Bonjour !
Je suis tellement excitée par ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira, c'est de loin celui que j'ai préféré écrire. Au début il devait être beaucoup plus long mais je l'ai coupé en deux parties quand j'ai remarqué qu'il dépassait déjà les 8000 mots et que j'avais encore beaucoup à dire. Et aussi parce que c'était vraiment pas digeste et comme il y a pas mal d'ellipses narratives, vous auriez été perdus. Donc la suite arrivera sans doute dans deux semaines, vu que le début est déjà écrit.
Merci pour les reviews et tout et tout, je suis contente de voir que mes stats ne sont pas si faibles que ça, même si vous ne vous manifestez pas, je vois que le nombre de visites augmente tranquillement à chaque nouveau chapitre. C'est un immense plaisir, ça le serait encore plus si vous preniez le temps de m'écrire quelques mots mais je sais bien que je ne peux pas vous forcer, et je ne veux pas faire de chantage :)
Le chapitre commence directement à la suite du précédent, au moment où le jumeaux et Enerdhil entrent dans la chambre d'Avalromë où elle est en compagnie de Legolas. Même s'ils ne font rien de prohibé, le choc est important car le secret était très bien gardé ;D
Allez, je vous laisse déguster ! ^^ Enjoy !
Chapitre 19
Des fiançailles
« And as you move on, remember me,
Remember us and all we used to be
I've seen you cry, I've seen you smile.
I've watched you sleeping for a while.
I'd be the father of your child.
I'd spend a lifetime with you.
I know your fears and you know mine.
We've had our doubts but now we're fine,
And I love you, I swear that's true.
I cannot live without you. »
Été 294 du T.A., Imladris, chambre d'Avarlomë
-Pouvez-vous garder un secret ? …
Je vis lentement les poings d'Elladan se crisper, ses jambes se fléchir. Il aurait bondis sur Legolas si Elrohir et Enerdhil ne l'avaient pas retenu.
-Fermez la porte et venez vous asseoir, il faut qu'on parle. Calmement, ajoutai-je à l'intention du plus énervé de mes jumeaux.
Ils obtempérèrent, mais Elladan resta très tendu. Legolas prit ma main et s'assit à mes côtés, face aux trois autres ellyn. Il prit une autre grande inspiration et commença.
-J'aime Avarlomë, de tout mon cœur, de tout mon être. Je n'aimerai jamais qu'elle. Elle partage mes sentiments. Je comprends que vous vous sentiez trahis car vous avez toujours tout su les uns des autres, et Enerdhil tu as toujours tout su de moi. Mais ce secret était nécessaire, car un fois publique, notre relation ne nous appartiendra plus, j'espère que vous pouvez le comprendre. Nous n'avons jamais vraiment discuté de quand et comment nous voulions vous l'apprendre, mais maintenant que c'est fait …
-Depuis quand cela dure-t-il ? cracha Elladan, fixant résolument Legolas comme s'il voulait le tuer de son regard.
-Depuis mon dernier séjour à Greenwood, mais seulement les derniers jours de celui-ci, répondis-je.
-C'était donc pour cela que tu désespérais d'avoir des nouvelles de nos amis pendant la dernière décennie, remarqua Elrohir avec un sourire. Je savais bien que quelque chose se tramait. Je vous ai vu rentrer dans vos chambres au petit matin il y a plusieurs semaines de cela.
Voir qu'au moins un de mes frères me soutenait et ne m'en voulait pas me soulagea énormément. Il me fallait convaincre Elladan maintenant.
-Effectivement, nous nous retrouvions en cachette la nuit pour être seuls, mais depuis le début des très fortes chaleurs, nous n'avons pas pu. Ce matin, c'est l'unique fois où Legolas est venu dans ma chambre.
-Faut-il que nous te félicitions parce que tu es encore vierge, ma sœur ? ricana Elladan.
-Non, espèce d'idiot, répliquai-je, légèrement en colère contre lui. Ce que je veux dire c'est que nous n'avons rien fait de mal, simplement nous voulons jouir de notre liberté encore longtemps avant de nous engager officiellement.
-Et nous devons être complices ? argua-t-il.
-Non, je ne t'empêcherai pas d'aller tout dire à nos parents, mais essaie de comprendre notre position !
-Si je peux me permettre, fis remarquer Enerdhil, Vanya et Wilwarin ont caché leur relation à tout le monde, sauf à leurs amis, pendant de nombreuses années. Et les voilà maintenant heureux en mariage et parents ! Personnellement, je suis d'accord avec vous, je garderai le secret autant que vous le voudrez. Soyez heureux, sourit-il pour finir.
Elladan lui lança un regard noir mais il ne le remarqua pas. Il serra le bras de Legolas et m'embrassa le front avant de partir.
-Je suis d'accord avec Enerdhil, et je garderai moi aussi ce secret. Je ne veux que ton bonheur Lova', et s'il dépend de ce secret, alors ainsi soit-il.
Il me prit dans ses bras longuement puis serra à son tour le bras de Legolas.
-Prends soin d'elle, mellon nîn, lui recommanda-t-il.
-A jamais, lui répondit Legolas.
