Chapitre 20 : 3h

Il n'y a pas à dire, Severus n'a pas son pareil pour plomber une ambiance. En moins de cinq minutes, un grand silence s'est abattu sur nous tous.

Lily finit par entrer dans la maison, la tête basse. Elle referme la porte derrière elle. La rue est calme et plongée dans l'obscurité. Ceux qui ne sont pas dans le jardin des Potter en ce moment même doivent être plongés dans un profond sommeil.

Les veinards.

Doucement, Sirius descend les quelques dernières marches de l'escalier et aide James à se relever. Un hématome bleu violacé commence à s'étendre sur la joue de ce dernier et un peu de sang coagule sur sa tempe. Les blessures ne sont pas très importantes bien qu'elles aient l'air douloureuses. Je parie que Severus, lui, souffre davantage. A l'heure qu'il est, il doit regretter amèrement d'avoir frappé James à mains nues.

Howard, lui, ne peut quitter son fils des yeux.

« Qu'est-ce que tu as dans la tête, James ? Même le jour de ton mariage tu ne peux pas t'empêcher d'être intenable ? »

Je m'attendais à ce qu'il proteste, qu'il défende chèrement son cher honneur de Maraudeur mais il se contente de baisser les yeux. Devant McGonagall, à Poudlard, il aurait paradé comme un paon, il aurait fait rire toute l'assemblée autour de lui mais devant son père, c'est une toute autre chose. Il fait jouer sa mâchoire dans une sorte de grimace qui le rend presque effrayant puis enfile ses lunettes.

Il y a bien longtemps qu'il ne les casse plus. Lorsque nous étions en dernière année, Lily leur a lancé un sort de protection de sa propre invention qui a l'air de fonctionner. Il se racle la gorge.

« Il est parti, non ? »

Lily acquiesce. Elle serre les dents et ses yeux brillent de larmes. J'ai mal au cœur pour elle. Que moi je ne m'amuse pas, c'est un fait. Et de toute façon, tout le monde se fiche bien de moi. Mais qu'elle ne soit pas heureuse le jour où elle épouse l'homme qu'elle est censée aimer, ça c'est entièrement différent.

Je m'approche doucement d'elle. J'aimerais lui poser une main sur le bras ou sur l'épaule mais je n'ose pas.

« Lily ? Tu vas bien ? »

Elle lève les yeux vers moi. Les commissures de ses lèvres sont affaissées en une grimace de désespoir.

« Severus était mon ami, dit-elle.

_ Râh ! s'écrie James. Laisse-le s'empêtrer dans sa magie noire ! Il n'attire que des problèmes.

_ Tais-toi ! »

James sursaute. Lily serre les poings.

« Il faut toujours que vous bousilliez tout. Tous les quatre ! »

Ce n'est pas juste de dire ça. Ce n'est pas moi qui ai voulu que Severus vienne sonner à la porte ce soir. Bien au contraire. S'il avait pu ne pas se montrer du tout, ça m'aurait drôlement arrangé. Et puis Sirius et Remus ne sont absolument pour rien non plus dans la bagarre.

Mais Lily a l'air de penser autrement. Elle s'essuie les yeux du dos de la main mais ses larmes continuent de couler. Je baisse la tête, honteux. C'est vrai qu'on a toujours tout bousillé. C'est vrai que les Maraudeurs sont plus des plaies que de bons camarades.

James s'avance vers elle.

« Pardon, dit-il tout bas. Je suis désolé. Je ne voulais pas… »

A la grande stupéfaction des quelques personnes qui sont encore dans l'entrée, elle le repousse presque avec violence. James lui-même ne comprend pas.

« Quoi ?

_ Réfléchis un peu ! crache-t-elle. Tu parlais de me rendre heureuse et tu me fais pleurer le jour de mon mariage ! »

Derrière James, je vois Sirius terminer de boutonner sa chemise. Maintenant qu'elle est froissée, je ne la trouve plus aussi élégante.

« Tu devrais avoir honte de toi, Conredrue.

