20.
Revenant sur la passerelle, Raï se dirigea d'abord vers le poste de Warius.
- J'ai à nouveau été nourrir ce grand oiseau noir, commandant. Il a quasi vidé nos réserves de poisson.
- Bien.
- Quand allons-nous repartir ? Cela fait des jours déjà que le petit a été transféré sur le sol de Jura !
- Son père et cette Clio veillent sur lui. Nous ne reprendrons notre vol que lorsqu'il se sera réveillé.
Warius se leva.
- Je te confie le Karyu, Marina. Moi je vais sur Jura !
Sorti du sommeil par des éclats de voix, reconnaissant parmi elle celle du commandant du Karyu, Albator mit un moment pour observer son environnement.
Après des jours de veille, il se souvenait vaguement avoir tenu autant que possible au chevet de son fils mais l'épuisement avait fini par avoir eu raison de lui car il n'avait aucun souvenir d'avoir regagné la chambre que Pline avait mise à sa disposition à l'étage de sa maison.
Se levant il se dirigea vers le coin toilette où un attentionné Pline avait disposé des serviettes, un pain de savon et un grand broc d'eau à côté de la bassine.
« C'est quoi ce raffût… ? ».
Après s'être rafraîchi, le grand brun balafré avait descendu les escaliers, se heurtant presque à son hôte qui sortait de la cuisine.
- J'aurais cru que vous dormiriez bien plus longtemps encore, remarqua le Jurassien.
- Pas avec ce vacarme… Que se passe-t-il.
Pline fit la grimace.
- Disons que plusieurs des miens n'apprécient pas du tout la présence prolongée d'étrangers sur notre sol. Mais votre ami Zéro campe sur ses positions et le fait qu'aucun de vous ne bougera d'ici.
- Ce n'est pas mon ami. Et il pourrait « camper » quelques tons plus bas, ce ne serait pas plus mal !
Pline dû esquisser un sourire en dépit de son absence de bouche.
- Warius et vous êtes pareils ! décréta-t-il. Je peux vous assurer que vous n'aurez jamais meilleur ami que lui ! Venez dans la cuisine, je vais faire réchauffer des galettes de maïs puis j'irai tirer du lait à l'étable.
Les joues enflammées, les mèches en bataille, Warius revint dans la maison.
- Vous êtes obstiné, Albator, mais vous n'arrivez pas à la cheville de certains de ces Jurassiens !
- Très drôle… Vous leur avez au moins répété que nous n'avions qu'une hâte : celle de retourner sur nos cuirassés respectifs ?
- Ils trouvent le temps bien long, grommela encore Warius. Encore heureux que je n'ai pas eu à leur dire qu'un autre balafré dormait à poings fermés.
- Vous adorez vous entendre parler, cela ne vous aurait certainement pas gêné.
Albator soupira.
- Si d'ici vingt-quatre heures, Alérian n'a pas rouvert les yeux, il nous faudra quand même repartir, déclara-t-il. Nous avons beau nous déplacer en navettes occultées, il suffirait que les Erguls en envoient une à eux pour scruter la surface de la planète pour que notre présence soit trahie. Je suis d'ailleurs étonné qu'ils n'aient encore procédé à aucune patrouille.
- Ils doivent être tellement persuadé de leur supériorité dans tous les domaines, qu'ils ne redoutent sûrement rien de ces Jurassiens qui ne disposent d'aucun véhicule spatial et dont les pouvoirs ne peuvent les atteindre, compléta Warius. Mais je suis d'accord, nous avons à repartir !
- Si nécessaire, je vous confierai encore Alérian, le temps de me recomposer un équipage.
- Pas de souci. Sinon, je peux dépêcher une antenne médicale sur l'Arcadia, le temps nécessaire.
- Je ne crois pas pouvoir supporter une présence Militaire prolongée à mon bord, grinça Albator.
- Tête de mule !
Albator eut un petit gloussement amusé mais ne rétorqua rien à son interlocuteur.
Clio s'approchant, elle s'illumina soudain, ce qui provoqua un compréhensible réflexe de recul de la part du grand Pirate balafré ! Mais la Jurassienne irradia d'une lueur dorée qui n'avait rien d'inquiétant, que du contraire.
- Alérian est sur le point de se réveiller, annonça-t-elle.
Et Albator se précipita au chevet de son fils.
