos invités la campagne tant qu'ils sont là, Père une chasse serait parfaite et la saison est idéale. »
Et il en avait été ainsi. Les chasseurs avaient été assemblés, les bois parcourus pour débusquer du gibier, et la troupe s'était élancée avec le brouillard matinal chatouillant leurs bottes.
Rhoswen regarda autour d'elle pour voir Lottie trotter dans sa direction, riante et les jupes volantes. Elle s'arrêta et rappela son faucon à son bras, remettant la proie de l'oiseau à un des chasseurs resté à terre et donnant à manger à l'oiseau un petit morceau de viande provenant de sa besace attachée à sa taille. « Vous devez venir à l'avant avec nous, Rhos vous êtes presque dans le train des bagages avec le repas ! »
« Je ne peux monter comme vous, Lottie, » répondit Rhoswen. « Et je n'ai pas d'oiseau pour chasser, » ajouta-t-elle. Elle ne ferait que se mettre en travers de ceux qui avaient l'intention de rentrer avec leurs filets remplis de gibier si elle se trouvait à l'avant, où elle n'avait rien à y faire.
« Vous aurez le mien en ce cas ! » déclara Lothíriel. « C'est extrêmement facile, et Emlin est très bien dressée. Et légère, également, vous n'aurez aucun problème à la porter. » Elle fit s'approcher un autre des gardiens d'oiseaux et lui demanda de tenir Emlin tandis qu'elle se défaisait de l'épaulette de cuir attachée à son épaule et du lourd gant sur lequel l'oiseau se posait pour recevoir ses récompenses.
« Ma Dame, que faites-vous ? » demanda Lucan, approchant son cheval des deux femmes.
« J'incite votre sœur à aimer la chasse, Seigneur Lucan, » expliqua Lothíriel, faisant se déplacer son cheval de telle sorte à pouvoir attacher fermement son épaulette à l'épaule de Rhoswen. « Elle va prendre Emlin à présent. » Le gardien remit l'oiseau et le petit faucon sauta savamment de son poignet jusqu'à Rhoswen, pesant légèrement sur son épaule, mais rien de bien fatiguant.
« Ma dame ne peut pas elle-même se trouver sans faucon, » dit Lucan, remettant hâtivement son autour (1) à un autre gardien et détachant son gant. « Vous prendrez le mien. »
Lothíriel sourit à Lucan et hocha la tête, presque imperceptiblement. « Vous êtes bien aimable, Seigneur Lucan, » dit-elle, prenant le gant et l'épaulette que lui tendait Lucan. Rhoswen regarda l'échange avec curiosité, notant avec intérêt la pause infime de leurs mouvements quand la main non gantée de Lucan toucha celle de Lothíriel, et de quelle façon les yeux de la dame s'étaient directement adressés aux siens, son regard lourd de peur à l'idée qu'un secret puisse être découvert. Rhoswen regarda le petit oiseau posé sur son bras puis revient vers Lothíriel.
« Je pense que ta maîtresse cache quelque chose, Emelin, » confia Rhoswen à l'oiseau en murmurant.
C'était étrangement grisant, d'avoir un oiseau si puissant répondant à ses moindres faits et gestes. Elle savait que Emelin était très bien dressée, et entraînée à répondre à sa maîtresse. Le petit faucon n'avait certes rien des très grands pèlerins que les fils de Imrahil possédaient, et pourtant Rhoswen était captivée. Ici, au milieu des champs et des bosquets, elle se sentait puissante, dans un monde qui ne répondait qu'à ses règles. Lorsque vint le temps de rappeler les oiseaux et de retourner au château, Rhoswen fut heureuse de voir que parmi les prises que les gardiens ramenaient, plusieurs provenaient d'elle et Emelin.
Amrothos en fit toute une histoire lorsqu'il vit à quel point elle était fière de quelques moineaux faméliques, demandant à ce qu'ils soient préparés pour son repas à lui au dîner et se répandit en propos courtois au dîner, l'image même d'un galant chevalier qui peuplait tant des histoires préférées de Lothíriel. De tous les frères de Lothíriel, Amrothos était le plus jeune et celui avec qui Rhoswen aimait le plus passer de temps. Né seulement un an avant Lothíriel, les deux étaient presque jumeaux dans leur façon d'être, leur tempérament espiègle ne faisant pas exception. Ils se partagèrent la tâche de raconter des plaisanteries durant tout le dîner et refusèrent d'abandonner l'affaire des moineaux de Rhoswen jusqu'à ce que leur père, voyant le visage rougi de Rhoswen, ne demande à ses deux plus jeunes enfants d'arrêter de se répandre davantage à ce sujet.
