Chapitre 20

"Vous ronflez, Bon Tueur."

Arya ouvrit lentement les yeux et regarda le plafond du Donjon Rouge. Elle était étendue sur le lit, avec Nyméria et Daenerys affalées tout aussi peu élégamment à ses côtés, dans la vielle suite de la Garde Royale qu'on lui avait donné et portait encore son armure. Tyrion était debout à seulement quelques mètres, visiblement amusé.

"Depuis combien de temps sommes-nous là ?" Arya se frotta les yeux en s'étirant.

"Depuis que vous vous êtes glissée ici aux premières lueurs du jour, je présume. Sans même passer dire un bonjour. Si j'étais un homme simple, j'en serais blessé."

"Il y a beaucoup trop d'escaliers et de marches pour arriver à votre tour," murmura Arya, se rappelant vaguement avoir considérer cette perspective quand elles étaient arrivées plus tôt dans la journée.

"Oui, eh bien," Tyrion sourit avec ironie. "J'avais de la compagnie de toute façon."

Arya ricana et baissa les yeux, remarquant qu'elle portait toujours ses bottes. "Bien sûr que c'était le cas."

Elles étaient arrivées au lever du soleil avec Nyméria à leur suite, le grand loup les avait rejointe à la fin du trajet, les attendant au même endroit où elle les avait quittées quelques jours plus tôt. C'était une bénédiction d'avoir à nouveau la louve sur qui se reposer. Après presque deux jours à scruter chaque ombre du chemin, les yeux d'Arya étaient mis à rude épreuve et sa tête vibrait à chaque pas, tout comme le paysage morne qui s'étendait devant elle. Daenerys et Missandei n'allaient pas mieux, elles penchaient et oscillaient gauchement sur leurs selles bien avant que les écuries ne pointent à l'horizon.

"Le dîner est servi dans la Suite Royale, et je vous ai fait préparer des bains pour vous deux." Tyrion sourit d'un air satisfait. "Vous sentez le Dothraki."

Daenerys se tourna, la joue à demi enfouit dans son oreiller. "Si Arya était un Dothraki, Lord Tyrion," marmonna-t-elle, "ses cheveux seraient beaucoup plus longs."

Arya grimaça. "Je ne veux même pas y penser. Et ne me parlez même pas de ces satanées clochettes qu'ils y attachent."

Tyrion haussa les sourcils, notant l'échange naturel de cette douce plaisanterie entre elles. Il avait clairement manqué des choses intéressantes qui c'étaient passées durant leurs voyage.

Dany ouvra lentement un œil. "Comment va Missandei ?" demanda-t-elle, la voix encore enrouée par le sommeil.

"Elle se repose toujours, Votre Grâce. Mais Mestre Tarly m'a assurée que sa tête était déjà guérie, et qu'il n'y avait plus de soucis à se faire."

"Bien," elle tendit la main pour tapoter le flan de Nyméria. "Maintenant, mon royaume tombe-t-il en morceaux, ou bien puis je retourner dormir ?"

Tyrion joignit ses mains dans son dos. "Votre royaume est entièrement intact, et oui, vous pouvez retourner dormir. Mais je serais négligeant si je ne vous informais pas que vous avez un invité."

"Et qui est-ce donc ?"

"L'Araignée est finalement de retour, Votre Grâce."


De tous les endroits du Donjon Rouge, c'était la petite salle du Conseil Restreint qu'Arya détestait le plus. C'était un lieu pour qui voulait façonner l'avenir de Westeros ; utiliser leur puissance pour se forger un héritage. Elle n'était pas intéressée par de telles choses. Mais comme sa Reine s'y rendait, elle la suivit. Elle prit sa place quelques mètres dernière Daenerys, s'appuyant contre un pilier de croisa ses bras. Auparavant, certains avaient fait remarqués que c'était un manque de respect que d'être armé, non anoblit et présent dans cette pièce, alors que l'histoire des rois persistait dans ses pierres, mais un regard sévère de leur Reine avait calmé les futures protestations.

Au moins, ce sera une réunion très courte ce soir.

Tyrion servit du vin pour la Targaryenne et lui-même, et prit ensuite place à sa droite. "Varys sera avec nous dans un moment," dit-il en prenant sa première gorgée. "En attendant, j'ai le regret de vous annoncer que Mace Tyrell est mort durant votre absence."