Il me jeta un coup d'œil puis sorti avec Elrohir. Il ne restait plus que moi et Elladan dans la pièce. On se regarda quelques minutes en chiens de faïence, ni l'un ni l'autre ne prononçant un seul mot. Moi parce que je cherchais les miens, lui parce qu'il boudait mais sa curiosité l'emportait sur sa rancœur. Il voulait savoir ce que j'allais lui dire, quels arguments j'allais tenter de trouver, c'est pour cela qu'il était resté.
Une fois mon petit discours préparé dans ma tête, je me lançai, d'apparence plus confiante que je ne l'étais en réalité.
-Mon frère, je t'aime, tout autant qu'Elrohir, parce que nous sommes liés. Par le même sang, par la même conception du monde, par le même désir de liberté, par cette volonté farouche de ne pas respecter les règles que nos pauvres parents ont tenté de nous inculquer depuis notre naissance. (Je lui arrachai un sourire timide, il n'était finalement pas si en colère que ça.) Je crois deviner que tu ne m'en veux pas directement à moi, tu en es d'ailleurs incapable, tout comme jamais je ne pourrai me fâcher réellement avec toi ou Elrohir. Alors toute cette colère doit être dirigée vers Legolas. Mais que t'a-t-il fait ? Si ce n'est me rendre heureuse ? N'est-ce pas ce que tu as toujours voulu ? Ce que nous voulons pour chacun des gens que l'on aime ?
-Qu'a-t-il de plus que nous ? Nous ne sommes plus assez bien pour toi ?
-Mais ne comprends-tu pas ? répliquai-je, un peu exaspérée par son refus d'accepter la situation. L'amour que je vous porte n'est pas diminué par celui que je porte à Legolas. Je t'aimerai toujours, mon frère. Mais il fallait s'y attendre, nous n'allions pas rester ensemble toute notre vie, il y a deux elfines qui vous attendent quelque part sur Arda, et quand tu auras trouvé ta moitié, tu verras sans doute les choses sous un angle différent. Je t'en prie, ne blâme pas Legolas pour quelque chose d'aussi innocent. De toute façon, personne ne pourra jamais changer ce que j'éprouve pour lui. Je l'aime, et c'est ainsi. Point.
Il ne répondit pas mais se leva, et je l'imitai. Il me serra dans ses bras à m'en briser les côtes et à m'en couper le souffle. Je tentai de l'apaiser en caressant son visage posé sur mon épaule et finalement il me lâcha.
-Je garderai le secret mais si un jour il te fait souffrir, je le tue, assena-t-il avec une conviction qui me fit un peu peur sur le coup. En attendant, laisse-moi un peu de temps pour accepter votre relation. Je t'aime, chuchota-t-il finalement en m'embrassant à notre manière, et pour l'instant, Elrohir et toi êtes les seuls qui comptent pour moi.
-Je t'aime aussi.
Sur ce, nous sortîmes rejoindre les autres dans la fournaise de cette belle journée d'été. Sans vraiment m'en être rendue compte, un poids invisible s'était levé de mes épaules. Un secret que je cachais à mes jumeaux, qu'il soit important ou non, était un obstacle à mon bonheur complet. Désormais, je pouvais respirer plus librement. La vie était belle.
347ème année du Tiers-Age, quelque part dans le sud-ouest de Greenwood
Cette année-là, Legolas eu trois cents ans. Pour l'occasion, Thranduil fit reconstruire une belle maison qui était autrefois la demeure d'un seigneur et conseiller d'Oropher, son père. Elle se trouvait dans les environs de l'ancienne capitale d'Amon Lanc, on pouvait d'ailleurs admirer la colline dénudée depuis la fenêtre de ma chambre, qui donnait à l'ouest. Il ne restait plus rien de la précédente ville, seulement quelques pierres. On distinguait très difficilement ses limites. Elle avait été presque entièrement construite dans les arbres, mais dès le départ des elfes pour la guerre au Mordor puis leur exode dans le nord de Greenwood, la nature avait reprit ses droits.
Cela faisait plus d'un demi-siècle que Legolas et mois avions mis à jour nos sentiments sous la cascade d'Imladris. Cinquante années de cachotteries délicieuses.
Les premiers temps, Elladan ne supportait pas que Legolas me prenne dans ses bras ou m'embrasse devant lui. Comme mes frères et Enerdhil étaient au courant, nous ne nous cachions plus quand nous étions entre nous. Mais cela lui passa, au fil du temps il comprit que mon bonheur dépendait de Legolas, et un autre poids fut ainsi ôté de mes épaules lorsqu'il accepta totalement notre amour.
Lors de notre voyage suivant à Greenwood, pour rencontrer le bébé de Vanya et Wilwarin, il fut tout naturel d'annoncer notre relation à nos amis. Quand Celebreniel grandit, nous ne prîmes pas le risque qu'elle nous surprenne et aille raconter ce qu'elle avait vu à d'autres elfings, mettant ainsi tout le royaume au courant.
Larya épousa Haldir quelques années après leurs fiançailles, et donna naissance à un petit garçon du nom d'Aranwë. Celebreniel et lui s'entendaient à merveille, quelqu'un qui ne les connaissait pas aurait pu croire qu'ils étaient frère et sœur plutôt que cousins. Haldir ayant des responsabilités au sein du corps de garde de Loríen, il devait souvent partir rejoindre ses troupes. Ainsi ils avaient deux maisons, une à Eryn Galen, et l'autre en Loríen. Concernant Haldir, je devais avouer qu'il était plutôt mystérieux, très timide avec nous, et je ne comprenais pas comment Larya, qui avait eu le béguin pour Legolas, pouvait être mariée à un ellon tel que lui. Hormis la couleur de leurs cheveux et leurs habilités au combat, Legolas et Haldir n'avaient strictement rien en commun. Quand je lui posai la question, elle me répondit qu'elle même ne comprenait pas, mais que l'amour était ce qu'il existait de plus puissant au monde.
