Merci à vous quatre, d'avoir commenté le précédant chapitre malgré le temps que j'ai mis à le publier ! :)
Chapitre 19
Sakura ne mit pas longtemps à arriver au lieu de rendez-vous fixé préalablement avec cette jeune fille. Il craignait que chaque seconde écoulée ne la fasse hésiter encore un peu plus… Plus vite il la verrait, mieux ce serait. Et pendant le trajet, Sakura se remémora ce qu'il savait au sujet de cette fille… C'est-à-dire peu de choses, en fait. Seulement qu'elle était présente ce soir là, qu'elle ne travaillait pas depuis très longtemps… qu'il se pourrait qu'elle ait vu Dieu sait quoi… En fait il n'en savait rien, maintenant qu'il y pensait ! Le fait qu'elle croyait avoir vu quelqu'un qu'elle avait reconnu, mais qu'au final cette piste n'avait mené nulle part… Un coup d'épée dans l'eau, en somme. Tout cela, il n'en savait rien. Ce que Sakura ignorait encore, c'était que Tetsu l'avait vu, qu'il l'avait persuadé de venir au poste… Il ne le savait pas si impliqué et bien sûr, comme il ignorait où se trouvait le leader en ce moment, il ignorait donc jusqu'où Tetsu avait poussé l'imprudence…
Lorsqu'il arriva à destination, il fut assez facile pour lui de reconnaitre la personne qu'il avait eue au téléphone un peu plus tôt. L'endroit était en effet peu rempli et entre un homme d'âge mûr, un couple, une femme et son petit garçon et une jeune fille, c'est bien entendu vers cette dernière qu'il se dirigea spontanément. Pour toutefois être sûr de lui, le batteur se posta devant elle et demanda poliment :
Excusez-moi… Yamada-san ?
Oui. Alors c'est vous que j'ai eu au téléphone ? fit-elle d'une voix douce, mais peu assurée.
C'est bien moi. Mademoiselle, encore une fois je vous assure que vous pouvez me faire confiance… enchaîna-t-il sitôt assis en face d'elle. Je suis…
Je sais qui vous êtes… le coupa-t-elle. Depuis le début de cette histoire, j'ai fait des recherches et… Vous êtes le batteur… Le premier.
Oui.
Et… Ogawa-san… ? demanda-t-elle, comme si elle espérait qu'il allait venir se joindre à eux à la dernière minute.
Il… s'est absenté. Mais je lui répèterai tout mot pour mot. Si vous avez quelque chose à dire, je vous écouterai.
Je suppose… De toute façon, je dois parler.
Allez-y, l'encouragea Sakura, de son air le plus doux et patient.
Quand j'ai vu Ogawa-san il y a quelques temps, je lui ai dit que la personne que j'avais vue… Qu'elle me disait quelque chose… Comme une impression de déjà vu, en quelque sorte.
Ah oui ?
Et quand Ogawa-san m'a emmené voir la police pour essayer de dresser un portrait robot, j'en ai été incapable… C'était vraiment une vague impression… Plus dans la démarche, la carrure, plus encore que le visage. Et je n'ai donc pas pu le décrire. Pour être franche, j'ai même pensé que tout cela n'était que le fruit de mon imagination, au final.
Le petit cachottier… marmonna le batteur entre ses dents.
Pardon ?
D'accord, sur le fond, cela n'aurait rien changé à l'affaire, que Tetsu rapporte ces faits et sa rencontre avec cette jeune femme dans le détail, à ses amis. D'accord. Mais pour ce qui était de la forme, Sakura le trouvait quand même sacrément gonflé, tout de même ! La jouer cavalier seul comme cela, ça ne ressemblait pas à Tetsu. Mais bon, il faut dire aussi que les circonstances actuelles avaient de quoi transformer un homme. Un instant, Sakura se demanda s'il était le seul à ignorer tout cela, ou si Yukki et Ken étaient bien logés à la même enseigne que lui… Etre le seul dans l'ignorance reviendrait à dire que Tetsu ne lui faisait pas confiance… Mais quand Sakura se mit à songer à l'attitude plutôt amicale du leader à son égard ces derniers jours, il eut honte d'avoir douté de ses intentions envers lui. Il se ressaisit et posa un regard encourageant sur la jeune femme :
Ce n'est rien. Continuez, s'il vous plait.
Hier, je suis allée rendre visite à ma grand-mère… Je devrais le faire plus souvent, mais j'enchaîne les petits boulots alors ce n'est pas si facile… Mais hier, j'ai eu un jour de congé alors je me suis dit que ce serait l'occasion de passer une journée complète avec elle.
