Quatuor

Une vingtaine de gobelins, assoiffés de chair et de sang, grattèrent, frappèrent, abattirent et défoncèrent la porte de la conciergerie. Râlant comme des fauves en quête de proie, ils constatèrent que le trio avait emprunté la brèche qu'ils avaient eux-mêmes traversée quelque temps plus tôt. Les bêtes saccagèrent tout dans le placard et se jetèrent sur l'énorme pierre, celle que leurs ennemis avaient poussée pour obstruer le passage et retarder leur arrivée. L'acharnement des gobelins eut tôt fait d'écarter le rocher et ils pénétrèrent la grotte de l'Isla de la Muerta. Ils remontèrent les traces du trio, menés par une insatiable envie de massacrer ceux qui les avaient provoqués. Toujours désireux de semer la terreur avant de surgir, ils lâchèrent des cris de guerre hargneux et aiguës qui résonnèrent en écho sur les murs humides de la caverne. Ainsi, leurs assaillants sauraient que l'heure de leur mort approchait…

Ils n'eurent qu'à renifler les environs pour repérer la position du trio et s'engouffrèrent dans un des nombreux tunnels, s'agrippant aux rochers à l'aide de leurs ongles acérés tels des griffes. Les créatures ignorèrent complètement tous les trésors que regorgeait la caverne, car ce qu'il leur importait pour l'instant était de réduire en charpie les êtres qui avaient osé se mesurer à eux.

Ils sentirent l'odeur de la chair humaine devenir plus intense, ce qui signifiait que leurs proies ne se trouvaient plus très loin. Excités davantage rien qu'à l'idée de voir la peur sur leurs visages, ils se hâtèrent, souriant déjà d'un air de triomphe, riant de leur voix éraillée et salivant comme des chiens devant une pièce de viande.

Les gobelins savaient qu'il n'y avait plus aucune issue pour leurs victimes, car ils avaient en leur possession les rames des chaloupes; seul moyen de transport qui pourrait les sortir de l'Île. Alors, à moins de se jeter dans la baie, le trio n'aurait d'autre choix que de faire face au courroux des créatures.

Le tunnel les mena enfin au point central du port d'amarrage et les gobelins virent l'objet de leur convoitise, se tenant sur l'autel du coffre. Fourmillant comme des insectes et rampant comme des vipères, ils s'approchèrent avec lenteur de leurs victimes. Celui qui les avait conduits jusqu'au trésor quelque temps plut tôt se tenait debout aux côtés du trio. Il était libéré de ses liens et avait récupéré ses armes, mais cela ne compromettait en rien le désir de massacre des créatures, car ils étaient vingt contre quatre.

Vingt petits monstres détenant chacun une pièce maudite qui les avaient immortalisés.

C'était un combat désespéré et sans issue qui attendait le quatuor.

Comme des vautours, ils encerclèrent leurs opposants. Certains dégainèrent des cimeterres tandis que d'autres encochèrent des flèches empoisonnées sur des arcs. Les iris de leur regard jaune globuleux se dilatèrent de délectation. Ils examinèrent le trio ainsi que leur allié improvisé et jouirent littéralement de les voir se masser nerveusement les uns contre les autres, sueur au front, dans l'ombre de l'autel. Ils pouvaient entendre de leur promontoire les battements de cœur affolés de leurs victimes et cela ne faisait que les exciter encore plus.

Une première flèche empoisonnée fut décochée par un archer trop avide et elle atteignit une cible dans le ventre. Le gobelin vit tomber à genoux sa victime; un des hommes qui se ressemblaient comme trois gouttes d'eau. Il se crispa de douleur, serra les dents et se mit à respirer avec difficulté. Ses yeux ronds de frayeur contemplèrent avec stupéfaction et effroi la flèche logée dans son abdomen.

Personne ne bougea. Les autres gobelins se figèrent. Comme des spectateurs, ils assistèrent en silence à l'agonie de la victime. Quant aux compagnons du blessé, étrangement, ils restèrent sur place, tapis dans l'ombre… Peut-être étaient-ils sous le choc?

L'archer était heureux d'avoir fait mouche, mais cela ne le satisfaisait pas assez. Il voulait de surcroît achever de ses propres mains sa victime. Sautant de pierre en pierre, il rejoignit sa cible, laissée seule par ses compagnons dépourvus. Puis, il dégaina sa hallebarde et se pencha tout près de l'homme pour mieux jouir de son regard agonisant. Le gobelin posa sa lame sur son cou, prêt à lui trancher la gorge, mais… d'un bond aussi brusque que soudain, ledit homme se releva et retira la flèche de son abdomen sans aucune hémorragie apparente.

Une seconde plus tôt, il se tordait de douleur et maintenant, il dévisageait le gobelin d'un sourire à la fois mesquin et arrogant.

« Héhé… Je t'ai bien eu, hein? » dit-il sur un ton espiègle.

Avant que le gobelin ne puisse réaliser que l'homme s'était joué de lui, il se fit dérober la pièce d'or qu'il avait en sa possession, maladroitement entreposée dans ses aillons, et il reçut un coup de lame rohirrim sur la veine du cou. Encore trop surpris pour réagir, le gobelin sentit à peine le filet de sang noir couler sur sa nuque et l'homme en profita pour imprégner rapidement quelques gouttes sur la pièce qu'il venait de lui chaparder. Il la lança ensuite à l'énergumène au tricorne et ce dernier la remit à sa place, dans le coffre de Cortes.


