Notes sans intérêt de la traductrice. Contrairement aux apparences, la traduction de FOD n'est pas abandonné mais juste horriblement, terriblement, ridiculement longue. Je présente mes plus plates excuses à ceux qui attendent une suite et qui, probablement, auront eu le temps d'apprendre l'anglais en long, en large et en travers depuis la dernière update. Pour ceux qui ont peu ou pas de patience, je conseille d'ailleurs de recourir à cette solution pour lever le suspens. Car je ne peux absolument pas promettre que je republierai avant l'année prochaine. Honte à moi.

Un grand merci à ceux qui ont pris la peine de commenter, de mettre en favori ou de suivre. Et, comme d'habitude, un merci très spécial à Duval et pf pour leur soutien indéfectible depuis les débuts de FOD en VF. Bonne lecture à tous !

Résumé des épisodes précédents. L'équipage du Destiny a forcé le passage vers une étoile, leurrant les Nakai et échappant de peu aux sentinelles drones. Dans la confusion, Rush est parvenu à échapper à la vigilance de Young pour partir se fourrer dans le fauteuil. Tandis que l'équipage profite du temps mort de la traversée pour réparer les dégâts causés par les combats, Young se prépare à gérer une sortie d'étoile qui pourrait s'avérer périlleuse et, surtout, à extirper Rush du fauteuil et de son état catatonique...

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Notes d'auteur. Cette histoire reprend les événements de Stargate Universe jusqu'à l'épisode 19 de la saison 2. De là, elle diverge du canon. Ce projet risque d'être long, vous êtes prévenus. L'histoire est racontée du point de vue de Young mais le personnage principal est sans doute Rush. Stargate appartient à la MGM, je ne fais que l'emprunter. Je ne gagne absolument rien à écrire cette histoire.

Avertissements. Cette fic versera dans le Young/Rush. Le pairing se construira très lentement. Et quand je dis Young/Rush, j'entends Young SLASH Rush, c'est à dire une relation entre hommes. Si ce genre de choses vous déplaît, ne lisez pas. Le ton et les thèmes risquent aussi d'être assez glauques.

Annexes. Merci à tous pour vos commentaires ! Celui-là a été difficile à écrire. Ce n'est pas tant que j'ai eu du mal à l'imaginer, c'est surtout que chaque phrase a mis un temps infini à émerger de mon petit cerveau et à daigner se fixer sur la page.

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Young était allongé sur le dos, pour moitié engagé à l'intérieur d'une paroi de coursive, le fer à souder portable que Brody lui avait déniché dans l'atelier à la main. La puissante flamme réchauffait l'espace clos dans lequel il se trouvait et créait une petite zone aveugle dans son champ de vision tandis qu'une pluie d'étincelles retombait sans dommage autour de lui, touchant le pont puis s'éteignant au fur et à mesure qu'il progressait.

« Colonel Young, ici Eli » grésilla la radio de Young.

Il coupa le fer à souder et essuya le mince filet de sueur qui perlait de son front avant d'attraper sa radio.

« Je vous écoute. »

« Nous sortirons de l'étoile dans approximativement dix minutes. »

« Où en est le rechargement ? »

« Toutes les jauges sont à cent pourcent. Les générateurs secondaires sont chargés à bloc. Avec un peu de chance, on n'aura pas besoin d'en gaspiller la moitié pour sortir de ce trou. »

« Avec un peu de chance » marmonna Young pour lui-même. « J'arrive immédiatement » rajouta-t-il dans sa radio. Il fouilla la coursive des yeux, à la recherche d'une bonne âme qui pourrait reprendre les réparations qu'il comptait abandonner. Brody surgit au coin du couloir, hagard d'épuisement et une longue tâche de graisse sur la tempe.

« Je suis au courant » annonça Brody en désignant la radio de Young d'un mouvement de tête. « Allez-y. » Il parcourut au petit trot les dernier mètres qui le séparait du fer à souder. « Je m'en occupe. »

Young le gratifia d'une taloche sur l'épaule en guise de remerciement et prit le chemin du poste de commandement. Quand il arriva, Wray était assise dans le fauteuil réservé au commandant de bord. A son approche, elle s'empressa de se relever pour le lui laisser.

« Rien ne vous empêche de vous asseoir là, vous savez » dit-il en haussant un sourcil.

« Je ne préfère pas » répondit-elle. « C'est votre place. »

Young haussa vaguement les épaules et se laissa tomber dans le fauteuil plus qu'il ne s'y assit. « Combien de temps ? » questionna-t-il à la cantonade.

« Plus que six minutes avant de sortir de l'étoile » répondit promptement Chloé.

