Chap. 20 Wild World || Cat Stevens

D'accord, d'accord, il faut que je respire. Ce n'est rien, nous allons tous nous en sortir. Je ne dois pas laisser la panique m'envahir, je contrôle la situation. Oui, voilà, ça c'est bien, pensées positives ! Une poutre en flamme tomba avec fracas près de moi, soulevant un nuage de pussière et de fumée qui me brûla les yeux et me fit tousser. Ça ne servait à rien de se voiler la face: je ne controlais plus rien. Je n'aurais jamais dû suivre sans réfléchir mon imbécile de frère... La chaleur dans la demeure en flammes, criant le nom de mon grand frère victime du syndrôme du super-héros. Seuls les craquements du bois dévoré par le feu me répondirent.

Mais comment en sommes-nous arrivés là, alors que tout se passait si bien ? J'avais beau me repasser le film de ces derniers jours, je n'arrivais pas à trouver le moment où j'avais pris la mauvaise décision. A qui n'aurais-je pas dû parler, où aurais-je dû rester plus longtemps, comment aurais-je pu empêcher mon frère de se jeter dans cette fournaise ? Tout en continuant à avancer péniblement parmi les flammes, j'y réfléchis encore une fois, incapable de lâcher l'affaire.

Au début...

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- Reprenons: tu as créé un clône de moi, en utilisant un cadavre pour allonger sa durée d'existence, et ce clône a rencontré des problèmes de fonctionnement puisque mon chakra est en vérité composé de tous vos chakras. Il y a donc un clône de moi qui se promène dans le village où j'étais censée vivre, où ma famille m'a rendu visite, où je m'étais trouvé un travail, avec une personnalité reprenant des traits de caractère de chacun d'entre vous. Elle a rejoint un gang, a braqué une banque, a défié les autorités juste pour le plaisir, et elle vient de sortir de prison. Je n'oublie rien ?

- Tu sors avec un jonin proche du Kage.

- Ah oui, voilà, et c'est à lui que je dois de ne plus être en prison. Alors laisse-moi juste exprimer mon opinion à ce sujet. - je fermais les yeux et pris une grande inspiration. Zetsu allait comprendre. Lorsque je les rouvris, lui, Itachi, Kisame et Fuhito s'étaient éloignés de quelques pas. Tant pis, ils m'obligent à hurler. - Vous ne pouviez pas me prévenir avant, bande d'abrutis ?! Vous préfériez me laisser- non, la laisser ruiner ma vie sociale ?! On n'a pas idée de laisser quelqu'un réunissant toutes vos personnalités dans un même corps se balader sans surveillance !

- Pour ma défense, elle n'était pas sans surveillance, je passais régulièrement la voir. Et tout ne s'est pas déclenché d'un coup, elle a commencé à devenir spéciale-

- Oh, quoi, juste deux semaines après que tu ne l'aies créée ? J'avais activé ma pupille à ce moment là, je baignais dans votre chakra depuis deux semaines sans le savoir ! Et ça n'a fait qu'empirer !

- Oui, mais à partir de ce moment-là, les gens s'étaient habitués à toi, je ne pouvais pas m'occuper d'elle en modifiant ses habitudes sans attirer leur attention.

- Et ma famille ?

- On a eu de la chance, lorsqu'elle est venue te rendre visite, tu étais-

- Elle. Elle était. C'est pas compliqué bordel, je suis juste sous tes yeux ! Elle, là-bas, moi, ici !

- Okay, okay. Elle était sous l'influence d'Itachi et Deidara. Peut-être un peu de moi aussi. Globalement, ça recoupait un peu ton propre caractère, la rencontre s'est bien passée. Personne ne s'est douté de rien.

- Mon Dieu...

Je plaquais mes mains contre mon visage, abasourdie et dépassée par tout ce que j'apprenais sur ce clône, et surtout par le fait qu'ils l'aient laissée courir sans jamais se dire que c'était peut-être une mauvaise idée. Vraiment, la laisser rejoindre un gang ? La laisser entamer une relation avec un ninja haut gradé ? Et après ils osaient venir me sermonner sur la discrétion ? Je n'arrive pas à y croire. Quelle bande d'hypocrites !

- T'inquiètes pas Suzuki, ce n'est pas comme si tu devais prendre sa place et vivre avec tout ça. - jugea bon de dire Kisame, comme si ça pouvait me consoler.

- Oh non, tu as raison, c'est beaucoup mieux de m'enfuir en me faisant passer pour morte et de rejoindre une bande de criminels ! - répliquais-je d'une voix venimeuse, qui le fit seulement hausser les épaules.

- Quelque part, ça reste cohérent : elle a rejoint un gang, tu rejoins l'Akatsuki. Peut-être devrais-tu commencer à te poser certaines questions.

- Eh, je n'ai pas de prédispositions au crime ! Elle est la somme de toutes vos personnalités, est-ce vraiment étonnant qu'elle se fourre dans les ennuis ?

- Il y a un peu de toi quand même...

- Sous la folie combinée de dix personnes ? Je veux bien le croire, ça doit être ce qui la maintient en vie ! Je n'en reviens pas. Vraiment, je ne comprends pas comment est-ce que vous avez pû laisser la situation dégénérer à ce point.

- On avait un peu autre chose sur le feu, pour être honnête. Comme la capture de Jinchurikis, nos financements et ta quête pour découvrir tes origines. Un clône un peu dingue, mais que n'attire pas l'attention sur l'Akatsuki, ce n'est pas dans nos priorités. - se défendit Zetsu, qui n'appréciait pas d'être confronté sur un de ses échecs. Il fallait peut-être que je commence à me méfier, si comme l'avait si bien dit Kisame, il devenait mordant. Y repenser me fit combattre le petit sourire qui tentait de s'installer sur mes lèvres. A la place, je répondis séchement :

- J'ai bien vu. C'est très bien qu'on s'en occupe enfin. Et a quoi elle ressemble, maintenant ?

