Salut les gens ! Pfiou, cette semaine, j'ai à peine eu le temps de me consacrer à la fic. Du coup, je prends un peu de retard dans l'écriture... Bon, la publication continuera à son rythme, mais j'aimerais bien avoir une occasion de boucler un chapitre toutes les semaines comme avant... et de ne pas avoir l'angoisse de la page blanche quand je peux la saisir.

Je remercie donc tous mes revieweurs (en l'occurrence mes revieweuses pour le dernier chapitre) et je vous laisse lire ce chapitre !


Chapitre 20 – Jeu d'adulte

SOCRATE – Examine ce qui se passerait si on détachait leurs liens. Chaque fois que l'un d'eux serait détaché et qu'il serait obligé de se lever, de se retourner, de marcher et de regarder la lumière, ne souffrirait-il pas ? (…) Comment réagirait-il si on lui disait que, tout à l'heure, il ne voyait que des sottises, mais que maintenant il regarde ce qui est réellement ?

La République Platon (livre VII)

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Au départ, tout semblait aller pour le mieux pour Katie, qui prenait ses marques dans sa nouvelle maison, loin du Pensionnat, en compagnie de personnes compréhensives qui l'aidaient et soutenue, pensait-elle, par un maître affectueux qui l'avait sauvée des griffes de la mort.

Mais les apparences étaient néanmoins trompeuses, et elle allait l'apprendre à ses dépens.

Le premier jour, Shani et sa fille, Isis, s'occupèrent de la nouvelle venue, la lavèrent, l'habillèrent du vêtement habituellement assigné aux esclaves, à savoir un drap déchiré encore propre, mais qui, devinait-elle, ne serait pas lavé avant très longtemps. A l'heure qu'il était, elle s'en moquait bien. Elle découvrit qu'ils partageaient les tâches quotidiennes des Elfes de Maison du manoir, bien que ces derniers dormissent dans les caves plutôt que dans les appartements réservés aux esclaves humains. Même encore, ils étaient relativement bien traités. Mais on sentait que derrière toutes ces attentions se dissimulait une intention plus sombre, de la part du maître de maison, et qu'au-dessus de la tête de chacun planait une épée de Damoclès…

Katie appréciait l'aide de ses nouvelles amies. Si Shani semblait assez sèche et renfermée, on devinait néanmoins qu'elle était une femme très douce et une mère aimante et protectrice. Elle enseignait du mieux possible les choses que Katie devait faire et ne pas faire, pour ne pas déplaire à ses supérieurs et être punie en conséquence. Jusqu'ici, elle n'avait pas été maltraitée, alors elle ne s'inquiétait pas. Mais les regards parfois inquiets que lui jetait Shani auraient dû l'alerter sur la naïveté de ses réflexions.

Le maître venait quelquefois s'assurer du travail de ses esclaves. Il en tançait quelques-uns, commentait brièvement le travail de certains autres, et veillait tout particulièrement à ce que sa protégée s'intégrât bien. Ravie, elle faisait de son mieux pour montrer qu'elle allait mieux, et lui faire plaisir. Elle aurait pu rougir d'être si mal habillée en sa présence, mais lorsque son regard tombait sur elle, il exprimait tout sauf du dégoût, et elle en était heureuse.

C'était une chose, pourtant, que Shani semblait redouter.

« Ne lui fais pas confiance, lui dit-elle, un jour. Je connais ce regard : il a l'intention de te mettre le grappin dessus.

-Qu'est-ce que tu racontes ? » lui demandait-elle.

Elle avait récupéré petit à petit l'usage de la parole depuis son arrivée ici, et même si elle parlait par phrases brèves, elle se faisait comprendre de ses camarades. Shani lui avait jeté un regard lourd, avant de revenir à son travail lorsque Nott les avait de nouveau regardées.

Elle lui avait souri timidement, et lui avait fait de même en retour, plus confiant. Elle avait alors baissé la tête pour s'occuper de l'éponge mouillée qu'elle promenait sur le sol pour le nettoyer. Les esclaves ne pouvaient pas pratiquer la magie, et sa baguette avait été brisée dès l'instant où on la lui avait confisquée. Elle n'en avait plus besoin à l'heure qu'il était.

Lorsqu'il fut parti, Shani se pencha de nouveau vers elle, vérifiant qu'on ne les surveillait pas :

« C'est très mauvais signe, Katie. Je suis prête à parier que s'il t'a emmenée ici, ce n'est par acte désintéressé comme tu sembles le croire. Il…

-Mais il m'a sauvée. »

Katie ne comprenait en fait pas un traître mot de ce que sa camarade lui disait, et s'obstinait dans sa vénération de Theodore Nott.

« Non, tu ne comprends pas… »

Mais elle n'eut pas l'occasion de continuer. Un éclat de voix retentit, exigeant que tous les esclaves s'occupent d'une autre tâche ménagère dès maintenant, et on les contraignit à se séparer. La lueur véritablement alarmée du regard de Shani ne suffisait même pas à allumer la méfiance dans les yeux mornes et rêveurs de Katie, convaincue que tout œuvrait pour son bien en ce bas monde. Elle, auparavant si rationnelle, avait été altérée par son séjour dans la cave du Pensionnat. Ses tortionnaires l'avaient abîmée, à coups de Doloris, et parfois même d'Oubliettes sans raison apparente, au point qu'elle ne sût plus où elle en était. Chez les Héros, on appelait cela plus communément un « lavage de cerveau », mais celui-ci avait été drastique, beaucoup plus que la méthode habituellement employée par les spécialistes au Nouveau Ministère.