Enfin, après plusieurs dizaines d'années chez mes grands-parents, Arwen rentra à Imladris. Quelques mois plus tard, Legolas et nos amis vinrent nous rendre visite. Elle fut un peu surprise quand elle me vit embrasser Legolas la première fois mais elle me confia par la suite qu'elle avait eu un rêve un peu prémonitoire qui faisait référence à ce sujet des années auparavant. Elle était ravie de nous savoir ensemble, ce qui me toucha tout particulièrement.
Pendant toutes ces années, nos parents ne virent rien, ne se doutèrent même de rien. Devant eux, nous étions les meilleurs amis du monde. Derrière eux, nos cœurs battaient de plus en plus vite chaque fois que nous nous retrouvions.
C'était l'été, nous étions tous réunis dans la maison de Legolas, sans nos parents, et sans les enfants de nos amis qui étaient restés à la capitale. Il faisait chaud mais l'ombre des arbres nous protégeait suffisamment pour que la température soit agréable. J'étais absolument et parfaitement heureuse quand je me couchai ce soir-là. Je ne savais pas encore que cette nuit allait tout changer, qu'elle serait en partie l'élément déclencheur de tout le reste.
Je ne faisais que rarement le rêve dans la magnifique forêt, celui pendant lequel je montais à l'arbre sans fin, suivie par un inconnu. Cette nuit-là je le fis. Mais quelque chose changea.
L'inconnu qui restait jusque-là quelques mètres en dessous de moi me rattrapa. Quand sa main attrapa ma cheville, j'arrêtai mon ascension. Sa main remonta lentement le long de ma jambe, sous les pans de ma robe. Je sentais le corps de l'inconnu dans mon dos car il s'était élevé à mon niveau et me bloquai contre le tronc. J'avais très chaud, mais seulement à l'intérieur de moi, l'air ambiant étant plutôt frais. L'inconnu respirait profondément l'odeur de mes cheveux, et je basculai la tête en arrière pour que son visage se niche dans le creux de mon coup. Sa main glissa à l'intérieur de ma cuisse, se fit un passage à travers mes sous-vêtements. Quand elle entra en contact avec mon sexe, je gémis.
Le rêve s'arrêta brusquement car le gémissement m'avait réveillé. Il faisait encore nuit noire dehors, les animaux nocturnes étaient aussi éveillés que je l'étais. Je me levai, fis quelques pas, et sentis quelque chose qui me gênait. Je fis passer mes doigts entre mes cuisses et découvrit une substance inconnue sur mon sexe. Je n'avais absolument aucune idée de ce que c'était.
L'étrangeté de mon rêve et cette « chose » me prirent de court. Je ne m'étais pas sentie aussi perdue et confuse depuis de longues années. Que m'arrivait-il ? Pourquoi ce rêve merveilleux se transformait-il en quelque chose de si bizarre ? Instinctivement, j'avais envie de poser toutes ces questions à mes frères, mais après quelques secondes de réflexion, je me dis qu'ils n'y comprendraient pas grand-chose. Mieux valait que j'en parle avec Larya ou Vanya.
Le problème était que je devais attendre l'aube pour leur demander, et je me demandais un peu comment aborder le sujet.
J'avais finalement pu parlé à mes amies après le petit-déjeuner, que j'avais entraînées dans ma chambre. Avant même que j'ai pu commencer à expliquer la raison de cet entretien, Larya s'exclama :
-Ne me dis pas que tu es enceinte !
Sa phrase me surprit grandement, et je mis un petit temps avant de répondre.
-Non, bien sûr que non, je ne suis pas mariée à Legolas !
-L'un n'empêche pas l'autre … constata Vanya, un sourcil interrogateur levé.
-Nous ne sommes pas mariés, et nous ne devons pas nous unir charnellement avant le mariage, lui répondis-je encore. Les relations charnelles donnent lieu à des grossesses, et si les parents ne sont pas mariés, alors cela provoque une insécurité au sein de la famille et perturbe l'enfant.
-Oui mais cela fait tellement de temps que vous êtes proches, que vous passez beaucoup de temps ensemble, remarqua Larya. Au bout d'un moment, le désir et la passion deviennent trop forts et il est difficile de résister. Ce ne fut pas mon cas car nos fiançailles furent plutôt rapide mais Vanya et Wilwarin ont subis cela.
Sa sœur acquiesça gravement.
-C'est d'ailleurs pour cela que nous n'avons pas attendu le mariage pour nous lier de cette manière, avoua-t-elle.
-Mais les relations charnelles donnent lieu à des grossesses, et si les parents ne sont pas mariés, alors cela provoque une insécurité au sein de la famille et perturbe l'enfant ! Comment as-tu fais pour ne pas tomber enceinte ? m'inquiétai-je.
-Toutes les relations charnelles ne donnent pas lieu à des grossesses mellon, me rassura Vanya. Heureusement d'ailleurs ! Que t'a-t-on appris sur le sujet ?