- Hum... C'est assez... différent de ton style habituel.

- Oh ? Qu'est-ce qu'elle a fait, elle s'est rasée le crâne ?

- Juste un côté, mais c'est assez discret.

- Quoi ?!

- Au moins elle ne s'est pas fait tatouer ! Ça nous facilitera la tâche pour la faire disparaître, on n'aura pas besoin de tatouer le corps.

J'allais me sentir mal. Parler aussi librement de ce qui allait arriver au corps qui servait de base tangible à mon clône... Déjà, savoir qu'un cadavre déambulait dans les rues sous mon apparence me soulevait l'estomac, mais alors l'idée que nous allions en plus l'utiliser pour rendre plausible ma disparition... J'en frissonnais. Itachi, qui était resté silencieux jusque là, m'empêcha de leur dire ce que j'en pensais en s'arrêtant brusquement en plein milieu du chemin, les yeux fixés sur l'horizon, nous ordonnant de nous taire. Nous nous mîmes tous en position de combat, nos sens au aguet.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? - chuchotais-je, cherchant la menace du regard. Nous étions au beau milieu d'une forêt, les ennemis pouvaient sortir de partout. J'espèrais que nous n'allions pas nous retrouver contraints à nous battre, il fallait que nous atteignons le village de la Cascade sans inquièter tous ses ninjas quant à une menace inconnue se promenant dans les bois.

Itachi ne répondit pas. Kisame adressa un signe que je ne compris pas à Zetsu, qui disparut dans le sol. Je ralentissais consciemment ma respiration, me préparant au pire. Je me sentais beaucoup moins nerveuse à l'idée de me battre qu'avant. Pensez-vous, après tout ce temps passé parmi ces ninjas renégats, on finit par s'y habituer, à défaut d'apprécier. J'avais confiance en mes capacités physiques, car sans compter seulement sur le Tenshingan, je pouvais maintenant me défaire de mes ennemis juste par des coups bien placés. Apprendre avec les meilleurs avait ce genre d'effets : on atteignait un niveau plus intéressant bien plus rapidement qu'en suivant des cours à l'Académie. J'aurais aimé pouvoir défier mes frères. Je ne pourrais jamais le faire, maintenant.

Un kunaï à la main, les yeux vifs et alertes, j'attendais. Quelque part, ça me ferait une bonne occasion de tester ce que m'avaient enseigné les autres avant que nous ne partions à l'assaut de mon clône et à la recherche de ma cousine éloignée, Yasuko. Nous avions attendus de retrouver un lieu où nous rassembler avant que nous ne nous lancions là-dedans, ce qui m'avait laissé presque un mois de répit. Enfin, de répit... Comme quatre semaines ne se perdent jamais, les autres en avaient profité pour pousser un peu mon entraînement. Je me demande si ça n'a pas un rapport avec l'existence de Yasuko, l'autre descendante féminine. Quelque chose du style "On en a une aussi, et elle est mieux !".

J'aperçus un éclat de lumière près d'un arbre juste avant qu'un kunaï ne vole vers moi. Je l'évitais souplement, me rapprochant ainsi de Fuhito. Hors de question qu'il lui arrive quelque chose bêtement alors que je suis juste à côté. Celui-ci ne semblait pas plus perturbé que ça à l'idée de subir une attaque surprise. Fini, le jeune garçon peu sûr de lui, il nous montrait un tout autre visage.

En vérité, plus je le cotoyais, plus j'étais impressionnée par son talent d'acteur : lorsque je l'avais rencontré, je pensais avoir à faire avec un jeune garçon timide et gentil. Amené dans l'Akatsuki, nous avions tous eu droit à un garçon décidé et attentif, mais très ambitieux. Et vicieux. Un peu manipulateur sur les bords également. Fuhito jouait une version de lui-même qu'il pensait être la plus adaptée à ce que nous attendions de lui. Le seul souci, c'est que cela ne fonctionnait pas sur moi, puisque je pouvais lire dans ses pensées tout comme il pouvait voir dans les miennes. Je savais lorsqu'il mentait, et malheureusement pour lui, étant trop expressive pour mon propre bien, les autres membres le devinaient à mon visage et ne marchaient pas.

D'autres kunaïs suivirent le premier, et enfin les ninjas qui nous attaquaient se montrèrent. Ils étaient quatre, une équipe normale, sûrement en train d'exécuter une patrouille de routine. Un professeur, trois élèves, pas plus âgés que Fuhito. Manifestement, ils ne s'attendaient pas à devoir affronter des membres de l'Akatsuki. Ils se regroupèrent instinctivement autour du plus mince d'entre eux, qui pâlissait à vue d'oeil. Le chef d'équipe nous adressa la parole, à une distance prudente. Il était évident qu'ils essayaient de gagner du temps afin que les renforts qu'ils avaient dû contacter puissent arriver.

- Vous êtes de l'Akatsuki ?

- Ah, je me demande ce qui a pu nous trahir... Les manteaux peut-être ? Ou les chapeaux ? - me moquais-je sans pouvoir me retenir. Attendez, comment résister à une perche pareille ?

- Je pencherai davantage pour les nuages. - s'ajouta Kisame, clairement amusé. - Ou tu sais, pour ma réputation et celle d'Itachi.

- Certains ne sont pas physionomistes, je suis certaine que les manteaux noirs et rouges sont ce qui frappent en premier. Après, on voit vos têtes et on cauchemarde, mais je suis sûre que c'est définitivement les manteaux.

