Pas de nouveau chapitre ce soir, je me sens un peu comme Arthur à Camlann au milieu de ses troupes décimées :(
J'ai une pensée pour tous mes fidèles reviewers disparus, dont Lo, et Dollophead, qui commentaient chaque chapitre, et qui ont cessé de donner des nouvelles un beau jour alors qu'elles semblaient si enthousiastes à suivre l'aventure...
Legend, ton message m'a vraiment bouleversé... Là, tout de suite, je suis inquiet et je me dis, "pourvu que ce ne soit rien de trop grave..." J'espère de tout mon coeur que tu retrouveras vite la santé pour revêtir à nouveau ton armure...
Depuis que j'ai commencé à écrire cette fic, tu as été présente à mes côtés tous les jours pour m'encourager et je me suis habitué à ta présence... ! Je guetterai tes coms avec d'autant plus d'attention qu'ils signaleront ton rétablissement. Et comme je sais que tu auras plaisir à pouvoir lire plein de chapitres d'affilée quand tu iras mieux, je recommencerai à écrire la suite dès demain :).
Tu seras toujours un chevalier de la Table Ronde pour moi !
Ma, tu es la seule rescapée du quatuor d'autrefois... :(
La route de Camlann est difficile... heureusement, de nouveaux chevaliers sont apparus entre-temps. Julie (mais oui, que les filles savent se défendre ;)) Emelyne35 (bonne Saint Nicolas à toi aussi; j'avoue que le coup du lapin sur la fesse était peut-être un peu extrême XD), Valir (tu as toujours de super coms ;)), JenMerizi (ça fait d'ailleurs quelques chaps que je n'ai plus eu de nouvelles !) et plus récemment, Foltoile. Ces derniers temps, je sens que même LolOW est un peu découragée... Noooon !
A moi, chevaliers de Camelot...j'ai besoin de votre soutien...
Update sur ce chapitre... demain...
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Ma : merci pour tes encouragements... un petit coup de blues ;) ça arrive. Ca doit être à cause de ce qui me reste à écrire.
Koul : c'est gentil de poster une review maintenant... toi aussi tu es là depuis le début :). Ce que tu dis sur le caractère des persos me fait très très plaisir, c'est le plus beau compliment.
Valir : je ne vais certainement pas m'arrêter avant la fin; ce ne serait pas juste !
LoLOW : j'le dirai plus... :). L'envol des dragons est une version originale... et, oui, tout le monde se bat pour la magie, mais... on le sait qu'elle a disparu. Comment... c'est ça le mystère :).
Nervous breakdown pour Solel qui a atteint sa limite. J'ai galéré avec ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira (vous allez ENCORE me haïr ceci dit).
CHAPITRE 19
Solel regardait par la fenêtre, en pianotant de ses longs doigts sur l'accoudoir de sa chaise.
Son regard traversait la cité de Camelot pour se perdre dans l'horizon. Ses pensées étaient tournées vers Hengist...
-Tu n'as rien écouté de ce que je viens de te dire, n'est-ce pas ? soupira Léon.
Il sursauta, pris en faute. L'aîné des chevaliers de la Table Ronde se trouvait debout à côté de lui, un rouleau à la main. Il avait l'air fatigué démoralisé.
-Désolé, dit Solel, en lui adressant un sourire contrit.
-Si tu me disais plutôt ce qui te préoccupe ? proposa Léon.
-Rien. Rien du tout, mentit-il. Excuse-moi d'être aussi distrait. Tu étais en train de parler...
-..de la liste des invités pour la grande fête d'Albion, répondit Léon, avec lassitude.
Puis il ajouta avec tristesse :
-Je n'arrive pas à croire qu'Arthur ne sera pas là. Quand il était plus jeune, l'unification de tous les royaumes d'Albion en une même grande nation était un projet qui lui tenait tellement à cœur... Il disait que ce serait son plus grand accomplissement, celui pour lequel on se souviendrait de lui, en tant que Roi.
-Il avait raison, dit Solel.
-Non.
Le sourire de Léon était amer.
-Les gens se souviendront de lui pour sa désertion, pas pour ce qu'il a pu bâtir. Cela fera bientôt un an qu'il nous a quittés...
