Chapitre 20.

Hermione ne savait pas au juste comment ils s'étaient retrouvés sur le fauteuil, mais blottie dans les bras de Snape, elle était certaine de ne pas être pressée du tout que ça s'arrête. Ils avaient très peu parlé, occupés qu'ils étaient à d'autres choses. Ce fut le carillon de la pendule qui attira son attention. Une petite figurine de la déesse Hestia sortit du centre, mains sur les hanches, et les foudroya du regard.

« Si vous voulez savoir, il est maintenant neuf heures, et votre petit manège a bien assez duré comme ça ! »

Troublée, Hermione commença à se lever doucement du fauteuil. Snape l'arrêta d'une main, et sortit sa baguette de l'autre. D'un mouvement négligent, il lança un éclair de lumière qui s'écrasa aux pieds de Hestia. Elle poussa un cri à la fois indigné et alarmé, et courut se réfugier dans la pendule.

Hermione lui sourit. « C'est une façon de régler le problème. Mais elle a raison, tu sais. C'est risqué pour toi de rester ici si longtemps, et il faut que j'aille prendre des nouvelles de Drago. »

Il l'évalua du regard, et elle secoua la tête.

« Ne t'en fais pas pour moi et Drago. Quoique, il faut que je l'admette, il est en train de devenir un très bon ami. Je n'aurais jamais imaginé ça d'un Serpentard. »

Il eut un reniflement amusé. « Est-ce que tu aurais imaginé ça ? »

Elle rit. « Jamais… jamais, en un million d'années. »

Il glissa un bras autour d'elle, et elle reprit sa place tout contre lui.

« Je ne veux pas que tu sois blessée à nouveau, » l'admonesta-t-il. « Et je ne veux pas que tu te fasses tuer. »

Elle pencha la tête en arrière pour lever les yeux vers son visage, et lui adressa un sourire coquin.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Elle le sentit se figer, et quand il ne répondit pas, elle scruta son visage avec inquiétude.

« Ne pose pas cette question, à moins d'être absolument certaine d'être prête à entendre la réponse. »

Hermione rougit, et baissa le regard. Il la laissait clairement choisir jusqu'où leur relation irait. Implicitement, il lui laissait entendre qu'il ne la pousserait pas, mais attendrait qu'elle se décide. Et, quoiqu'elle ne sache pas quelle serait sa décision finale, elle était sûre de ne pas être prête à la prendre à ce moment-là. Très doucement, au point qu'il l'entendit à peine, elle fit sa réponse.

« Je retire ma question. »

« C'est une sage décision. »

Elle hocha la tête. « Il faudra que j'y réfléchisse. En attendant, il faudrait vraiment que j'y aille, et toi aussi. »

Ils se levèrent du fauteuil, et immédiatement la sensation de ses bras autour d'elle lui manqua.

« Tu resteras en contact avec moi ? »

« Je ne vais pas pouvoir venir à Poudlard aussi souvent, parce que le Seigneur des Ténèbres requiert de plus en plus ma présence à ses côtés. Mais j'aurai mes moyens de te contacter. »

« Est-ce que ce sera par le portrait de Dumbledore ? »

« Ça, et d'autres méthodes. Je voudrais que tu prennes l'habitude de marcher vers le cottage de Hagrid aussi souvent que possible. »

Elle lui décocha un regard surpris. « Il y a toujours du monde dans le parc. Tu pourrais être surpris là-bas. »

« Je n'ai pas dit que j'y serais. Seulement que je te demandais, à toi, d'y être. »

Elle soupira. « Tu ne vas rien me dire du tout, je me trompe ? »

Ses lèvres tressaillirent légèrement, dans le geste qu'elle était venue à reconnaître comme un 'presque sourire'.