-Je connais le principe général et la mécanique des choses. Mais je vous assure qu'on m'a affirmé que l'on tombait enceinte à chaque fois qu'un mari pénétrait sa femme. C'est pourquoi l'acte n'est pas très agréable.
-C'est faux, sinon nous serions terriblement plus nombreux, continua Larya. Car crois-moi, l'acte est au contraire grisant, délicieux, complètement incroyable. Il n'y a pas de mots pour cela, il faut l'avoir vécu pour comprendre. On peut tomber enceinte, car c'est ainsi que l'on fait les bébés, mais c'est rarement le cas, sinon je peux te garantir que je serais constamment enceinte ! C'est ainsi, en tout cas chez les elfes. J'ai entendu dire que les femmes humaines étaient beaucoup plus fertiles que nous, et que certaines avaient des dizaines d'enfants ! Tu imagines ? Elles ne vivent que pour cela, et en plus elles sont mortelles !
-Les pauvres, je les plains sincèrement, surtout que la plupart d'entre elles ne choisissent pas leur mari mais sont forcées par leur famille, compléta Vanya.
-Je ne comprends alors pas pourquoi on m'a menti, dis-je en les ramenant au sujet premier de notre conversation.
-Parce que le sujet des relations charnelles est beaucoup plus tabou chez toi qu'ici, me répondit-on simplement.
Je laissai quelques instants à mon esprit pour digérer ces informations puis je repris la parole, choisissant enfin de parler de ce qui me préoccupais depuis la nuit précédente. Je leur expliquai mon rêve dans les moindres détails, n'excluant aucune pensée qui m'avait traversé, aucune sensation, même si ces dernières étaient plutôt du genre indescriptible.
-Ma chère Avarlomë, tu éprouves du désir pour Legolas, à un point que tu n'imagines même pas, fut la réponse de Larya. C'est une manière d'être sûre que Legolas est ton âme-sœur. Tu veux avoir des relations charnelles avec lui, ton corps et ton esprit te le font comprendre dans tes rêves. Le désir provoque ce genre de réaction chez les femmes, et d'autres encore que tu découvriras par toi-même, vu qu'on ne t'a pas vraiment tout expliqué chez toi.
-Et c'est totalement normal, me confia Vanya, ne t'inquiète pas pour cela. Nous aussi, en ayant reçu une éducation plus complète sur le sujet, nous avons fait des découvertes par nous-même et avec nos partenaires. Discutes-en avec Legolas, car c'est lui le premier concerné dans cette affaire. Peut-être est-il temps de vous marier ?
Qu'allais-je faire ? Je ne me sentais pas du tout d'en parler avec Legolas.
Et si lui ne ressentait pas ce « désir » ? Après tout, dans mon rêve, ce n'était pas forcément lui qui me touchait … J'étais confuse. Je décidai de rester seule quelques heures.
-Merci mes amies, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous ! Mais j'ai besoin d'un peu de temps maintenant. Je vous rejoindrai plus tard dans la journée.
Elles acquiescèrent de concert et quittèrent la pièce, m'assurant qu'elles feraient tout pour que je reste seule et tranquille jusqu'au déjeuner.
Quand je descendis sur la terrasse à la mi-journée, j'eus du mal à regarder Legolas dans les yeux. Je m'assis entre Elladan et Galion, et mangeai sans grand appétit. A la fin du repas, tout le monde parti vaquer à ses occupations. Je comptais profiter un peu plus longtemps du calme, sous les rayons chauds du soleil. Mais j'entendis quelqu'un revenir sur la terrasse.
-Viens vers moi, meleth nîn, me supplia Legolas qui s'était installé sur un large fauteuil, à l'écart de la table où j'étais assise.
Sa main était tendue dans ma direction. Comme d'habitude, je ne pus résister à son regard tendre et me levai. J'embrassai sa main et m'installai sur ses genoux. Le contact de ses lèvres dans mon cou me fit frémir, mais les images qui me restaient de mon rêve s'imposaient à moi. Je repoussai le visage de Legolas et détournai le regard, prête à me lever.
-Pourquoi ? s'inquiéta-t-il. Qu'as-tu aujourd'hui ? Tu es si distante … Ai-je fais quelque chose de mal ?
-Non, ce n'est pas toi, c'est moi. J'ai eu un cauchemar terrible cette nuit, mentis-je pour le rassurer, et il me faut du temps pour m'en remettre. C'est tout.
Il me connaissait bien, et savait que quand quelque chose n'allait pas chez moi, il ne fallait pas trop insister. Ce qu'il fit. Je caressai légèrement ses lèvres des miennes puis nous rejoignîmes nos amis.
Le malaise qui avait suivi ce rêve disparu complètement au bout de quelques jours. Tout revint à la normale. J'agissais comme d'habitude avec Legolas, quoiqu'avec un peu de retenue pour ne pas provoquer ce « désir ».
Mais un soir, Wilwarin sorti un petit tonnelet de Dorwinion dont Thranduil avait fait remplir la cave. Nous n'avions pas l'habitude de boire beaucoup d'alcool entre nous, simplement un peu de bon vin pendant les repas. Mais celui qui était contenu dans ce tonnelet était particulièrement bon et alcoolisé. Après le repas, nous nous installâmes dans le salon pour jouer. Mes jumeaux étaient devenus experts dans la création de jeux à boire. Ce soir-là, ils ne manquèrent pas d'exercer leur nouveau talent. Chacun à notre tour, nous devions énoncer un mot en rapport avec un thème précis. Si le mot était jugé hors sujet ou s'il avait déjà été dit, nous devions boire un verre cul sec.