« Et de un! » s'écria Jack.

L'archer gobelin recula, sentant qu'il s'était réjoui beaucoup trop vite d'avoir fait mouche. C'est alors que le quatuor le talonna et fit un pas en avant. Ils sortirent de l'ombre tous les quatre et se montrèrent sous le rai de lune qui éclairait le coffre. Ce fut à ce moment-là que la troupe de gobelins comprit enfin la situation : leurs ennemis avaient tous pris chacun une pièce avant leur arrivée et, sous la lune, ils devinrent des silhouettes faites d'os et de lambeaux de peau.

Les gobelins n'avaient pas du tout songé que leurs victimes avaient l'opportunité de se mettre au même niveau qu'eux. Le quatuor les toisa du regard, tous plus déterminé les uns les autres. Ce que les bêtes avaient perçu comme étant des ombres tremblotantes tapis dans l'obscurité fut peut-être en fait des silhouettes prises d'un rire éhonté et moqueur. Le pirate souriait malicieusement et la lueur de la lune vint se refléter sur sa dent en or, ajoutant une touche de prétention à ses traits. Quant aux trois autres, ils arboraient la même expression d'impudence sur leur visage identique, mais hideux.

Les gobelins hésitèrent à s'engager au combat, mais ces créatures ne connaissaient rien d'autre que la bataille, même si cela signifiait peut-être leur fin. Tuer ou être tué, voilà ce qu'était leur seule devise. Alors, d'un accord plus ou moins synchronisé, ils se fondirent à l'ennemi dans une grande cohue anarchique, n'en pouvant plus d'attendre.

A présent immortel, le quatuor accueillit leurs assaillants avec beaucoup plus de sang-froid voire même d'intrépidité. L'idée de Jack était sans doute la plus farfelue qu'il n'eut jamais eu, mais Legolas, Orlando et William durent avouer que combattre le feu par le feu était très efficace. Pour les trois voyageurs, il était absolument hors de question de continuer leur mission sans faire tout ce qu'ils pouvaient pour mettre fin au règne de terreur des créatures. Quant à Jack, sa seule motivation à soutenir son jeune compagnon Will et ses cousins reposait surtout sur son désir de se venger de ces crapules qui l'avaient si bien humilié en l'attachant ici.

Dès lors, la priorité du quatuor fut de s'emparer, une à une, de toutes les pièces que possédaient les gobelins et de les saigner. Cette tâche aurait été beaucoup plus ardue s'ils avaient eu à se méfier des coups de lames et de flèches, mais la malédiction de Cortes, pour une fois, joua en leur faveur. Chacun à sa manière, ils firent le décompte des pièces récupérées et ce sans se soucier de leur survie ainsi que leur apparence désormais digne de zombis de films d'horreurs.

« Visez les veines du cou et des poignets! » s'écria Jack. « Ce sont les seules parties du corps qui peuvent encore saigner quand ils sont hors de portée des rayons de la lune! »

Pour avoir déjà expérimenté la malédiction et combattu en duel un autre être maudit (Barbossa), Jack était bien placé pour connaître les stratégies efficaces afin de mener en déroute l'ennemi.

De son côté, William repéra le gobelin qui lui avait troué le chapeau lors de la bataille sur le toit de la boîte de nuit. Il n'eut aucun mal à le reconnaître, car la bête avait encore sa hachette de combat qu'il avait omis de récupérer. L'arme était toujours logée dans l'estomac du gobelin et cela ne semblait guère l'importuner. Will avait en sa possession la pièce qu'il lui avait prise afin de montrer à ses compagnons une preuve de l'immortalité des créatures. Cependant, il n'avait pas eu l'occasion de saigner le gobelin en question, ce qu'il ne tarda pas à faire en lui coupant rapidement une veine du poignet. Avant de l'envoyer valser dans le cours d'eau de la baie, il lui retira sa hachette du ventre en lui disant :

« Je crois que ceci m'appartient, merci! »

Se faisant, le forgeron reçut une lance en plein cœur de la part d'une autre créature. Le choc le propulsa contre un rocher de la grotte. Il fut sonné quelques secondes, puis regarda avec stupéfaction la lance enfoncée dans sa cage thoracique et il fut d'autant plus étonné de ne sentir qu'un léger picotement au niveau de la poitrine. Il se releva tout bonnement et retira l'arme de son corps. Évitant ensuite quelques autres assauts ennemis, il jeta dans le coffre la pièce du gobelin saigné:

« Et de deux! »

Quant à Jack, il s'amusait follement à étrangler et séquestrer un des petits monstres à l'aide d'un grand collier de perles; l'un des nombreux trésors de la grotte. Après lui avoir lacéré la peau du cou, le pirate secoua énergiquement la créature tel un pommier pour qu'en tombe la pièce qu'elle détenait quelque part dans son armure effritée. On entendit un tintement métallique sur le sol et Jack vit la pièce rouler sur un rocher, puis se diriger dangereusement vers le cours d'eau. Il lâcha le gobelin entortillé dans le collier de perle et se jeta à plat ventre pour attraper la pièce de justesse avant que cette dernière ne tombe au fond de l'eau. Se relevant sur ses vieilles bottes usées, il prit soin de saigner le gobelin qui se démenait comme un poisson dans un filet avant de lancer la pièce dans le coffre, tout en criant sur un ton triomphal :

