Ombre et Lumière

Cadeau !

C'est un peu pour ce genre de chapitre qu'on a envie d'écrire une histoire, alors profitez en bien !


Mei Ling n'y voyait plus rien. Par réflexe, elle se baissa et tendit les oreilles. Elle essayait de percevoir un bruit suspect, quelque chose qui lui indiquait ce qui allait se passer, mais la seule chose qu'elle entendait était les mouvements et les murmures des soldats dont la peur commençait à grimper : ils n'étaient pas entrainés à faire face à une telle situation.

Tout d'un coup, elle entendit le bruit des instruments d'entrainement qui s'enclenchaient. Les anneaux piquants se balançaient, les rouleaux de bois tournaient et les lames d'acier tranchaient l'air, le tout dans un boucan d'enfer. Grue avait du se faufiler jusqu'au mécanisme d'activation et l'enclencher. Puis, au milieu du raffut, il y eut un coup suivi d'un cri, puis un deuxième, et un troisième, tous très proches. Petit à petit, les cris de panique se firent entendre de partout et de plus en plus fort. En quelques secondes, la panique générale avait atteint une proportion effrayante.

La peur clouait Mei Ling sur place. Incapable de discerner quoi que ce soit d'utile dans le vacarme ambiant, elle ne pouvait rien faire. Elle essayait de se dire que Grue ne les avait pas trahis, que ce qu'il faisait n'était pas contre eux, mais c'était impossible : il les avait trompés, et maintenant, Mei Ling devait trouver la solution pour se sortir de cette salle d'entrainement. Mais, à cet instant, elle était paralysée.

– Je me suis trompé… lâcha Yàn à ses côtés. On s'est complètement fait avoir…

Tout comme elle, Yàn devait être déstabilisé par la situation. Il avait l'habitude de tout organiser à l'avance, de tout prévoir pour pouvoir faire face à tous les problèmes. Mais là, Grue semblait avoir tout organisé de façon à ce que rien ne soit prévisible. Mei Ling comprenait qu'il avait inventé toute l'histoire de cette réserve de poudre pour les attirer dans la salle d'entrainement, le lieu qu'il connaissait le mieux. Mei Ling se rappela de cette phrase qu'il lui avait dite : « Je pourrai me déplacer dans cette salle les yeux fermés ». Le piège était parfait, ils avaient été naïfs de le suivre.

Maintenant, il était surement en train de faire des tours de la salle tout en faisant bien attention à rester proche des murs et en frappant ses ennemis pour les pousser vers le centre de la salle. Ensuite, les obstacles du parcours d'entrainement faisaient le reste. Il était déjà difficile de faire ce parcours en pleine lumière, alors dans l'obscurité… Avant d'éteindre les lumières, il avait repéré où étaient les soldats, et il n'avait qu'à toucher un peu ses ennemis pour que la peur et la surprise les déséquilibre. Et même si ils réussissaient à riposter rapidement, Grue n'avait qu'à se déplacer suffisamment vite pour éviter un coup rendu peu précis par l'obscurité. Il avait en plus demandé à ce que la porte soit fermée, ce qui empêchait ses adversaires de fuir car, comme ils étaient désorientés, ils ne pourraient pas facilement la rouvrir. Il n'y avait pas de fenêtres et le toit était lui aussi fermé, donc il n'y avait aucune ouverture donnant vers l'extérieur. L'endroit était vraiment parfait.

– Il faut absolument allumer un feu, dit Yàn. Que quelqu'un allume un feu !

Mais personne n'entendit Yàn. Tous étaient bien trop occupés à sauver sa peau pour se préoccuper des ordres. Et, pour allumer un feu, il fallait un flambeau et un briquet en métal. Mei Ling n'avait aucun des deux, et elle doutait qu'un des soldats les ait. Peut-être qu'un de ceux qui avaient un briquet essayait de faire du feu, mais c'était très difficile de le faire dans le noir, et il fallait du calme.

Mei Ling essayait de voir quelque chose avec ses yeux, mais elle n'y parvenait toujours pas. Même si elle avait une super vision nocturne, celle-ci ne suffisait pas, l'obscurité était trop profonde. Mei Ling se rappela que c'était la nouvelle lune, et donc la nuit la plus sombre possible. Grue était vraiment allé très loin dans la préparation de son plan. Et évidemment, il n'avait pas été assez bête pour activer les tuyaux cracheurs de feu. Mei Ling enrageait.