Lorsque le repas arriva, les esclaves se réunirent pour se rendre ensemble dans la salle à manger qu'on leur avait assignée. Ils devaient préparer eux-mêmes leurs repas, parfois en se faisant aider par les Elfes, et choisissaient à tour de rôle les personnes qui cuisineraient ce jour-là. Katie était encore dispensée, mais elle savait que bientôt viendrait son tour. Shani, pour sa part, faisait partie de ceux nommés pour servir de cantiniers. Comme chacun piétinait sous l'effet de la faim, les repas étaient souvent vite préparés, et pas forcément bons selon les personnes, mais c'était toujours mieux que rien, surtout les jours de grosse corvée. Katie s'assit à l'écart avec Isis, qui souriait tout le temps. Elle avait toujours vécu ainsi, et ne se plaignait donc jamais, même en silence. Tout juste âgée de neuf ans, elle semblait source de joie de par son optimisme au milieu de tous ces gens décharnés et tristes, parfois des Moldus ou des sorciers déchus, qui avaient échappé aux massacres. Il n'y avait pratiquement que des femmes et des hommes plus ou moins jeunes, les plus vieux et les plus malades disparaissant du jour au lendemain sans explication, cela ne suscitant les interrogations de personne lorsqu'une telle chose arrivait. Isis, pratiquement la seule enfant du lot, était déjà forte et vigoureuse pour son âge. Sous ses dehors de sauvageonne, on devinait une jolie et agréable petite fille, et elle avait pris Katie en affection, la traitant étrangement comme s'il s'agissait de sa petite sœur, alors que la jeune fille avait bien sept ou huit ans de plus qu'elle. Et Katie obéissait calmement à ses directives, souriant dans le vague et caressant les cheveux de sa cadette, qui malgré leur saleté la fascinaient.

Le repas arriva. Les cantiniers devaient évidemment se servir dès que tout le monde serait passé. Servant le ragoût peu attirant au premier coup d'œil, Shani surveillait le défilé d'esclaves pour espérer voir si sa fille et sa protégée allaient passer devant elle. De toute manière, elle avait bien l'intention de les retrouver une fois son service achevé, avec son plateau-repas. La sueur enveloppait son front. Il faisait chaud dans la cuisine, et elle avait travaillé dur. Elle qui était habituée à la chaleur de son pays d'origine, elle arrivait presque à la trouver comparable à celle-ci. Et pourtant, lorsqu'elle avait posé le pied pour la première fois en Angleterre, elle avait dû s'habituer au climat tempéré de ce pays qu'elle avait tant rêvé d'atteindre. Et maintenant que son rêve était accompli, où aller ?

Elle revint à la réalité lorsque la personne qui arriva en face d'elle lui fit un petit signe impatient de la main, attendant de recevoir sa ration. Elle se remit en action, et chercha en même temps les deux autres filles, qu'elle ne tarda pas à trouver : elles s'étaient placées dans sa file, sans doute sous l'impulsion d'Isis, et avançaient doucement.

« Maman ! » cria la fillette, en arrivant à sa hauteur.

Elle mit un doigt devant sa bouche pour lui indiquer de calmer son ardeur, et prit une assiette ébréchée dans laquelle elle versa le ragoût, avant de la donner à sa fille en lui indiquant de ne pas tout renverser.

« C'est bon, maman, tu me le dis à chaque fois, répondit-elle, joyeusement, en s'emparant de son dû. Au tour de Katie, maintenant !

-Tiens, » Shani prit une autre assiette et répéta le geste, avant de la donner. Dans le même temps, elle se pencha vers elle pour lui chuchoter en vitesse :

« Il y a des choses que tu dois savoir pour reconnaître les pièges autour de toi, ici. On verra ça tout à l'heure. »

Elle n'eut droit à aucune sorte de réaction de la part de son interlocutrice, qui se contenta de prendre son repas et de partir avec Isis.

Ce fut lorsqu'elle vint près d'elles que Shani s'aperçut que parler en présence des autres esclaves serait imprudent. Il n'était pas rare qu'un espion se glisse dans la foule à la place de l'un d'eux, pour surprendre des conversations et faire pleuvoir les punitions en conséquence. Shani avait déjà été remplacée plusieurs fois, sans qu'elle dût trouver à redire. Cela faisait longtemps que ce n'avait plus été le cas, mais elle savait qu'un jour ou l'autre son tour reviendrait. Les « remplacés » étaient en général parqués dans l'un des cachots du manoir, sans rien faire. La ou les personnes dont la place était actuellement usurpée devait souffrir, songea t-elle, de la faim et d'autres déboires. Si cela se trouvait, Isis elle-même était remplacée, ou Katie. Mais cela l'aurait assez étonnée. Katie n'avait pas encore pris ses marques, et s'il arrivait que quelqu'un d'autre prît sa place, c'était que le maître avait décidé de passer à l'action.

Elle frissonna, horrifiée. On ne savait jamais à qui faire confiance dans ce lot. Toute tentative de rébellion était matée par la peur d'être dénoncé.

Alors elle s'assit et ne dit rien, et Katie ne fit rien pour amener le sujet sur la table, occupée qu'elle était à manger et écouter les babillages d'Isis.

Lorsque sonna la fin du repas, Shani essayait toujours de trouver un moyen de parler à sa camarade, afin de la mettre en garde. Elle savait que le temps pressait, et elle était déterminée à lui faire apprendre le sens du mot « prudence » en ces lieux, même si Katie paraissait ne rien vouloir entendre.

Que lui a-t-on fait avant qu'elle n'arrive ici ? se demandait-elle.