« Et de trouAAAAH! »

Toutefois, la bête avait réussi à faire éclater le collier avec lequel Jack l'avait entortillée et elle s'était jetée sur lui, toute griffes dehors, mais heureusement pas assez vite pour faire manquer son lancé au pirate. On vit alors deux squelettes rouler sur eux-mêmes sur les rochers couverts d'or et de saphirs, se donnant mutuellement des coups de clavicule, de fémur, de crâne et de rotules.

Orlando, pour sa part, n'était pas encore très à l'aise au combat et il laissa donc le soin à ses compagnons de faire le boulot, mais il ne comptait pas rester les bras croisés pour autant. À mesure que ses compagnons soutiraient les pièces que détenaient les gobelins, il remarqua que ceux-ci se précipitaient vers le coffre pour tenter de s'en procurer d'autres. L'acteur se posta donc au pied de l'autel et empêcha les bêtes de s'approcher du trésor afin de ne pas compromettre leurs chances de lever la malédiction une fois pour toute. Il prit au hasard un sceptre de sultan, volé probablement aux Ottomans, et frappa tous ceux qui s'approchèrent de trop près. Entre deux offensives, il distingua l'elfe sur une corniche alors que celui-ci tentait de saigner deux gobelins à la fois. Orlando s'arrêta un moment pour mieux observer son compagnon se battre sous un rayon de lune. Vu l'urgence de la situation, il ne s'était pas attardé sur leur physique, mais à cet instant, Orlando fut particulièrement subjugué et presque dégoûté en découvrant à quel point Legolas était laid sous l'effet de la malédiction de Cortes.

« Pouah! J'aurais jamais pensé dire ça d'un elfe un jour, mais t'es vraiment moche, Legolas! » dit-il spontanément.

Le prince, qui venait tout juste de réussir ses deux saignées simultanées, se tourna vers son alter ego et, tout en lui lançant ses deux nouvelles acquisitions, lui répliqua d'une voix moqueuse :

« Je vous retourne le compliment, maître Bloom. Et de quatre! Et de cinq! »

Orlando attrapa les pièces en fronçant les sourcils. Il les remit dans le coffre, puis chaparda un miroir incrusté de diamants et de rubis. Il s'y regarda et constata que l'elfe n'avait pas tort : avec son crâne chauve, ses nasaux sans nez, son sourire dépourvu de lèvres et la peau de ses joues qui tombait en morceaux, il n'était pas beau à voir non plus. Mais il n'eut pas le loisir de se dévisager bien longtemps, car il reçut une flèche empoisonnée dans l'épaule et des récalcitrants tentèrent de dérober d'autres pièces du coffre. L'acteur se concentra de nouveau sur la bataille et se retira la flèche de l'épaule aussi facilement qu'une écharde dans un doigt, sans même ressentir l'effet du poison dans sa blessure, puis il embrocha trois créatures qu'il fit ensuite tomber dans la baie.

« Je commence à avoir le coup de main! »

L'elfe reprit également le combat de son côté et se montrait redoutable face à ses assaillants. Un squelette qui se battait avec élégance et grâce. Son état de zombi ne le préoccupait guère, mais il y avait pourtant une chose qui le titillait.

« Comment se fait-il que les gobelins ne nous sont pas apparus décharnés et squelettiques lors… »

Legolas se pencha pour éviter un coup de rame volée par l'ennemi.

« …Lors de notre premier affront sur le toit de la Boîte de Nuit!? »

L'acteur assomma un gobelin avec son sceptre, puis répondit :

« Il n'y avait pas de lune visible dans mon monde, c'est pour ça qu'ils paraissaient normaux! »

Legolas se souvint alors de ses propres paroles quand ils avaient visité la cité urbaine du monde d'Orlando et découvert ce qu'était la lumière électrique.

« Comment arrivez-vous à faire briller ces enseignes dans le noir? Avec de l'ithildin? »

Legolas leva les yeux vers le ciel, mais ne vit aucune lune apparente ce soir.

« Non. Impossible; cette matière ne se révèle qu'à la lumière de la lune… »

Puis, il se rappela ce que William lui avait révélé quelques minutes avant de trouver de Jack en mauvaise posture.

« Où que nous soyons, seule la lune éclaire les environs. Si les gobelins réussissent à nous atteindre, vous aurez l'occasion, Mr. Vertefeuille, de voir les véritables effets de la malédiction de Cortes.

-Et quels sont ces effets, seigneur William?

-Vous le découvrirez bien par vous-mêmes… »

« Ah, je vois ! Je comprends tout maintenant ! »

Au même moment, l'elfe réussit à récupérer une autre pièce saignée et la lança encore une fois à l'acteur qui se tenait près du coffre.