Une lettre attendait Lothíriel lorsqu'elles revinrent dans leurs quartiers après le repas, passée sans aucun doute auparavant entre les mains de la Princesse Heledirwen – le cachet de cire était brisé et les plis défaits. Lottie ouvrit la lettre, en parcourut quelques lignes, et se leva en poussant un cri d'excitation, faisant sursauter Rhoswen dont l'aiguille traversa sa broderie (des chaussons pour le plus jeune enfant de Faeldes, Tuon) un peu trop rapidement, se piquant le doigt au passage. « Quelque chose ne va pas ? » demanda Rhoswen, étouffant un cri de sa part et essayant de ne pas mettre de sang sur les délicates petites chaussures.
« Non, Rhoswen, tout va dans le meilleur des mondes ! » répondit Lottie, un grand sourire sur le visage, sautant pratiquement de joie. « Ivriniel arrive ! »
« Qui ça ? » demanda poliment Rhoswen, mettant son travail de broderie de côté et regardant son amie sautiller dans toute la pièce. Lothíriel ne l'avait apparemment pas entendue.
« Je dois le dire à Amrothos et Erctheion, ils voudront le savoir ! » s'exclama-t-elle, s'engouffrant à travers la porte en tenant toujours la lettre dans sa main. Rhoswen fixa la porte qu'elle venait de passer, poliment déconcertée et également légèrement peu amusée d'avoir été ignorée.
« Mais qui est Ivriniel ? » demanda-t-elle à la pièce vide, soupirant lorsqu'elle n'entendit aucune réponse venir d'un des coins, et tournant son attention vers son doigt qui se mettait à présent à saigner.
Au final, ce fut la Princesse Heledirwen qui la renseigna, le soir d'après lors d'un dîner en famille, lorsque ses fils étaient retournés dans leurs appartements, que sa fille avait déguerpie on ne sait où et que son mari était toujours enfermé dans son bureau avec ce qui devait être très probablement à présent un plateau dîner froid.
« Elle est la sœur aînée de Imrahil, et la préférée de Lottie. A vrai dire, elle gâte terriblement mes enfants. Elle n'en a pas elle-même, et aucun mari dont s'occuper, alors elle accumule toute son affection jusqu'à la fin du gel, pour ensuite descendre jusqu'à notre maisonnée pour passer le Nouvel-An. Vous l'aimerez, je pense, » dit Heledirwen, buvant une chaude concoction faite par Rhoswen, pour l'aider à s'endormir malgré ce que la Princesse de Dol Amroth appelait 'les douleurs de la vieillesse'. « Et elle va amener toute sa suite avec elle, que Lottie adore toujours. Aimez-vous la poésie, ma nièce ? »
« J'en sais bien peu de choses, seulement qu'elle peut parfois être chantée, ou encore récitée à voix haute, » répondit Rhoswen en riant légèrement. « Ils n'ont pas beaucoup de poètes dans la cité. »
« C'est parce que Denethor n'aime pas la poésie, » dit Lothíriel, faisant enfin part de sa présence et embrassant la main de sa mère. « Cela lui rappelle trop Tante Finduilas. Beaucoup de belles et agréables choses lui rappellent Tante Finduilas, » fit-elle remarquer effrontément, « Et en conséquence, il les a toutes interdites et est devenu un véritable ronchon. Oui mère, un ronchon ! » décréta véhément Lottie à sa mère, qui regardait sa fille avec un agacement retenu. « J'aurais pu utiliser des mots bien pires. Il n'a pas autorisé les poètes à passer l'hiver à Minas Tirith depuis sa mort, et Yoneval se souvient encore des moments merveilleux qu'ils passaient dans la cité lorsqu'ils y étaient encore admis. Quelles fêtes ils organisaient alors ! »
« Ne parlons pas davantage d'Oncle Denethor, ma chérie, » rappela Heledirwen à sa fille unique. « Tu peux ne pas agréer à sa politique, mais il n'en reste pas moins ton oncle. Et il ne serait pas bon d'agaçer à nouveau ton père. »
Lothíriel acquiesça, se tournant vers Rhoswen, et leva les yeux au ciel à la dérobée. Elle s'assit à ses côtés et se pencha en avant, afin qu'elles ne puissent au moins pas être entendues de sa mère. « L'hiver est la pire saison pour être sur la route, comme troubadour, et il est ainsi coutume de chercher logis chez un riche mécène et y rester pour la saison, rémunéré par l'abri et le couvert et, si votre poésie est jugée de qualité, par une petite bourse. Mais nombreux sont les nobles à passer l'hiver dans la cité, et si les troubadours ne sont pas autorisés à y entrer, alors ils n'ont pas de travail. »
« Mais ils sont acceptés à Dol Amroth, » devina Rhoswen, confirmé par un large signe de tête de Lothíriel.