Elle se rappela que Tigresse se tenait à seulement quelques mètres d'elle juste avant que Grue ait éteint la lumière, et qu'elle était toujours solidement enchainée. Mei Ling se dit qu'elle pourrait peut-être l'attraper et menacer Grue de la tuer, mais c'était impossible. Premièrement, Tigresse avait surement profité de l'obscurité pour se soustraire à ses ravisseur et se cacher dans un coin et, secondement, elle n'aurait jamais pu menacer Grue de quoi que ce soit. Pour le menacer, il fallait qu'elle prenne contact avec lui, ce qui était tout simplement impossible.

Soudainement, elle sentit quelque chose la frôler dans son dos. Par réflexe, elle se retourna et asséna un immense coup de poing à celui qui l'avait touchée. Celui-ci prit le coup et tomba assommé après avoir laissé échapper un petit cri. Mei Ling reconnut immédiatement au bruit que ce n'était pas Grue, mais un de ses équipiers. Elle comprit qu'elle venait de faire une gaffe : frapper n'importe qui sans savoir qui c'est était une erreur. Les soldats étant nombreux dans un petit espace, ils étaient obligés de se rentrer dedans, et, comme Mei Ling venait de le démontrer, il était difficile de ne pas réagir à un contact quand on est dans le noir et qu'on sait qu'on peut être attaqué à tout instant.

En fait, au-delà de l'avantage du terrain, le plan de Grue reposait sur la désorganisation. Un grand nombre de personnes réunies dans un petit espace sans plan de bataille, pris par surprise et effrayé par un adversaire individuellement plus fort qu'eux : cela rappelait étrangement à Mei Ling le plan de la Bataille de la Rivière des Larmes que Grue lui avait racontée. Mei Ling lui avait elle-même avoué qu'elle trouvait ce plan génial, et elle se demandait maintenant pourquoi elle n'avait pas envisagé un seul instant qu'il puisse réaliser quelque chose de semblable. Mais c'était bien trop tard : le chaos était de plus en plus gigantesque, et ça ne s'arrangeait pas. Il y avait de plus en plus de cris, et des bruits de coups venaient de partout. L'explication était simple : les soldats étaient en train de se battre entre eux.

– Il faut que tout le monde se calme… souffla Mei Ling.

– Je sais, acquiesça Yàn. Mais comment ?!

– Je ne sais pas, concéda Mei Ling. Criez !

– C'est inutile, ça ne serait qu'un cri parmi les autres…

Yàn avait raison. Il était totalement impossible de faire passer un ordre ou de créer une stratégie quelle quel soit dans une telle confusion.

– Il nous a complètement enfumés ! lâcha Mei Ling avec dépit.

– Il faut garder notre calme, Mei Ling. Nous n'avons pas encore perdu. Nous sommes 300, lui est tout seul. Il lui faut beaucoup de temps pour tous nous avoir, et il y a bien quelques personnes comme nous qui ont deviné qu'il fallait garder son calme. Wang Kiang a surement prit pas mal de coup aussi. Je doute qu'il dure bien longtemps comme ça.

Yàn avait raison. Le plan pouvait être génial, les moyens de Grue étaient très limités. A la Rivière des Larmes, il avait quatre coéquipiers, là il était seul. Il y avait aussi Tigresse qui devait se cacher quelque part, mais elle n'avait pas pu enlever ses chaines. Et surtout, les yeux de Mei Ling commençaient à s'habituer à l'obscurité. Grue avait peut-être fait son maximum pour qu'il y ait le moins de lumière possible, il ne pouvait pas avoir fait en sorte qu'il n'y en ait pas du tout, et les yeux de félin de Mei Ling étaient à toute épreuve. Elle discernait désormais les formes autour d'elle.

– J'arrive à voir un peu, maintenant.

– Et tu pourrais dire où il est ? demanda Yàn.

– Je pense.

– Il vaudrait mieux que tu ouvre la porte en douce…

– Attends…

Mei Ling percevait quelque chose dans les travées autour de la fosse aux obstacles, qui étaient beaucoup moins garnies en soldat qu'au départ. Ce qu'elle voyait était une forme qui se déplaçait très vite, beaucoup trop vite pour que ce soit quelqu'un qui ne sache pas où il allait.

C'était lui.