Kisame éclata de rire, achevant de traumatiser les adolescents alors que sa bouche révélait ses fameuses dents acérées. Leur professeur lança un coup d'oeil vers le plus pâle, qui menaçait de s'évanouir, avant de revenir vers nous, qui n'avions pas bougé. Nous attendions tous que le génie auto-proclamé de notre groupe nous donne enfin ses directives.

- Que faites-vous ici ? - essaya une nouvelle fois le professeur, nous regardant tour à tour avant de s'arrêter sur l'Uchiha.

- Sérieusement ? - demandais-je en levant les mains vers le ciel, l'air sceptique, captant ainsi son regard incrédule. - On se promène, c'est interdit maitenant ? La forêt est à vous ?

- L'Akatsuki qui se promène dans les bois, on croirait entendre le début d'une mauvaise blague. Que voulez-vous ?

- On va commencer par ce que vous avez dans vos poches. Vous n'auriez pas un peu d'argent sur vous, par hasard ?

- Suzuki... - intervint Itachi, calmant ainsi le jeu. Encore une fois, il fut le centre de notre attention. D'un geste de la main, il indiqua à Kisame la marche à suivre, nous laissant Fuhito et moi sur le carreau. Merci de partager les directives, monsieur Uchiha...

Kisame lança un jutsu de capture, emprisonnant nos quatre ninjas inconnus dans des prisons d'eau, ne laissant que la tête du professeur dépasser. Incapable de me maîtriser, je posais ma main sur l'un de ses bras, comme si ça pouvait l'empêcher de leur faire du mal. Ces gamins avaient l'âge de Fuhito !

- T'es dingue, tu ne vas pas les noyer quand même !

- Suzuki, détends-toi, je gère. Vous allez coopérer, n'est-ce pas ? Ce serait trop bête de perdre vos petits élèves aussi bêtement.

- Je- Je ne- !

- Ce n'est pas vraiment ça, mais j'accepte : je suis enchanté de vous voir en aussi bonnes dispositions. On va régler les choses rapidement, d'accord ? De toute manière, ils ont quoi, deux petites minutes encore ? Autant aller vite, vous ne pensez pas ?

- Dites-moi ce que vous voulez !

- Itachi ?
- Quels sont vos noms ?

- Kenta Sakamoto, Rai et Saru Inoue, et Yuu Fujii.

- Les vrais noms.

- Laisse tomber, il ne dira rien. Essaie plutôt avec le pâlichon là. - décida Kisame en mettant la tête du professeur sous l'eau alors que celle du plus jeune sortait de sa bulle, en prenant une grande inspiration. J'eus de la peine pour eux. Pourvu qu'il dise la vérité ! Le jeune garçon, affolé, bégaya leurs véritables noms dès qu'Itachi reposa sa question, ajoutant au passage leurs grades et l'objet de leur mission. Itachi hocha la tête, comme pour le remercier, puis activa son Sharringan. Outrée, j'activais mon Tenshingan et le poussais juste à temps.

- Qu'as-tu l'intention de faire exactement ?

Je ne récoltais qu'un regard noir de sa part. Très bien, message reçu, je suis trop bête pour comprendre. Moi qui pensais que nous avions dépassé ce stade. Je haussais les épaules et me tournais vers le jeune garçon, lui demandant de m'excuser pour ce que j'allais faire. Son esprit était comme un torrent vivant une forte période de crue. Je le calmais, et l'enjoignais à s'endormir. Il m'obéit. Lorsque je revins à la réalité, les autres élèves étaient tirés de leur prison d'eau, tout comme leur professeur, et étaient sans connaissance. Aux derniers gestes de la main qu'exécuta Itachi, je compris qu'il venait de poser un jutsu sur eux qui assurait notre protection. Ils ne se réveilleraient pas de sitôt...

- Ils en ont pour combien de temps ?

- Deux jours. Nous aurons ainsi bien assez de temps pour prendre soin de ton clône et quitter le village.

- Est-ce qu'on avait vraiment besoin de-

- Oui. Le village de la Cascade n'accepte pas les étrangers sans vérifier que leurs papiers soient en règle, et nous ne pouvons pas nous permettre de les laisser nous retenir plus longtemps que prévu. Nous entrons, nous supprimons ton clône, nous sortons.

- Et pour Yasuko ?

- Zetsu nous a devancé, il est déjà en train d'interroger les gens à son sujet.

Oh, efficace. J'en restais sans voix, ne trouvant rien à ajouter. Cela sembla satisfaire Itachi, à en juger par son minuscule sourire. Sans un mot de plus, il prit l'apparence de l'élève qui avait échappé de justesse à la découverte du Sharringan et de ses effets, nous indiquant d'en faire de même. Kisame revêtit l'apparence du professeur tandis que Fuhito et moi prirent l'apparence des deux derniers. Nous étions très passe-partout, et cela allait grandement nous servir.

Le reste du voyage se déroula sans autre rencontre innatendue. Les gardes postés aux portes nous saluèrent chaleureusement et nous laissèrent passer sans nous demander quoi que ce soit. On avait vu mieux niveau sécurité... Certes, nous sommes en temps de paix, mais il y a quand même des criminels qui se promènent librement dans le pays, un peu plus d'attention bénéficierait au village... Enfin, comme ce défaut nous arrange, je ne leur dirai pas ma façon de penser.

Le village caché de la Cascade était en proie à une agitation incroyable aujourd'hui. Nous arrivions en plein festival, les stands étaient nombreux dans les rues, tout comme les gens. Nous avions bien choisi notre jour pour arriver... Nous passâmes encore une fois inaperçus. J'observais avec ravissement tout ce monde, enchantée de retoucher du bout des doigts la normalité. Le village était l'un des plus beaux que j'avais pu voir jusqu'à maintenant. Je trouvais apaisant de me promener dans les rues en me sentant protégée par la cime de l'énorme arbre autour duquel il s'organisait. Il faisait beau et chaud. Quel dommage que nous ne restions pas plus de deux jours... Je vis au loin l'Itachi décida de s'arrêter dans une petite échoppe et nous purent échapper au brouhaha ambiant pour mettre au point un plan d'action tout en nous reposant un peu les jambes. Je parle de moi pour cette dernière partie. Le voyage avait été long !

