J'ai survécu à ces deux semaines alors que je vous avais abandonnés en plein suspens ! Yes ! Alors, désolée pour tout et bonne lecture...


(BPOV)

Je n'entendis que le léger sifflement de la balle au dessus de moi juste avant qu'elle ne vienne éclater le gyrophare traversant le toit de la voiture de patrouille. Aussitôt, j'analysai la situation, cherchant à déterminer d'où venait le tir afin de ne pas rester dans la ligne de mire de notre agresseur. A en juger par les dégâts du gyrophare, le tireur se tenait devant moi, à 11 heures sur ma gauche, nous amenant immanquablement vers la forêt. Notre chance, pour l'instant, était qu'il n'était pas planqué dans un arbre car il n'aurait pu obtenir un tel angle de visée. J'ôtai rapidement ma lunette de visée de mon fusil que j'avais conservé tout contre moi et observai la zone probable d'origine du tir.

Comme à Seattle, je m'étais allongée sur Esmée, amortissant le choc de mes avant-bras contre l'allée de petits graviers. Je sentais les picotements de ces fichus cailloux m'écorchant les mains mais l'urgence était toute autre. Je devais absolument faire rentrer tout le monde dans la maison pour les mettre à l'abri des balles. Et pour cela, je devais nous faire atteindre le garage.

-Esmée, çà va ? chuchotai-je en fixant celle que je tenais entre mes bras.

Le masque de terreur qui s'était peint sur son si beau visage était le même que celui qu'Alice avait revêtu voici quelques temps, à Seattle, devant le bar de Tyler. Jamais je ne réussirais à oublier ces images. Jamais. Parce que tout cela était de ma faute. Si les Cullen ne m'avaient pas approchée, jamais leurs traits n'auraient connus cela.

-Bella. murmura à peine Esmée, serrant mon biceps de sa main droite, ce qui me sortit immédiatement de mes pensées.
-tout va bien, ne vous en faites pas, Esmée. Je vais vous sortir de là. tentai-je de la rassurer.
Derrière moi, mon père et Carlisle étaient au sol, ne bougeant pas, probablement choqués par ce qu'il venait de se passer.
-Charlie ? Carlisle ? demandai-je tout bas en me tournant vers eux, restant ainsi à couvert derrière les énormes pots de fleurs que même Emmett n'arrivait pas à déplacer et qui formaient la délimitation entre la pelouse et l'allée.
-çà va. répondirent à voix basse les deux hommes.
-Ok. Tireur embusqué à onze heures. On reste au sol. Esmée et moi allons vous rejoindre. annonçai-je en me décalant un peu pour qu'Esmée puisse se retourner et nous nous mimes à ramper.

Arrivées auprès des deux hommes, Carlisle s'empressa de passer un bras autour des épaules de sa femme et de l'embrasser rapidement, sûrement pour se rassurer. Charlie m'observa quelques secondes et son regard me troubla. Jamais je n'avais vu chez lui cette lueur si particulière. Comme s'il s'intéressait à moi. Comme s'il s'inquiétait. Avait-il peur pour moi ?

-Le but est de gagner le garage. Carlisle, quand je vous le dirai, vous actionnerez l'ouverture automatique de la porte et je ramperai jusque là-bas. Laissez-la s'ouvrir sur un mètre et bloquez-la. Je me mettrais en position dans le garage pour vous couvrir. expliquai-je en attrapant mon fusil pour y refixer la lunette. A mon top, vous me rejoindrez tous les trois le plus vite possible sans jamais vous relever. Compris ?

Les trois acquiescèrent sans un bruit. Comme convenu avec Carlisle, je lui fis un signe et je commençai à ramper alors que la lourde porte s'élevait progressivement. Trois secondes plus tard, je me retrouvai assise, le dos contre le mur, mon fusil dans les mains, à l'intérieur du garage. La porte stoppa, à un mètre du sol, comme je l'avais demandé. J'essuyai rapidement mes mains sur mon pantalon, enlevant ainsi les graviers et la poussière avant de glisser doucement mon miroir de poche vers l'extérieur, observant ainsi sans prendre de risque ni me faire remarquer.
Comme je le pressentais, aucun signe de danger. James était bien trop malin pour cela. Car seul James pouvait être à l'origine de ce tir.
Je me mis sur les genoux, relevai mon fusil et plaçai le canon en appui contre le montant métallique de la porte du garage. L'œil dans la lunette, je balayai consciencieusement la lisière de la forêt, à la recherche d'un autre canon de fusil. Ne repérant rien, je fis signe aux autres de me rejoindre tandis que je continuais à guetter. Une fois tous réunis à l'intérieur du garage, j'appuyai rageusement sur le bouton de fermeture de la porte électrique, juste au dessus de ma tête.