Elle réussit enfin à la coincer dans un couloir obscur, tandis que toutes deux se dirigeaient vers leurs tâches respectives, et lui fit vivement des mises en garde, espérant éveiller une lueur d'intérêt dans les yeux de son interlocutrice. Mais celle-ci commençait à être agacée de ses tentatives, et essaya de se débarrasser d'elle. Shani étant forte, elle la maintint facilement en place.

« Tu dis des choses fausses, Shani. Le maître est gentil, dit la jeune fille, de son timbre saccadé.

-Il essaie de le paraître, mais tu ne diras plus ça quand il te mettra la main dessus. Ce n'est pas parce qu'il t'a sauvée qu'il a de bonnes intentions. Je dirais même qu'il avait un intérêt à le faire !

-Lâche-moi. »

Katie gigota mollement, avec néanmoins plus de vigueur, et tandis que Shani s'évertuait à lui faire entendre raison, une voix les interrompit dans leur lutte :

« Qu'est-ce que tu fais à cette fille, toi ? »

Shani sursauta et lâcha Katie, qui en profita pour tenter de s'enfuir. Mais l'homme qui les avait surprises la retint au moment où elle essayait de se faufiler derrière lui. C'était le majordome du manoir Nott. A voir son visage coloré, ses manières distinguées et ses habits luxueux, il ne pouvait être assimilé à un simple esclave ou un Elfe de Maison. Il était même au-dessus d'eux, et c'était lui qui, avec le maître, donnait les ordres. En l'absence de Theodore, il devenait lui-même maître de maison.

« Vous devriez aller travailler, ce n'est pas le moment de faire les idiotes, bande de garces. »

L'insulte, lancée du bout des lèvres comme un crachat, fit baisser la tête des deux femmes. Après un moment de silence, l'homme fit un signe de tête à Shani :

« Va faire ton travail. Quant à toi, tu viens avec moi. »

La phrase, adressée à Katie, glaça l'échine de sa compagne. Elle lui lança un regard alarmé que l'autre ne perçut pas, mais fut contrainte d'obéir, pour ne pas être punie pour désobéissance. Elle commençait à avoir réellement peur pour cette fille, qui attirait un peu trop l'attention du maître. Mais elle ne pouvait rien faire pour elle. Elle avait fait de son mieux en tentant de l'avertir à plusieurs reprises.

J'espère que ce n'est pas pour maintenant. J'espère juste qu'il ne tentera rien aujourd'hui, c'est trop tôt.

Mais avec Theodore Nott, elle savait qu'il n'était jamais trop tôt.

~oOo~

Depuis son retour avec Katie, Theodore Nott n'avait plus quitté le manoir, d'une part parce qu'il n'était plus appelé à aucune mission, le Seigneur étant trop occupé à envoyer des expéditions aux quatre coins du pays, d'autre part parce que c'était son désir, même si ses désirs passaient après ceux de son Maître.

Theodore n'avait jamais aimé l'idée de devoir se mettre au service d'un plus puissant que soi. Mais son père l'avait forcé à prêter allégeance pour conserver une légitimité aux yeux du Seigneur, et aussi préserver son fils de toutes représailles si ce dernier venait à être mal vu des Héros à cause de son esprit intelligent et indépendant. En cachette, pourtant, lorsqu'il n'était pas requis pour des tâches importantes à accomplir aux quatre coins du pays, il se livrait à des recherches passionnantes de toute sorte, notamment parce qu'il était avide d'emmagasiner de nouvelles connaissances. Pour le coup, il avait non seulement essayé de répéter la méthode de conception des fameuses bagues qui avaient permis aux enfants de s'échapper, mais aussi développé un intérêt tout particulier pour cette Greylord qui semblait tant précieuse au maître. Qui était-elle, qu'avait-elle de spécial ? Il n'avait pas eu le temps de questionner Drago, mais après avoir établi une bonne stratégie, il savait que cela ne devait pas tarder. Drago avait beau être influent, envié et craint, aussi, il restait faible dans son cœur et son esprit. Il serait donc facile, avec les bonnes techniques, de lui faire avouer des informations importantes, et ce même s'il était le gardien du secret du Seigneur en personne, ce qui laissait deviner qu'il serait un adversaire de taille malgré tout.

Après des journées passées dans sa bibliothèque, à établir un plan, puis à le changer, il se sentait fatigué. Trop d'idées s'amassaient dans son cerveau, et il avait besoin de ne plus réfléchir pendant un temps. Il avait déjà prévu ce cas de figure : en de rares moments et dès qu'il en avait l'occasion, il s'adonnait à certaines activités peu intellectuelles qui, aux yeux des Héros, étaient simplement inacceptables. Mais Theodore se plaisait à dire qu'il n'était qu'un homme, comme Goyle, comme Malefoy, qui n'avait d'autre choix que de se plier aux exigences de son corps. Il reconnaissait alors que le Seigneur seul était fort, fidèle à Ses principes, qu'Il souhaitait appliquer sur le pays qu'Il gouvernait. Il n'était pas le seul à faire cela, songea t-il, ironiquement. Cela ne dérangeait pas Nott d'enfreindre la loi. Il l'avait déjà fait et à plusieurs reprises, alors pourquoi culpabiliser ?

La jeune Katie Andrews lui était essentielle et Theodore savait qu'il devait faire en sorte de ne pas éveiller les soupçons chez ses pairs tant qu'il aurait à faire avec elle. Elle ne valait pas la peine qu'il prenne des risques pour elle, elle n'était que son inférieure. C'était d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles il l'avait remarquée, à vrai dire : si fragile et faible, cela qui lui plaisait. Quel homme n'apprécierait pas une telle soumission de la part d'une femme ?