– Je sais où il est, dit-elle triomphalement.

– Ne te préoccupe pas de lui, ouvre la porte, répliqua Yàn

– On peut l'avoir…

Elle s'élança dans la direction de la forme. Peut-être que Grue connaissait les lieux comme sa poche, mais lui ne voyait rien du tout. C'en était fini de lui !

– Il est là ! cria Mei Ling aux autres. Suivez ma voix !

Mei Ling s'aperçut que ceux qui étaient à côté d'elle commençaient à la suivre. Elle vit aussi que Grue s'arrêta instantanément juste après avoir entendu Mei Ling, puis reprit son envol et se posa sur le grand récipient de jade au milieu de la pièce. Sa façon de se déplacer montrait qu'il ne voyait rien : il savait où il allait, mais sa façon de bouger n'était pas assurée. Mei Ling changea sa trajectoire et fonça vers lui.

– Il est sur le bol en jade ! alerta-t-elle.

Encore quelques seconde et elle allait lui arriver dessus. Elle était obligée de marcher car elle arrivait dans la zone des obstacles, mais ça ne l'empêcherait pas de l'avoir. Alors qu'elle avançait, elle se rendit compte que Grue était en train de faire quelque chose sur le récipient. Puis, tout d'un coup, quelques étincelles jaillirent proche de ses pattes. Il avait du récupérer un briquet en métal, et maintenant, il essayait de faire un feu. Mais pourquoi ? Ce n'était pas du tout dans son avantage ! Un doute commençait à envahir Mei Ling. Un énorme doute.

Au second essai, Grue parvint à créer des étincelles plus nettes, qui mirent le feu à quelque chose situé à l'intérieur de la grande vasque. Instantanément, un immense feu jaillit, un feu d'une splendeur incommensurable, un feu d'une brillance jamais vue, éclairant l'ensemble de la salle comme en plein jour. Le bruit provoqué par le feu était également assourdissant, semblable à une détonation prolongée.

Mei Ling, qui regardait droit vers le feu au moment de son allumage, crut que ses yeux implosaient. Ses pupilles, dilatées comme jamais après être restée longtemps dans le noir, laissaient rentrer toute la lumière qui leur parvenait, et venait agresser sa rétine. Elle ferma les yeux et mit sa main devant pour se protéger, mais c'était trop tard : ses yeux lui faisaient terriblement mal. Ses oreilles aussi sifflaient, elle était totalement assourdie. Elle était de nouveau incapable de faire un geste, bloquée par la douleur et la cécité, et elle entendit que ses équipiers aussi souffraient pareillement. Les bruits de bagarre recommencèrent également, mêlés aux hurlements de souffrance.

C'était la seconde phase du plan de Grue. Il avait prévu le coup du feu depuis très longtemps, Mei Ling se souvenait du moment où il avait fouillé dans les rouleaux du Palais de Jade pour s'informer sur les feux, soi disant parce que Yàn allait s'en servir. Mei Ling avait alors ramassé un rouleau qu'il avait fait tomber, un rouleau sur le Feu Taiyang, le « Feu du Soleil », servant le plus souvent de feu de ralliement. Sauf que là, Grue avait utilisé sa lueur exceptionnelle pour un tout autre usage : il avait d'abord plongé ses ennemis dans le noir pour les éblouir ensuite, une technique tout aussi intelligente que machiavélique. Mais autre chose gênait encore plus Mei Ling : comment avait-il pu prévoir ce plan avant même qu'elle ne lui avoue qu'elle était contre lui ? Quand avait-il préparé ce feu ?

Le combat s'intensifiait autour d'elle, et elle était toujours impuissante, incapable de réagir. Elle n'avait d'autre choix que de rester immobile, et d'entendre ses coéquipiers se faire démolir. Elle aurait du suivre les conseils de Yàn, ouvrir la porte et fuir, et non se jeter dans le piège tendu par Grue. Yàn, lui avait été prudent, concentré sur la survie de ses troupes, pas sur la victoire à tous prix.

Mei Ling rouvrit un peu les yeux. La lumière dégagée par le feu Taiyang était toujours aussi intense, et faisait encore abominablement mal, mais un peu moins qu'au début. Heureusement, l'éblouissement n'était que temporaire, il ne faudrait qu'une trentaine de secondes pour récupérer, voire un peu plus à cause de l'intensité des flammes. Déjà, elle pouvait discerner un peu ce qu'il se passait autour d'elle.