James nous avait encore bernés sur toute la longueur ! Il avait toujours aimé ce jeu du chat et de la souris. Toujours. Et encore une fois, j'étais la souris…

-Bien. Dans la maison, nous sommes à l'abri. Restez-là le temps que j'aille activer la fermeture automatique des volets. Une fois que nous serons dans la maison, ne vous approchez pas des fenêtres. Compris ? dis-je d'une voix calme afin de ne pas les alerter.
Je n'attendis pas leur réponse et pénétrai dans la maison pour enclencher le dispositif général placé juste à côté de la porte de la cuisine. Aussitôt, les moteurs des volets se mirent à frémir et les lourds volets métalliques descendirent le long des baies vitrées. Je montai rapidement à l'étage, arme à la main, pour vérifier que tout était bien verrouillé, contrôlai également la porte d'accès au jardin à l'arrière de la maison et revins les trouver pour les faire entrer dans la maison. Je nous installai dans le coin du salon le plus éloigné des ouvertures, à l'abri des pierres épaisses composant l'imposante cheminée du salon.

Si jamais une balle transperçait la vitre, elle ne pourrait jamais passer au travers cette double épaisseur de pierres. Enfin pas exactement. Dans notre spécialité, nous devions pouvoir abattre nos cibles dans toutes les conditions donc nous avions quantité de munitions appropriées, capables de traverser des blindages d'épaisseur conséquente. Mais rien ne pouvait traverser la roche brute.

-Installez-vous ici, la cheminée va nous servir de bouclier. dis-je en déplaçant l'un des canapés vers le mur le plus en sécurité avant de me rendre dans la cuisine pour y faire quelques « réserves ».
Je ne savais pas combien de temps allait durer ce « siège » mais j'allais tout faire pour le conclure le plus vite possible, mon objectif étant de neutraliser James avant l'arrivée d'Edward et Jake ici. Autrement dit, il me restait moins d'une heure.
Lorsque je revins au salon, Esmée et Carlisle étaient assis, Charlie debout devant eux, me scrutant. Je déposai au sol, au pied de la cheminée, des bouteilles d'eau et quelques paquets de gâteaux secs.
-Cela ne devrait pas nous servir mais au cas où…expliquai-je avant d'être coupée par Charlie.
-Qui est ce type dehors ? et qu'as-tu fait pour qu'il te tire dessus ? grogna-t-il dans sa moustache.
-A t'entendre, on pourrait croire que j'ai cherché cette situation ! claquai-je sèchement, mouchée par sa réflexion me ramenant presque dix ans en arrière.

Car pour mon père, j'avais toujours été responsable pour tout. Une bagarre ? Pour lui, j'en étais l'instigatrice. Une moquerie au jardin d'enfants ? C'était que je l'avais bien cherché…Et quand Jacob était présent lui aussi, c'était parce que j'avais l'ascendant sur lui et que je l'avais forcément entraîné là dedans…

Notre conversation fut interrompue par la sonnerie de mon téléphone. Jacob. Comme toujours au bon moment.
Je levai la main pour faire taire Charlie, furieux de mon geste, et pris l'appel en appuyant légèrement sur l'oreillette.
-Vas-y Jake. annonçai-je pour faire parler mon frère au plus vite.
Derrière sa voix, toujours ce bruit de moteur me prouvant qu'ils étaient encore en l'air.
-Bella, comment vas-…
-Jake, je n'ai pas le temps. James est ici. Je ne sais pas encore comment il a pu faire pour nos rejoindre aussi vite. le coupai-je.
-Mais ce n'est pas possible ! J'ai toujours son signal radar sur la route côtière, à 40km de Forks. s'exclama Embry, que je pensais toujours à Seattle.
-Je ne veux pas savoir jusqu'où vous avez désobéi à mes ordres, les gars, mais vous aurez des comptes à me rendre ! Surtout toi Jacob ! Grondai-je en me rendant compte qu'ils avaient quitté la base sans me prévenir.
-On verra çà ce soir autour d'une bonne bière, Bella! s'esclaffa Sam.
-Si on survit jusque là. ironisai-je en me penchant pour fouiller dans mon sac de matériel.
-Allez, un peu de sérieux. reprit Sam, prenant instantanément son rôle de chef. Lullaby, quelle est la situation ?
-Je suis chez les Cullen avec la cible probable de Hunter. Il nous a tiré dessus et j'ai mis tout le monde en sécurité.
-On pourrait peut-être envoyer les shérifs du coin ? proposa Jasper.
-Non. Il est ici, c'est trop tard. Embry, j'ai besoin d'un balayage infra-rouge autour de la villa.
-OK, Lullaby. Quelle zone souhaites-tu ?
-300 mètres autour de ma position actuelle. Balayage infra-rouge et radar. Je veux savoir où cet enfoiré se planque. précisai-je en sortant un pistolet du sac.
-Tu crois peut-être que ton tireur est encore ici ?! s'exclama Charlie, silencieux depuis un moment. 6 ans dans l'Air Force et tu ne sais toujours pas…
-Ferme-la, papa ! assénai-je d'une voix glaciale en me relevant pour le regarder dans les yeux. J'ai toujours été nulle à tes yeux, je le sais ! Sache juste que le gars embusqué dehors est là pour te descendre. Mais si tu es si bon, vas-y ! Et je pourrais peut-être enfin rentrer chez moi auprès de gens qui m'aiment !
-Pour moi ? Mais…mais pourquoi es-tu… ? m'arrêta le chef Swan, surpris de ma révélation.
-Pourquoi suis-je venue ? Simplement parce que tu restes mon père malgré tout ! Malgré toutes ces années ! En te tuant, James me fera souffrir et il gagnera le jeu ! Et je ne peux plus tolérer que cette ordure ne remporte la partie ! avouai-je en détournant mon regard, évitant ainsi le regard de mon père, pour tomber sur le visage d'Esmée, un sourire triste sur les lèvres.

