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Chapitre 20

In my place

Rendez-vous pour un long chapitre… bonne lecture !

"In my place" est une chanson de Coldplay

Draco et moi nous sommes revus plusieurs fois depuis son retour en Angleterre, à chaque fois chez moi et en cachette. Il me fait un peu mal au cœur de devoir mentir à tout le monde – ses parents, Peter - mais je ne veux pas le forcer. A lui de voir ce qu'il veut faire de sa vie, moi j'ai le temps. Finalement c'est pas plus mal de ne pas vivre l'un sur l'autre tout de suite, on s'attend et on se désire, c'est agréable. Il vient de partir en tournage en Irlande, j'essaie de me convaincre que je n'ai peur de l'avenir. Qu'il ne me manque pas.

Je continue ma vie un peu absurde de photographe sans assistant, et c'est la galère. J'ai fini par mettre une annonce en ligne pour recruter quelqu'un à mi-temps – c'est tout ce que je peux me permettre financièrement – avec la ferme intention de ne pas coucher avec lui cette fois, pour ne pas me retrouver dans la panade habituelle. J'envisage même de recruter une femme, pour couper court à toute ambiguïté. Et puis elles sont débrouillardes, toujours ça de pris.

Ce matin j'ai rendez-vous avec Brittany, une jeune étudiante en communication qui suit encore des cours mais cherche un job à mi-temps. Son CV ne casse pas trois pattes à un canard mais je compte sur son énergie pour compenser son manque d'expérience –et ses prétentions salariales ne seront sans doute pas élevées, ce qui est un bon point.

Il est 10 heures et elle n'est pas là, ça c'est un mauvais point. Elle se pointe avec dix minutes de retard, rouge et échevelée, un chewing-gum à la bouche, pas gênée. Elle est maquillée comme Amy Winehouse – chignon en déconfiture compris - je suis impressionné par ses collants percés et ses ongles immenses et verts. Pas l'idéal pour taper sur un clavier ni ranger des dossiers, à mon avis.

- S'cusez-moi, marmonne-t-elle en traversant le studio comme si elle était en terrain conquis. Le métro…

- Bon, installez-vous. Vous avez des références ? dis-je en prenant un air sérieux derrière mon bureau.

Elle regarde avec réprobation les piles de courrier qui s'entassent sur la table et les chaises, puis soulève un tas pour pouvoir s'asseoir avec un air dégoûté, je me redresse sur mon siège.

- Des quoi ? demande-t-elle en ouvrant de grands yeux.

- De l'expérience. Des employeurs qui peuvent parler de vous…

- Mais je suis étudiante ! Vous l'avez bien vu sur mon CV en ligne, non ?

- Certes. Mais vous avez bien déjà travaillé, non ? A 22 ans ?

Elle hausse les épaules, je sens l'agacement me gagner. Avec un niveau de bonne volonté proche de zéro, je crois que ça ne va pas le faire.

- Ouais, j'ai bossé dans un fast-food et dans le salon de coiffure de ma mère, mais j'aime bien la photographie, dit-elle en regardant mes photos au mur. Je crois que ça me plairait bien.

- D'accord, ça vous plairait. Mais vous vous y connaissez un peu ? Vous savez ce que fait un assistant dans ce métier ?

- Euh… ben non, mais vous allez me le dire ! Vous photographiez des stars parfois ? J'aimerais vachement en rencontrer.

Ben voyons. Je commence à regretter Colin, voire même Kevin. Elle continue à regarder autour d'elle, cherchant sans doute la photo de sa star préférée.

- Hum, oui. Et vous vous y connaissez en photo ?

- Non. Suffit d'appuyer sur le bouton, pas vrai ? Tout est automatique maintenant, ça doit pas être bien difficile.

- Il y a quand même des techniques à acquérir, ce n'est pas si simple que ça, je rétorque. Et vous êtes disponible quand, dans la semaine ?

- Oh, j'ai pas mon emploi du temps en tête mais ça devrait s'arranger. Enfin vaudrait mieux que ce soit en dehors de mes cours et pas trop tôt le matin, j'ai du mal à me lever et j'habite pas à côté…, rigole-t-elle.

- Ah, je crains que ça n'aille pas parce que moi justement je suis très matinal et j'ai besoin de quelqu'un de très disponible, dis-je en mentant sans remords, bien content de m'en débarrasser.

- A mi-temps ?

- Oui, même à mi-temps. Ça existe, je vous assure. Merci d'être passée, en tout cas, je conclus en me levant.

- Quoi ? C'est fini déjà, l'entretien ?

- Hé oui, désolé. Je vous raccompagne à la porte ?

- Non mais c'est n'importe quoi ! Comment je vais trouver un job, moi, s'il faut de l'expérience partout ? Et comment on fait pour débuter, alors ? grogne-t-elle en se levant de mauvaise grâce.

- Hé oui, je sais, la vie est dure. Bon courage et bonne journée !

Elle me suit en grommelant jusqu'à la porte, je la referme sur elle en soupirant. La prochaine vient cet après-midi et elle a le même profil que la précédente, ça promet. J'envisage un quart de seconde de rappeler Colin mais c'est juste impensable, il m'en veut à mort. J'envisage aussi de tout laisser tomber et changer de job, mais ça aussi c'est impensable. Je n'ai aucune autre compétence ni connaissance et je commence un peu à être connu… sauf que tout ça m'ennuie.

