Re-bonjour,

Et oui, voilà déjà la suite ! Mais je profite de mon temps libre avant le boulot (stage à partir de la semaine prochaine, pour tout le mois d'août ! Sighh …) et de mon inspiration grandissante pour vous donner pas mal de lecture : )

Ce chapitre est un peu plus long que les autres, car je voulais absolument le conclure sur cet évènement en particulier (ça fait déjà quelques chapitres que j'ai cette idée, et il fallait vraiment que je l'inclue, elle est déterminante pour la suite !) … Enfin, je vous laisse découvrir tout ça sans plus attendre !

Disclaimer : la plupart des personnages et lieux appartiennent à J.K. Rowling, le reste est à moi.

Rating : T (et voui, on revient à ce rating, même s'il n'est pas totalement justifié, mais entre K + et T y'a pas vraiment d'intermédiaire satisfaisant, alors …)

Bonne lecture !


Fallen angels

Chapitre 20 : You're the only one who can decide on your life

Que le calme revienne … que toutes ces voix autour de moi cessent enfin de bourdonner … que tout s'apaise enfin.

Je ne demande pas grand-chose … je veux juste un peu de calme, de paix … enfin.

Je veux juste me retrouver seul, et de nouveau ne plus penser à rien.

S'il-vous-plaît.

Cessant un instant de faire les cent pas dans l'infirmerie de l'école, Hermione se planta de nouveau devant Harry, et lui redemanda, pour la dixième fois peut-être depuis qu'ils étaient revenus de Pré-au-lard.

« Tu vas bien, Harry ? Tu n'as mal nulle part ? »

Réprimant un profond soupir, le brun prit sur lui et esquissa un petit sourire à sa camarade, tentant de la calmer :

« Je t'assure que je vais très bien, Hermione. Ne t'en fais pas pour moi. »

La jeune fille hocha la tête, pas plus rassurée pour autant, et s'apprêtait à se remettre à faire des allers-retours, quand Rogue intervint, d'une voix visiblement agacée :

« Miss Granger, par pitié, rendez vous utile au lieu de tourner en rond comme ça … »

Hermione vint se planter devant le professeur de Potions, qui attendait son tour pour être soigné, assis sur une chaise. Baissant vers lui un regard contrit, elle gémit :

« Mais je ne demande que ça, professeur ! Mais on ne me … »

« Hermione, » appela alors Pomfresh, tirant le rideau dont elle avait entouré le lit de Ron le temps des soins, « tu peux venir, si tu veux. J'ai fini avec Ron. »

Sans dire quoique ce soit, la brune fit volte-face, abandonnant là son professeur pour se précipiter au chevet de son camarade. Lui prenant la main doucement, elle lui murmura des mots réconfortants. Malgré ses blessures encore douloureuses, le roux trouva la force de sourire à son amie, et de la rassurer en retour.

Debout un peu plus loin, Harry assistait à la scène sans mot dire. Tournant la tête, il aperçut alors la médicomage qui prenait soin de Rogue, tout en plaisantant comme elle le pouvait pour le dérider -ce qui n'était pas une mince affaire ! Le Gryffondor finit par se sentir de trop, et ayant besoin de s'isoler un peu pour réfléchir posément après tout ce qui s'était passé dans la journée, s'avança jusqu'à la porte pour sortir.

Mais au moment où il allait quitter l'infirmerie, la porte s'ouvrit, le faisant sursauter. Il recula d'un pas, et vit Dumbledore, Remus et McGonagall entrer. Le directeur jeta un coup d'œil surpris à Harry, puis lui sourit, et lui dit tout en le ramenant dans la pièce, tandis que la directrice de Gryffondor refermait derrière eux :

« Attends pour repartir, mon petit. Nous devons parler tous ensemble … »

« Oui, en effet ! » s'exclama Pomfresh en voyant le petit groupe entrer. Elle s'avança à pas vifs vers Lupin et lui fit, sévère : « Où étiez-vous passé, vous ? J'ai envoyé ce pauvre Dobby cavaler dans tout Poudlard pour vous retrouver … vous avez filé avant même que j'ai le temps de vous examiner ! » Elle avait vraiment l'air d'une mère réprimandant son fils, et Ron et Hermione ne purent retenir un petit rire -et Rogue un demi-sourire !

