Résumé : Severus se retrouve confronté aux effets de la non-prise de la potion par Cassandre et change d'avis.

Je m'étirais lentement. Une fois de plus depuis ma discussion avec Severus, j'avais passé la nuit sur le canapé du salon, les yeux ouverts. Je ne parvenais plus à dormir et l'épuisement était de plus en plus lisible sur mon visage. Severus essayait de trouver une solution et je l'aidais toutes les nuits en lisant le plus de livres possible pendant qu'il dormait.

Je préparais du thé et m'occupais des enfants en attendant que Severus soit réveillé. Il se leva une demi-heure plus tard. Il s'assit en face de moi et but silencieusement son thé. Au bout d'un certain temps, il m'observa avec attention.

- Je suppose que tu n'as rien trouvé...Prend la potion et dors aujourd'hui. Dumbledore comprendra.

- Non, je ne veux pas qu'on ait fait tout ça pour rien.

Il haussa les épaules.

- Comme tu veux.

Après avoir déjeuné, alors que nous nous rendions dans la salle de duels, nous vîmes une grande partie des élèves réunis autour de la porte principale de la Grande Salle. Argus Filch, le concierge, était en train clouer un nouveau décret d'éducation. Celui-ci déclarait que Ombrage était la nouvelle directrice de Poudlard. Je regardais Severus pour voir si il était au courant de quelque chose mais il semblait tout aussi surpris que moi. Un bruit nous fit nous retourner, un petit raclement de gorge hautain et insupportable, et nous nous retrouvâmes face à Ombrage.

- Mlle Smith, Professeur Snape. Je vous cherchais justement. Je voulais vous annoncer que le Club de Duels était dissout. Vous n'aurez plus à vous en occuper. Professeur Snape, j'aimerais vous voir dans mon bureau. Tout de suite si possible. Je crois que vous n'avez pas cours dans l'immédiat.

Severus me lança un regard désolé et suivit Ombrage. Minerva vint me trouver. Je pouvais voir dans ses yeux qu'elle s'inquiétait pour moi. Il est vrai que j'étais pâle et que j'avais maigri, mon manque de sommeil entamant mon appétit.

- Cassandre, tu as une mine épouvantable. Tu devrais vraiment te reposer.

- Bonjour à toi aussi Minerva.

- Désolée. Mais Severus ne voit pas la tête que tu as ?

- Il la voit en permanence mais ce n'est pas sa faute. Et nous cherchons une solution à mon problème.

Voyant que je ne voulais pas en parler, elle changea de sujet.

- Ombrage a encore fait des siennes hier. Elle a mis une bonne partie des élèves de l'école en retenue. Et maintenant qu'Albus est partit, comment allons nous protéger les élèves avec cette femme comme directrice ?

- Nous allons devoir être encore plus prudents.

La journée fut longue et passa tellement lentement que je crus presque qu'elle ne terminerait jamais et que le soir ne viendrait pas. Je n'avais pas vu Severus de la journée. Et donc lorsqu'il entra dans mes appartements par le tableau, je fus surprise de voir qu'il affichait un sourire satisfait, signe de vengeance accomplie. Je plaignais vraiment la personne qui allait devoir subir sa colère. Parce qu'en général, quand il souriait comme ça, c'était très mauvais signe.

- Tu as l'air de bonne humeur.

- Oui. Ombrage m'a demandé du Veritaserum pour interroger Potter.

- Quoi ? Elle veut donner du Veritaserum à Harry ? Mais c'est illégal !

- Je sais, c'est pour ça que je l'ai remplacé par une potion qui n'a aucun effet.

Je soupirais de soulagement.

- Merci Severus...

- Viens, je vais faire à manger et après tu iras te reposer. Je sais que tu as entendu ça toute la journée mais tu as vraiment une tête affreuse.

- Merci Severus, j'apprécie le compliment.

J'allais prendre une douche. Sous l'eau chaude, je sentais mes yeux se fermer petit à petit. Deux mains me retinrent pour m'empêcher de tomber alors que le sol s'était dangereusement rapproché de mon visage. Je regardais le visage inquiet qui me surplombait.

