Haha, désolée Rose-Eliade ^^"
De rien Mathilde. Je ne répondrais pas à cette question : il suffit que tu lises le chapitre pour savoir.
Je pense que tout le monde a déjà eu à faire face à cette attente interminable pour avoir un rendez-vous chez le médecin Antig0ne.
Parce que j'aime ça Cognards (grand rire sadique) XD Et je n'ai laissé traîner aucun indice si ma mémoire est bonne. Merci ^^
Crystall va en avoir de l'action, ça c'est sûr mimi70 !
En fait, c'est beaucoup plus frustrant pour l'entourage de Dante que pour Dante lui même. Lui, il vit très bien le fait d'être un cracmol bizarre et de ne pas pouvoir être soigné par la médecine sorcière. Mais c'est sûr que s'il y avait accès ses problèmes disparaîtraient rapidement...
Bienvenue sur mes fic Moon of Kello ! Je crois que personne ne s'attendait à ce que Dante prenne soudainement autant d'importance. Moi aussi je trouve ce début du tome 3 beaucoup trop tranquille... Mais Crys a bien le droit à quelques années paisibles avant que Voldy ne pointe à nouveau le bout de son nez. Je ne suis pas sûre qu'elle et Andreas se soient un jour vus comme des justiciers mais comme sanguinaires, ça par contre oui X)
Merci pour la review : recevoir des retours me booste toujours pour écrire !
Merci à tous pour vos reviews et bonne lecture :)
Le verdict tombe
Mardi 9 Mars 1993 : maison
Je ressors tout juste de la pleine lune. D'ordinaire, je vais me coucher après, mais ce matin Dante a rendez-vous pour son examen à l'hôpital et je tiens à être présente. Il a essayé de m'en décourager, mais il est hors de question qu'il y aille seul !
Je laisse Cameron au Phare avec Léonie qui continue à venir presque tous les jours pour lui faire la classe. Maintenant qu'il n'y a plus Mary pour le narguer de ses connaissances, il est beaucoup moins enthousiasmé à l'idée d'apprendre, mais il n'a pas le choix. Pour une fois ça m'arrange qu'elle soit là.
*Maison*
Merlin. Ils ont trouvé quelque chose. Les guérisseurs moldus ont trouvé quelque chose. Ils ont fait entrer Dante dans la machine la plus étrange que j'ai jamais vu. Il était allongé sur le dos avec comme consigne de ne pas bouger et un énorme anneau avec un trou au milieu, ça ressemblait à un donuts, lui est passé autours. Je n'ai pas pu voir comment se déroulait l'examen mais ils m'ont montré la machine avant parce que j'avais visiblement l'air très angoissée.
J'ai attendu ce qui m'a semblé des heures avant que Dante ne me rejoigne et trois fois plus longtemps avant qu'on ait les résultats. L'air grave du guérisseur qui nous a accueilli dans son bureau ne me disait déjà rien qui vaille.
- Alors ? a demandé Dante qui, une fois n'est pas coutume, avait l'air aussi nerveux que moi.
Le guérisseur a alors étalé des images sur la table. Le papier était étrange, ça ne ressemblait même pas à du papier en fait, plutôt à du plastique. C'était en noir et blanc et ça représentait des coupes de cerveau qui devait être celui de Dante. Et même moi, qui voyait ça pour la première fois de ma vie, j'ai vu où était le problème. Au milieu du cerveau qui était dans les tons grisés se trouvait une grosse masse blanche qui avait le même genre de spirale qu'une coquille d'escargot. Comparé à la taille du cerveau, c'était vraiment énorme. Je me suis sentie pâlir.
- La tumeur a une taille assez importante, il est vraiment dommageable que vous n'ayez pas consulté plus tôt.
- Ça fait deux mois qu'on attend, ai – je craché énervée qu'il ose nous dire ça alors que c'était de leur faute.
- Ce sont les délais, madame, il aurait fallu venir dès l'apparition des premiers symptômes. Vu la taille de cette tumeur, elle a eu le temps de se développer bien avant que vous ne preniez rendez-vous chez un médecin.
J'ai résisté à l'envie de répliquer et j'ai reporté mon attention sur Dante. Il était figé, les yeux braqués sur les images. Le médecin a continué, imperturbable :
- L'aspect de la tumeur est très caractéristique, c'est sans doute un glioblastome. Nous allons pratiquer une biopsie. Le plus vite possible. Nous en saurons plus après.
- Et c'est tout ? ai – je dit. Il faut encore attendre ? Et c'est quoi une biopsie d'abord ?
