Chapitre 20 : Cent fois bonne nuit.
- Alors.
- Alors.
Katie et moi étions allongées l'une à côté de l'autre dans son lit à baldaquin comme les meilleures amies du monde, partageant ensemble sa couverture Snoopy délavée et une boite de dragées surprises. Alicia et Angelina n'étaient pas encore revenues de la fête de sorte que, même s'il était deux heures du matin, nous avions le dortoir pour nous seules.
L'ennui était que Kats n'utilisait pas franchement cette situation à bon escient.
- Katie, commençai-je à m'agacer.
- Je me sens mal. Il ne sait pas que je suis au courant, et je…
- Tu parles de Dubois ?
Elle hocha lentement la tête, et je senti ma colère pour lui refaire immédiatement surface au simple fait d'avoir prononcé son nom. Katie dut le sentir, car elle m'intima d'une voix apaisante :
- Ne le juge pas si vite Andy. Il y a des choses que tu ignores à son sujet.
- A qui la faute ? répliquai-je d'un ton amer. Oh oui ! C'est la sienne étant donné qu'il s'est donné pour mission existentielle de m'éviter à tout prix !
- Arrête d'être aussi dramatique, me supplia t-elle en levant les yeux au ciel.
Elle plongea la main dans la boîte de dragées et en sortit les précieuses friandises multicolores qu'elle mâcha une à une avec le plus grand soin. Je soupçonnais qu'elle soit juste en train d'essayer de gagner du temps.
- C'est juste une partie de sa vie dans laquelle il préférerait ne pas t'impliquer.
- J'ai tendance à penser que je suis déjà sacrément impliquée Kats.
- Et c'est pour cela que j'ai décidé d'intervenir, alors calme toi, a-t elle expliqué, me jetant un regard sévère.
Je m'apaisai un peu. Après tout, elle avait raison. Katie était le genre de personne à emporter ses secrets dans la tombe, me confier ceux de Dubois, quels qu'ils soient, n'était pas une mince affaire, et je savais que c'était difficile pour elle.
- Désolée, murmurai-je en mangeant quelques dragées.
- Alors ? commença Katie d'une voix hésitante. Qu'est-ce qu'il ta dit ?
- A propos de Claire ?
Elle hocha la tête et j'ai soupiré :
- Pas grand-chose. Le peu que j'en sais, j'ai dus le lui arracher. Mais depuis ce soir, je sais qu'elle était sa petite sœur, et qu'elle est morte lorsqu'elle avait sept ans.
- Tu sais comment ? hasarda-t-elle, et je secouai la tête, ce qui la fit détourner le regard un bref instant. C'est ce que je pensais.
Son teint était pâle à faire peur, ce qui n'augurait rien de bon pour la suite. Des tremblements, presque imperceptibles secouaient son corps et elle se tordait les mains comme si elle bataillait avec elle-même pour savoir s'il était judicieux de poursuivre cette conversation.
- Katie… qu'est ce qui…
- Elle a été attaquée par un loup garou, m'avoua-t-elle finalement d'une voix calme. Je l'ai su par hasard… j'ai vus les photos…
Sa voix se brisa en même temps que mon propre cœur. Pendant un instant, elle ferma les yeux comme si le simple fait d'évoquer ces photos les faisaient rejaillir devant elle.
- J'ai vomi après les avoir vus… je ne pouvais pas.
Je la regardais en silence, choquée. Mon corps entier était engourdi. C'était sans doute stupide, mais pour la première fois depuis que j'avais entendu parler de Claire, je compris qu'elle était une personne. Pas un simple nom, ni une entité abstraite, mais une véritable personne qui avait vécue, parlé, rit et respiré. Puis la dure réalité me frappa : elle était morte à sept ans. J'étais incapable de bouger et c'est au prix d'un effort draconien que je parvins à demander :
- Comment... quand t'as-t-il…?
- Un jour, nous rentrions de l'entrainement, commença-t-elle aussi secouée que je l'étais. Je me plaignais, parce que je suis fille unique, puis on a commencé à parler de frères et de sœurs et il m'a avoué qu'il avait une sœur, mais qu'elle avait eu une sorte d'accident quand il avait dix ans. Je n'ai pas voulu lui en demander plus, il avait l'air déjà tellement accablé, mais j'étais curieuse, donc j'ai fait quelques recherches et j'ai découvert que c'était lié à une attaque de loup garou.
Elle délaissa la boîte de dragées qu'elle posa sur sa table de nuit avant de s'assoir en tailleur au milieu du lit :
- J'ai plus ou moins oublié cette histoire, jusqu'à ce que je rentre chez moi pour les vacances. Il y avait des dossiers liés aux études de mon père…
J'hochai la tête, sachant où elle voulait en venir : le père de Katie travaillait au ministère et était spécialisé dans les attaques de loups garous et la réhabilitation de ces derniers dans la société. Par conséquent, il avait des dossiers détaillés sur toutes les attaques répertoriées dans le Royaume Uni et le cas de Claire Dubois ne devait pas y faire exception.
- Quoi qu'il en soit, poursuivit Katie en tremblant. C'était horrible, mais j'imagine que ça ne te donne pas toutes les réponses que tu attends : vois-tu, le truc à propose de Claire, c'est qu'elle te ressemblait un peu.
Elle releva le regard vers moi et me dévisagea un long moment :
- Impulsive, aventureuse et très : j'agis et je réfléchis aux conséquences après. En tout cas, c'est ainsi qu'elle était décrite dans le rapport d'enquête. Dubois avait même fait allusion à un accident qu'elle avait provoquée et où elle avait faillis mettre le feu à la maison de leurs voisins, mais je n'ai fait le rapprochement avec toi que bien plus tard.
Je suis restée silencieuse, dévisageant les dragées dans le creux de ma main, sans vraiment les voir. Je m'étais bien dit qu'il devait y avoir un rapport entre elle et moi…. Que peut être, je la lui rappelais. Mais, ça n'expliquait pas pourquoi il avait ce besoin obsessionnelle de tout contrôler en permanence.
Sa sœur était une tête brulée, bien sûr, mais ce n'était pas comme si elle est était morte à cause de ce trait de caractère! A moins que…
Mon cœur se serra un peu plus :
- Il y a autre chose pas vrai ?
- Je ne connais pas tous les détails, mais d'après ce que j'ai appris dans les dossiers de mon père, tous deux jouaient à l'extérieur lorsque s'est arrivé. Leur mère était dans la maison et c'est Olivier qui surveillait sa sœur. Elle l'a en quelque sorte convaincue d'aller dans les bois qui sont derrière chez eux. Elle s'y est enfoncée et il l'a suivi. Ils ont fini par se perdre.
J'ai ruminé cela durant les quelques instants où Katie resta silencieuse. Assemblant petit à petit le scénario dans ma tête, puis, la réalité m'a frappée durement :
- Attends, parvins-je à articuler. Tu… tu veux dire que…
Elle ferma les yeux et pendant un moment je ne fus plus capable de prononcer un mot, trop horrifiée à l'idée de poser à voix haute, la question qui me taraudait l'esprit :
- Il a assisté à l'attaque ?
- A chaque seconde.
Mon estomac se tordit et la bile me monta à la gorge.
Les attaques de loups garou étaient réputées pour être d'une extrême violence, sauvages, dévastatrices, barbares et sanglantes. L'idée que la victime soit une petite fille de sept ans et surtout d'en être le témoin directe…
- Oh mon Dieu.
- Je sais, je sais. Il m'a fallu des mois pour ne plus penser constamment à ces photos. Je ne peux même pas imaginer…. Merlin, il n'avait que dix ans ! Le fait qu'il ait assisté à ça….
Elle frissonna et bâti rapidement des paupières pour chasser les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux.
- C'est horrible. Je serais devenue complétement folle si j'avais dus vivre un traumatisme pareil. Mais le pire dans tout ça, c'est qu'il se le reproche.
Tout prenait un sens à présent. Sa mère l'avait chargé de veiller sur Claire et ils avaient enfreins les règles, brisées les interdits et elle en était morte. Assassinée, déchiquetée, il avait été témoin de cet effroyable crime :
- Il avait dix ans, murmurai-je d'une voix chargée d'émotion. Qu'est-ce qu'il aurait pu faire ?
