Bonjour à tous, merci encore pour vos reviews sur le dernier chapitre, j'y répondrais ce week-end. J'ai aussi de longues reviews en retard, je pense que tu te reconnaîtra si tu passes par ici, promis je m'y met également ce week-end.
Bien, je ne vais pas insister plus longtemps sauf pour encore une fois vous remercier de votre soutien. Si j'ai encore un peu de temps, je posterais un autre chapitre d'ici deux ou trois jours. A voir.
J'espère que cette fiction vous plait toujours, en tout cas, elle coule toute seule pour moi donc ça fait déjà une heureuse !
Rimbem.
« Terre-lune Terre Lune, Terre Lune
Ce soir j'ai mis mes ailes d'or
Dans le ciel comme un météore
Je pars
Terre Lune, Terre Lune
J'ai quitté ma vieille atmosphère
J'ai laissé les morts et les guerres
Au revoir
Dans le ciel piqué de planètes
Tout seul sur une lune vide
Je rirai du monde stupide
Et des hommes qui font les bêtes
Terre Lune, Terre Lune
Adieu ma ville, adieu mon cœur
Globe tout perclus de douleurs
Bonsoir. »
Boris Vian
Le début de la semaine s'écoula particulièrement lentement pour Harry. Il avait quitté le Manoir le dimanche soir après avoir eu un débat houleux avec le fils Malfoy afin d'isoler si oui ou non leur ancien Maître des Potions avait un côté romantique. Force était de constater qu'il avait plié devant les arguments de Draco mêlant à la fois le concept de penseur maudit et selon son idée une histoire d'amour passionnée mais impossible que Severus Rogue aurait vécue dans sa jeunesse. Harry avait mollement contesté la démonstration, sans avoir osé avouer qu'il pouvait même donner à Draco le nom de la femme concernée : sa mère et la durée de l'attachement de Snape : toujours. Il avait donc gardé pour lui cette information afin de ne pas alimenter une déduction déjà bien trop avancée pour ne pas être dangereuse. Saleté de serpent : mieux valait garder quelques données pour lui pour l'instant même si une petite voix au fond de sa conscience lui disait qu'une telle information pouvait servir dans leur quête. On ne savait jamais avec un Malfoy.
Celui-ci lui avait promis d'effectuer quelques recherches sur le sortilège de Voldemort mais il semblait toujours y avoir une zone d'ombre dans ses explications, soit délibérément, soit indépendamment de sa volonté. Après tout, le blond était expert en potions (Harry pouvait en témoigner, il pouvait enfin se rendre au travail sans tourner de l'œil), pas en sortilèges. Peut-être le brun devait-il en parler à Hermione, particulièrement douée dans cette matière ? Il est vrai que cela aurait été le plus simple. Mais au-delà d'une potentielle houleuse collaboration entre la jeune femme et Malfoy, Harry ne pouvait ignorer le doucereux trait de pensée qui s'insinuait en lui : il voulait trouver la solution à ses maux tout seul, afin de prouver qu'il en était capable et surtout, il ne voulait pas partager Draco Malfoy. Comme un enfant vient d'avoir un nouveau jouet, Harry Potter refusait de prêter. De plus, contrairement aux mois passés, il se sentait mieux au quotidien, ce qui était, de son propre avis, l'effet conjugué des potions et l'idée selon laquelle ils allaient bientôt régler le fond du problème. L'espoir semblait faire des miracle ! Ainsi, se passer de l'aide de ses deux meilleurs amis paraissait la solution la plus simple : il évitait de leur causer souci et de manière générale, sa meilleure mine avait tué dans l'œuf la plupart de leurs questions potentielles sur sa maladie. Ron, discret, devait se dire qu'il avait trouvé une solution tandis qu'Hermione se contentait de regards en coin équivoques du genre : « je ne sais pas ce que tu mijotes et je ne cautionne pas ton attitude » sans aller plus loin pour l'instant.
C'est sur cette pensée confortable qu'Harry se prépara à quitter chez lui. On était mardi soir et Ron l'avait invité à aller partager une Bièraubeurre dans un pub sorcier du Chemin de Traverse fréquenté par de nombreux anciens camarades. Il y retrouverait probablement Neville, Seamus et de nombreux autres élèves de Poudlard. Ce n'était pas toujours une sinécure, notamment quand il croisait un Colin Creevey déterminé à lui faire connaître les bonheurs du sexe entre hommes, ce à quoi Harry n'était pas particulièrement sensible, notamment quand le jeune photographe faisait partie de l'équation. Toutefois, malgré les attitudes discutables de certaines de ses connaissances, Harry voyait ces sorties comme autant de bouffées d'air frais.