Installés dans un coin de l'établissement, un peu à l'écart des autres clients, nous pûmes enfin nous détendre. Kisame commanda pour nous tous des sucreries et des boissons, et je me laissais aller contre Itachi, appuyant ma tête contre sa clavicule. Contrairement aux autres qui lâchent toujours un petit commentaire, il ne dit jamais rien, il accepte. Certains diront qu'il subit, mais je sais très bien qu'il aime le contact humain aussi. Comme l'avait si bien analysé Kisame, Itachi est encore très jeune, et il a été privé de la plupart des comportements adolescents normaux: il faut bien qu'il y ait droit à un moment ou à un autre de sa vie, et je me porte volontaire pour lui fournir toutes les marques d'amitié dont il aura manqué.

Confortablement installée contre lui donc, j'attendis sagement que le chef nous donne nos plats et s'en aille avant de lancer les hostilités.

- Comment va-t-on s'y prendre ?

- Tout est prévu, tu as juste à nous suivre.

- Ce n'est pas ce que je demande.

- Nous nous retrouvons chez ton clône à dix-huit heures. Nous nous installons ensuite là pour la nuit, puis nous créons l'accident où elle disparaîtra le lendemain. Nous devrons être partis avant vingt heures demain.

- Oh, très bien, tout est prévu, effectivement.

- Nous sommes des professionnels, Suzuki. Tu serais surprise de voir tout ce que nous avons réalisé depuis que ce groupuscule existe.

- Même si j'avoue que toute cette planification est mortellement ennuyeuse... Je viens pour vous, pour cette mission. Ce n'est vraiment pas pour moi ! - se plaignit Kisame en engloutissant son plat. Je lui souris, amusée par cette confession. Fuhito ne réagit pas, il semblait complètement ailleurs, le regard perdu dans le vide, scrutant en vain son assiette de dangos.

- Et pour ma famille ? - demandais-je en me désintéressant un instant du plus jeune, sans l'oublier pour autant.

- C'est pour elle que nous ne nous rendons chez ton clône qu'aussi tard. - me répondit gentiment Itachi, qui lorgnait sur mes dangos maintenant qu'il avait englouti les siens. Je poussais mon assiette vers lui tout en demandant confirmation, peinant à croire que j'allais revoir des membres de ma famille dans les prochaines heures.

- Ils sont vraiment là ?

- Bien sûr. Ta mère, Thakara, Kotaro et Suishii. Ils sont venus pour le festival et pour te voir, ils voulaient ainsi faire d'une pierre deux coups. Es-tu heureuse ?

Je le dévisageais quelques secondes, regrettant qu'il ait l'apparence de quelqu'un qui m'était parfaitement inconnu et dont je ne pouvais lire les expressions aussi efficacement. Malgré tout, il avait l'air aussi sincère que ce visage lui permettait. Un sourire reconnaissant étira mes lèvres et je l'enlaçais.

- Carrément. - affirmais-je près de son oreille avant de m'éloigner pour affronter le sourire moqueur de Kisame.

- Vous êtes adorables tous les deux. Je regrette de ne rien avoir sous la main pour immortaliser ce moment ! Hein gamin, ils ne sont pas mignons tous les deux ? J'parie que vos ancêtres respectifs doivent se retourner dans leurs tombes en vous voyant dans les bras l'un de l'autre !

Son intervention tira Fuhito de sa torpeur. Il marmonna qu'il était d'accord avec lui, engloutit ses dangos puis repoussa son assiette en demandant si nous pouvions y aller. Ça n'allait pas fort. La perspective de bientôt revoir sa soeur devait l'inquièter plus que je ne l'avais initialement pensé. Je m'en voulus de n'avoir pensé qu'à moi et ma propre famille, je n'avais pas rempli mon devoir de protectrice auto-proclamée. Ce soir, j'aurais une discussion avec lui. Je ne veux pas qu'il affronte son anxiété tout seul alors que je suis là pour lui.

En sortant, nous dûmes de nouveau affronter la foule compacte avant de pouvoir trouver un cul-de-sac où nous cacher, juste le temps que j'adopte la bonne apparence. Kisame fouilla dans ses poches un long moment avant d'enfin trouver une photo de mon clône. Les yeux ronds, j'y vis effectivement une rousse aux yeux verts avec mes traits, mais c'étaient bien les seules choses que nous avions en commun. Tout le reste, le style, l'expression, l'attitude, tout était différent. Les cheveux attachés en une queue de cheval haute laissaient voir qu'effectivement, elle se les avait presque rasés des deux côtés du crâne. Ses lèvres étaient peintes en noir, et son trait d'eyeliner lui faisait des yeux sulfureux. Ses vêtements étaient noirs également, prêts du corps, pratiques mais ne laissant plus beaucoup de place à l'imagination. Elle arborait un air d'arrogance amusée, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Le mélange des chakras de tous les membres de l'Akatsuki donnait effectivement quelque chose de détonnant, je pouvais tout à fait reconnaître l'influence de chacun sur ce clône, qui ne me ressemblait plus que parce que nous partagions le même ADN.

Je poussais un léger sifflement avant de donner la photo à Fuhito pour qu'il puisse également se rendre compte des dégâts. La vision le dérida, car il dut réprimer un rire en l'observant.

- On dirait que Hidan t'a habillée !