Je tente de mettre à jour mon agenda, presque vide sauf les jours où j'ai des rendez-vous qui se chevauchent, bien sûr, quand un coup de sonnette me fait sursauter. Aurais-je oublié un candidat ?

J'ouvre la porte, maussade, puis je sursaute. Derrière elle se tient Peter, « l'ami » de Draco, qui me fixe en sourcillant.

- Oui ? dis-je en essayant de me prendre un air confiant. C'est à quel sujet ?

- Vous vous souvenez de moi, non ? dit-il doucement. Je peux vous parler ?

- A moi ? je lance, inquiet.

- Eh bien oui, à vous. Sinon je ne serais pas là.

- Je… en fait j'attends des candidats pour un recrutement et je n'ai pas trop le temps, dis-je en essayant de lui refermer la porte au nez.

- Ca ne prendra que cinq minutes. C'est important, fait-il en se mordillant la lèvre. Cinq minutes, s'il vous plait.

Il n'a pas l'air aussi sûr de lui que d'habitude, ou est-ce un piège pour entrer et me tabasser ? Une onde de panique me transperce, je recule d'un pas.

- Je vous fais peur ? demande-t-il faussement surpris. Je ne vous veux pas de mal, rassurez-vous. Je peux entrer ?

Je fais un autre pas en arrière, lui permettant de passer, tout en cherchant mon portable dans ma poche, au cas où je devrais appeler la police ou les secours. Colin ne m'a jamais autant manqué, même si la venue de Peter ne lui aurait pas plu, évidemment. Comme la jeune fille avant lui il fixe mon bureau avec consternation, je fais mine de ranger des piles en les déplaçant. Il s'assoit sur la même chaise qu'elle, je prends place en face de lui, apeuré.

- Vous allez trouver ma démarche bizarre, commence-t-il en joignant les mains, j'ai beaucoup pesé le pour et le contre mais je crois que je dois vous prévenir. C'est important, ajoute-t-il d'un air pénétré.

- Pardon ? dis-je en feignant d'avoir mal entendu.

Ca y est, il va me menacer, dans quel pétrin me suis-je fourré ? Je pourrais tout nier mais l'option ne paraît pas possible. Quoique…

- Me prévenir par rapport à quoi ? dis-je d'un ton dégagé.

- Ne jouez pas à l'innocent, vous êtes déjà tout pâle. Vous savez que je sais que vous couchez avec Draco, on va gagner du temps. Méfiez-vous, c'est tout ce que je voulais vous dire.

- Vous me menacez ?

- Moi ? fait-il en rigolant. Non. Pas du tout.

- Quoi alors ? dis-je en crispant mes poings involontairement.

Il sourit gentiment et se penche vers moi, je note qu'il a vraiment de beaux yeux et une belle bouche, et qu'il n'a pas l'air du tout agressif. Je me méfie d'autant plus. Les sournois sont les pires, c'est bien connu. Je me demande depuis combien de temps il est au courant, et qui le lui a dit. On a pourtant été discrets – sauf en France. Est-ce quelqu'un du tournage qui a craché le morceau ? Ou Draco lui-même, sous la contrainte ?

– Ne vous faites pas trop d'illusions au sujet de Draco. Vous n'êtes pas le premier et vous ne serez pas le dernier.

- Pardon ? je répète, perplexe.

- Ca vous étonne, hein ? lance-t-il en se calant contre le dossier de la chaise. Draco et ses grands yeux gris, si purs. Ils font des ravages, ses yeux, au sens propre. Vous n'êtes qu'un de plus sur la liste, ne venez pas vous plaindre quand il vous aura laminé.

- Quoi ? fais-je, saisi d'un désagréable frisson.

- Il ne quittera rien pour vous, ni sa vie ni moi, sachez-le. Alors vous feriez mieux de vous faire une raison tout de suite. Je dis ça pour vous, bien sûr, dit-il en souriant.

- Vous me prenez pour un imbécile ? je rétorque vivement. C'est tout ce que vous avez trouvé pour me faire peur ?

Soudain ses yeux s'assombrissent et son sourire disparaît. Il semble plus âgé, amer. En se levant il me dit, presque à regret :

- Bien sûr, vous ne me croyez pas. A voir votre tête je présume qu'il vous a même dit que c'est moi qui le torturais, que je suis violent, n'est-ce pas ? Alors que je ne toucherais jamais à lui, jamais. Je l'aime vous savez. A la folie. Au point d'être prêt à tout supporter, tout.

Je me sens pâlir encore davantage et je recule sur ma chaise, par réflexe. J'ai peur de comprendre alors je me dis que l'homme en face de moi est une crapule, un menteur. Comment le croire lui et remettre en cause ce que m'a dit Draco ? Son cinéma est bien rôdé mais je ne me laisserai pas faire, je ne suis pas naïf à ce point-là.