- Nous allons prélever un bout de la tumeur pour l'examiner. Malgré sa taille, elle peut très bien être bénigne, ce que je vous souhaite, même si je doute que ce soit le cas. On saura aussi ensuite si la tumeur est opérable.
Donc, ils avaient l'intention de faire un trou dans le cerveau de Dante pour aller lui arracher un bout de tumeur ? J'avais bien compris ? J'ai essayé de me convaincre que ce n'était pas vraiment ça, mais sans grand succès.
- Vu l'urgence, je pense pouvoir obtenir une place au bloc pour demain matin, a poursuivi le médecin, imperturbable. On va vous trouver une chambre pour la nuit, Monsieur White, et notre secrétaire va vous préparer les papiers.
- Attendez ! Vous le gardez ?
- Oui.
- Mais… C'est… C'est rapide.
Je n'étais vraiment pas préparée à ce qu'ils décident de le garder à l'hôpital.
- Madame White, vous vous plaignez que vous aviez été mise en attente deux mois il y a quelques minutes et maintenant vous vous plaignez du contraire.
- Crys est toujours comme ça, a tenté de plaisanter Dante avec un faible sourire.
- Nous allons nous débrouiller pour vous biopsier demain dans la matinée et je ne sais pas encore quand : il est plus logique de vous garder ici pour la nuit. Ça nous permettra aussi de surveiller de plus près vos symptômes.
J'ai grimacé avant de me tourner vers Dante. Il a à nouveau tenté de sourire mais sans grand succès. Et il a décidé de rester, comme le guérisseur le lui avait dit. J'ai quitté l'hôpital un peu hébétée. Je me suis assise sur le premier banc que j'ai trouvé et je suis resté là longtemps. Plus d'une heure à regarder les voitures et les piétons passer. C'était le vide total dans ma tête.
Je n'ai bougé que quand il a commencé à pleuvoir et j'ai transplané jusqu'au Phare. Il ne pleuvait pas ici. J'ai regardé un moment cet endroit qui était devenu ma maison, et celle de Dante, ces dix dernières années en me demandant ce que j'allais bien pouvoir dire à Cameron. On ne lui avait pas dit où on allait, on s'était contentés de le laisser avec sa grand-mère pour ses leçons. Il n'était pas au courant et je savais déjà d'avance qu'il allait très mal le prendre quand j'allais lui expliquer.
J'ai croisé en premier Léonie qui a jeté un coup d'œil derrière moi avant de reporter son attention sur moi, et son regard s'est fait plus tranchant.
- Où est mon fils ?
Quand elle a dit ça avec son air menaçant, j'ai eu l'impression de me voir dans un miroir. Je comprenais parfaitement pourquoi elle réagissait de cette façon alors que son fils était marié, père et trentenaire. J'aurais aussi fait la même chose avec Cameron s'il avait été à la place de son père. Et je détesterais sans doute sa futur femme aussi. L'ironie de l'histoire veut qu'elle et moi ne soyons finalement pas si différentes que ça, même si on se hait cordialement. Bizarre que j'ai eu ce genre de révélation maintenant.
- Ils l'ont gardé.
- Pourquoi ?
- Sur l'image ils ont vu une tumeur et ils doivent faire une biopsie, vraisemblablement demain.
- Merlin nous vienne en aide.
Elle a posé une main sur son cœur, et le visage défait, elle est allée s'asseoir dans le salon. Je l'ai imitée et j'ai fait apparaître deux tasses de thé. On en avait toutes les deux besoin.
- Je retournerais le voir demain, si vous voulez venir... ai – je dit en une tentative de paix.
- J'irais de mon côté avec Ethan, merci, a t –elle répondu sèchement avant de se lever et de s'en aller.
Cameron a alors débarqué, les mains pleines d'encre parce qu'il n'arrive toujours pas à écrire à la plume sans s'en mettre partout malgré quatre ans d'exercice, et a lancé :
- Grand-Ma est partie ? Elle m'a même pas dit au revoir.
- Elle m'a chargée de te dire au revoir de sa part, ai – je improvisé.
- Alors ça va. Où est papa ? Il avait dit qu'on irait à la serre des choux mordeurs pour planter mes mufliers quand j'aurais fini mes leçons.
Pour gagner un peu de temps, je l'ai attiré sur mes genoux, mais il a refusé de s'y installer prétextant qu'il n'était plus un bébé. Il s'est assis à côté de moi et a froncé les sourcils, attendant une réponse :
- Je ne sais pas trop comment te dire ça…
- Pourquoi ?