- Le repas attendra, tout comme la douche. Tu vas dormir. Tout de suite.

Il m'enveloppa dans un peignoir vert et me porta jusque dans la chambre. Il m'allongea dans le grand lit et me couvrit rapidement.

- Je vais manger et je reviens.

Je hochais lentement la tête, trop fatiguée pour bouger. Je fermais les yeux et laissais la fatigue m'emporter.

A nouveau, ce visage vient hanter mon sommeil. Le visage de ce jeune Serdaigle que j'ai tué il y a 20 ans. Un garçon qui serait aujourd'hui un homme et qui aurait dû avoir mon âge. Je vois ses cheveux blonds, mêlés à du sang, le sien, ses yeux aussi bleus que les miens, peut-être un peu plus clairs, recouverts du voile de la mort, et ses lèvres pâles, ouvertes en un cri qui ne sera jamais entendu. Puis le visage change. C'est d'abord celui de Lysandra qui apparaît, entouré de ses petites boucles rousses. Puis vient celui de Eridan, dont les cheveux sont autant en bataille que ceux de son père. Mais c'est le dernier que je redoute le plus. Celui de Severus. C'est le seul qui parle. Et ses mots sont douloureux. Ce sont toujours les mêmes d'ailleurs, chaque nuit. Ses paroles sont dures, accusatrices et pleines de haine. Il m'accuse de l'avoir tué. D'être responsable de la mort de ce garçon. De la mort des enfants. De sa propre mort. Il m'accuse. Encore et encore. C'est une terrible litanie qu'il répète jusqu'à ce que même le silence soit emplis de ces accusations. Ses yeux voilés à en être presque gris m'observent. Du dégoût. C'est tout ce que l'on peut y lire. Puis du sang commence à couler de sa bouche, de son nez, de ses oreilles et de ses yeux. Tout n'est plus que rouge. Le liquide épais ne couvre tout, il détruit tout sur son passage. Il ne reste rien de ces visages. Des visages de ceux à qui j'ai détruis la vie et de ceux que j'aime. Il n'en reste rien. Rien de plus que ce rouge qui s'étend à perte de vue. Puis tout devient noir. Du sang apparaît à nouveau. Encore. Mais cette fois-ci, le sang agit différemment. Il semble former un mot. Petit à petit, celui-ci est lisible. Et je ne peux retenir une plainte en voyant ce qui est écris en lettres de sang. MONSTRE. Ce simple mot provoque en moi des nausées abominables. Ce mot qui me définie plus que ce que les gens ne le pense. MONSTRE. J'ai beau fermé les yeux, il ne s'efface pas. Il est toujours là. Et plus j'essaye de le faire disparaître, plus les lettres capitales grossissent. Puis une main se pose sur ce mot qui me glace le sang. Une main pâle qui le frotte jusqu'à ce qu'il soit illisible. Puis une voix. Une voix douce mais dans laquelle on peut percevoir de la douleur et de la peine. C'est cette voix que je suis dans l'obscurité pour retrouver la lumière de la réalité. C'est cette voix qui parvient à me tirer de mes cauchemars.

Lorsque j'ouvris les yeux, je vis le visage inquiet de Severus penché au dessus du mien, éclairé par une petite sphère lumineuse. Il était pâle et il tremblait un peu. Je pouvais même voir des gouttes de sueur sur son front. Moi aussi je tremblais. J'avais froid et mon corps était couvert de transpiration. Je frissonnais. Il m'enleva mon peignoir et enleva ses vêtements avant de s'allonger contre moi et de me prendre dans ses bras, ma tête se retrouvant blottie contre son torse. Il déposa doucement un baiser dans mes cheveux.

- Demain, tu prends cette fichue potion et tu dors toute la journée. Je ne veux pas t'entendre protester. Cassandre, je suis désolé mais je crois que je ne peux rien faire pour arrêter ces cauchemars. Si tu veux qu'ils disparaissent, il faut que tu acceptes le fait que tu n'es pas responsable de ce qu'il s'est passé il y a vingt ans. Et tu n'as pas l'air d'être prête à le faire. Sache qu'à mes yeux tu n'es pas un monstre.

