20.
- Un karény pour tes pensées, fit Skendar en déposant un verre de thé brûlant devant son fils.
- Devine ?
- Tu t'attendais à ce que ce Zéro te flanque son poing en pleine face, pas à ce qu'il décampe ventre à terre.
- Bien vu, l'aveugle !
- Décidément, tu ne te comporteras jamais plus en fils respectueux, toi ! gloussa Skendar.
- Je ne suis plus un enfant non plus. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, les flots de sang que j'ai versé au nom de Lothar… Et tout comme ça finissait par me démanger d'avouer la vérité, je ne peux que me retrouver un jour devant mes victimes, ou plus vraisemblablement leurs proches !
- Tous te connaissaient comme le capitaine Pirate du Deathsaber, ils ne savent rien du capitaine corsaire de l'Arcadia. Ça pourrait t'aider…
- Je ne veux pas me jeter sur leurs piques vengeresses, mais je n'ai pas l'intention de me cacher non plus, siffla Albator. Et je ne comprends dès lors pas pourquoi Warius est parti !
- Comme si notre compagnie pouvait lui être agréable, fit Skendar dans un grincement. Et en sus, il a réalisé que des semaines durant tu savais la vérité et que tu as joué avec ses pieds à plus d'un titre ! Car tu as de suite su qui il était ?
- Fichu coup du sort, ce souvenir m'était revenu sous forme de cauchemar juste avant que nous effectuions notre jonction ! maugréa Albator. Et donc tu imagines bien ce que je pensais et ce que je ressentais à chaque fois que je devais m'adresser à lui, le voir…
- Ce qui ne t'a pas empêché de le titiller, et le mot est faible !
Albator eut un ricanement.
- Les gens trop parfaits, ça m'a toujours agacé !
- Warius est le Militaire que tu aurais dû devenir… Oui, c'est bien cela qui t'a exaspéré ! Warius est ton reflet, tout comme je suis quelque part celui de son propre avenir !
- Comme si lui pourrait enfreindre les règles pour aider un Pirate !
- Et pourquoi pas ? rétorqua Skendar, un peu brutalement. Albator, tu n'as aucune idée de ce que ce Zéro est capable de faire ! Comme si j'avais seulement songé que j'aurais bravé ma Flotte elle-même pour protéger et cacher celui-là même que j'étais chargé d'appréhender de préférence mort que vif ! ? Moi, je suis persuadé que Warius Zéro ne fera jamais que ce qui est juste, dans la légalité comme dans l'illégalité si cela venait à se présenter et qu'il veuille suivre son code d'honneur ! Oui, Albator, c'est quelqu'un d'extrêmement bien – j'en veux pour simple preuve qu'il a su collaborer avec un corsaire tout frais émoulu, et qu'il y a une heure de cela il n'a pas infligé des blessures supplémentaires à un convalescent !
- Il a été trop surpris par mon aveu… marmonna le jeune homme.
s'emporta presque son père.
Albator quitta son fauteuil et s'approcha des portes-fenêtres du salon, observant distraitement les grosses gouttes de pluie qui s'écrasaient bruyamment au sol.
- Enfin, tout cela n'est qu'une tempête dans un verre d'eau. Dans deux jours et demi, nous repartons chacun de notre côté ! reprit-il.
- Et il peut se passer tant de choses en une soixantaine d'heures…
- Moi, de mauvaise foi. Mais toi, oiseau de mauvais augure !
- Là, j'accepte la pique, concéda Skendar.
Il eut un rire spontané.
- C'est ainsi que nous avons toujours fonctionné, Albator. De cela aussi, tu te souviendras un jour !
Le téléphone du jeune homme émit alors une trilogie de bips, qu'il répéta.
- Un message pour toi, Albator, insista son père en lui tendant l'appareil pour lui montrer le petit écran.
- Que dit-il ? interrogea distraitement le grand corsaire balafré.
- Ça vient du siège de la Flotte, il t'est destiné !
- Que dit-il ? insista le grand corsaire balafré sans bouger de sa place.
- La générale Nhoor souhaite que tu retournes la voir demain à la première heure, pour un complément d'informations concernant la capitaine du Queen Eméraldas.
- Je lui notifierai ma réponse tout à l'heure… Je serai curieux de savoir ce qu'elle pourrait vouloir savoir de plus ! J'ai été complet au possible, vu que pour le voyage de retour j'ai passé le plus clair de mon temps à dormir !
- Tu vas finir ta convalescence au château ? préféra alors questionner Skendar.
- Certainement pas !
- …
- Je n'arrête pas de soigner mes plaies et bosses chez toi.
- C'est aussi ta maison, fit doucement Skendar.
- Je repars sans attendre, l'appel de la mer d'étoiles et bien plus fort !
Un majordome s'approcha.
- Messieurs, le capitaine Warius Zéro est de retour. Il demande à voir Monsieur Ilian.
