«Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort »

- 1er épître aux Corinthiens 15 v.26

Repris par J.K Rowling dans Harry Potter et les reliques de la mort


Relecture et correction : katoru87


PARTIE 20


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S'il fallait bien reconnaître quelque chose à John c'était qu'en dépit de son caractère épouvantable, il était très intelligent, très fin. Quand il était tribut, Ianto était totalement à côté de la plaque concernant le vrai rôle joué par Gray. Il le prenait pour une sorte de parasite traînant dans les couloirs de l'appartement du District 10 à la recherche d'une distraction un peu morbide. John, lui, ne s'était pas laissé abuser par les apparences. Peut-être parce qu'il connaissait Gray de longue date. Il avait très bien compris que le jeune homme jouait un vrai rôle et n'était pas la potiche dont il se donnait les airs. Il savait que les frères Harkness avaient bien plus de pouvoir et d'influence qu'ils voulaient le laisser croire, et bien plus qu'à l'entraînement physique, il employa sa semaine de préparation à préparer une tactique.

Comme John le considérait désormais littéralement comme un ennemi en tant que mentor de Lisa et faisait tout pour le tenir à l'écart, Ianto ne savait pas trop si Gray avait effectivement laissé tomber le masque devant John, ni où les Harkness et ce dernier en étaient dans leur tactique. Évidemment, il ne pouvait pas en discuter, ni avec Jack ni avec Gray, leur liberté de parole dans les locaux de préparation ou de logement des Hunger Games étant quasiment nulle. Dans le train, Jack et Ianto s'étaient encore autorisés une certaine proximité. Ici, ils ne se touchaient jamais, se regardaient à peine.

Heureusement, Gray et Jack donnaient de leur temps à Ianto pour l'aider à préparer Lisa.

- On est une équipe, on se fout bien de ce qu'en pense Johnny-boy, lui avait glissé Gray.

S'ils n'avaient pas agi ainsi, cette semaine de préparation aurait été la plus solitaire de Ianto depuis deux ans.

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Le soir précédant le lancement des jeux, Ianto retrouva les frères Harkness dans un des salons de diffusion où les équipes de chaque district se réunissaient pour assister à l'interview de leurs tributs. La dernière ligne droite avant l'arène.

Dans certaines équipes, notamment celle du si solitaire Haymitch, les stylistes étaient associés de près à la préparation des tributs. A l'inverse, Jack tenaient les leurs strictement à l'écart. Quant à leur hôtesse, Bridget Spears, elle ne semblait se résoudre à se tenir dans la même pièce que Jack et Ianto que quand elle ne pouvait pas faire autrement. Alors ce soir-là, enfin débarrassés des potiches et des personnae non grata, Ianto, Jack et Gray se retrouvaient.

En s'asseyant à ses côtés, Jack effleura les doigts de Ianto. Puis pour la première fois depuis une semaine, il chercha son regard et lui adressa un petit sourire.

Bon sang, ce que tu me manques ! songea Ianto, le cœur serré. Jack lui avait si vite fait oublier sa longue habitude de la solitude que c'en était effrayant. Et Ianto avait mal pour Gray quand il songeait que c'était durant toute l'année que le jeune homme devait se surveiller et se réfréner comme lui-même le faisait depuis une semaine. Ce n'est que lorsque l'on comprenait cela qu'on prenait la mesure de la force de caractère de Gray Harkness.

Pour son interview, John avait revêtu ses habits de parade. Il nourrissait une passion pour l'histoire militaire et c'était peut-être bien la première fois dans l'histoire des jeux que des stylistes s'étaient vus ordonner par un tribut la confection d'un habit bien spécifique. Déjà qu'ils se plaignaient que Jack étranglait leur liberté artistique… Mais il fallait avouer que John avait plutôt fière allure dans sa veste militaire rouge. Il fit littéralement sensation dans le public. Il allait lancer une mode, à coup sûr. Caesar Flickerman en était presque en pâmoison.

- Mais quel poseur, celui-là… grommela Gray tandis qu'à l'écran, John, qui n'aurait pas pu sembler plus à l'aise, lançait un clin d'œil à une jeune femme du premier rang.