Harry transplana et arriva, comme d'habitude, avant Ron devant la taverne communément nommée « The licorice Licorn ». De la musique passait sous les battants de la porte tandis que quelques fumeurs s'aggloméraient contre les cendriers, cherchant une chaleur absolument inexistante dans cette soirée fraîche londonienne. Engoncé dans son écharpe, le brun réussit à atteindre l'entrée sans susciter les chuchotements habituels. Il prit place à la table qu'ils avaient coutume d'occuper et retira sa cape d'extérieur, commandant immédiatement de quoi se réchauffer. Son ami ne tarda pas et en réalité il eut à peine le temps de retirer sa main du banc qu'une tornade rousse s'y affalait.
« Rah, j'en peux plus de ces abrutis du Ministère de Régulation des Affaires Moldues. Incapables de gérer trois boucs transformés en tapis…J'ai dû aller en fin de service chez la pauvre vieille qui se plaignait que ses carpettes bêlaient avant qu'elle ne devienne… chèvre si tu vois ce que je veux dire » lâcha d'un traite le plus jeune fils Weasley tandis qu'Harry éclatait de rire. Il ne savait pas vraiment si Ron avait un don pour les jeux de mots ou si ils y réfléchissait par avance mais après tout, l'important était qu'Harry avait toujours été un excellent public pour ce genre de facéties.
Ils furent bien vite rejoints par Neville et Luna et rapidement, les verres s'enchaînèrent. Qu'ils aient quelque chose à raconter ou non n'influait que peu sur la discussion : on assistait simplement ici à une réunion entre amis comme il s'en passe des millions chaque soirs dans le monde. Mêlant souvenirs communs et anecdotes récentes, la soirée coulait de manière prévisible et agréable, drainant en son sein toutes les attentes d'Harry. C'est donc légèrement aviné qu'il rentra chez lui, titubant sur le perron du Square et arrachant à Kreattur un haussement de sourcil méprisant.
Harry s'attendait presque à voir sa nouvelle connaissance assise dans son fauteuil en rentrant mais il n'en était rien. Le salon était désespérément vide. Etrangement il en ressentit presque un manque : il aurait volontiers échangé quelques piques bien senties avec son ennemi, le tout soupoudré d'une haleine alcoolisée. Il s'affala donc devant le feu qui crépitait dans l'âtre et bien vite, Morphée l'attrapa dans ses bras pour le conduire vers d'autres contrées avant qu'il ne puisse envisager une quelconque retraite vers son lit, un étage plus haut.
Un Poudlard presque en ruine se dressait devant lui. Seule semblait avoir survécu la tour d'Astronomie qui dardait fièrement vers le ciel son toit pyramidal. Les corps qui l'entouraient sentaient une odeur rance, comme s'ils étaient là depuis longtemps sans que personne n'ait cherché à leur donner une sépulture. Harry refusait de regarder vers eux : il était sûr d'identifier encore une fois le visage d'un être cher. Refusant de rester dans cet endroit maudit, le brun décida d'avancer vers le château. Il était persuadé que quelque chose l'attendait là-bas. Brusquement transporté dans le hall de l'antique demeure, le Gryffondor se rendit compte que ses pieds nus étaient couverts de blessures ainsi que ses mains. Son pantalon était si déchiré qu'il tombait en lambeaux de toute part. Il ressemblait à s'y méprendre à un vagabond. Désespéré, il osa un appel avant de se rendre compte qu'il était aphone. Un vent de panique submergea alors complètement son esprit. Hurlant sans bruit, il commença alors à griffer sa gorge désespérément comme si le fait d'arracher ses cordes vocales allait l'aider à leur redonner un souffle de vie. Il allait parvenir à se faire éclater la trachée quand une douce musique s'éleva de derrière un rideau pourpre qu'il n'avait jusque là pas remarqué. L'alcôve à sa droite était pourtant neuve, comme si elle avait été épargnée malgré tout les débris qui l'entouraient. Le brun se demanda un instant comment il avait pu l'ignorer. Peut-être n'était-elle-même pas là quand il était entré en réalité. Sanguinolent, il ouvrit avec crainte le rideau qui semblait peser beaucoup trop lourd par rapport à la hauteur du pan de tissu. Ignorant ce détail tout comme il ignora son brusque passage dans une pièce souterraine sentant le moisi complètement différente de la précédente, Harry avança ses mains vers un vieux tourne-disque. Un vinyle tournait lentement en expiant une musique infernale, Christus Victor de Bach d'après l'étiquette écornée. Soudainement épuisé, le Gryffondor tomba à genoux dans la poussière. Son corps resta alors ici, désarticulé, disloqué, tandis que son esprit entrait dans la musique. Il devenait bruit, il devenait son, il devenait Tout. Et brusquement, il disparut dans un cri de douleur pur.