Solel détourna la tête pour fuir le regard désespéré du chevalier. Il avait cessé d'attendre le retour d'Arthur. Il avait cessé de croire dans son destin doré et en l'avenir meilleur qu'il était censé bâtir. Quelles paroles de réconfort aurait-il pu offrir à Léon ? Quelles que soient les inquiétudes que son ami pouvait avoir par rapport au futur, la réalité était bien plus dramatique encore. Léon ne savait pas pour les Saxons qui attendaient, massés sur les côtes de Gedref. Il ne savait pas que dans un mois, l'âge doré de Camelot s'achèverait, laissant place à l'âge de la servitude.
-Il ne reviendra pas, murmura Léon, d'un ton plein de douleur. C'est toi qui devrais être notre Roi, Solel. C'est toi qui gouvernes Camelot depuis un an, et tu es un bon Roi. Je ne suis pas le seul à le penser.
-Cesser d'espérer dans le retour d'Arthur est prématuré, répondit-il machinalement. Du reste, je n'ai pas besoin d'une couronne pour faire ce que je dois. J'ai promis à Arthur de veiller sur Albion jusqu'à son retour, et c'est ce que je ferai.
-Oui, acquiesça Léon. Bien sûr, tu as raison.
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Deux mois s'étaient écoulés depuis que Solel avait passé avec le Roi des Saxons le pacte qui était censé sauver Albion d'une destruction certaine.
Depuis lors, «Morded » avait souvent revu le géant rouge, d'abord, à son corps défendant, puis, avec résignation...
Il avait à moitié espéré un répit après avoir été acculé à l'accord qu'il avait conclu, mais il aurait du se douter qu'Hengist ne lui en laisserait aucun.
La première fois que ses Ombres Grises étaient venues chercher le prince héritier dans sa chambre, il n'avait pas eu d'autre choix que de les suivre jusqu'au campement ennemi.
Il détestait la situation dans laquelle le Saxon l'avait placé.
Il détestait être à ce point impuissant, transformé en marionnette entre les mains d'un autre... obligé de préparer une reddition contre laquelle tout son être se révoltait.
Les sorciers s'étaient déplacés à sept, et il était seul. S'il cherchait à leur résister, ils le muselleraient sans mal... Il pensait être amené devant leur chef en tant que prisonnier, mais lorsqu'Hengist l'accueillit sous sa tente, il se montra étrangement amical envers lui, comme s'il recevait un allié respecté en visite.
Il lui offrit de quoi se rassasier, se désaltérer. Il le fit asseoir à ses côtés.
Il demanda de ses nouvelles avec courtoisie.
Solel pensa qu'il le prenait pour un idiot, s'il croyait pouvoir l'amadouer avec de si piètres offrandes assorties de quelques paroles flatteuses. Quels que soient les efforts qu'Hengist puisse faire pour tenter de le convaincre qu'il était son égal, il savait qu'il n'était pas là en tant que tel, mais comme otage, à la merci de cet «hôte» si parfait qui pouvait le détruire en un instant s'il le décidait.
-Je suis obligé de travailler pour vous. Mais ne croyez pas que je ne préfèrerais pas vous voir mourir sur-le-champ. Je vous tuerais si je le pouvais, lui dit-il, après une demi-heure d'insupportables courtoisies endurées en silence.
-Tu as du mal à accepter ta défaite, dit Hengist, avec un sourire. Je le comprends aisément... Tu es un grand sorcier, Morded, et cependant, tu t'es retrouvé piégé comme un enfant par mes Ombres Grises. Maintenant, tu es soumis à leur magie... ça doit être rageant, pour un homme tel que toi, qui possèdes un si grand pouvoir, de te sentir à ce point impuissant...
Solel lui adressa un regard noir.
Il ne désirait qu'une seule chose : qu'Hengist se taise.
Mais le Roi continua de parler, d'une voix lente, hypnotique.
-Depuis combien d'années gardes-tu ta magie secrète ? Depuis combien d'années ne t'es-tu pas autorisé à l'employer, à l'exercer, à la renforcer ? Tout cela, parce que tu redoutais ton propre nom ?Tu es fort, Mordred. Plus fort que ne l'était Horsa. Plus fort que le plus puissant de mes sorciers actuels. Plus fort, peut-être même, que le légendaire Emrys qui a tué Horsa.. Je t'ai vu détruire Smaug le dragon. Je t'ai vu combattre. Je sais ce que tu es capable de faire. Et cependant, à l'heure qu'il est, tu perdrais si tu te mesurais à la moins talentueuses de mes Ombres Grises... parce que tu manques cruellement de pratique... et parce que tu n'utilises pas tes pouvoirs de la bonne manière.