Le silence s'était fait dans la pièce, les Cullen n'osant intervenir entre nous deux, Jacob et les autres ne parlant plus non plus.

-Bella…tenta mon père.
-Arrête, Charlie. Ce n'est pas le moment pour régler nos comptes. Je suis ici pour descendre James. Alors, maintenant, tu me laisses faire mon job et tu suis mes ordres. Compris ? osai-je l'arrêter alors que je m'évertuai à camoufler mes longs cheveux sous un bonnet de laine sombre.
Le shérif acquiesça sans un mot et se rassit, près de Carlisle. J'observai quelques courtes secondes cet homme qui était mon père et lui sourit timidement, geste que je n'avais plus fait depuis si longtemps...
-Ok, Bella, j'ai une trace. annonça Embry dans mon oreillette. Au sud-ouest. Il marche vers…
-la clairière…terminai-je pour lui dans un murmure.
Je vis les yeux de mon père s'éclairer, suivant ainsi ma discussion.
-Comment le sais-tu ? demanda aussitôt mon ancien collègue.
-De là bas, il aura la vue sur la seule route d'accès à la villa, un peu en contrebas, et pourra fuir rapidement vers la falaise par le chemin de randonnée pour rattraper la plage.
-il a dû se garer le long de la Push. répliqua alors Jacob, comprenant tout comme moi comment James avait pu passer inaperçu ici.
-C'est çà, Jake. Embry, peux-tu vérifier par satellite si un véhicule est garé là bas ? demandai-je.
Embry répondit par l'affirmative et je profitai de son temps de recherche pour m'approcher de Carlisle.
-Tenez Carlisle. expliquai-je en déposant un pistolet dans la main du médecin. Au cas où…
-Je ne suis pas pour cela, Bella. me répondit-il en plongeant son regard si particulier dans le mien.
-Je sais Carlisle. Je ne vous demande pas de vous en servir. Mais si jamais James arrivait jusqu'ici, je veux que vous puissiez vous défendre. expliquai-je.
-Je suis là, Isabella ! intervint Charlie, sûrement un peu vexé que je ne compte pas sur lui.
-Je sais, Charlie, mais vous ne serez pas trop de deux s'il arrive ici. Je veux pouvoir vous laisser ici, rassurée…
-Tu vas sortir ? me coupa Esmée, inquiète.
-Bella, non ! entendis-je en même temps dans l'oreillette.
-Je dois le retrouver avant qu'il ne sorte de Forks. Je ne veux pas lui laisser une chance de s'échapper. expliquai-je. Je suis née ici. J'ai cet avantage sur lui. C'est ma seule chance d'avoir le dessus et de l'arrêter. terminai-je.
-Bells…réagit Jake lui aussi dans l'oreillette.
-Jacob, c'est ma seule possibilité. James m'a entraînée et il va compter sur le fait qu'on nous a appris à ne pas poursuivre sa piste seul et sans équipier. Alors, je vais aller à l'encontre de tous les schémas qu'il m'a enseigné et je pourrais le surprendre. Que ferais-tu, toi, à ma place ? l'arranguai-je en relaçant bien serrées mes rangers.
-La même chose, Bella. Et je le tirerai comme un lapin du haut du vieux chêne centenaire qui longe le chemin de randonnée qui descend vers la plage. m'accorda mon frère.
-Exactement, Jake ! Et tu sais comme j'aime monter dans les arbres ! tentai-je de le faire sourire en me rappelant d'un de ces exercices où j'avais fait gagné mon équipe contre celle de James en me planquant en haut d'un sapin, ce qui m'avait permis de dégommer trois de leurs membres dont Ben.

Les rires de Sam et Jacob résonnèrent quelques courtes secondes à ce souvenir avant que je ne reprenne la parole.

-Bon, Jake, je vais devoir y aller si je veux pouvoir me poster avant que James n'arrive là bas. Je reste connectée à la radio. Comme d'habitude, conversations minimales sur le canal. Tu es mon seul interlocuteur. Je veux juste les informations primordiales et pas…ordonnai-je alors que je resserrai les sangles du gilet pare-balles léger que le SWAT m'avait fourni.

Je n'avais pas emporté avec moi tout mon équipement, laissant mon casque, ma visière et mon gilet pare-balles qui me faisaient ressembler à Robocop dans la chambre d'ami de Ben et avais opté pour la tenue « légère » qui me permettra de me déplacer bien plus vite et sans bruit.