- Rien sans doute. Mais tu penses que ça va l'empêcher de croire que c'est sa faute ? On parle d'Olivier, Andy.
Chaque dispute, chaque insulte, chaque remarque acerbe dont j'avais pu l'accabler me revint en mémoire. Je repensai à cette nuit où nous avions été enfermés dans le placard à balais. Je lui avais dit qu'un jour, il se passerait quelque chose dans sa vie contre laquelle il ne pourrait rien faire, qu'il serait totalement impuissant face à cela…
Sans que je le sache, cette chose s'était déjà produite. Je me sentis mal, égoïste et tellement mesquine. Si j'avais sus…
- Ça change beaucoup de choses.
- Ça change ton point de vue sur lui ?
J'ai hoché la tête en silence. En voyant mon expression accablée, elle essaya de me rassurer :
- Tu ne savais pas Andy.
- Ça n'excuse rien…
- Tu ne savais pas, répéta-t-elle en posant une main compatissante sur mon épaule. Et Olivier ne voulait pas que tu le sache. Merlin, je suis sûre qu'il ne veut pas que les gens le prennent avec des pincettes pour le ménager chaque fois qu'ils sont avec lui.
Son expression était sérieuse tandis que son regard, qui reflétait douceur et détermination, se fixait dans le mien :
- Tu n'as rien fait de mal, d'accord ? Je t'ai parlé de cela, parce que je te voyais faire toutes sortes d'hypothèses, tu partais dans tous les sens et j'ai vu à quel point tu étais affectée. Je me suis dit que, ça t'aiderais à mieux le comprendre, mais je ne veux pas que tu te mettes à regretter tout ce que tu as pu lui dire, car dans ce cas, je ne t'aurais pas rendu service.
J'hochai la tête sans grande conviction ne prêtant plus vraiment attention à ce qu'elle me disait. J'avais été une chienne. Une arrogante, égoïste, vile et prétentieuse chienne. Bien sûr, Dubois ne s'était pas vraiment conduit comme un modèle de gentillesse et d'amabilité avec moi, mais après ce qu'il avait traversé, qui aurait pu l'en blâmer ? Par Merlin s'il me l'avait dit… s'il y avait fait la moindre petite allusion, jamais je n'aurais…
Je soupirai et laissai tomber ma tête entre mes mains. Ce qui est fait est fait. Je ne pouvais pas changer le passé et l'empêcher d'être tourmenté par celui-ci… mais je pouvais changer son avenir, et la meilleur façon d'y parvenir était évidente : mettre un terme à tout ce qui se passait entre nous.
Restez loin de lui, mettre de côté toutes les idées non platoniques et ignorer les sentiments étranges qu'il faisait naître en moi, jusqu'à ce qu'ils disparaissent aussi vite qu'ils étaient apparus.
L'idée de lui faire revivre cet horrible cauchemar -même si ce n'était pas volontaire-, par ma seule présence, m'était insoutenable. Aussi pour son bien, j'avais pris ma décision et je m'y tiendrais : c'était fini.
- Hey, dit Katie en pressant doucement mon épaule pour me faire sortir de mes pensées. Son expression était sérieuse et son regard méfiant. Ne me fais pas regretter de t'avoir dit tout ça. Promet moi que tu ne vas pas renoncer à le faire sortir de sa carapace pour qu'il s'ouvre à toi.
Je lui offris un sourire larmoyant pour masquer mes véritables intentions :
- C'est promis, mentis-je.
Elle semblait sceptique et me fixa d'un regard insistant :
- Je suis sérieuse Andy. Si tout tombe à l'eau parce que tu commences à l'éviter, je ne me le pardonnerai jamais. En fait, je me jetterai de la tour d'Astronomie, et tu auras la mort de la douce, fragile et délicate Katie Bell sur la conscience, a-t-elle fini par me taquiner, mais son demi-sourire ne parvint pas à me faire changer d'avis.
Puis, elle me saisit par les épaules, et d'une voix aussi ferme que la poigne de ses mains, elle déclara :
- Tu n'es pas Claire. Tu la lui rappelle peut-être, mais tu n'es pas elle. Tu es Andy et il finira par s'en rendre compte. Donne-lui juste une chance d'apprendre à faire la différence.
Je détournai le regard, sachant qu'elle verrait clairement mes réelles intentions si je lui en laissais le temps.
Un long silence s'ensuivit, du moins, jusqu'à ce que la porte de notre dortoir s'ouvre à la volée.
- Mesdames et Messieurs ! Vous avez devant vous la première championne du jeu du Risque que cette école ait connue ! claironna une voix atrocement forte.
En quelques instants, la chambre fut prise d'assaut par une Alicia totalement ivre qui vacillait jusqu'au lit de Katie. Devant notre manque d'entrain, elle posa ses mains sur ses hanches d'un air sévère et d'une voix irritée, elle nous reprocha :
- Allo ?! Normalement, c'est le moment où la foule est en délire !
- Ouais ! Whoooo ! acclama d'un ton trop enjoué pour être vraiment sincère Angelina.
Elle entra à son tour dans le dortoir et avec une expression ennuyée, demanda :
- Tu veux bien me dédicacer ma petite culotte ?
- Ce n'est pas parce que tu détestes ce jeu, que je ne viens pas pour autant d'accomplir un véritable exploit !
Angelina renifla et nous regarda d'un air désespéré :
- Elle est encore plus bête quand elle est ivre.
Cependant, devant nos visages fermés et nos regards graves, son front se plissa :
- Est-ce que tout va bien les filles ?
- Ouais, tout va très bien, déclara Katie avec un haussement d'épaules, bien que sa voix sembla trop détachée pour être honnête.
Visiblement peu convaincue, l'attention d'Angelina se reporta sur moi :
- Andy ?
- Il n'y a pas de problème, affirmai-je d'une voix tout aussi peu convaincante.
Je vis alors de mes propres yeux Angelina passée de la fille fêtarde et détendue à la préfète ultra rigide et suspicieuse qu'elle était dans environ quatre-vingt-dix-neuf pourcent du temps.
- Alicia !
- Quoi ?
- Peut tu arrêter ta petite danse de la victoire et ramener tes fesses par ici ? J'aimerais que tu me confirme que Andy et Kats mentent, demanda Angelina sans nous quitter du regard.
- Je ne fais pas une danse de la victoire Angie, je salue le soleil et lui présente mes respects ! Autrement dit : je suis occupée ! s'agaça Ali.
- Il est deux heure trente du matin, il n'y a pas de soleil à saluer.
- Ugh , très bien, grogna Alicia en s'approchant d'un pas titubant jusqu'à nous.
Elle prit place à côté d'Angelina et croisa ses bras sur sa poitrine d'un air sévère.
- Qu'est ce qui s'est passé ?
Je soupirai :
- Rien, vraiment, nous sommes juste…
- Lee m'a demandé de sortir avec lui, coupa Katie, ce qui fit converger nos regards sur elle.
- Quoi ?! résonnèrent nos trois voix en même temps, puis je réalisai sa tentative de diversion et que pour que cela fonctionne je devais entrer dans son jeu en faisant semblant d'être déjà au courant :
- Je veux dire…. Tu ne leur avais pas encore dit ?
- Je n'en ai pas vraiment eu l'occasion, admis t-elle en se frottant la nuque d'une geste nerveux. C'est arrivé juste avant que j'arrive à la salle commune et c'est là que je t'ai entendu te disputer avec Olivier…
- Tu t'es disputé avec Olivier ? demanda Angelina intriguée.
- Je me dispute tout le temps avec Olivier. Kats tu devrais peut être leur raconter, pour qu'elles soient au courant elles aussi…
Je me sentais coupable de me servir de ma meilleure amie pour détourner la conversation, mais je n'avais pas tellement le choix et s'était l'idée de Katie en plus. Je ne faisais que suivre son plan.
Immédiatement, Alicia et Angie reportèrent leur attention sur Katie qu'elles prirent dans leurs bras pour la féliciter, mais elles furent rapidement repoussées :
- Les filles, calmez-vous, j'ai dit non.
- Quoi ?!
- Quoi ?!
- Quoi ?!
Cette fois, je ne n'avais aucune excuse pour expliquer ma surprise, mais je n'en n'eus pas franchement besoin étant donné que les filles étaient totalement focalisées sur Katie.