« Six ! »

Le quatuor continua ainsi le décompte des pièces jusqu'à ce que tous les gobelins fussent saignés.

« Il ne reste plus que nous, maintenant! » hurla l'acteur.

Afin que la malédiction soit enfin levée, il fallait dès lors que le trio et leur allié se débarrassent eux aussi de leurs pièces.

Puisque Orlando se tenait tout près du coffre, il fut le premier à avoir l'occasion de se saigner lui-même à l'aide de son épée rohirrim. Il prit sa propre pièce, y imprégna son sang en grimaçant (après tout il n'avait pas l'habitude de s'infliger des plaies volontairement!), puis l'entreposa avec les autres. Il jeta ensuite un coup d'œil sur ses autres alliés et prit conscience qu'ils éprouvaient quelques difficultés. En effet, même dépouillés de leurs pièces, les gobelins étaient toujours immortels et ne comptaient absolument pas laisser leurs ennemis lever la malédiction. Certains donnaient encore du fil à retordre en se jetant par masse sur Legolas, William et Jack et ces derniers n'avaient d'autre choix que de riposter sans qu'ils ne puissent trouver quelques secondes de répit pour atteindre le coffre et se saigner à leur tour.

Orlando porta secours au premier venu, en l'occurrence Jack, et se rua sur une bande de créatures qui faisait tout pour arracher la pièce d'or qui avait maudit le pirate. L'acteur prit au hasard une urne de cristal et la fracassa contre le crâne d'un gobelin, puis il poussa dans une crevasse pleine d'algues un autre assaillant à l'aide d'un totem aztèque. Cette intervention permit au pirate de bondir sur l'autel et de se saigner avec son fleuret. Après avoir fait tomber quelques gouttes de sang sur sa pièce, il la jeta fièrement dans le coffre.

« Et voilà! »

Sa besogne accomplie, le pirate sauta de rochers en rochers pour prêter main forte au forgeron et à l'elfe, sur qui tout le reste de la troupe ennemie s'acharnait.

« J'arrive, moussaillons! »

Legolas tranchait tous les membres qui passaient à sa portée. Malgré son agilité légendaire et sa rapidité, il ne parvint à atteindre l'autel. Chaque fois qu'il se délivrait d'un assaut, d'autres gobelins surgissaient aussitôt. Idem pour William qui n'arrivait guère à se libérer. À chaque pas fait vers l'autel, on le faisait trébucher. Même l'arrivée de Jack n'y changea pas grand-chose. Les petits monstres s'obstinaient à ne pas laisser une seule chance aux deux derniers détenteurs des pièces du trésor de se saigner et de remettre l'or à sa place, car s'ils y parvenaient, ce serait la fin de leur règne de terreur, jamais plus ils ne pourraient continuer à semer la zizanie sans craindre la mort. Car la mort était bien la seule chose qui pouvait arrêter les gobelins…

À un moment, le forgeron ne put anticiper un croche-pied de gobelin et il s'étala de tout son long sur une butte d'or. Et la pièce qui l'avait maudit tomba de son chemisier, là où il la croyait pourtant en sûreté.

« Oh non! Ce n'est pas vrai! »

Tandis que William tentait de se relever, quelques gobelins se précipitèrent vers la pièce roulante. Peut-être voulaient-ils la jeter dans la baie pour la faire perdre et qu'ainsi le sort ne soit jamais rompu, mais Orlando, heureusement, fut plus rapide qu'eux et il l'attrapa. Cela n'avançait pas le quatuor à grand-chose, hélas, car William n'avait pas encore eu le temps de mettre son sang sur l'objet métallique. Legolas, quant à lui, était toujours aux prises avec les bêtes tenaces.

« Nous n'y arriverons jamais! » lança-t-il entre deux coups de dagues.

Orlando observa encore ses compagnons qui peinaient face à la vingtaine de créatures. Il savait qu'il devait venir en aide à ses alter ego, comme Jack tentait vainement de faire en ce moment, mais l'acharnement des gobelins était tel que même s'il se joignait à la bataille, Legolas et William ne trouveraient jamais un temps de répit pour se saigner sans que les bêtes n'en profitent pour leur arracher leurs pièces d'or.

« Réfléchis, mon vieux… Réfléchis... » se dit Orlando. « Il doit bien y avoir un moyen…»

Il y eut alors un déclic dans l'esprit de l'acteur. Il dévisagea la plaie qu'il s'était faite à lui-même et tourna son regard sur son autre main qui tenait la pièce de William sauvée in extremis.

« Mais oui, c'est ça! »

Orlando bondit sur l'autel. Il regarda Legolas et chercha un moyen de communiquer avec lui sans que les gobelins ne puissent s'en apercevoir. Après quelques secondes de réflexion, il trouva une solution simple, mais efficace pour se faire comprendre uniquement par l'elfe.

« LEGOLAS! TEN HADO NÌN! »

Le concerné se tourna un instant, interloqué par ses paroles, et vit Orlando faire de grands yeux inquisiteurs.

« LIM LEGOLAS! TEN HADO! ESTELIO NÌN!»

Tout en faisant grincer son fleuret contre une rame de chaloupe que l'ennemi utilisait comme massue, Jack répliqua :

« Mais qu'est-ce qu'il raconte, le jeune! »

William haussa les épaules et ne put s'interroger davantage, trop occupé à repousser les attaques exercées sur lui.