- Nous sommes tous les deux allés chez le guérisseur à l'hôpital pour qu'il regarde pourquoi papa avait mal à la tête.
- Il avait tout le temps mal, a t –il confirmé en hochant la tête. C'est bien. Mais pourquoi il est pas là ?
- Quand ils lui ont fait des examens ils ont trouvé une tumeur dans son cerveau.
- C'est quoi une tumeur ?
- C'est… comme une grosse boule qui est dans sa tête et qui grossit. On ne sait pas très bien pourquoi ça arrive, mais c'est pour ça qu'il avait mal à la tête : la tumeur appuyait sur son cerveau.
- Ben alors tout va bien : les guérisseurs ils vont lancer un sort et il n'aura plus mal à la tête.
- Ça ne marche pas comme ça chez les moldus. Il vont devoir lui faire des examens en plus et c'est pour ça qu'il n'est pas rentré ce soir.
- Pourquoi il va chez les moldus ?
- Les sorciers ne peuvent pas l'aider.
- Parce qu'il est cracmol ?
- Oui.
D'accord, ce n'est pas exactement la vérité mais bon… Il n'a pas besoin d'en savoir plus. Cameron a encore un peu plus froncé les sourcils avant de demander :
- Mais il sera de retour demain ?
- Je ne sais pas : ils ne m'ont pas dit quand il pourra rentrer. Sans doute dans deux ou trois jours. Il faut qu'ils le surveillent.
- Alors qui va m'aider à planter mon muflier ?
Il l'a mieux pris que je ne le pensais. Sans doute parce qu'il n'a pas saisi le réelle gravité de ce qui est en train de se passer. Il ne croit pas une seconde que son père ne reviendra pas ou qu'il risque de ne pas pouvoir être soigné. Moi j'y pense mais j'espère de tout cœur que ce sera bénin.
- Hé bien, je suppose que je vais devoir m'y coller. Mais je te préviens : je n'ai jamais utilisé de pelle de ma vie.
- T'as qu'à utiliser la magie.
- Ce serait tricher. Tu devais faire ça avec papa, alors on va faire à sa manière.
Autant dire que je n'ai pas tenu longtemps ma résolution. J'ai plutôt utilisé la pelle pour taper sur les choux mordeurs qui se faisaient trop entreprenants. De vraies petites saletés. S'ils n'étaient pas excellent une fois en soupe et si on pouvait en trouver de qualité dans le commerce, je ne m'embêterais pas à les planter.
Mercredi 10 Mars 1993 : maison
Dante n'avait pas l'air en forme quand je suis venue le voir cet après midi. Il avait le crâne entièrement rasé et un gros pansement dessus.
- Ils ne voulaient raser qu'un rond, mais j'aurais eu l'air con avec juste un trou sans cheveux sur le haut du crâne, a expliqué Dante devant mon regard étonné.
- On voit de nouveau le tatouage que tu t'étais fait sur le crâne, ai – je commenté. Je l'avais oublié à force de toujours te voir avec des cheveux.
Ça l'a fait sourire et on a échangé quelques banalités. Je lui ai parlé de mon fiasco de jardinage d'hier et il m'a promis de m'apprendre à utiliser une pelle quand il rentrera.
- Les résultats devraient arriver dans la journée, a t –il finalement dit. Mes parents voulaient attendre ici mais je les ai convaincu que ça ne valait pas la peine.
- Tu vas pouvoir sortir aujourd'hui alors ?
- Non, je ne pense pas. Ils m'ont mis une dose de cheval d'anesthésique : apparemment ça ne marche pas très bien sur moi.
- A cause de ta "particularité" tu penses ?
- Je n'ai jamais eu de problème avec les médicaments moldus jusque là, alors ne pense pas non. Ça doit être la tumeur qui dérègle tout.
- Tu crois qu'elles pourrait influer sur le fait que tu repousses la magie ? ai – je demandé soudainement beaucoup plus intéressée.
- Toi, tu viens d'avoir une idée…
- Si tu deviens sensible à la magie, ta tumeur sera une formalité, qu'elle soit maligne ou bénigne.
- Tu peux toujours essayer de me jeter un sort, mais je ne crois pas qu'une tumeur pour grosse qu'elle soit change quelque chose au fait que je repousse la magie.
J'ai préféré vérifier. J'ai jeté un sort de diagnostic inoffensif, mais il avait à peine effleuré sa peau qu'il a disparu. Apparemment, il résiste toujours à la magie. J'ai poussé un petit soupir en rangeant ma baguette au cas où quelqu'un entrerait sans frapper. Je lui avais apporté son matériel de dessin et il a décidé qu'il dessinerait quelque chose pour Cameron. Les enfants de moins de douze ans ne sont pas autorisés à venir en visite en neurologie. Moi, je l'ai simplement regardé faire. Totalement concentré comme il l'était, il n'avait pas l'air malade même avec ce gros pansement sur la tête.