- J'ai… j'ai dit non, répéta-t-elle maladroitement en haussant les épaules.
- Je pensais qu'il te plaisait Kats ? demanda Angelina.
- C'est le cas.
- Donc il ne te plait plus ? tentai-je, mais Katie secoua la tête.
- Non, il me plait toujours.
Alicia posa une main sur son front dans une pose théâtralement dramatique :
- Je suis confuse là.
- C'est ce qu'il se passe quand on boit trop, marmonna Angelina qui s'attira un regard noir de notre camarade.
- Katie, sérieusement, quel est le problème ? demandai-je en ignorant Angelina et Alicia qui venaient de débuter une énième querelle.
Elle haussa les épaules en prenant soin d'éviter mon regard.
- Est-ce que c'est une manière de te faire désirer ou…
-Non, non, ça n'a rien à voir. Je…
Elle semblait hésiter à poursuivre sa phrase, batailla un instant avec elle-même, puis, son regard rencontra enfin le mien et elle avoua :
-Je ne veux pas gâcher ça.
- Gâcher ça quoi ?
Son regard se détourna à nouveau :
- Le fantasme.
- Le fanta , je me suis arrêtée là, alors que je réalisais où elle voulait en venir. Katie…
- Je sais, gémit t-elle enfouissant sa tête dans ses mains.
Voici une chose important concernant Katie : elle est la personne la plus romantique et la plus délirante que vous rencontrerez dans votre vie. Quand il s'agit des études, du sport ou de ses amis, Katie est tout ce qu'il y a de rationnelle et de terre à terre. Toujours présente pour calmer les esclandres et les ardeurs des autres, elle n'en reste pas moins délirante dès qu'il est question d'amour.
Une véritable guimauve cette fille. La vraie raison pour laquelle elle ne trouvait pas chaussure à son pied, était qu'elle ne tombait pas amoureuse d'un garçon, mais de l'image qu'elle se faisait de lui.
Elle vivait dans un autre monde où tous les garçons auraient pu être des Mr Darcy ou des Heathcliffs, mais comme elle savait qu'au fond aucun adolescent de notre génération n'était ces dandit du 18ème siècle, elle se contentait d'imaginer une folle passion avec eux sans pour autant être prête pour une vraie histoire dans le monde réel.
Etait-ce une bonne idée ? Non.
Sain d'esprit ? Probablement pas.
Etait-ce compréhensible pour une personne possédant six exemplaires différents d'Orgueil et Préjugée et idolâtrait Audrey Heptburn ? Peut-être, mais il n'empêche que ça restait un problème.
Pourtant, voir Katie, les épaules basses, le dos vouté et le regard triste comme un petit golden retriever qui aurait été abandonné dans un caniveau, sous la pluie, sans nourriture, me fis renoncer à lui dire le fond de mes pensées.
Je passai donc naturellement un bras amical autour d'elle et tentai de la consoler :
- Pourquoi suis-je aussi nul ?
- Tu n'es pas nul, tu es juste… compliquée.
Elle eut un petit rire sans joie, la tête encore enfouie dans ses mains.
- L'idiote du siècle.
- Eh ! Ça pourrait être pire, fis-je remarquer. Tu pourrais être Alicia.
Nous lançâmes un regard en direction de la blonde, ivre morte, qui hurlait par la fenêtre la règle de l'équation quadratique
- Exacte, renifla Katie.
Un ronflement bruyant résonna à travers notre dortoir et je lançai un regard par-dessus mon épaule au corps allongé et profondément endormit d'Angelina. Lorsqu'elle avait un certain taux d'alcool dans le sang, notre amie avait l'habitude de tomber dans les bras de morphée plus vitre qu'il n'en fallait pour le dire, par chance, ce soir, elle avait échouée sur son propre lit.
Je m'arrachai à la contemplation de ce triste spectacle et lançai un regard radoucie à Katie :
- On ferait mieux d'aller se coucher.
- Ouais, murmura t-elle les épaules toujours aussi voutées.
- On se sentira mieux demain, lui promis-je sans grand enthousiasme en quittant son lit pour rejoindre le mien.
- Demain ! Demain ! s'écria Alicia par la fenêtre. Je t'aime demain !
- Oh, je peux te garantir que tu n'aimeras pas demain, murmurai-je en m'allongeant sous mes draps tout en songeant à la gueule de bois qu'elle aurait à son réveil, tandis qu'elle continuait de chanter.
- Un joooouuuuur !
- La ferme ! s'écria Angelina en saisissant sa baguette sous son oreiller. Nox.
Les lumières s'éteignirent pour laisser Alicia tournoyer dans le noir complet
Elle continua de chanter jusqu'à ce qu'une vingtaine de secondes plus tard elle s'écroule sur le sol et s'endorme à même le plancher.
Angelina se rendormit peu de temps après, suivit par Katie. Trop chamboulée par les dernières révélations qui m'avaient été faites, ce ne fut qu'au petit matin que mes yeux se fermèrent.
oOoOo
Lorsque je me rendis à la Grande Salle pour le brunch, il était midi passé. Par chance, pour honorer le 150ème anniversaire de je ne sais quoi, nous n'avions pas cours aujourd'hui, ce qui me laisserait le temps de me remettre du match, de la fête, de la tequila et… vous savez, d'autres choses.
Suite à ma conversation de la veille, j'étais toujours d'une humeur massacrante ce qui dénotait avec le soleil radieux qui inondait la Grande Salle, et dont les rayons venaient se réfléchir sur l'argenterie.
- Bonjour, murmurai-je en me laissant tomber sur le siège en face d'Angelina dont le visage reposé et la mine éclatante me firent pâlir de jalousie – personne ne devrait avoir le droit d'arborer une mine aussi radieuse le matin.
- Il est treize heure, fit t-elle remarquer.
- Peu importe, me plaignis-je en attaquant le plat de crêpes avec ma fourchette.
- Bien dormi ?
Je lui lançai un regard noir :
-J'ai l'air de quelqu'un qui a bien dormis ?
- On dirait que tu as passé la nuit en enfer.
- Eh bien, prend cette observation et extrapole-la, lui suggérai-je en reprenant ma campagne de collecte de crêpes.
J'étais fatiguée, et dans ces moments-là, je m'octroyais le droit de me comporter comme la dernière des peaux de vaches.
Alors qu'Angie s'apprêtait à répondre, les mots lui restèrent en travers de la gorge lorsqu'elle concentra son attention sur un point par-dessus mon épaule.
Laissant ma fourchette en suspend à mi-chemin de ma bouche, je me tournai pour apercevoir une blonde aux cheveux mal coiffés, yeux cernés et teint grisâtre, typique d'une gueule de bois, qui traversait la grande salle pour nous rejoindre.
- Bonjour Soleil ! gazouilla Angelina lorsque Alicia s'effondra à côté de moi et laissa retomber sa tête dans ses mains.
- Mange et laisse-moi mourir, fut tout ce qu'elle parvint à marmonner.
- Tu veux un peu de pommes de terre rissolées ? Une omelette bien juteuse avec du lard bien gras ? proposa Angelina d'une voix honteusement guillerette.
- Je jure devant Dieu Johnson, grogna Alicia en regardant notre amie à travers son rideau de cheveux de style Albert Einstein. A la minute où je serais capable de faire des mouvements brusques sans risquer de vomir mon pancréas, je te tuerais.
Nullement impressionnée de ces menaces, Angie porta sa tasse de thé à ses lèvres :
- En l'attente de ce moment, je prends le risque.
- Je te hais tellement.
- La sobriété est une chose merveilleuse.
- Tu es une chienne.
- Je ne connais rien de mieux qu'un réveil sans nausées ni maux de tête.
- Est-ce que j'ai précisé qu'avant de te tuer, j'allais te faire manger tes intestins ?
- Il y a tellement de nourriture sur cette table… s'en ait difficile de choisir quoi manger…
- Andy, tu peux la poignarder pour moi, Je n'ai pas l'énergie.
Je levai les yeux au ciel sans prendre la peine de répondre. En connaissance de cause, je savais que les chamailleries d'Alicia et Angelina pouvaient durées des heures et je n'étais pas d'humeur.