Quant à Legolas, il ne parut pas certain de vouloir obéir aux paroles de l'acteur, mais après tout, il n'avait rien à perdre, ou presque. Alors, d'un mouvement vif et rapide, il prit sa pièce rangée précédemment dans sa tunique, sans même prendre le temps de se saigner, et la lança en direction de Orlando avant que les gobelins massés autour de lui ne puissent prévoir son geste.

L'acteur attrapa aussitôt l'objet et sut dès cet instant qu'il lui fallait agir vite.

« Il faut que ça fonctionne… Il le faut… »

Il imprégna les deux pièces de son propre sang et, juste avant qu'il ne les jette dans le coffre, il ordonna à ses compères :

« Tâchez de ne pas vous faire embrocher pour les prochaines secondes! »

Les trois autres entendirent et eurent tous un air questionneur, mais ils obéirent aux ordres même s'ils ignoraient ce que l'acteur avait en tête. Orlando laissa alors tomber les pièces dans le coffre et une drôle de sensation lui parcourut tout le corps, comme si on lui insufflait un second souffle de vie. Et il en fut de même pour tous les autres.

Les gobelins stoppèrent un instant leurs agressions, intrigués par l'étrange frisson qui les traversait aussi. Legolas et William se témoignèrent du regard leurs propres sensations. Puis, Jack déclara :

« La malédiction est levée… »

Le pirate connaissait trop bien cette impression bizarre qu'était celle de retrouver sa mortalité.

Orlando se plaça délibérément sous un faisceau de lune et vit que sa peau restait intacte.

« Ça a marché! Yahaaa! »

Quelques gobelins tombèrent raide mort sur la rive, car à l'instant où la malédiction fut levée, ils recevaient ou bien une flèche elfique dans le front ou bien un coup de lame dans le cœur.

Témoins du trépas de leurs confrères, les autres ennemis encore debout eurent quelques sueurs froides. Leur immortalité était l'arme parfaite, mais à présent, ils ne pouvaient compter que sur leurs cimeterres rouillés et les quelques flèches empoisonnées qui leur restaient.

Legolas, William et Jack ne comprenaient pas encore tout à fait comment le sortilège avait pu être rompu, mais tout ce qui importait, c'était d'en finir une bonne fois pour toute avec ces petits monstres.

« Maintenant, je peux m'en donner à cœur joie! »

Legolas, un rictus de malice aux lèvres, fit chanter son arc comme jamais auparavant. Bon nombre d'ennemis tombèrent sous ses flèches, ce qui choqua quelque peu le pirate.

« Hey, le Blond, laisse m'en un peu, tu veux? »

William et Jack achevèrent le reste des ennemis encore debout et quand ils furent certains que plus aucun gobelin n'était vivant, ils se tournèrent vers l'acteur.

« Diantre! Orlando, comment avez-vous fait?» s'étonna le forgeron.

L'acteur montra sa paume entaillée.

« Ben, c'est assez simple en fait. J'ai dit à Legolas qu'il me lance sa pièce, mais il fallait que je lui demande dans sa langue pour ne pas que les gobelins comprennent et anticipent son geste. Puisqu'on est alter ego, on a sans doute le même sang aussi alors pendant qu'ils s'acharnaient encore sur vous, j'ai mis mon propre sang sur vos pièces d'or et ça a fonctionné! »

Legolas s'approcha et posa sa main sur l'épaule de l'acteur.

« Astucieux, maître Bloom. Très astucieux. Je n'y aurais pas songé.»

Le pirate leva un sourcil intrigué.

« Alter quoi? M'aviez pas dit que vous étiez cousins?

-Heu, certes Jack…mais…C'est une longue histoire, je… »

William fut subitement interrompu par un hurlement.

« À L'ABORDAAAAAAAAAAAAAAGE! »

Le quatuor avait cru être enfin tranquille, mais en entendant ce cri retentir dans toute la caverne, tous les quatre bondirent sur les rochers, armes dégainées, puis ils tombèrent nez à nez avec… le reste de l'équipage de Jack.

Orlando reconnut immédiatement monsieur Gibbs qui devançait le groupe, explosifs à la main, prêts à être allumés. Ce dernier avait toujours l'habitude de prendre les commandes quand le capitaine était absent ou bien…retenu.

Tout comme l'acteur, William ne demeura pas nerveux très longtemps, car tout ce beau monde lui était bien familier.

« Monsieur Gibbs? » balbutia William.

« Heu... Ben si c'est pas le jeune Turner! » s'étonna-t-il.

L'équipage stoppa son élan d'attaque et se rendit soudainement compte qu'il n'y avait plus rien à tuer dans le port d'amarrage.

Jack roula des yeux et soupira :

« Alors, c'est maintenant que vous revenez me chercher, bande de pouilleux!? »

Il rangea son arme d'un air indigné.

