20.
Khell était venu se planter devant le capitaine de l'Arcadia qui finissait ses adieux du moment avec Warius qui repartait pour sa République Indépendante avec le Karyu, reprenant du service actif.
- Je pars.
- Encore !
- Tu sais très bien que, cette fois encore, je dois rejoindre Alguérande, lui expliquer. Et, au moins là, il connait une partie de la vérité.
- Cela ne sera pas plus facile, ni pour lui ni pour toi, remarqua Albator sans remuer d'un muscle à la barre de son cuirassé.
- Je sais, mais je le dois. Il faut apaiser le gamin. Et toutes ombres doivent être dissipées entre nous.
- C'est trop tôt, il n'est pas prêt, murmura Clio depuis le fauteuil qui était le sien près de celui du grand Pirate balafré.
- Il n'a pas été le seul à souffrir ! se récria Khell. Quand j'ai compris, j'ai su avoir été le premier dupé, qu'on s'était servi de moi, et ce fut atroce ! J'ai ressenti une souffrance comme jamais. Mon cœur à moi aussi s'est brisé, a été transpercé par les frappes de Khoor… Et il était mon fils biologique, bien qu'il soit devenu au final un monstre génétique et que je ne pouvais pas plus le reconnaître comme mien au même titre qu'Algie ne considérera jamais plus Léllanya comme sa mère de sang ! Je pars, Albator, un point c'est tout ! Tu as été mon capitaine, tu es mon patron à Heiligenstadt, mais je suis ici en tant qu'être libre – et je sais que tu ne me retiendras pas.
- Tu as toujours été libre, Khell, sur mon bâtiment, remarqua doucement Albator.
- Dans un autre cas, je n'aurais jamais eu les propos que je viens de prononcer, risquant à être éjecté dans l'espace par un vide-ordures, et il n'était pas non plus question pour moi de te froisser dans ton autorité. Nous avons à protéger l'enfant qui nous est le plus cher dans la vie, chacun à notre manière. Et tant qu'il ne sera pas assuré de la solidité des bases de son enfance, il sera fragilisé… Je vais le rejoindre !
Clio ne put s'empêcher de tourner légèrement la tête vers son ami borgne et balafré, redoutant sa réaction aux mots vifs mais si plein de sagesse et d'amour.
Albator ferma sa paupière, esquissant un léger sourire.
- Ta navette intergalactique pour rejoindre Alguérande t'attend depuis plusieurs jours déjà !
Le tatouage à sa poitrine devenu brûlant, Alguérande avait jailli de son lit pour se précipiter sous la douche, faisant couler des flots d'eau glacée, ce qui l'avait apaisé, quelques instants.
- Talmaïdès ? ! Mais qu'est-ce que tu me fais ! ?
- Balkendorf s'est régénéré !
- Talma, ton Seigneur a été déchiré par les éclats d'un Cristal, protesta le jeune homme, à genoux dans la cabine de douche, le cœur battant à tout rompre mais sans aucune force. Il a subi le même sort que Dambale ! J'étais là, j'ai failli y rester… Je ne me souviens pratiquement de rien, mais ils ont péri par leur propre arme toute puissante qui menaçait nos univers !
La Carsinoé originelle voleta dans la salle de bain du capitaine du Pharaon.
- Oui, le Cristal aurait dû détruire notre Seigneur, mais leurs énergies étant identiques, ils se sont juste repoussés l'un l'autre. Balkendorf a mis du temps à se remettre, mobilisant les quelques forces de ses cerveaux à cette tâche, ce qui fait que vu le peu de puissance dégagée, cela est passé totalement inaperçu… Mais j'aurais dû me souvenir de la légende.
- De quoi ? grommela Alguérande en sortant de la douche, se séchant, affichant sans vergogne son physique parfait avec juste les onces de graisse nécessaires pour les formes, la musculature dessinée avec précision et fermeté, aux yeux de papillon de Talmaïdès.
- Balkendorf est aussi immortel que moi, reprit la Carsinoé. Il n'y a qu'une créature de feu qui peut mettre un terme à son existence. Il faut qu'il en soit transpercé, de part en part. Et il n'y a aucun être de ce genre qui existe. Il revient.
Alguérande haussa légèrement les épaules.
- Dambale et Balkendorf ont détruit leur propre Cristal, et ça a mis fin à leur invasion et lobotomisation de nos univers. J'étais plus mort que vif, envahi par ton poison je te le rappelle, je ne peux pas plus non plus. Balkendorf ne relève plus de mes combats, je ne suis pas à la hauteur et je ne le serai jamais ! Arrête donc de me prendre la tête avec les sursauts de ton monstrueux Seigneur, Talmaïdès ! Et j'aimerais que ma chair ne s'enflamme pas, au sens figuré, à chacune de tes émotions du passé ! Je t'ai appelée, tu me manquais, mais évite de mettre ma vie sens dessus dessous quand je m'y attends le moins ! S'il te plaît ?
- Je vais essayer.
- Merci, Talma.
Son carrosse citrouille géant, tiré par quatre licornes, s'étant arrêté auprès de l'Arbre de Vie, Sandromange en descendit.
- Je suis tellement heureuse, et soulagée de te revoir, Gardien Pouchy, fit-elle en s'inclinant en une profonde révérence, étirant sa longue robe couleur prune.
- Mais…
Torien posa une main amicale sur celle de l'adolescent.
- Tu étais mon Prieur apprenti, Pouch'. Tu es désormais le Gardien de Terra IV et du Sanctuaire. Je pourrai bientôt me retirer, disparaître, tout comme Aldéran a fini par trouver le repos à jamais.
- Non… gémit le jeune garçon. J'ai trop besoin de toi !
- Chacun a un rôle à jouer, et cette place n'est jamais éternelle. Tu es pratiquement prêt, Pouchy. Tu as sauvé Alguérande, tu as aidé ton père et Khell. Tu peux tout désormais… ou presque…
- Quoi donc ?
Une sphère orange apparut, vibrante d'énergie, rougissant en quelques instants.
- C'est quoi… ? glapit Pouchy.
- C'est l'annonce de tragiques moments à venir, souffla Torien.
- Noonnnnnnn !
Dans un hurlement, foudroyée par un éclair, la Reine des Sylvidres s'enflamma, transformée en quelques instants en petit tas de cendres.