La bouche de Solel était réduite à une ligne étroite dans son visage alors qu'il fixait Hengist de ses yeux bleus et glacés.
-Viens, dit le Roi. Il y a quelque chose que j'aimerais te montrer.
Il l'emmena en promenade, autour du campement, et il lui dévoila ses plans, sans hâte ni précipitation, observant ses réactions avec un plaisir manifeste.
Solel l'écouta parler avec un mélange d'horreur, et de fascination.
Il haïssait le seigneur des Saxons à cause de tout ce qu'il représentait. Mais ça ne l'empêchait pas de pouvoir éprouver une certaine admiration envers le stratège qu'il était sous ses apparences brutales.
Hengist n'avait pas perdu de temps quand il avait remis les pieds en Saxe, après sa première défaite à Nemeth. Il avait compris que la magie avait provoqué sa perte, et il avait décidé combattre le feu par le feu. Il avait levé une armée de sorciers de son pays, en leur promettant pour ultime récompense l'appât le plus alléchant pour des adeptes de la magie: un accès illimité à la Source qui se trouvait sur l'Ile des Bénis, une fois qu'ils auraient remporté la victoire pour lui.
Les cinq cents soixante maîtres qui avaient embarqué avec le Roi des Saxons étaient tous des magiciens éprouvés. Contrairement aux jeunes disciples de Morgane, ils étaient expérimentés en matière de combats et de sortilèges, et ensemble, ils formaient une armée d'une puissance à glacer le sang.
Il se trouvait aussi qu'ils utilisaient tous les arts noirs.
Solel le comprit en sentant les violents malaises qui se saisirent de lui lorsqu'Hengist l'emmena rencontrer ses hommes.
La nécromancie et la magie du sang lui faisaient violence, de par leur nature corrompue, et il en était à présent environné... la sueur coulait abondamment le long de sa colonne vertébrale et le sentiment de nausée qui l'envahissait était irrépressible.
Lorsqu'il se retrouva face à Ikbaal, cousin d'Horsa et nouveau commandant en chef des armées d'Hengist, il sentit tout ce qui lui restait d'espérances sombrer dans la certitude du chaos à venir. La méchanceté de cet homme se lisait dans son regard malveillant autant que sur les runes dont il était recouvert, et il était puissant. Il y en avait cinq cents autres comme lui qui n'attendaient que le signal d'attaque pour déchaîner leurs forces ténébreuses contre le peuple d'Albion.
Jusque là, Solel avait encore espéré pouvoir préparer une contre-attaque. Dans la journée interminable qui avait suivi l'accord, il avait même pensé, dans ses folles tentatives pour trouver à la situation une issue favorable, que peut-être, voir son nom révélé et son identité trahie était un prix qu'il pouvait payer si en échange les forces d'Albion parvenaient à préparer leur résistance. Il avait été jusqu'à se dire qu'ils pourraient organiser une défense solide, en réunissant les clans des druides, les magiciens d'Albion et les disciples de Morgane sur l'Ile des Bénis...
Mais à présent, il voyait les sorciers Saxons.
Et il savait qu'il n'y avait aucune défense possible contre ces chiens de guerre tatoués de runes, contre la manière sanglante dont ils utilisaient leurs dons, contre la détermination affamée qui se lisait dans leurs yeux. Les magiciens d'Albion ne pouvaient pas résister à une telle force de frappe, et c'était la faute d'Uther Pendragon, qui avait éliminé tous leurs sorciers les plus sages et les plus anciens les uns après les autres du temps de la grande purge, les privant de trop de connaissances et de trop de techniques. La nouvelle génération des magiciens du royaume était trop fraîche, trop neuve pour pouvoir représenter un défi pour ces hommes. Ils étaient avides, avides de remonter jusqu'à la Source. Cette ambition les dévorait et les rendait prêts à tout.
Solel comprit en rencontrant leurs regards que le marché qu'il avait fait avec Hengist était un marché de dupes. Le Roi des Saxons lui-même n'en avait sans doute pas conscience. Quand ces sorciers noirs pourraient boire à l'origine de la magie d'Albion, ils la courberaient et la dévoieraient, et, gavés de sa puissance, ils deviendraient incontrôlables.
Alors, ils finiraient par tout détruire, y compris le peuple que Solel s'était vendu pour protéger.
Ikbaal jeta sur lui un regard méprisant, qui le fit frissonner.
-C'est lui, ton Tueur de Dragons, celui dont tu parles si élogieusement ? demanda-t-il à Hengist, d'un ton qui voulait tout dire.