« Et à Belfalas, où Tante Rin vit. Son mari était féru de musique, mais il est mort à présent, et Tante Rin aime préserver la tradition. Mais ils ne chantent plus à Minas Tirith désormais, et cela en rend triste plus d'un. » Lothíriel fronça les sourcils. « Cousin Faramir a une belle voix, le saviez-vous ? »
« Je vous crois volontiers, même si je ne l'ai pas entendu chanter, » admit Rhoswen. Il est vrai que Faramir avait cette qualité dans la voix qu'ont les bons chanteurs, une richesse de ton et une émotion profonde.
« Il chante parfois lorsqu'il vient ici. Lorsqu'il peut venir, » ajouta amèrement Lothíriel. « Ce qui n'est pas souvent le cas. Notre oncle gâche ses talents à d'autres desseins. »
« Ne dit pas 'gâcher' Lothíriel, la Tour de Garde a des problèmes plus urgents qu'un besoin de chanteurs, » la corrigea Heledirwen.
Non, c'est bien du gâchis, pensa Rhoswen, silencieusement d'accord avec Lottie, tandis que tout le monde se rasseyait dans son fauteuil, la conversation à l'évidence terminée. Il gâche Boromir, qui possède un grand amour qu'il ne peut utiliser, et il gâche Faramir, dont l'esprit est inépuisable et pourtant restreint par la guerre, et il me gâche moi, qui pourrait tant l'aider si seulement il m'en laissait l'occasion. La guerre nous gâche tous. Pourquoi n'aurions-nous pas le temps pour des histoires et des chansons ? Pourquoi ne laisserions-nous pas de place à la joie et aux choses plaisantes ?
Ils ne souffraient cependant d'aucune pénurie de joie, à Dol Amroth, même si on pouvait en avoir l'impression en regardant la cadette d'Imrahil. Les jours avant l'arrivée d'Ivriniel semblaient ne jamais passer assez vite pour Lothíriel. Rhoswen la regardait camper près de la fenêtre avec un amusement grandissant, observant la jeune femme d'habitude si posée se transformer en une jeune enfant anxieuse, attendant la venue si prisée du membre favori de sa famille.
Enfin les vaines ouvertures et fermetures des livres et les coups d'œil impatients furent récompensés, lorsque le claquement sonore de sabots et de roues de calèches retentissant dans la cour surprit une Lottie pourtant sur le guet. La princesse de Dol Amroth s'élança dans les escaliers pour accueillir sa tante dans un tourbillons de jupes, laissant échapper un cri ravi, Rhoswen la suivant calmement, également anxieuse de rencontrer un nouveau membre de la famille de Boromir.
La cour était devenue une véritable ruche bourdonnant d'activité le temps que Rhoswen y arrive les nombreux chariots et calèches venant de Belfalas étaient tous soulagés de leur fardeau, humain ou autre. Rhoswen vit des meubles, des instruments de musique et plusieurs malles assez larges être descendus des chariots lourdement chargés. Il semblait que Tante Ivriniel était venue accompagnée de toute sa maisonnée.
« Rhoswen ! » s'écria Lothiriel depuis l'autre bout de la cour, invitant son amie à s'approcher d'une des calèches qu'on ouvrait à l'instant. Rhoswen prit son temps pour faire son chemin à travers le tumulte à venir et se plaça aux côtés de Lottie alors qu'une femme descendait de la calèche, tenant soigneusement cape et jupes d'une main pour éviter de trébucher hors du chariot. Rhoswen put voir que ses chaussures, tandis qu'elle descendait, étaient savamment tissées de fils d'argent et de petites figures qui avaient dû prendre des jours à être brodées. Lorsqu'elle eut enfin rejoint la terre ferme, la dame ouvrit grand ses bras pour que Lothíriel s'y engouffre, et sourit.