Conciliant, le professeur de DCFM répondit d'un ton affable à la brave dame, tout en se laissant entraîner par elle vers un des lits : « Je devais faire mon rapport à Dumbledore … Mais me voici maintenant, vous pouvez me faire tout ce que vous voulez … »

« Oh, ne me tentez pas, vil séducteur ! » répliqua l'infirmière dans un rire clair, vite accompagnée de toute l'assemblée.

C'est dans cette ambiance un peu plus détendue que Dumbledore prit la parole, attirant l'attention de tous sur lui.

« Ecoutez, pour aujourd'hui, je tenais à vous exprimer à la fois ma désolation, de n'avoir pas pu empêcher ça ni venir vous aider, et en même temps mon admiration et ma plus sincère reconnaissance pour vous être si brillamment défendu et avoir protégé Pré-au-lard. » Il s'arrêta un instant, laissant chacun s'imprégner de ses paroles, et poursuivit, s'adressant cette fois à Remus et Severus : « Merci du fond du cœur à tous deux pour avoir protégé ainsi vos élèves … Je vous admire et reconnais une fois de plus votre valeur et talent, à la fois comme professeurs, et comme Membres de l'Ordre. »

« Ce n'est rien … » commença Rogue, détournant le regard.

« Nous n'avons fait que notre devoir. » compléta Remus.

Le vieux sorcier hocha la tête dans leur direction, et sourit. Puis il reprit un visage un peu plus solennel, et se tourna vers Harry, Ron et Hermione, et déclara :

« Les garçons, vous avez preuve d'un grand courage et d'une grande témérité. Je ne dirais pas que vous avez agi le plus prudemment du monde, ni que vous avez suivi à la lettre ce que vous recommandait votre professeur … » Les deux adolescents rougirent brièvement, mais le directeur continua, encourageant : « … mais vous avez fait plus qu'honneur à votre Maison, et vos enseignements. Je suis fier de vous, et encore une fois désolé que vous ayez eu à subir ça. »

« Bof, tout est bien qui finit bien, c'est l'essentiel … » marmonna le roux, tout en se rencognant dans le lit. Hermione lui serra la main un peu plus fort, et il lui sourit en retour. Ron était rasséréné par les paroles de leur directeur, mais restait visiblement encore un peu sous le choc et le contrecoup de la bataille qu'il avait dû livrer. Pensant que Dumbledore en avait fini de ses discours, la brune se retourna vers son ami, pour s'excuser encore de n'avoir pas été là pour l'aider, quand la voix du vieil homme retentit encore dans l'air.

« Harry … » Le jeune homme, jusque-là perdu dans ses pensées, sursauta à l'appel de son nom, et leva les yeux vers l'autre. « Quant à toi, tu as fait montre de talents que nous ne te connaissions pas. Peux-tu nous dire d'où te sont-ils venus ? » La voix était douce, prudente, invitant simplement l'autre à parler, presque sur le ton de la conversation.

Presque comme s'il ne venait pas de poser là une question des plus cruciales …

Le brun fixa longuement l'homme, se demandant où il voulait venir, et qu'elle était la bonne réponse à cette question qu'il savait sans issue … Il finit par avouer clairement : « Non. Je n'en sais rien. » Il haussa les épaules d'un air désolé, balayant la salle et ses occupants du regard. « Je ne comprends pas plus que vous ce qui m'arrive … »

En voyant l'air perdu de son jeune protégé, Dumbledore voulut le rassurer. Il s'avança vers lui et lui dit, dans un petit sourire désolé :