« Correct. » Il se pencha à nouveau, et lui donna un baiser léger. « Maintenant file. »

La porte s'ouvrit, et sans se retourner vers lui, Hermione quitta la pièce. Il y eut un petit clic alors que la porte se refermait. Traversant le couloir, elle ouvrit la porte de Drago, délicatement. Il dormait toujours, emmêlé dans les couvertures, ses cheveux blond-blancs en désordre autour de sa tête. Elle approcha du lit, et lui secoua doucement le bras.

« Réveille-toi, Drago. La journée a commencé, et nous avons beaucoup de choses à discuter. »

A travers ses yeux à moitié ouverts, il l'observa, et elle sut précisément à quel moment il réalisa qu'elle était dans sa chambre. Ses yeux s'ouvrirent tout grands de surprise.

« Merlin, Granger… est-ce que je suis en train de rêver ? »

Elle rit. « Non. Mais c'est un rendez-vous d'affaires. »

Il geignit. « Et moi qui pensais que mes rêves étaient devenus réalité. »

« Oh, je t'en prie ! Je t'attends dans la pièce d'à-côté. Rends-toi présentable et viens me rejoindre. »

Elle se leva et retourna vers la porte. Derrière elle, elle entendit Drago se laisser retomber sur les oreillers.

« Si tu tiens tant à me réveiller aux aurores, tu pourrais au moins faire en sorte que j'y trouve mon compte ! »

Elle rit à nouveau. « Alors là, dans tes rêves, Drago, vraiment. »

Sortant de la chambre, elle referma la porte, se retourna vers l'autre pièce, et s'arrêta net. Elle était face à un Harry Potter très en colère.

« Hermione, il va falloir que tu t'expliques. »

XoXoXoXoX

« Sors-toi l'esprit du caniveau, Harry. Je le réveillais. »

Harry la regarda avec méfiance, et Hermione soupira. Elle avait été terriblement effrayée pendant un instant, s'imaginant qu'il aurait pu entre-apercevoir Snape. Qu'il soit seulement offensé pour son honneur était presque un soulagement, même si ça lui valait de supporter ses questions indiscrètes. Elle pensait être près de le convaincre quand Drago sortit de la chambre à coucher tout guilleret et vint les rejoindre.

« Ah… c'est une façon si agréable d'être réveillé, en plus. »

Harry se raidit. « Hermione, qu'est-ce qu'il veut dire par là ? »

« Il ne veut rien dire, » siffla-t-elle, foudroyant Drago du regard, « et il va arrêter de faire marcher mes amis s'il ne veut pas que son lit soit Métamorphosé en Basilic. »

Drago poussa un grand soupir théâtral, et s'affala sur le canapé. « Comme tu voudras, mon amour. C'est vraiment boulot-boulot avec toi le matin… pas que ça te rende moins attirante pour autant. » Il lui lança un regard concupiscent.

Harry semblait atterré, et Hermione serra les dents. A leur soulagement, la cheminée s'activa et Ginny entra. Les autres étaient à sa suite, s'entassant sur les fauteuils et les coussins disponibles. L'elfe de maison reparut, porteur d'un grand plateau de pâtisseries et de breuvages, et personne n'hésita. Après quelques moments à manger et à boire, l'atmosphère se détendit, quoique Harry continue à lancer à Drago des regards mauvais.

Ron léchait le sucre en poudre sur ses doigts tout en engloutissant le dernier beignet. Il agita l'autre main pour attirer l'attention des autres.

« S'k… n'srrrr d'voir… lbonkp… » postillonna-t-il, et Ginny poussa un soupir de dégoût.

« Ronald Weasley, combien de fois est-ce que Maman t'a dit de ne pas essayer de parler la bouche pleine ? »

Hermione leva les yeux au ciel. Ron déglutit, s'étouffa, puis s'essuya la bouche du revers de la main.

« Désolé pour ça. Ce que j'essayais de demander, c'est, est-ce qu'on est sûrs qu'on a trouvé la bonne Coupe ? Bizarre que ça n'ait pas causé d'explosion ni rien. Les autres étaient tous piégés… pourquoi pas celui-là ? »

« Et pourquoi est-ce que Voldemort aurait donné cette Coupe à Malefoy ? Ça n'a pas de sens, » ajouta Neville.