-Bella ? m'interpella d'une voix douce Edward.
-Edward, ne t'en fais pas. Tes parents n'ont rien à craindre. Je vais régler la situation très rapidement. Ce n'est plus qu'une question de minutes désormais. répondis-je d'une voix douce malgré la tension qui me reprenait juste avant ma sortie de la maison pour cette dernière partie de chasse.
-Je sais Bella. J'ai confiance en toi et je sais que tu fais tout pour que ma famille soit à l'abri. N'oublie pas que tu es ma famille toi aussi. répondit-il d'un ton qui me réconfortait toujours.
Je ne répondis rien à son intervention, bien trop émue par ce qu'il venait de me dire.
-tu m'as fait une promesse, Bella. Ne l'oublie pas. poursuivit-il.
-Je reviendrai, Edward. Je te le promets. Quoiqu'il arrive, je reviendrai et nous nous verrons à la villa. le rassurai-je dans un sourire.
-Fais attention à toi, ma belle. répondit-il, un sourire dans la voix lui aussi.
-Toujours, Edward…toujours.
-Hé Bella ! m'interpella-t-il alors que j'allais enlever mon oreillette.
-Oui ?
-Je t'aime. se contenta-t-il de me déclarer.
Ses petites déclarations m'avaient manqué durant ces derniers jours. Ses douces attentions. Sa présence.
-Moi aussi, Edward, je t'aime. Plus que tu ne peux l'imaginer... bredouillai-je, émue, avant de me reprendre. Bon, je dois y aller. Jake, on fait comme d'habitude pour les communications : juste le minimum.
-Bien reçu, Lullaby. Confirma Sam.
-Fais attention à toi, petite sœur. Bonne chasse. termina Jacob.
Je ne répondis pas, mon esprit déjà dans ma mission.

Je vérifiai rapidement une dernière fois mes équipements : camouflage, pare-balles, armes et radio puis me dirigeai vers le fond de la pièce.
-Bella…osa Esmée, de sa voix douce et néanmoins inquiète.
-Ne vous en faites pas. çà…c'est çà ma vie. C'est mon travail depuis toutes ces années. Je suis une tueuse professionnelle. expliquai-je en leur faisant de nouveau face.
Je ne pus ajouter quelque chose, Esmée se précipitant dans mes bras que je resserrai automatiquement autour d'elle.
-Tout ira bien, Esmée. Ne vous en faites pas. Surtout ne sortez pas de la maison jusqu'à ce que Jake ou moi ne vous l'ordonne. répétai-je une dernière fois.
Esmée se défit légèrement de notre étreinte et m'embrassa sur la joue.
-Vas-y mon ange et reviens-nous vite. murmura-t-elle dans mon oreille.

Je gagnai la porte de communication menant au garage, les Cullen et Charlie derrière moi.
-Surtout, verrouillez bien derrière moi. La porte est suffisamment solide pour tenir le temps que vous alliez vous cacher dans la cave. Ne quittez pas vos téléphones. Dès que tout sera terminé, je vous appellerai. S'il y a un contre temps, Jacob téléphonera.

J'avais conseillé à Carlisle d'emmener tout le monde à la cave, fermée par une porte blindée, si jamais James réussissait à parvenir jusqu'à l'une des portes de la maison.

Je resserrai les sangles de mes mitaines une dernière fois puis armai mon pistolet avant de le glisser dans mon dos, coincé à la ceinture. Je saisis fermement mon fusil d'assaut, le métal froid me procurant une sensation que mon esprit avait refoulé dans un coin depuis l'Irak, me tirant un sourire sur mon visage concentré. Je fis jouer la clé dans la serrure et entrouvris prudemment la porte menant vers le jardin arrière.
-Bella…m'interpella doucement la voix de mon père, me faisant me tourner pour l'observer.
Debout aux côtés de Carlisle, la main sur son pistolet rangé dans son holster de ceinture, je pus lire sur son visage de la crainte mais également quelque chose que je n'avais pas vu à mon égard depuis si longtemps : un peu de tendresse.
-oui ? osai-je en réajustant ma prise sur mon fusil, sure que James ne se trouvait pas derrière moi.
-Sois prudente. Nous...Nous devrons discuter un peu à ton retour. dit-il, sans aucune animosité dans la voix.
J'acquiesçai sans un mot, souris une dernière fois à Esmée et Carlisle et refermai la porte.

xxx

Je m'éloignai très rapidement de la villa pour gagner l'abri des arbres. Mais surtout pour m'éloigner de ce melting-pot de sentiments si forts qui me submergeaient. Adossée contre un large sapin, je soufflai profondément et lentement afin de me calmer.
-Oh, Bella…murmura Jake malgré lui, me ramenant instantanément dans l'urgence du moment.
-Wolf ! grondai-je. J'ai demandé le silence sur les ondes. On est en mission, bordel !
-Pardon Lullaby. s'excusa-t-il derechef, me faisant culpabiliser puisqu'il tentait seulement de me réconforter.

Mais je devais être cette Lullaby dure, froide et détachée pour être efficace et régler le cas de James le plus rapidement possible.

-Position d'Hunter ?
-à 200 mètres de la clairière, par le sud. répondit Embry, professionnel.
-Reçu. confirmai-je avant de souffler une dernière fois. C'est parti ! annonçai-je alors que je m'enfonçai dans le sous-bois pour retrouver la falaise.