« Harry, nous allons tous nous employer à t'aider. A comprendre ce qui s'est passé, et ce qu'il convient de faire … »

Repoussant la main que le vieil homme voulait lui mettre sur l'épaule, le brun répliqua, d'un ton égal, et presque désolé lui aussi :

« Mais je ne vous demande rien … Ne vous en faites pas, je vais bien, vous savez. » Il recula de quelques pas vers la sortie, tous les regards braqués sur lui, et ajouta : « Non, sincèrement, je ne veux pas que vous vous en fassiez …Ca va. Ca va aller … Il me faut juste … du temps. » Et il fit brusquement volte-face, et sortit de la salle sans rien ajouter.

Hermione bondit de sa chaise en criant le prénom de son ami, mais le directeur lui intima de ne rien faire. Il regardait pensivement la porte qui s'était refermée dans un claquement, se demandant malgré tout s'il fallait rattraper le jeune homme. Ce fut finalement son amie McGonagall qui lui apporta un semblant de réponse. Elle posa une main rassurante sur son bras, et murmura d'une voix douce :

« Pourquoi ne pas lui laisser un peu de temps, Albus … C'est tout ce qu'il demande, après tout. »

Se retournant vers la directrice de Gryffondor, il hocha la tête et dit dans un soupir :

« J'aimerais bien, Minerva … si seulement nous le pouvions. »

oOoOoOoOoOo

Du temps … et de l'espace !

Je veux juste un peu de temps, juste un peu de distance entre nous …

et du silence !

Après avoir couru à perdre haleine dans tout Poudlard, Harry était sur le point de renoncer à retrouver celui qu'il cherchait. Il se dirigea alors, le souffle court, vers sa Salle commune pour aller chercher son balai et voler un peu, pour s'évader. Et c'est là qu'il le vit.

Sortant de la bibliothèque.

Seul, heureusement.

Draco sursauta en distinguant au dernier moment seulement Harry qui se jetait dans ses bras. Mais, avant même qu'il ait eu le temps de dire quoique ce soit, le brun l'entraîna contre un mur, et le plaquant là, l'embrassa avec passion et désespoir. Le blond, bien qu'habitué maintenant à cette façon de faire de son compagnon, n'en fut pas moins inquiet, comme toutes les autres fois.

Il repoussa doucement Harry, et lui mit une main sur la joue, à la fois pour lui témoigner son affection, et pour le forcer à le regarder.

« Harry … qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui t'est encore arrivé, dis-moi ? »

« Draco, embrasse-moi, s'il-te-plaît … » gémit le brun, désespéré, tout en cherchant à se blottir à nouveau dans les bras du Serpentard.

Mais celui-ci tint bon, maintenant Harry à une distance raisonnable pour continuer à parler.

« Autant que tu voudras, mais pas avant que tu m'aies dit ce que tu as … Tu sembles bouleversé. »

« J'ai juste besoin d'être dans tes bras … de sentir ta chaleur contre moi, en moi … Draco, je t'en prie … »

« Oui, si tu veux, oui … mais parle-moi, ne t'arrête pas ! » fit le blond, tout en embrassant de nouveau le visage de Harry, tout en se laissant déjà perdre dans leurs caresses, se joignant à la détresse de l'autre. « Je ferais ce que tu voudras, mais dis moi ce que tu as … »

Tout en poussant l'autre dans une salle derrière eux, Harry commençait déjà à ôter ses vêtements, tout en laissant son angoisse l'envahir et se mêler à leur début d'étreinte.

« J'ai tant besoin de toi … lie-toi à moi, rappelle-moi combien je t'appartiens … à toi, qui est là … Draco, je t'en supplie … »

Allongeant le brun sur le sol, Draco vint s'étendre sur son corps tremblant, et lécha les larmes qui mouillaient le visage pâle du Survivant.

« Oui, je te le promets, je serais là … Regarde, nous sommes là, tous les deux … »

« Oui, tu es là … »

Le blond parcourut le front et les joues de Harry de baisers, tout en l'enlaçant avec force.