Heureusement, leur petit interlude fut interrompu par l'arrivée d'un hibou, volant au-dessus de nous, et avant que je me rende compte de quoi que ce soit, une note atterrie à la droite de mes crêpes. Je la saisie et grimaçai en voyant le sirop d'érable dégoulinant de l'enveloppe- les hiboux postaux n'étaient plus ce qu'ils étaient.
Miss Wiles,
Ceci est un rappel concernant vos séances de planification pour le banquet de Gryffondor en compagnie de monsieur Dubois. Celles-ci reprendront aujourd'hui à 20H précise dans la salle de métamorphose.
Soyez ponctuelle sinon c'est moi qui ferais preuve de ponctualité en vous assignant une retenue.
Mes meilleurs sentiments.
Professeur McGonagall
Je fermai immédiatement les yeux et poussai un gémissement torturé qui en se répercutant contre les parois de ma gorge ressembla davantage au grognement d'une bête enragée.
- Est-ce que j'ai offensé les Dieux dans une vie antérieure ?
Me lançant un regard interrogateur, Angelina demanda :
- Qu'est-ce que disait cette lettre ?
- J'ai rendez-vous avec la potence à vingt heure pour la décapitation, murmurai-je.
Face à son regard lasse, je lui tendis la missive qu'elle entreprit de parcourir soigneusement de son regard vif, puis après sa courte lecture, elle reporta son attention sur moi :
- Vous vous êtes encore disputés ?
- Rappel moi : depuis que l'on se connait, quand nous est-il arrivé de ne pas nous disputer ?
- Tu marques un point, songea t elle tout en se mordillant la lèvre inférieure. Cela dit, il était assez éméché hier soir, peut-être qu'il ne s'en souviendra pas.
J'eu un rire sans joie :
- Ça me parait peu probable. Et dans tous les cas il se dira simplement qu'il en colère après moi et que même s'il ne se rappel plus pourquoi, ce sera simplement normal et certainement de ma faute, puisque c'est ainsi qu'il voit les choses depuis que l'on se connait.
- Vous voulez bien arrêter de crier toutes les deux ? grogna Alicia qui avait plaqué ses mains sur ses oreilles.
Angelina leva les yeux au ciel et entreprit de lui répondre :
- Nous parlons normalement Spinnet, ÇA… rugit t'elle en mettant ses mains autour de sa bouche en portaux voix. C'EST CRIER ! TU VOIS LA DIFFERENCE ?! Je peux le refaire si tu veux, tu sembles tellement confuse aujour… Salut Gabe !
Je regardai par-dessus mon épaule et trouvais Gabriel Harris, debout derrière Alicia et moi, observant notre trio, amusé.
-Bonjour Angelina, tu sembles d'excellente humeur ce matin.
Elle haussa les épaules :
- C'est une belle journée voilà tout.
- Effectivement, tu es allez voir le lac ?
- Non, pourquoi ?
- La glace à fondue.
- Vraiment ?!
- Oui, certains ont l'intention d'aller y faire un tour plus tard.
- Fantastique !
- Ouais, maintenant, peut être que vous pourriez aller tous les deux vous y noyer, a déclaré Alicia d'une voix faussement joyeuse.
- Alicia Spinnet, la douce et gentille fille que je cherchais, annonça Gabe en posant une main son épaule d'un air à la fois grave et faussement compatissant. Le public meurt d'envie de savoir : comment te sens-tu, après avoir été la première femme dans l'histoire de Poudlard proclamée Grande Championne du Jeu du Risque ?
- Comme une merde de dragon qu'on aurait réchauffée.
La bouche de Gabe se courba en un séduisant rictus :
- Je peux te citer ?
- Bien sûr, et tu peux citer ça aussi : va te faire foutre.
Il m'adressa un regard amusé :
- Elle est pire que toi le matin.
- Elle est irritable quand elle a la gueule de bois.
- Elle est irritable même quand elle est sobre, se plaignit Angelina.
- Elle est aussi assise avec vous et elle vous entend, grogna Alicia en relevant la tête pour dévisager Gabe. Pourquoi es-tu…mouillé ?
- Nous sommes allés nous baigner tout à l'heure, répondit-il simplement.
- Tu as déjà entendu parler d'un truc incroyable appelé : hypothermie ?
- Tu as déjà entendu parler d'un truc incroyable appelé : un sortilège de chauffage ?
Tous deux se défièrent du regard, Gabe toujours aussi détendu et amusé et Alicia comme une folle furieuse qui tentait de retenir ses pulsions meurtrières :
- Quoi qu'il en soit, finit-elle par répondre. Ça reste une idée stupide.
-Et elle sait de quoi elle parle, approuva Angelina. Alicia est la maitresse incontestée des idées stupides.
- Tu ne veux pas aller simplement te jeter du haut d'une falaise ?
- Bien sûr, dès qu'il en poussera une au milieu du château.
- Va mourir.
- Et toi, va chercher une autre insulte.
- Va polir ton badge de préfet.
- Et toi, va faire tes exercices de yoga, ça te calmera et qui sait, ta gueule de bois passera peut être.
- Va…
- Puis je vous interrompre un instant ? intervint Gabe en levant la main. Navré, mais j'ai comme l'impression que ça peut durer un certain temps.
- Quoi ? demanda sèchement Alicia.
- Oh rien, tu as juste un entretien dans quinze minutes.
Le visage de mon amie se crispa un peu.
-Un entretien avec qui ?
- Aiden.
- Aiden Krowlewitz ?
- Le seul et unique.
Ses yeux bleus s'agrandirent d'effroi mais la colère prit rapidement le pas sur la stupéfaction :
- Et tu me dis ça maintenant ?!
Loin d'être impressionné, Gabe ricana de plus en plus amusé – quant à moi, je fronçai les sourcils.
Aiden Krowlewitz était l'autre rédacteur en chef du Roublard et en soi, l'extrême opposé de Gabe : rigide, autoritaire à la limite du fasciste et surtout très à cheval sur les convenances et la ponctualité.
Le fait qu'Alicia et sa gueule de bois, habillée d'un pantalon de jogging noir et d'un pull gris taché, aient une entrevue avec lui dans à peine quinze minutes était… eh bien, hilarant pour être honnête.
- Il veut te rencontrer avant d'approuver ton arrivée au sein de l'équipe de rédaction.
- Je pourrais sérieusement te tuer, là, tout de suite.
- Tu pourrais aller te coiffer à la place.
- Andy bon sang, comment peut tu être amie avec ce gamin ? s'offusqua Alicia qui rassemblait frénétiquement ses affaires.
- On est juste trop paresseux pour changer de place en Arithmancie, répondis-je distraitement, tandis que Gabe m'approuvait :
- Indubitablement.
- Eh bien, la prochaine fois, bouge ton cul et change de place !
- Est-ce qu'elle sait que c'est toi qui a autorité sur Aiden ? demandai-je à voix basse pour être certaine que seul Gabe m'entende.
-Je ne pense pas.
- Ce n'est absolument pas professionnel ! s'alarma Alicia qui venait de passer son sac par-dessus son épaule. Quand à toi !
Elle pointa de son doigt accusateur sur Gabe qui affichait toujours la même décontraction.
- Tu n'es qu'un sale con.
- Mais un con terriblement séduisant tu en conviendras.
- Je ne conviens de rien du tout ! Tu es…
- Il ne te reste que treize minutes trésor.
Ses lèvres se sont serrées tandis qu'elle irradiait d'une rage palpable. Elle mourrait d'envie de clouer le bec de Gabe, mais pour cela il lui faudrait d'avantage que treize minutes et elle le savait bien. Aussi, elle se contenta de tourner les talons et de sortir de la grande salle au pas de course.
J'écarquillai les yeux : c'était la deuxième fois en moins de vingt-quatre heures que Gabe avait réussi à laisser Alicia sans voix.
Je lançai un regard furtif à Angelina, qui de son côté, évaluait Gabe avec curiosité.
Elle pensait clairement la même chose que moi : intéressant.
- Cette fille est un vrai rayon de soleil, commenta Gabe.
Puis, devant nos regards perçants et semblables à ceux de scientifiques au beau milieu d'une analyse sur le point de révolutionner le monde, il perdit de sa nonchalance :
- Quoi ?
- Rien, rien.