- Arrête de froncer les sourcils comme ça, m'a t –il ordonné.
- Tu me dessines ? me suis – je étonnée.
- Quand est ce que je ne te dessine pas, amour ? a t –il répondu.
A vrai dire, je l'ai toujours vu dessiner des paysages et ce que les clients de la boutique de tatouage demandent. Je l'ai rarement vu me dessiner. Je n'étais peut –être pas assez attentive. J'ai continué à le fixer et soudainement, il a tourné la page de son bloc. Je n'ai entre-aperçu que des nuances de gris avant qu'il recommence un nouveau dessin.
- Je ne peux pas voir ? ai – je demandé.
- Non.
- Pourquoi ?
Il a souri, et j'ai dû m'en contenter. Il avait l'air heureux sans que je ne comprenne pourquoi et franchement, je ne demandais pas plus. S'il ne voulait pas que je vois ce dessin, je ne le regarderais pas. Point.
Le guérisseur qu'on a vu hier est venu nous parler en fin d'après-midi jusque au moment où je me disais que je ferais bien de rentrer et que Cameron allait déjà me reprocher longuement d'être partie toute l'après-midi.
- Ah, Mme White, vous êtes là aussi. Monsieur, souhaitez vous d'abord que nous parlions seuls ?
- Non, allez – y. Je préfère qu'elle entende tout en même temps que moi.
- Très bien. Vos résultats sont revenus… ils ne sont pas très bons. Comme je le craignais, il s'agit d'une tumeur maligne et je crains qu'elle soit inopérable.
Tout le peu de sérénité que j'avais réussi à gagner avec Dante cet après-midi venait de s'envoler en quelques secondes. Je me suis assise sur le lit et j'ai attrapé sa main autant pour moi que pour lui. J'ai regardé ce guérisseur comme si ma vie en dépendait et c'était le cas.
- A présent deux options s'offrent à nous. Nous pouvons vous proposer des traitements, notamment de la radio-chimiothérapie, ce qui devrait ralentir quelque peu sa progression. Mais à un stade aussi avancé, je ne peux vous promettre aucun résultat.
- Ou ? ai – je demandé en me disant qu'il avait dû évoquer la pire des possibilités en premier.
- Ou ne rien faire et laisser la tumeur suivre son évolution naturelle. Nous avons un très bon service de soin palliatif ici et…
Mon cerveau c'est un tant sois peu déconnecté à ce moment là. Ne venait –il pas de dire "rien". Comment ça rien ? Rien comme dans : on ne peut plus rien pour vous, vous allez de toute façon mourir ? Dante semblait totalement figé.
- Comment ça rien ? ai – je dit en interrompant le guérisseur.
- Nous ne sommes pas en mesure de guérir votre mari.
- Mais j'en ai rien à faire ! Trouvez quelque chose ! Faites quelque chose ! C'est votre boulot non ?
- La médecine ne peut pas tout soigner Madame. Moi et mes collègues, que j'ai déjà consultés, pensons qu'il serait plus sage de ne rien faire. La radio-chimiothérapie apporterait beaucoup d'effets secondaires pour quelques hypothétiques semaines de plus.
- Vous…
- Crys'.
Dante a semblé sortir de son immobilisme et de son mutisme en m'entendant hausser le ton. Il a serré ma main avant de reporter son attention sur le guérisseur.
- Vous ne pouvez pas me soigner ? a t –il demandé.
- Non, Monsieur.
Silence.
- Combien de temps il me reste ?
Je ne sais pas comment il faisait pour rester aussi calme. Son ton était parfaitement mesuré et son expression neutre. Moi, j'avais envie d'exploser tellement je bouillonnais de l'intérieur. S'il n'avait pas été là, on m'aurait entendu hurler jusqu'à l'autre bout de Londres.
- Nous ne pouvons pas en être sûrs avec une seule imagerie et deux jours d'observation, il faudra revenir d'ici une ou deux semaines pour confirmer la vitesse d'évolution et…
- Combien ?
- Trois mois... Peut –être quatre.
J'ai senti quelque chose se briser dans ma tête. Je ne sais pas très bien quoi, mais ça c'est cassé. Toute ma colère a brutalement disparu. Il n'est resté qu'un vide immense. Trois mois, qu'est ce que ça représente ? 12 semaines, 84 jours, 2016 heures.