-Sa magie est pure et puissante, dit le Roi.
-Ce n'est qu'un enfant, dit Ikbaal. Quel que soit son potentiel, il n'a pas appris à l'utiliser comme il convient... Regarde-le, si je le bouscule un tant soit peu, il risque de fondre en larmes.
Solel sentit monter la rage en lui, et sa haine pour les Saxons augmenta d'un cran.
-Je veux que tu l'entraînes, affirma Horsa. Forme-le. Enseigne-lui. Débride ses pouvoirs. De cette manière, il pourra vraiment nous servir.
Cette nuit-là, lorsqu'Hengist le raccompagna à la sortie du campement, il se planta face à Solel, et lui dit avec douceur :
-Comprends-tu ce que je t'offre ? Ikbaal peut t'apprendre. Il t'enseignera les voies des arts noirs, et fera de toi le sorcier le plus redoutable qui ait jamais vécu, en Albion ou ailleurs.
-Les arts noirs corrompent le pouvoir de la Source, répondit Solel, furieux. Ils vont à l'encontre de la nature même de la magie. Seuls les hérétiques comme vous les utilisent. Jamais vous ne pourrez m'obliger à les employer...
-C'est pourquoi tu es faible, répondit Hengist.
-Je me moque de ce que vous pouvez penser. Vous pouvez garder vos offres pour vous-même.
Hengist fronça les sourcils.
-J'ai besoin que tu soies fort, Mordred. Et tu le deviendras, que tu le veuilles ou non.
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Hengist ne lui laissa pas le choix. La nuit suivante, les Ombres Grises revinrent le chercher dans sa chambre, et cette fois, elles le conduisirent directement à son nouveau mentor.
Solel détestait Ikbal, plus encore qu'Hengist. Il détestait les duels qu'il était forcés d'endurer avec lui. Contre la magie noire et dévoyée qu'utilisait le commandant du Roi, il ne pouvait pas lutter. Il finissait toujours à genoux, malade et nauséeux, sous les rires des sorciers de Saxe qui le regardaient de haut. La situation le rendait fou, parce qu'en terme de puissance pure, il aurait aisément jeté Ikbal à terre dans un bras de fer magique. Mais les méthodes vicieuses et corrompues de son adversaire le déstabilisaient et le faisaient céder. Ikbaal savait bloquer le déchaînement de sa magie ou le prendre à revers pour l'épuiser. Il s'amusait à retourner les pouvoirs de Solel contre lui-même grâce à sa connaissance des contre-sorts, à inverser le flux de sa magie ou à la vampiriser. Dans un duel règlementaire, les coups qu'il utilisait étaient toujours pervers et sans scrupules.
Et Solel perdait. Il perdait parce qu'il refusait d'utiliser les arts noirs. Il perdait parce qu'il s'accrochait au peu de valeurs qui lui restaient, au peu de certitudes qui ne lui avaient pas été arrachées. Il perdait avec un goût de cendres dans la bouche parce qu'il savait que sa résistance était aussi pathétique qu'inutile.
A quoi bon toute la magie qui courait dans ses veines, si elle pouvait être étranglée par le plus petit subterfuge des arts noirs ?
En l'espace de deux mois, ses aptitudes s'étaient multipliées par dix à force d'être sollicitées, et pourtant. La sordide magie des Saxons réussissait toujours à le jeter à genoux, bloquant la pure puissance de son propre pouvoir pour l'empêcher de répliquer avec une fureur salvatrice.
Et sa haine grandissait un peu plus chaque jour.
-Pourquoi me faites-vous endurer cela ? avait-il dit à Hengist, la veille au soir, alors qu'il quittait le champ de bataille sous les rires d'Ikbaal, la bouche en sang, une fois de plus. Cela vous plaît-il de me mettre au supplice chaque nuit depuis la première nuit ? Suis-je supposé payer pour tous les hommes que vous avez perdu à Nemeth... et pour la vie d'Horsa ?
-Mordred.
Hengist l'avait saisi par l'épaule, et il avait planté son regard dans le sien.
-Horsa était un grand homme, et il était mon frère. Il m'a appris tout ce que je sais de la magie, et pourtant, je sais une chose. Un jour viendra, tu le surpasseras dans ce domaine. Tu les surpasseras tous. Même Emrys. Ikbal peut bien rire, la magie qui coule en toi est pure. Tu seras un magnifique sorcier de guerre. Si seulement tu acceptais de me servir vraiment. Si seulement tu acceptais de combattre vraiment pour moi...