Angelina porta sa tasse de thé fumante à ses lèvres mais l'on voyait dans son regard que les rouages de son cerveau était étaient en effervescence.
-D'accord ... eh bien, je vais aller rejoindre mes amis, on se voit plus tard Andy.
- Bye Harris.
Il s'éloigna et rejoignit une bande de septième année un peu plus loin, qu'il salua en leur disant quelque chose qui les fit éclater de rire.
- Ne fais pas de plan sur la comète, m'avertit Angelina.
- Je ne fais aucun plan, la contredis-je. Je suis juste observatrice.
- Andy, Alicia est bizarre.
- Elle n'est pas bizarre.
- Une nuit, je me suis réveillée en sursaut parce qu'elle résistait les nombres premiers dans son sommeil !
- Bon, d'accord, elle est bizarre, mais je pense qu'il saurait gérer ça.
- J'en doute.
- C'était juste une idée comme une autre.
- Quoi qu'il en soit, soupira mon amie. Par pitié, n'en parle pas à Kat.
- Pourquoi pas ?
- Parce qu'elle va être obsédée par l'idée de voir ces deux-là ensemble. Tu sais comme elle adore mettre des gens qui n'ont rien en commun en couple, expliqua t'elle tout en ajoutant un peu de miel à son thé.
Avec un sourire en coin j'acquiesçai :
- Tu veux dire comme…oh je ne sais pas… toi et Fred ?
Loin de manquer de répartie, elle nuança :
- Plutôt comme… oh je ne sais pas… toi et Oliver.
Mon estomac se contracta instantanément et toute trace d'humour quitta mon visage qui se ferma.
- Ouais, bah ça c'est quelque chose qui n'est pas près de se produire.
Voyant mon changement d'humeur, son regard s'adoucit et tenta de rencontrer le mien :
- Est-ce qu'il s'est passé quelque chose la nuit dernière ?
- Comme quoi ?
- Je ne sais pas, une dispute qui serait différente de vos querelles habituelles? s'aventura Angelina.
- On se dispute depuis qu'on se connait, ce n'est pas nouveau.
- Et c'est la raison de cette triste mine ?
-Je suis juste fatiguée, avouai-je d'une voix dépitée.
- Mais bien sûr, approuva Angie, sceptique.
- C'est la vérité stricte.
Elle sembla sur le point de protester, mais une paire de bras s'enroula autour de ses épaules avant qu'elle n'en ait le temps, lui coupant au passage la respiration.
- Bonjour mon ange, lui murmura Fred à l'oreille, tout en déposant un doux baiser sur sa tempe.
- Bonjour, répondit –elle d'une voix douce.
Oh ? Alors quoi lui il n'avait pas le droit à la fameuse réplique de : il est plus de treize heure ?
- Andy, on croirait que tu as passé une nuit difficile, si je ne te connaissais pas si bien je pourrais penser que tu as fait des bêtises, vilaine fille, plaisanta Fred avec un sourire vicieux.
- Hey Fred, tu te rappelles de ce jour en cinquième année, où tu avais volé tous les sous-vêtements d'Angelina et que tu nous as convaincu de lui raconter que s'était Peeve le fautif, parce que sinon, elle t'aurait démembré ? demandai-je d'une voix faussement agréable. C'était le bon temps. Quoi qu'il en soit, je dois y aller.
J'ai rassemblé mes affaires calmement comme si je ne venais pas de provoquer un véritable cataclysme dans la relation de mes amis, puis me levai lentement :
- A plus tard les gars.
- Alors, c'était toi ?! l'égosilla Angie sans prêter attention à mon départ.
oOoOo
C'est horrible de voir comme le temps aime nous jouer de sales tours. Lorsque l'on a hâte qu'une chose arrive, il semble s'attarder, mais à contrario lorsque vous redouter quelque chose, il semble s'accélérer pour que vous arriviez à ce moment tant redouté le plus vite possible.
La journée passa à une vitesse folle et les aiguilles de l'horloge semblaient accélérer leur course jusqu'à ce qu'elles indiquent l'heure fatidique.
J'avais une quantité monstrueuse de choses à faire : un devoir en potion à terminer, ma partie du dortoir à ranger, le manche de mon balai avait besoin d'être polis et une lettre pour ma mère, que j'avais commencée à rédiger deux jours plus tôt, attendait d'être achevée.
Au lieu de cela, je me tenais debout, devant la salle de métamorphose sans avoir rien fait de ces choses, pourtant très importantes, tout cela à cause de ma foutue inquiétude.
- Aller Andy, un peu de cran, murmurai-je en posant la main sur la poignée.
Je pris une grande inspiration pour me donner un peu de contenance. Je n'avais pas revu Dubois depuis ma conversation avec Katie et je ne pouvais pas prédire ma réaction lorsque je me retrouverais face à lui. Serai-je triste ? Me sentirai-je coupable ? Le prendrai-je en pitié ? Ou alors serai-je simplement indifférente ?
Il n'y avait qu'un moyen pour le savoir.
Respirant une dernière fois à pleins poumons, j'ouvris la porte dans un geste délibérément lent, et lorsqu'enfin j'entrai dans la pièce, j'éclatai de rire.
Au milieu de la salle de cours, Dubois était assis face à un pupitre, les cheveux en bataille, les yeux injectés de sang. Il était sans le moindre doute dans un état pitoyable.
L'ombre de sa barbe- qui indiquait qu'il avait un besoin urgent d'un rasoir- contrastait avec le pâle de sa peau. Sous ses yeux se dessinaient deux poches sombres qui creusaient un peu plus les traits de son visage. Il semblait au bord de l'évanouissement et tout dans son expression, semblaient vouloir dire : je déteste ma vie.
Il était vêtu d'un tee shirt- sans doute autrefois blanc, mais maintenant d'un gris miteux, d'un pantalon de flanelle qui devait servir de pyjama et d'une paire de chaussettes sombres (il n'avait même pas pris la peine de mettre une paire de chaussures).
J'avais vu beaucoup de gens avec la gueule de bois aujourd'hui, mais Dubois était de loin le pire.
- Tu vas… ?
- Par Merlin, gémit-il en plaquant ses mains sur ses oreilles. Pas si fort.
Je mordis ma lèvre inférieure, tentant désespérément de m'empêcher d'éclater à nouveau de rire.
- Désolée, chuchotai-je en m'installant sur la chaise à côté de lui.
- Ce n'est rien, marmonna-t-il.
Il porta une main à ses yeux pour se protéger de la lumière, pourtant tamisée de la pièce. Merlin, il faisait passer Alicia pour une petite licorne comparée à lui.
- Mal de crane je présume, m'aventurai-je.
Il hocha lentement à tête puis se pinça l'arête du nez, comme s'il espérait pouvoir atténuer par ce geste le mal de tête en question.
- J'ai l'impression qu'on m'a ouvert le crane en deux, répondit-il, d'une voix rauque. Au moins, la pièce a cessée de tourner depuis quelques heures.
- Eh bien, voilà ce qui arrive quand tu bois du Whisky Purfeu comme si c'était de l'eau.
Il grimaça une fois encore :
- Evitons les mots « Whisky Purfeu » pour le moment, tu veux bien ?
J'haussai les sourcils, de plus en plus satisfaite de la situation :
- Devrait-on également éviter les mots : « jeu du Risque » ?
La prise de conscience fut instantanée :
- Merde, j'ai joué au Jeu du Risque la nuit dernière.
Il semblait vraiment surpris ce qui piqua ma curiosité.
-Tu ne t'en souviens pas ?
-Pour être honnête, c'est un peu flou.
Une multitude de questions se pressaient désormais dans mon esprit : Se rappelait t-il notre dispute ? Notre baiser ? Ou quoi que ce soit d'autre ?
- Tu te souviens de ce qu'il s'est passé après ?
La gravité de mon ton dut le surprendre car il redressa la tête et son regard rencontra le mien pour la première fois depuis mon arrivée.
- Non, pas vraiment.
Je maintins mon regard dans le sien en essayant de ne rien laisser transparaitre.
-Oh…
- Wiles, si j'ai fait quelque chose qui…
- Non, non, ce n'est pas ça. C'est juste que…
Frappée par une idée, je m'interrompis. Il ne se souvenait de rien. Il me fallait un moyen pour mettre fin à ce tango infernale qu'il y avait entre nous sans lui dire que j'étais au courant pour Claire. Une idée germa alors dans mon esprit :
- C'est juste que, nous avons pensés à tout ça.
