Disclaimer : Les personnages de l'univers de Mass Effect ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété intellectuelle de BioWare. En revanche, Dae Hyun Hwang, les races aliens inconnues et tous les éléments incorporés qui vous seront étrangers (planètes, systèmes, etc...) m'appartiennent et sont issus de mon imagination.

/!\ Cette histoire n'est pas canon ! Certaines choses changent afin de pouvoir correspondre à ce que j'ai imaginé. Certaines réactions, certaines interactions n'existent pas dans les jeux et ont été crées pour les besoins de l'histoire. Merci de votre compréhension.

J'en profite pour remercier mes bêtas lecteurs pour leur patience et le travail titanesque qu'ils fournissent !


Le soleil rouge tournoyait lentement sur lui-même, irradiant la deuxième planète du système d'une chaleur accablante. Tout n'était que désolation. Rien ne poussait sur cette planète. Au loin, les montagnes aux flancs escarpés se dressaient, sombres et menaçantes, découpant l'horizon de leur silhouette singulière. Au pied de ces massifs décharnés, de profondes gorges se dessinaient. Des couloirs lumineux couraient le long des parois, telles des veines saillantes. Ce n'est qu'en s'enfonçant un peu plus dans les gorges que l'on pouvait apercevoir une cité aux hauts bâtiments, tout aussi décharnés que le reste de la planète. Et comme pour rajouter plus de désolation à ce monde délabré, des créatures, certaines à quatre pattes, d'autre sur leurs deux pieds, charriaient derrière elles de lourds attelages, telles des âmes en peine, et s'engouffraient dans les souterrains qui menaient à cette cité.

Les rues étaient sombres, uniquement éclairées par les lumières bleues des casques des créatures qui se massaient au bas des bâtiments. L'une d'entre elle était formée différemment et se tenait sur ses deux pattes, ses pieds ressemblant aux sabots d'un bouc ; elle se frayait tant bien que mal un passage dans la foule compacte et laissait échapper des cliquetis agacés. Ses tentacules bougeaient frénétiquement autour d'elle alors qu'elle se précipitait vers le seul beau bâtiment qui s'élevait plus loin. De ses trois doigts, l'alien tenait son casque en main, attendant jusqu'au dernier moment pour le remettre. Il connaissait bien la règle : seule la reine pouvait être à visage découvert. Eux n'étaient que ses misérables serviteurs.

Quand l'alien arriva devant les lourdes portes, l'une des créatures postées, arme en main, baissa sa tête vers le nouveau venu. Des cliquetis mécontents s'élevèrent avant que d'une voix sifflante, traînante, le garde s'exprima :

— Tu es en retard, Vuxgal ! La Reine s'impatiente.
— Navré, marmonna le dénommé Vuxgal. Les rapports sont arrivés tardivement.
— Cherche pas d'excuse et traîne pas sauf si tu veux te faire arracher les tentacules !

Les portes grincèrent et finirent par se replier sur elle-même, comme des millions de petits cubes qui s'élevaient vers les cieux. Vuxgal resta un instant interdit : un des techniciens également convoqué attendait. Il exprimait la même crainte que lui. Leur Reine, Shandrax, n'avait jamais été réputée pour être tendre. Et les mauvaises nouvelles qu'il apportait risquait de ne pas la satisfaire. La créature se raidit et finit par se ressaisir avant de s'engouffrer dans l'immense hall, la luminosité ambiante l'aveuglant un moment. C'était toujours un contraste déroutant entre la cité, sombre et morne, et le palais royal, lumineux et richement décorés des pierres précieuses, noires ou rouges, que les esclaves parvenaient encore à extraire. Il ralentit le rythme et baissa la tête alors qu'il arrivait à la salle du trône. Une odeur âcre s'élevaient. D'autres des siens se pressaient autour d'une alien, assise au centre sur ce qui ressemblait à un lit. Une poche organique s'allongeait dans le dos de la femelle, qui dardait un regard incandescent sur Vuxgal. Ce dernier frémit d'horreur ; il savait sa reine irascible et intolérante. Elle n'apprécierait pas les nouvelles qu'il apportait. Il se courba et attendit qu'elle lui donne l'autorisation de se redresser. Les servants de la Reine restèrent encore un moment à s'occuper d'elle et finirent par se retirer dans un silence inquiétant.

