Chapitre 20 : Providentiellement
Un mois s'était écoulé, Edgar ne marchait pas tout à fait, mais il s'entraînait dur malgré ses chutes à répétition. Toute la communauté sorcière, du moins les membres qui importait aux yeux de la famille, savait que Meredith Moon avait eu un fils de père inconnu. Augustin et Marine avaient vu juste, tous l'avait su au bout de deux semaines, mais on ne vint leur en parler qu'au bout de trois.
Vilmée servait le thé, Edgar la regardait passer entre les convives. Comme il était silencieux et qu'il se tenait parfaitement assis sur une chaise adapté, le garçonnet assistait depuis peu au thé avec sa mère et ses grands-parents.
–Fidel me suggère d'investir dans une marque de Farce et attrape, expliqua Augustin à sa femme. Zonko que cela s'appelle.
–Des farces et attrapes ? s'étonna-t-elle.
–Oui, c'est à Pré-au-Lard. Ils veulent étendre leur gamme de produit, selon Fidel les enfants ont de plus en plus d'argent de poche par leurs parents. Ils le dépenseraient dans ce genre de...
On sonna à la porte.
–J'espère que se ne sont pas encore des petits curieux qui veulent voir le gamin, s'irrita Marine.
Depuis le salon, ils entendirent Vilmée ouvrir la porte, puis revenir dans la pièce suivit par Ignatus Prewett.
–C'est un jeune homme qui veut voir Mademoiselle, apprit Vilmée.
Meredith sentit tous les regards se tourner vers elle.
–Désolé pour cette nouvelle intrusion, s'excusa-t-il. Meredith, j'aurais aimé te parler... en privé.
Il avait prononcé les derniers mots avec maladresse. Meredith regarda automatiquement sa mère.
–La bibliothèque, répondit-elle simplement.
Elle adressa un regard de remerciement à sa mère et se tourna vers son fils.
–Je reviens tout de suite, Vilmée sera près de toi, lui dit-elle en se levant.
Edgar s'alarma aussitôt, mais se rassura lorsque Vilmée lui essuya la bouche avec sa serviette.
Meredith conduisit Ignatus dans la bibliothèque.
–Comment tu vas ? demanda-t-il dès qu'elle eut refermé la porte.
–Bien et toi ?
–Moi ? s'étonna-t-il. Je... je vais bien.
–Écoute, enchaîna-t-il. Kerian m'a tout raconté. Il m'a dit que tu avais refusé de l'épouser.
–J'ai été obligée, raconta Meredith. Il n'aurait pas convenu à mes parents.
–Il n'a pas le sang qu'il faut, c'est bien ça ?
–Non.
–Il leur faut un sang pur.
–Oui, ils avaient beaucoup d'espoir en moi avant que... Je pense qu'ils seraient moins exigeant à présent, mais le sang... Pour ça ils seront intransigeant.
Pendant quelques secondes ils ne parlèrent pas, elle attendait qu'il lui donne le motif de sa visite.
–Meredith, je suis venu pour demander ta main à tes parents, annonça-t-il.
Surprise, elle recula d'un pas.
–Tu quoi ?
–Je veux t'épouser.
–Mais pourquoi ? s'étonna-t-elle.
–Disons que cela fait un très long moment que je songeais à le faire, j'avais perdu espoir...
Meredith le regarda sans savoir quoi dire, elle ne s'était vraiment pas attendue à ça.
–Bien évidemment, auparavant je veux être sûr que tu es d'accord, il n'est pas question que j'aille faire ma demande à tes parents avant que tu ne m'aies donné ton d'accord.
Ignatus Prewett avait le sang pur, il était gentil avec Meredith, exactement le genre d'homme qu'elle aurait mis dans la bonne liste un an plus tôt lorsqu'elle se cherchait un fiancé. Il n'était pas le parti que ses parents rêvaient pour elle, mais après tout, il avait le sang pur et c'était la seule chose qui devait leur importer à l'heure actuelle. Marine Moon n'avait-elle pas dit deux mois plus tôt qu'après tout, Ignatus n'était pas si terrible ?
–Alors ?
Meredith sentit son coeur battre à cent à l'heure, de ce qu'elle allait répondre pouvait dépendre sa vie entière.
–Je veux bien.
Il poussa un soupir de soulagement, avant de sourire.
–Je suis content.
Ils se regardèrent un instant en silence.
–On retourne voir tes parents ?
–Oui.