Il entendit qu'on toquait à la porte de ses appartements. Il se leva et se dirigea d'une démarche souple vers l'entrée, indiquant à haute voix d'entrer. Le majordome ouvrit et poussa devant lui la jeune esclave, dont le regard était encore égaré, quoique plus lucide depuis la fois où elle était arrivée au manoir.

« Laisse-nous, maintenant, » indiqua t-il, à l'homme, et ce dernier ne se fit pas prier, s'inclinant avant de partir.

Il baissa son regard sur sa cadette, la détaillant sous toutes les coutures. Elle était maigre, on devinait ses côtes saillantes sous le drap déchiré qu'elle portait en guise de vêtement. Mais cela ne le dérangeait pas. Frêle comme elle était, il pouvait la manipuler sans peine. Elle ne lutterait pas. Et si elle le faisait, il la corrigerait sévèrement. Elle se garderait bien de le mécontenter par la suite.

« Bonjour, petite chatte sauvage. »

Elle leva doucement la tête vers lui, et sourit timidement mais joyeusement lorsqu'elle croisa son regard. Il l'avait suffisamment amadouée pour qu'elle ne ressentît aucun sentiment de danger en sa présence, cela n'allait être que plus facile pour la suite. Elle ne pouvait pas lui refuser la fausse faveur qu'il lui demandait.

« J'espère que tu te sens bien, ici. N'est-ce pas que tu te sens bien ?

-Oh, oui ! »

Il ne se sentait pas gêné de lui parler comme à une enfant. Et elle était trop altérée pour s'en rendre compte. Un lavage de cerveau si violent ne pouvait qu'avoir eu des conséquences fâcheuses, et il n'était même pas sûr qu'elle récupère toutes ses facultés mentales un jour. Au plus, elle serait capable de raisonner comme une enfant de dix ans. Puis, ainsi, il pouvait lui faire dire ce qu'il voulait, elle pouvait être utile ainsi.

« Si tu es ici, petite chatte sauvage, c'est parce que j'ai quelque chose à te demander. Quelque chose de très important. »

Il vit ses yeux s'illuminer. Bien sûr que non, elle n'allait rien lui refuser. Son regard n'était plus que pure vénération, comme si Theodore était un dieu vivant pour elle. Il élargit son sourire, au point de le faire ressembler à une grimace malsaine, mais elle ne repéra pas ce détail. Au moins, elle était à l'écoute.

« Dis-moi, tu te souviens de l'autre jour ? Quand je t'ai ramenée du Pensionnat ? Quand je t'ai éloignée de ces horribles dames ? »

Au fur et à mesure qu'il posait ses questions, elle acquiesçait vigoureusement. Si, cela, elle s'en rappelait parfaitement.

« Tu te souviens que je t'avais demandé quelque chose en échange ? Mais que je n'en ai plus eu besoin par la suite ? »

Elle hésita. Il n'aima pas ce petit moment de silence avant qu'elle ne réponde :

« Oui.

-Que dirais-tu en échange de me rendre un autre service ? Il faut que tu saches que c'est important, pour moi. »

Cette fois-ci, elle ne marqua aucun temps d'hésitation. Elle répondit immédiatement :

« Quoi ?

-Voyons, ne sois pas si impatiente, rit-il. Je te demande seulement un petit quelque chose, pour mon besoin personnel. Tu serais prête à faire n'importe quoi pour moi ?

-Bien sûr.

-Alors… »

Il commença à passer une main derrière son oreille. Elle ferma les yeux à cette caresse, mais les rouvrit aussitôt. Elle posa sa main sur la sienne, déroutée.

« Que… ?

-Il ne faut pas avoir peur, Katie. Je suis là, c'est tout ce qui compte, non ? Je suis là et tout se passera bien, tant que tu es avec moi…

-Ah… »

Katie ne comprenait pas bien ce qu'il se passait. A l'instant, il venait pour la première fois de prononcer son prénom, mais les mots de son maître agissaient comme un baume sur son esprit endormi, et elle se laissa tranquillement faire lorsqu'il passa un bras sous ses jambes et un autre dans son dos, pour la soulever avec délicatesse. Elle eut alors souvenir d'une très lointaine histoire qu'elle avait cru entendre, étant petite, et une image lui vint en tête : la princesse dans les bras de son prince charmant.

« Que dirais-tu de jouer à un jeu ? Un jeu juste entre toi et moi ? »

Elle acquiesça mollement, mais déjà se laissa aller. C'était trop difficile de réfléchir précisément à ce qu'ils allaient faire. Il fallait simplement se laisser guider.

~oOo~

Au bout de plusieurs jours, Ted n'avait finalement pas eu tant de mal à s'entendre avec le reste des enfants du camp. Hope l'y avait par ailleurs aidé. Bien qu'il fût au début agacé par ses airs énigmatiques et presque pédants, il avait fini par reconnaître qu'elle avait un bon fond. Elle voulait paraître aussi assurée que sa mère, et aussi forte que son père, un homme à qui Ted avait eu l'occasion de parler. Il avait été effrayé au départ par ce grand homme robuste aux cheveux longs qu'était Bill Weasley, dont le visage intimidant était balafré sur le côté (œuvre ancienne de Fenrir Greyback lui-même, avait-il compris). Mais il avait rapidement pu voir qu'il se trompait sur son compte : c'était quelqu'un de charmant et rieur, enclin à faire de l'humour, aussi, mais pas autant que George Weasley qui, de temps à autre, daignait volontiers faire des réflexions pince-sans-rire mais toujours drôles. Il restait néanmoins un père protecteur qui tenait à ses enfants comme à la prunelle de ses yeux.