Au début, tout allait bien, mais au fur et à mesure que le temps passait, les thèmes étaient de plus en plus complexes et le champ lexical relié de plus en plus réduit. Ajoutez à cela les doses d'alcool qui s'accumulaient… Bientôt, Vanya et Larya allèrent se coucher, suivies par leurs maris. Galion capitula à son tour peu de temps après. Quelques tours plus tard, Elladan s'effondra. Enerdhil et Elrohir se firent une joie d'aller le mettre au lit avant d'eux-mêmes sombrer.
Ne restait plus que Legolas et moi, avachie plus ou moins sur lui. Nous n'étions pas franchement en meilleur état qu'eux. Je rigolais sans interruption depuis plusieurs minutes, ne me remettant pas d'avoir vu Elladan s'écrouler sur Elrohir. Lui fixait sans vraiment le voir son vin qui tournait dans son verre, sa main perdue dans mes cheveux.
J'eus soudain très chaud, et décidai de desserrer un peu ma robe et mon corsage, dont les liens se trouvaient sur le devant. Sauf que pour ce faire, je tentai de me relever, bousculant le bras de Legolas qui tenait le verre. Le vin ne resta pas sagement dans son contenant et vint éclabousser le haut de ma robe.
-Oh noooon ! geignis-je à moitié en rigolant. Ma belle robe est tâchée maintenant. Il faut que j'aille la laver.
Et je commençai ainsi à détendre considérablement les liens de mon corsage et de ma robe. Quand enfin un peu de ma peau fut à l'air libre, j'arrêtai et voulu faire glisser ma robe, mais mes gestes étaient gourds.
-Laisse-moi la nettoyer, murmura Legolas d'une voix grave.
Ce timbre de voix inhabituel me fit sursauter, et je remarquai qu'il me fixait. Malgré le nombre restreint de chandelles encore allumées, je pus voir que son regard était beaucoup plus sombre qu'à l'accoutumée. Cet air sérieux me donna une folle envie de l'embrasser. J'allais lui répondre qu'il ne pouvait pas le faire lui-même quand il plongea son visage contre ma peau, au niveau de ma clavicule. Il embrassait et léchait ma peau tout à la fois, la nettoyant du vin qui la maculait. Ça chatouillait, mais plus encore c'était divin. Ses mains autour de ma taille me tenaient fermement. Parfois il venait capturer mes lèvres pour redescendre aussitôt. Il était très appliqué et ne laissait aucune goute de vin lui échapper.
Le contact de ses lèvres sur ma peau me donna encore plus chaud. Je sentais le bas de mon ventre ronronner. Je serrai sa tête contre buste, poussant quelques gémissements. Je ne me rendais pas du tout compte, à cause de l'alcool, que la situation dégénérait et que j'éprouvais un désir de plus en plus pressant à mesure que son visage s'approchait du creux entre mes deux seins. Là, les cordelettes du corsage maintenaient ma robe à peu près en place. Quand il arriva à ce niveau là, il s'arrêta soudain, observa la scène et se leva d'un bond. Son ivresse semblait s'être évaporée d'un coup.
-Je suis épuisé, je vais me coucher, bonne nuit, assena-t-il tout à trac.
Puis il partit, me laissant seule au milieu du salon, ma robe à moitié défaite, tachée de vin. Son départ et le vide qu'il laissa me réveillèrent à mon tour. Comment en étions-nous arrivés là ? Si Legolas n'avait pas réagit, que se serait-il passé ?
Je sentais que la situation ne pouvait rester telle quelle plus longtemps. Nous gardions secrète notre relation pour nous éviter les problèmes liés à notre rang. Ce secret était normalement une garantie de liberté. Mais désormais, il devenait une contrainte. Le rapport avantages/désavantages avait changé.
Ni Legolas ni moi n'abordâmes le sujet pendant la semaine qui suivit. Nous évitions les grands débordements, qu'ils soient d'alcool ou d'affection. Nos amis ne remarquèrent rien, ou bien ne firent aucune remarque. Seuls mes jumeaux m'en touchèrent deux mots un matin, en privé. Je les rassurai, sans donner de précisions évidemment, et leur promis de faire ce qu'il fallait pour que tout redevienne comme avant entre Legolas et moi. Mais j'étais parfaitement consciente que je ne pourrais jamais tenir cette promesse. Rien ne serait plus jamais comme avant entre moi et Legolas.
Il fut décidé que nous passerions une journée à Amon Lanc, au sommet de la colline. La journée choisie était parfaite car le soleil était légèrement moins fort en cette fin d'été, et l'ombre inexistante au sommet n'allait pas nous manquer.
Tout fut agréable ce jour-là. Nos jeux puérils, nos discussions, notre repas. Même Legolas se laissa un peu aller et resta en contact constant avec moi. Il m'embrassa longuement, même si ses mains se contentaient de mon visage, au lieu de mon buste. Quand le soir vint, je lui demandai de rester un peu seuls. Nos amis nous quittèrent non sans de nombreux regards équivoques que je balayai d'un sourire. Legolas se doutait bien du pourquoi du comment mais me laissa commencer.