Ignatus passa à coté d'elle, il lui prit la main et la dirigea vers le salon. Monsieur et Madame Moon tournèrent la tête lorsqu'ils les entendirent revenir. Meredith les vit regarder leurs deux mains enlacées. Vilmée regardait fixement elle aussi ce geste, elle en reversa de la sauce sur la table qu'elle se hâta de cacher avant que ses maîtres ne s'en rendent compte. Edgar lui ne remarqua rien de particulier, il était juste heureux de voir sa mère revenir. Dès qu'ils arrivèrent prêt de la table, Ignatus lâcha la main de Meredith et s'approcha d'Augustin.
–Monsieur, je suis venu vous demander la main de votre fille.
Une heure plus tard, Meredith tournait de long en large dans sa chambre. Ignatus devait revenir le lendemain où il aurait une réponse. Les Moon s'étaient très bien comportés avec lui, Meredith imaginait qu'ils n'auraient pas traité différemment un prétendant qui aurait porté le nom des Black ou des Croupton. Ce qui était un excellent présage. Elle attendait le dîner avec impatience, elle savait que ses parents allaient lui poser des questions et elle comptait bien les convaincre que Ignatus pourrait se détacher de ses parents classés comme traîtres à leur sang.
Lorsque Vilmée vint la prévenir que le dîner était servit, Meredith se retenu de ne pas se mettre à courir jusqu'à la table. Ses parents étaient déjà présents, ils s'étaient tus dès qu'elle était entrée dans la pièce. Meredith installa son fils et s'installa à son tour.
–À quel moment il t'as parlé d'un mariage pour la première fois ? demanda Augustin.
–Dans la bibliothèque tout à l'heure.
–Il s'était déjà montré intéressé par toi ? enchaîna Marine.
–Si c'est le cas, je ne m'en suis jamais rendu compte.
–Tu le connais beaucoup ? continua-t-elle.
–Il était préfet chez les Gryffondor et comme il était sang-pur, c'était le plus souvent à lui que j'avais à faire.
–Évidement, accorda Marine.
–Ses parents ne sont pas vraiment idéal, rapporta Augustin. Tu crois qu'il suit ardemment leur idées ?
–Si c'est le cas, je pense pouvoir le convaincre de le cacher.
–Bien... bien.
–Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement dans la bibliothèque ? demanda Marine.
–Il m'a expliqué qu'il comptait demander ma main, que cela faisait un moment qu'il y songeait. Mais qu'il ne ferait rien sans mon accord.
–Et donc tu le lui as donné, conclu Augustin.
–Oui.
–Voilà qui plairait à Mira, dit Marine.
Ils restèrent un long moment à manger en silence. Après le dessert, Meredith se décida à demander.
–Vous allez accepter ?
–Il faut encore qu'on en parle, répondit Marine. Vas te coucher maintenant.
Meredith monta avec son fils, elle ne dormit presque pas cette nuit là. Si ses parents disaient oui, elle et Edgar pourraient enfin sortir de la maison.
Meredith s'était éveillée bien avant le reste de la maison. Elle était entrée dans la chambre de son bébé et attendait qu'il se réveille. Elle regarda par la fenêtre, le soleil n'était pas prêt de se lever en ce mois de novembre, le givre entourait la vitre et brouillait la vision de Meredith. Elle distinguait la lune, The Moon. Comment la lune pouvait-elle autant apaiser Meredith alors que les Moon la stressait au plus au point ? Encore plus ce jour-là, s'ils acceptaient la demande d'Ignatus, Meredith pourrait enfin vivre, elle redeviendrait enfin une vraie sorcière, elle récupèrerait une baguette. Elle entendit les petits pas de Vilmée qui s'activaient, elle préparerait sûrement le petit-déjeuner. Meredith sortit de la chambre d'Edgar et rejoignit l'elfe au cuisine.
–Vous ne dormez pas mademoiselle ?
–J'ai très mal dormit.
–Évidemment, déclara Vilmée avec un sourire contraint.
–Que penses-tu que mes parents vont répondre ?
Vilmée se figea et posa la casserole qu'elle tenait sur la table.
–Je préfère ne pas donner mon avis sur ce sujet parce que votre mère m'a elle-même questionnée sur la situation.
–Elle t'as demandé si je t'avais parlé d'Ignatus ?
Vilmée ne répondit pas, elle se mordit la lèvre et reprit sa casserole.
–Vous avez une préférence pour le petit-déjeuner ? demanda-t-elle. Comme petits gâteaux ?
–Des pancakes et des muffins, répondit Meredith après un instant de réflexion.
Vilmée se tourna vers elle.
–Je croyais que vous préfériez les gaufres ?
–C'est vrai, mais mes parents préfèrent les pancakes et les muffins. Je veux les mettre de bonne humeur, dévoila Meredith.
–Alors je vais préparer le petit-déjeuné le plus succulent de l'année, déclara Vilmée enjouée.