- Partez, s'il vous plait, je lance d'une drôle de voix aiguë. Vous avez dit que ce vous avez à dire alors partez, j'ai des choses à faire…

- D'accord, je vais partir. Je vous demande juste de réfléchir, de faire attention à vous. Draco ne sera jamais à vous, c'est impossible. Ce qui nous lie est trop fort pour être brisé, sachez-le. Alors oubliez-le, ça vaudra mieux. Pour vous.

- Partez, je répète en tremblant.

Il hoche la tête et s'éloigne vers la porte, je commence à me détendre quand il se retourne à nouveau vers moi.

- Draco va quitter ses parents pour vivre avec moi, sa décision est prise. Il fera ça dès qu'il reviendra d'Irlande. Il ne vous l'a pas dit ?

- Non. Allez-vous-en. Et arrêtez de me menacer ou je préviens les flics…

- Vous vous trompez de combat, vous savez. J'espère juste que vous ne vous en rendrez pas compte trop tard…, murmure-t-il en me souriant tristement.

Une pure onde de peur me traverse, je secoue la tête pour chasser les idées qui me viennent, fermant brièvement les yeux. Non, tout ceci n'existe pas, c'est une apparence, une illusion. Un piège. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine alors qu'il claque la porte derrière lui, sans plus se retourner. Qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai déjà vu cette situation dans un film mais là c'est ma vraie vie, et j'ai vraiment peur. Cet homme est fou, c'est un malade, c'est sûr. S'il était normal il m'aurait menacé directement, comme tous les amants jaloux. C'est quoi ce plan foireux ?

Je regarde la petite annonce que j'ai fait paraître dans un gratuit pour trouver un assistant pour me raccrocher à la réalité, au quotidien. Mais soudain la réalité me parait fade, transparente. Et si ce fou me suivait, m'agressait ? Draco m'avait bien prévenu, je comprends sa peur à présent. J'essaie de me lever mais mes jambes flageolent et mon cerveau est sur le point d'exploser, à tenter de comprendre l'inexplicable. Tout tourne autour de moi, je repasse chaque instant du passé sous le jour de ce nouveau prisme mais ça ne colle pas, c'est impossible. Draco n'a pas pu me mentir à ce point-là, c'est impossible.

Je sors mon portable et j'appuie sur la petite icône sans hésiter. Bien sûr il est sur messagerie –il doit être en train de tourner- et je lui demande de me rappeler, sans autre précision. Comment raconter ça en quelques mots ? Est-ce d'ailleurs une bonne idée de lui en parler ? Est-ce que ça ne risque pas de nous mettre encore plus en danger ? S'il raconte tout à Peter celui-ci risque de revenir et d'être beaucoup plus menaçant, non ? Je ne sais plus quoi faire, pris dans mes doutes. Je commence à faire les cent pas dans mon studio, l'esprit tourmenté. Un instant j'envisage d'appeler Charles mais il me conseillerait de rester prudent et quitter Draco, c'est couru d'avance. Il ne l'a jamais aimé, l'occasion serait trop belle.

Quand Draco me rappelle, une demi-heure plus tard, j'ai retrouvé un semblant de calme qui me permet de ne pas avoir l'air hystérique. Il faut jouer cartes sur table.

- Qu'est-ce qui se passe ? me demande Draco de sa voix douce, qui me serre le cœur. Tu m'as appelé ?

- Oui, je… j'avais besoin de te parler de quelque chose. De te poser une question. Pardon si c'est un peu direct.

- Oui ?

- Est-ce que c'est vrai que tu vas t'installer chez Peter à ton retour ? dis-je en me jetant à l'eau tout en essayant de garder un ton posé.

- Pardon ? fait-il plus durement. Qui t'a dit ça ?

- Peter. Il sort d'ici.

Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, je joue le tout pour le tout, j'ai l'impression d'être au bord d'un précipice.

- Peter était chez toi ? fait-il, sidéré.

- Hé oui. Moi aussi j'étais surpris.

- Mais pourquoi il est venu ? Il t'a dit quoi ?

- Entre autres que tu allais t'installer avec lui, que tu ne le quitterais jamais, qu'il y avait des trucs super forts entre vous, ce genre-là, dis-je avec une gaieté forcée.

- Mais il est complètement fou ! C'est pas ça du tout. Il t'a menacé ?

- Moi ? Non. Au contraire, il parait qu'il veut me rendre service. Que c'est toi le méchant.

- Je… je n'y comprends rien, murmure Draco. Enfin si, c'est comme d'habitude…, ajoute-t-il d'une voix mourante.

- D'habitude ? dis-je en tiquant. Quelle habitude ?

- Rien. Il ment et il essaie de me faire passer pour fou.

- Mais quitte–le alors ! Vous n'êtes pas mariés, si ?

Un silence remplace sa réponse, je fronce les sourcils. J'entends des bruits de voix au loin et je comprends que quelqu'un lui parle, il lui répond, agacé.