« En fait, si, » répondit Drago. « Mon père était l'un des premiers et, » Drago grimaça, « des plus dévoués de ses serviteurs. Le Seigneur des Ténèbres avait besoin de la fortune et de l'influence des Malefoy. Je suppose que de faire de lui le protecteur de la Coupe était une façon de lui faire honneur… ou du moins, c'est comme ça que le voyait mon père. »

« Mais est-ce qu'il avait suffisamment confiance en ton père pour penser que la Coupe n'avait besoin d'aucune protection ? » demanda Hermione.

« Je ne crois pas que ça ait été une question de confiance, » répondit Drago. « Peut-être qu'il a simplement senti qu'il avait tellement d'emprise sur mon père qu'il n'a pas eu l'impression que le Horcrux courrait le moindre danger. »

Harry haussa les épaules. « Il n'avait pas piégé le Journal non plus. Je doute qu'il ait jamais imaginé qu'il serait détruit par une dent de Basilic. »

« Nous n'avons jamais su ce qui s'était passé quand Dumbledore a détruit le Horcrux dans la bague. Tout ce qu'on sait c'est que le sortilège était assez puissant pour quasiment le tuer. Et le sortilège du médaillon nous a quasiment cramés tous les trois ! » leur rappela Hermione.

« Harry, tu étais là quand McGonagall et les autres ont détruit la Coupe. A quoi est-ce que ça ressemblait ? » demanda Ginny.

« Ils ont fait ça dans la Grande Salle. Ils l'ont complètement vidée, puis la Directrice a dessiné un cercle magique par terre. Ils ont posé la Coupe au milieu, on s'est tous placés autour et on a lancé des boucliers. Elle a fait apparaître une flamme qui commençait sur le pourtour du cercle et avançait vers le milieu. »

Hermione l'interrompit. « De quelle couleur était la flamme ? »

« Dorée. Elle a brûlé jusqu'au centre du cercle, et quand elle a atteint la Coupe, elle a brûlé tout autour, mais sans jamais la toucher. La Coupe a commencé à fondre, et alors qu'elle fondait, des flammes ont commencé à en sortir. »

« Et de quelle coul… ? »

« Vertes. » Harry lui sourit. « La Coupe a brûlé jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une flaque d'or, et la flamme verte a essayé de brûler plus haut, vers le plafond, mais elle était contenue par la flamme d'or et ne pouvait pas passer à travers. Elle a commencé à devenir plus petite, plus petite, et finalement elle s'est éteinte. Ça a pris une éternité. »

« Bizarre. » Ron siffla. « Qu'est-ce qu'ils ont fait de l'or fondu ? »

« La Directrice a lancé une sorte de sort dessus, et on est allés jusqu'au lac, et elle l'a jeté dedans. Et c'est tout. »

« Et maintenant, on fait quoi ? » demanda Ginny.

« Entraînement, » répondit Hermione. « Remus va nous retrouver dans la Salle sur Demande cet après-midi. On va commencer à s'entraîner pour sortir en mission avec l'Ordre. Ils nous font commencer par les filatures et la surveillance. Ça devrait être intéressant. »

« Bien sûr, » ricana Harry. « Je ne suis toujours pas convaincu que ce ne soit pas seulement nous occuper pour qu'on n'ait pas d'ennuis. »

« Ecoute, Harry, » dit-elle, « plus vite on leur montre de quoi on est capables, et plus vite ils feront appel à nous pour les missions. Remus a dit… »

« Remus a dit… » l'imita-t-il.

Exaspérée, Hermione se leva. « J'ai vraiment besoin de sortir d'ici. Quelqu'un est partant pour un tour dehors ? »

Elle ne fut pas surprise de voir Neville se lever. Susan l'imita rapidement.

« Drago ? »

Il secoua la tête et lança un regard à Harry. « Je crois que je vais rester là. »

Elle plongea dans la cheminée, et ressortit dans la Salle Commune, Neville et Susan sur ses talons.