- Severus...

- Tais toi. Bois la potion ou je te la ferais boire de force.

J'attrapais le flacon qu'il me tendait et avalais son contenu d'une traite. Peu de temps après, je m'endormis dans ses bras.


A mon réveil, Severus n'était plus là. D'ailleurs ce n'était pas étonnant vu l'heure qu'il était. Il était presque dix-neuf heures. J'avais dormis une bonne partie de la nuit et presque toute la journée. Je me sentais mieux, plus reposée. Un peu vaseuse mais j'allais mieux, c'était déjà ça. Je me levais doucement et allais prendre un bain. Je restais une bonne heure dans l'eau chaude, en profitant pour me détendre un peu. J'enfilais ma chemise de nuit et allais directement dans la cuisine. Je ne comptais pas sortir alors autant me mettre à l'aise. Alors que je préparais le repas, une porte claqua violemment dans l'appartement, me faisant sursauter. Je quittais la cuisine, portant mon index à mes lèvres pour effacer les gouttes de sang qui y perlait. Je m'étais entaillé le doigt en sursautant. Je découvrais dans mon salon un Severus Snape fou de rage. Je reculais instinctivement en le voyant s'approcher de moi. Gérer le Professeur de Potions quand il était énervé était une chose mais quand il était dans cet état là, c'en était une autre. Il vit mon mouvement de recul et inspira profondément, essayant de se calmer un peu. Il se pinça l'arrête du nez et passa une main dans ses cheveux.

- Severus, qu'est-ce que tu as ?

- Ton...Ton satané filleul est exactement comme son père !

Il tremblait à nouveau de rage et je posais une main hésitante sur son bras, tentant de l'apaiser.

- Assied toi, j'étais en train de faire à manger. Je reviens. Calme toi en attendant.

Je retournais dans la cuisine et préparais rapidement des sandwichs et du thé noir. Je revenais au bout d'une quinzaine de minutes et je le trouvais assis dans le canapé du salon. Je m'assis à côté de lui et nous mangeâmes en silence. Une fois que je fus sûre qu'il était plus calme, je me tournais vers lui.

- Explique moi ce qu'il s'est passé Severus.

- Potter sait comment son père me traitait.

- Et ?

- Quoi et ? Il a violé ma vie privée en plongeant dans ma Pensine.

- Est-ce que tu lui as dis qu'il n'avait pas le droit d'y toucher ?

- Je n'étais même pas là quand il est entré dans mon bureau.

- Et est-ce qu'il t'a dit quelque chose après ?

- Je ne lui en ai pas laissé le temps. Je lui ai dis de partir.

Je soupirais.

- Severus, il ne t'est pas venu à l'idée qu'il aurait aimé s'excuser pour le comportement de son père ? Je te l'ai dis des centaines de fois, Harry n'est pas comme James. Quand est-ce que tu vas comprendre ça ?

Il se mura dans le silence.

- Severus, ce n'est pas grave si il est au courant. Je connais Harry, il ne dira rien à ses amis. Il gardera ça pour lui.

Je n'eus aucune réponse et il se leva pour aller prendre une douche. J'allais faire la vaisselle pour lui laisser le temps d'aller se coucher. Au bout d'une heure, j'éteignais toutes les lumières et, après avoir pris ma potion, rejoignais Severus dans la chambre. Il était allongé dans le lit, dans le noir, mais je voyais bien qu'il ne dormait pas. Je retirais ma chemise de nuit et m'installais à côté de lui. J'embrassais doucement son dos et passais mes bras autour de sa taille. Il sembla se calmer un peu et se tourna vers moi.

- Comment est-ce que tu te sens ?

- Mieux, j'ai dormi presque toute la journée. Ombrage n'a rien dit ?

- Je lui ai dis que tu étais malade et que je t'avais donné des potions pour que tu puisses te reposer. Elle n'a rien dit. En tout cas pas devant moi.

Il caressa mes cheveux et je m'endormais, enveloppée par son odeur.

NA : Dans le prochain chapitre, on va, enfin, se débarrasser d'Ombrage !