— J'attends Vuxgal ! Quelles sont les nouvelles ?
— Ma Reine, commença la créature tout en se redressant. Elle… la femelle aux cheveux rouges s'est échappée. Mais nous avons un mâle en échange.
— Ce n'était pas ce que j'avais demandé, Vuxgal ! J'avais exigé que vous me la rameniez !
— Je le sais, ma Reine. Mais…
— Il n'y a pas de « mais » qui tienne ! vociféra la Reine qui se redressa. J'ai donné un ordre et j'exige qu'il soit tenu !

Difficilement, elle s'approcha légèrement alors que des servants revenaient à toute vitesse, soulevant la lourde poche qui traînait derrière elle. Elle s'arrêta à quelques millimètres de Vuxgal, lui retira brutalement son casque et plaqua sa main contre sa tête. Vuxgal gémit de douleur. Si, dans son plus jeune âge, la connexion avec sa Reine ne lui avait jamais parue douloureuse, bien que désagréable, la connexion lui était aujourd'hui intenable. Sa Reine se liait à son esprit – chose qu'elle n'avait plus fait depuis de nombreuses décennies – afin de fouiller dans ses souvenirs. Dans son esprit, les images se brouillaient et plus aucune n'était claires. Sa Reine, en revanche, voyait très bien ce qu'il se passait. C'était comme si elle voyait à travers ses yeux, comme si c'était elle qui avait été dans cette petite pièce étriquée de surveillance, remplie d'écrans, à scruter les moindres faits et gestes des soldats qui avaient été envoyés pour retrouver cette meurtrière. Elle voyait les écrans s'éteindre les uns après les autres, à mesure que la communication se perdait, signe que certains d'entre eux étaient morts.

Une rage indicible envahit la Reine qui interrompit brutalement la connexion, ce qui arracha un autre gémissement de douleur à Vuxgal. Ce dernier recula de plusieurs pas et récupéra maladroitement son casque tombé au sol avant de le remettre. La Reine recula, sa poche remise à sa place par ses servants. Son regard irradiant restait irrémédiablement posé sur son serviteur. Sa voix, sifflante et mauvaise, s'éleva :

— Alors dites moi au moins une bonne nouvelle, Vuxgal ! Ou ce sont vos tentacules qui en pâtissent !

Apeuré, la pauvre créature se replia légèrement sur elle-même, ses membranes mouvantes tombant le long de son corps, en signe de soumission. Il hésita un instant et reprit finalement la parole, mal assuré.

— Ceux… Ceux qui sont encore sur place et qui ont le mâle, ont réussi à lui prendre un petit appareil orange qui sert à la communication. Nous… nous pouvons établir une connexion entre vous et la femelle. Vous… vous pouvez envoyez un message si vous le souhaitez.
— Alors dépêchez-vous de le faire, aboya la Reine.

Vuxgal hocha frénétiquement la tête et recula jusqu'à la porte sans tourner le dos une seule seconde à sa Souveraine. Là, un technicien l'attendait, qui parla rapidement à voix basse avant de le suivre dans la salle. Il exprimait la même soumission que Vuxgal et gardait la tête baissée. Les deux créatures attendirent un moment que leur Reine leur donne l'autorisation de parler, chose qu'elle fit en émettant un long sifflement menaçant. Ils présentèrent alors le petit appareil que le technicien avait apporté et commencèrent à établir la connexion.

— Commandant ?

La voix de Joker dans l'intercom tira Eireann de ses pensées, qui se dirigeait vers la proue. Elle étouffait dans sa cabine et avait besoin de s'occuper et de se rendre utile. Shepard releva la tête.

— Quoi, Joker ?
— On reçoit une transmission… du Lieutenant-commandant Hwang.

Quoi ? Le Commandant fronça les sourcils et ses doigts se serrèrent autour de la rambarde métallique de la passerelle de commandement. Elle se pencha légèrement sur l'avant, alors que son cœur loupait plusieurs battements. C'était impossible... Il aurait réussi à s'échapper ?

Du coin de l'œil, elle se vit, blonde, le sourire éclatant et moqueur. Elle tourna légèrement la tête pour s'observer. Un navigateur passa à côté de son hallucination sans rien dire, sans y prêter. Elle déraillait complètement.

Le beau Lieutenant a peut-être plus de ressources que tu ne le crois, susurra son hallucination.
— Je ne pense pas qu'il se soit échappé, répondit-elle à haute voix.
— Pardon, Commandant ? s'exclama Joker. Pourtant c'est bien la signature de son…
— Peu importe, coupa Eireann, alors que son estomac se contractait. Passez la communication.
— Commandant Shepard, j'écoute. Lieutenant Hwang ? C'est vous ?

