20.

Warius leva un sourcil surpris.

- Pourquoi tu farfouilles dans ton absence de dressing, Albator ?

- J'aimerais savoir pourquoi une de mes tenues n'est plus là !

Warius leva comiquement les mains.

- Pas moi ! Qui voudrait s'attifer comme toi ?

- Une seule personne, je le crains…

- Oui, moi aussi…

Toshiro et Clio ayant annoncé d'une seule voix un pic d'énergie dans la salle du Grand Ordinateur, Albator et Warius s'y étaient précipités, découvrant Torien qui venait de s'y matérialiser, Alguérande inanimé et ruisselant de sang entre les bras.

- Que s'est-il passé ? Comment s'est passée la rencontre ?

- Au mieux, et au pire, souffla l'incarnation des Arbres de Vies.

Assise sur un rocher au pied d'une cascade, telle une sirène antique, Léllanya réagit au frémissement surnaturel à quelques pas de son jardin secret.

- Albator !

Fronçant les sourcils, l'Elite observa plus attentivement l'apparition : effectivement de noire vêtue, une tête de mort marquant sa poitrine, mais le long manteau de suie doublé d'écarlate n'étant pas familier au capitaine de l'Arcadia.

- Alguérande…

- Bien vu, la vieille !

- Alguérande, tu es venu…

- Je suis venu en finir avec toi !

Ayant juste pivoté sur son rocher, Léllanya ne bougea pas plus, sans aucun mouvement d'agression ou de défense, ses ailes de plumes juste agitée par le vent léger du lieu.

- Tu as tellement raison, tu en as tellement le droit ! Je t'ai mis au monde pour un plan qui n'aurait jamais pu fonctionner… Et je te l'ai fait payer au prix de ton innocence, de ta vie, si Khell ne s'était pas interposé, encore et encore. Oui, je me suis amusée de toi, à un point, Algie ! Je t'ai privé de tout et te voir souffrir fut une jouissance infinie !

- Des poncifs. Je n'en ignore rien, j'étais là !

- Et je n'ai fait que répéter le schéma imposé par Lothar Grudge, depuis le jour où ce Roi des Pirates a jeté son dévolu sur la fillette de cinq ans que j'étais. Je n'ai pas résisté, j'ai fait tout ce qu'il a voulu. Il a été le père de plusieurs de mes enfants avant que je ne fasse une fixation sur le capitaine de l'Arcadia ! Mais aucun de ces petits n'a vécu, je me faisais tant horreur que c'est là que j'ai commencé à tous les « faire passer ». Je t'ai voulu, toi, au départ, mais là encore mes intentions étaient mauvaises, et pires encore mes méthodes pour obtenir la semence de ton père. Ensuite, je n'ai pas à le dire… Les Sages se sont rappelés de la fillette, j'ai passé toutes les épreuves, j'ai été purifiée, mais cela n'effacera jamais mes actes, ceux qui en ont souffert, leurs conséquences. Aussi, bien que je sois désormais une Elite, tu peux me balayer, je ne te résisterai pas !

- Il ne manquerait plus que ça ! aboya Alguérande, le regard fulminant, auréolé d'une énergie noire et lumineuse à la fois, de feu et de sang !

- Non, tu ne le feras pas.

- Ah oui, et pourquoi ? hurla le jeune homme en perdant tout contrôle, libérant des vagues d'énergie autour de lui.

- Parce que je demeure celle qui t'a donné le jour. Peut-être pourrai-je t'expliquer un jour de qui tu tiens la bonté et la pureté de ton cœur… Mais pas aujourd'hui. Tu es si malheureux, ton cœur est brisé, je le perçois parfaitement ! Et je suis la cause unique de ta détresse et de toutes les rages et pleurs qui ont un jour fait de toi Le Créateur ! Il ne s'agit pas que de ma rédemption, Alguérande, mais de la tienne aussi car tu es si écorché vif…

- Et là c'est moi qui vais te dépecer ! s'égosilla le jeune homme en s'apprêtant à projeter toute son énergie en une sphère monstrueuse sur l'Elite.

Mais venue de derrière lui, une frappe lui traversa le flanc droit, diffusant des ondes d'insoutenables douleurs dans tout son corps et il s'écroula.

- Là, j'ai dû l'arrêter, expliqua Torien. Il faudra une autre explication, d'autres rencontres. Ce qu'est devenue Léllanya est vraiment très compliqué, et il est normal que les Humains que vous êtes vous révoltiez… Mais j'ai à conserver l'équilibre. Et c'est ce que j'ai fait en stoppant Alguérande. Il se réveillera juste avec un bon mal de tête et les muscles ankylosés, je ne lui ai fait aucune autre blessure !

- Et, quand, le prochain affrontement ? souffla Warius.

- Pas pour tout de suite. Alguérande a grand besoin de repos, auprès des siens. Je te rends ton fils, Albator, prends-en grand soin.

- Laisse-moi deviner : d'autres épreuves, pires, l'attendent ?

- Oui.

- Torien, je te hais, conclut Albator en recevant contre lui son fils complètement inconscient. Ne reviens pas avant longtemps !

- Si, je serai là sous peu, prédit Torien avant de disparaître !