- Oulà, tu le connais mal ! Non, les vêtements, c'est définitivement Konan. L'eye-liner, c'est Itachi. - corrigeais-je Fuhito en lançant un petit regard moqueur vers le dénommé, qui garda son air parfaitement blasé. Sauf que moi, je connais son petit secret... Ces traits n'apparaissent pas par eux-même !

- Non, Deidara ! Ça m'étonne que tu ais pu te tromper sur ça !

- Le rouge à lèvres...

- Je maintiens : Hidan. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il adore son vernis noir. Je suis sûr que s'il avait été une fille, son rouge à lèvres aurait été noir, ou rouge sang. D'ailleurs je voulais vous demander, à propos du vernis : est-ce obligatoire ?

- Pas tant que tu ne fais pas véritablement parti de l'organisation, moustique. Et garde ta prochaine remarque pour toi, je ne suis pas celui à l'origine de cette idée débile et je fais de mon mieux pour oublier cette humiliation. - le prévint très sérieusement Kisame en le fusillant du regard. Fuhito baissa les yeux, mais personne ne manqua qu'il se mordit les lèvres un peu plus fort. Pour le tirer de ce mauvais pas, je continuais à analyser les influences de chacun.

- Je dirais que la façon de se tenir vient de Sasori. Il a toujours eu cette attitude un peu princière.

- Oh, les yeux de tueurs, je sais de qui ça vient ! De Kakuzu.

Un silence suivit ce nom alors que nous observions tous la photo. Fuhito avait parfaitement raison. Un frisson collectif nous fit frémir. Kakuzu, même sans son physique d'armoire à glace, était parfaitement terrifiant. Il fallait que mon clône ait pris ce détail-là. La conversation avec elle allait être très intéressante... Et on m'a dit qu'elle s'était trouvée quelqu'un ? Il doit être complètement dingue... Je fixais encore un peu la photo, mémorisant chaque détail, puis la rendit à Kisame. Silencieusement, j'esquissais les gestes correspondant au jutsu de changement d'apparence, visualisant celle de la jeune femme. Un nuage de fumée m'entoura et lorsqu'il se dissipa, je sus que j'avais réussi à l'expression de mes hommes.

- Je te préfère comme tu es normalement. - déclara pour tous Fuhito, soutenu par le hochement de tête vigoureux de Kisame.

- Même si on te retrouve cette fois-ci dans l'attitude. Imite Kakuzu s'il te plait. - me demanda Itachi

Je pris l'air le plus mauvais que j'avais en stock. Cela provoqua un véritable fou rire chez Kisame et même Itachi laissa échapper un petit rire.

- D'accord, on dira que je suis de meilleure humeur alors, vu l'effet que ça a sur vous. Merci de votre aide précieuse, les mecs.

Lorsque Kisame eut retrouvé ses esprits et que les hommes eurent changé une nouvelle fois d'apparence, redevenant ainsi adultes et patibulaires, nous pûmes enfin quitter cette petite ruelle. J'étais un peu angoissée, je devais bien l'avouer. Revoir ma mère et quelques uns de mes frères après tout ce temps... Et si je me mettais à pleurer ? Ça allait trancher avec le personnage que j'étais devenue... Oh, et puis tant pis, ils pourront toujours penser que je me suis sortie de cette période étrange. Je suivais distraitement Itachi et Kisame, déguisés en véritables balourds, ce qui nous permettait de nous frayer un chemin sans mal dans la foule, pendant que Fuhito s'amusait comme un petit fou à afficher l'air qu'il devait juger le plus ressemblant à celui qu'avait Pein. Je l'avais bien dit, qu'il s'était beaucoup trop attaché à lui. Je ne veux pas avoir à gérer un mégalomane en plus de tous mes problèmes !

Je fronçais les sourcils, le fixant sévèremment. Puis j'entendis qu'on m'appelait. Intriguée, je tournais la tête, pour me retrouver dans les bras d'un inconnu, sa bouche collée contre la mienne dans un baiser qui me força à me pencher vers l'arrière. Ouah, ça c'est de l'accueil ! Prise par surprise, je réagis instinctivement en repoussant mon agresseur d'un grand coup de genou dans le ventre, qu'il para sans même ouvrir les yeux. Quand il fut enfin satisfait de son baiser, il se recula, me gardant toujours fermement contre lui. Je pus enfin voir son visage. C'était un homme d'environ ving-cinq ans, aux cheveux chatains ébouriffés et aux yeux très bleus. Son sourire ravi et son air très amoureux me permirent de comprendre rapidement de qui il s'agissait. Le fameux jonin qui m'avait tirée de prison. Et dont je n'avais pas la moindre idée du nom.

Je tentais un petit sourire en essayant de camoufler du mieux possible l'anxiété qui montait en flèche en moi. Il me caressa la joue, l'air complètement énamouré. Aucune trace de mon équipe.

- Suki, pourquoi est-ce que tu m'as dit que tu ne sortirais pas aujourd'hui pour voir la fête ? Je savais bien que tu ne pourrais pas résister ! Quelle chance que nous nous soyons retrouvés !

Oui, quelle chance... Je déglutis avec peine, mon sourire s'amincissant à vue d'oeil. Il avait sûrement un petit nom, quelque chose de romantique, je ne pouvais pas juste lui répondre comme ça ! Sans réfléchir je lui offrais le premier surnom affectueux auquel je pensais. Tant pis, il fallait bien que je me jette à l'eau.

- Mon ange ! Tu me connais décidemment trop bien !

Ses yeux s'écarquillèrent. Merde. Elle ne lui donne vraiment aucun surnom alors ? Mais comment elle l'appelle, toujours par son prénom ? Est-ce que je suis allée trop loin dans le cliché ? Comment vais-je faire pour m'en sortir ? J'allais lui présenter mes excuses lorsqu'un nouveau baiser fougueux me prit de court. Il est donc très affectueux, celui-ci. Complètement sous le charme de sa personnalité multiple. Je commence à croire que ma mère avait raison lorsqu'elle disait que chaque chaussure à son pied.