- Vous pourriez nous laisser quelques minutes ? a ensuite demandé Dante.
- Oui, bien sûr. Vous pourrez prévenir une infirmière quand vous aurez fini de discuter, je reviendrais alors pour parler de la suite.
L'homme a quitté la pièce avec sa blouse blanche et je l'ai assassiné du regard jusqu'à ce que la porte claque.
- Comment peux –tu rester aussi calme ? ai – je attaqué. Comment peux – tu admettre qu'il…?
- Je vais mourir.
La phrase a fait courir des frissons dans tout mon corps et j'ai eu l'impression que tout mes organes se recroquevillaient sur eux même. Jusque là, ça n'avait pas été dit clairement. Trois petits mots qui étaient plus lourds de sens que de longs discours.
- Non, ai – je chuchoté. Tu ne peux pas mourir.
- Si. Je ne suis qu'un homme et quelque chose est en train de me grignoter le cerveau. Quelque chose que rien ne pourra arrêter.
- Il doit y avoir quelque chose, ai – je répondu sur un ton suppliant.
- Tu l'as entendu non ?
- Il a dit qu'il y avait des traitements.
- Il a dit qu'avec la radiothérapies je gagnerais peut –être un peu de temps. Il n'a pas dit qu'il y avait un traitement.
- Et alors ? Quelques semaines à l'échelle de…
- Je ne suis pas certain qu'on puisse gagner quelques semaines avec la radiothérapie. Et je sais que c'est un traitement qui pose beaucoup de problème. A quoi bon souffrir pour gagner un ou deux jours où je serais malade comme un chien ?
- Tu ne veux pas qu'on te soigne ? me suis – je horrifiée.
- Oui… Non… J'en sais rien.
Il a alors pris la tête entre ses mains et je me suis rendue compte que je faisais tout un foin pour mon confort personnel. Mon égoïsme. Je voulais qu'on soigne Dante pour l'avoir avec moi le plus longtemps possible et avec l'espoir fou que si on essayait, ça guérirait. Comme par magie. Mais je n'ai pas pensé un instant à ce qu'il se passait dans sa tête à lui. Il venait ni plus ni moins d'apprendre qu'il allait mourir. Prochainement. Très prochainement.
- Je suis désolée, ai – je chuchoté en l'enlaçant. Je suis désolée.
- Je vais mourir, a t –il répété en retour.
J'avais à nouveau envie de lui dire "non". Mais ça ne l'aiderait pas. On est restés longtemps immobiles. Qu'est ce qu'il allait se passer maintenant ? Le guérisseur est revenu et nous a dit :
- Tout dépend ce que vous choisissez. Si vous souhaitez quand même tenter une radio-chimiothérapie ou non.
- Je pourrais gagner combien de temps avec la radio-chimiothérapie ?
- Ça dépend. Quelques jours, quelques semaines, peut –être quelques mois ou rien du tout. On ne le saura pas avant d'avoir commencé le traitement.
Nouveau silence. J'aurais bien voulu dire quelque chose, mais ça n'était pas ma décision. Alors j'ai regardé Dante et j'ai attendu.
- Est-ce que je peux rentrer chez moi pour y réfléchir ?
- Nous pourrons vous laisser sortir demain matin, mais il faut prendre une décision au plus vite. D'après ce qu'on peut supposer de la vitesse d'évolution de votre tumeur chaque jour, si ce n'est que chaque heure, compte. Elle est particulièrement agressive.
A part ça, il n'essayait pas de pousser la décision… Je comprenais l'urgence, mais là dans le feu de l'action, personne n'aurait pu prendre une décision censée. Le guérisseur est finalement parti en disant qu'il reviendrait en discuter avant sa sortie demain. Et j'ai dû m'en aller aussi. Je voulais rester, mais le dîner allait être servi et je me suis gentiment faite chasser par les infirmières. Génial, Dante avait vraiment besoin d'être seul juste maintenant !
J'étais d'une humeur plus que maussade en arrivant au Phare. Cameron m'attendait de pied ferme. Le dîner était déjà prêt, je pouvais le sentir à l'odeur. Un de mes elfes devait avoir décidé de prendre les choses en main.
- Où est papa ? a t –il demandé.
- Il rentre demain, il doit encore un peu se reposer avant.
- Il va bien ?
- Il m'a dit de te donner ça.
Dante avait dessiné un dragon pour Cameron. Le jour où je comprendrais l'obsession des garçons pour ces reptiles mangeur d'Homme sera un jour faste. Pour moi, ils sont juste bons à fournir des ingrédients essentiels à mes potions. Ils sauvent des vies au lieu d'en prendre comme ça.