- Ecoute Harry c'est pas si simple, je te l'ai dit. Il faut me laisser un peu de temps, j'arrangerai tout. Je ne veux pas de scandale, ma carrière ne s'en remettrait pas. Laisse-moi encore un peu de temps, je t'en prie…

- Mais moi je veux bien te donner tout le temps que tu veux, Draco ! Je ne suis même pas jaloux. Mais ce n'est pas en t'installant avec lui que tu vas le quitter plus facilement…

J'entends un soupir à l'autre bout de la ligne, puis sa voix reprend, pleine d'impatience contenue :

- Je dois quitter mes parents d'abord, ce sera plus facile pour qu'on se voie, tu comprends ?

- Bof…

- Mais là je parle de toi et moi, Harry. Tu ne veux plus qu'on vive ensemble ?

- Si, bien sûr. Et Peter ?

- Je réglerai ce problème, mais en douceur. Fais-moi confiance, s'il te plait. S'il te plait…

- Mais je te fais confiance, sauf que…

- Le tournage reprend, je dois te laisser. On se voit à la fin de la semaine, hein ?

- Oui, oui, dis-je résigné.

- Harry, je sais que je te déçois mais c'est une situation compliquée, vraiment. Je suis désolé de ne pas être à la hauteur, j'aimerais tellement qu'on soit ensemble tout le temps… mais c'est pas possible pour l'instant et ça me bouffe. Je te jure que ça me bouffe, d'autant plus quand tu doutes de moi, murmure-t-il un peu tristement.

- Mais je ne doute pas de toi. Je ne comprends pas tout, c'est tout.

- On en reparlera plus tard, ok ? Il faut que tu me fasses confiance. Bon, je dois y aller. Ciao !

J'imagine les yeux gris et je soupire. Non, je ne comprends pas tout mais je dois être idiot. Ou amoureux. Ou les deux. Je laisse ma tête tomber entre mes bras sur le bureau, je crois que j'aimerais dormir, tout oublier.

Une sonnerie stridente me réveille en sursaut, merde je me suis vraiment endormi. C'est le téléphone fixe du studio qui sonne, je finis par mettre la main dessus en tirant sur le fil qui dépasse sous le courrier empilé sur mon bureau.

- Allo ?

- Salut frérot ! C'est ta sœur préférée…

- Hein ?

Comme j'en ai trois je préfère ne citer personne, on ne sait jamais. J'exclus a priori Marine, c'est pas son genre. Quant aux deux petites…

- Ca y est, tu vas être fier de moi, reprend la voix. J'ai fait comme toi !

- Quoi ? Comme moi ? Tu veux dire quoi ? dis-je en m'attendant au pire.

- Hé bien j'ai dit merde à papa ! Je me suis tirée de la maison ! Et merde pour le bac !

- Noémie ? Attends, tu plaisantes, là ? T'as pas fait ça ?

- Ben si, je l'ai fait. Et tu sais où je suis, là ?

- Non, dis-je en courbant le dos.

- A la gare du Nord. J'ai vidé mon compte pour perdre un billet pour Londres. J'arrive ce soir. C'est pas cool, ça ?

- Attends, c'est une blague, hein ? Tu peux pas faire ça, hein ?

- Hé bien dis donc, cache ta joie ! Moi qui pensais que tu me soutiendrais…

- Je te soutiens mais je ne veux pas qu'il t'arrive malheur, c'est tout. Tu es jeune et…

- Je suis majeure depuis hier, je te signale.

- Quoi ? Déjà ?

- Ouaip ! Alors j'ai vidé mon compte et je me suis tirée. Je supporte plus la maison depuis que maman n'est plus là…

- Oui mais… Londres est une grande ville, tu sais. C'est dangereux quand on est seul. Réfléchis.

- Ben c'est pour ça que je viens chez toi !

- Quoi ? je répète, ébahi. Tu es sérieuse ?

- Ben oui, fait-elle légèrement déçue. Mais je ne t'embêterai pas et je vais me chercher un job et un appart, promis. Je suis bonne en anglais, tu sais. Et il y a plein de petits jobs, à Londres.

- Oui. Des petits jobs mal payés. Pourquoi tu ne continues pas tes études plutôt ?

- Parce que j'en ai marre de ma boîte à bac et pour emmerder papa, aussi. Je vais lui prouver que je peux réussir seule, comme toi.

Ben voyons. Tu parles d'une réussite. Une chape de plomb me tombe sur les épaules, comme dans les dessins animés. Elle s'imagine quoi ? Que tout va être facile dans la ville la plus chère du monde ?

- Tu me laisses pas tomber, hein ? reprend-elle d'une toute petite voix et je me sens fondre, genre esquimau au soleil.

- Mais non, je te laisse pas tomber… Tu sais où j'habite ? je demande en soupirant.

- Oui. J'ai cherché le trajet en métro sur Internet, fait-elle fièrement.

- OK. Très bien… bon ben à tout à l'heure, alors ?

- Oui, oui ! Je me réjouis ! Bisous.

Je raccroche, dubitatif. Je crois que j'ai trouvé ma future assistante sous payée, même si c'est mal d'exploiter sa propre famille.

oOo oOo oOo

Les déménageurs boivent une bière en rigolant, Draco parcourt les pièces où s'empilent des cartons, un peu anxieux. Le déménagement vient de se terminer, on ne déplore qu'un miroir ancien cassé et un ongle retourné –le mien, qui s'est malencontreusement retrouvé entre l'ascenseur et un carton. Ca pulse au bout de mon doigt, j'essaie de penser à autre chose.