Il me relâcha enfin pour récupérer son souffle, ses lèvres figées en un sourire radieux.

- Je suis ravi que tu oses enfin te lâcher, Suki ! "Mon ange", c'est trop mignon ! - sa main entoura la mienne, faisant envoler tout espoir de lui fausser discrètement compagnie. - Allez, viens, suis-moi, si c'est la première fois que tu assistes à ce festival, je tiens à te servir de guide !

J'entrevis ma porte de sortie et je fonçais.

- Justement, moi aussi je veux te montrer quelque chose ! Ma mère et mes frères sont ici, c'est pour ça que je me suis finalement décidée à sortir. Est-ce que tu veux les rencontrer ?

Une étincelle de joie apparue dans son regard, je sus que j'avais visé juste. Je lui adressais mon plus beau sourire alors qu'il tentait de jauger sur mon visage l'honnêteté de ma proposition. Ce qu'il y lu lui plû. Il exerça une légère pression sur ma main en hôchant la tête. Il était d'accord. Je retins un soupir de soulagement tout en l'entraînant avec moi, cherchant dans la foule les trois hommes qui m'avaient abandonnée et ma famille. Peu importait qui je trouverai en premier... Je ne pus m'empêcher de ressentir de la déception : j'allais enfin retrouver ma mère, et voilà que je devrai faire attention à tous mes mots pour ne pas éveiller les soupçons de cet homme. Mes retrouvailles gâchées par le coup du hasard... Merveilleux.

Alors que je m'apprêtais à tourner dans une nouvelle rue, je m'entendis à nouveau être appelée, cette fois-ci par une voix que j'aurai reconnue entre mille. Je fis bruquement volte-face, me précipitant vers cette voix, le coeur battant la chamade. Je me jetais dans les bras de la femme qui les avait ouverts en me voyant courir vers elle, me blottissant tout contre elle, la tête dans le creux de son cou pour respirer son odeur si familière. Ma mère était une grande femme un peu forte, qui palliait son physique un peu masculin en accordant un soin particulier à son apparence, se maquillant et se coiffant toujours avec classe, sans oublier ses vêtements, suivant au plus près les tendances. Elle était particulièrement fière de ses cheveux noir ébène, où pas un seul cheveu blanc n'apparaissait malgré sa soixantaine d'années. Elle répétait souvent que lorsque le hasard avait choisi de me laisser sur le pas de leur porte, elle avait été bénie : enfin une petite fille à qui transmettre sa passion de la mode ! Malheureusement pour elle, ça n'avait pas été le cas... Ren en revanche, né après mon arrivée, avait repris le flambeau sans sourciller. En toute objectivité, je pouvais affirmer qu'il était le plus beau et le plus chic de toute ma fratrie.

- Tu m'as tellement manquée, maman... - murmurais-je en la serrant un peu plus fort.

- Oh, ma petite chérie... ça fait si longtemps ? - me répondit-elle gentiment en me caressant le dos.

- Eh bah alors, le petit panda roux a le blues ? Quel bébé, franchement ! - se moqua Kotaro, me tirant vers lui pour m'enlacer dans une étreinte d'ours, sous les regards amusés de Thakara et Suishii. Je lui tapais dans le dos pour lui indiquer de me lâcher avant que je ne meurs par asphyxie puis j'enlaçais mes deux autres frères l'un après l'autre, légéremment euphorique de les revoir.

- Comment vas-tu, Suzuki ? Je vois que tu ne t'es pas calmée sur le noir...

- Laisse, c'est des trucs de gothique, tu ne peux pas comprendre ! On ne te prend pas au sérieux si tu n'as pas au moins le gros trait noir sur les yeux, c'est comme ça, elle a un standing à respecter. - expliqua Suishii à Thakara le plus sérieusement du monde tout en me fixant. Toujours autant pince-sans-rire...

- Ah ah ah, hilarant, Sui. J'avais oublié comme tu étais drôle.

- Et moi comme tu avais un joli visage lorsque tu boudes. Ouh, mais seraient-ce des yeux noirs que tu essayes de faire ? C'est que j'aurais presque peur !

- Vous désirez monsieur ? - s'intéressa soudainement ma mère à l'homme qui me tenait toujours par la main et nous observait tous d'un air attendri. Son visage se fendit d'un nouveau sourire lumineux et lui tendit sa main libre tout en se présentant, pour mon plus grand soulagement. Si j'avais eu à m'occuper de sa présentation, ma couverture était grillée immédiatement.

- Oh, merci beaucoup, je ne désire rien, j'accompagne Suzuki. Je suis Tadao Hayashi, un... ami.

- Un très bon ami. - eus-je la gentillesse d'ajouter pour le remercier à ma façon de m'avoir ôter une épine du pied. - Tadao, voilà donc ma mère, Tomoe Sadame – elle agita la main vers lui, cachant mal son petit sourire ravi. Je levais les yeux au ciel et passais rapidement à mes trois autres frères. - Thakara, - mon deuxième frère aîné inclina la tête, sans daigner ajouter quoi que ce soit. Thakara n'était pas très expansif. Il affichait toujours une expression un peu agacée et une attitude patibulaire qui empêchaient la plupart des gens de l'approcher. Ses long cheveux noir, bien que noués en une tresse, tombaient facilement sur ses yeux bleus, ce qui lui donnait l'air grognon même lorsque tout allait bien pour lui. Il émanait de lui une aura de puissance, qui se percevait dès qu'il esquissait un geste. C'était un très bon ninja. - Kotaro, - dès qu'il entendit son nom, il se jeta sur la main de Tadao pour la secouer de bas en haut, l'air très excité. Kotaro était tout simplement le parfait contraire de Thakara : toujours le sourire aux lèvres, les cheveux coupés court, sauf pour cette petite tresse qu'il coinçait derrière son oreille droite, vestige d'un pari stupide avec un ami décédé aujourd'hui. Il était le sosie parfait de mon père, en excluant les cheveux corbeau et les yeux bleu marine.