Jeudi 11 Mars 1993 : maison
J'ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil la nuit dernière. Les pensées tourbillonnaient dans ma tête et quand je me suis retournée et que j'ai constaté que le côté où Dante dort était vide, ça m'a fichu encore un coup au moral. Et après, j'ai pensé que j'allais devoir m'y habituer parce que bientôt il ne pourrait plus jamais dormir à côté de moi. Là, c'était terminé.
Alors je me suis levée et j'ai tourné en rond dans le Phare pendant des heures, j'ai feuilleté des livres sans grand espoir et j'ai cherché quelque chose à faire. Je ne pouvais pas rester là, à attendre, alors que mon mari allait mourir. Je ne pouvais pas. J'étais impuissante et j'ai toujours haï ça.
J'ai finalement transplané au milieu de la nuit pour aller voir quelqu'un que je n'avais absolument pas envie de voir, mais qui aurait forcément quelque chose à dire sur la situation, et peut –être une solution que je pourrais marchander.
La Citadelle des Gryphem n'a pas changé. Le lierre envahissait encore un peu plus les murs, d'autres fenêtres avaient été brisées et sous la lune décroissante mais encore bien ronde, le dôme de protection qui l'entourait luisait d'un bleu étrange. Zilphya m'attendait, elle aussi luisant du même bleu que le dôme, de l'autre côté du portail en fer forgé. On s'est observées une seconde avant que je ne dise :
- Tu sais pourquoi je suis ici.
- Oui. Et je ne peux rien.
- Tu ne peux rien ou tu ne veux pas ? ai – je sifflé.
- Je ne peux rien. Dans quatre mois, il s'éteindra et aucun remède n'y changera rien. Accepter les traitements ne lui amènera que de la souffrance.
- Tu l'as vu ?
- Je l'ai vu.
J'ai fermé les yeux. Longtemps. En allant là-bas, je pensais qu'elle m'apporter une solution, pas briser la minuscule étincelle d'espoir qu'il me restait.
- Pourquoi ? ai – je finalement demandé. Pourquoi lui ? Qu'a t –il fait ?
- Rien. Le Destin ne se maîtrise pas. Et le sien était de mourir jeune comme tous les cracmols dans son genre. Ils meurent tous jeunes d'une maladie incurable car toute personne a besoin d'une petit part de magie pour vivre, même les moldus. Sans magie, on ne peut survivre bien longtemps. Une trentaine d'année est un beau parcours.
- Tu savais pour lui, ai – je platement constaté.
- Crois – tu qu'un tel phénomène m'aurait échappé ? Je ne peux rien faire ni pour lui, ni pour toi. Il a vécu aimé, et ton amour est tout ce qu'il te reste à lui donner pour qu'il parte de la meilleure des façons.
Je l'ai rarement vue aussi gentille avec moi. Mais après ce qu'elle a dit m'a frappée. Oui, je l'aime. Je l'aime et je suis destinée à voir toutes les personnes que j'aime mourir.
- C'est de ma faute ? ai – je demandé
- N'as – tu rien écouté ?
- Ma malédiction a aussi pesé dans la balance n'est ce pas ? ai – je insisté.
- Je te l'ai déjà dit : ce n'est pas une malédiction mais un destin. Veille à ne pas mélanger les deux.
Je n'ai jamais vu la différence personnellement. J'ai soupiré, marché un peu, essayé de me calmer, mais c'était peine perdu. Quand ai – je été capable de rester calme et de tout accepter tranquillement ?
- Fais quelque chose ! Ton destin de merde, tu dois bien pouvoir l'influencer ! Ça ne peux pas finir comme ça ! Dante est quelqu'un de bien. Il ne mérite pas de mourir ! Pourquoi c'est lui qui doit mourir ? Prends ma vie et sers t –en pour le soigner !
- Ce n'est pas "mon" Destin. Je ne suis qu'un instrument qu'Il balade à sa guise et j'ai bien moins de possibilité d'agir sur Lui que toi.
- S'il te plaît, ai – je dit. Il doit bien y avoir quelque chose. Même dans la magie noire…
- Alors il y a finalement une chose en ce monde qui pourrait t'amener à en user, a t –elle constaté.
- Je compromettrais bien plus que mon âme pour le sauver.
- La magie ne pourra rien pour lui, qu'elle soit blanche, noire ou rouge.
- S'il te plaît ! ai – je crié en attrapant les barreaux de la grille qui ont grésillé. Pitié.
