Après les partiels
« Bouarf ! » s'écria Anaël.
« Comme tu dis » appuya Ion, lequel tirait une tête de mort-vivant.
Après six heures d'affilée passées en épreuve, ça se comprenait qu'ils soient en miettes tous les deux, non ? Surtout vers la fin… Sans compter le fait qu'ils avaient commencé à huit heures du matin et n'avaient pas eu de pause pour déjeuner. Vive les paniers-repas.
« Ça résume parfaitement, n'est-ce pas ? » soupira l'ange aux ailes rouges.
« Exactement » confirma son interlocuteur toujours aussi lugubre.
La jeune fille s'ébroua, faisant gonfler son duvet.
« Enfin ! C'est ter-mi-né ! Ah, le bonheur… Qu'est-ce que tu comptes faire ? »
Un sourire épuisé s'épanouit sur le visage du garçon.
« Je vais me replonger dans mes cours, histoire de voir si je me suis planté ou pas… Et après, j'ai la ferme intention de me transformer en limace et de ne rien glander pendant minimum deux semaines. »
« Beau programme » approuva Anaël. « Quoique, revoir ses cours, je trouve ça un peu maso… »
Ion fronça les sourcils.
« Quoi, c'est pratique ! » protesta-il. « Cela dit, je pense sauter la partie sur les amendements Dominations-Principautés. Le coup de pot, que je me sois souvenu que c'était les Dominations qui s'occupaient de la politique angélique et les Principautés de la politique terrestre… »
La grâce d'Anaël émit un craquement de pétard.
« Attends… c'est pas l'inverse ? »
Ion la dévisagea.
« Sûr de chez sûr. Ne me dis pas que tu t'es plantée sur la question à douze points ? »
La jeune fille tourna au vert.
« Merde ! » s'écria-t-elle.
Le jeune homme lui adressa une grimace de compassion.
« J'ai comme l'impression que ça part mal pour toi… »
« Je suis morte » gémit Rachel.
Gail lui tapota gentiment l'épaule.
« Allons. Même si tu t'es plantée dans la composition d'histoire, je suis sûre que tu as cartonné dans les autres matières ! Heu… Au fait, c'est quoi les épreuves quand tu veux entrer dans les Communications ? »
Sa sœur la considéra d'un œil vide.
« Surtout des épreuves littéraires » lâcha-t-elle. « Genre comment annoncer une mort à un proche, comment préparer un sujet en quinze minutes alors que tu n'as que deux lignes d'information… »
« Ça paraît épuisant » s'apitoya l'ange aux ailes roses.
« Ouais, toi, tu as eu de la chance » grinça son interlocutrice. « Quand tu es en apprentissage, pas besoin de te tracasser pour tes études, pas vrai ? »
Gail la considéra de ses yeux clairs et Rachel se sentit aussitôt coupable. S'en prendre à Gail, c'était comme s'en prendre à un nouveau-né : totalement moche et bas. Ce n'était certes plus une petite fille, mais elle avait cette candeur…
« C'est vrai ! » reconnut joyeusement la jeune Chérubin. « Hé, tu sais ce qui te remonterait le moral ? Une soirée drague avec boissons à volonté ! Et ça tombe bien, il y a la soirée de décompression juste dans le parc du lycée… »
Rachel se sentit encore plus ignoble.
« Honnêtement » commenta Virgile, « c'est ça que tu fais après les examens ? »
« Tais-toi » répondit Zacharie, mais avec nettement moins de sècheresse que d'habitude et beaucoup plus de lassitude.
Les deux jeunes gens se trouvaient actuellement à l'ombre d'un arbre, Virgile considérant avec un certain accablement son comparse étendu sur le dos, un magazine sur les yeux et les mains posées sur la poitrine.
« Sérieusement » se lamenta l'ange aux ailes gris fer, « l'intégralité de la promotion va boire, s'envoyer en l'air, faire la bringue jusqu'à pas d'heure, et toi tu dors ?! Elle est où, l'erreur de programmation ? »
« Virgile » grogna l'autre. « Je n'ai ni l'énergie ni l'envie de te répondre. »
Le garçon plus athlétique jeta les bras en l'air.
« J'abandonne ! » fit-il tragiquement. « Tu es et tu seras éternellement un handicapé social condamné aux affres du pucelage éternel ! »
« Content de l'apprendre » grinça Zacharie. « Et maintenant, barres-toi. »
A voir la tête de Virgile, on aurait pu croire qu'il venait d'avaler entier un citron nature.
« T'es sûr que ça va aller ? La journée va être chaude, il faudrait pas que tu attrapes du mal. »
Pour toute réponse, le Séraphin lui adressa le geste de la main qui signifiait ouste dans toutes les cultures. L'autre n'insista pas.