« Qu'est-ce que c'était que ça ? » lui demanda Susan.

« Oh, Harry est en colère. Apparemment, il est prêt à faire confiance à Drago maintenant… sauf en ce qui me concerne ! Et Drago adore le faire tourner en bourrique. Je vous jure, si je retrouve l'un des deux avec un œil au beurre noir quand je reviens je… ! »

« Wo-ho, Hermione. On va sortir. » Neville lui prit le bras, ainsi qu'à Susan, et les entraîna vers la porte. « Tu as besoin de te calmer. »

XoXoXoX

Le temps était frais et vif, le ciel bleu. L'hiver était presque fini, et les premiers signes du printemps apparaissaient, mais Hermione appréciait toujours le cache-nez qui lui tenait bien chaud au cou. Neville maintenait un commentaire ininterrompu sur quelles plantes allaient fleurir les premières, et il leur proposa de marcher vers les serres pour qu'il puisse leur montrer les dernières roses en bouton.

« En fait, Neville, j'aimerais marcher vers le cottage de Hagrid. »

« Oh, bien sûr, mais pourquoi là-bas ? »

« La nostalgie, je suppose. Il me manque, et je n'arrête pas d'espérer qu'il reviendra un de ces jours. »

Susan rit. « Imagine ce qui risque de revenir avec lui ! Il doit certainement croiser de curieuses créatures s'il est en voyage ! »

Neville grimaça. « S'il vous plaît, plus de Scrouts à Pétard ! »

« Ni d'Hippogriffes ! » ajouta Susan.

« Oh, je ne sais pas, » sourit Hermione. « Les Hippogriffes ne sont pas si mal. Quoique je ne me voie pas essayer de convaincre Drago de ça ! »

Quelque chose bourdonna à l'oreille d'Hermione elle se baissa si vite qu'elle n'en eut qu'un aperçu alors que ça disparaissait.

« Qu'est-ce que c'était ? Est-ce que vous avez vu ? »

Neville hocha la tête. « Un colibri. »

« En Ecosse ? Est-ce que tu es sûr ? » demanda Hermione.

« Je les ai déjà vus entrer et sortir des serres. »

« Mais les colibris ne vivent pas sous ce climat. Comment est-ce qu'ils survivent ? »

Neville haussa les épaules. « La magie, je suppose. »

« Rien de ce qui arrive près de Poudlard ne peut plus m'étonner, » ajouta Susan.

Ils descendaient le long du chemin menant au cottage de Hagrid, et Hermione le vit la première – un panache de fumée sortant de la cheminée. Ils se mirent tous les trois à courir. Devant eux, la porte s'ouvrit, et la silhouette familière du demi-géant apparut.

« Hagrid ! Hagrid ! » s'écria Hermione, manquant de perdre l'équilibre dans son excitation.

« Whoa, attention ! » Hagrid la rattrapa avant qu'elle ne tombe, et la serra dans ses bras.

« Quand est-ce que vous êtes revenu ? Ça fait combien de temps que vous êtes là ? Est-ce que quelqu'un d'autre sait que vous êtes de retour ? »

« Doucement, là, Hermione. Venez donc prendre une tasse de thé, et je vous raconterai tout ça. »

Elle se retourna vers Neville. « Harry et les autres voudront savoir qu'il est de retour. Est-ce que tu veux bien… ? »

Il partit en courant, et Hermione et Susan suivirent Hagrid dans son cottage. Il avait été construit après que sa résidence initiale ait été réduite en cendres, la nuit où Dumbledore avait été tué par Snape. Quoique Hagrid ait rarement été là pour une durée prolongée, il était parvenu à faire de l'endroit un chez-lui. Des plantes étaient en train de sécher, suspendues aux poutres du plafond, et des pots et des paniers de toutes sortes étaient empilés contre les murs. Entre l'odeur musquée qui imprégnait la pièce, et des crissements étranges au milieu des paniers, les filles demeurèrent plutôt au centre de la pièce.

