Aller, le dernier chapitre avant le combat tant attendu, the final fight. De beaux discours, toujours un peu plus de révélations sur notre Gallifréen préféré et puis... et puis vous n'avez qu'à lire pour juger, je ne vais pas tout vous dire quand même. Tout est centré sur le Docteur, mais d'ici peu Rose reviendra en tête de notre histoire ! Et pour ceux qui ont lu PREMONITION (Chapitre 10), ils devraient deviner de quoi je parle...
Music : The Darkness Approaches (Doctor Who Unrealesed Music Album)
Bonne lecture :
- Maître…, souffla le Docteur désappointé.
- Hello ! sourit ce dernier, -moqueur comme à son habitude-.
L'adepte des tambours leva son tournevis laser à l'encontre du petit groupe, prêt à réduire ces derniers en poussière…
- Non ! hurla le Docteur en postant en première ligne et en braquant lui aussi son arme sonique. Non, arrêtez !
- Et pourquoi arrêterai-je ?
- Vous savez pertinemment ce qu'il se trame là dehors et vous savez que c'est mal !
- Conquérir la planète et assiéger l'Univers ? J'admets que cette idée m'a souvent traversé l'esprit ces temps-ci…
- Je parle de l'armée des Seigneurs du Temps, celle qui est morte dans la Cascade de la Méduse lors de la bataille finale ! Acceptez-vous réellement sans rechigne de voir tous nos frères obéirent tels des esclaves à un dictateur en puissance ?
Le Maître esquissa une grimace de réflexion, accordant un point à son rival. En effet, malgré sa perfidie sans borne, notre méchant favori avait un penchant pour le patriotisme, et rien au monde ne lui ferait oublier qu'il était Time Lord avant toute chose. Contempler son peuple jadis si fier et si libre réduit à une armada de zombies ne l'enchantait guère…
- Maître je vous en conjure, aidez-nous à le stopper ! insista alors le pauvre Docteur désemparé.
- Voyons, voyons réfléchissons…, ricana l'autre faussement compatissant. Devrais-je venir en aide à celui qui est responsable de ma mort, ou bien continuer de servir celui qui m'a sorti de ma cellule ?
Le Gallifréen l'observa sans un mot, espérant de tout cœur que cette touche d'ironie cachait véritablement l'intelligence et le bon sens qu'il incarnait autrefois. Après tout, le Maître était bel et bien un homme d'honneur -un tant soit peu mégalo soit dit en passant- mais il pouvait aussi faire preuve d'humanité quand l'envie lui prenait, et plus particulièrement quand la situation tournait réellement à la catastrophe.
- Rah, ne me prenez pas pour un imbécile ! tempêta-t-il alors en détournant le regard de ses yeux suppliant. J'ai choisi mon camp, et sans vouloir vous navrer : ce n'est pas le vôtre !
Sur ce, il envoya une décharge laser que le Docteur évita de justesse, se jetant sur la gauche. Il répliqua par une onde sonique de fréquence élevée ce qui eut pour conséquence de propulser le Maître en arrière… Il percuta de plein l'une des poutres porteuse qui fit vibrer de plus belle l'un des carillons au-dessus de leurs têtes. Chacun se boucha les oreilles l'instant de quelques secondes, puis, tandis que les vibrations sonores se faisaient plus supportables pour l'ouïe humaine, le Docteur aboya d'une voix claire et forte :
- Courez !
Et comme pour montrer l'exemple, il saisit bien fermement la main de Rose pour l'entraîner vers un couloir ascendant, Kate sur leurs talons. Il se stoppa toutefois dans sa course infernale, remarquant que le Capitaine et son équipe demeuraient à leur position.
- Partez devant ! ordonna alors Jack. Mon équipe et moi, on s'occupe de celui-là !
Sur ce, ces subordonnés sortirent de sous leur veste tout l'arsenal prévu à cet effet, c'est-à-dire un couteau de chasse particulièrement bien aiguisé et un neuf millimètres chargé et prêt à faire feu. Certes, il n'y avait rien d'exceptionnel, ne disait-on pas par chez nous que « c'était mieux que rien »?