- Je suis désolée.
Et elle est parti comme ça. C'est là que j'ai vraiment réalisé.
Oh Merlin, Dante va mourir. Il va mourir. Disparaître. Je ne le reverrais plus, je ne pourrais plus le toucher ou lui parler. Il ne sera plus là.
Qu'est ce qu'on va devenir sans lui ? Qu'est ce que je vais devenir ? Je me suis laissée tomber au sol et j'ai commencé à pleurer. C'était plus fort que moi. Il fallait que j'évacue tout ça. Toute cette peine, cette colère, cette angoisse, cette frustration. Ca devait sortir parce que j'avais l'impression que j'allais exposer.
- Pourquoi ? ai – je hurlé. Ça t'amuse de faire ça !? Qu'est ce qu'il t'a fait, hein ?! Il ne mérite pas ça ! Qu'est ce qu'il a fait ?!
Bien entendu, je n'ai reçu aucune réponse. Ce maudit destin. Je le hais. Je le hais. Je le hais. Si la haine pouvait brûler, je pense que le monde entier se serait embrasé dans l'instant. Et j'en aurais rien eu à faire parce que plus rien n'a d'importance.
Dante va mourir.
Je suis restée assise par terre, adossée au portail de la Citadelle jusqu'à ce que le soleil se lève. Cette maudite boule lumineuse continue toujours. Combien de fois j'ai déjà souhaité que le jour ne revienne jamais et que le temps s'arrête ? Trop souvent, je pense.
Le soleil s'est levé et ça veut dire qu'une journée des quelques semaines qu'il reste à Dante est passée et qu'une autre, qui sera beaucoup trop courte, arrive. En fait, c'est le temps notre pire ennemi. Ça l'a toujours été.
*Maison*
J'ai fini par revenir au Phare avant que Cameron ne se réveille. J'ai l'habitude de peu dormir, mais je dois dire que je me sens particulièrement épuisée ce matin. Je n'ai même pas envie d'aller dans mon labo. D'ordinaire je m'y enferme dès que j'ai dit bonjour à tout le monde et j'adore passer ma journée à préparer des potions. Mais l'envie m'est passée pour le moment. Je ne veux pas descendre et me dire que je perds le peu de temps qu'il reste à Dante.
Je regrette d'avoir fait ça durant les dix dernières années. D'avoir perdu le temps que j'aurais pu avoir avec lui juste en réduisant un peu celui passé dans mes chaudrons. Il a tout fait pour que je puisse continuer à faire ce qui me passionne, même travailler moins avec Arlem et pourtant le tatouage représente toute sa vie, et moi je me suis contentée d'en profiter sans même y réfléchir deux fois.
Pourquoi est ce qu'on ne se remet jamais en question avant qu'il ne soit trop tard ?
Dante sort de l'hôpital aujourd'hui, je vais aller le récupérer là-bas : il faudra appeler le Magicobus pour rentrer.
*Maison*
Dante avait l'air aussi fatigué que moi que je suis arrivée dans sa chambre. Tout ce qu'il voulait, c'était quitter l'hôpital au plus vite et Merlin que je le comprends. Avant qu'on parte, une infirmière a quand même trouvé le moyen de me dire qu'il devait revenir au plus vite, pour son bien, et de signaler la moindre aggravation, comme des pertes de mémoires, de sens, des convulsions…
Cameron a hurlé de joie quand il a vu son père passer le pas de la porte et Dante a été enseveli sous son étreinte et celle de Léonie, sa mère, qui était en train de faire cours à notre fils. C'est bien qu'il soit de retour à la maison. J'ai peur que ça ne dure pas s'il choisit de quand même tenter le traitement.
Dimanche 14 mars 1993 : maison
Quand Cameron a été couché ce soir, Dante m'a rejointe dans le salon et il m'a fixée jusqu'à ce que je lève les yeux du journal sportif que j'étais en train d'éplucher dans l'espoir de glaner quelques renseignements sur Aileen.
C'est demain qu'on doit retourner à l'hôpital et je me demandais quand nous allions avoir une discussion à ce propos. Il a attendu le dernier moment visiblement.
- Pour demain, a t –il commencé. J'ai décidé de refuser les traitements.
Il n'a pas dit pourquoi et je crois bien qu'il n'avait pas envie de me le dire. Et, très honnêtement, je n'avais pas envie de savoir pourquoi il ne voulait pas tout tenter pour vivre plus longtemps. Pourtant, je suis persuadée qu'il aurait tellement voulu avoir plus de temps… Avant, j'aurais pu hurler en entendant cette décision. Mais Zilphya avait tué dans l'œuf mes maigres espoirs de le maintenir plus longtemps en vie grâce aux potions moldues. Je dirais même que je me sentais soulagée qu'il ait décidé ça.