Grue était en train de se battre avec une volonté phénoménale, ne donnant qu'un ou deux coup à des adversaires incapables de se défendre, encore moins de riposter. Ces petits coups étaient puissants et bien placés, et suffisaient à neutraliser l'ennemi ou en l'assommant, ou en l'envoyant sur un des obstacles qui s'en chargeait à sa place. Ainsi, il alignait un par un les ennemis, sans répit, avec moins d'une seconde par adversaire. Mei Ling réussit à voir pourquoi lui n'était pas affecté par la lumière : il faisait déjà attention à toujours tourner le dos au feu, et surtout, il portait autour des yeux un bandeau de soie. Ce bandeau devait laisser filtrer la lumière suffisamment pour pouvoir bien voir ses adversaires, mais assez peu pour ne pas être ébloui. Elle se rendit également compte qu'il se rapprochait dangereusement d'elle.

Mei Ling se mit en position défensive. Elle essayait de lire les mouvements de Grue pour le parer, mais celui-ci faisait bien attention de rester entre le feu et ses adversaires, forçant ceux-ci à regarder la flamme incandescente pour le voir. Mei Ling ne réussi pas à éviter le coup d'aile que lui envoya Grue, et elle le prit en plein thorax, ce qui lui coupa la respiration. Elle avait réussit à éviter un coup sur la tête qui pouvait l'assommer, mais elle perdit l'équilibre, tomba en arrière, et sa tête vint heurter brutalement un morceau de bois. Grue passa ensuite directement à un autre ennemi sans même achever Mei Ling, qui tentait de récupérer. Elle était à terre, sa tête tournait et faisait mal, ses oreilles bourdonnaient et elle avait des larmes de douleur plein les yeux, mais elle avait quand même beaucoup de chance de ne pas s'être évanouie, elle pouvait encore se sauver d'ici. Elle se releva péniblement dans le vacarme ambiant, et regarda autour d'elle. Elle y voyait mieux, elle pouvait voir tous les corps inconscients autour d'elle, les moins chanceux qui étaient tombés sur plus fort et plus intelligent qu'eux. Dans quelques secondes elle pourrait se lancer à nouveau dans la bataille.

Sauf que, d'un seul coup, le feu s'éteint de lui-même, et la salle d'entrainement replongea dans l'obscurité la plus totale, comme auparavant. Mei Ling se souvint que Grue lui avait dit que le feu s'éteignait très vite. Ses yeux mettraient encore un long moment avant de s'habituer au noir, et Grue continuerait à semer la confusion dans les rangs de ses ennemis. Sauf qu'en plus, Mei Ling avait mal à la tête, mal aux oreilles, mal aux yeux, et qu'elle était complètement désorientée, ne sachant même plus où elle était. Tout n'avait fait qu'empirer. Le plan de Grue était de plus en plus développé, jusqu'où tout cela irait ? Les bruits de combat reprenaient de plus belle, et Mei Ling était, encore une fois, complètement impuissante. Grue avait en plus surement repéré où étaient tous ses ennemis pendant le court laps de temps qu'avait duré l'illumination.

En fait, Mei Ling se rendait compte qu'ils étaient en train de perdre. C'était la première fois qu'elle envisageait la défaite. Malgré l'échec de sa première mission, malgré la force de leurs adversaires, elle avait toujours pensé qu'ils l'emporteraient. Comment est-ce que c'était possible ? Comment est-ce que Grue, à lui seul, pouvait venir à bout de 300 guerriers entrainés au Kung Fu et menés par Yàn ?

Grue venait de surpasser Yàn dans son domaine de prédilection. L'aigle avait mentionné les 6 bases de la stratégie, et Grue les avaient appliquées à la lettre.

Le terrain : la salle d'entrainement était un endroit parfaitement connu de Grue, alors que ses ennemis n'y avaient jamais mis les pieds.

Les conditions : la nuit noire, le plafond et la porte fermée… tout était calculé pour que le terrain soit encore plus favorable.

La tromperie : Grue avait fait croire à tous ses ennemis qu'il était avec eux, ce qui lui avait permis de les amener là où il voulait.

Le feu : le feu de Taiyang était parfait pour pouvoir voir sans se faire voir.