Ce ne fut qu'à ce moment que Legolas baissa enfin son arc, très intrigué de rencontrer ce qui paraissait être les hommes de main du capitaine farfelu. D'un œil dédaigneux, il observa un instant la bande d'hurluberlus. Certains reniflaient grossièrement, d'autres souriaient d'un air niais, montrant une dentition jaunie, trouée et pourrie. Ils puaient l'alcool et la saleté. Ils étaient mal rasés, certains avaient une jambe de bois, un autre avait un drôle de volatile coloré sur son épaule et un autre était très petit, plus petit qu'un hobbit même.

À première vue elfique, il s'agissait là de gens aussi mal élevés que les pirates d'Umbar, mais certainement pas aussi redoutables et sanguinaires qu'eux.

« Je croyais que votre équipage vous avait abandonné sur l'île? » dit l'elfe à l'intention du capitaine.

« Je leur ai dit de s'en tenir au code, mais comme tu vois, on s'en sert plus comme une ligne de conduite!

-Tu savais qu'ils reviendraient, Jack? » demanda Orlando.

« Évidemment! Ils n'obéissent jamais à mes ordres! Ils font toujours le contraire de ce que je dis! Ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne reviennent! »

Et il se retourna en direction de ses hommes mécontents d'être accueillis de la sorte alors qu'ils avaient rebroussé chemin justement pour sauver leur capitaine ingrat.

« Vous en avez mis du temps! Trop tard pour jouer les matelots héros, je me suis déjà débarrassé de ces crapules pour de bon! »

En entendant le je de Jack qui insinuait que tout le mérite de cette victoire lui revenait, William, Legolas et Orlando ne dirent pas un mot, mais levèrent tous les trois le même sourcil qui fit apparaître quelques plis à leur front, marque de perplexité et d'exaspération.

L'équipage fit de gros yeux ronds en voyant tous les corps de gobelins qui gisaient sur les rochers. Puis, Gibbs scruta les trois jeunes gens qui accompagnaient le pirate.

« Ben, dis donc, Jack…

-HEM! »

Le concerné croisa les bras et tapa du pied. Gibbs comprit aussitôt son erreur.

« Pardon… Ben dis donc Ca-pi-taine Jack, d'où ils sortent ces trois-là? Y a aucun autre bateau accosté sur la Baie!

-Ça c'est quelque chose qui m'échappe encore, figure toi! »

Le trio se considéra du regard et conclut silencieusement que la vérité devait être révélée. Après tout, Jack s'était montré d'une aide précieuse. Ils lui devaient bien des explications même s'il n'était pas sage que beaucoup de gens soient au courant de la Fusion des Mondes.

« Eh bien… Nous arrivons d'une brèche qui se trouve au fin fond de la caverne. » répondit William.

« Une brèche? Quelle brèche? » s'étonna Jack. Vous avez déjà remarqué une brèche ici vous autres? » dit-il, se tournant en direction de ses hommes.

On entendit des bougonnements en guise de réponse et certains secouèrent la tête à la négative tandis que d'autres haussèrent les épaules.

«Ben, si vous l'avez jamais vu, c'est parce que ce trou s'est formé récemment… » ajouta Orlando.

« Peu importe. Tout le monde est sain et sauf alors déguerpissons d'ici! » suggéra Gibbs.

La troupe fit mine de partir, mais Jack riposta.

« Un instant, moussaillons! Si quelque chose se trame dans mon port d'amarrage, je veux savoir ce que c'est! J'ai un butin à préserver ici, moi! Allons voir ce qui se passe. Gibbs, tu viens avec nous. Quant à vous, nettoyez-moi tout ce bazar et récupérez les rames de chaloupes qu'ils nous avaient volées! » ordonna-t-il au reste de l'équipage en pointant tous les cadavres de gobelins.

Pendant que les autres marins ronchonnaient en effectuant la besogne peu ragoûtante de nettoyer le précédent carnage qui avait eu lieu, le trio conduisit Jack et son bras droit jusqu'à la brèche.

Arrivés à la hauteur du trou béant suspendu dans les airs, Sparrow s'exclama :

« Sabre de bois! Qu'est-ce que c'est que ça! Il n'y avait pas cette… chose dans ma grotte auparavant! »

Le capitaine s'approcha avec méfiance, ses yeux noirs éberlués grand ouverts, et fit le tour de la brèche afin de tenter d'en comprendre le fonctionnement. Il fut doublement surpris de voir qu'à travers il se trouvait une sorte de placard, mais que derrière le trou ne se trouvaient que les rochers de la grotte.

« C'est de là que nous venons, Jack. » révéla Orlando.

«Ça annonce rien de bon, c'est moi qui vous le dis… » rétorqua Gibbs, toujours superstitieux lors de situation nouvelle.

« Mais qu'est-ce qu'il y a de l'autre côté de ce machin?

-Un autre monde. Il s'agit d'un passage, une brèche entre deux réalités différentes… » expliqua l'elfe.

Jack demeura silencieux quelques secondes, puis regarda Gibbs avec qui il échangea un air incrédule.

« Vous avez bu du bon rhum, messieurs! Va falloir que vous me révéliez la marque! »

Will ne fut guère surpris qu'on ne les prenne pas au sérieux.

« Nous sommes très sains d'esprits, Jack, je vous assure. »

Tout à coup, un son tonitruant et angoissant se fit entendre de la brèche. Jack sursauta en brandissant son fleuret tout haut.