-N'avez-vous pas déjà bien assez de sorciers sous vos ordres? cria Solel. Pourquoi ne vous contentez-vous pas de mes services contraints et forcés ?Pourquoi faut-il que vous essayiez de me gagner à votre cause ?
Les doigts d'Horsa se resserrèrent sur son épaule, mordant dans sa chair.
-Ne comprends-tu pas le pouvoir que tu pourrais obtenir si tu choisissais de prendre ce que je veux te donner ? Tu pourrais être le commandant en chef de mes armées. Tu pourrais être mon bras droit... Toute la reconnaissance dont tu as manqué quand tu servais Arthur, je te l'offrirai.
Solel haleta.
-Pourquoi ? demanda-t-il.
-Horsa jouait à un jeu, avec moi, le jeu des batailles et du pouvoir, dit Hengist. Et depuis qu'il est mort, je n'ai plus jamais trouvé à ce jeu d'adversaire qui puisse me mettre en échec. Mais le jour où Emrys a détruit ce frère que j'aimais, j'ai vu un jeune homme tuer un dragon. Sa bravoure et sa puissance m'ont impressionné au-delà de toute expression. Et j'ai su que le jour viendrait où je pourrais trouver un partenaire dans ce courageux jeune chevalier vibrant de pure magie. Dans un peu plus d'un mois, nous serons amenés à gouverner ce pays ensemble. J'aimerais... que notre coopération soit autre chose qu'un joug imposé par la contrainte. J'ai du respect pour toi, Mordred. J'aimerais que tu en aies aussi pour moi.
Solel le dévisagea en silence, la respiration oppressée. Hengist mentait. Il était certain qu'il mentait. Mais il n'arrivait pas à comprendre dans quel but.
Il pensa :
Vous avez menacé mon pays et mon peuple. Vous m'avez obligé à trahir les miens. Je n'ai plus aucun respect pour moi-même. Ne vous attendez pas à ce que j'aie du respect pour vous. Je vous tuerai, Roi de Saxe.
Mais au lieu de prononcer ces mots à voix haute, il répondit:
-J'ai besoin de temps.
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Qu'est-ce qui l'avait poussé à faire cette réplique ? Qu'est-ce qui l'avait incité à laisser croire à Hengist qu'il pourrait le gagner à sa cause ? Solel ne savait pas. Mais il savait à quel point la haine qu'il ressentait à présent était tenace et profonde. Ce soir, une nouveau duel l'attendait... comme pour continuer à le mettre à l'épreuve, comme pour le pousser à bout.
Mais ce soir, il se sentait... différent.
Comme s'il avait été poussé trop loin dans ses retranchements.
Comme si quelque chose de nouveau couvait en lui.
Il résista à la tentation de se retourner vers Léon, qui s'interrogeait sur la disposition des chambres à réserver à leurs hôtes pour la période de la grande fête, en le faisant taire avec la vérité nue : « Que m'importe si nos alliés dorment par-terre ? Ils sont morts. Ils sont tous déjà morts. Mithian, Annis, Bayard, Loth. Je les ai condamnés quand j'ai marchandé leurs vies avec les Saxons, et que j'ai perdu. »
Il musela son impulsion et donna quelques conseils courtois à Léon avant de le congédier, en lui recommandant de dormir, pour changer.
Puis il se retira dans ses appartements.
Un serviteur vint lui apporter son dîner, mais il n'avait pas faim.
Son estomac était noué, sa colère, grandissante, et cependant, il était envahi par un calme glacial, sépulcral.
Lorsque les Ombres Grises arrivèrent pour le chercher, il était prêt pour le combat.
Comme toutes les autres nuits depuis deux mois, il se trouva directement propulsé au centre de l'arène où l'attendait Ikbaal, entouré des cinq cents sorciers Saxons qui étaient impatients de le voir échouer une fois de plus.
Pourtant, il y avait une différence que Solel remarqua immédiatement. Hengist n'était pas là. D'habitude, il se trouvait aux premiers rangs des spectateurs, pour assister à sa performance, et Solel fut alarmé par cette absence.
-C'est notre Roi que tu cherches ? lui dit Ikbaal, avec un vaste sourire, en le voyant scruter la foule. Tu ne le trouveras pas ici. Il ignore que je t'ai fait venir...
Solel se retourna vers le sorcier sans comprendre.