Ted s'était vite aperçu que Hope n'était pas fille unique. Sa sœur, Dominique, et son frère, Louis, étaient plus jeunes qu'elle, mais néanmoins clairvoyants. Ils avaient des manières aussi distinguées que celles de leur sœur, ce qui ne les rendait parfois pas sympathiques aux yeux des autres enfants de leur âge. Ils tenaient ces manies de leur mère, sans nul doute, qui avait été éduquée en France.

Pour Ted, qui n'avait même pas conscience qu'il existait d'autres pays, cela avait été une surprise d'apprendre que la Grande-Bretagne n'était qu'un petit point sur la mappemonde, et de loin. Il comprenait soudain que le pouvoir du Seigneur ne s'appliquait que sur le pays, mais il eut un vertige en songeant au fait qu'il pouvait convoiter tous ces territoires et en faire son terrain de chasse privilégié. On le lui avait expliqué et il avait été horrifié, malgré lui. Lorsque Fleur lui avait indiqué la situation géographique de la France, juste en dessous de l'Angleterre, il avait été impressionné. A si peu de distance, une culture différente et libre vivait, qu'il ne pouvait pourtant toucher ! Il avait exprimé, juste une fois, le désir de connaître ce pays inconnu, qui lui semblait un rêve lointain de liberté. Tout le monde autour de lui avait souri.

Les Français sont peut-être arrogants, comme aime le dire Ginny, mais ils ont beaucoup plus de qualités que nous en bien des choses, songeait-il. En plus, il aimait beaucoup l'accent de Fleur et était impressionné parfois de l'entendre lancer des injures dans sa langue maternelle, lorsque quelque chose lui déplaisait. Hope l'imitait très bien, et elle savait même parler la langue, mais moins couramment que sa mère puisqu'elle n'avait pas passé toute son enfance là-bas.

Mais il devait trouver tout de même une certaine grâce dans ces mouvements. Fleur devait sûrement appartenir à une catégorie sociale importante de la population sorcière française. Importante mais néanmoins souple, puisqu'elle avait pu épouser un membre de la famille Weasley, qui en Angleterre, avant la guerre, était une famille tout ce qu'il y avait de plus humble.

Grâce à Hope, donc, il avait fait la connaissance des autres jeunes. Il n'était pas devenu plus proche d'eux que des frère et sœurs Weasley, mais ces derniers avaient exprimé un vif intérêt en voyant sa baguette. C'était alors qu'il s'était aperçu qu'aucun d'entre eux n'en avait.

« Il n'y a plus de fabricant de baguette magique, et c'est très difficile d'en trouver un, parce que les Mangemorts les ont tous mis à leur botte ou les ont tués parce qu'ils ne coopéraient pas. Alors les adultes sont obligés de prêter leurs baguettes aux plus âgés pendant les entraînements, mais c'est très grave puisqu'elles ne répondent pas toujours à leur propriétaire, et ça diminue leurs effets du coup. Puis, tu sais aussi que les effets de la magie sans baguette sont presque dérisoires… expliqua Hope, lorsqu'il demanda pourquoi.

-Je vois… »

Il eut une pensée pour Gaïa Ollivander, l'une des surveillantes que lui et ses camarades appelaient « la vieille fouine ». Il ignorait quelles étaient ses motivations réelles, mais sans doute n'était-elle qu'une lâche… Il ressentit une bouffée de désespoir. Y aurait-il une fin à cette histoire, en fin de compte ? Les enfants pourraient-ils de nouveau faire de la magie ?

« S'il te plaît, lui demanda un jeune garçon, d'à peine onze ans, tu peux nous faire une démonstration ? »

Il jeta un coup d'œil à Hope puis à sa baguette.

« Vas-y, » l'encouragea t-elle, avec un sourire.

Il leva donc sa baguette, fit un petit geste, invoqua la formule « Lumos » et son arme produisit une petite lumière à son extrémité. Le garçon eut un petit sourire content. Un autre, néanmoins, ne put s'empêcher de se vanter :

« Pff, moi je sais faire ça aussi, tout seul ! »

Hope se tourna vers lui, maternelle.

« Montre-nous. »

Tout d'un coup, le prétentieux perdit de sa superbe, et rougit. Il finit par marmonner :

« Ben, ça ne vient que si j'en ai vraiment besoin… »

Hope eut un rictus pincé, et jeta un regard à Ted.

« Tu vois, quand je te disais que dans quelques années, ce ne sera plus pareil. »

Il la regarda. Ce qu'elle était mature pour son âge ! Elle n'avait que douze ans, et pourtant elle prenait pleinement conscience des choses. Elle en savait même beaucoup trop, semblait-il, et il se demandait si elle n'avait pas entrepris d'espionner les réunions à chaque fois. Elle s'improvisait maman de tous les enfants du camp, même de ses aînés, et ne semblait pas éprouver d'hostilité particulière envers le camp ennemi. Non, pour elle, ce qui comptait, c'était ce qu'il se passerait dans l'avenir, et elle envisageait sérieusement toutes les possibilités.

« Fais pas ta Trelawney, » la taquinait son oncle Ron, lorsqu'elle faisait des suppositions pessimistes.

Ted ne savait pas qui était Trelawney, mais au son de leurs rires, il avait compris qu'elle devait être l'objet de diverses plaisanteries pas toujours élogieuses.