- D'accord, ai – je simplement dit.
- Et c'est tout ?
- Oui.
- Je te connais Crys : ce n'est jamais aussi simple avec toi à moins que tu aies une bonne raison derrière.
Il a braqué ses yeux vert sur moi comme pour me scanner et tenter de deviner tout seul pourquoi je prenais les choses aussi calmement. La couleur de ses yeux n'est pas aussi foncée que celle des miens, et n'est pas non plus piquée de bleu comme le sont ceux de Mary. Ils sont d'un vert clair un peu étrange qui donnent l'impression qu'il sait tout.
- Je vais devoir insister pour savoir ? a t –il ensuite demandé. Parce que je sais qu'il y a quelque chose.
Il m'a fixée avec insistance encore une seconde avant que je ne cède en soupirant. Je ne sais pas comment il fait, mais c'est toujours lui qui remporte gain de cause. Quand il se bat pour gagner en tout cas, ce qui n'arrive pas souvent et généralement que lorsque je n'ai absolument pas envie d'en parler
- J'ai… Disons que je suis allée voir une vieille connaissance avec qui j'avais espéré ne plus jamais avoir besoin de parler.
- Et… ?
- Et… Elle m'a dit que les traitements n'auraient rien changé.
- Tu la crois ?
- Malheureusement quand il s'agit de quelque chose qui me fera du mal elle a toujours raison.
Il a cligné des yeux, l'air étonné que je me contente de ça. S'il savait… J'aimerais que Zilphya se trompe un jour.
Dante a passé une main sur son crâne rasé, il n'est pas encore habitué à ne plus avoir ses cheveux, avec l'air embêté et soulagé à la fois.
- Je m'attendais à devoir batailler avec toi pour te ranger à mon avis, a t –il avoué. Je suis presque déçu que ça n'arrive pas. J'avais préparé un long discours argumenté ces derniers jours.
- Je suis désolée, ai – je compatis. Je suis sûre que j'aurais été convaincue.
- Si tu veux l'entendre quand même je suis près à te réciter mon discours.
- Sans façon : je sais très que tu finis toujours par arriver à tes fins.
- Venant de toi, je prends ça comme un compliment.
- S'en est un.
Lundi 15 mars 1993 : maison
Nous sommes revenus de l'hôpital. A vrai dire, nous n'y sommes pas restés bien longtemps. Le guérisseur nous a pris en retard alors qu'on avait rendez-vous et ça m'a déjà agacée avant même qu'on le voit. Il est arrivé et nous a adressé un sourire en nous saluant. Comment pouvait –il sourire ce connard alors qu'il nous a lui-même annoncé que Dante allait mourir ? Je sais bien qu'en fait il n'y est pour rien, mais j'ai besoin de quelqu'un à qui m'en prendre. Je me sens mieux comme ça.
Le guérisseur a gravement hoché la tête quand il a appris que Dante n'allait pas accepter les traitements, mais vu qu'il pensait que ça n'aurait mené à rien, il n'a pas tenté de le faire changer d'avis. En revanche, il a essayé de le convaincre de rester à l'hôpital pour les prochains mois. Sans succès évidemment. Moi, j'étais simplement en spectatrice, mais j'ai été contente et soulagée que Dante n'en démorde pas et qu'il rentre à la maison. Nous avons quitté l'hôpital avec des potions plus puissantes pour ses maux de tête et il a un rendez vous la semaine prochaine pour surveiller l'évolution de la tumeur.
Je crois que j'ai encore du mal à vraiment réaliser dans quelle situation notre famille se trouve. Et je n'ai pas envie d'y penser même s'il va bien falloir…
J'ai dit à Dante qu'on allait devoir en parler à Mary, mais il a refusé. Il préfère qu'on attende qu'elle ait fini l'année. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée : elle n'aura pas terminé avant mi-juin et il est possible qu'il… Qu'il ne soit plus là quand ça arrive. Il a dû deviner ce à quoi je pensais et m'a dit en souriant :
- Ne t'inquiète pas : je tiendrais jusque là.
Comment peut – il être aussi confiant ? Et par Merlin comment peut –il juste sourire ?
Pardon ToT
En plus je suis à la bourre : le prochain chapitre n'est pas encore écrit ! Mais ne vous inquiétez pas, il sera quand même là samedi prochain si tout va bien :)
A suivre...