« C'est quoi ce bruit atroce?

-Je l'ignore, mais c'est très semblable à l'alarme d'incendie que vous avez déclenchée plus tôt, maître Bloom! »

Orlando mit un pied dans la brèche et se retrouva dans ce fameux placard à balais de la conciergerie.

« Je vais voir ce qui se passe. Vous venez? »

Il suffit d'un hochement de tête pour que Legolas et William donnent leur accord, puis ils suivirent leur alter ego.

« Hey, attendez nous! » dit Jack.

« Arf, ça me dit rien qui vaille, moi, ce trou bizarre. » déglutit Gibbs, passant la brèche d'un pas hésitant.

Orlando devança le groupe et monta les escaliers de secours jusqu'au rez-de-chaussée. Legolas le suivit, les mains sur ses oreilles pour ne pas se faire déchirer les tympans par le son qui lui paraissait comme un cri de Nazgûl. William n'était pas très loin derrière, les dents serrées par le bruit assourdissant. Jack traînait en observant tout sur son passage : le balais que Legolas avait placé devant la porte pour bloquer l'accès (et qui était maintenant en miettes grâce aux gobelins), l'aspirateur central qui lui semblait une machine infernale avec une longue trompe, puis une bouteille de savon tout usage qu'il prit avec curiosité. Il la déboucha et grimaça de dégoût en découvrant la forte effluve chimique atteindre ses narines.

« Pouah! C'est encore plus fort que du cognac! »

Gibbs avançait à tâtons et les environs ne le rassuraient pas du tout.

« On est où là?

-Dans une boîte de nuit de mon monde.

-Elle est plutôt grande ta boîte, si tu veux mon avis! » rétorqua Jack.

«Nan, on appelle ça une boîte, mais en fait c'est l'équivalent d'une auberge ou d'un pub, si tu veux.

-J'y comprends rien! V'là même pas deux secondes on était dans une grotte et maintenant on se trouve dans une auberge? Bonté divine! J'ai trop bu moi! » dit Gibbs.

« Croyez-moi, monsieur Gibbs, l'alcool n'a rien à voir là-dedans. » ajouta William.

« Pour une auberge, c'est plutôt désert ici! » dit Jack.

« C'est parce que j'ai fait fuir tout le monde en faisant croire qu'il y avait le feu dans le bâtiment. »

Le bruit atroce cessa d'un coup, puis Orlando marcha jusqu'à l'arrière-boutique et jeta un coup d'œil à l'extérieur par une fenêtre. Il vit alors des gyrophares rouges et s'exclama :

« Zut! C'était une sirène d'un camion de pompier qui arrivait! C'était ça le bruit assourdissant! »

Jack fronça les sourcils.

« Pomp quoi?

-Les pompiers sont les gens chargés d'éteindre les feux dans ma réalité. L'alarme que j'ai déclenchée plus tôt était sûrement reliée à une centrale ou une caserne.

-Et alors? Tes pomp-machins vont bien se rendre compte qu'il n'y a pas de feu et ils vont rebrousser chemin, c'est tout. » répondit le capitaine.

« Sans doute, mais ils vont sûrement inspecter les lieux pour s'en assurer! »

William se massa la moustache, pensif.

« Et ils risquent de trouver la brèche…

-Bingo! »

Legolas comprit alors pourquoi l'acteur paraissait inquiet.

« Il ne faut pas que cela se produise! »

Jack, par contre, ne voyait pas ce qui tracassait le trio.

« Qu'est-ce qu'il y a de si alarmant, moussaillons?

-Les gens de mon monde sont plutôt parano.

-Qui sait, après avoir trouvé le passage peut-être préviendront-ils encore une fois l'armée, comme ils l'ont fait en découvrant ces guerriers du Moyen Âge!

-Quatrième Âge, maître Dindon! Et il s'agissait de Rohirrim! »

D'un air perplexe, Jack se mit à jouer avec sa barbiche tressée, ne comprenant rien à cette histoire de brèches et de rohirrim tandis que Gibbs se mit à rire.

« Une armée? Pour un trou dans un placard? En effet, ils sont paranoïaques, mon p'tit! »

Legolas se fit sombre. Il ne voulait pas que ces militaires acharnés s'attaquent encore à des innocents, comme ils avaient si brutalement attaqué les Rohirrim.

« Je n'ai aucune envie de me mesurer une seconde fois à eux.

-Et moi j'ai pas envie d'expliquer le phénomène de la Fusion à des gens qui nous croiront fous de toute façon! »

William se souvint du soldat assassiné par Orlando. Ils avaient laissé le corps dans une ruelle et les siens le trouveraient bien tôt ou tard. Si jamais l'armée les retraçait tous les trois, c'en serait fini de leur quête, car on les accuserait de meurtre.

« Nous sommes considérés comme des fugitifs aux yeux des autorités de ce monde alors peut-être vaut-il mieux éviter de…

-Toi? » coupa Jack. « Un fugitif? Le jeune forgeron tranquille et aimable est recherché par toute une armée?

-Je sais. Je n'ai pas de quoi être fier… »

Jack afficha un grand sourire radieux.