Finalement, Ted pouvait conclure qu'il aimait bien Hope, et qu'il n'avait pas de raison de se méfier d'elle puisqu'elle ne souhaitait que son bien. Mais sa pensée ne pouvait se détacher de l'infirmerie où se trouvait Meryl. Il se demandait ce qu'elle faisait pour passer le temps, et même s'il avait envie de lui rendre visite, il n'osait pas demander à Neville, qui l'intimidait malgré la sympathie que ce dernier lui vouait. Néanmoins, un jour, il prit la décision de se passer de son avis et essaya d'entrer discrètement dans la tente. Seulement, Hope le prit par surprise :

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Au changement subit de sa couleur de cheveux et de l'accentuation de la rougeur sur ses joues, elle comprit qu'il dissimulait quelque chose, et sourit de nouveau. Elle souriait toujours, de toute façon, peu importe les circonstances. Parfois, c'était inquiétant, parce qu'un sourire dissimulait toujours ce que son propriétaire pensait.

« Bon, je ne sais pas vraiment ce que tu as en tête, mais je vais faire comme si rien ne s'était passé. A tout à l'heure. »

Elle lui passa devant en lui frôlant l'épaule. Il resta un moment abasourdi, puis la regarda s'éloigner d'un air soupçonneux. Cette fille était un peu trop étrange, et même s'ils étaient en quelque sorte amis, il ne comprenait pas qu'elle lui accorde sa confiance aussi vite.

Et si elle souhaitait le dénoncer ?

Il secoua la tête. S'il réfléchissait trop, il allait finir par devenir poltron. Autant faire ce pour quoi il était venu.

Meryl, sous la tente, était en train de lire deux livres en même temps. Elle avait lu sans retenue quasiment tous les chapitres de L'Histoire de la Magie, et en était à présent à la première guerre des sorciers, provoquée par le Seigneur en personne. Déjà, à l'époque, on évitait de prononcer Son nom. Meryl ignorait qu'il avait existé une époque avant qu'Il n'arrive au pouvoir. Tous leurs livres d'Histoire avaient toujours affirmé qu'aucune de Ses tentatives n'avait échoué, quoi qu'Il fît.

C'était une fois encore une lourde révélation, qui ébranlait ses convictions.

Quelques jours auparavant, sous l'impulsion de Ginny, elle avait reçu la visite de certains membres du camp, afin qu'ils témoignent de leur vie à Poudlard. Il y avait eu d'abord Ronald, qui avait passé la plupart de son temps à rester muet face à cette fille, la contemplant comme s'il s'agissait d'un spectre. Elle avait fini par être gênée de sa présence, n'ayant pas l'habitude d'être fixée de cette façon. Même si Ron avait l'air gentil, elle ne savait pas grand-chose de lui et n'avait eu aucune envie de provoquer elle-même une conversation. Il avait seulement marmonné, en sortant de la tente :

« C'est vraiment bizarre… Il faut que j'en fasse part à Neville. »

C'était là qu'elle avait levé brusquement la tête, mais, à cause de son hésitation, il était parti avant qu'elle n'eût pu l'interpeller. Qu'est-ce qui était bizarre ?

Puis il y avait eu d'autres gens. George, qui était parvenu à la faire rire, notamment en parlant de ses frasques lorsqu'il était jeune. Néanmoins, son regard s'était voilé dès qu'il avait parlé de son frère jumeau, Fred. Meryl, surprise d'apprendre qu'il en avait un, avait compris rapidement que celui-ci était mort longtemps auparavant, désormais. Tous deux préféraient apparemment passer leur temps à inventer des objets de farce et attrapes plutôt que de réviser leurs cours. Il lui avait même laissé un vieux Boursouflet de couleur rose, qui était un peu abîmé néanmoins à cause de tout le temps passé dans une cage à survivre au danger et aux voyages difficiles. Il n'en avait sans doute plus pour longtemps, mais Meryl avait été soulagée d'avoir au moins un petit compagnon à ses côtés. Ainsi, elle passait son temps à le caresser pendant qu'elle lisait.

Puis d'autres personnes étaient passées. Luna, la femme bizarre qui lui avait dit de prendre garde aux Joncheruines (« je connais un produit efficace pour les éloigner ! »), mais qui était restée vague sur Poudlard, mis à part sur le fait qu'elle avait été répartie à Serdaigle. Percy, un autre frère de Ginny, qui lui avait expliqué avec un calme académique presque endormant les principes de chaque maison et les règlements auxquels étaient soumis les élèves (elle avait compris vaguement qu'il avait tenu une sorte de poste de surveillant, là-bas). A la fin, elle avait supplié Ginny d'arrêter ce défilé, songeant qu'elle en savait désormais bien assez.

L'autre livre qu'elle feuilletait était L'Histoire de Poudlard, qu'elle avait entièrement fini. Elle regardait à l'intérieur les similitudes que pouvaient présenter les deux manuels, afin de distinguer le vrai du faux. Elle devait reconnaître que les références s'accordaient entre elles et qu'il n'y avait quasiment aucun doute sur la nature réelle de chaque évènement, par exemple, le fait que le Déchu avait réellement défait le Seigneur alors qu'il n'était qu'un bébé (une histoire proprement improbable, puisque le Seigneur était le plus puissant des mages de Grande-Bretagne), ou que Poudlard avait été fondé par quatre grands sorciers dont l'un avait fini par se dissocier des autres et par cesser toute contribution à l'enseignement. Elle en était à approfondir ses recherches sur Salazar Serpentard lorsque Ted entra discrètement. Elle leva la tête en percevant du mouvement, mais il avait pris soin de se rendre transparent pour passer inaperçu.

« Hé, le caméléon, je te vois, » grommela t-elle.