_ Toi, tu peux te taire ! s'écrie alors Lily. Tu as l'âge mental d'un enfant de cinq ans !

_ Je ne t'ai rien demandé, moi.

_ James ne jure que par toi. Et Patmol ceci, et Patmol cela ! »

Elle jette sur son époux un regard venimeux.

« Ce n'est pas moi que tu aurais dû épouser, James. C'est lui ! »

Elle éclate en sanglots. Je m'approche d'elle dans l'espoir de pouvoir la consoler un peu. Je sais que je ne suis pas le mieux placé pour ça mais il est évident que quelqu'un doit essayer de lui remonter le moral. Or, James et Sirius sont restés tous les deux plantés sur place, la bouche ouverte, et Howard entraîne ses invités dans le jardin. Je crois que, ce soir, il n'a pas envie d'assister à une scène de ménage.

« Lily, ça va aller, dis-je.

_ Non, ça ne va pas aller, Peter.

_ Tu… (on dirait que les mots ont du mal de passer les lèvres de James). Tu ne regrettes quand même pas ? »

Un bon point pour lui, toute trace de moquerie a disparu de son ton et de son regard. Il est vraiment inquiet. Lily renifle. Ses larmes commencent à se tarir doucement.

« Je regrette que Severus n'ai pas su rester qu'un ami.

_ Au diable Severus ! s'écrie James. Il t'a toujours apporté des problèmes. »

Lily secoue la tête.

« Je ne sais pas, James. J'ai besoin de réfléchir un peu. »

Elle entre dans le salon, se laisse tomber dans un fauteuil. Je consulte les autres du regard.

« Sirius ? »

Jocunda apparaît tout à coup sur le palier. Ses cheveux sont un peu en désordre et l'une des bretelles de sa robe est entortillée sur son épaule.

« Sirius ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu viens ? »

Sirius lève les yeux vers elle puis secoue doucement la tête.

« Pas maintenant. Pourquoi tu n'irais pas un peu dans le jardin voir si ta sœur n'a pas besoin de toi ? »

Jocunda fait la moue. Par pitié, non, pas une deuxième avec le cœur brisé ! Pas deux en une seule soirée. Sirius hésite un instant puis il lui envoie un clin d'œil.

« Patiente un petit peu. Je viens te rejoindre plus tard. »

Elle sourit doucement et acquiesce.

« Je t'attendrai. »

Elle remonte alors les escaliers. Pendant ce temps, James se glisse dans le salon. Il s'assoit sur le bras du fauteuil dans lequel Lily est assise.

« Je te demande pardon, dit-il tout bas. Je suis un minable.

_ Tu peux le dire, répond-elle.

_ Je ne te demandais pas de m'approuver. »

Bien malgré elle, Lily se met à sourire puis à rire. Elle appuie la tête contre l'épaule de James. Il lui caresse les cheveux.

Je me sens tiré en arrière. Sirius me tient par le col de ma chemise.

« On devrait peut-être les laisser un peu seuls.

_ Et Remus ? »

Sirius s'esclaffe.

« T'inquiète pas pour lui. Là où il est, il ne risque pas d'entendre ou de voir quoi que ce soit. Je ne crois pas qu'on aura des nouvelles de lui avant demain matin. »

C'est vrai qu'avec tout ce qu'il a bu, il doit être sacrément assommé. Sirius m'entraîne vers la cuisine. Nous nous dirigeons vers le jardin.

« Tu ne vas quand même pas y aller pieds nus ? dis-je. Ça risque de faire mauvais genre. »

Il baisse les yeux vers ses orteils et s'esclaffe à nouveau.

« Je vais chercher mes chaussures. J'en ai pour une minute. »

Il s'élance alors dans les escaliers puis disparaît de ma vue. Pendant ce temps, je patiente. Un elfe me tend un verre de vin que je saisis volontiers.

« Le gâteau va bientôt être servi, dit-il. Où sont les mariés ? »

Les mariés… ils sont en pleine réconciliation. Enfin, je l'espère.