-Mon amour, dis-je avec douceur en prenant ses mains. Il faut que nous parlions réellement, sincèrement. Je ne supporte plus cette distance rendue nécessaire par notre désir grandissant l'un pour l'autre. Il existe une solution très simple …
-Le mariage te semble une solution simple ? me coupa-t-il, incrédule.
-Oui, on se marie devant Eru et nos familles, on fait la fête et ensuite …
-Ensuite libre à nous de faire ce que nous désirons. J'ai bien compris le concept, merci.
-Pourquoi es-tu si amer ? Notre amour est la meilleure chose qui soit, rien ne pourra jamais le briser. Ni les coutumes, ni les lois, ni nos rangs. Ce demi-siècle a été parfait, délicieux, mais il nous faut passer à l'étape suivante avant que tout ne périclite.
-Je suis amer parce que je crois que tu ne te rends pas bien compte de ce que tu vas perdre en m'épousant. Voudrais-tu abandonner cette liberté dont tu fais tant les louanges ? Pour moi ?
-J'abandonnerais tout pour toi, absolument tout, déclarai-je avec passion. Pas toi ?
-Oh que si meleth nîn, même ça, dit-il en désignant d'un geste ample la forêt à nos pieds.
Le soleil se couchait lentement derrière les Monts Brumeux, teintant le ciel d'ocre et de rouge. Nous laissâmes les premières étoiles apparaître dans le ciel. Soudain, sans lâcher ma main, Legolas posa un genou à terre. Instantanément, mes yeux se remplirent de larmes.
-Avarlomë, je prends Eru comme témoin ce soir. Témoin de ma totale franchise et de mon honnêteté envers toi, témoin de mon amour immortel pour toi. Témoin que chaque jour qu'Anor nous offre je t'adorerai, témoin que chaque nuit où Ithil gardera le ciel je dormirai à tes côtés. En actes sinon en pensées. Mon amour, veux-tu m'épouser ?
-Oui, je le veux, répondis-je d'une voix rendue un peu faible par l'émotion. Eru m'en est témoin, tu seras le seul père des enfants que je porterai. Témoin de mon amour immortel pour toi. Témoin que même si Anor et Ithil viennent à disparaître, je t'adorerai et je dormirai à tes côtés. Je t'aimerai pour le reste de l'éternité, en actes sinon en pensées.
Il se releva, essuya les larmes de bonheur intarissables qui inondaient mes joues, et captura mes lèvres, scellant ainsi notre promesse. La lune montait lentement dans le ciel d'été, mais il restait encore beaucoup à faire avant que nous ne dormions dans le même lit. La première chose étant d'annoncer la nouvelle à mes frères et à nos amis.
En arrivant vers la maison, Legolas me quitta précipitamment et sauta à la fenêtre de sa chambre. Sans m'en formaliser, je rejoignis mes amis à la cuisine, où tout le monde s'activait pour le repas du soir.
-Si c'est pour éviter la corvée de cuisine Avarlomë, je ne suis plus d'accord pour que tu rentres plus tard avec Legolas, blagua Enerdhil en me voyant sur le pas de la porte.
Elladan et Elrohir, qui mettaient la table, levèrent en même temps la tête vers moi, inquiets de savoir comment s'était passée la discussion. Mon visage était encore humide de mes larmes, et mes yeux rougis. Ils eurent une moue d'appréhension identique qui me fit rire.
-Tout va très bien mes frères, tout va pour le mieux, les rassurai-je, sentant de nouveaux les larmes poindre. On va se marier !
Il y eut un moment de flottement puis tout le monde s'exclama en même temps, et un câlin collectif suivit.
-Je ne voudrais pas jouer les rabat-joie mais il manque une preuve concrète de nos fiançailles, fit remarquer Legolas qui venait d'arriver dans la pièce, une main derrière le dos.
Tout le monde s'écarta pour le laisser m'approcher. Dans sa main, il tenait un anneau d'argent, dans lequel s'entremêlaient des veines de mithril. C'était magnifique. Il prit ma main droite pour le glisser à mon annulaire.
-C'est celui que mon père a offert à ma mère le jour de leurs fiançailles, m'expliqua-t-il. Maintenant il est à toi.
-Vive les fiancés ! lança Larya.
Elle fut vite reprise par tout le monde, et le câlin collectif repris, cette fois incluant mon fiancé.
Il fut décidé que nous rentrerions tous le lendemain au palais pour que Legolas fasse sa demande officielle à mes parents qui devaient être arrivés depuis quelques jours déjà avec Arwen. Je tremblais d'excitation et de joie mélangées. J'espérais que nos parents ne nous en voudraient pas trop de leur avoir caché notre relation si longtemps. Mais mon bonheur occultait rapidement mes petites idées noires. Tout allait pour le mieux !
-Avec un peu de chance, nous serons mariés avant la nuit la plus longue de l'année, murmurai-je à mon fiancé dans une dernière étreinte avant que j'aille me coucher.
-Alors nous profiterons qu'elle soit la plus longue, ronronna-t-il contre mon cou, y plaçant des dizaines de petits baisers.
Cela me fit instinctivement réagir, de longs frissons remontèrent le long de ma colonne vertébrale, en partant de la main de Legolas, doucement posée dans le creux de mon dos. Je me collai plus contre lui, cherchant frénétiquement ses lèvres. Ma réaction le fit rire.