Euh… bafouilla Sakura, un peu perplexe. Tout ça c'est très gentil, mais je ne vois pas…
Ce type… qu'il ait ou non quelque chose à voir avec la disparition de votre ami… En tout cas je sais d'où je le connais.
O… Oui ? demanda-t-il, le cœur battant de l'excitation d'enfin savoir, et surtout de progresser.
Il habite en face de chez ma grand-mère… Un petit immeuble juste en face.
Vous êtes sérieuse là ?
J'en suis persuadée, assura-t-elle, convaincue. Ca m'est revenu quand je suis partie de chez elle et que j'ai regardé machinalement en face. Quand j'étais plus jeune, il arrivait souvent que je sorte au moment où il sortait ses poubelles par exemple… Je n'étais pas très rassurée parce qu'il était grand et fort… Et qu'il n'avait pas l'air très gentil. Je suis sûre que le type que j'ai vu, c'était lui. Cela dit, ça m'étonne tout de même.
Pourquoi ça ?
Eh bien cet homme ne sort pratiquement que pour aller travailler. Il est toujours seul depuis quelques temps, plus personne ne vient le voir et il n'est pas sociable du tout… Alors le voir en plein centre-ville, comme ça, dans un lieu plein de monde… Ca m'étonne un peu de lui, avoua-t-elle, l'air songeur. Enfin pour ce que j'en ai entendu parler.
Et il travaille où ? On peut le trouver où ? interrogea Sakura en se contenant pour ne pas crier ses questions et lui faire peur.
J'ai demandé à ma grand-mère… Il fait des ménages, un peu partout…
Très bien.
Et vous n'allez pas me croire, mais… Il semblerait qu'en ce moment, son lieu de travail soit le commissariat.
Le… ? Sakura était assis et c'était une très bonne chose, parce que là… La coïncidence était si belle qu'évidemment, il était tout à fait impossible que ça en soit une. Au commissariat ! Voilà d'où venaient les fuites, inutile de chercher plus loin. Qui se méfierait d'un homme de ménage ? On devait sûrement dire tout un tas de choses devant lui, pour peu qu'il soit particulièrement discret. Ou même simplement laisser traîner des choses sur les bureaux, à la vue de n'importe qui… C'était bien joué ! Sakura aurait peut-être dû sauter sur son téléphone et faire immédiatement part de cette information cruciale à la police… Mais pour le coup il était tellement sonné et il essayait tant de rassembler les morceaux, qu'il en restait cloué sur sa chaise, le cerveau tournant à plein régime.
Ok. J'ai besoin d'un verre… souffla-t-il finalement.
Vous pensez que peut-être… qu'il pourrait avoir quelque chose à voir avec…
J'en sais rien, je dois réfléchir. Quelle galère…
En ce moment, Ken, tout comme Yukki et Sakura d'ailleurs, ne passait plus chez lui qu'en coup de vent. L'appartement de Tetsu leur servant de domicile ces temps-ci, il n'y avait plus vraiment d'utilité à revenir chez soi… Qui plus est chez Tetsu, il y avait un effet de groupe rassurant, une sorte de solidarité qui ne donnait pas envie de se retrouver seul, vues les circonstances actuelles. Mais parce qu'il fallait bien changer de vêtements, vérifier le répondeur et le courrier, ou même simplement sortir et prendre l'air, Ken avait donc décidé de faire un rapide tour chez lui cette fois. Il ouvrit sa porte d'entrée, les mains chargées de lettres et de journaux récupérés dans sa boîte aux lettres… Il y avait de quoi faire !
Pfff j'aurais dû relever mon courrier plus tôt. Ça s'est entassé. Alors facture… énuméra-t-il nonchalamment en déposant les enveloppes une à une sur une table, facture… facture… Je suis comblé. Tiens ?
Une enveloppe plus petite que les autres attira son attention. Et ce d'autant plus que même si cela semblait pourtant incroyable… On aurait dit l'écriture de Tetsu ! C'était bien ça, aucun doute possible. Intrigué, Ken lâcha tout pour déchirer l'enveloppe, se demandant pourquoi Tetsu lui écrivait au lieu de lui parler. Ken n'était pas cardiaque, et c'était une bonne chose. Parce que lorsqu'il vit la lettre indiquant une heure, un point de rendez-vous… Justement le dernier soir où ils avaient vu Tetsu… Il ne fallait pas être particulièrement intelligent pour comprendre ! Pour une quelconque raison, « quelqu'un » avait fixé ce rendez-vous à Tetsu et cet imbécile s'y était rendu. Et plus important encore… Il n'en était pas revenu. Ken se mit à réfléchir à tel point qu'il faillit en avoir le tournis. Il ne comprit pas l'intérêt de cette lettre. Pourquoi la lui envoyer ? Qu'en faire ? Il avait besoin d'une opinion censée… Et pour cela, une personne actuellement, était toute indiquée… Fébrilement, il se mit ç chercher dans chacune de ses poches, son portable :
Nom de… Où il est ce… Ah ! s'écria-t-il en mettant la main dessus, avant de composer un numéro rapidement. Yukki ? T'es où là ?