-Il m'a ordonné de te donner congé ce soir, pour te laisser réfléchir... mais j'ai décidé de te faire appeler quand même, parce que je vois les choses d'un tout autre oeil que lui sur bon nombre de sujets.
Ikbaal lui adressa un regard moqueur.
-Sais-tu que d'habitude, Hengist m'impose ses règles avant nos duels ? Je n'ai le droit de te brutaliser que jusqu'à un certain point. Il refuse que je te fasse trop mal...
Les autres sorciers Saxons rirent derrière lui, visiblement amusés, et Solel sentit sa mâchoire se crisper en réponse.
-Tu es sa jolie petite chose, son nouveau jouet préféré. Il ne voudrait pas que je te brise, avec qui s'amuserait-il alors ? Mais cette nuit, c'est moi qui vais m'amuser un peu avec toi pour changer, et je vais le faire à ma manière.
L'attaque fut directe, et cependant fourbe. Les runes qui étaient dessinées sur le corps d'Ikbaal se mirent à luire, et Solel sentit sa propre magie se retourner contre lui pour l'attaquer. Il eut un hoquet étouffé en sentant la brûlure atroce qui se répandait dans ses veines. Toute la noirceur de la sorcellerie du sang était en train de le ronger de l'intérieur, creusant en lui comme un acide. S'il n'avait pas été rompu à la torture, il se serait retrouvé à terre, à se tordre de douleur sous un tel traitement.
Mais Ikbaal le maltaitait tous les soirs depuis deux mois, et, en dépit de la souffrance, il sentit ses pouvoirs rugir en lui, en état d'alerte. Il répliqua dans une attaque fulgurante, une déflagration de blancheur qui envoya le sorcier Saxon voler dans les airs. Il aurait voulu le faire éclater, mais Ikbaal se ressaisit trop vite. Il le bloqua en le saisissant au cœur, lui infligeant l'empreinte contre-nature de sa corruption pour le souiller, l'obligeant à reculer au fur et à mesure qu'il s'infiltrait en lui.
Solel se hérissa et se secoua pour l'obliger à lâcher, et il y parvint, dans une nouvelle explosion de pur pouvoir, l'irradiant brutalement pour le faire battre en retraite. Mais Ikbaal était un enragé. Il revint à l'attaque aussitôt, gagnant du terrain à chaque nouvelle charge.
Solel combattit furieusement, mais la lutte était inégale; il attaquait comme un chevalier en armure portant une lourde lance, et Ikbaal, comme un serpent sinueux qui ne faisait qu'esquiver pour mieux planter ses dents aux endroits les plus tendres. Parce qu'il utilisait toujours la magie dans son sens naturel, il était prévisible dans son maniement. Au final Ikbaal réussit à le saisir, et il raffermit sa prise sur lui, enserrant son corps dans l'étau de son pouvoir, resserrant sa magie sur ses os jusqu'à ce qu'ils soient sur le point de se briser. Il lui fit ployer les jambes pour le mettre à genoux, écarta le bouclier de sa défense avec ses griffes crochues et soudain, il fut là, plongeant en lui comme s'il lui appartenait totalement, jouant avec sa magie d'une manière obscène pour en manipuler les flux, riant de ses tentatives désespérées pour le repousser.
Quand Solel fut étranglé au point de ne plus pouvoir faire le moindre mouvement, traversé de spasmes involontaires, Ikbaal se remit à le brûler de l'intérieur, impitoyable, jusqu'à le faire gémir à son corps défendant.
-Comme c'est facile, dit le sorcier, en riant de lui.
Il n'avait encore jamais poussé le supplice aussi loin. Solel souffrait le martyre sous ses intrusions brûlantes et acérées. Les larmes coulaient sur son visage, il n'arrivait plus à respirer. Quand il appela à l'aide, un torrent de rires cruels s'épanouit autour de lui, et soudain, il entra dans une zone blanche qui était comme l'oeil de son cyclone intérieur, avant que ne s'abatte sur lui, comme un cataclysme, tout ce qu'il avait enduré au cours de la dernière année. Ce n'était pas seulement le calvaire qu'il supportait maintenant, qu'il était raillé et supplicié par ses ennemis, c'était aussi la jalousie l'avait dévoré en voyant Merlin embrasser Morgane, la culpabilité qu'il éprouvait d'avoir détruit Arthur, la trahison qu'il avait éprouvée quand il avait abandonné son peuple, la désillusion et la solitude qu'il avait endurées au cours de son règne, le désespoir qui s'était saisi de lui quand il avait compris qu'il ne lui restait plus rien en quoi croire, la terreur que lui inspirait sa vision d'un futur sans magie, l'impuissance d'être un jouet dans les mains du destin. Toutes ces émotions se fondirent dans une haine d'une pureté parfaite, absolue, et elle déverrouilla en lui une porte qu'il avait gardée fermée à clé.