Cette créature avait une voix si désagréable aux oreilles de Shandrax que la Reine mit un certain temps avant de répondre.

— Je ne suis pas le Lieutenant Hwang.
— Qui êtes-vous ? demanda le Commandant.
— Je suis Shandrax, Souveraine des Mohyl'nik, répondit-elle, hautaine.
— Qu'avez-vous fait du Lieutenant-commandant ? Et pourquoi avez-vous attaqué Sarana ? s'insurgea Eireann.

Un cliquetis menaçant s'échappa des lèvres mi-closes de Shandrax, dont le regard incandescent brilla d'une lueur malsaine. Elle ne pouvait pas voir cette femelle et heureusement ! Déjà que sa voix était horrible à entendre, elle n'imaginait qu'à peine la laideur de cette alien.

— Votre Lieutenant Hwang est une monnaie d'échange. Votre vie contre la sienne pour l'outrage que vous avez osé me faire !
— Je ne vois pas de quoi vous parlez, répliqua Shepard.
— Vous avez tué un des miens, Commandant. Et votre raid sur cette planète a abouti à la mort de plusieurs de mes enfants !
— C'est vous qui avez attaqué Sarana sans aucune raison valable, s'emporta le Commandant. Vous êtes l'unique responsable de ce massacre !

Shandrax posa son regard sur Vuxgal. Il y avait des choses que son serviteur s'était bien gardé de lui dire. Mais elle s'occuperait de son cas plus tard. Son ordre avait pourtant été simple : récupérer cette meurtrière par tous les moyens. Et même si les contacts entre les Mohyl'nik et les autres misérables races de cette galaxie étaient prohibés, elle n'avait pas ordonné une attaque contre un peuple qui n'était pas sur le déclin.

— Peu m'importe, Commandant. Vous devez payer le prix de votre crime. En échange de votre reddition, votre Lieutenant retournera sur votre vaisseau sans qu'aucun mal ne lui soit fait. Sinon…
— Sinon quoi ? interrogea Shepard. C'est une menace ?
— Probablement, Commandant, répondit sournoisement la Reine. Les choses peuvent se terminer ici et maintenant. Votre reddition contre le retour de votre soldat.

Il n'y eut pas de réponse immédiate. Puis finalement, la voix insupportable du Commandant s'éleva.

— Je refuse. Le Lieutenant Hwang sera tombé au combat mais je ne me rendrai pas pour satisfaire les caprices d'une Reine. Si vos « enfants » sont tombés, c'est parce qu'ils nous ont attaqués. Nous avons répliqué. Je ne suis pas responsable de cette situation.
— Très bien, Commandant, répondit calmement Shandrax. Mais soyez assurée que vous aurez rapidement des nouvelles de ma part.
— Joker ! Coupez moi cette communication ! ordonna Shepard.

Il y eut un grésillement et la connexion fut interrompue. La Reine émit plusieurs cliquetis inquiétants puis posa son regard sur Vuxgal. Silencieuse, presque froide, elle se leva à peine que ses serviteurs se rapprochaient déjà pour déplacer sa poche.

— Toi ! aboya-t-elle. Tu peux m'expliquer pourquoi cette meurtrière a parlé d'une attaque ?
— Vous… vous aviez dit de la récupérer par tous les moyens. Vos Lieutenants ont jugés que…
— Tais-toi ! hurla-t-elle. Cette espèce n'était pas sur le déclin, tu as permis la violation d'un traité plus ancien que nous tous réunis sans juger utile de m'en avertir avant ! Abruti ! Inconscient !

Le pauvre serviteur se replia sur lui-même. la Reine bondit sur lui, traînant sa poche derrière elle. La lueur brillante d'une lame acérée éclaira le casque de Vuxgal et une déchirante douleur envahit son être alors qu'un liquide bleu s'écoulait le long de sa tenue : elle lui avait sectionné un de ses tentacules. Shandrax attrapa le malheureux par la gorge, serrant ses trois doigts autour de son cou.

— Qu'importe désormais. J'aurai la tête de cette femme tôt ou tard, menaça-t-elle en plongeant son regard incandescent dans celui de la pauvre créature qui lui était soumise.