« Euh… Hagrid ? Est-ce que vous avez ramené quelque chose avec vous ? » demanda Susan, nerveuse.

« Et comment ! Je suis revenu avec le plus mignon des petits Câline-Pins, et un Chapardeur à aigrette, et toute une colonie de Becquasucres à six pattes au nez noir. » Il tendit les bras avec enthousiasme autour de lui. « Laissez-moi vous les montrer. »

Susan attrapa le bras d'Hermione alors que Hagrid soulevait le couvercle d'un grand panier. L'essaim de grosses créatures ressemblant à des cafards qui se déversa du panier fit se précipiter les filles vers la porte.

« Hé, attendez ! » leur cria Hagrid. « Ils sont inoffensifs ! »

Mais il ne leur fallut qu'un seul regard en arrière. Harry, Neville et Remus approchaient du cottage, et la vision de filles sortant en courant, criant et battant vigoureusement leurs vêtements leur fit présumer le pire. Ils se précipitèrent à l'intérieur, baguettes à la main, prêts à affronter la monstrueuse horde quelle qu'elle soit qui avait envahi la maison de Hagrid. Hagrid apparut sur le seuil, agitant les mains et hurlant à pleins poumons.

« N'utilisez pas vos baguettes contre eux ! Ils puent terriblement quand on les tue. »

Ç'en fut assez. Avec des exclamations de dégoût, Hermione et Susan refusèrent de retourner dans le cottage tant que les insectes étaient en liberté et retournèrent au château, laissant derrière elles à Hagrid le soin de rassembler ses petits fauteurs de trouble. Il déposa simplement un bol d'eau sucrée par terre, et put les rassembler alors qu'ils venaient se nourrir.

« Je pense que ce serait une bonne idée que tu viennes jusqu'au bureau de la Directrice pour nous faire un rapport, » suggéra Remus. « Je pense que les membres de l'Ordres seront plus à l'aise loin de tes créatures. »

« J'y comprends rien, » dit Hagrid. « Elles se sont occupées de Scrouts et d'Hippogriffes sans sourciller, et maintenant elles s'enfuient en courant en voyant de simples petits Becquasucres. »

Harry jeta un coup d'œil au panier. « Je ne peux pas dire que j'aime beaucoup traîner dans les parages, moi non plus. » Il gratifia Hagrid d'un petit coup de coude affectueux. « Et puis, tout le monde va vouloir te voir, et on ne tiendra pas tous là ici. »

« T'as raison, » convint Hagrid. « Mais bon, je crois qu'ils aimeront le Câline-Pin. » Il souleva un autre petit panier. « Je crois que j'vais le prendre avec moi. »

« Euh, Hagrid, » demanda Neville. « Combien de pattes est-ce que ça a ? »

XoXoXoXo

Les membres de l'Ordre furent convoqués pour une réunion extraordinaire, et tous ceux qui pouvaient s'échapper de leur emploi du temps quotidien sans éveiller de soupçons vinrent. Molly Weasley, accompagnée de sa belle-fille, Fleur, accueillit Hagrid par un déluge de questions concernant sa santé, son appétit, et s'il avait eu l'occasion de prendre un bain. Il fut sauvé par Tonks, qui les interrompit en sautant en l'air pour passer les bras autour du cou de Hagrid et lui claquer sur la joue une bise bien sonore. Ron, Ginny et les autres se rassemblèrent autour d'eux pour l'accueillir avec tout autant d'enthousiasme, et le niveau sonore de la pièce augmenta considérablement. Le Professeur McGonagall dût utiliser un Sonorus pour calmer l'agitation.