Il comprit, dans un flash, qu'il n'existait qu'un seul moyen de vaincre la noirceur d'Ikbaal le nécromancien, et que c'était de se fondre en elle. Il devait cesser de résister, et embrasser le chemin obscur. Il devait le faire, maintenant, s'il ne voulait pas rester à genoux comme une victime sacrificielle. Non, pour être vaincu, mais pour vaincre. S'il abandonnait ses armes pour utiliser celles de son ennemi, s'il renonçait à ses principes pour imiter ses mouvements, non seulement il l'égalerait, mais il le surpasserait. Le temps était passé de s'apitoyer sur son sort... pour triompher des Saxons, il devait penser comme eux.
Alors, il le fit. Ce fut comme s'il retirait le manteau de l'identité Solel pour le laisser choir sur le sol, et qu'il vivait une renaissance essentielle. A bas le chevalier scintillant et inutile, avec son stupide sens du devoir et ses vaines espérances, qui s'était laissé écraser par le poids de ses fautes. Il n'était qu'un carcan de morale qui l'étranglait, et, quand il s'en fut débarrassé, il se produisit quelque chose d'extraordinaire en lui.
La peur disparut pour céder la place à la confiance.
Le mouvement de sa magie s'inversa en lui alors qu'il laissait les ténèbres le pénétrer, et le corrompre. Il s'empara de la noirceur, et il fit corps avec elle. Lorsqu'il l'épousa, les barrières qui emprisonnaient sa magie disparurent, soufflées, et il la sentit courir sous sa peau avec deux fois plus de puissance tandis qu'elle s'étendait et prenait de l'ampleur. Le pouvoir. Jamais encore il n'avait connu un tel pouvoir. Il était libre, grisant, tentaculaire, et il était à lui.
Il remonta le long des griffes d'Ikbaal et les sentit se faner et tomber en poussière. Il étendit sa perception au lien d'emprise que le sorcier avait sur lui et le frappa en plein cœur de ses runes, dissolvant leur dessin sur sa peau.
Ikbaal eut un cri de douleur et de surprise, et il chancela avant de revenir vers lui de plus belle.
Il n'avait pas compris.
Il ne pouvait plus l'atteindre.
La magie chantait en Mordred, un chant assassin et funeste. L'air irradiait du pouvoir qui émanait de lui, strié d'éclairs blancs. Il avait les yeux flamboyants d'or pur, un vent surnaturel soulevait ses vêtements. Il étendit la main, et des étamines de noirceur en jaillirent pour baillonner le sorcier Saxon, le réduisant au silence. Lorsque ses frères voulurent s'avancer pour l'aider, il les repoussa d'un geste négligent. L'une des ombres grises voulut l'attaquer fourbement : il le fit éclater l'homme dans une pluie de chairs sanglantes. La sensation qu'il éprouva fut grisante. Il était le maître désormais. Et eux, ils seraient ses esclaves. Ou ils mourraient. La Source criait et pleurait à son contact mais même elle, il avait le pouvoir de la soumettre. Il se sentait invincible. Plus rien ne pouvait l'arrêter.
Il jeta Ikbaal à genoux.
Il sentit la colère monter des rangs des sorciers Saxons devant lui, et les attaques fusèrent de toutes parts dans sa direction. Il y répondit par un rire, r retournant la magie de ses adversaires contre eux-mêmes pour faire bouillonner et noircir leur sang. Il entendit leurs cris d'agonie et de douleur, et il ressentit une véritable jouissance à leur faire endurer un tel calvaire.
Vous avez ri quand je souffrais. Maintenant vous allez mourir.
-Tu n'aurais jamais dû me provoquer, dit-il à Ikbaal, d'une voix terrifiante, en avançant vers lui. Brûle, démon...
Le visage du sorcier Saxon se tordit ses yeux s'emplirent d'horreur.
Les ombres grises répondirent à la vision de leur chef maltraité par un véritable soulèvement...
Mais soudain, la voix d'Ikbal s'éleva, s'exclamant :
-Arrêtez !