-Chhhh, mon amour, calme-toi. Si tu réagis comme ça, comment veux-tu que l'on attende jusqu'au mariage… Tu me rends complètement fou.
-Je ne sais pas si je pourrai tenir six mois, lui confiai-je d'un air penaud.
-Je n'en sais rien non plus, mais respectons au moins la règle de rien avant le mariage, c'est une forme de respect envers notre créateur.
-Il est bien exigeant notre créateur, ronchonnai-je, lui tirant un autre petit rire.
-Allez, file te coucher. Fais de beaux rêves, ajouta-t-il en m'embrassant chastement sur le front.
-Tu sais bien que mes rêves sont fais majoritairement de toi, donc ils sont forcément beaux.
Avec ça, je disparu derrière la porte de ma chambre, pour tenter de trouver un peu le sommeil avant de partir pour le palais. Comme si j'allais y arriver !
En arrivant au palais en fin de journée le lendemain, nous croisâmes bon nombre d'elfes qui nous saluèrent, ravis de nous revoir après ces quelques mois passés au sud. Un léger brin d'air fit retomber quelques uns de mes cheveux devant mon visage. Je levai ma main pour les remettre derrière mon oreille. Un rayon de soleil couchant s'accrocha à mon anneau de fiançailles. J'entendis une petite fille chuchoter à sa mère : « Nana, regarde, ils sont fiancés ! ». Et la mère de répondre par l'affirmative. Le bruit se propagea, et lorsque nous descendîmes de cheval devant le palais, le palefrenier qui s'occupa de mon cheval me félicita chaleureusement.
Legolas prit ma main pour entrer dans le palais. Mes jumeaux partirent devant pour réunir mes parents et ceux de Legolas dans la salle du conseil de Thranduil. Sur le chemin, nombreux étaient les elfes qui nous souhaitaient le plus grand bonheur possible, qui m'appelaient « riel nîn ». J'avais l'impression d'être déjà mariée à Legolas. Je savais que j'allais vivre parfaitement bien à Greenwood.
Nous croisâmes Arwen qui me serra contre elle avec une immense tendresse.
En arrivant devant les portes de la salle, nous retrouvâmes mes frères qui me serrèrent dans leurs bras à leur tour.
-N'oublie pas que nous aussi nous t'aimons, me conseilla Elladan.
-N'oubliez pas que vous aussi je vous aime, les rassurai-je.
Ils ouvrirent les portes.
Nos parents se trouvaient assis sur des fauteuils autour de la table du conseil qui offrait un total de dix places. Ils ne se levèrent pas quand nous entrâmes. Ils semblaient plutôt sombres, presque tristes. En voyant leur attitude froide, Legolas lâcha ma main pour passer son bras autour de moi, et je fis de même. Nous nous avançâmes puis Legolas prit la parole. Je le remerciai intérieurement car face à ces statues de marbre qui ne pouvaient pas être nos parents, jamais je n'aurais pu prononcer un mot.
-Père, mère, Seigneur Elrond, Dame Celebrían, les salua-t-il. Je viens vous demander officiellement la main d'Avarlomë, future princesse d'Eryn Galen.
-Es-tu sûr de toi ion nîn ? demanda froidement Thranduil. Personne n'a jamais vu plus que de l'amitié entre vous.
-Cela fait plus d'un demi-siècle que nos sentiments ont été avoués dans le secret, aran nîn. Pour profiter de notre amour et éviter quelques temps la pression de nos rangs, seuls nos amis et frères et sœur étaient au courant.
-Mais nous sommes prêts pour le mariage à présent, termina Legolas.
-Ce mariage est impossible, déclara mon père à voix basse.
-Pourquoi ? nous exclamâmes en même temps.
Je jetai un regard paniqué à Legolas qui me le rendit.
-Car Legolas est déjà fiancé à Arwen, et Avarlomë à Lindir, répondit ma mère en éclatant en sanglots.
Ce fut alors un regard de totale incompréhension que nous échangeâmes.
-Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? Nous n'étions même pas au courant ! s'insurgea Legolas. C'est contre nature !
-Il doit y avoir un moyen de rompre ces fiançailles stupides ! Arwen et Legolas ne sont pas amoureux comme nous le sommes, et Lindir acceptera sans aucun doute possible de rompre ce contrat. J'imagine d'ailleurs qu'il n'est pas plus au courant que nous l'étions il y a quelques instants …, fis-je, la colère prenant le pas sur la peur.
-Ce ne sont pas des fiançailles stupides, jeune fille, gronda Thranduil que je voyais pour la première fois en colère de toute ma vie. Et elles ne seront pas non plus rompues ! Elles sont officielles depuis notre première venue à Imladris, Gildor Inglorion les a signé tout comme nous. Cela fait plus de cinquante ans, elles ne peuvent pas être annulées. Vous n'avez pas votre mot à dire dans cette histoire.
-Vous m'excuserez mais si, je suis en droit de choisir ou non qui j'épouse, comme vous avez eu le choix d'épouser Alatariel, comme mes parents ont eu le choix de s'épouser ! Les premiers nés n'ont qu'une âme-sœur, et la mienne est Legolas. Nous ne sommes pas des Edain mortels, chez qui ce genre de mariages forcés sont légion. Quel est l'intérêt d'un tel arrangement ? Si vous vouliez un rapprochement entre nos deux familles, rien n'empêche que ce soit moi plutôt qu'Arwen qui épouse Legolas. Et je ne comprends toujours pas pourquoi Lindir est impliqué !