Par la fenêtre je vois les petites maisons multicolores sur Chalk farm road, et un des nombreux marchés du coin. Un quartier bobo devenu très à la mode, un must pour les artistes. Et Draco est un artiste, je n'en doute pas, même si là il ressemble plutôt à un ménagère stressée.

- Ils vont partir bientôt tu crois ? me souffle-t-il en jetant un coup d'œil aux déménageurs.

- File-leur un bon pourboire et ils se casseront, pas de souci. C'est toi le chef ici, non ?

- Ouais, t'as raison, dit-il en se dirigeant vers eux.

Cinq minutes plus tard l'appartement est vide – près de 80m² sur trois niveaux et un petit jardin, comme beaucoup de townhouses – on erre entre les cartons, un peu découragés.

- T'aurais dû prendre l'option déballage…

- Je déteste qu'on fouille mes affaires. Je déballerai moi-même, même si ça doit prendre du temps.

- Je vais t'aider, pas de problème. Laisse-moi juste souffler cinq minutes.

- Non, c'est pas la peine, mes parents vont venir tout à l'heure à 17 heures, ils m'aideront. Ma mère a beaucoup insisté…, fait-il avec une petite grimace.

- Ah, ok. Ils ont du mal à couper le cordon, hein ?

- Oui, dit-il en souriant. Je suis le petit dernier alors c'est un peu dur pour eux. Je crois qu'ils s'étaient faits à l'idée que je resterais toujours chez eux.

- T'as beaucoup de frères et sœurs ?

- Non, juste un frère et une sœur aînés. Mais ils sont beaucoup plus vieux que moi, Kate avait 9 ans quand je suis né. Un petit accident de parcours je crois…

En l'écoutant je réalise que je ne le connais pas vraiment, il a toujours été très discret sur sa vie et moi je ne suis pas curieux, alors… ou plutôt je déteste qu'on me pose des questions donc je n'en pose pas non plus, et c'est une liberté bien confortable. Nous vivons toujours dans l'instant présent, évitant de faire des projets ou de tirer des plans sur la comète, rien n'est gravé dans le marbre. J'aime cette liberté même si elle me fait un peu peur, mais je sais que de toute façon ceux qui se font le plus de promesses sont les plus déçus, car la vie ne les tient jamais.

- Et donc tu étais le chouchou de la famille, quoi ? dis-je en lui faisant un clin d'œil.

- Oh, le méchant cliché. Pas forcément. D'ailleurs c'est pas une position si facile d'être le chouchou tu sais, on a beaucoup de pression sur les épaules, du coup. C'est pénible parfois d'être le centre du monde.

Je ferme les yeux en repensant au passé, c'est une situation que je connais bien, hélas. Moi aussi j'étais le chouchou de mon père, étant petit. Ce que mon frère aîné m'a toujours chèrement fait payer. « Tu es bien mon fils » disait mon père avec tendresse quand je tentais certains coups aux échecs ou que je refusais de manger des épinards. Je rougissais de ce que je prenais pour un compliment tout en sachant que je le paierais plus tard, et cher.

« Ouah, le chouchou ! T'as bobo ? Ben, pourquoi t'appelles pas ton papa chéri ?» rigolait Pierre en me flanquant des coups de pied lors du match de foot organisé chaque dimanche après-midi. Peut-être parce que je savais que mon père ne me défendrait pas, lui qui partait du principe que nous devions nous débrouiller entre nous, entre frères et sœurs. Une sorte de démocratie autorégulée qui cachait en fait la loi de la jungle la plus féroce.

Draco fait courir ses doigts sur le plan de travail en marbre de la cuisine ultramoderne, je l'imagine déjà en train de nous cuisiner une quiche improbable ou un velouté de potiron –il faut dire que demain c'est Halloween. Et donc après-demain c'est la Toussaint. Merde. Il faut que j'aille voir ma mère. Enfin, façon de parler bien sûr puisqu'il s'agira seulement de déposer des fleurs sur sa tombe. Je sais d'avance que ce sera une lutte entre mon père, ma grand-mère et ma sœur aînée pour déposer les plus beaux chrysanthèmes, dans une course absurde. Et on me reproche de me contenter des apparences…

- On va faire un tour sur le marché ? propose Draco. Que je remplisse ce frigo désespérément vide.

- En plus t'as pris la taille maximale. Tu crois que tu vas le remplir ?

- Non, mais au moins j'aurai des trucs à bouffer. Même si je me doute que ma mère va m'apporter des tonnes de plats à réchauffer. Elle a toujours tellement peur que je meure de faim !

- Faut dire que t'es pas bien gros…

- Arrête, tu ne vas pas t'y mettre toi non plus ! Je ne voudrais pas ressembler à… enfin bref. Tu sais où sont les clés ?

- Sur les cartons dans l'entrée, non ? Au fait, tu m'en donneras une ? dis-je en penchant un peu la tête, taquin.

- Une quoi ?

- Une clé.

- Oh, je… il n'y en a qu'une je crois. Et je… enfin, on verra, dit-il rapidement en ouvrant la porte. On y va avant qu'il fasse nuit ?