La connaissance : Grue avait pu connaitre ses adversaires en les rejoignant, et il avait utilisé pleinement ses capacités, notamment avec la technique des Ailes de la Justice.

La force : Grue était un maître entrainé par Shifu, il n'y avait rien à ajouter.

Dans le duel qui opposait Yàn et Grue d'un point de vue stratégique, Grue avait gagné à plates coutures.

– Mei Ling ? Tu es là ?

La chatte des montagnes reconnu la voix de l'aigle. Il devait avoir repéré où elle était pendant qu'on pouvait encore y voir.

– On a perdu Yàn, on n'arrivera pas à l'avoir, soupira Mei Ling avec découragement.

– Il faut sortir d'ici, répliqua Yàn. J'ai échoué. J'ai cru que je pouvais faire confiance à un ennemi, c'est une erreur fatale. Mais on peut encore sortir d'ici sans se faire avoir.

– A quoi ça sert de fuir ? On y gagnera quoi ?

Yàn soupir à côté d'elle.

– Tant que je ne suis pas mort, je peux toujours me relever.

– A quoi bon ? Wanki ne m'a jamais fait confiance. Il m'a juste trompé pendant tout ce temps.

– Tu l'aimes vraiment, alors…

Mei Ling ne savait plus quoi dire. Elle n'avait plus cette rage au ventre. La défaite la clouait sur place. Elle avait juste envie de s'asseoir et d'attendre. Attendre que les choses se passent.

– Il va falloir te relever, Mei Ling, glissa Yàn. Les choses évoluent encore.

– Quoi ? Qu'y a-t-il ?

–Tu ne sens pas ?

Mei Ling renifla l'air. Ce qu'elle sentit la mit instantanément sur la piste.

– De la fumée ? s'interrogea-t-elle.

– On est obligé de sortir tout de suite. Sinon, on va mourir étouffés.

Grue avait surement utilisé un autre de ses feux spéciaux qui dégageaient encore de la fumée après s'être consumé. Et ces fumées pouvaient être toxiques. Yàn avait raison, elle n'avait plus le choix : il fallait qu'elle sorte d'ici.

Mais par où ? Elle n'avait aucune idée d'où était la sortie. La fumée devenait de plus en plus épaisse, et elle commença à tousser. Elle entendit qu'elle n'était pas la seule : d'autres soldats toussaient autour d'elle. Bientôt, ils allaient défaillir, et tomber dans les pommes. Mei Ling toussa une nouvelle fois dans ses mains.

– Mei Ling, regarde ! lui dit Yàn.

Mei Ling releva la tête et regarda tout autour d'elle. Elle s'aperçut qu'une lueur plus grande provenait d'un mur de la salle : la porte était ouverte.

– Quelqu'un a réussi à ouvrir la porte, s'étonna Mei Ling.

– Non, c'est Wang Kiang qui l'a ouverte. La fumée peut aussi le tuer, et son but n'est pas de tous nous exterminer.

– Alors, qu'est-ce qu'on attend ?!

Mei Ling s'élança vers la sortie. A ses côtés, plusieurs soldats fonçaient également vers la porte, et ils ne semblaient pas être dans un meilleur état qu'elle. Mei Ling toussait et avait les yeux qui lui brulaient à cause de la fumée, et elle trébuchait sur les obstacles et les corps disséminés un peu partout. Mais elle parvint enfin à arriver jusqu'à la porte. Elle sortit et, un instant plus tard, elle fut immobilisée au sol par un agresseur qui avait surgi derrière elle.

– Tenez la bien, dit une voix derrière elle, il ne faut pas la laisser s'échapper. Assommez les autres.

Mei Ling reconnut instantanément la voix : c'était celle de Shifu. Elle était clouée au sol dans la neige, et ses bras étaient maintenus derrière son dos. Mei Ling réussit à voir que c'était Singe qui la maintenait ainsi, tandis que Shifu, Vipère et Mante avaient assommés les quelques rares soldats qui n'avaient pas encore perdu connaissance et qui étaient sortis avec Mei Ling.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ?! demanda autoritairement Shifu.

– Maître, regardez ! dit Vipère en indiquant la porte de la salle d'entrainement du bout de la queue.

Mei Ling parvint à tourner la tête et à regarder vers la porte. Grue, dans un sale état, blessé un peu partout, était en train de sortir de la salle d'entrainement avec Tigresse à ses côtés.