Les larmes coulaient sur mes joues, des larmes de rage. Comment pouvaient-ils nous faire ça ? Ma mère également était en pleurs, et Alatariel était pale comme la mort. Seuls Thranduil et Elrond étaient stoïques et ne montraient aucune émotion.
-Les enjeux derrière ces fiançailles vous dépassent, expliqua mon père. Mais quand les temps seront à nouveaux sombres et emplis de danger pour tous, ces unions seront notre salut. Lindir est impliqué car nous devons lier les trois derniers royaumes elfiques. La fin du troisième âge marquera la fin du temps des elfes en Terre du Milieu. Nous devons rester unis, pour défendre les intérêts de nos peuples, pour que les Hommes ne gâchent pas tout ce que nous avons fait pour eux, pour que notre voix soit entendue.
-Mais Lindir n'est pas de sang « royal », remarqua Legolas qui lui gardait son calme en comparaison de moi. Si on suit votre logique, il aurait fallut fiancer l'un de nous à un enfant du roi Amroth.
-Sauf qu'il n'en a pas encore, et qu'on ne sait pas quand est-ce qu'il en aura, s'il en a jamais, lui répondit Thranduil. Quoiqu'il en soit, vos fiançailles ne sont que du vent, point. Vous pouvez disposer.
D'un geste de la main il nous fit signe de partir, mais j'avais encore des choses à dire.
-Comment pouvez-vous nous priver de bonheur pour de la politique ? Etes-vous donc des parents si cruels ? Vous qui prônez la liberté avant tout ! N'êtes-vous pas torturé par ces décisions dans votre sommeil ? N'avez-vous absolument aucun remord ?
-Je n'en ai aucun, me répondit le roi.
-Nana, geignis-je, toi tu n'es pas d'accord, sinon tu ne pleurerais pas ainsi. Ne peux-tu nous défendre ? Reine Alatariel, ne m'avez-vous pas dit, juste avant ma cérémonie de la majorité, que vous me souhaitiez de trouver celui qui serait ma parfaite moitié comme vous vous aviez trouvé Thranduil ?
-Ta parfaite moitié est Lindir, me répondit-elle dans un souffle à peine audible.
-Vous ne pouvez pas nous séparer ! s'insurgea Legolas à nouveau.
Il me serra contre lui encore plus fort.
-Si nous le pouvons, dit mon père. Nous partons d'ailleurs sur l'heure. Espérons que le temps vous fasse comprendre que ce qui vous lie n'est pas de l'amour. En attendant ce jour, vous ne vous reverrez pas avant vos mariages respectifs.
-On s'enfuira ! criai-je, entrainant Legolas vers la sortie.
-Vous n'irez pas bien loin, et si vous tentez d'une quelconque manière de vous revoir, nous vous marierons de force à vos fiancés respectifs dans les plus brefs délais, expliqua Thranduil d'une voix de glace.
A la porte, deux gardes bloquaient la sortie.
La fatalité nous tomba dessus alors. Je plongeai mon regard dans celui de Legolas. Son regard était si calme en comparaison avec le mien, empli de larmes.
-Je t'aime, plus que tout, en actes sinon en pensées, me rappela-t-il en caressant ma joue.
Le bonheur de ce moment de la veille me paraissait tellement éloigné de la situation actuelle. Je cachai mon visage contre son cou, et il fit de même. Nous nous serrâmes le plus fort possible. J'inspirai à pleins poumons son odeur si particulière. Puis nous nous embrassâmes, goutant pour la dernière fois nos bouches. Ce fut sans doute la chose de trop car on nous sépara.
-Eru m'en est témoin, tu seras le père de mes enfants, chuchotai-je à son intention avant qu'on m'emmène.
J'avais oublié de préciser la dernière fois que Celebreniel signifie « argentée ». Aranwë veut dire plus ou moins « seigneur ». Pendant la scène des fiançailles, Anor et Ithil sont en fait le soleil et la lune.
Vous me détestez ?! ^^
Si vous ne comprenez pas totalement les enjeux derrières ces arrangements, c'est un peu fait exprès. Déjà parce que c'est du point de vue d'Avarlomë, qui elle non plus ne comprend pas tout. Et puis je dois me garder quelques mystères sous le pied pour la suite, sinon ça va être long de tenir encore presque 3000 ans. Ces arrangements ne sont que la partie émergée de l'iceberg ! Vous voyez déjà comment ça gâche la vie d'Avarlomë ? Attendez un peu de voir la suite ! XD
Comme je l'ai dit tout au début, il y a encore un chapitre pour finir de boucler la boucle qui ramène au premier chapitre de cette fic. Si vous faites attention aux dates, il reste environ 40 ans à couvrir avant le départ de Lova pour devenir "Rôdeuse". Il faudra que je modifie quelques trucs dans ce premier chapitre car j'ai changé un peu les plans d'origine donc certaines choses ne collent plus, mais ça ne devrait pas prendre trop de temps.
Voilà, voilà, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop, mais je vous promet que la suite arrive très vite, la moitié est déjà écrite :)
Je vous fais de gros bisous !
LK