Le Docteur délaissa ses deux compagnes le temps de quelques secondes puis exécuta plusieurs pas en arrière, contemplant silencieusement le Capitaine de ses yeux sombres et embrasés. Harkness soutint son regard avec toute la fierté et la solennité dont il pouvait faire preuve dans l'acte d'une telle tragédie. Le mutisme était de plomb. Personne ne put dire avec exactitude quels sentiments traversèrent alors les deux hommes et cet instant de crise. Une sorte de fraternité, de solidarité qui coulait profondément dans leur sang de soldats, de combattants libres qui n'avaient nulle crainte à se dresser ensemble face au front impitoyable.
- Merci, témoigna alors le Docteur en lui tendant la main.
- Bonne chance, acquiesça Harkness en lui rendant chaleureusement sa poigne.
Il lui glissa par ce geste d'honneur et d'humanité, la montre que le gamin avait abandonnée une heure plus tôt. Le Gallifréen fronça les sourcils, troublé, puis hocha imperceptiblement la tête, rejoignant finalement ses deux compagnes. Il s'éclipsa rapidement de l'horlogerie pour un niveau plus élevé encore…
La Maître revint à l'assaut, flottant miraculeusement dans les airs le temps de quelques secondes, avant d'atterrir avec grâce au sol, face au Capitaine. Ils étaient proches l'un de l'autre, trop proches, beaucoup trop proches. Les deux hommes s'affrontèrent du regard durant de longues minutes, cruels et assoiffés de violence jusqu'au plus profond de leur chair, leurs muscles raidis par l'attente du combat, la tension croissant à un rythme exponentielle entre ces deux êtres consumés par une forte pulsion vengeresse.
- Je n'ai pas oublié tous ces mois de torture à bord du Valliant, signala sombrement Jack, la voix noire de menaces.
- Moi non ! railla alors le Maître un sourire rageur aux lèvres. Comment aurais-je pu oublier un loisir aussi divertissant que celui-ci : vous entendre agoniser et mourir à longueur de journée ! Hi ! Hi ! Hi ! Remarquez, ajouta-t-il d'un ton nettement plus sinistre, je doute que vos amis soient dotés du même type de capacité…
- Vous ne…
- Préparez-vous au pire !
- Amenez-moi au pieds de cette Tour tous les humains physiquement aptes à œuvrer pour l'effigie de ma suprématie et supprimez sans pitié tous ceux qui tenteraient de s'y opposer ou qui seraient dans l'incapacité de me servir faute d'être trop faible ou trop incompétent ! Détruisez tous les bâtiments politiques, renversez chaque gouvernement, menez cette population au chaos, de sorte qu'elle ne puisse alors se soumettre qu'à moi et à moi seul ! Voilà trop longtemps que je sauve cette planète, j'estime que l'heure est à présent venue de demander qu'on me rende enfin la monnaie de ma pièce ! Je veux les entendre prier mon nom, je veux qu'ils me vénèrent tous autant qu'ils sont, qu'ils m'acclament comme le Dieu que j'ai gagné le droit d'être ! Exécution !
- Non ! éclata alors furieusement une voix dans son dos.
Le Dark Doctor se raidit à l'écho de cet appel sévère qui fit vibrer l'air de son Autorité Suprême. Les soldats fantômes s'immobilisèrent dans les airs, fixant de leurs yeux vides et inconscients l'Elu qui avait parlé, le seul être encore capable de contrefaire tout le mal déjà commis, les ravages et la destruction qui hantaient les rues de Londres et du monde…
Le Dark Doctor se retourna lentement vers le nouvel arrivant et enragea de constater qu'il s'agissait tout bonnement du véritable Docteur.
- Non ? s'étrangla-t-il mauvais.
- Non, répéta le Gallifréen implacable.
Il fit face aux spectres et leur annonça d'un ton dynamique et sans appel :
- Cet homme est un imposteur ! Il vous manipule depuis le début sans jamais se soucier de votre consentement. A partir de cet instant et pour toujours, je vous ordonne de ne plus vous attaquer aux humains et de m'obéir sans vous soumettre à ce dictateur ! Je suis et je reste à jamais l'Unique Prince du Temps…
- Outrage ! Menteur ! Infamie ! vociféra alors l'autre en marchant d'un pas furibond à son encontre. De quel droit oses-tu te prétendre porteur de ce Titre, toi qui n'as jamais rien tenté pour le conserver ! Hein ? De quel droit ?
Le Docteur ne répondit rien, et le toisa durement, blessé jusqu'au plus profond de lui-même par cette triste vérité. L'excentrique n'en avait pourtant pas terminé, et le jugea de haut, tournant impitoyablement autour de sa personne, tel un fauve sur le point de passer à l'offensive, un prédateur à l'appétit féroce et assoiffé de sang.