« Parle-moi, Harry, continue … Dis-moi ce qui ne va pas … »

« Je veux juste être avec toi … je ne veux pas du reste … je suis si fatigué, tu sais … »

Draco caressa doucement le brun, avant de s'enfoncer lentement en lui, et de balbutier entre deux gémissements …

« Je sais, Harry, je sais … Mais tu vois, je ne pars pas, je suis là … Dis … Dis encore, parle-moi … »

« Je veux … je ne veux pas savoir qui j'étais … je ne veux pas comprendre ce que je deviens … » Un hoquet de surprise lui échappa quand le plaisir le rattrapa, mais la détresse n'en était pas moins présente, pas moins pressante. « Draco, je veux … »

« Oui, dis-moi ? Aaah … » Le blond tenta de réprimer la jouissance qui le parcourait, mais Harry, raffermissant la prise de Draco sur ses hanches, l'invita à continuer, tout en lui répondant :

« Draco, je ne sais pas ce que je veux … Simplement, je … je … je … » Il se laissa un instant, un long instant, détourner de ses peurs pour laisser la douleur et le plaisir de leur jouissance commune les rattraper, les engloutir.

Quand, pantelant, Draco se serra encore plus fort contre lui, lui soufflant entre deux respirations saccadées mais plus calmes, de continuer, Harry acheva enfin sa phrase …

« Je veux juste rester avec toi. »

oOoOoOoOoOo

Est-ce que lui pourra m'apporter les réponses ? Saurait-il même poser les questions que je fuis ? Ai-je envie qu'il le fasse, ou ai-je juste envie de …

Sa présence.

Sa chaleur.

Son désir.

Sa voix.

Ses regards.

Ai-je vraiment juste envie qu'il soit là, sans rien dire, sans rien demander ? Sa simple présence peut-elle guérir cette blessure béante en moi, qui ne s'arrête pas de saigner …

« Tu as quoi ? » s'écria Draco, quand, ayant enfin repris ses esprits, il avait ordonné à Harry de se rhabiller, fermé la porte de la salle de classe à clé, et demandé des explications au jeune homme. « Vous avez … combattu des … »

Contrit, aussi ennuyé qu'un enfant pris en faute, le brun, finissant de reboutonner son pantalon, hocha la tête en assentiment.

Draco, encore sous le choc de ce que venait de lui dire Harry, se passa une main dans ses cheveux déjà bien décoiffés, et se mit à faire des allers-retours dans la salle. Le Gryffondor le regarda faire un moment, puis ouvrit la bouche comme pour demander quelque chose. Il se ravisa, mais trop tard, le bond avait capté son geste.

« Oui ? »

« Non rien … »

« Harry Potter ! » fit Malefoy en se plantant devant son compagnon et en lui posant ses mains sur les épaules. « Avec toi, il n'y a jamais rien. Alors dis-moi ce que tu as à me dire, et n'en fais pas tout un plat, ok ? Avec moi, tu peux bien être libre de dire ce que tu veux, non ? »

Harry hocha la tête avec force. Il caressa la main de Draco, et lui sourit :

« Oui, avec toi je peux être moi-même … et peu importe celui que je suis vraiment, au fond. Toi, tu m'acceptes tel que je suis … » Draco Malefoy dut se retenir en cet instant d'éclater d'un rire triste et ironique … car il y avait vraiment de l'ironie dans ce que venait de dire l'autre … Mais comment expliquer à un Harry Potter complètement perdu, et amnésique, que non, son ancienne Némésis n'était pas la personne qui pouvait normalement l'accepter tel qu'il était, et à qui il pouvait tout dire ?

Comment ?