- Tu supportes ma soeur ! Bravo, je suis fan, enchanté de te rencontrer Tadao ! Tu sais ce qu'il s'est passé pour qu'elle se change en créature de la nuit ? Est-ce qu'elle a essayé de boire le sang de quelqu'un ?

- Arrête de l'accaparer ! Je suis Suishii, enchanté. - le coupa le dernier de mes frères présents ici, le plus petit en taille de notre famille. Sûrement pour compenser ça, c'était le plus musclé d'entre nous. Il faut bien avoir un moyen de se défendre lorsque tous vos frères vous tombent dessus sous prétexte que vous êtes le plus facile à ennuyer. Suishii avait des yeux verts malicieux, qui annonçaient à qui voulait bien les regarder qu'il était très certainement sur le point de transgresser une loi ou deux. Bien des demoiselles fondaient pour lui grâce à eux...

- Je suis ravi de vous rencontrer ! Suzuki m'a beaucoup parlé de vous, quelle aubaine que nous nous soyons croisés aujourd'hui ! Normalement, j'aurais dû partir en mission mais l'ordre a été annulé juste ce matin.

- Oh, tu es ninja aussi ? Quel rang ? - s'intéressa alors Thakara, toujours partant pour discuter techniques de combat et jutsus avec des ninjas appartenant à d'autres villages.

- Jônin. Comme toi, n'est-ce pas ? Oh, c'est toi qui as participé au démantelement de cette bande qui sévissait dans votre pays ?

- Oui et oui.

- Génial, j'ai énormément de questions à te poser ! Ça te dit de prendre un verre ? Suki, ça ne t'ennuie pas ?

- Non, non, au contraire ! - assurais-je, trop contente de l'aubaine. Tadao était adorable, j'aurais adoré passer du temps avec lui dans d'autres circonstances, mais sa présence ici et maintenant rendait tous mes plans caduques. Il me colla un baiser sur la joue sous l'oeil attendri de ma mère, puis partit en emmenant Thakara avec lui. Je cessais de les suivre du regard pour affronter ceux des membres de ma famille restants, clairement moqueurs. Ce n'était vraiment pas comme ça que j'avais prévu de leur faire mes adieux...

- Stop, je vous arrête tout de suite ! Pensez ce que vous voulez, mais Tadao est véritablement juste un bon ami. Je pense. J'espère. Oui, je vais arrêter avec tout ce noir et retrouver goût aux couleurs, laissez-moi juste le temps de passer dans quelques boutiques. Non, je ne veux pas que tu m'accompagnes maman, désolé, je veux des choses pratiques à porter. Maintenant que tout est clair, comment allez-vous ? Comment vont papa et les autres ?

- Tu n'es pas drôle Suzuki... Papa va bien, il a arrêté les missions comme je le lui avais demandé, il enseigne aux nouveaux genins de cette année des connaissances théoriques. Les autres sont en revanche tous sur le terrrain, mais les choses se passent bien. C'est étrange que vous soyez tous éparpillés dans le monde... La maison est vide sans vous tous.

- Maman, on doit bien quitter le nid un jour... Et Ren vit toujours chez vous !

- Quoi, six mois de l'année en tout ? Vous avez tous grandis tellement vite... Heureusement que vous n'êtes pas tous ninjas, mes nerfs n'auraient jamais pu tenir le coup. Heureusement que j'ai au moins deux fils pour reprendre les affaires ! Et toi ma petite fille, je suis bien contente que tu ne sois pas entrée à l'Académie, tu n'es pas faite pour cette vie-ci ! Tous ces dangers, ces criminels à arrêter...

Oh maman, si seulement tu savais, pensais-je très fort sans pour autant le formuler à haute voix. Je souris, comme si j'étais d'accord avec elle, gravant dans ma mémoire ses traits, le coeur serré. Je ne pouvais rien lui dire. Je commençais à regretter un peu qu'on m'ait donné la possibilité de leur dire adieu : cela m'obligeait à ouvrir les yeux sur ce qu'allait être ma vie à partir de maintenant. Toujours sur les routes, toujours à regarder derrière mon dos, toujours à me battre... Et j'allais être si seule... Seulement entourée d'autres ninjas de rang S, qui avaient fait le deuil de cette vie de famille depuis une éternité... En y pensant, ma gorge se contracta et je dus lutter contre les larmes. Je vins me coller contre le dos de ma mère, suivant ses mouvements les yeux fermés, profitant simplement de sa présence. Mes frères m'asticotèrent, comme je m'y attendais, mais leurs moqueries me tirèrent seulement un sourire affectueux.

J'étais amère quant à ces retrouvailles. J'étais reconnaissante envers l'Akatsuki pour me les avoir offertes, certes, mais je ne pouvais m'empêcher de leur en vouloir. Je n'étais pas dupe : ce n'était qu'une manière de plus de reserrer leur piège autour de moi. Je coupais peu à peu tous mes liens avec mon monde, et cela rendait la possibilité de faire marche arrière toujours plus difficile à concevoir et à réaliser. Oh, je rêverai de tout avouer à ma famille... Mais avouer reviendrait à tirer une croix sur ce que j'étais en train de devenir : une héritière d'un clan puissant, avec un passé et un arbre généalogique qui n'appartenait qu'à moi. Suzuki Yasaemon avait plus d'envergure que Suzuki Sadame, et maintenant qu'on m'avait agité cette vie différente sous le nez, j'étais incapable d'y renoncer. La vérité avait un attrait irrésistible... Et bien que j'aime infiniment ma famille d'adoption, je voulais maintenant vivre la vie que j'aurais du mener si mon clan n'avait pas connu sa fin. L'Akatsuki avait réveillé une ambition qui sommeillait en moi sans que je ne soupçonne son existence. Et lorsque j'aurai atteint mon but... Qui sait, peut-être ne sera-t-il pas encore trop tard pour finalement expliquer cette période de ma vie à ma famille.