Les troncs vert et moussus défilaient dans mon champ de vision alors que j'avais enfin rejoint la partie escarpée longeant la falaise. Je me faisais la plus légère possible, veillant à ne pas faire craquer une énorme branche, ce qui pourrait alerter ma cible. Les odeurs marines de l'océan mêlées aux parfums puissants de la forêt emplissaient mes poumons, semblant me nettoyer de l'intérieur, me faisant enfin revivre entièrement. J'avais l'impression de reconnaître chaque tronc, chaque rocher. J'étais chez moi, replongeant avec délice et mélancolie dans mon enfance, ravivant mes réflexes d'enfant lorsque les jeunes de la réserve jouaient avec Jacob et moi à cache-cache dans cette immense forêt des heures durant.

Très vite, je rejoignis le vieux chêne, toujours aussi majestueux. Le tronc semblait s'être encore élargi et les premières branches, énormes, allaient être un point accueillant pour le snipeur que j'étais. Je grimpai rapidement et m'installai le plus confortablement possible avant de rabattre sur moi le filet de camouflage que j'avais embarqué. L'œil dans la lunette de visée, je passai rapidement en revue le chemin de randonnée débouchant de la clairière, y cherchant un quelconque obstacle qui aurait pu m'interdire un tir. Pas de randonneurs. Pas d'animaux. Un léger vent froid, rappelant que nous étions en janvier malgré le soleil qui billait haut, soufflait, faisant voleter les feuilles mais pas suffisamment pour gêner mon tir. Je réglai mes premières molettes de correction alors que je replaçai mon oreillette pour reprendre contact avec l'équipe.
-Tireur en poste. Corrections en cours. En attente de la cible. Je garde l'oreillette. récitai-je dans le micro alors que je scrutai toujours le chemin.
-Reçu, Lullaby. Objectif toujours en déplacement dans ta direction. répondit mon frère de sa voix professionnelle avant que je n'ôte de nouveau l'oreillette.
-Comme j'aimerais que tu vois tout çà Jake. chuchotai-je. C'est étrange : rien n'a changé…
Et contrairement à mes habitudes, pour cette dernière mission avec l'équipe Twilight, je ne coupai pas la radio totalement, laissant le micro ouvert à pleine puissance, me permettant ainsi un lien total et en continu avec eux.

Une petite dizaine de minutes passa, sans un mouvement, sans un bruit, alors que je me laissais enivrer par tous ces souvenirs d'enfance. Puis un léger son se fit entendre, régulier, ténu tout d'abord puis se rapprochant progressivement.
-Cible en approche. murmurai-je dans le micro.
Je collai ma joue sur la crosse froide de mon fusil, enfonçant le métal dans ma peau pour le sentir comme une partie de mon corps, pour qu'il se fonde en moi. Là, à 500 mètres de moi, en contrebas, marchait James, en tenue sombre, décontracté, la main droite dans la poche, un fusil tenu négligemment dans l'autre. Il sifflotait, observant deci delà les arbres.

Grâce à ma lunette, je redécouvris le visage de mon ancien amant. Toujours aussi particulier, son nez droit, ses pommettes dessinées, sa mâchoire forte. James n'avait pas changé. Les images de nous deux quelques années plus tôt réapparurent instantanément, me projetant dans nos exercices de tir, me rappelant combien il m'avait soutenu. J'avais aimé cet homme si fort…

Je suivais, à la lunette, ses pas, réguliers et efficaces, m'imprégnant de ses mouvements pour mieux prévoir la fenêtre de tir. Décidée, je bloquai ma respiration, glissant mon index sur la gâchette. J'alignai la mire sur le visage de cet homme, comme je l'avais toujours fait auparavant avec mes cibles. Et alors que j'allais appuyer sur celle-ci, j'eus l'impression que les yeux acier de James me regardèrent. L'espace d'une demie seconde, il me sembla qu'ils me transpercèrent pour scruter mon âme. Surprise, j'eus un léger mouvement de recul et déplaçai de quelques millimètres la mire, comme si mon esprit refusait que j'abatte celui qui l'avait réparé à une période. La légère secousse contre ma joue me rappela que le coup était parti. Mais avant même que la balle ne termine sa course, je savais pertinemment que, pour la première fois de ma carrière, j'avais manqué mon coup.
-Je l'ai raté, Jake, j'ai raté mon tir...murmurai-je, choquée par la première défaite de toute ma carrière.
Je me replantai aussitôt dans la lunette, pour y voir un James sur le qui-vive, la main droite couvrant la main gauche, le fusil au sol à ses pieds. Mon tir l'avait désarmé et à en juger par son comportement, j'avais dû lui égratigner la main. Mais avant même que je n'esquisse le moindre geste, James reprit aussitôt son fusil de la main gauche et se mit à canarder dans ma direction tout en reculant pour se mettre à couvert derrière la première ligne d'arbres la plus proche de lui.

-Je sais que tu es là, Isabella ! hurla-t-il alors que des balles sifflaient autour de moi.
Je ne pouvais ni bouger, ni tirer car je lui indiquerais ma position exacte. Dans mon oreillette, la voix affolée de Jake se faisait entendre, exigeant des explications.
-Contact. me contentai-je de lui répondre en engageant une nouvelle balle dans la chambre de mon arme.