Elle le percevait même très clairement, puisqu'en bougeant, il créait des vaguelettes dans le décor qui dessinaient les contours de son corps et trahissaient sa présence.

« Zut, alors, soupira t-il, en reprenant des couleurs normales. Ma technique reste à étoffer. »

Meryl le regardait avec un profond intérêt.

« Ton pouvoir… Il est inné, non ?

-Eh bien… Oui, répondit-il, pris au dépourvu.

-Oh… »

Elle ne savait pas quoi dire de plus.

« Pourquoi tu me demandes ça ?

-Parce que… C'est juste étrange, qu'il y ait des sorciers différents des autres… qui ont des pouvoirs spéciaux, et tout. »

Il fronça les sourcils. Mais il comprenait où elle voulait en venir :

« Je ne pense pas qu'on puisse vraiment s'interroger. Neville lui-même me disait qu'on ne trouvait pas d'explication à l'origine du pouvoir des Métamorphomages. Et puis, tu sais, toi aussi tu… »

Il y eut soudain du bruit venant de l'extérieur. Tous deux se retournèrent, effrayés, mais personne n'entra. Au contraire, il y avait un vacarme de voix qui s'entremêlaient, au point qu'on ne saisît pas très bien ce qu'il se passait. Ce n'était en tout cas pas très loin d'eux, puisqu'ils entendaient distinctement chaque bruit de ce qui se déroulait.

« Je vais voir ce qu'il se passe. Reste là, » ordonna Ted, en se faufilant aussi vite vers l'extérieur.

Meryl caressa son Boursouflet, intriguée. Elle souhaitait voir ce qu'il se passait dehors, mais elle n'avait pas vraiment envie de se montrer à la vue de tous. C'était déjà difficile d'être regardée de travers par une assemblée de personnes devant un chef qui ne l'aimait pas, alors il était inutile d'en rajouter. Mais au moins, juste passer la tête à travers le voile de la tente, et revenir ensuite à sa couche…

Avec hésitation, elle laissa la créature et ses livres et se mit debout. Elle frissonna lorsque ses pieds touchèrent le sol, et s'empressa d'enfiler les chaussettes que Ginny lui avait laissées et ses bottes chaudes, qu'elle ne laça pas pour pouvoir les enlever aussi vite une fois revenue à son lit. Elle marcha à tâtons jusqu'à l'entrée, et écarta légèrement les pans, laissant à son œil suffisamment d'ouverture pour pouvoir voir sans être vue.

Il y avait un rassemblement non loin de là. Ted venait d'être mis à l'écart par une femme qui le réprimandait sévèrement, tandis que les autres enfants regardaient le spectacle avec intérêt, à une distance respectable. Comme les gens étaient amassés autour de l'objet de leur attention, elle ne parvenait pas à bien voir. Mais lorsque quelqu'un se releva, soutenant avec peine une femme apparemment mal en point, elle recula. Celle-ci appuyait sa main contre une blessure sanguinolente au niveau de la hanche, tentant d'arrêter l'écoulement de sang, et faisait une grimace horrible. Ils commencèrent à marcher vers l'infirmerie, et Meryl se carapata, afin d'avoir le temps de se déchausser et de se rasseoir sur son lit.

Elle s'était tout juste assise lorsque la toile se souleva et que la blessée et ses compagnons entrèrent. Elle avait des cheveux cendrés et bouclés, ainsi qu'un visage maigre et fatigué arborant de vilaines griffures à peine cicatrisées, qui pour l'heure esquissait une affreuse grimace. Les autres l'allongèrent précautionneusement sur un lit, à l'opposé de celui de Meryl, et s'empressèrent de s'occuper d'elle en la rassurant et en cherchant des potions capables de guérir la blessure. La jeune fille les regardait faire, intéressée. Pour l'heure, personne ne lui prêtait attention, et cela l'arrangeait bien. A l'entrée de la tente, elle percevait des silhouettes qui, parfois, jetaient des coups d'œil curieux en repoussant légèrement les pans de la toile. Quelqu'un cria, du côté du lit :

« Il manque une potion contre les coupures et blessures ouvertes. Il faut en aller en chercher !

-J'y vais ! » répondit une autre personne.

Celle-ci s'en alla juste au moment où la foule s'écartait au-dehors.

« A quoi est due cette blessure ?

-Sortilège de découpe… Natalie et moi avons été repérées malgré nos précautions et c'est moi qui ai pris le coup lorsqu'on nous a lancé le premier sort… Elle nous a fait transplaner en vitesse, mais…

-Vérifions tout de même qu'il n'y a pas de désartibulage, vu ton état, ce peut être très dangereux.

-Entendu, mais il faut attendre qu'on apporte de la potion en quantité suffisante pour soigner une plaie aussi importante… Heureusement, c'est moins grave que ce qu'on a pu voir jusqu'ici, tu t'en sortiras, Lavande. »

Meryl pencha la tête. Elle connaissait les effets du maléfice. Elle l'avait appris il y avait bien longtemps de cela, elle profitait entre autres aux Héros lorsqu'il s'agissait de torturer ou de menacer des gens durant les interrogatoires. Elle n'avait jamais participé à un interrogatoire, mais elle avait reçu des descriptions éparses qui l'avaient dégoûtée du sujet.

Elle-même n'était pas faite pour blesser, mais…

Elle n'avait pas regardé clairement la blessure, mais elle savait parfaitement qu'elle détestait voir du sang, d'où qu'il vînt. Elle se mit debout et marcha, en chaussettes, vers la couche où la dénommée Lavande était installée.

« Qu'est-ce que tu fais, toi ? Recule ! » s'exclama un homme, la surprise se peignant sur son visage.