- Ça quoi ?
- Ce ... tu sais, ce truc entre nous…
J'improvisai sans avoir la moindre idée de ce que je disais, pourtant je poursuivis.
- Nous avons parlés, et on est arrivés à une conclusion.
Il me détailla, faisant visiblement un énorme effort pour comprendre ce que je lui disais :
- Parler comme, avoir une discussion civilisée ?
J'hochai la tête avec enthousiasme :
- Oui, super civilisée ! Diplomatique même, on était comme les Nations Unis, c'était dingue.
Ses sourcils se froncèrent et son regard inquisiteur remarqua mon excès d'enthousiasme et mon stress apparent.
- Et alors, on en est arrivé à quelle conclusion ? demanda-t-il après un moment.
- Qu'on est juste amis, répondis-je.
Et ce fut à ce moment précis que le poids de ses mots me frappa. Juste amis ? Avions-nous jamais été amis ? Pas vraiment. Même avant que cette évolution romantique bizarre ne commence quelques semaines plus tôt, nous étions aux antipodes de l'amitié.
Cela entraina une houle d'émotions en moi. Je ne voulais pas ça. Bon sang, qu'est-ce que je faisais ? Mais mon esprit se referma sur le nom qui avait tout changé. Merlin, c'était si facile pour moi d'oublier Claire. J'avais toujours vu Dubois de la même manière depuis ces six dernières années, le voir différemment prendrait un certain temps.
Bien que, à certains moments ce masque sérieux et impénétrable s'était fissuré. Cette nuit-là, dans le placard, pendant une seconde, il était redevenu ce grand frère brisé par la mort de sa petite sœur et bouffé par les regrets et la culpabilité.
Peut-être que ça ne serait pas si difficile finalement.
C'est avec cette conviction que je relevai le visage et plongeai mon regard dans le sien. Il semblait amusé :
- Amis ? Est qu'il ne faudrait pas qu'on ait été amis par le passé pour ça ?
Il ne me prenait pas au sérieux. Je ne pouvais pas lui en vouloir, honnêtement combien de fois ces dernières semaines nous étions nous disputés pour finir par se bécoter la minute suivante ?
- Je suis sérieuse Dubois.
- Ok, amis alors, accepta-t-il d'une voix décontractée et légère.
- Es-tu certain de comprendre ce que ça implique ?
Il renifla toujours amusé :
-Tu veux dire pour la plupart des gens, ou pour toi et moi ?
- Justement, il n'y a pas de toi et moi.
- Ok, désolé, répondit-il en se massant les tempes pour atténuer la migraine qui semblait toujours le tarauder.
- Toi et moi, séparément…
Mon regard s'assombrit : il ne me croyait toujours pas.
Peu importe, pour le moment je ne pouvais rien faire pour le convaincre de la véracité de mes paroles, il était d'humeur désinvolte et mes efforts resteraient vins.
- Bien, passons au banquet.
Je voulais que l'on change de sujet au plus vite et ce stupide banquet allait pour une fois me servir à quelque chose.
- Que la fête commence, s'amusa Dubois en massant d'une main sa nuque visiblement douloureuse.
Je détournais rapidement le regard en voyant de ce simple geste me rappelait le massage que je lui avais fait dans ce placard à balais. Mes doigts me piquaient à cause de la furieuse envie de recommencer qui me gagnait mais je me giflai mentalement et m'intimai de retrouver mon calme. Visiblement Dubois devait être en proie au même souvenir que moi puisque son regard s'attarda justement sur mes mains :
- Dis-moi, quelles sont les chances pour que tu me fasses un autre…
- Non, le coupai-je brusquement.
Ma voix grave et dénuée de toute trace d'humour eut pour effet de faire remonter son regard jusqu'au mien. Son sourire avait disparu et avait été remplacé un regard froid et des lèvres crispées.
- Maintenant, au sujet de ce banquet, poursuivis-je en faisant fi de son regard inquisiteur. Est-ce que l'on reste sur l'idée de faire mieux que les années précédentes ou on tente juste de ne pas faire pire ?
Je sentais son regard sur moi tandis qu'il scrutait attentivement mon visage, mais je continuais de me battre avec moi-même pour ne pas décoller le nez de mon parchemin.
Plusieurs secondes passèrent dans un parfait silence avant qu'il ne se décide à me parler. Mais ce n'était pas vraiment la réponse que j'attendais :
-Parle-moi de la conversation que nous avons eu hier soir.
Cette fois, je ne pus m'empêcher de plonger mon regard dans le sien :
- Quoi ?
- Qu'est-ce que nous nous sommes dit exactement ?
Je me sentis chanceler sous l'intensité de son regard mais je me forçais à garder mes émotions sous clé :
- Je te l'ai dit, nous avons simplement…
- Oui je sais ce que tu as dit, mais qu'est ce qui nous a poussés à ça ? Combien de temps avons-nous parlé ? Quelles étaient nos arguments et nos raisons pour qu'on en arrive à cette conclusion ? Si tu veux que je prenne cela au sérieux Wiles, il va me falloir des détails.
- Non, aucun problème, je comprends, mais je te serais reconnaissante de désactiver le mode FBI.
- FBI, quoi ?
- Référence moldue, oublis, murmurai-je en agitant la main d'un geste dédaigneux. Alors comment on en est arrivés là….
Je me suis creusée la cervelle, à la recherche d'un scénario assez crédible pour être irréfutable.
- Eh bien d'abord, nous étions en chemin vers la salle commune et tu étais en colère après moi.
- Pourquoi ?
Je lui lançai un regard noir.
-Comme si tu avais besoin d'une raison.
A la seconde où ces mots franchir la barrière de mes lèvres je me sentis coupable, mais il était trop tard pour les arrêter. Merlin dire qu'hier soir je faisais mon possible pour attirer son attention et maintenant je me retrouvais à le maintenir à distance.
- Désolée, je ne m'en souviens pas vraiment. Je pense que c'était dut à tout un tas de choses en fait.
- Très bien donc j'étais en colère après toi et après ?
- Ensuite on s'est disputés au sujet de quelque chose… tu étais ivre donc plus vraiment toi-même en un sens et puis…
Les poils de ma peau se hérissèrent : il m'avait embrassé. Un baiser brulant, passionné et intense. Coincée contre un mur, je me rappelais les effluves de whisky purfeu dans sa bouche, de ses mains qui caressaient le bas de mon dos.
- Ecoute, ce n'est pas très important, l'important, c'est que nous avons parlé.
- Et de quoi ?
- Du fait qu'il serait bien plus facile de mettre un terme à ce truc entre nous, dis-je en luttant pour que ma voix garde toute son assurance. D'abord à cause du Quidditch. Pendant le match, Viper et Flint savaient qu'ils pouvaient m'utiliser pour provoquer une réaction de ta part.
Il hocha la tête en silence, mais semblait toujours sceptique.
- Continue.
- Et puis, le fait que nous passons notre temps à nous disputer et qu'on est jamais d'accord, pourrait s'avérer destructeur dans une relation, ajoutai-je à tout hasard. Et puis aussi, on est tellement différents. Je veux dire, mis à part le Quidditch, on n'a pratiquement rien à commun.
Il restait silencieux mais je voyais qu'il était anxieux, c'est probablement pour cela que j'ajoutai :
- Et puis on ne se connait pas. Il y a toutes ces choses dans ta vie que tu ne dis pas…
Son regard vacilla instantanément, mais ce fut trop bref pour que je déchiffre l'émotion qui passa en éclaire dans ses yeux.
- Tu…
Qu'est-ce que je pouvais dire ?
- Tu es super secret sur ta vie et je comprends ça. Mais je sais que ça te fais te comporter avec moi de façon bizarre. J'ignore pourquoi, mentis-je. De toute façon je n'ai pas à le savoir. Je ne suis pas ta copine et tu ne me dois aucune explication.
Maintenant, il avait l'air totalement impénétrable, ses sourcils plissés, traçaient un pli soucieux au-dessus de son nez. Il ne semblait pas en colère, ni agacé juste… renfermé. J'ai pris cela comme un avertissement et m'empressai de changer de sujet.