Toutes les deux secondes, une balle sifflait dans la forêt. Mes tirs répondant aux siens. Nous tirions à l'aveugle, d'une façon des plus dangereuses, contraire à toutes nos règles basiques. Il fallait que je trouve une solution. Dans l'oreillette, la voix d'Embry m'indiquait la position exacte de James, que je ne pouvais malheureusement pas atteindre du haut de mon perchoir. Et alors qu'une énième balle coupait nette une fine branche de sapin à trois mètres sur ma gauche, un nouveau tir se fit entendre avant qu'une voix s'élève :
-Sors de la si tu es un homme ! cria une voix bien trop reconnaissable.
Plus bas, dans le chemin, Charlie avançait, son fusil à pompe épaulé.
-Oh mon Dieu, non...papa...murmurai-je abasourdie.

Et le déclic se fit. Je ne pouvais plus attendre le moindre geste qui pourrait trahir James car cette attente tuerait mon père à coup sur.

Je me laissais glisser rapidement au sol, me réceptionnant habilement dans la mousse, pris deux secondes pour engager un nouveau chargeur plein dans mon arme et m'élançai le plus vite possible sous le couvert des arbres en direction de mon père.
Malheureusement, pressée par le temps, je ne pouvais plus être aussi discrète. Et James ne put que le remarquer puisqu'une balle vint se ficher dans l'arbre que je dépassais à l'instant au pas de course. Mais si James savait désormais où j'étais, je savais également où il se trouvait. Je bifurquai légèrement pour me rapprocher du bord du chemin, mon fusil bien en main. Je distinguai nettement la silhouette de mon père, attendant que je n'apparaisse.
-Charlie, couche-toi ! hurlai-je en passant l'avant-dernière rangée d'arbres.
Charlie ne m'obéit pas à la seconde, se tournant pour me voir. Et je ne pus que remarquer la silhouette de James de l'autre côté du chemin, arme à l'épaule, visant mon père.
-Un pas de plus, Isabella, et je lui explose le crane ! Lance ton arme devant toi. Et vous, chef Swan, lachez votre fusil !cria James.
J'obtempérai à regret, lançant doucement mon fusil vers la bande d'herbe longeant le chemin de randonnée. J'eus un regard vers le shérif lorsqu'il plia lentement les genoux pour déposer lentement son fusil.
-Bien ! intervint James en faisant trois pas pour sortir de l'ombre. Maintenant, Isabella, fais deux pas vers nous, les mains bien en évidence au dessus de ta tête.
Lui obéissant, je me retrouvai à découvert, à moins de dix mètres de James et de Charlie.
-Te voilà enfin, Isabella ! Cela faisait si longtemps qu'on ne s'était pas parlé face à face, poupée ! dit-il. Quoique, pas vraiment... L'Irak est un si beau pays...poursuivit-il en riant. Enfin une réunion de famille ! Isabella n'a jamais voulu me présenter à vous, beau-papa ! fanfaronna-t-il, faisant grogner mon père.
-Pourquoi, James ? Pourquoi Seth ? Pourquoi notre équipe ? osai-je en plantant mon regard dans le sien.
-Parce que tu es à moi, Isabella ! Tu n'avais pas le droit de t'éloigner de moi ainsi ! Rugit-il, non sans pointer son fusil sur mon père.
-C'était fini depuis longtemps James et...
-Jamais ! Ce ne sera jamais terminé, Isabella ! Tu es à moi ! répéta-t-il.
-Pourquoi avoir tué Seth alors ? Ce n'était qu'un gamin, il était comme mon frère ! Demandai-je, d'une voix que je tentais de garder calme.
-Tu dois souffrir comme j'ai souffert, poupée ! Tu m'as abandonné ! J'ai perdu mon boulot par ta faute ! poursuivit-il, toujours sur le même ton.
-Tu étais devenu fou, James ! Tu tuais sans aucune arrière-pensée et...
-Oh ! La petite Isabella qui sait toujours tout mieux que tout le monde ! me coupa-t-il avant de se mettre à rire de manière effrayante. Tu étais à moi, Isabella ! À moi ! Mais on va régler toute cette histoire dans votre jolie petite maison, Chef Swan ! Après tout, cela aurait dû devenir ma maison...Allez, mettez-vous côte à côte les mains en l'air. ordonna-t-il en pointant son fusil sur Charlie pour que j'obtempère.

Et nous nous mîmes à marcher, James collant le bout du canon du fusil à pompe du shérif dans le dos de ce dernier, le poussant sur le petit chemin.
-Bella ? m'interrogea la voix de Jacob dans mon oreillette que James n'avait pas remarqué.
Mais je ne pouvais lui répondre sans dévoiler mon moyen de communication. Alors, je me contentai d'écouter les voix de tous les autres, criant sur le canal, inquiets de mon silence.