Meredith la laissa travailler, alors que l'elfe ouvrait fébrilement chaque placard de la pièce. Elle retourna dans la chambre de son fils et attendit qu'il se réveille. La jeune maman attendit une heure en tout, Augustin et Marine Moon étaient déjà descendu depuis quelques temps.
Lorsqu'elle arriva dans la salle à manger, Meredith sentit les effluves des mets lui picorer le nez avec plus de force que d'habitude. Vilmée s'était surpassée. Elle salua ses parents, s'installa à table et nourri Edgar avant elle-même. Les parents de Meredith ne parlèrent pas une seule seconde d'Ignatus, sauf au moment où Augustin quitta la table.
–Je rentrerai plus tôt, pour arriver avant ce garçon, déclara-t-il.
Meredith passa sa matinée assise sur le tapis du salon avec Edgar. Vilmée avait retrouvé de vieux jouets ayant appartenu à Fidel et il s'amusait avec. Peu avant l'heure du déjeuner, Marine s'installa sur un fauteuil et les regarda.
–Il n'a jamais pratiqué de magie ? demanda-t-elle soudain.
Le coeur de Meredith loupa un battement, si, Edgar avait pratiqué la magie : il avait parlé à un serpent.
–Non, répondit-elle. Mais il est encore tôt.
–Oui, c'est vrai, convint Marine.
Elle continuait cependant de fixer Edgar avec une nouvelle inquiétude dans le regard.
L'après-midi passa aussi lentement que la matinée, Meredith ne cessait de regarder l'horloge à pendule. Ignatus avait été convié pour le thé. Pour préparer les Moon à une bonne disposition, Vilmée avait préparé ses succulents biscuits où, sur le dessus, elle dessinait une petite lune. Elle était en train de préparer la table, lorsque Augustin rentra à la maison.
–Quel heure est-il ? demanda-t-il sans préambule.
–Il devrait être là dans quelques minutes, répondit Marine déjà installée sur une chaise.
Dix minutes plus tard l'horloge sonna, Meredith avait les mains moites, chaque gong la faisait paniquer encore plus. C'était probablement la seule chance qu'elle aurait d'avoir une vraie vie. Une vie qu'elle aurait choisit, ou du moins une vie où elle aurait une certaine liberté. L'horloge s'arrêta, Meredith se tourna vers son père, s'attendant à ce qu'il déclare qu'Ignatus était en retard. Il ouvrit la bouche et... On frappa à la porte. Vilmée bondit du porte-manteau où elle se cachait et ouvrit la porte, elle s'effaça presque aussitôt et Ignatus entra dans la maison. Les Moon s'étaient tous trois levés, alors qu'il venait vers eux. Il salua Marine, Meredith et enfin Augustin. Il fit un petit signe à Edgar qui fronça les sourcils. Tous le monde se rassit et commença à boire le thé.
–Alors mon garçon, pourquoi voulez-vous épouser ma fille ? demanda brutalement Augustin.
Meredith fit un dur effort pour ne pas recracher son thé.
–Elle me semble être une épouse parfaite, répondit Ignatus.
–Elle a un fils, rappela Marine.
–Je veux bien être un père de substitution pour lui, répondit Ignatus.
Visiblement ce n'était pas ce à quoi ils s'étaient attendus.
–Donc vous n'êtes pas le père ? interrogea Augustin.
–Non.
–Et vous voulez quand même l'épouser ?
–Oui.
Les parents de Meredith se regardèrent, ils affichaient la même mine surprise.
–Monsieur Moon, je ne voudrais pas paraître pressant mais j'attends cet instant avec beaucoup d'impatience, dit Ignatus. Me donnez-vous la main de Meredith ?
À nouveau Marine et Augustin se regardèrent. Meredith sentit son coeur battre de plus en plus fort, elle regarda ses parents dans l'espoir de lire quelque chose sur leur visage. Enfin Augustin se tourna vers Ignatus.
–Oui, répondit-il.
Meredith souffla bruyamment comme si elle venait de courir la marathon. Tous les regards se tournèrent vers elle.
–Eh bien, dit Marine.
–Merci, dit Meredith à son père.
Elle sentit ses yeux s'embuer, mais parvint à retenir ses larmes. Elle croisa le regard d'Ignatus, celui-ci paraissait encore plus heureux de voir Meredith enchantée de la réponse de son père, que de la réponse elle-même.
–Nous préférerions une noce discrète, annonça Marine. Et rapide. Si vous êtes d'accord.
–Oui, bien sûr, assura Ignatus. Disons le mois prochain ? Avec uniquement de la famille ?
–Parfait, répondit Marine. Uniquement la famille.
Meredith s'étonna que sa mère ne précise pas uniquement Notre famille. L'ambiance entre les Moon et les Prewett risquait d'être glaciale.