- Il y avait d'autres raisons, mais celles que je viens de t'énoncer étaient les plus importantes. Toujours est-il que c'était une bonne discussion qui a eu une heureuse conclusion.
Il m'a fallu un effort surhumain pour sourire et garder une voix enjouée lorsque je sortis ces derniers mots :
-Je suis juste contente que tout soit terminé.
Terminé.
Il resta silencieux durant d'interminables minutes que seul le bruit du tic-tac de l'horloge au-dessus du bureau de McGonnagall, perturba. Durant ces minutes je ne me départis pas de mon sourire, sachant qu'il comprendrait que je lui mentais s'il venait à vaciller.
Enfin, après ce qui me parut une éternité, il détourna son regard du mien :
- Tes explications sont assez détaillées pour moi.
- Vraiment ? demandai-je d'une voix neutre, bien que mon estomac semblait s'être remplit de billes de plombs.
- Ouais, a-t-il concédé alors que son regard rencontrait à nouveau le mien.
Il m'était de plus en plus difficile d'ignorer les secousses que ce simple contact visuel déclenchait en moi.
- C'est une bonne décision et je suis d'accord.
J'ignore pourquoi ces quelques mots me donnèrent l'impression de recevoir une claque en plein visage. Savoir que je devais mettre fin à quelque chose était une étape, mais voir cette chose prendre fin sous mes yeux en était une autre, et pas des moindre.
Une partie de moi voulait disséquer toutes les raisons que je venais de lui exposer et oublier simplement les dernières minutes qui venaient de s'écouler. Mais, une autre partie de moi savait que ce n'était pas une bonne idée ,et que cela ne rendrait les choses que plus difficiles.
- Donc…
Ma voix était cassée tant ma gorge était nouée, et je me forçai à déglutir pour estomper cette désagréable sensation :
- On est juste amis ?
- Amis, acquiesça t-il.
Bam.
C'était terminé.
Juste comme ça.
- Alors, c'est bon, dis-je avec un sourire tremblant.
J'attachai à la hâte mes cheveux en un chignon désordonné dans l'unique but de trouver une occupation pour mes mains qui n'arrêtaient pas de trembler. Je détournai le regard, sachant au fond de moi que, si je continuais de regarder Dubois, j'allais finir par pleurer ou j'aurais une autre réaction bourrée d'œstrogènes et terriblement embarrassante. Merde, Dubois avait fait de moi une vraie fille.
- Donc, au sujet de ce banquet.
- Place la barre.
Ses mots étaient sortis de sa bouche, aussi vifs et incisifs que l'aurait été un coup de rasoir.
-Pardon ?
- Tu as demandé si l'on essayait de faire mieux que les années passées, ou si on essayait juste de ne pas faire pire, et la réponse est : à toi de décider du niveau que tu veux imposer à ce banquet, répondit-il d'une voix aussi maîtrisée que l'aurait été celle d'un homme d'affaire en train de traiter une transaction capitale.
Aussitôt, je répliquai :
- Il est hors de question pour moi de rester assise des heures et de perdre mon temps à organiser un banquet qui s'avérera minable. Donc, je pense que l'on devrait oublier ceux des années passées et tout reprendre à zéro.
Ses yeux s'assombrirent et un éclat familier entoura ses iris noisette. Je connaissais bien ce regard. Il avait le même lorsqu'il élaborait des stratégies pour un match. C'était aussi le signal qu'il allait falloir que je gère certaines facettes de sa personnalité. Il allait devenir obsessionnel, calculateur et têtu.
- On n'est pas à un match de Quidditch Dubois, l'informai-je. On ne te donne pas une équipe de bras cassés que tu serais chargé de transformer en joueurs professionnels. Ni toi, ni moi n'avons d'expérience dans l'organisation d'un banquet.
- Oui, mais une chose est certaine, je n'ai pas l'intention de perdre du temps ici, alors que j'ai un millier d'autres choses à faire, sans me donner à fond pour qu'on y arrive.
Et pour la première fois, je compris que cette facette obsessionnelle et perfectionniste de sa personnalité n'avait rien à voir avec le Quidditch. Dubois était comme cela pour tout. Quand il entreprenait quelque chose, il se donnait à fond, et ce banquet ne ferait pas exception.
C'était étrange.
- Bon, alors sur une échelle de 1 à 10, on tente…
- On tente bien au-dessus, répondit-il dans l'instant.
- Et au-dessus comment ?
- Enorme.
- Comment ça énorme ?
- Massif.
Ok, je n'étais pas le genre de fille à trouver l'ambition entêtante séduisante, mais là je devais reconnaitre que…
Ferme la !
Je secouai la tête et tentai de garder à l'esprit que nous avions convenus - moins de cinq minutes plus tôt - que nous étions de simples amis.
- Tu sais, ça va nous demander une quantité de travaille bien au-dessus de ce que nous avions prévu au départ.
Il haussa les épaules et s'adossa au dossier de sa chaise en croisant les bras sur son torse.
- Organiser quelque chose qui serait merdique serait bien plus difficile pour moi que de mettre au point quelque chose d'utile et de plaisant pour tous.
- Tu dis cela comme si tu étais incapable de mettre au point quelque chose de merdique.
-Mais c'est le cas justement.
Le sourire en coin qu'il m'adressa manqua de faire rater quelques battements à mon cœur.
- Tu devrais te montrer plus humble.
- Ça ne me servirait pas à grand-chose et puis, je n'y peux rien si j'ai conscience de mes atouts.
Il y a encore quelques semaines, cet air arrogant et suffisant me donnait envie de l'étriper sur place, aujourd'hui, il lui donnait un côté séduisant qui me mettait dans tous mes états. Pour garder la face cependant, j'attrapai la première chose qui me tomba sous la main – ma plume- et la lui lança au visage.
Il l'attrapa d'une seule main avec aisance et arquant un unique sourcil, il s'amusa :
- Sérieux ? Je suis un gardien, Wiles.
Je feignis la confusion :
- Non ?! C'est vrai ?! Par Merlin je l'ignorais.
Il sourit, visiblement toujours amusé par notre petite joute verbale.
- Peu importe, pour en revenir à ce banquet, tu as des idées pour l'améliorer ?
Je pris le temps de méditer la question.
Améliorer le banquet… Améliorer le banquet….
Je me répétais cette phrase dans ma tête durant cinq bonnes minutes avant de soupirer :
- Je pense qu'il ne faut pas penser « améliorations » avec ce banquet.
- Comment ça ?
- Eh bien, tout à l'heure tu disais que l'on devrait reprendre à zéro et je pense que tu étais dans le vrai. Personnellement, quand je pense « Améliorer le banquet », je pense aux banquets des années passées et à quel point ils étaient ennuyeux et inintéressants. Alors, peut-être qu'il faudrait que l'on redéfinisse ce qu'est le banquet de Gryffondor à la base puis partir de ce point.
Il réfléchit longuement à mon idée puis approuva d'un signe de tête :
- Ça vaut la peine d'essayer.
Il attrapa une feuille de parchemin sur le bureau de McGonnagall et pour ma part, je tentai de ne pas laisser des brides de mon rêve de l'infirmerie refaire surface.
- Très bien, alors, a-t-il commencé à griffonner. Qu'est-ce que le banquet de Gryffondor ?
Il leva son regard vers moi, attendant visiblement une réponse.
- Euh… tu sais j'ai dit « nous », pas « je ». Je doute de pouvoir répondre à cette question seule pour toute notre maison.
Il s'apprêtait à répondre mais referma la bouche pensant visiblement à ce que je venais de dire puis, son regard s'illumina littéralement :
- Tu as parfaitement raison, approuva-t-il Une ou deux personnes ne devraient pas décider pour une maison entière.
Au début, je ne voyais pas où il voulait en venir, puis je compris :
- Tu veux demander aux Gryffondors ?
- Penses-y, l'un des principaux problème de ces banquets, c'est qu'il sont organisés de façon répétitives par des professeurs sexagénaires et à moitié séniles.
Le portrait d'un ancien professeur de métamorphose s'indigna des propos de Dubois
- Mais, si nous faisons un sondage demandant aux élèves ce dont ils ont vraiment envie ...