Ce n'est pas une surprise pour moi mais une petite déception, un petit coup de poing au plexus. Pourtant je suis le premier à prêcher l'indépendance, je devrais accepter son hésitation. Je regarde son visage lisse et souriant, il ne faut pas que j'attende trop de choses de lui, on ne s'est rien promis. Rien.

Nous allons vers le Stables Market, établi dans d'anciennes écuries où on trouve de la bouffe du monde entier et des vêtements et chaussures vintages, le tout mélangé dans une ambiance bon enfant. Je me garde bien d'influencer Draco, je sais qu'il est heureux d'habiter seul et je ne veux pas m'incruster, pas question.

- Tu vas manger tout ça tout seul ? dis-je après qu'il ait dévalisé un stand asiatique.

- Mais tu vas venir m'aider, non ? Demain soir ? On se fera une petite fête d'Halloween.

- J'aimerais bien mais je serai chez moi, en Champagne, pour la Toussaint. C'est la tradition d'aller déposer des fleurs sur les tombes ce jour-là. Je repars demain avec Noémie.

- Oh, fait-il déçu.

Ce qui me fait plaisir, incontestablement. J'aime l'idée de lui manquer même si je ne l'avouerai jamais. Sa petite moue me fait sourire, je devine que c'est son côté enfant gâté qui ne supporte pas la frustration qui parle, plus que son amour pour moi, mais tant pis.

- Et elle reviendra avec toi ? lance-t-il mine de rien.

J'acquiesce, gêné. Il ne la supporte pas – même s'il ne me l'a jamais dit en face- sans doute pour son éternel côté groupie. Elle lui saute dessus dès qu'elle peut et le dévore du regard, le poussant souvent dans ses derniers retranchements. C'est pour ça aussi que c'est bien qu'il ait déménagé, il ne venait plus trop chez moi, sous des prétextes divers et variés.

- Noémie n'est pas méchante mais elle est jeune, dis-je au bout de quelques minutes de silence. Elle est sous le charme, il faut lui pardonner.

- Bien sûr, lance-t-il vivement. Je le sais bien. Je posais la question, c'est tout.

- Tu ne l'aimes pas trop, hein ?

- Ta sœur ? Disons qu'on n'a pas beaucoup de points communs. Mais elle est sûrement très gentille. Et si on allait se balader le long du canal ? Regarde ces magnifiques couleurs d'automne. Tu pourras reprendre le métro un peu plus loin, je crois qu'il y a une station.

Je ne réponds pas, un peu marri d'être ainsi remercié. Mais Draco est comme ça, je dois l'accepter. C'est lui qui fixe les règles de notre jeu, mine de rien. Je ne lui parle pas de Peter pour ne pas l'agacer, même si j'y pense. On déambule tranquillement le long de l'eau comme un couple banal, je goûte ce petit instant de bonheur avant d'affronter ma famille.

oOo oOo oOo

- T'es sûr que Charles est d'accord pour me loger ? grince Noémie en se rongeant les ongles dans le train qui nous amène à Reims.

- Mais oui, t'en fais pas, dis-je sans lui parler de la réelle réticence de notre frère.

- Et papa, il va réagir comment, à ton avis ? ajoute-t-elle en attaquant les petites peaux autour de l'ongle.

- Ah ça, il va pas être ravi, c'est sûr.

- Tu resteras avec moi, hein ?

- Oui, oui. Bien sûr. A deux on est plus forts, lui dis-je en souriant pour la rassurer.

Me voilà garde du corps de ma sœur, comme si je n'avais pas déjà assez d'ennuis comme ça. Noémie a pris goût à sa vie à Londres, elle a trouvé un petit job dans un fast-food dans lequel elle améliore son anglais de rue à vitesse grand V. On cohabite dans mon appartement, je m'occupe des courses et elle du ménage et du linge dans un modus vivendi un peu improvisé. Ça m'ennuie qu'elle traîne dehors tard même si elle est majeure, je me sens bêtement responsable d'elle, ce qui l'exaspère. Plusieurs fois elle m'a menacé de partir, à chaque fois je lui ai dit que la porte était grande ouverte, ce qui l'a dissuadée de mettre ses menaces à exécution, évidemment. Avec elle j'ai l'impression de revenir en arrière, dans l'enfance, parce que nos liens de famille sont là, immuables, et qu'on réagit parfois comme avant, en gamins qui se chamaillent.

Charles est là, sur le quai, calme et souverain, comme d'habitude. J'admire sa patience, moi tout m'énerve. Noémie saute la première en bas du train et le salue d'un vague geste, elle n'a jamais été proche de lui, petite, ils ont trop d'écart d'âge. Alors que lui et moi nous sommes rapprochés par la force des choses, presque malgré nous. Tout le monde reste muet pendant le trajet, je me dis que ce serait à moi de faire un peu d'animation mais je n'en ai pas le courage, non. Je suis fatigué, ce pèlerinage me saoule déjà. Je regrette un peu la complicité qui me lie à Charles d'habitude mais je sais que nous la retrouverons dès que nous serons seuls, alors que Noémie envoie des SMS en rafale à Louise, notre petite sœur.

