Après le déjeuner, Harry s'assit dans la salle commune, au coin du feu, le livre de Draco sur les genoux, et la boite de bonbons de Théo à ses côtés. Il ne les quitta pas de toute l'après-midi. Le livre ne contenait rien de concluant, mais il avait le mérite d'aborder les choses d'une autre façon. Il développait plus le point de vue de Serpentard sur les Sang-Purs et les Sang-Mêlés. Il mettait l'accent sur le fait que le Mage pratiquait la Magie Noire, mais pas forcément dans le but de blesser. Comme Harry en avait discuté avec Snape, la Magie Noire pouvait être très utile, et la Magie Blanche, très dangereuse. En fait, Poudlard devait une partie de son identité si particulière à la Magie Noire, et des gens comme Rowena Serdaigle en avait utilisé sans s'en rendre compte, ou plus probablement, en s'en défendant, dans le cas de la Fondatrice, pour donner des salles au caractère changeant, dissimuler des portes, rendre des éléments, comme des tableaux, indécrochables, etc. Mais ce qui intéressa surtout Harry, c'est que ce livre était le premier, de tous ceux qu'il lisait, à envisager entre les Fondateurs une amitié sincère, y compris entre Godric et Salazar, que la plupart des autres livres décrivaient comme relativement distants l'un de l'autre, voir même comme des ennemis dès le premier regard…

Le livre glissa des mains de Harry et tomba sans bruit sur le sol. Voldemort s'approcha de lui et tua une femme rousse aux yeux verts, sa mère. Mais il se sentait bien. Voldemort le prit dans ses bras et le berça. Harry leva une petite main vers l'homme, qui rabattit sa capuche, et son visage était bien loin de refléter l'horreur qu'il inspirait aux gens…

Il était d'une beauté stupéfiante. Froide, glaciale. Mais pour lui, si chaleureuse…

Brun, les cheveux légèrement ondulés et noués en catogan, son visage était d'une finesse aristocratique. Ses yeux gris avaient la couleur pâle et évanescente de l'argent lunaire, et ses fines lèvres d'un rose pâle s'étirèrent en un sourire. Dans ses bras, Harry-bébé avait cessé de babiller et le fixait, bouche bée. Il connaissait cet homme. Il le connaissait…

-Tu t'approche, Harry, murmura Voldemort.

Puis, il reposa Harry dans son berceau et s'en alla, sans un mot. Et Harry-bébé resta longtemps éveillé. Maintenant, il était seul, et il avait envie de pleurer. Parce qu'il était tout seul. Parce que l'homme était parti…

Harry se réveilla alors que quelqu'un le secouait. Alors qu'il sortait brutalement sa baguette dans un réflexe potentiellement mortel, le garçon qui le tenait s'écarta brusquement, les mains levées en signe d'apaisement.

-Merlin, Potter, du calme !

Harry, le regard trouble, comprit que cela était du à ses larmes, et il passa brièvement la main sous ses lunettes pour s'essuyer les yeux, haletant d'avoir été réveillé en sursaut, le cœur étrangement gros. Il se trouvait face à un Gryffondor de septième année. Au loin, deux filles de cinquième et sixième année l'observaient d'un air un peu inquiet…

-Qu'est ce qu'il s'est passé ? Demanda-t-il.

Le Gryffondor haussa les épaules.

-Tu faisais un cauchemar. Tu pleurais.

-Ah ?

Harry prit quelques instants, le temps de calmer les battements de son cœur. Et puis il s'aperçut qu'il avait toujours sa baguette levée et la baissa, sous le regard inquiet du garçon.

-Tout va bien, Potter ? Tu parlais, tu sais ?

Harry fronça les sourcils.

-Je disais quoi ?

-Je n'ai pas tout compris. Mais globalement, ça ressemblait plutôt à « ne pars pas, reste avec moi... ».

Harry tressaillit.

-Désolé… J'ai rêvé de ma mère, je crois… La nuit où…

Le garçon le regarda d'un air effaré.

-Tu te souviens de quand Tu-sais-qui a tué tes parents ?

-…Faut croire…

Le garçon s'éloigna de lui, respectueusement.

-Je comprends pourquoi tu pleurais alors… Si tu as besoin de parler…

Harry secoua la tête.

-Ça ira, merci. Je finis pas être habitué maintenant. Mais j'apprécie…

Le garçon fronça les sourcils, mais respecta son besoin de solitude. Harry s'aperçut que des larmes coulaient encore sur ses joues. Il avait dit ça comme ça, pour se débarrasser de lui, mais ces larmes n'étaient certainement pas pour sa mère…

Elles étaient pour l'homme. L'homme qui était Voldemort, et pas Voldemort à la fois. Harry avait eu le temps de se renseigner un peu sur lui, et au moment ou il avait attaqué sa maison, il n'était certainement pas aussi jeune. Pourtant, c'était lui quand même, mais qui ?