Très vite, la clairière se dessina et je retrouvai là encore un lieu de mon enfance. Cette clairière où je venais hurler ma peine d'avoir perdu ma mère, ma rage de ne pouvoir plaire à mon père, ma frustration de ne pas me sentir aimée...
-Que t'a promis le général Caïus, James ? pris-je la parole, souhaitant par dessus tout comprendre.
-De l'argent bien entendu ! Beaucoup d'argent et des actions dans sa holding. Mais aussi des casiers vierges pour Riley et moi...et toi, poupée ! répondit-il d'une voix plutôt joyeuse. Caïus m'avait promis que tu serais dégradée sur la base de Seattle en étant accusée de sa mort. Je te connais si bien, poupée: je savais que tu allais être brisée. Et brisée comme moi, tu allais forcément me retomber dans les bras. Alors, je t'ai attendu le jour de ta sortie, sur le parking mais tu as préféré partir avec ces trois hommes ! Tu m'avais remplacé ! expliquait-il, sa voix s'élevant de minute en minute. Alors, je devais te montrer ma présence. Mais tu as tué mon petit frère, Isabella ! Alors, je vais tuer ton père et on sera quitte. On pourra recommencer depuis le début et plus rien ne nous séparera ! finit-il dans un rire effrayant.

Défaite par sa folie, je détournai les yeux une fraction de seconde vers Charlie. Celui-ci semblait attendre un geste de ma part car lorsque nos pupilles si semblables se croisèrent, il me fit un clin d'œil avant de se retourner rapidement pour plonger vers le fusil que James tenait.

Et à cet instant, le temps sembla s'écouler beaucoup trop vite à mon goût. Charlie plongea, la main vers le canon, pour saisir son arme, détournant ainsi l'attention de James sur lui. Le cliquetis particulier du fusil qu'on arme résonna au beau milieu de la clairière que nous avions traversé pour moitié et je n'hésitai pas à me baisser pour saisir mon pistolet sanglé autour de mon mollet. Trois coups de feu résonnèrent alors à l'unisson et deux hommes s'écroulèrent au sol alors qu'une brûlure me traversait le corps pour disparaître aussitôt.

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Devant moi, mon père gisait au sol, une main sur la poitrine, son blouson de shérif se teintant déjà de pourpre. Aussitôt, mon regard se porta sur James, à genoux dans l'herbe, une main sur le ventre alors que l'autre tentait de lever péniblement un pistolet dans ma direction. Réagissant à l'instinct, envahie par l'adrénaline, je n'hésitai plus et ma balle l'atteignit en plein cœur. Son corps s'affaissa doucement, se couchant dans l'herbe, le visage tourné dans ma direction, ses yeux bleu acier ouverts vers mon visage.

Je sus que cette vision allait devenir un nouveau cauchemar pour moi, les images de tous nos bons moments passés ensemble remplacées par la vue de son visage déformé par sa folie à mon encontre, figé par la mort rapide et violente que je venais de lui délivrer.

-Lullaby ! Au rapport ! hurlaient Sam et Jacob dans mon oreillette. Bella ! Bon dieu ! Répond-nous ! Lullaby !
-Deux hommes à terre. répondis-je du tac au tac en rejoignant Charlie.
Je m'agenouillai dans l'herbe humide et entrepris d'ausculter rapidement le chef Swan.
-Pas la peine, Bella. me stoppa-t-il en posant sa main tâchée de sang sur la mienne.
-Non, les secours vont arriver et...arguai-je.
-C'est fini, Bella. répéta-t-il plus difficilement avant de m'observer.
Aussitôt, je sentis des larmes pointer au bord de mes yeux.
-Ne pleure pas pour moi, Bella. je...je n'ai pas été un bon père pour toi...je...je t'ai tellement faite souffrir...
Que lui répondre alors qu'il avait raison ? Alors, je me contentai de prendre sa main et de poser sa paume rugueuse contre ma joue.
-Je suis fière de toi, Bella. Pardonne-moi pour toutes ces années...chuchota-t-il, la gorge enrouée par les larmes et le sang.
-Tu es pardonné, papa. le rassurai-je.
-Les Cullen prendront bien soin de toi.
-Ce sont des gens formidables. lui accordai-je.
-Promets-moi de les laisser s'occuper de toi. m'implora-t-il.
-Promis. ne pus-je que chuchoter, cherchant un sens à ses dernières phrases.
-Merci ma fille. murmura-t-il dans un râle avant que sa main ne se relâche contre ma joue.

Le chef Swan venait de rendre l'âme. Mon père venait de mourir, rejoignant ainsi celle qui détenait son cœur malgré toutes ces années. Me laissant orpheline.

-Prend soin de maman là haut. murmurai-je en embrassant pour la première fois de ma vie son front.
Alors, à cet instant, mes sanglots éclatèrent et mes larmes dévalèrent le long de mes joues.