Entendant les pas de Virgile s'éloigner, Zacharie poussa un énorme soupir. A tous les coups, Virgile allait provoquer une connerie… C'était toujours le cas durant les supersoirées scolaires, quand il y avait de l'alcool et que l'ambiance était au déchaînement. Il soupira de plus belle en se rappelant la fois où l'adolescent s'était senti une furieuse envie de nudisme… devant deux bonnes centaines de témoins.
Pourquoi j'avais pas pris d'appareil photo ce jour-là ?
Enfin, Uriel avait apporté le sien. L'histoire avait constitué le grand scandale de l'été dernier, suivi de près par le ménage à cinq de Samyaza…
Le Séraphin bâilla. Les examens lui mettaient la tension à plat, et quand il avait la tension à plat, il hibernait. Que Virgile fasse ce qu'il voulait, il n'avait pas suffisamment de forces pour l'en empêcher.
Sur ces pensées, il se laissa glisser dans le sommeil.
« Tu as idée du surréalisme de cette situation ? » interrogea Naomi après avoir trempé les lèvres dans son mojito.
Uriel se gratta la nuque.
« Je sais, je ne suis pas le genre d'interlocuteur que tu privilégie. »
« Ça, c'est rien de le dire » confirma la demoiselle avant de sauter du coq à l'âne. « Tu sens le savon. Tu as été prendre une douche ? »
L'ange à la peau sombre fit la grimace.
« Il fallait bien ! Les examens du Protectorat, c'est surtout pratique, si tu vois ce que je veux dire. Le résultat, c'est qu'à la fin tu dégoulines de sueur et tu empestes la gadoue à cent kilomètres. »
« Ah, effectivement… Tout de même » rêvassa Naomi. « Pas besoin de réviser pour des examens pratiques… »
« Détrompe-toi ! Il faut se rappeler les mouvements d'escrime, il faut se souvenir du point faible de ton adversaire quand tu le connais, non, vraiment, il y a de quoi stresser ! »
« En parlant de stress » s'enquit la jeune fille, « tu sais ce qui est arrivé dans ma classe ? Un des garçons a dit que si un des étudiants subissait une mort violente, tout le reste de la promotion réussirait les examens ! »
« Genre sacrifice rituel ? » commenta Uriel, l'air intéressé.
« Oui, un peu… Bon, on n'est pas allés jusqu'à désigner une victime avant de lui plonger un couteau dans le cœur en célébrant une messe noire, mais tu vois le genre d'idées que tu peux avoir dans la tête quand tu t'excite un peu trop ! »
« Surtout que pour les sacrifices, il faut que la victime soit pure et innocente, tu sais ce que ça veut dire… Je doute qu'il y ait encore des vierges dans notre promotion. »
Ceci, ce n'était pas tout à fait vrai. Uriel savait que Zacharie était trop concentré sur sa carrière pour penser à la chose, et lui-même… Si sa première fois ne pouvait pas avoir lieu avec Anaël, eh bien, il n'aurait pas de première fois, voilà tout.
« C'est quand même dingue » déclara son interlocutrice. « Comment se fait-il que les adolescents soient aussi obsédés par le sexe ? Je me rappelle que j'étais à la bibliothèque, j'étais en train de ranger les étagères, et le type à côté de moi m'a demandé si je mouillais ! »
« Tu sais, des obsédés, il y en aura toujours… »
« Je veux dire, la bibliothèque ! Comme lieu de drague, il y a franchement mieux. En toute honnêteté, ça t'exciterait de regarder des livres ? »
« Naomi, j'ai dix-huit ans. Quand je regarde le carrelage, j'ai déjà envie de faire l'amour. Et puis, ça dépend si c'est un bouquin porno. »
Ce disant, il adressa un clin d'œil à son interlocutrice qui ne put s'empêcher de rigoler.
« Eh ben, aucune raison d'avoir peur que notre espèce ne s'éteigne » jugea-t-elle gaiement. « Avec de telles pulsions ! »
« Je n'ai rien à redire à cela » avoua le jeune homme avant de goûter le contenu de son verre. « Ah ! Je crois que je suis tombé sur de la bière des Trônes. »
« Qu'est-ce qui te fais dire ça ? »
« Parce que la gastronomie des Trônes, ça se résume en deux phrases. Quand c'est froid, c'est de la soupe, quand c'est chaud, c'est de la bière. Et cette bière, elle est chaude. »
« L'argument est imparable » reconnut Naomi, impassible.
Elle se cacha la main derrière la bouche et se mit à rire.
Pendant mon année de terminale, il y a vraiment un garçon qui a dit qu'en cas de mort subite dans la classe, tous les élèves seraient reçus au bac ! Je vous rassure, tout le monde a terminé l'année en vie.