Ben sur le chemin… Je faisais les courses.
En voiture ?
Ben oui, j'ai acheté pas mal de choses et…
Fais un détour par chez moi, on doit parler immédiatement ! le pressa Ken.
Attends, tu me fais peur… Qu'est-ce qui se passe encore ? s'inquiéta le batteur, en changeant de direction.
J'ai un truc à te faire lire…
Inutile de dire qu'avec un ton pareil et une attitude aussi flippante, Ken avait réussi à motiver assez Yukki pour que celui-ci rapplique à grande vitesse sans se poser plus de question. Et tant pis pour les quelques feux rouges grillés en chemin, d'ailleurs. Et lorsqu'il arriva dans l'appartement du guitariste, que celui-ci, très pâle, lui mit la lettre fraîchement reçue sous le nez… Yukki se laissa tomber sur le premier tabouret venu en lâchant :
Bordel de merde…
C'est à peu près le fond de ma pensée, oui... souffla Ken, le regard éteint.
Cet espèce de crétin a joué les détectives amateurs ! Comment ai-je pu être assez con pour ne pas le voir ? C'était évident qu'il ne se tiendrait jamais tranquille ! C'était sûr qu'il ne supporterait pas de rester sans rien faire ! Mais que je suis con ! s'écria Yukki en chiffonnant la feuille dans sa main crispée.
Si tu es con, alors je le suis tout autant que toi. J'ai rien vu non plus…
Il nous a monté un bateau… Chapeau, l'acteur !
Bon. Mais ça ne nous dit pas ce qu'on est censés faire avec ça…
Ca me parait clair : ça, répondit Yukki en lui collant la lettre froissée sous le nez, c'est sa bouée de sauvetage.
Hein ?
Son plan B, si tu préfères.
Là, je suis largué, admit le guitariste, sentant que sa tête ne résisterait pas à plus de chocs.
Réfléchis : te filer ce papier dès sa réception aurait conduit à quoi ? Tu aurais eu quelle réaction s'il te l'avait montré ?
Je ne l'aurais pas laissé y aller ! répondit Ken comme une évidence.
Exactement. Et il ne voulait pas que tu l'en empêches.
Mais alors pourquoi me le dire en me l'envoyant ?
Mais parce que maintenant c'est trop tard, tu ne peux plus rien y faire. Et si jamais ce rendez-vous tournait mal, tu saurais où il est.
Savoir où il est, c'est vite dit ça ! grogna Ken en faisant les cent pas. Il n'y est plus maintenant, dans ce foutu parc !
On n'est pas plus avancés, je te l'accorde… céda Yukki, déprimé.
Ça avait forcément mal tourné. Forcément. Et maintenant ils étaient deux à être aux mains de Dieu sait quel malade… Si l'on admettait qu'ils étaient encore vivants… Mais « ça », c'était une hypothèse qu'aucun d'entre eux ne souhaitait approfondir davantage… Pourtant, sans se regarder, ils savaient bien que tous deux y pensaient… A cela, au moyen de faire quelque chose, à ce qu'il faudrait faire en premier… Trop de choses… Tellement, que cela en devenait assommant, littéralement. Comme lorsque l'on aurait du mal à tenir debout après une trop forte fièvre… Mais enfin, après plusieurs minutes d'un silence assourdissant, la voix de Yukki s'éleva pour suggérer :
On peut toujours filer ça aux flics pour qu'ils voient si l'écriture donne quelque chose. Et… signaler la disparition de Tetsu, dit-il tristement.
Bon sang… C'est un fan qui veut nous dégommer un par un ou quoi ? soupira Ken, l'inquiétude parlant pour lui.
J'en sais rien, mais deux disparus…
Tu crois que son petit discours à la télé a énervé le kidnappeur et que c'est pour ça qu'il s'en est pris à Tetsu ? demanda Ken, l'idée venant de lui traverser l'esprit soudainement.
C'est possible… J'en sais rien du tout… Mais ça, c'est le boulot de la police.
'faut l'appeler… Et prévenir Sakura aussi.
Et si on allait voir là-bas ? proposa Yukki.
Où ça ?
A ce parc.
Et tu veux y trouver quoi ? C'est l'affaire de la police, ça !
On les appellera en chemin. Si je reste là à relire ce papier… Je vais devenir dingue…