Les mains d'Eireann tremblaient pendant qu'Hannah observait sa fille, une légère inquiétude dans le regard. Elle avait entendu toute la discussion. Autant dire que cette reine revancharde leur poserait plus d'un soucis à l'avenir. L'Amiral s'approcha de la jeune femme et s'apprêtait à poser sa main sur l'épaule du Commandant mais cette dernière se déroba.

— Combien de temps avant d'arriver à la flotte Onisowo.
— Nous avons reçu leurs coordonnées, Commandant, annonça Traynor. Ils sont dans un autre système. Le Superviseur nous a annoncé rendre visite aux… aux Akoni. Ils nous faudra plusieurs semaines.
— Très bien, grommela Shepard. Annoncez leur notre arrivée.

Hannah s'approcha de sa fille et s'inquiéta du sort qu'elle réservait volontairement au Lieutenant.

— Nous pourrions demander l'aide de…
— Amiral, pardonnez-moi de vous interrompre, intervint IDA dans l'intercom… Nous… Nous recevons une transmission audio de Mekoça.

Le cœur d'Eireann se mit à battre à tout rompre. Désormais, elle craignait le pire. Elle regarda sa mère, sans savoir quoi faire et Hannah posa finalement sa main sur l'épaule de sa fille.

— Passez ça, IDA.
— Oui, Commandant.

Il y eut un moment de silence avant que la transmission ne se mette en place. Ce n'était pas stable et il n'y avait aucun autre bruit que celui d'une respiration régulière. Mais impossible de discerner quoi que ce soit de tangible pour le moment.

Dae Hyun avait encore du mal à émerger. Sa tête était douloureuse et ses vertèbres cervicales lui renvoyaient une fulgurante décharge électrique au moindre mouvement. Il était assis sur une chaise inconfortable, les poignets maintenus par de solides attaches de métal. Ses jambes étaient également maintenues mais lui semblaient avoir plus de liberté. Ou n'était-ce qu'une illusion de pouvoir remuer ? L'air était humide et la chaleur de la pièce où il se trouvait rendait le tout encore plus pesant. Il nota plusieurs effluves qui vinrent chatouiller ses narines. Le sang, premièrement. C'était la raison de cette sensation poisseuse sur son crâne, en n'en pas douter. Il y avait encore une odeur de terre, fortement charriée par l'humidité ambiante. Malgré la pénombre, il entendait au dehors le vent qui soufflait, sifflait et remuait les branches des arbres. Je n'ai pas quitté Mekoça ? Il n'avait, en réalité, aucun moyen de le savoir. Il rouvrit péniblement les yeux et eut un léger frémissement de surprise quand il aperçut que, devant lui, se dressait une de ces étranges créatures tentaculaires au casque en V.

Celle-ci tenait entre ses trois longs doigts décharnés quelque chose d'aussi long que les lames sacrificielles qu'il avait eu l'occasion de voir dans des holos d'Histoire. La créature s'approcha du jeune homme qui sentit l'inquiétude monter en flèche dans ses veines.

— Qu'est-ce que vous faites… ? interrogea le Lieutenant Hwang, la voix mal assurée.
— Ordre de notre Reine, répondit-il. Vous paierez le prix du refus de votre Commandant.

L'éclat de la lame éblouit un instant le soldat qui détourna le regard.

Il n'y eut rien d'autre pendant un moment que le silence. Puis des gémissements. Et des cris de douleurs. Le cœur d'Eireann se serra avant qu'elle ne hurle :

— Coupez moi ça, immédiatement !

Les cris s'interrompirent brutalement alors qu'un frisson d'horreur parcourait le corps entier de la jeune femme. La Reine l'avait prévenue : elle aurait rapidement de ses nouvelles. Mais elle n'aurait jamais imaginé qu'elle soit capable d'ordonner de telles ignominies. Hannah ferma les yeux et soupira.

— Que comptes-tu faire ?
— Rien, souffla Eireann, dont la colère dansait à nouveau dans son regard. Nous nous rendons chez les Onisowo et nous ne changeons pas de destinations.
— Et le Lieutenant Hwang ? s'enquit l'Amiral.
— Tombé au combat. Je ne peux rien faire pour lui, trancha sèchement sa fille.

Eireann tourna le dos à sa mère et croisa le regard moqueur de son autre « elle ». Elle avait déjà un trop lourd tribut à payer et ne voulait pas risquer sa vie en allant sauver le Lieutenant.