« Tante Rin, voici votre nouvelle nièce, Rhoswen. La promise de Boromir. »
Les yeux d'Ivriniel s'éclairèrent en reconnaissant le nom, et elle se saisit de la main de Rhoswen en souriant. « Ah, oui, » dit-elle, souriant largement alors qu'elle détaillait la jeune femme, « voici la femme qui va apprivoiser le petit Ours de ma sœur. »
Rhoswen prit un air poliment surpris. « Petit Ours ? » demanda-t-elle, essayant de sourire malgré sa confusion.
« Oui, c'était ainsi que ma sœur appelait Boromir lorsqu'il était petit. Renard et Ours, ils étaient ainsi connus à l'époque. Elle leurs racontaient les histoires les plus merveilleuses avant d'aller se coucher, et Renard et Ours y figuraient toujours, » expliqua Ivriniel. « Il faudra que je vous les raconte toutes pour que vous puissiez à votre tour les partager avec vos enfants. Je suppose qu'ils ne sont plus si jeunes à présent, n'est-ce pas ? » se fit-elle la remarque, se saisissant de la main de Lothíriel et Rhoswen pour rentrer dans la Citadelle.
« En effet, ils ne le sont plus ! » s'exclama Lothíriel, lançant un clin d'œil à Rhoswen juste pour le plaisir de la voir rougir et froncer les sourcils en direction de sa cousine par-dessus l'épaule d'Ivriniel.
« Ils ne devaient pas avoir plus de six ou sept ans la dernière fois que je les ai vus, » expliqua Ivriniel à Rhoswen, qui commençait à comprendre pourquoi Lothíriel aimait tant sa tante. « Même si je me doute que ma nièce vous taquinait à propos d'un tout autre sujet, » dit-elle d'un ton malicieux en regardant Rhoswen.
« Lothíriel me taquine en permanence à propos de ce 'tout autre sujet' » répondit platement Rhoswen, adressant à nouveau un froncement de sourcils à Lothíriel et recevant une grimace toute aussi mature en réponse.
« Bien, nous essayerons de solliciter son esprit par d'autres activités maintenant que je suis ici. A présent, où se trouve mon cher petit frère fauteur de troubles ? » demanda à voix haute la dame de Belfalas alors qu'elles entraient dans la salle du trône, dirigeant son commentaire à l'intention de son frère plus si jeune que cela, assis à l'autre bout du hall. « Je suis sûre qu'il se trouve quelque part par ici, se cachant de moi. »
Imrahil se redressa en souriant alors que sa sœur aînée avançait, descendant de son estrade et ouvrant grand les bras pour l'accueillir. « Toujours en train de créer des ennuis, comme tu peux le voir, » répondit-il avec l'aplomb d'un frère ayant dû endurer plus d'une fois ce genre de blagues. « Il est bon de t'avoir avec nous pour le Nouvel-An, Ivriniel. »
« Et il est bon pour moi de rentrer à la maison, » annonça la dame de Belfalas. « Mes neveux sont-ils trop occupés pour accueillir leur chère vieille tante, ou se sont-ils par hasard cachés aujourd'hui ? »
« Ils sont tous pris, chère sœur, par des affaires que je leurs ai assignées, » répondit Imrahil en souriant. « Je suis sûre que tu as bien des choses à dire à Heledirwen et Lothíriel en les attendant. »
« Et Rhoswen – n'oublions pas ma nouvelle nièce, » dit Ivriniel dans un sourire, se tournant vers les deux jeunes femmes avec qui elle était arrivée. « Il y a, je pense, beaucoup de choses dont je dois m'entretenir avec elle. »
Les appartements habituellement occupés par Ivriniel avaient été aérés pour son arrivée, et étaient à présent envahis par les serviteurs venus de Belfalas avec leur maîtresse pour passer la Nouvelle Année à Dol Amroth. La dame de Belfalas circula à travers l'effervescence jusqu'à une petite antichambre d'où, assez étonnamment, on pouvait entendre le bruit d'instruments en train d'être accordés.
Lothíriel avait parlé à Rhoswen de la clique de musiciens et poètes de sa tante, mais Rhoswen ne s'était pas attendue à ce qu'ils soient autant – presque une douzaine d'hommes et femmes parés de vêtements colorés se levèrent lorsqu'Ivriniel entra dans la pièce, s'inclinant et faisant la révérence de façon extravagante.
« Cellinien, je suis si heureuse de vous voir bien portante, » dit la fille d'Imrahil, faisant s'approcher la jeune femme. « Vous n'étiez pas vous-même au Nouvel-An passé, je me souviens. Souvenez-vous de chanter pour Rhoswen – Elle a la voix d'un ange ! »
« Je n'y manquerai pas, ma dame, » répondit la chanteuse, souriant à Rhoswen en faisant à nouveau une petite révérence.