« Loulou –le surnom de la petite dernière- me dit de rentrer à la maison, papa a accepté que je rentre…. » dit-elle un peu gênée sans quitter son clavier des yeux. « Il a promis de pas piquer de crise. En mémoire de maman. »

Je hausse les sourcils, dubitatif, alors que Charles grommelle :

- Mais tu sais que ma paroisse est super loin de la Canardière ! Ça va me faire un énorme détour.

- Oh Charles, s'il te plait, minaude Noémie. J'ai trop envie de revoir ma petite sœur… Il parait qu'elle a une Xbox maintenant.

- T'es pénible. Mais si je te dépose chez papa tu y restes jusqu'au 2, ok ?

- Ok. Harry, tu repartiras pas sans moi, hein ?

- Mais non, tu sais bien.

- Tu promets ? Croix de bois croix de fer…

- Si je meurs je vais en enfer, dis-je en égratignant les paroles, exprès.

- Harry ! grogne Charles.

- Oh, je plaisantais, dis-je moqueur. On l'a assez dit quand on était jeunes, non ?

Charles ne bronche pas mais je vois ses mains se crisper sur le volant, Noémie continue d'envoyer des messages à toute allure.

- Et il parait que Marine ne sera pas là ! ajoute-t-elle comme si c'était une info primordiale.

- Quoi ? fait Charles. T'es sûre ?

- Oui, elle rentre à la maternité, elle a des spasmes.

- On dit des contractions, Noémie. Mais c'était pas prévu que pour la fin du mois de novembre ? dis-je en me tournant vers Charles.

- Ben si. Le bébé est pressé, il faut croire, fait-il philosophe. Dommage, on ne sera pas tous ensemble demain.

- Moi, ça m'étonne pas d'elle, je murmure en regardant les prés dans le brouillard.

- Pourquoi tu dis ça ?

- C'est bien Marine d'accoucher à la Toussaint pour se faire remarquer. Et éviter de passer au cimetière…

- N'importe quoi, réplique Charles en roulant un peu sur le bas–côté. Flûte, ça glisse. C'est quand même pas verglacé, si ?

On se tait à nouveau, crispés à la portière, alors que Noémie continue sa discussion virtuelle avec Louise. J'essaie d'oublier que Marine m'avait proposé d'être le parrain de sa fille, j'espère qu'elle a changé d'avis. Je n'ai pas le profil du poste.

Charles dépose notre sœur en coup de vent puis repart, toujours tendu. Est-ce à cause des mauvaises conditions météo ou est-il nerveux pour demain ? Difficile de savoir avec lui, il ne dira rien. Nous arrivons et dînons en silence, il y a plusieurs citrouilles décorées posées sur le rebord de sa fenêtre, ce qui m'étonne. Pas son genre de fêter halloween, fête païenne.

- Ce sont les gamins de la paroisse qui m'ont amené ça, se justifie-t-il en avalant sa soupe. C'est de saison.

- Comme la soupe au potiron. Elle est pas mauvaise celle-ci, c'est toi qui l'a faite ?

- Non, non. C'est une voisine. Elle s'inquiète pour moi, elle me trouve trop maigre. J'ai eu droit à la tourte aussi, il en reste si tu veux.

Ça me renvoie à Draco presque malgré moi, qui lui aussi a acheté une énorme citrouille au marché pour orner sa fenêtre. Je me demande avec qui il est ce soir, ce qu'il fait. Après la soupe nous mangeons un morceau de fromage et du pain paysan, incontournables du repas chrétien simple.

- Noémie s'habitue à Londres ? demande Charles d'un coup.

- Oh oui ! Comme un poisson dans l'eau. Elle était moins paumée que moi, au début.

- Parce que tu étais là. Sans toi ça aurait été une autre histoire…

- Oui, c'est possible, dis-je en soupirant.

- C'est sympa de l'avoir accueillie ainsi, dit-il un brin admiratif.

Bon, c'est le moment de me faire mousser. Même si j'étais plutôt réticent, au début. Mais ça, il n'est pas censé le savoir. Pour une fois que mon frère m'admire…

- Bah, c'est normal de s'entraider en famille, non ? dis-je, modeste.

Il fait une petite moue, j'enfonce le clou :

- Tu l'aurais fait aussi, non ? D'ailleurs tu m'as aidé plusieurs fois déjà. Je ne l'oublie pas.

- N'en parlons plus, fait-il sombrement.

Il s'épluche une pomme, je réagis malgré moi.

- Pourquoi ne pas en parler ? C'est normal de te remercier, non ?

- Non. Tu n'as pas besoin de le faire. Tout le monde en aurait fait autant.

Cette fois la moutarde me monte au nez, je pose mon couteau et ma pomme.

- Non, tout le monde n'en aurait pas fait autant, tu le sais bien. Pierre ne l'aurait pas fait.

- Pierre est malade.

- Et alors ? Ca excuse tout ?

- Non, ça n'excuse pas tout mais ça explique certaines choses. Et tu le sais. Je n'ai pas envie d'en reparler, j'ai pardonné, c'est terminé, fait-il d'un ton définitif.

- C'est trop facile, Charles. On pardonne et tout est effacé, c'est ça ?