Daenerys soupira. "Dans quelles conditions ?"

"Causes naturelles, a dit le Mestre. Chez lui, dans son lit." Tyrion la regarda, lisant son inquiétude. "Ceci n'est pas un fait qui suscitera une nouvelle guerre."

Daenerys but une petite gorgée de vin, visiblement soulagée.

"Cependant," continua Tyrion, "cela signifie que vous allez devoir nommer un nouveau Gouverneur du Sud. Lord Willas est prêt à accepter ce rôle et Hautjardin le soutien."

"Je ne peux pas y aller et nommer un nouveau Gouverneur du Sud alors que je n'ai pas encore nommer le Gouverneur du Nord," répondit elle exaspérée. "Envoyez un corbeau à Lady Margaery en lui présentant mes condoléances et mes intentions de nommer son frère en tant que Gouverneur. Mais assurez-vous de faire comprendre que cela se fera dans quelques mois, une fois que je serais revenue de Winterfell."

Tyrion pinça ses lèvres. "Lady Margaery a quittée Hautjardin, Votre Grâce. Un jour après la mort de son père. On me dit qu'elle est partie vers le Nord, sur l'invitation de Lady Sansa."

Les sourcils d'Arya se haussèrent alors qu'elle considérait les genres d'alliances que sa sœur avait probablement passée, mais elle resta silencieuse vue qu'elle était toujours dans la pièce du Conseil.

"Envoyez le mot directement à Lord Willas alors," ordonna-t-elle. "Et dans les prochains jours, je ferais commencer les préparatifs pour mon voyage pour le Nord." Elle se tourna pour regarder Arya, ses yeux s'excusant du fait qu'elle ne puisse plus retarder l'inévitable.

L'estomac d'Arya se sera de la même manière qu'il le faisait toujours quand elle pensait à rentrer chez elle. Mais les Anciens Dieux avaient répondu à ses prières quand elle les avait sollicités et elle avait fait une promesse ; elle avait une dette. Celle-ci sera payée dans le Bois Sacrée de son lieu de naissance. Elle donna un petit signe d'approbation à Daenerys.

Il y eu un grincement quand la grande porte en bois s'ouvrit, marquant l'arrivé de Lord Varys. Arya fronça les sourcils, se rappelant sa carrure corpulente durant le bref temps ou son père était la Main du Roi. Bien qu'il n'eût pas vraiment trahi Ned Stark, il avait certainement soutenu ceux qui l'avaient fait. Le pardon de Daenerys n'achetait pas forcément le sien.

"Votre Grâce, pardonnez ma longue absence," commença l'eunuque en s'inclinant gracieusement, puis pris son siège à la petite table du Conseil. "Vos messages me sont parvenu il y a quelques semaines sur le chemin du retour à Port Réal et j'ai réservé un passage sur le premier bateau qui traversait le Détroit. Mes petits oiseaux n'avaient pas autant chanté depuis la Guerre des Cinq Rois, et certaines de ces symphonies devaient absolument être prisent en charge par vous-même, c'est pourquoi je vous les aie apportés."

"J'espère donc, que votre temps n'a pas été gaspillé." La voix de Daenerys résonnait avec une autorité royale.

Elle passe de la femme à la dirigeante aussi aisément que j'enfile le visage d'un inconnu, pensa Arya alors qu'elle observait l'échange.

"Certainement pas, Ma Reine. Mes oiseaux recouvrent aujourd'hui les quatre coins du monde. Dites-moi par quoi voulez-vous commencer."

"Commencez donc par Braavos, Varys. Que pouvez-vous me dire à propos du Temps du Noir et du Blanc ?"

Arya se tendit alors que ces mots glissaient des lèvres de la Reine. Arya savait que c'était la prudence, et non une insulte, qui avait conduit Daenerys à récupérer toutes les informations qu'elle pouvait au sujet de la menace qui pesait sur sa vie. Mais le fait qu'elle, et Tyrion aussi probablement, le fasse par cet homme l'irritait particulièrement.

Varys croisa ses doigts sur la table devant lui. "J'ai quelques petits étourneaux qui ont essayés de se glisser derrière ces portes massives, mais en vain. C'est comme si, pour la première fois depuis des siècles, ces lourdes portes sont complètement closes. Plus personne ne rentre ou ne sort, et il n'y à plus d'accès à la fontaine de Miséricorde."