« Brethildir ! Il est le meilleur joueur de pipeau de toute la Terre du Milieu, vous savez. » Brethildir inclina son visage et sourit légèrement face à cet extravagant compliment. Lothíriel continua ainsi en présentant toutes les personnes rassemblées dans la pièce elle les connaissait tous assez bien pour s'enquérir de la santé de leurs enfants ou de membres de la famille souffrants, demandant que telle ou telle œuvre soit jouée à Rhoswen lorsque l'occasion se présentait.
« Et voici Yoneval ! » s'exclama Lothíriel, acceptant la révérence et le baise-main élaborés du troubadour « Yoneval est le roi des poètes de ma tante. »
« Ma dame est bien trop généreuse de ses compliments, » dit le poète. « Je vois qu'il me faudra composer un poème pour vous, Dame Rhoswen une telle beauté ne saurait exister dans ce monde sans un chant pour la célébrer. »
Rhoswen rougit et descendit les yeux vers ses mains. « Vous êtes bien aimable. »
Le poète sourit outrageusement. « Aimable ? Certainement pas ! Quand d'autres vertus ont seulement besoin d'être démontrées, la beauté doit être mentionnée. Il est bien dommage que beauté ne rime pas avec 'humilité', ma dame, sinon la moitié de mon travail serait déjà accomplie. »
Rhoswen sourit presque imperceptiblement et sentit la chaleur gagner ses joues, mais ne dit rien de plus, et laissa Lottie mener la conversation où elle le souhaitait après cela.
Un grand festin serait donné ce soir-là en l'honneur d'Ivriniel, une grande fête qui s'éterniserait jusqu'aux petites lueurs de l'aube, et Ivriniel renvoya ses nièces pour 'récupérer du repos volé par la route' selon ses mots. Il semblait qu'aucune pièce ne puisse contenir Lothíriel aujourd'hui, et Rhoswen choisit de ne pas suivre l'esprit animé de Dol Amroth s'enfuyant en direction des écuries avec la promesse d'une balade à travers les terres de la cité. Rhoswen retourna à sa chambre et à son livre, tout à fait satisfaite de passer le reste de la journée à réfléchir à ce qu'Ivriniel avait dit à propos de Boromir et de sa mère.
Bien peu de choses étaient dites à propos de Finduilas dans la Cité des Gardes. Rhoswen savait qu'elle avait épousé Denethor lorsqu'elle était jeune, lui avait donné deux fils puis était décédée, de façon assez mystérieuse, d'une émaciation de quelque sorte. Elle savait que Ioreth aimait à dire (lorsque personne n'était à portée d'oreille pour entendre une telle trahison) que l'Intendant lui avait aspiré toute sa force telle une ronce aspirant la vie d'un arbre, l'aimant peut-être trop et l'étouffant en conséquence. Possessif était souvent le mot utilisé pour le décrire, comme si rencontrer d'autres personnes aurait pu réduire l'amour qu'elle avait pour lui. A sa mort, l'Intendant avait été bouleversé et n'avait plus jamais été le même depuis lors, déclinant lentement à la plus grande peine de tous ceux l'ayant connu depuis longtemps, même ses propres fils. Mais Rhoswen connaissait à peine Finduilas la femme et non l'épouse – elle occupait ses appartements, son jardin, même certain de ses meubles et de ses bijoux, et connaissait bien peu de choses si ce n'est qu'elle avait été une mère aimante et dévouée, une jardinière fanatique, et une femme très silencieuse.
Nous devons différer en cela, pensa Rhoswen, regardant une des tapisseries de la chambre de Lothíriel, une scène d'amour et de cour, un couple se retrouvant sous une charmille, leurs mains unies contre le tronc d'un des arbres. Lothíriel a raison. Le temps pour les femmes silencieuses est passé, mais nous ne l'avons pas encore vu. Les hommes partent, et les femmes restent, et nous devons continuer malgré leur départ. Ivriniel l'a fait, et de façon réussie. Je dois lui parler ce soir, se dit-elle, de bien des choses. Une sœur parlera sûrement d'une autre sœur.