- Oui, tu ne mérites rien, absolument rien ! Tu n'as jamais revendiqué ton titre de Prince du Temps, ton pouvoir, bref ton droit à la vie ! Tu ne t'es jamais révolté à l'idée qu'on te l'avait retiré à cause de cette « anomalie génétique ». Tu n'as jamais riposté sous les insultes qu'on te jetait au visage ! Tu n'as jamais rien dit suite aux vilenies honteuses qu'on t'infligeait à longueur de journée ! As-tu réellement expliqué à tes amis pourquoi tu ne parlais jamais de ton passé ? Hein ? Savent-ils que tu as vécu ton enfance seul, à l'écart de tes frères ? Leur as-tu donné la raison pour laquelle on t'écartait des Grands Concours ? La raison pour laquelle on te refusa le Galliprice ? Ah ! Tu as été lâche toute ta vie, en particulier lorsqu'il s'agissait de te défendre toi-même, toi et ta propre cause : ta condition «d'impur ». Non, tu as fuis, comme toujours… tu passes ta vie à fuir ! Tu ne mérites en aucun cas de recevoir le Titre de Prince du Temps et de commander cette armée !
Les deux hommes se contemplaient, redevenus soudainement immobiles, dans un silence tendu, électrique, tant et si puissant que le monde entier sembla se figer tandis qu'ils se défiaient sauvagement du regard. Si le Docteur possédait le don pour trouver les mots justes -ces mots capables de gonfler le cœur des hommes d'honneur et de courage- le Dark Doctor n'en était pas moins abominable pour ravager les espoirs et les idéaux propre à chacun, et à meilleure raison : ceux du dernier Time Lord, son exact opposé.
- Je sais ce que tu cherches à faire, annonça calmement le Docteur d'une voix dure définissant également un cercle autour de l'interpellé. Je sais que tu te sens seul. Seul et terriblement frustré. Tu te dis que la vie ne t'a jamais rien apporté d'autre que malheur et souffrance. Tu te dis que tu finiras tôt ou tard par disparaître, emportant alors le souvenir de ton espèce dans ta tombe. Car, avoue-le, malgré l'enfance difficile que tu as endurée, malgré les moqueries et les scandales, tu t'es toujours considéré comme un véritable Seigneur du Temps, le dernier Seigneur du Temps. Tu te sens seul, sans racines, sans personne de suffisamment brillant avec qui tu pourrais converser pendant des heures de paradoxes temporels et d'énigmes universelles, sans personne pour reconnaître véritablement toute l'étendue de ton génie, condamné à ne jamais revoir la beauté incomparable de Gallifrey. Tu erres sans but, parcourant l'Univers histoire de t'occuper l'esprit, enviant les humains qui, malgré leurs petits problèmes insignifiants, trouvent la force de résister au désespoir, désespoir dans lequel tu t'es noyé depuis fort longtemps… Ces humains qui vivent en communauté et qui ne se retrouveront jamais seuls comme nous le sommes tous deux aujourd'hui.
Rose et Kate, qui assistaient sans mot dire à cette scène d'aveux tragiques, comprirent avec amertume que le Docteur discourait pour lui-même, révélant au grand jour les maux si douloureux qui pesaient sur ses coeurs, confrontant cette déplorable réalité –sa déplorable réalité- à son opposé. Sa voix était dure, mais brisée par le chagrin, des larmes de colère et de souffrance naissaient au coin ses yeux nostalgiques, blessé jusqu'au plus profond de lui-même, torturé à l'idée devoir enfin admettre ce qu'il ressentait véritablement…
- Et toi, que fais-tu pour parer à cette solitude ? Tu rappelles les fantômes de nos frères et nos sœurs parmi nous ? Regarde-les ! s'écria-t-il en tendant vivement les bras vers le ciel de feu. Ne trouves-tu pas qu'ils ont suffisamment souffert ? Ne crois-tu pas qu'ils devraient avoir droit à la paix ? REGARDE-LES ! hurla-t-il de plus belle pour appuyer son autorité et sa détresse. Crois-tu vraiment qu'ils sont de véritables Seigneurs du Temps ? Crois-tu vraiment que leurs fantômes remplaceront les êtres chers que nous avons jadis perdus ? Qui oses-tu prétendre être pour décider de les renvoyer au combat après leur échec total et leur mort ? Qui ? Hein, qui ? Tu devrais étouffer de honte ! Oui, ils sont morts, ils sont tous morts et rien, absolument rien, ne pourra un jour les faire revenir parmi nous, certainement pas toi !