Charles soupire longuement, comme si j'étais un gamin un peu lent à comprendre, puis reprend avec cette patience qui le caractérise désormais mais qui lui coûte :

- Oui, c'est le principe du pardon, justement. Sinon, à quoi ça sert ?

Je le fixe durement, pas prêt à lâcher le morceau. Je me crispe autour de mon couteau, les pensées défilent à toute vitesse dans ma tête.

- Ça sert à ne pas se remettre en question, c'est ça ? A étouffer tout ce qui reste de vivant ? Eh bien non, moi je ne pardonne pas et je n'oublie pas. Ça me hante encore certaines nuits, tu sais ? Et la réaction de maman après… ça c'était le pire.

- Maman est morte, marmonne-t-il, mâchoires crispées. Alors arrête.

- Non, j'arrête pas ! Je peux pas arrêter Charles, c'est impossible… j'y arrive pas. J'y arrive pas, dis-je en cachant mon visage dans mes mains.

Je suis idiot je sais mais je ne supporte plus son discours lénifiant, de sauveur. Pas après ce qui s'est passé. Moi c'est la rage qui m'a fait tenir, si on me l'enlève je m'écroule.

- Calme-toi Harry, dit-il doucement en posant sa main sur mon épaule. Pourquoi tu te mets dans un état pareil ?

- Je suis désolé mais… je crois que je n'accepte pas l'idée que tu aies pardonné. Que ce soit fini. Tant que je souffrirai encore je n'accepterai pas le pardon. C'est impossible, dis-je en écartant mes mains et en le fixant.

Il opine doucement, dubitatif.

- Je te comprends tu sais, je te comprends tout à fait. Mais en le détestant tu te fais du mal à toi-même. Ta rage va finir par se retourner contre toi, un jour ou l'autre. C'est en acceptant qu'on peut recommencer à vivre, déposer le poids qu'on porte.

- En fait je crois que je t'en veux un peu d'avoir déposé les armes justement. C'est comme si tu m'abandonnais pour passer de son côté à lui, tu vois ? dis-je en me mordillant la lèvre. Comme si j'étais seul maintenant. Seul contre mes démons.

Charles acquiesce de nouveau et resserre son emprise sur mon bras, avec force :

- Je serai toujours là pour toi, petit frère. Je te défendrai toujours, même si moi je ne me bats plus. Mais tu es courageux de vouloir continuer le combat, d'une certaine manière. Il faut des gens comme toi, aussi. Des gens qui n'acceptent pas, qui luttent.

C'est plus de l'aveuglement de ma part que du courage mais je souris pour le remercier. Enfin on se comprend, le poids sur mon cœur s'allège, je suis à nouveau l'enfant sage, admiratif devant son grand frère.

- Et ne crois pas que ce soit facile pour Pierre, je sais qu'il souffre lui aussi, reprend mon frère d'une voix sourde.

- Encore maintenant ? Ça m'étonnerait. La dernière fois que je l'ai vu il n'avait pas l'air d'avoir le moindre remords.

- Il n'y a pas que les remords qui font souffrir. Depuis le jour où… tout s'est su, il perdu le respect de beaucoup de gens.

Je pense « Bien fait » mais je me retiens de le dire, pour ne pas attiser la flamme de la haine à nouveau. Ce jour je ne l'oublierai pas, même si je fais tout pour.

- Et tu as des nouvelles de Marie ? je lance d'un ton léger alors qu'il finit sa pomme.

Il manque de s'étouffer et tousse bruyamment, je lui envoie une petite grimace d'excuse.

- Tu ne vas pas m'en parler à chaque fois, si ? Je crois que j'aurais mieux fait de me taire.

- Mais non, pourquoi ? C'est une jolie histoire, je suis content de savoir que tu as aimé et été aimé. Et que tu as un fils.

- Content ? Pourquoi ? fait-il, méfiant.

- C'est comme une revanche sur la vie, sur le malheur. Je trouve ça super…

- Super ? Je ne trouve pas, moi. Pas du tout. Tu sais ce que je risque si ça se sait ? Je compte sur ta discrétion, hein !

- Mais oui, bien sûr. Tu me prends pour qui ?

- Bon, je suis fatigué et je dois encore préparer mon sermon pour la messe des morts, dit-il en se levant. Je peux te laisser ? Ça va mieux ?

- Oui, ça va mieux, merci. Excuse-moi.

- Bah, c'est pas grave. Tu as des ennuis en ce moment ?

Des ennuis ? L'image de Peter et Draco m'apparaît, oui, on peut appeler ça des ennuis, d'une certaine manière. Mais je ne veux pas le saouler avec mes histoires alors je secoue la tête négativement, bravement. Il sourit et sort de la pièce après avoir desservi la table. Nous ne sommes dupes ni l'un ni l'autre, on se connaît trop pour ça.

A suivre…

Merci à vous qui suivez cette histoire, à très bientôt pour la suite !

Je réponds ici aux non-inscrits :

Kage19 : Merci de suivre mon histoire, merci surtout de laisser une rview ! Tu penses que Draco cache quelque chose ? Ma foi, Peter le pense aussi, affaire à suivre ^^

Bisous !