Elle commençait à comprendre pourquoi Lothíriel aimant tant sa tante. Ivriniel était un modèle de témérité, mais elle était également l'aînée, et elle savait que tous les aînés d'une fratrie, comme Carnil et Boromir et Elphir, prenaient une certaine responsabilité (certains pourraient parler de fardeau) à devenir leaders car ils savaient que leurs frères et sœurs les regardaient. Et les plus jeunes suivent toujours. Mais Lottie ne suit personne, et je sens dans mon cœur que je devrais davantage être comme elle plutôt que n'importe quelle autre femme au monde.
Le hall semblait bien étrange lorsque Rhoswen y redescendit pour le dîner, les lampes déjà allumées pour compenser le déclin progressif de la lumière du jour lors de ces mois d'hiver. Elle ne pouvait pas tout à fait mettre le doigt sur le changement – les odeurs qui venaient des cuisines lui étaient familières, et les voix et les visages de Dol Amroth ne lui posaient plus autant de problèmes. Elle pouvait à présent faire chemin à travers une foule, se souvenant de quelques noms lorsque tout le monde semblait savoir le sien. S'asseyant à côté de Lothíriel, elle avait toujours un air perplexe.
« Qu'y a-t-il donc de changé ? » demanda-t-elle doucement, regardant le groupe de nobles encore en train de chercher leur place.
« Eh bien, il y a une chaise supplémentaire à côté de Père pour Tante Rin, et les sièges ont été un peu déplacés pour cela … nous allons avoir du cygne, le plat favori de Tante Rin et que les cuisines ne font presque qu'à l'occasion de ses visites … oh, et Yoneval et les autres ont été installés dans la pièce pour jouer ! » dit Lottie en pointant un petit balconnet que Rhoswen n'avait pas encore remarqué. C'était donc là le changement – le son des instruments ajoutant un agréable bourdonnement à l'arrière-plan de discrets rires et discussions. Ils accompagnaient à l'évidence le dîner.
Imrahil dit bien peu avant le début du dîner, souhaitant seulement que tout le monde se souvienne de sa sœur et de lui adresser leurs respects à un moment opportun. Rhoswen vit que plusieurs avaient apporté des présents, indiquant assez sûrement qu'ils avaient une faveur à demander à Ivriniel. Elle les accepta de bonne grâce durant le cours du dîner, écoutant avec attention lorsque les seigneurs et les dames présentaient leurs suites. Elle pouvait voir que les hommes avaient un air plus maussade, demandant des accords commerciaux et des droits à l'eau et annonçant l'arrivée de corsaires toujours plus près de la côte.
Lorsque les délicatesses et les desserts furent enfin retirés, et que les serviteurs apportèrent des montagnes de vin sucré, deux ou trois personnes se mirent à chanter à l'unisson un chant contant les efforts d'un chevalier pour essayer d'obtenir l'amour d'une fille de la campagne. L'air n'était pas très tapageur, mais suffisamment pour en faire rire certains ou pour que d'autres se déplacent pour discuter avec des amis maintenant que le faste de la soirée était terminé. Elle put voir que Erun et Lucan étaient engagés plus loin dans une discussion sérieuse avec un des seigneurs ayant parlé à Ivriniel de corsaires plus tôt dans la soirée. Lothíriel et Amrothos étaient sur la piste, là où les danseurs se réuniraient par la suite Lottie croisa le regard de Rhoswen et l'invita à les rejoindre, mais Rhoswen secoua la tête, essayant d'expliquer (comme si Lottie pouvait lire sur ses lèvres) qu'elle était une piètre danseuse.
Lottie abandonna finalement alors que la musique commençait, attirant son frère avec elle dans un enchaînement de cercles, spirales et pivots compliqués, tandis que la musique devenait de plus en plus rapide, étourdissante même aux yeux de Rhoswen. A la fin de la chanson, Rhoswen remarqua que Lottie échangea soigneusement de place avec son frère pour se retrouver plus près de Lucan qui discutait avec un des membres de la troupe d'Ivriniel. Alors que la nouvelle chanson commençait, Lottie accrocha le regard de Lucan, et l'homme d'Anfalas rejoignit la danse, s'insinuant avec précaution au milieu des figures pour se rapprocher toujours plus de Lottie. Rhoswen, les observant depuis les tréteaux, ne put s'empêcher de sourire.
« Vous ne dansez pas, Rhoswen ? » demanda Ivriniel, s'approchant de la jeune femme, un verre de vin à la main, et s'asseyant en soupirant bruyamment.