Dans la tête de Meryl, la vision de l'infirmerie surpeuplée du camp S prit place, et ce fut comme si elle se retrouvait un mois auparavant, à soigner les blessures des combattants. Elle jeta un regard circulaire autour d'elle. Il n'y avait pas de chaise. Tant pis, elle irait s'asseoir sur le lit.

Ce fut sans compter l'homme qui chercha à la retenir.

« Si tu crois qu'on va te laisser aggraver son cas, tu peux courir ! Dégage, petite sotte, tu ne sers à rien ! »

L'insulte vola au-dessus de la tête de Meryl, qui se chercha une place et s'assit, à côté de la femme médusée qui en oubliait qu'elle saignait.

« Qui est-ce ? demanda t-elle, mal assurée.

-Vous permettez que je voie ça ? » s'enquit-elle, sans laisser aux autres le temps de répondre.

Elle prit la main qui pressait la plaie et l'écarta, provoquant une grimace de douleur chez l'autre. Elle ne pouvait pas risquer de se débattre, car son cas s'aggraverait si elle le faisait, mais elle était tout de même indécise et très méfiante face à cette fille inconnue qui suscitait l'agacement de ses congénères.

« Fais quelque chose, Natalie ! »

L'une des femmes eut une réaction peu convaincue, se contentant d'observer ce qu'il se passait, regardant avec incompréhension Meryl presser la blessure et se concentrer. A ce moment, la personne qui était sortie auparavant revint, tenant un flacon dans une main.

« J'ai été prendre la potion dans la réserve ! Mais… »

L'homme se tut, stupéfait du spectacle qui s'offrait à ses yeux. Une lumière s'était échappée des mains de la jeune fille, répandant une chaleur bienfaisante qui apaisa momentanément la douleur ressentie par Lavande, et de ce fait l'expression tordue de son visage. Mais l'instant d'après, celle-ci reprit connaissance et écarquilla les yeux, ne sentant plus du tout la blessure. Lorsque Meryl retira ses mains, elle tremblait. Il y eut un grand silence.

« Wouah… C'est un miracle ! » souffla simplement Lavande, en tâtant sa hanche réparée.

Meryl sentait qu'elle avait fait une erreur. Elle avait obéi à un simple caprice, mais elle pouvait aussi bien se contenter de détourner les yeux. Seulement, elle n'aimait pas voir les autres souffrir, elle n'avait pas vraiment réfléchi. Elle avait donc fait ce qu'il fallait, mais était-ce vraiment une bonne idée, en fin de compte ?

Je leur ai donné une raison de me garder, et pas seulement comme monnaie d'échange.

Elle sentit comme un liquide glacé couler le long de son échine, et elle se releva, s'éloignant de celle qu'elle avait guérie comme si elle avait la peste.

« Mais… » entendit-elle.

Elle ne regarda pas les autres. Elle devait sortir. Il y avait trop d'émotions qui bouillonnaient.

Dehors, comme l'on s'étonnait du silence qui avait lieu depuis un moment, on s'inquiétait. Aussi, quelle ne fut pas la surprise de Ted et des autres lorsque Meryl sortit, l'air paniquée, et s'éloigna sans regarder derrière elle. L'instant d'après, des cris retentissaient dans l'infirmerie, quelque chose entre : « attrapez-la ! » et « prévenez Londubat ! »

Ted ignorait ce qu'il s'était passé, mais il sentait que c'était important. Comme il ne souhaitait pas que quelqu'un retrouve Meryl avant lui, il prit le parti de la rattraper, plutôt que d'en apprendre davantage, afin de lui demander des explications de lui-même.


Dans le prochain chapitre

« Tu étais au courant ?

-Au courant de quoi ? » répliqua sereinement le garçon.

L'homme poussa un soupir agacé.

« De ce qu'il s'est passé. Lavande ici présente était grièvement blessée, et à présent, elle est là, avec nous, et elle est parfaitement guérie. Et d'après ce qu'on m'a rapporté, la cause de cette rémission soudaine et miraculeuse est tout à fait étrange : ton amie ici présente peut l'attester. »

Meryl se força à garder la tête levée, tandis qu'à ses côtés Ted n'affichait aucune réaction.

« Tu savais qu'elle avait une aptitude particulière pour la magie de soin ?

-Qu'est-ce que ça veut dire ? interrogea en retour l'adolescent, avec le plus grand sérieux du monde.

-Tu ne sais donc pas ? s'enquit Neville, suspicieux.

-Qu'est-ce que je dois savoir ?

-Écoute, ce n'est pas à ce jeu-là que tu pourras me battre, Teddy. Peut-être te l'a-t-elle caché, mais ça n'explique pas qu'elle s'en soit servi sur Lavande avec autant de facilité. Et ça n'explique pas non plus qu'elle se soit enfuie la minute d'après pour faire je ne sais quoi.

-Elle était partie pleurer. »


Je ne vais pas dire que Theodore est un personnage des plus terrifiants mais dans ce chapitre il me fait flipper. Je veux dire, je ne sais pas si comme moi vous avez ressenti un malaise en lisant les passages le concernant.

Bref, une petite agitation dans ce chapitre, c'est mieux que rien ! Prions pour que Neville ne soit pas plus méchant qu'il ne l'est déjà dans le prochain...

Dans le premier tome Dumbledore dit quelque chose comme : "Nigaud ! Gras-double ! Bizarre ! Pinson !"
Moi je vous sors ceci : "GHOSTBUSTERS !" Si ça dit quelque chose à certains, allez écouter le thème, il est génial ! Et ça n'a rien à voir avec ce chapitre en fait...