"Vous m'apportez sûrement plus que cela, après tout ce temps."

L'eunuque lui donna une petite inclinaison de la tête. "Bien que la porte d'entrée m'était fermée, j'ai réussi à trouver une entrée dérobée qui m'a offert un aperçu de la situation. Je me suis fait un très, très bon ami en la personne d'un membre de haut rang de la Banque de Fer."

Daenerys haussa un sourcil. "Et comment la Banque de Fer a-t-elle put vous faire voir à travers des portes barrées bien mieux que vos 'étourneaux' ?"

"A bien des égards, j'admets qu'elle ne le peut pas. Cependant, il est de notoriété publique que la Banque de Fer à des liens très forts avec le Temple. Elle fait respecter valar dohaeris pour les Sans-Visages à travers toute la ville, et emplois très souvent leurs services quand elle ne reçoit pas ses dus. Même dans la Cité Libre de Braavos, celui qui possède l'or possède le pouvoir. Dans ce cas, le pouvoir à un rôle considérable dans l'organisation politique du Temple."

"Continuez," lui fit la Reine.

"Selon mon nouvel ami, l'ordre des Sans-Visages est au bord de l'effondrement."

Arya fronça les sourcils, confuse. Qu'est ce qui c'est passé depuis que je suis partie… ?

Clairement intrigué, Tyrion fit tourner son vin dans son gobelet, avant de le boire. "Et comment est-ce arrivé ?"

"Des erreurs successives qui ont, apparemment, coûtées très chères." Varys se versa du thé , qui se trouvait au centre de la table, dans une délicate tasse en céramique qui dégagea de la vapeur d'eau. "De ce qui est chanté, le leader actuel des Sans-Visages est plus vieux que ce que les gens pensent. C'est pourquoi, il a passé les dix dernières à former son remplaçant, comme voulu." Il prit une petite cuillère en argent et remua les feuilles parfumées au fond de sa tasse. "On m'a dit que son choix a été le sujet de beaucoup de désaccords au sein des sphères supérieure de l'ordre."

"Comment cela ?" insista Daenerys.

"Son choix était indéniablement doué. Un prodige, en réalité. Mais avait du mal avec quelques-uns de leurs principes. Et à même, une fois, dépensé une fortune pour partir, pendant la Guerre contre les Marcheurs Blancs. La Banque de Fer avait verrouillé la ville toute entière quand le Mur fut attaqué, et pas même une pièce de fer et le valar dahaeris ne pouvait accorder le passage à qui que ce soit. L'héritier ingénieux réussi à trouver un contrebandier peu regardant, et parti pour le Mur."

Arya sentit son cœur se serrer dans sa gorge. Non… ça ne peut…

Varys ferma ses yeux et prit une petite gorgée de son thé avant de continuer. "Et revint quand la guerre fut terminée. Complètement transformé. Ses anciens conflits dissipés, elle en est venue à incarner les doctrines de l'ordre avec une telle excellence que les précédentes objections quant à sa succession cessèrent finalement."

Une pause. "Elle ?" demanda tranquillement Daenerys.

"Oh oui," reprit Varys. "Cela avait été l'un des nombreux points de conflits, en réalité. Bien qu'il y ait eu beaucoup de femmes au sein des Sans-Visages durant des années, aucunes n'avaient jamais été amenées à diriger le Temple. Mais leur leader clamait qu'elle avait été bénie et choisie par leur Dieu Multiface et vers la fin, ils avaient commencé à y croire." Il prit une autre gorgée de son thé. "Donc, ils décidèrent de l'envoyer sur une mission très difficile, et à la fin de celle-ci, elle aurait été amenée devant le conseil et initiée."

Non, pensa Arya pour elle-même, non.

Tyrion pinça ses lèvres, évitant soigneusement de regarder en direction d'Arya. "Quelque chose me dit que cela ne c'était pas déroulé comme prévu."

"En effet," confirma Varys. "Cela ne s'est pas du tout déroulé comme prévu. Elle fut envoyée de l'autre côté du Détroit et ensuite, aux dires de tous, a coupée tout contact avec la Chambre. Non seulement ceci, mais quand ils envoyèrent d'autres Sans-Visages pour achever le contrat, étrangement ils ne donnèrent plus jamais signe de vie."