« Ce que je voulais dire … » poursuivit le brun, ignorant le trouble du Serpentard. « C'est que je n'ai pas bien suivi tout ce qui s'est passé … je ne comprends pas contre qui on s'est battus, ce qu'ils nous voulaient … je ne sais plus comment j'ai pu me défendre ainsi … Et pire que tout … »

Il prit une grande inspiration, et planta ses prunelles vacillantes dans celles, de nouveau assurées, de son amant : « Pire que tout … je ne sais plus pour quelle raison j'ai voulu tout oublier de la veille, avec notre professeur. »

Draco soupira, et posa sa tête un instant sur l'épaule de Harry. Le brun lui caressa le dos doucement, comme si c'était le blond qui avait besoin d'être réconforté et soutenu, plutôt que lui. Enfin, le Serpentard releva les yeux vers l'autre, et dit dans un souffle :

« Lupin t'a raconté tout ton passé. Tout ce que tu avais vécu, avant que tu … oublies. Et tu as voulu oublier tout ça. »

« Ah … » Harry encaissa l'information, puis soupira. Il fit de nouveau un effort pour ne pas craquer, et dit : « J'imagine que je ne pouvais pas supporter tout … tout ça. »

Reculant d'un pas, Draco dit d'une voix forte, et tremblante de certitude … Mais qui cherchait-il à convaincre, en cet instant ? Harry, ou lui ?

« Ecoute, Harry … si vraiment tout ça a été trop douloureux pour toi, si tu as tout oublié parce que tu ne pouvais pas le supporter, tu n'as pas à faire marche arrière ! »

« Mais … avec ce qui s'est passé aujourd'hui, je me demande … si j'ai eu raison. »

Draco resta pensif à ces mots. Que devait-il répondre à Harry ? Qu'avait-il le droit d'induire chez Potter ? Et surtout, devait-il dire quelque chose ?

Après tout, Harry Potter était encore libre de faire ce qu'il voulait. En quoi cela devrait-il concerner Draco Malefoy, dans quelle mesure même cela devrait-il le toucher, lui qui il y a quelques mois encore, n'était que l'ennemi, l'adversaire, l'autre …

Oui, mais le blond, en cet instant, ne pouvait pas faire comme si tout cela ne le concernait pas, comme s'il n'avait pas son mot à dire. Il s'était trop impliqué, Harry l'avait trop impliqué pour qu'il puisse rester en retrait.

Pour qu'il le veuille seulement.

Prenant alors la main du brun dans la sienne, le Serpentard déclara d'une voix sourde :

« Tu as eu raison. Je ne dis pas que j'ai aimé t'aider à la faire, mais toi seul a le droit de décider de ta vie. Ne laisse jamais les autres te dicter ta conduite ! »

C'était pourtant ce que venait de faire Draco …

oOoOoOoOoOo

Rester maître de la situation. Prendre en main ma vie.

Ne laisser personne dicter mes conduites, me dire quoi faire.

Contrôler ce qui se passe. Ne plus rester passif face à ce qui m'arrive.

Je dois reprendre les rênes de mon existence.

Essuyant les larmes qui lui perlaient au coin des yeux, Hermione balbutia :

« Non, je ne peux pas le croire … »

Se levant de son siège, Rogue traversa l'infirmerie et vint se planter devant la jeune fille. D'un ton plus dur que nécessaire, il affirma : « Et pourtant, les faits sont là, miss Granger. Votre ami Potter a tout oublié volontairement. »

« Pourquoi aurait-il fait ça ! Et comment surtout ? »

Dumbledore toussota, et répondit : « Comment, la question reste entière. Mais pourquoi, cela semble évident … Comme je vous l'ai dit une fois, il y a des choses trop dures à entendre pour certaines personnes, surtout si celles-ci sont déjà fragilisées … »

« Pardon … » intervint Remus d'une petite voix, tandis que Pomfresh s'appliquait à terminer le bandage de son torse. « Pardon, je me sens responsable de ce qui est arrivé. Je n'aurais jamais dû lui raconter tout ça, comme ça, sans un minimum de préparation … »

« Vous avez cru bien faire, Lupin … » tempéra McGonagall, compatissante.