Jack rit et attrapa son frère et son amant chacun par les épaules. Il avait l'air particulièrement de bonne humeur. Ianto devinait à peu près ce qu'il pensait : les carrières n'étaient pas très charismatiques cette année et John était en train de gagner des points en jouant son numéro de nobliau décadent (il n'avait d'ailleurs pas besoin de jouer, c'était naturel chez lui). Même si Jack pouvait à peine le supporter personnellement, il voulait de nouveaux vainqueurs pour pouvoir détourner l'attention de lui et peut-être même, à long terme, permettre à Gray de revenir vivre au Dix. John Hart avait de bonnes chances de l'emporter. Le public des Districts l'aimait probablement beaucoup moins qu'il avait pu aimer Jack, ou même Ianto, mais seules les réactions du public du Capitole comptait aux yeux des sponsors. Ne restait plus qu'à espérer que les Hauts-juges ne s'acharneraient pas trop sur John…

Finalement, l'interview prit fin et John-le-flamboyant fut remplacé par une Lisa en robe bleue, clignant des yeux sous la lumière crue du plateau télé.

L'ambiance dans le petit salon de diffusion du Dix retomba. Jack ramena ses bras le long de son corps et Gray adopta la position qu'il prenait quand il réfléchissait profondément : assis sur le bord du fauteuil, les coudes posés sur ses genoux et les mains jointes devant son visage comme s'il priait. C'était Jack qui avait préparé Lisa pour l'interview. Ianto ne savait pas quoi lui dire et John n'avait pas besoin qu'on le briefe.

Flickerman, encore hilare de son échange avec John, conduisit l'interview de Lisa avec l'indifférence joyeuse de celui qui est amusé par toute autre chose que ce qu'il a présentement devant lui.

Au bout de quelques minutes d'un échange fortement bateau, le présentateur commença à s'ennuyer. Il avait une méthode infaillible pour pimenter un peu les entretiens :

- Et alors dis-moi, Lisa… Est-ce que tu as un petit-ami dans le district 10 ? Quelqu'un qui compte un peu plus que les autres, hum ?

La jeune fille secoua la tête en un non muet, mais la lueur qui s'était allumée dans ses yeux ainsi que la gène qui sembla transcender tout son être rendirent ces dénégations peu crédible. Flickerman avait déjà flairé le potin.

- Allons, allons, ma chérie ! On est entre-nous ici, tu sais ! Tu peux tout confier à tonton Caesar, pas vrai ? Dis-nous tout, on meurt d'envie de savoir…

- Oh, c'est pas vrai, mais tuez-moi… grogna Ianto alors que la porte de leur salon s'ouvrait pour laisser place à John, escorté par un Muet.

- Eh bien, c'est-à-dire que … souffla la jeune femme. Il y a effectivement quelqu'un, oui. Quelqu'un qui compte vraiment, comme vous l'avez dit.

John, qui s'était initialement tourné vers Jack pour que celui-ci lui délivre son verdict sur sa « prestation », porta aussi sec son attention sur l'écran et émit un gloussement de mauvaise augure.

- Oh !

La conversation avait retrouvé tout l'intérêt de Flickerman.

- Est-ce un camarade de ton district ? voulut-il savoir.

- En quelque-sorte, oui.

Sans la moindre gène, John poussa Ianto pour s'asseoir à côté de lui, s'installa confortablement en croisant les jambes et se tourna vers Ianto.

- Je crois qu'on va assister à un grand moment télévisuel, Jones.

- Ta gueule, lâcha Ianto sans quitter l'écran des yeux. Je peux toujours choisir de m'allier avec le mentor du géant du Cinq et suggérer qu'il te bute dans ton sommeil.

- J'en tremble de peur ! ricana John.

Il savait très bien qu'il n'avait rien à craindre de Ianto tant qu'il avait Jack de son côté.

- C'est … c'est Ianto, vous savez, mon mentor, lâcha Lisa à l'écran. On se connaissait déjà avant. On allait dans la même école et je …

Flickerman en était rouge d'excitation.

Ianto ne vit ni n'entendit la suite parce qu'il s'était pris la tête dans les mains et que John riait trop fort.

- Quelle petite dinde ! Nan mais regardez-moi cette petite dinde ! Qu'est-ce qu'elle espère, franchement ?