« Merci. Maintenant, si tout le monde veut bien aller s'asseoir… oui, oui, allez donc vous chercher une tasse de thé d'abord… mais il faut que nous commencions cette réunion. Certains d'entre vous ont un emploi du temps serré. »

Quelques instants supplémentaires de chaos contrôlé, puis ils s'assirent tous autour de Hagrid et attendirent son rapport. Il décrivit la façon dont lui et Madame Maxime, accompagnés de Graup, avaient cheminé dans les montagnes à la recherche de leurs parents géants. Quoique de trouver les géants se soit avéré bien plus facile que d'effectivement parvenir à entrer en contact avec eux.

« Ça ne vous surprendra pas, Vous-Savez-Qui a aussi envoyé les siens là-haut. »

« Vous les avez vus, Hagrid ? » La Directrice semblait inquiète.

« Trois ou quatre d'entre eux. Des Mangemorts. »

« Est-ce que tu as découvert ce qu'ils offraient aux géants, et si les géants étaient intéressés ou non ? » demanda Remus.

« Une terre à eux, » répondit Hagrid, « et le soutien des Mangemorts pour chasser ou tuer les moldus et les sorciers qui y vivraient. »

L'auditoire étouffa ses jurons et ses exclamations. Hermione se sentait malade. Voldemort ne faisait pas grand cas des vies humaines, les considérant simplement comme menue monnaie pour se procurer des alliés dans sa quête de domination. Les moldus comme ses parents, ceux des sorciers qui refusaient de le soutenir – ils les sacrifierait sans le moindre scrupule.

Maugrey faisait les cent pas, et le bruit irrégulier de ses pas semblait accentuer la tension de la pièce. Il s'arrêta, et Hermione tendit l'oreille pour entendre ce qu'il disait par dessus le bruit de fond.

« Où avez-vous obtenu cette information, et à quel point est-ce que vous êtes sûr de son exactitude ? »

« Les géants ne font confiance à personne, et encore moins à quelqu'un qui n'est pas de leur race. Quelques uns auraient peut-être accepté l'offre des Mangemorts, mais la plupart d'entre eux voulaient seulement les tuer. Ils ont senti que le vent tournait et sont partis à peu près un jour après qu'on soit arrivés. » Hagrid continua. « Certains des géants se souvenaient de Graup, et ils ont accepté de nous parler. On ne leur demandait rien, vous voyez. »

« Est-ce qu'ils envisagent de prendre part à la bataille à nos côtés ? » demanda la Directrice.

Hagrid secoua la tête. « Je ne crois pas. Quelques uns, peut-être. Mais les géants n'ont jamais été bien traités par les sorciers par le passé, et ils ne s'attendent pas à l'être maintenant. Il en reste si peu, ils veulent seulement qu'on les laisse tranquilles. »

« C'est regrettable, » dit Remus. « Mais bon, il vaut toujours mieux que les géants soient neutres, plutôt que contre nous, aux côtés de Voldemort. »

« Est-ce que tu crois qu'on aurait quoi que ce soit à gagner à continuer à essayer de les persuader ? » demanda Tonks.

Hagrid sembla prendre le temps de réfléchir à la question. « Je ne crois pas qu'on puisse les convaincre de se battre avec nous, mais si on reste en contact avec eux, on peut les empêcher entièrement de prendre parti. »

Des conversations calmes et graves commencèrent dans le groupe. Il était évident pour Hermione que les informations de Hagrid étaient pour l'Ordre une grande déception. Ses yeux glissèrent vers Harry, qui parlait à Hagrid et Remus. Elle pouvait lire la tension nerveuse sur son visage. Avec ou sans alliés, tout reposerait sur Harry, à la fin.