« Pas de quoi être fier? Au contraire, moi je suis ravi! Bienvenue dans le camp des hors-la-loi, mon gaillard! Tu suis vraiment les traces de ton père!

-Ce n'est pas comme si j'avais eu le choix. Il fallait continuer notre quête, coûte que coûte, et nous ne pouvions nous permettre qu'une armée nous fasse obstacle… C'est pour cette raison qu'il faut partir d'ici avant qu'on nous trouve!

-Eh oh! Pas question de s'en aller et risquer que ces pompiers s'aventurent dans mon port d'amarrage! Ce ne sera plus une grotte secrète si tout le monde peut y entrer! Des plans pour que je me fasse prendre ce que j'ai mis 10 ans à amasser! »

William répliqua d'une voix cynique :

« À voler, vous voulez dire…

-Peu importe, le résultat sera le même. » répondit le pirate sur un ton de désinvolture.

« Camoufler la brèche, c'est notre seule solution. » dit Legolas. « Il nous faut les tromper, utiliser un subterfuge afin qu'ils croient que tout est normal ici.

-Avec quoi tu veux camoufler? Les gobelins ont détruit l'armoire qui cachait le passage… » rétorqua Orlando. « D'autant plus que même si les pompiers repartent sans avoir rien vu d'anormal, la boîte va rouvrir ses portes un jour ou l'autre et quelqu'un va bien finir par trouver la brèche… et ce sera la panique totale! On a eu de la chance que personne n'ait aperçu le gobelin renégat quand c'était encore bondé de fêtards… »

William se massa encore une fois la moustache, comme si ses idées seraient mieux stimulées ainsi.

« Je sais! Les pompiers ne sont pas encore entrés à l'intérieure, n'est-ce pas? »

Orlando réinspecta les lieux par la fenêtre.

« Heu…Non. Là, ils ont l'air de chercher une borne fontaine.

-Une quoi, moussaillon?

-Ils croient qu'il y a un feu, alors ils cherchent un endroit où ils peuvent puiser de l'eau. »

Le forgeron sourit. Si personne n'était encore entré, il avait une chance que son plan soit fructueux.

« Gibbs, vos explosifs je vous prie. » dit-il en tendant la main.

Le bras droit de Jack se gratta sa chevelure pouilleuse, intrigué.

« Heu… D'accord, mon p'tit, mais qu'est-ce que t'as derrière la tête?

-Tu veux faire exploser l'édifice, mon gars? »

Legolas observa les boulets, questionneur.

« Comment peut-on faire exploser un bâtiment avec ces petites pierres noires?

-Ça, c'est un procédé scientifique encore peu connu en Terre du Milieu. » expliqua Orlando. « Tu te souviens de la Bataille de For le Cor?

-Évidemment.

-Eh bien, tu dois sûrement te rappeler que les Uruk Hai avaient réussi à faire voler en éclat les Murs de Helm.

-Bien sûr.

-Ben voilà. Saroumane avait inventé des explosifs comme ceux de Gibbs et son armée les avait utilisés.

-Je saisis… mais si William veut détruire la boîte de nuit, les pompiers autour et les passants se feront happer par les débris!

-Je n'ai jamais dit que je voulais faire exploser l'édifice. Nous allons le faire tomber sur lui-même, c'est tout.

-Et comment tu comptes faire ça, Will? » demanda l'acteur

« Si vous avez joué mon rôle, vous n'êtes pas sans savoir qu'en plus d'être forgeron, je suis un bricoleur charpentier assez doué. J'ai aidé à la construction de plusieurs bâtiments à Port Royal. Si je place les boulets sous les bonnes poutres de soutien, les fondations tomberont et l'édifice ne fera qu'imploser plutôt que de voler en éclats.

-Ben alors dépêche toi, mon gars. Ils ne vont pas tarder! »

Gibbs donna sa boîte d'allumettes au forgeron et ce dernier s'empressa d'aller installer les boulets à des coins stratégiques du rez-de-chaussée. Juste avant qu'il n'allume la mèche principale, William ordonna :

« Retournez au sous-sol! Vous serez en sûreté de l'autre côté de la brèche!

-On part pas sans toi, Will! » cria l'acteur.

« Je suis derrière vous! Allez vous mettre à l'abri!

-Mais… »

Jack prit Orlando par les épaules et le poussa vers l'escalier.

« Tu ferais mieux de faire ce qu'il te dit, mon gars. Il est comme son père, ce gamin. Quand il a une idée en tête, il ne l'a pas dans les pieds, crois-moi. »

Le reste de la bande retourna vite dans la grotte de l'Isla de la Muerta.

Legolas fixa le passage avec appréhension, guettant le moment où William apparaîtrait.

« Il met trop de temps. Je vais voir ce qui se pa… »

Mais l'elfe fut brusquement projeté en arrière, heurté par une onde de choc qui venait de la brèche. Les autres s'accroupirent, mains sur la tête pour se protéger.

Un nuage de poussière provenant du passage s'étala dans la grotte, aveuglant la troupe. L'acteur se releva d'un bond, paniqué, car l'implosion avait bel et bien eut lieu, mais le forgeron ne semblait pas avoir eu l'occasion de déguerpir à temps.

« WILLIAM! »