« Lottie a essayé de m'apprendre mais je n'ai pas vraiment le sens du rythme, » répondit Rhoswen avec un petit sourire d'excuse. « Je préfère écouter la musique que me souvenir des pas. »
« On apprend en s'entraînant, » dit Ivriniel d'un air éclairé. « Et maintenant que nous nous retrouvons enfin seules au milieu de cette foule et que ma nièce danse avec votre charmant frère, vous pouvez un peu me parler de vous sans que Lothíriel n'interrompe. Elle me dit que vous venez de la côte. »
« Je suis née en Anfalas » répondit Rhoswen. « Mon père en est le seigneur je n'ai jamais connu d'autre endroit jusqu'à ce que mon père décide de me marier. »
Ivriniel acquiesça. « Lottie me dit aussi que vous êtes une véritable jardinière, et que vous lui apprenez le savoir-faire des plantes. Elle dit que vous êtes très accomplie pour une femme si jeune. »
« Lottie distribue facilement ses compliments, » répondit Rhoswen en rougissant.
« Ma nièce est une bonne juge des gens elle complimente lorsque cela est mérité, » corrigea Ivriniel. « Voyons, il y a bien quelque chose d'autre à propos de vous-même que vous souhaiteriez partager avec moi. Ou dois-je répéter tous les ragots qui circulent à travers la cité ? Je sais que vous chantez, et jouez très bien de la harpe, et que vous êtes d'un grand réconfort pour les souffrants … je sais que vous avez été très mélancolique après le départ de mon neveu pour son … conseil, et que vous l'aimez beaucoup. »
« Je ne sais comment les ragots en savent autant, mais tout cela est vrai, » admit Rhoswen.
« J'ai aussi été mariée, très jeune, à un homme bien plus âgé que moi, » dit Ivriniel d'un air pensif. « Comme vous, je ne l'avais encore jamais rencontré avant nos engagements, mais le jour de notre mariage, il n'était rien de plus à mes yeux qu'un autre visage à notre table. Il est bon que vous aimiez déjà Boromir avant ce moment-là. Il semblerait que Denethor ait encore quelque intérêt pour les besoins des autres, pour insister que vous résidiez à la Cité jusqu'au mariage, » considéra-t-elle. Ah, mais il avait également d'autres raisons, pensa Rhoswen, se souvenant de la dernière nuit qu'elle avait passée avec Boromir, partageant de façon embarrassante la même pièce sans dormir dans le même lit. Nous avons simplement trouvé un moyen de s'aimer malgré ces raisons.
Ivriniel continua. « Mon père était un homme puissant, et seulement intéressé par consolider son pouvoir. J'étais l'aînée, et j'aurais probablement dû être l'épouse du fils d'Ecthelion. Mais il n'avait d'yeux que pour Finduilas, et Finduilas lui fut ainsi donnée. »
Rhoswen rit doucement. Ivriniel acquiesça ironiquement. « Oui, je sais qu'il est difficile d'imaginer Denethor n'avoir d'yeux pour qui que ce soit. Il était autrefois un jeune homme, et pareil à tous les autres. » Elle sourit avec affection. « J'étais ravie de voir ma sœur heureuse, car je pense qu'elle l'aimait, du mieux qu'elle pouvait. Mon époux était un homme bon, mais je ne pense pas l'avoir jamais aimé. »
« Quel était son nom ? » demanda Rhoswen, intéressée de voir ce que cette tante de Boromir avait à dire.
« Le Seigneur Hithwon de Belfalas, » répéta Ivriniel, faisant tourner le nom dans sa bouche. « Il était bien plus âgé que moi lorsque nous furent promis à l'autre – une façon pour mon père de gagner sa confiance et garder sa loyauté. Je n'avais que vingt-deux ans lorsque nous furent mariés, et il en avait presque cinquante. Plein d'expérience dans la connaissance du monde, » se souvint-elle sombrement. « Mais cela ne devrait pas être un tel problème pour vous que cela l'a été pour moi, » dit-elle, souriant et tapotant les mains de Rhoswen. « Contrairement à moi, vous aurez vu quelque chose des hommes. »
Rhoswen croisa le regard de Ivriniel et sourit tristement. Cela était bien vrai, aussi honteux puisse le souvenir subsister dans son esprit. Combien de fois avait-elle dévêtu et habillé des hommes en convalescence, vu leurs corps et ce qu'ils pouvaient faire ? La simple mécanique du mariage lui était familière, mais les vrais détails de la chose – il s'agissait de quelque chose dont les jeunes filles chuchotaient entre elles en rapprochant leurs visages, se demandant comment tout cela fonctionnait. Mais Rhoswen avait vu ce qu'un simple toucher de l'intimité pouvait entraîner chez un homme, et la honte qui suivait pour beaucoup, que leurs corps trahissent ce qu'ils auraient voulu dissimuler, qu'ils désiraient la seule femme qu'ils ne devaient jamais ne serait-ce qu'envisager.