- Ils se sentiront vraiment impliqués et pas seulement obligés de s'y rendre, terminai-je à sa place.
- Exactement.
J'ai pris appuie contre le dossier de ma chaise et méditais un instant la question :
- Ça pourrait marcher, concédai-je finalement.
- En tout cas, ça serait un début.
En fait, c'était une excellente idée et j'espérais qu'elle porterait ses fruits, car nous n'avions pas d'autres options pour le moment.
- Je pense que ça pourrait fonctionner, affirma la voix de Dubois.
Je rencontrais son regard alors qu'il poursuivait :
- Cette histoire de planification de banquet, je pense qu'on peut réussir à faire ça ensemble. C'est vrai que jusqu'à présent on a toujours eu du mal à s'accorder toi et moi et pas seulement au sujet du Quidditch, mais je pense qu'on peut réussir cette fois-ci.
Je m'apprêtais à lui répondre, mais il m'en empêcha en ajoutant :
- Et le fait qu'on soit à présent « juste amis », rendra les choses plus faciles.
Ma bouche s'étira jusqu'à former le sourire le plus faux qui soit.
- Je pense que c'est la meilleure décision que nous ayons prit, et désolé si j'ai douté de la véracité de tes paroles tout à l'heure, marmonna-t-il en se frottant nerveusement la nuque. C'est juste que…. Je ne me rappel vraiment rien de cette conversation.
- Ne t'inquiète pas pour ça, dis-je avec mon sourire de psychopathe toujours collé à mon visage. J'aurais été sceptique moi aussi à ta place. Merlin, combien de fois nous sommes nous disputer tous les deux pour ensuite….
- Nous bécoter jusqu'à faillir s'étouffer ? plaisanta t-il.
Mon sourire vacilla mais il ne s'en rendit pas compte, du moins l'espérai-je.
- C'est ça.
J'ai sentis mes joues s'empourprer à l'évocation de nos petites séances de bécotages passées. L'air semblait s'épaissir chargé par l'électricité qui crépitait entre nous. Pour y mettre un terme je ne trouvais rien de mieux que de détourner le regard pour me plonger dans la contemplation de mes pieds.
- Il est tard, lâchai-je à la hâte bien que nous ne soyons dans cette salle que depuis une demie heure. On devrait y aller.
J'ai rapidement commencée à récupérer mes affaires que je bourrais dans mon sac de façon aléatoire en essayant d'ignorer le fait qu'il continuait de m'observer.
Mais bon sang arrête ça ! Pourquoi tu continues de me fixer ?!
Anxieuse et frustrée, j'ai voulu récupérer ma plume mais réalisai soudain que Dubois l'avait gardée dans sa main après que je la lui aie lancée à la figure quelques minutes plus tôt.
Magnifique.
Ajouter « nouvelle plume » à ma liste pour Pré-au-Lard.
- Au revoir Dubois, lâchai-je à la hâte en sachant que si je m'attardais davantage, je perdrais toutes mes bonnes résolutions, mais il avait visiblement de son côté d'autres projets et, au moment où je m'apprêtais à faire volte-face pour m'élancer vers la sortie, il attrapa mon poignet.
- Attends une seconde.
Je fermais les yeux en maudissant silencieusement ma bonne étoile qui avait dut faire ses valises depuis un bon moment.
Résistance ! me suis-je ordonnée mentalement.
De la retenue.
C'est bien plus important que ta stupide libido.
Prenant une profonde inspiration, je me suis retournée et affichais l'air le plus détaché et serein qu'il m'était possible.
- Oui ?
- Tu as oublié ta plume.
Je baissai le regard pour voir ses longs doigts enroulées autour de la dite plume.
- Oh, merci. J'avais oublié, mentis-je.
- Ouais, j'ai plutôt l'impression que tu voulais la récupéré, mais en voyant que je l'avais toujours, tu as préféré la fuite plutôt qu'une confrontation, dit-il sèchement en me faisant rougir d'embarras.
Démasquée.
Formidable !
- Euh…. Je… enfin je…
- Oublie ça. Mais si l'on doit être amis Wiles il serait judicieux de ne pas se mentir.
Sans doute. Sauf que je ne faisais que ça depuis que je l'avais retrouvé dans cette pièce. Cette ébauche d'amitié ne reposait que sur un mensonge, mais je ne pouvais pas le lui avouer. Pour son bien et le mien, il fallait que je continus à prétendre que l'amitié était la chose la plus naturelle du monde pour nous.
- Il faut vraiment que j'y aille. Bonsoir.
Je ne pensais plus qu'à prendre mes jambes à mon cou, mais il profita que je me rapproche pour récupérer ma plume afin de me saisir par le poignet une fois encore.
Je pivotai en même temps qu'il me tirait en arrière ce qui eut pour effet que mon dos entre en contact avec son torse. Notre position était bien plus intime qu'il ne l'aurait fallu pour deux amis comme nous. Ses doigts étaient toujours enroulés autour de mon poignet et la chaleur de sa peau se rependit dans tout mon être, jusqu'à ce que je sois à deux doigts de suffoquer. Je pouvais sentir son souffle dans mes cheveux dont il semblait - à s'y méprendre - humer l'odeur. Animée d'un désir incontrôlable de voir l'expression de son visage à cet instant, je tournai légèrement la tête jusqu'à ce que nos regard se rencontre. Ses pupilles étaient anormalement dilatées et un voile sombre recouvrait ses yeux. Son souffle était chaud sur mon visage et je pouvais sentir les battements de son cœur dans mon dos.
Ça n'allait pas.
Ça n'allait pas du tout.
Ce n'était pas ce qui était prévu.
La tension entre nous est montée en flèche, et bientôt, je ne distinguais plus rien autour de nous en dehors de son visage. Sa bouche n'était qu'à quelques centimètres de la mienne, et sa chaleur familière me faisait me languir de la sentir à nouveau sur ma mienne. Mon sang n'était plus qu'un torrent de lave en fusion dans mes veines. Respirer me demandait un effort quasiment douloureux et mon ventre se tordait de douleur de le savoir si près de moi sans pouvoir être sienne.
Résiste.
Son visage s'approchait de plus en plus.
Résiste.
Son souffle ne caressait plus mon visage pour la simple raison qu'il retenait à présent sa respiration.
Résiste.
Sa bouche n'était plus qu'à quelques centimètres de la mienne…
- Bonne nuit Olivier, entendis-je ma voix prononcer alors que ses lèvres étaient sur le point de toucher les miennes.
Ce n'est que grâce à une intervention divine que je suis parvenue à le repousser. Il recula sans prendre la peine d'opposer la moindre résistance et cette fois, je pus m'échapper de la pièce sans qu'il tente de me retenir.
Mesdames et Messieurs, les montagnes russes émotionnelles de Dubois et Wiles sont officiellement terminées, pensai-je amèrement.
Nous espérons que vous avez appréciés le spectacle. La sortie se situe sur votre gauche, juste à côté du vestiaire. Nous vous prions de bien vouloir quitter la salle dans le calme et comme toujours…
Je déglutis et la gorge douloureusement nouée, je sentis les larmes monter.
Nous vous remercions, et vous souhaitons une bonne nuit.
Et voilà, vous savez ce qui est arrivé à Claire. J'espère que les révélations et ce chapitre en général, ne vous a pas déçu. J'avais mis un sacré bout de temps à le traduire car il est vraiment long, alors j'espère avoir fais du bon travail. A savoir : ce chapitre n'a pas été relu par mes Béta car j'ai fais une bêtise, je leur ait envoyé le chapitre 21 en penssant que c'était le 20 et je ne m'en suis rendu compte que samedi, seulement comme j'avais promis un chapitre pour noel, j'ai préféré le poster en espérant que les fautes qui ont filtrées ne vous ont pas empêchées d'apprécier votre lecture...n
Si c'est le cas, milles excuses.
Merci à ceux qui ont prit le temps de reviewer ! Cela me fait toujours plaisir de lire vos impressions et votre ressenti, ça m'aide à m'améliorer.
La suite... courant janvier mais plus fin que mi janvier... J'espère en tout cas que vous avez passé un bon noel et je vous souhaite une très bonne fin d'année ! Bisous bisous.
Votre délicieusement sucrée, douce et gourmande minichoukette.