« Regardez un peu ! » La voix de Hagrid stoppa le flot des conversations. « J'ai quelque chose à vous montrer. Quelque chose que j'ai ramené des montagnes. »

Susan manqua de tomber de sa chaise dans sa hâte de se cacher derrière Neville. Hermione recula si brusquement qu'elle faillit renverser Maugrey et la Directrice. Harry et Lupin se précipitèrent en avant dans une tentative de l'arrêter. Trop tard – le panier était ouvert et Hagrid en sortait…

Il y eut une seconde de silence, suivie d'un long, prolongé, « Ooooooooooooh. »

« Hagrid, » demanda Hermione d'une voix perçante. « Qu'est-ce que c'est ? »

« C'est un Câline-Pin, » dit Luna. « Ils viennent de la même région montagneuse que celle où on trouve des Pitrelets à longues oreilles. »

Au creux de l'immense main de Hagrid reposait une petite boule de poils blonds. Elle leva la tête, montrant ses petites oreilles pointues surmontées d'aigrettes dorées, et déroulant une longue queue rayée. Entendant les exclamations de l'assistance, elle observa autour d'elle de ses grands yeux sombres, s'agrippant aux doigts de Hagrid de ses petites pattes.

« Quelle créature adorable. » La Directrice ronronnait presque, caressant sa tête d'un doigt délicat. Le Câline-Pin répondit en frottant la joue contre sa main.

« C'est un compliment qu'il vous fait, Professeur. Les Câline-Pins sont de petites créatures timides… on ne gagne pas facilement leur confiance. »

La porte du bureau s'ouvrit, et Drago Malefoy entra.

« Désolé d'être en retard, mais je… »

« Par tous les diables ! Mais qu'est-ce qu'il fait là ? » Le braillement de Hagrid envoya le Câline-Pin se réfugier sur son épaule.

« Non, Hagrid ! Tout va bien. Il… » Le cri de Harry ne suffit pas à arrêter un Hagrid furieux qui se jetait sur Drago.

« Il est membre de l'Ordre ! Arrêtez… ! » Même l'appel de la Directrice ne le détourna pas de son but.

Il avait repoussé Drago jusqu'au mur, les poings serrés, alors que divers membres de l'Ordre se précipitaient pour essayer de l'empêcher de blesser le gamin.

« Vous pensez qu'un Malefoy peut changer ? Vous pensez que vous pouvez faire confiance à un Malefoy ? » s'égosilla Hagrid.

A ce cri, le Câline-Pin terrifié sauta en l'air, atterrissant sur l'épaule de Drago et s'agrippant à son cou. La minuscule créature tremblait, et ses yeux reflétaient la même terreur que ceux de Drago. Hagrid s'arrêta net.

« Mais qu'est-ce que ça veut dire ? »

Hermione saisit l'occasion et attrapa la main de Hagrid.

« Il travaille avec nous maintenant. Il est membre de l'Ordre. »

Il regarda autour de lui, dubitatif. « Il a essayé de tuer Dumbledore. Harry l'a vu. Dis-leur, Harry. »

« C'est une longue histoire, Hagrid. Des choses se sont passées depuis, et oui, nous lui faisons confiance. » Harry décocha un regard à Drago. « Aussi difficile que ça puisse être de le croire. »

« Il a sauvé la vie de Harry, » ajouta Remus.

« Vous essayez d'me dire qu'il n'est pas responsable de ce qu'il a fait dans la Tour ? » demanda Hagrid, l'incrédulité évidente sur son visage.

« Non. » La voix de Drago tremblait. « Je suis responsable, et je ne peux pas changer ce que j'ai fait… seulement essayer de me racheter. »

Hagrid y réfléchit. « Bon, je ne suis pas prêt à te croire sur parole à ce sujet, mais je veux bien croire Harry. C'est tout ce que tu peux attendre. »

Hermione poussa un soupir soulagé alors que la main de Hagrid se détendait. Pour la première fois depuis qu'il était entré dans la pièce, Drago quitta Hagrid des yeux et baissa le regard vers la boule de poils qui s'agrippait à lui.

« Est-ce que quelqu'un veut bien me dire ce que c'est que ça, au juste ? »

« C'est un Câline-Pin, Drago. » Hermione gloussa. « Et apparemment, il t'aime bien. Ça devrait tout de même compter, non ? »

Hagrid tendit les mains, mais la petite créature refusa de lâcher Drago. Malgré lui, le visage de Hagrid se détendit et il sourit.

« Très bien, Malefoy… t'as droit à une deuxième chance. »