Mordred baissa les yeux, et il réalisa que le commandant de l'armée d'Hengist le regardait, avec quelque chose qu'il n' avait jamais distingué sur ses traits auparavant.
C'était de l'admiration.
-Arrêtez, répéta-t-il, sans détacher son regard de celui de son vainqueur. Hengist avait raison à son sujet... Enfin... Mordred... tu t'es révélé...
Le jeune homme resserra sa prise sur lui, le faisant haleter de douleur.
-Je devrais te tuer, dit-il, avec rage.
-J'éviterais de le faire à ta place. Je suis la seule chose qui se tienne entre toi, et une armée de cinq cents soixante sorciers, haleta Ikbaal.
-Je n'ai pas peur de vous. Je suis plus puissant qu'aucun de vous ne le sera jamais.
-C'est vrai... mais tu es seul, Tueur de Dragons, dit Ikbal, hors d'haleine. Alors que nous sommes innombrables...
Mordred considéra cette vérité.
Hengist a voulu jouer avec moi, pensa-t-il. Maintenant, c'est moi qui vais jouer avec lui. Je lui ravirai son pouvoir et je lui ravirai ses hommes. Je me vengerai de lui. Je le doublerai et je le détruirai.
-Je suis Mordred, Prince d'Albion, dit-il, d'une voix forte et menaçante. Et vous me servirez. Vous me servirez parce que je vaux mille fois mieux que le Roi sans magie que vous suivez, qui n'est qu'un homme ordinaire, un homme sans magie.
Un murmure parcourut les rangs des sorciers.
Ikbaal plongea son regard dans le sien, avec intensité.
-Nous sommes venus ici pour une seule raison. Nous voulons la Source de la Magie. Hengist nous l'a promise. C'est ainsi qu'il nous a attirés jusqu'ici et convaincus de nous battre pour lui. Mais il n'a pas le pouvoir de nous la donner... parce qu'elle est gardée par une créature que toi seul peux détruire, une créature contre laquelle toute notre magie n'a aucun pouvoir, et qui pourrait réduire une armée entière à néant...
Mordred regarda le Saxon avec froideur.
Son visage était implorant et plein de passion.
-Tue le dernier Dragon pour nous, s'exclama Ikbaal, et nous nous mettrons à ton service. Tu seras notre Roi. Toi, et non Hengist. Si tu nous offres le coeur de la bête, au moment il faudra choisir entre ses ordres, et les tiens... c'est derrière toi que nous nous rangerons. C'est à toi que nous appartiendrons. Tout ce que tu commanderas, nous le ferons. Nous serons ton armée, Mordred d'Albion.
Mordred regarda le sorcier, ses yeux avides, son désir brûlant. Il savait qu'il ne mentait pas. Quiconque lui offrirait la Source deviendrait son maître. Son regard passa sur les visages des hommes qui se tenaient massés derrière lui, dans l'expectative. Ils étaient suspendus à ses lèvres. Et le pouvoir absolu était à portée de ses mains.
Avec une armée de magiciens sous ses ordres, il retournerait l'issue de la bataille.
Il imagina le visage d'Hengist quand il se rendrait compte que ses propres hommes l'avaient abandonné.
Il imagina son expression quand il serait déchiré par les lames de ses serviteurs, doublé, trahi. Comme cette victoire lui serait douce. Comme iil savourerait sa vengeance. Avec les ombres grises à ses ordres, il ferait disparaître la menace qui pesait sur les siens. Et quand il poserait la couronne d'Albion sur sa tête, à l'issue de la bataille, ce serait en Roi libre, fort, et irradié par la magie non comme la marionnette d'un autre qu'il aurait laissé le manipuler.
Lentement, les sorciers Saxons se mirent à battre la cadence, les yeux rivés sur lui, scandant son nom avec respect.
-Mordred. Mordred. Mordred. Mordred.
Il rappela son pouvoir à lui, et ce fut de son plein gré qu'Ikbaal mit un genou en terre devant lui, dans l'attente de sa réponse.
-Seras-tu notre guide ?
Mordred prit sa décision sans hésiter. Cette fois, il prendrait ce qui lui était offert. Il sacrifierait Aithusa pour avoir son armée. Et il ne laisserait rien, ni personne, lui reprendre le pouvoir qu'il aurait si chèrement acquis.
-Je le ferai, dit-il d'une voix forte. Que les Dieux de l'Ancien Culte m'en soient témoin. En échange de votre fidélité, je vous apporterai le cœur du dragon blanc.