« Quand bien même ! La bonne volonté ne fait pas tout … J'aurais dû prévoir que ce serait trop dur à encaisser pour lui. » Il avala sa salive, et serra les poings sur ses genoux, à s'en faire blanchir les phalanges. « Mais j'ai estimé qu'on n'avait pas le droit de le priver de son passé. »

Hermione se mordit la lèvre. Remus parlait comme Ron, tous deux pensaient que c'était un droit pour Harry de connaître son passé. Presque un devoir. Elle pensait aussi aujourd'hui que leur ami avait ce droit, simplement elle estimait qu'on n'avait pas à le lui imposer. Que c'était à lui de prendre ce droit quand il le voulait … quand il s'en sentait capable. Le fait que Harry ait perdu de nouveau la mémoire, mais cette fois volontairement, lui prouvait assez que le jeune homme avait besoin de temps … Qu'il devait aller à son rythme.

Et c'est en prenant conscience de tout ça qu'elle prit sa décision. Elle essuya les larmes à ses yeux, et se redressa, plus forte et plus déterminée qu'elle ne l'avait jamais été depuis le retour de Harry, en ce début d'automne. Se retournant, elle revint au chevet de Ron, et lui demanda doucement :

« Ron, j'ai quelque chose à faire … Tu pourras rester seul ? »

Le roux lui renvoya un pâle sourire, et hocha la tête :

« Bien sûr. Vas-y, ne t'en fais pas pour moi. »

Elle pressa sa main un moment, puis le laissa se reposer, et fila. Au moment où elle quittait la pièce, elle entendit McGonagall glisser à Ron d'un ton un peu sévère :

« Quant à vous, je crois bien que vous êtes bon pour une petite discussion avec votre sœur … »

« Avec Ginny ? Mais pourquoi ? »

Remus intervint, d'une voix désolée : « Et bien, elle se demande ce qui s'est passé aujourd'hui, tu sais. Elle n'a pas assisté à tout, mais elle se pose beaucoup de questions. J'ai bien conscience qu'on vous avait demandé à toi et Hermione de ne rien dire autour de vous, mais je crois qu'il est temps de mettre Ginny dans la confidence. »

Hermione n'entendit pas la suite, elle était déjà repartie dans le grand couloir. Elle marcha d'un pas tranquille pendant quelques mètres, le temps de disparaître suffisamment de la vue de l'infirmerie. Enfin sûre que personne ne pourrait plus la voir, elle se mit à courir, parcourant la moitié de Poudlard en un temps record. Jamais encore elle n'avait couru si vite, jamais elle n'avait senti son cœur battre si forte.

Et ce n'était pas le manque de souffle qui lui provoquait ces battements affolés. Mais plutôt ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle qui avait si peu l'habitude de transgresser les règles, allait les briser.

Et plutôt deux fois qu'une.

« Pâtacitrouilles. » prononça-t-elle d'une voix tremblante face à la statue dorée qui gardait le bureau de Dumbledore.

Elle gravit d'une traite les escaliers, malgré ses jambes qui lui semblaient de plomb, et arriva devant la porte de bois brun.

« Alohomora. » La porte ne résista pas, et s'ouvrit sans difficultés sous le sort de la jeune fille.

Elle pénétra dans la pièce, encore éclairée par les derniers rayons du soleil. Du coin de l'œil, elle distingua Fumseck, qui s'éveillait, surpris de trouver quelqu'un ici en l'absence de son maître.

« Immobilis. » Le phénix se figea dans une expression digne du plus magnifiques des tableaux. Un deuxième « immobilis » suivit d'ailleurs, rendant les tableaux mouvants aussi statiques que ceux du monde moldu.

Première transgression réussie : Hermione Granger avait réussi à s'introduire dans le bureau du professeur Dumbledore sans être vue.