Il le dévisagea cruellement, reprenant son souffle, et conclut d'une voix noire :
- Voilà bien longtemps que j'ai compris la leçon, mais toi… Tu es lâche, oh oui tellement lâche… Tu refuses d'admettre la vérité, tu fuis, incapable d'affronter ce drame, cette réalité, incapable d'accepter que tu es définitivement le dernier Gallifréen de tous les Temps…
Le ton était dur, sévère et autoritaire. Rien ni personne n'aurait relevé la tête sous ces accusations plus que gravissimes, rien ni personne n'aurait osé riposter, ne se serait révolté face à cette Instance Suprême, cette leçon exemplaire de morale et de sagesse. Rien ni personne n'aurait risqué de se soulever face au Docteur si intransigeant, au dernier Seigneur du Temps… Rien ni personne, sauf peut-être lui-même :
- Que compte-tu faire ? s'époumona alors l'autre à deux centimètres de son visage. M'arrêter ? Me tuer ?
- Je ferais ce qui est nécessaire pour leur rendre leur liberté.
- Ah ! Viens te battre dans ce cas ! Viens récupérer le droit de commander cette armée !
Le Docteur l'observa gravement, tâchant de déceler le piège de cet affrontement, puis il hocha finalement la tête. Chacun des deux Seigneurs se démunit respectivement de ses armes, se préparant silencieusement à un duel loyal et sans appel. Le Docteur conte lui-même… voilà qui glaçait le sang. En effet, ce n'était pas n'importe quel combat qui se livrait là, mais bel et bien SON combat. Un tournant de sa vie… Son existence dépendait indéniablement de l'issue sombre de cette bataille.
Le Docteur revint vers Rose, cherchant dans ses yeux tristes la force de vaincre, la volonté de persister. Elle l'avait déjà plus d'une fois sauvé du chaos de son âme, peut-être qu'en croyant suffisamment en elle, en se battant secrètement en son nom, il parviendrait à éliminer son démon… Il sortit le Titre, le TIme TRaveler Exterminator -l'unique arme capable de l'éradiquer de la surface de cette planète- et lui déposa méticuleusement dans les mains, serrant ses doigts glacé d'angoisse au cœur de sa paume chaude et douce.
- Si je ne parviens pas à le stopper, ce sera à vous de l'éliminer. Attention, il n'y a qu'une seule décharge…
- Docteur je…
Il ne lui laissa pas le temps de poursuivre et scella ses lèvres d'un index grave et sévère, peu désireux d'entendre ses doux aveux, oui ces aveux même qui l'avaient brisé en Norvège et qui risquaient une fois de plus de fragiliser son ardeur et sa volonté de vaincre…
- Je compte sur vous, souffla-t-il alors en laissant glisser ses doigts le long de sa joue.
Ils se contemplèrent longuement sans mot dire, les mots ne pouvant exprimer avec exactitude ce qu'ils ressentaient en cet instant de crise, ce doux frisson qui torturait leur corps respectif, cette passion secrète qui les consumaient tous deux de l'intérieur, leur occasionnant un martyre qu'ils endurait chaque jour sans jamais se plaindre.
Le Docteur posa alors les yeux sur Kate, cette jeune femme pleine de fougue –et pour qui la scène avait quelques aspects familiers- les cœurs en proie à… de la tristesse ? de la sympathie ? Une douleur sourde qui lui clouait l'âme ? Qu'est-ce que cela signifiait-il exactement ? Rose n'avait pas été la seule femme à l'avoir sauvé de la perdition, non, la jeune DJ en avait fait de même, à plusieurs reprises. Il hocha la tête, exprimant ainsi sa gratitude pour tout ce qu'elle avait accompli en son nom, que ce soit le trafic d'alcool ou bien les sorties au restaurant, la remerciant tout simplement d'avoir fait parti de sa vie.
Il se retourna vers le Dark Doctor, le toisa durement, la rage gagnant progressivement ses muscles raidis par l'attente.
- Il faut que cela cesse !
Et c'est ainsi que, sous les regards impartiales et sévères des spectres de l'au-delà et de deux jeunes femmes au cœur pressé par l'angoisse, que commença un combat épique et sans merci…