Harry soupira et appuya les poings sur ses yeux pour forcer ses larmes à s'arrêter de couler. C'était la première fois qu'il faisait un rêve pareil en journée. D'habitude, il pouvait pleurer tranquille dans son lit avec un sort de silence, et paraître normal au petit déjeuner, mais là, il se trouvait en plein milieu de la salle commune, et trois témoins de ses larmes, c'était déjà trop. Et surtout, il se sentait confus, terriblement confus. Ses pensées étaient un foutoir innommable, et il n'y retrouvait plus rien. Tout se bousculait dans sa tête et rapidement, la migraine le prit. Tant et si bien qu'il se résolut à aller prendre une douche pour se détendre, et l'avantage d'être aussi seul dans son dortoir, c'est qu'il pouvait y rester le temps qu'il voulait…

Il se délassa une bonne demie-heure sous l'eau chaude, le temps que ses pensées se calment. En sortant, il s'aperçut qu'il était l'heure de dîner. Il n'avait pas faim, mais avec si peu d'élèves, son absence serait remarquée. Il descendit, et lorsqu'il s'assit à sa place, malheureusement en face du professeur Dumbledore, le silence se fit.

-Tout va bien, Harry ? Demanda le vieil homme d'un air inquiet.

Harry sursauta. Depuis qu'il s'était réveillé, il était plongé dans ses pensées. La voix de Dumbledore l'avait surpris.

-Monsieur ? Demanda-t-il.

-Vous êtes extrêmement pâle, Potter, l'informa Snape de son ton froid habituel. Si vous êtes malade, n'hésitez pas à aller voir l'infirmière…

-Tout va bien, monsieur, merci, répondit-il.

-Vous êtes sûr, monsieur Potter ? Demanda le professeur McGonagall.

Harry retint un soupir. Est ce qu'ils allaient tous l'interroger comme ça ? Il acquiesça brièvement en esquissant un petit sourire, et il reporta son attention sur ses petits pois et son jambon grillé de Noël. La nourriture lui soulevait le cœur, mais la plupart des professeurs le surveillaient du coin de l'œil. Il grilla d'ailleurs Snape qui, même si il avait l'air de se ficher royalement de sa situation, était celui qui lui prêtait le plus d'attention. Venant des autres, et surtout de Dumbledore, il s'en fichait royalement, mais l'inquiétude de Snape et de Hagrid lui réchauffa le cœur. Il savait bien que le Maître des Potions ne s'inquiétait pas vraiment pour lui, mais apparemment, il le considérait malgré tout comme étant sous sa responsabilité, puisque c'était vers lui que Harry s'était tourné. McGonagall, il s'en fichait. Elle était sans doute pleine de bonnes intentions, mais jusqu'ici, elle n'avait rien fait pour l'aider. Et Hagrid, et bien, Hagrid devait déjà être en train d'imaginer toutes les hypothèses les plus folles…

Mais Merlin, Dumbledore et McGonagall ne pouvaient pas se taire !? Même Chourave et Pomfrey commençaient à s'y mettre ! Non, il n'allait pas bien, mais il était sûr qu'il irait mieux si on cessait de le lui demander toutes les cinq secondes !

-Tu es sûr que tout va bien, Harry ? Demanda une énième fois Dumbledore alors qu'il se levait, sans attendre l'apparition des desserts.

Harry laissa échapper un soupir agacé.

-Je me suis endormi et j'ai fait un cauchemar. J'ai rêvé de la nuit où Voldemort -les élèves et professeurs autour de la table hoquetèrent, sauf Dumbledore et Snape-, a tué mes parents. Je suis sûr que vous seriez dans le même état si ça vous arrivait. Et sauf votre respect, je ne crois pas que nous nous connaissions, alors merci de me vouvoyer et de m'appeler, comme tous les autres professeurs, par mon nom ! Je n'ai pas envie que les autres élèves hurlent au favoritisme… Expliqua-t-il d'un ton froid…

Le silence tomba autour de la table, chacun prenant peu à peu la mesure de ce que Harry venait de dire. McGonagall plaqua une main sur sa bouche et Hagrid laissa échapper ce qui ressemblait à un glapissement.

-Que… Bien sûr, mais…

-Navré, j'ai des devoirs, s'excusa Harry, et il partit.

Snape avait observé le gamin tout le repas. Il n'allait pas bien. Quelque chose l'avait bouleversé, c'était évident. Il était pâle comme un chanox des neiges et ses yeux si merveilleusement verts avaient perdu tout leur éclat. Il ne mangeait que du bout des lèvres et semblait d'ailleurs au bord de la nausée. Mais il ne pouvait pas se dérober au dîner, pas avec autant de professeurs pour le forcer à manger…

Snape ne blâmait pas Albus et Minerva de s'inquiéter pour lui, en revanche, il était évident que le môme allait exploser si ils continuaient à le harceler… Pas étonnant que Albus se fasse engueuler, à force de l'emmerder. Severus sursauta. Merlin ! Le gosse se rappelait de cette horrible nuit !? Ce n'était pas étonnant qu'il se sente aussi mal !

L'instant d'après, Snape fronça les sourcils. Ces rêves étaient-ils récurrents ? Si oui, alors pourquoi est ce que Harry ne lui en avait pas parlé ? Non pas qu'il y soit obligé, mais Snape avait espéré faire comprendre au gamin qu'il pouvait compter sur lui en cas de besoin… Il se leva avec dans l'idée de le rattraper.

-Quant à moi, j'ai une potion sur le feu. Au revoir.

Et il quitta la grande salle. Il n'eût pas à attendre bien loin. Potter était en train de vomir au pied de l'escalier. Il cracha une dernière fois et nettoya d'un coup de baguette, -sort de deuxième année-.

-Potter ! Appela-t-il.