"Comme c'est intéressant," murmura Tyrion dans son verre, faisant de son mieux pour simuler la surprise.

"Oh, mon bon Lannister, cela devient encore plus intéressant," Varys regarda Daenerys, sérieux. "Au même moment, ou j'entends cette chanson à l'Est, j'entends des murmures que me porte le vent de l'Ouest. Du jour au lendemain, la Reine est vue, partout, avec un mystérieux nouveau compagnon uniquement nommé 'Wolf'." Il leva finalement les yeux sur Arya. "Et tu es exactement comme on me l'avait décrit, quoi qu'un peu plus petite que ce que j'avais imaginé."

A cause de ses propres tourments, Arya préféra une approche calme avec lui, refusant de répondre. La sécurité de Daenerys était sa priorité, chaque mots prononcés à cette table étaient sans importance. Peu importe ce qu'ils révélaient, ou comment ils la blessaient.

Varys ne fut pas découragé. "Ai-je raison en présumant que la continuité du règne de notre Reine est, au moins, en partie dut à ton changement d'avis ?"

Arya haussa les épaules, ne trahissant rien.

"Donnez-moi des nouvelles du Sud, maintenant." Interrompit doucement Daenerys, peu disposée à jouer les médiatrices dans l'impasse qu'elle sentait arriver.

Varys inclina sa tête. "Bien sûr, Votre Grâce," obéit-il avec une élégance pratique. "Je présume que Tyrion vous a informé du décès de Mace Tyrell ?"

"Oui, peu de temps avant que vous ne vous joigniez à nous."

"Alors, le Sud est couvert, pour le moment."

"Je vois." Daenerys maintenait son port majestueux, quoiqu'Arya remarqua un léger changement dans ses épaules qui trahissait son inconfort suite à leur précédente discussion. Elle voudra sans doute me parler de ça, plus tard. Elle doit probablement pensée que je lui ai cachée ça. "Parlez-moi de l'Ouest."

"Les Îles de Fer pillent à nouveau, Votre Grâce. Des villages entiers entre Fléaufort et Castamere furent pillés et complètement brûlés sur leurs passages. Et maintenant, ils continuent vers le Château de Tarbeck."

Daenerys se raidit, et Arya sut, sans même les voir, que dans ses yeux se reflétait le feu du dragon. "Dans ce cas, ils payeront leur propre 'Prix du Fer'. Tyrion," elle se tourna vers le nain, "je veux que les forces en factions à Castral Roc les interceptent. Couler leurs navires et tuer ceux qui regagnent le rivage. Il n'y aura aucun procès. Je les ai déjà avertis une fois ; je ne recommencerais pas."

Tyrion inclina la tête. "Considérez ceci comme fait, Votre Grâce."

Daenerys pris un moment avant de continuer, apaisant la colère qui maudissait sa lignée. "Le Nord, Lord Varys."

"Ah," l'eunuque nota que sa tasse de thé était vide. "Vous avez gardez le plus… intéressant… pour la fin, Votre Grâce." Il lissa le pli de sa longue manche. "Pour la première fois depuis la défaite des Marcheurs Blancs, les morts ressurgissent à nouveau."

Tyrion se racla la gorge. "J'espère vraiment que vous n'avez pas l'intention de nous dire que le Roi de la Nuit est, d'une façon ou d'une autre, de retour."

"Non, les Sept soient loués. Mais il semblerait qu'un Stark disparu le soit."

Arya sentit son cœur s'arrêter. Il ne peut absolument pas être au courant. Il n'était même pas ici.

"Le fils cadet," continua Varys, inconscient du calme qui échappait à la maîtrise de soi de l'assassin. "Le garçon estropié présumé mort de l'autre côté du Mur. Les murmures me disent qu'il est revenu à Winterfell sur le dos d'un géant. Les habitant du Nord le nomme vervoyant ; il dit qu'il était au bout du monde avec 'la corneille à trois yeux'."

Le tueur ne parvenait plus à avaler sa salive. Bran. Par les Anciens Dieux, Bran.

"Et le plus important dans tout ça," Varys regarda Daenerys, son expression était sérieuse. "Deux de vos dragons l'ont suivi, Votre Grâce. Viserion et Rhaegal. Il affirme qu'ils sont en sécurité et attendent votre arrivée."