La brune s'avança ensuite jusqu'à un petit meuble vieilli, adossé à un des murs du bureau. Elle s'agenouilla devant, et resta un moment à inspecter la serrure qui en fermait les battants. Elle ferma les yeux, mettant de l'ordre dans ses souvenirs. Elle devait se rappeler, c'était essentiel. Quand elle réussit à faire le vide en elle, l'évènement qu'elle cherchait lui revint en mémoire, aussi limpide que si elle avait la scène sous les yeux.

Elle brandit alors sa baguette, et récita à voix basse une formule compliquée, écrite en un dialecte peu usité, mais qui n'était pas totalement étranger à la jeune fille. Après tout, elle avait la réputation d'être une Miss je-sais-tout, aussi se félicita-t-elle pour une fois d'avoir aussi parcouru des ouvrages de langues anciennes pendant son temps libre ces dernières années …

La serrure finit par s'ouvrir dans un petit bruit sec, et les battants du meuble se poussèrent, révélant sans mal ce qu'était venue chercher Hermione. Elle tendit des mains tremblantes vers le coffret en bois sombre qui s'y trouvait, et le posa sur ses genoux. Là, elle prononça une nouvelle formule, dont elle eut cette fois plus de mal à se souvenir. Mais elle parvint là aussi à son but. Un éclair de satisfaction s'allumant brièvement dans son œil, elle retira précautionneusement la petite bassine qui se nichait dans le coffret.

Deuxième transgression réussie : Hermione Granger venait d'emprunter, malgré le refus de Dumbledore, la pensine de Harry Potter.

Fébrilement, après ça, la brune scella de nouveau coffret et placard à l'aide des sorts contraires, puis repartit avec son butin sous le bras. Avant de refermer complètement la porte du bureau derrière elle, elle annula les sorts d'immobilité, libérant le phénix et les tableaux. Puis elle ressortit sans bruit de cette aile du château.

L'escapade de la Gryffondor était passée totalement inaperçue.

Quand elle s'enferma avec Harry dans le dortoir des garçons -désert à cette heure-, Hermione était encore dans un état fébrile. Mais elle réussit à se reprendre assez pour expliquer à son ami, décontenancé de l'attitude de l'adolescente, ce qu'ils faisaient là. Posant la pensine sur le lit du Survivant, elle lui fit signe de s'en approcher.

« Harry, tu vois cette bassine ? C'est une pensine. Ca renferme les souvenirs des gens … du moins, ceux qu'ils ont bien voulu y mettre. On peut retrouver ses souvenirs en plongeant la tête dedans … on les revit comme si on y était. » Les yeux de Harry s'agrandirent à ces mots … Il commençait à saisir où voulait en venir Hermione, et c'était un sentiment vertigineux pour lui.

Voyant la panique et le désarroi s'emparer du jeune homme, la brune lui posa une main sur le bras, et le regarda dans les yeux :

« On peut y retrouver ses souvenirs consciemment … Quand on le veut … A la vitesse qu'on le veut. » Elle fit une pause, puis conclut : « Et aussi souvent qu'on veut. »

« Hermione, je … » fit le Survivant d'une voix étranglée.

Prenant les mains de son camarade dans les siennes, la jeune femme s'exclama :

« Harry, tu pourras plonger dans tes souvenirs aussi souvent que tu le souhaites … Si tu ne les retiens pas du premier coup, ils seront toujours dans la pensine, intacts et objectifs, pour que tu puisses les vivre à nouveau, encore et encore s'il le faut. » Elle déglutit, et tenta de capter le regard du jeune homme, fuyant. « J'ai lu que seule la répétition permettait la mise en mémoire. C'est peut-être pour ça que tu n'arrives plus bien à retenir. Avec ça, tu pourras garder les choses en toi … définitivement. »

Elle relâcha les mains de son ami, et dit, en détachant chaque mot soigneusement :

« Et surtout, tu pourras retrouver tes souvenirs … si tu le souhaites. Et seulement si tu le souhaites. »

Seulement, Harry savait-il lui-même ce qu'il désirait réellement ?