« Est-ce si terrible qu'on le dit ? » demanda-t-elle, désirant soudainement de la franchise.
« Cela ne sera pas la même chose pour vous que cela fût pour moi, » répondit honnêtement Ivriniel. « Vous avez la même connaissance que possédait ma sœur. Payer la dette de votre mariage vous viendra facilement. Et mon neveu vous aime. Il sera doux. Mon mari avait oublié de bien des façons que j'étais encore une jeune femme lors de notre nuit de noces, » le visage de Ivriniel était froid à présent, et elle but une autre gorgée de vin, comme si elle avait besoin de ses effets fortifiants face à ses souvenirs. « Je suis une vieille femme à présent, et je ne mentirai pas en disant que mon époux a été le seul homme à partager ma couche, mais il fut le seul à me glacer le sang à cette idée. C'est probablement la raison pour laquelle nous n'avons jamais eu d'enfant, » songea-t-elle avec franchise. Elle regarda Rhoswen, dont le visage, elle en était sûre, était un mélange d'horreur et de surprise que Ivriniel parle si librement de telles choses. « Mais cela a eu ses bons et ses mauvais aspects. J'ai plus de temps à consacrer aux jeunes gens et leurs chansons, et nous devons à présent effacer cette horriblement triste expression de votre visage ! Vous êtes jeune, et avez bien mieux à faire qu'écouter les dires d'une vieille femme comme moi. »
« Ce n'est absolument pas le cas ! » défendit doucement Rhoswen, faisant rire Ivriniel.
La dame reprit contenance et sourit, appréciant à nouveau Rhoswen du regard. « Je ne pense pas avoir les mots pour décrire à quel point je suis enfin heureuse de vous rencontrer, Rhoswen d'Anfalas. J'aimais ma sœur, mais elle était silencieuse, et ne convenait pas aux désirs de son époux. Je vois en vous un caractère volontaire qui me réjouit. Je pense que c'est ma nièce qui le fait ressortir chez vous. »
« Je ne connaissais pas ce mot avant de rencontrer Lothíriel, » admit Rhoswen.
« Espérons alors que vous demeurez encore longtemps avec nous dans la Cité des Cygnes ! » s'exclama la dame de Belfalas. « J'aimerais vous voir retourner à Minas Tirith et terroriser mon beau-frère, cette bonne terre sait qu'il en aurait bien besoin ! »
Rhoswen rit, allant se coucher cette nuit en réfléchissant à comment terroriser Denethor, chaque idée plus terrible et grivoise que la précédente. S'endormant avec la vision de femmes dansant à demi nues et de vrilles de soies tourbillonnant dans son esprit, elle pouvait vaguement apercevoir Boromir dans ses fantasmes, ne souriant pas du sourire de l'ours qu'il avait été enfant, mais de celui du loup affamé et passionné.
1) rapace proche de l'épervier
Hello hello ! :)
Diantre un an depuis la dernière publication, quelle régularité … La vie, les amours, les études à l'étranger, plein de raisons qui ne seront pas détaillées mais qui m'ont détournées de cette traduction.
Mais me voici de retour ! Plein de temps à tuer durant mon stage, un regain d'envie pour le fandom SDA après tout ce temps, et surtout la volonté de traduire cette fic jusqu'à la fin ! Bon j'en suis pile à la moitié, mais j'éviterai de vous lâcher trop longtemps cette fois-ci ^^
Un grand merci à tous ceux ayant laissé une review depuis la dernière publication : à Andouille et Sushi des supers remerciements (x16) pour m'avoir rappelé que cette fic existait encore, La Plume d'Elena pour ton soutien intemporel, Anonymoussmouss pour le coup de pied aux fesses également, et à Sterys, Az-Sharane, caro-hearts, et faolbee pour leur petit mot au dernier chapitre !
J'espère ne pas avoir perdu tout le monde entre temps, j'espère avoir le plaisir de vous retrouver avec ce chapitre ! N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce chapitre, de Rhoswen, Ivriniel, et de ce subtil rapprochement entre Lottie et Lucan !
La bise,
Mimi :)