Harry s'éveilla en sursaut. Des larmes avaient coulé le long ses joues, formant une croûte désagréable et salée sur leur chemin. Son cœur battait douloureusement au fond de sa poitrine, tapant dramatiquement contre ses côtes. Jetant un coup d'œil à l'horloge, complètement perdu et paniqué il hésita à appeler Ron ou Hermione. Cela faisait plusieurs mois qu'il n'avait pas rêvé d'une manière si réelle. Il pensa aussi à Malfoy qui lui avait bien demandé de le prévenir de toute modification dans son comportement mais il ne pouvait décemment pas se présenter chez le Serpentard à une telle heure de la nuit. Surtout pour un cauchemar. Nul doute que le blond allait le renvoyer en lui proposant les services d'une nanny. Renonçant à chercher du réconfort chez quiconque, c'est seul qu'il gravit ses escaliers et se glissa dans son lit comme un pénitent va à la galère. La nuit promettait d'être longue.
Pendant ce temps-là, l'héritier Malfoy se trouvait dans la même position à plusieurs centaines de kilomètres de là. Il venait d'être brusquement réveillé dans son sommeil par un poids sur la poitrine. Une puissance magie opérait. Sondant la pièce autour de lui avec sa baguette en main, il allait se lever quand une elfe pénétra dans sa chambre. Elle chuchota :
« Le maître est éveillé ? »
« Oui. » répondit simplement le blond.
« Greekle est venue demander au Maître de l'aide. C'est pour le petit salon, Monsieur. Quelque chose ne va pas. »
« Quel est le problème, parle ! »
« Le tourne-disque Monsieur. Greekle a bien essayé de l'arrêter mais il ne veut cesser de diffuser de la musique. Pourtant, Greekle a bien essayé avec ses pouvoirs, comme Monsieur l'a autorisée à le faire en cas de nécessité. »
Etrangement, Draco Malfoy sentit son sang se glacer. Ce n'était pourtant pas le première fois qu'un objet magique faisait des siennes. C'était même courant quand on avait affaire à des artefacts dont la naissance était moldue. Ils supportaient souvent mal le transfert d'un monde à l'autre et devaient régulièrement être ensorcelés de nouveau pour fonctionner pleinement. Mais ce tourne-disque était différent : créé par un illustre musicien, il avait la fâcheuse tendance de jouer quand un Malfoy ou l'un de leurs apparentés était en danger plus ou moins immédiat. Voldemort avait toujours cru qu'il chantait pour lui et, flatté l'avait laissé dans le salon principal. Il n'en était rien et les 3 Malfoy s'étaient bien gardés de le lui dire : il n'avait en réalité cessé de fonctionner entre la fin du Tournoi des Trois Sorciers en 1994 et la mort de Lord Voldemort en 1998.
Dès lors il s'était tu sauf quand Draco le lui en avait donné l'ordre. Il lui arrivait encore parfois de prendre quelques libertés mais Draco savait que c'était avant tout dû à son côté irrévérencieux, voire carrément capricieux. Une fois, plus jeune, il avait voulu engager un vinyle des Who sur la platine : l'appareil l'avait tout simplement rejeté comme un vulgaire tube de l'été.
Alors pourquoi s'allumait-il en plein milieu de la nuit ? Narcissa l'avait contacté le jour précédent et elle semblait aller pour le mieux. Son père n'était plus de son monde. Lui-même ne se sentait pas en danger plus que de coutume. Quant à de potentiels « apparentés », il y avait-il encore une seule personne liée à l'illustre lignée Malfoy ?
« Greekle. »
« Oui ? »
« Que joue le tourne-disque ? »
« Je ne sais pas vraiment Monsieur. »
« Réponds-moi. »
« Du Bach, Monsieur. »
« Bien. » répondit le jeune Malfoy avant de se lever de son lit. La nuit était terminée.
« Je suis vide. Je n'ai que gestes, réflexes, habitudes. Je veux me remplir. C'est pourquoi je psychanalyse les gens. Mais mon tonneau est un tonneau des Danaïdes. Je n'assimile pas. Je leur prends leurs pensées, leurs complexes, leurs hésitations, et rien ne me reste. Je n'assimile pas, ou j'assimile trop bien …, c'est la même chose. Bien sûr, je conserve des mots, des contenants, des étiquettes ; je connais les termes sous lesquels on range les passions, les émotions mais je ne les éprouve pas. » Boris Vian
