20.
Alveyron s'était jeté sur les jouets tout justes déballés, Alguérande était passé dans la serre voisine en compagnie de Khell.
- C'est très gentil d'avoir fait le déplacement pour l'anniversaire d'Alfie.
- Je l'ai surtout fait pour toi. Je voulais savoir comment tu allais.
- Le GalactoNet aurait suffi ! remarqua Alguérande avec un petit rire. Et je pense pouvoir avoir l'orgueil, en ces circonstances, de songer que tu as quitté la dentiste de ton cœur pour moi !
- Comme s'il y avait seulement ici une seule personne qui l'ignore ! Mais Mya a fait le voyage avec moi, elle est à L'auberge des landes. Je pouvais lui offrir un peu plus luxueux que cet hôtel juste à un jet de pierre du domaine, mais cet endroit est chargé de significations, pour moi, pour toi et moi, et même ton père !
- Tu pouvais aussi séjourner au château ! protesta le jeune homme. Le pavillon de chasse ne t'aurait pas accueilli, tu n'as pas cru sincèrement que nous t'y aurions renvoyé ?
- Je sais. Vous avez tous un cœur immense, vous tous ceux de votre lignée. Je savais que vous ne me traiteriez plus en membre du personnel…
- Tu ne l'as jamais été ! Tu es à la fois mon premier et second père ! Mais c'est vrai que tout du temps de grand-père Skendar le Militaire qu'il était n'aurait pas admis un Pirate sur ses terres. Ensuite, papa aurait pu…
- Je t'arrête, Algie ! Ton père et moi avons opté d'un commun accord pour le poste de garde-chasse et le pavillon ! Ce fut le premier vrai foyer que j'ai connu, je l'ai apprécié.
Le visage du Pirate à la chevelure de neige s'éclaira d'un large sourire.
- Et j'ai rencontré une femme merveilleuse. J'ai mon bonheur entier, Algie, je peux te l'assurer. Mais tu aurais, toi, une place privilégiée dans mon cœur !
Alguérande serra les dents, un éclair d'inquiétude passant dans ses prunelles d'un gris pâle.
- Khell… J'ai peur de comprendre… Un voyage, un dernier voyage ?
- Oui, Alguérande. Mais, je te rassure : je suis en parfaite santé, et j'ai encore bien des années devant moi. Mais j'ai choisi de m'arrêter dans les voyages dans la mer d'étoiles, je ne veux plus que vivre pour celle qui éclaire mes vieilles années. En revanche, comme tu viens de le comprendre, je ne reviendrai plus vous revoir, aucun de vous de la famille.
Alguérande étreignit longuement celui qui avait été son protecteur depuis sa venue au monde, effectivement son premier père, avant de demeurer l'ami le plus sûr et toujours présent dans les coups durs.
- Je ne sais pas si nous en avons le pouvoir, mais Pouchy et moi te bénissons et nous te souhaitons tous les bonheurs mérités avec la femme de ta vie !
- Merci, Algie !
- Je te fais ramener à L'Auberge ?
- Non, je gère ma propre destinée, je rentre seul retrouver celle que j'aime plus que tout !
Sans surprise, Alguérande trouva son cadet debout dans la chambre d'un Alveyron qui avait été terrassé par toutes les émotions et tous les bonheurs de sa journée d'anniversaire.
- Alveyron fait sa sieste. Plus tard, il partira avec sa maman. Mon Pouch', ton cadeau était phénoménal !
- Juste quelques poussières d'étoiles reconstituées et recréées pour en faire une sorte de manège pour que ses prunelles vertes brillent de bonheur !
- Comme s'il y avait d'autres petits enfants disposant d'un tel jouet !
- Il y en d'autres, beaucoup d'autres. Mais tu n'as pas à galoper à leur découverte, sourit tendrement l'adolescent. Chacun d'eux vit sa propre vie, à son rythme. Et moi je suis juste heureux d'avoir fait le bonheur d'Alveyron !
Pouchy prit son aîné à la chevelure fauve par la main et l'entraîna hors de la chambre d'Alveyron, referma doucement la porte.
- Algie, est-ce que tu te souviens de ces mois dans l'Oasis ?
- Oui. Je n'en ai pas oublié un instant, pourquoi ?
- Cette vie t'a plu, elle te comblait. Mais tu revêtiras ton uniforme de capitaine Militaire à la fin de ta convalescence, je ne me trompe pas ?
- C'est ma carrière, ma vie. Oui, je rejoindrai le Pharaon.
- Mais Lumélyance t'a offert une autre option, montré ton autre voie de vie…
- J'ai vécu comme mon cœur l'espérait, du plus profond. Mais j'ai une autre destinée. Alveyron me l'a rappelé à sa venue, une nouvelle fois, pour me ramener à la vie – et Lumélyance a soigné le gros de mes défaillances physiques, la médecine Humaine et naturelle prenant tout son temps pour me remettre sur pieds. Pouchy, je suis de cette lignée, je suis un guerrier et c'est en quoi je réussis le mieux, je ne peux que poursuivre !
- Et Phernelmonde, je suis surpris qu'elle n'ait pas profité de tes mois de convalescence pour venir prendre sa revanche et l'emporter sur toi vu ton état général de faiblesse…
Alguérande eut un sourire un peu rêveur, comme si en dépit du temps passé à retrouver la santé auprès des siens, il était demeuré dans son Oasis.
- Lumélyance est une amie, à jamais. Elle fait en sorte que pour toutes les entités surnaturelles je semble être toujours son hôte dans l'Oasis. Elle me protégera et me rendra invisible, quelque part, autant de temps que de nécessaire. Je suis en sécurité, Pouchy, ne t'inquiète pas.
- Je suis soucieux pour ma famille, c'est mon rôle ! Et je peux désormais faire la part du Bien et du Mal, pour en avoir expérimenté les deux faces. J'ai accompli tout mon apprentissage, je suis le parfait Gardien de Terra IV, papa et toi pouvez voler en paix, je vous garde.
L'adolescent eut un geste du menton en direction de la chambre où Alvéyron dormait tranquillement.
- J'ai vu des ailes de cygnes pour décorer le dais bleu univers du petit lit de ton fils, pourquoi ?
- Alveyron en avait dans ma vision. Il était majestueux au possible !
- Non, c'est moi qui suis gracile et élégant. Si j'avais été danseur étoile j'aurais été phénoménal !
- Pouch', tu n'as aucun sens du rythme !
- Algie, tu es désagréable !
- J'adore asticoter mon petit frère !
- A un de ces jours, Alguérande, sourit un Pouchy rayonnant, au propre comme au figuré. Et, crois-moi, tu atteindras bientôt le bonheur absolu auquel tu as droit !
- Pouch' ?
Pouchy gloussa avant de disparaître.
Albator se dirigea vers Alguérande qui revenait après une absence de plusieurs minutes.
- Tu vas bien ? Je commençais à m'inquiéter. Tu es encore si fragile !
- Je suis un guerrier, papa. Je suis ton fils ! Et tu m'as donné au fil du temps toutes les armes pour me permettre de survivre et d'être un conquérant des étoiles !
- Je ne suis pas sûr de pouvoir m'en réjouir…
- Je suis un capitaine de cuirassé, j'y excelle, et je le prouverai, encore et encore ! A très bientôt, mon papa, dans la mer d'étoiles !
- Oui, nous nous croiserons très souvent, je n'en doute pas, sourit le grand Pirate balafré.