Je sus que mon moment de paix touchait à sa fin lorsque mes hommes apparurent au stand que tenait ma famille. Kisame poussa son personnage jusqu'à acheter un collier où pendait une pierre turquoise tout en flirtant avec ma mère pendant qu'Itachi me lançait des regards appuyés. J'avais bien compris. Je poussais un soupir, libérais de mon étreinte ma mère adoptive, que j'embrassais sur la joue avant de faire la même chose à mes deux frères, leur assurant que j'étais attendue quelque part d'autre et que Tadao saurait où me retrouver. Et c'était fini.

Je rejoignis mon groupe au bord des larmes. Ils eurent la gentillesse d'agir comme s'ils n'avaient rien remarqué. Il fallut attendre que dix-huit heures arrivent, et nous tuâmes le temps comme nous pûmes, flanant de stand en stand, ce qui me permit de redevenir maître de moi-même. Au fur et à mesure que le temps passait, je voyais le comportement de Kisame et Itachi changer : ils parlaient beaucoup moins, leurs regards se perdaient dans la foule, tous leurs sens déployés. Il se passait quelque chose, et j'étais incapable de deviner quoi. Cela m'agaça rapidement, et je me mis à guetter moi aussi, sans savoir quoi exactement. Puis on me bouscula : tout s'éclaira. Itachi plaqua rapidement une main sur ma bouche avant que je ne puisse dire quoi que ce soit de compromettant et nous pressa tous. Nous allions aller plus tôt que prévu chez mon double, nous ne pouvions plus rester dehors aussi exposés.

Mon double avait délaissé le studio que j'avais initialement réservé pour s'en trouver un autre plus proche du centre, juste au dessus d'une boutique apparemment abandonnée depuis des lustres, dans une rue que je jugeais plutôt inquiètante malgré la lumière du jour. Nous gravîmes en vitesse les escaliers pour nous précipiter à l'intérieur de son territoire, où nous la trouvâmes dans la pénombre, immobile sur le canapé, les yeux complètement éteints. Zetsu nous y attendait également. Lui et les deux autres membres de l'Akatsuki échangèrent un regard sombre, et il hôcha lentement la tête. Ma question surgit brusquement, me démangeant la langue depuis plusieurs minutes.

- Que se passe-t-il ? Quelque chose de grave ?

- Il se passe quelque chose d'étrange, Suzuki, et j'ai peur que ça ne te concerne de près.

- C'est à dire ? Ma famille est en danger ?

- Difficile à dire. Mais la présence d'autant d'agents d'Orochimaru alors que nous venons d'arriver ici n'est pas un bon présage. Nous allons devoir écourter notre passage ici, ils t'ont sûrement déjà repérée. C'est un miracle que personne ne nous attende ici.

- Des agents de la Vipère, ici ? Pour moi ? Vous délirez, comment aurait-il pû entendre parler de moi ? Je suis un secret ! Votre secret !

- Tu étais un secret, nuance. Et il n'y a pas que toi, il y a également Fuhito. Ça tombe trop bien, que nous soyons tous ici le même jour. Il va se passer quelque chose, et nous ne devons pas être ici pour voir quoi. Toi, lève-toi – ordonna-t-il à mon clône, qui obéit docilement, le regard toujours aussi vide. Je trouvais très déstabilisant de me voir en face sans qu'un miroir ne soit en jeu. - Nous allons provoquer sa disparition maintenant, tant pis. Est-ce que tout est prêt ?

- Nous avons trouvé un vieux bâtiment qui ne résistera pas à un incendie. Une vieille tour, sur le point de s'écrouler, près d'un parc qui n'est pas utilisé pour le festival. Tout est prêt. - répondit Itachi. Je compris alors pourquoi est-ce qu'ils avaient mis autant de temps à venir me chercher alors que j'étais avec ma famille. Ce n'était pas seulement par décence, c'était parce qu'ils avaient d'autres priorités !

- Alors que la mission "Désintégration" commence. On se retrouve devant cette tour dans dix minutes. Suzuki – mon clône et moi tournâmes la tête au même moment, ce qui fit un peu hésiter Zetsu. - Je sens que ça va être simple... Suzuki, la vraie, pour la suite, on t'appelera simplement Suki.

- Suki ? - s'éleva alors une voix derrière la porte, qui nous surprit tous, même nos ninjas chevronnés. Je la reconnus. En chuchotant, je pressais les autres d'emporter mon clône avec eux, assurant que j'allais gérer cette interruption. Il m'était impossible d'accepter que Tadao puisse être un dommage collatéral de cette mission "Désintégration", pas alors qu'il était aussi sympathique et prometteur.

- Barrez-vous. - articulais-je silencieusement, leur indiquant les fenêtres. - Pas toi Zetsu, tu restes avec moi. - ajoutais-je précipitemment, consciente que j'aurai besoin de ses capacités d'espion pour me tirer de ce mauvais pas. Les autres s'enfuirent sans demander leur reste, nous laissant affronter Tadao et son grand sourire.

Ce gars avait décidemment le don du timing foireux.

Et voilà la suite ! Je tiens sincèrement à entendre vos commentaires à ce sujet, c'est toujours important d'avoir un retour sur ce que l'on fait ! Je vous souhaite de bonnes vacances si vous en avez et un bon weekend, et on se retrouve pour la suite plus tard !

Bisous !