- Rien du tout, abruti ! lui hurla Ianto. C'est juste une gamine seule et terrorisée, putain ! Fous-lui la paix, espèce de sale connard égoïste !

John, tellement habitué à ce que Ianto réponde à ses piques par un mépris distingué, en resta bouche-bée au moins une demi-seconde.

Jack posa sa main dans le dos de Ianto.

- Vraiment c'est dommage, lâcha John de son horrible ton doucereux, vous auriez pu nous faire de si jolis bébés…

Furieux, Ianto se leva et quitta la pièce en claquant la porte. L'exaspération provoquée par John, le malaise par Lisa et le stress par l'échéance du lendemain, c'en était trop pour lui. Rageur, il descendit le couloir à grands pas et martela le bouton de l'ascenseur à grands coups de poings.

Il était déjà dans l'ascenseur dont les portes étaient en train de se refermer quand des pas retentirent dans le hall désert et qu'une haute silhouette se glissa dans la cabine avec lui.

C'était Jack.

Il ne dit rien. Il se contenta d'attraper Ianto par les épaules, de le pousser dans un recoin et de l'embrasser à lui en faire perdre la tête. Ianto répondit aussitôt, une main dans les cheveux de Jack, l'autre dans son dos. Ils s'embrassaient tellement furieusement qu'ils n'entendirent pas les portes s'ouvrir au dixième étage et sursautèrent tous les deux quand elles se refermèrent au bout d'un moment.

Jack posa son front sur celui de Ianto.

- Je suis dé… commença le plus jeune.

- Oh, tais-toi, le coupa Jack.

Il lui entoura la mâchoire de ses deux mains et le cœur de Ianto fit un bond dans sa poitrine.

- Putain, soupira Jack en le lâchant, cette Lisa me brise le cœur avec son petit béguin parce que je la comprends, tu ne sais pas à quel point…

- Ne sois pas ridicule, souffla Ianto.

Jack le mordit presque d'un baiser.

- Tu as le droit d'être en colère contre John, reprit finalement Jack après plusieurs minutes. A ta place, je crois que je lui aurais déjà foutu mon poing dans la figure. Tu as une patience angélique.

Ianto haussa les épaules en secouant la tête. Il n'avait aucune patience, la simple présence de John dans la même pièce lui donnait envie de casser quelque chose.

- Tu as aussi parfaitement le droit d'être désarçonné par cette pauvre gamine, poursuivit Jack. Tu sais qu'il m'est arrivé la même chose, il y a quelques années ?

Ianto l'ignorait.

- Je ne ressentais rien d'autre qu'une pitié presque méprisante pour cette pauvre fille. Je me dégoûte en y repensant mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Je n'ai pas un tiers de ta bonté, Ianto.

Le susnommé sursauta.

- De quoi tu parles, je suis horrible avec elle, je…

- Absolument pas. Tu es un peu distant comme il convient de l'être mais tu es gentil, d'autant plus que tu dois supporter les idioties de John. Je me répète mais tu es admirable de patience, franchement.

- Au contraire, j'ai l'impression d'être comme tu te décrivais tout à l'heure : plein de pitié méprisante.

- Tu n'en laisses rien paraître alors. Tu te débrouilles vraiment bien. J'aurais voulu être plus présent pour toi cette semaine mais je dois peser chacun de mes mots quand je parle, bon sang c'est épuisant…

- Et ici, on ne risque pas de… souffla Ianto en regardant la cabine tout autour de lui.

- Si, probablement. Je pense qu'ils nous passeront un petit craquage de temps en temps, tant que c'est sans témoin …

Ils restèrent un instant silencieux.

- On y retourne ? soupira Jack.

- Dernière ligne droite, lâcha Ianto.

- Dernière ligne droite.

Jack appuya sur le bouton du rez-de-chaussée puis posa à nouveau son front contre celui de Ianto et sa main sur nuque.

- Je suis avec toi, souffla-t-il contre ses lèvres.

Ce fut un vrai miracle que Ianto réussisse à retenir ses larmes.

Jack ne savait même pas. Il ne connaissait pas l'importance que ces quelques mots avait pour Ianto, qui ne lui avait jamais avoué avoir fait du message du parachute un vrai talisman. Jack disait ça naturellement, sans arrière pensée. C'était lui en fait, le véritable talisman.

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