Je ne sais combien de temps je restai là, auprès du corps de mon père encore tiède mais ce fut la voix d'Edward dans mon oreillette qui me tira de cet état.
-Bella ! criait-il depuis plusieurs secondes.
-Je...je suis là...sanglotai-je malgré moi.
-Ma belle...
-Je...Charlie est mort. annonçai-je en me relevant.
Une douleur vive engloba alors tout mon flanc gauche. Je passai ma main le long de mes cotes, me faisant siffler de douleur. Au bout de mes doigts, du sang. Mon sang.
-Bella ? Tu es blessée ? demanda aussitôt Edward.
-Je...oui...rien de grave...je...je vais regagner la villa pour rassurer tes parents. mentis-je alors que je constatai avec effroi un impact de balle dans mon flanc.
-On sera là dans vingt minutes. Je les préviens de ton retour. m'indiqua-t-il avant que je n'entende de nouveau la voix de Jake me demandant à quoi ressemblait ma blessure.
-Tu as toujours séché les cours de secourisme, Jake, alors on verra çà plus tard. le stoppai-je en serrant les dents. On se retrouve à la villa. ajoutai-je en reprenant la route, m'appuyant sur mon fusil comme sur une canne.

Formée comme je l'étais, je connaissais la gravité de ma blessure. Mais il me restait une promesse à tenir : celle de rentrer auprès des miens.

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Le chemin du retour vers la villa me parut interminable et je m'arrêtais souvent pour compresser un linge contre ma plaie d'où le sang s'échappait doucement. Mais, enfin, après tant d'efforts, l'immense maison des Cullen m'apparut au travers des arbres.

Les derniers mètres au milieu de la végétation me semblent des kilomètres et je ne réussis à avancer qu'en laissant mon esprit vagabonder vers les souvenirs de ces dernières semaines passées à Billings. Enfin, mon pied foule la pelouse de la propriété.
Pas après pas, mon bras compressant tant bien que mal mon flanc, je me rapproche de ceux qui sont ma nouvelle famille.
Mètre après mètre, je rentre à la maison.
Et dans quelques minutes, Edward me serrera enfin dans ses bras.

Mais soudainement, une douleur insupportable traverse mon corps et je ne peux empêcher un cri tandis que je m'effondre au sol, serrant mon fusil repris à James contre ma poitrine. Réflexe inutile, puisque le danger a disparu, mais tellement ancré en moi

Le bruit de la déflagration un peu plus tôt résonne encore dans mes tympans, rebondissant dans mon crâne, ne faisant qu'amplifier de seconde en seconde la douleur intense qui battait sous mes tempes depuis quelques secondes désormais. Dans un effort surhumain, je dépose la culasse de mon fusil au sol, une main s'égarant encore contre le canon et laisse retomber ma tête en arrière, reposant ainsi sur le gazon anglais de la villa Je ferme les paupières, prenant quelques secondes pour enregistrer l'information que me communiquent encore mes oreilles. Des sons étouffés me parviennent au loin, mais mon esprit est trop fatigué pour tenter de les décrypter. Ma chemise me colle à la peau, se mouillant de plus en plus d'une substance plutôt tiède et visqueuse. Inutile d'ouvrir les yeux. L'odeur du sel et de la rouille...je la connais trop bien...elle ne m'a plus quitté depuis l'Irak...le sang de mon frère...celui de toutes mes cibles...celui de mon père...mon sang...

Une brise caresse mon visage et je rouvre les paupières. Devant mes yeux, l'immensité azur brille. Quelques nuages légers flottent ci et là et je me surprend à sourire. Mes pauvres souvenirs de Forks étaient pluvieux et froids, humides et verts. Forks était comme moi, maudite. Mais aujourd'hui, alors que je sens la vie s'échapper peu à peu de mes veines, le soleil est apparu et laisse se dérouler à l'infini devant mes yeux ce magnifique ciel bleu azur pour lequel j'avais signé mon engagement six années auparavant. Inconsciemment, un rire franchit mes lèvres, secouant légèrement ma gorge et ma poitrine, m'arrachant une douleur lancinante.
-Jake, la pluie me manque... lançai-je, même si celui qui avait toujours été à mes côtés n'était pas là à cet instant.

Le bruit du vent dans les arbres et les chants d'oiseaux répondent à ma remarque. Je vais affronter cette épreuve seule. Mais à mes yeux, elle n'est pas vraiment une épreuve. Non. J'ai rempli ma dernière mission : les protéger.

Instinctivement, des mots se bousculent contre mes lèvres. Et pour la dernière fois de ma vie, je les laisse enfin s'échapper avec une sérénité totale.
-L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. ...Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles... Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi...

Une quinte de toux plus violente me prend, étouffant mes derniers mots dans ma gorge qui me semble emplie d'eau. Au loin, une voix légère m'appelant se fait entendre, appelant mon prénom : "Isabella".
Quelque chose de tiède et doux touche mes joues, m'apaisant. Je fixe une dernière fois le ciel alors que des images dansent anarchiquement dans ma tête. La dernière m'arrache un sourire.
Le visage d'un ange.
Le visage de mon ange.
Celui qui a permis ma rédemption.
-Edward...murmurai-je en plongeant dans le néant, mes dernières étincelles de vie disparaissant de mon corps alors qu'un froid glacial emprisonne petit à petit chacun de mes os.


Bon, comme vous vous en doutez, on se rapproche de la fin...J'ai plusieurs scenaris possibles en tête...certains plus sombres que d'autres... Vos impressions ? Vos idées ? vos reviews m'aideront à choisir un scénario...

D'ici là, je retourne me cacher ! ;-)