« Des rumeurs courent » débuta prudemment Wray qui se tenait désormais debout à côté de lui. « Comme quoi Rush se trouverait en se moment même dans l'interface neurale. Est-ce exact ? »

« En effet » admit Young. « Il y est depuis environ cinq heures. »

« Cinq heures ? » répéta Wray, sa voix montant légèrement dans les aigus. « C'est terriblement long. Pourquoi n'avez vous pas été l'en sortir depuis le temps ? »

« Parce qu'on pourrait avoir besoin de lui là où il est au moment où nous sortirons de cette étoile » répliqua Young. « La propulsion VSL met plusieurs minutes à chauffer. L'ennemi aura une ouverture juste avant le saut et Rush est le mieux placé pour coordonner une contre-attaque. »

Un court silence s'instaura entre eux et Wray croisa les bras sur sa poitrine, presque froissée. « Ce n'était pas une accusation, colonel » murmura-t-elle.

Young haussa les épaules pour dissiper son léger malaise. « Ce n'était pas une justification. »

« Je suis certaine que vous faites de votre mieux. Je suis certaine que Rush aussi fait de son mieux. J'ai juste du mal à m'y faire. Votre nouvelle politique est perturbante. Vous vous fiez à lui, vous lui faites confiance, plus que vous ne l'avez jamais fait. »

« Ne m'en parlez pas. »

« Êtes-vous certain que c'est bien sage ? »

« Pas vraiment. » Il leva les yeux vers elle avec un petit sourire impuissant. « Mais si vous avez une meilleure option, je suis preneur. »

Elle lui retourna son léger sourire et baissa les yeux sur ses chaussures un moment, la lumière teintée de l'étoile projetant un reflet bronze sur ses cheveux noirs.

« Est-ce que vous avez réussi à comprendre ce qui s'est passé entre lui et le colonel Telford ? »

« Oui » répondit Young, la mâchoire un peu crispée. Il s'efforça de conserver une expression neutre.

Wray le scruta attentivement. Durant plusieurs secondes, elle garda le silence, espérant probablement qu'il entrerait davantage dans le détail. Il ne rajouta rien.

« C'est à ce point ? »

« Oui. »

Elle ferma brièvement les yeux. « Pourriez-vous envisager de me raconter ce qui est arrivé ? J'ai cru comprendre à la dernière réunion du CIS que Telford fait partie des rares personnes qu'ils nous enverront à coup sûr s'ils réussissent à composer depuis le site alpha. Je pourrais peut-être m'arranger pour qu'il disparaisse de la liste. »

« J'y réfléchirai » répondit-il sans s'engager.

« Il faut que vous parliez à quelqu'un » affirma-t-elle à voix basse.

« Je parle à pratiquement tout le monde sur ce vaisseau » riposta-t-il.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire et vous le savez. »

« Je peux toujours parler à TJ. »

« Non, vous ne pouvez pas. TJ ne peut pas tout entendre. » Elle le regarda intensément, le mettant au défi de la contredire, un sourcil délicatement haussé.

Il garda le silence.

« Et bien, vous savez où me trouver. Je travaille aux RH depuis des années, ce qui implique des compétences non-négligeables dans certains domaines. Ou du moins, j'aime à le croire. »

« Plus que trois minutes » annonça Chloé.

« Je m'en souviendrai » assura froidement Young. « Merci. »

La luminosité qui se déversait dans le poste de commandement par les vitres panoramiques avait baissé d'intensité et s'était faite moins uniforme. Des volutes de plasma se dessinèrent, glissant et serpentant à toute vitesse le long de la coque du Destiny tandis que celui-ci traversait la couronne stellaire de l'astre.

« Est-ce que les détecteurs se sont déjà réactivés ? » demanda Young à Eli.

« On devrait les récupérer d'une seconde à l'autre... Oui. C'est bon. Ils viennent de se reconnecter. Voyons voir. Oh merde. Je détecte deux... Attendez, non, trois. Je détecte trois vaisseau nakai à six-cent kilomètres sur notre flanc bâbord et euh... Légèrement en dessous de nous ? Je ne sais pas, les données ne sont pas assez précises. Chloé, je t'envoie les données brutes. Essaye de transcrire le problème par une fonction de probabilité applicable en espace 3D, tu devrais pouvoir réduire le champ des positions possibles aux plus probables. Les détecteurs ne pourront fournir des informations plus précises qu'une fois sortis de la couronne stellaire. Ah oui, je détecte aussi plusieurs drones mais ils nous attendent au point de sortie qu'on aurait dû avoir si on avait gardé notre trajectoire initiale. »

Les mains de Chloé volèrent au-dessus de sa console et une image holographique apparut dans le poste de commandement, représentant un graphique en trois dimensions où apparaissait l'étoile, le Destiny et la position approximative des vaisseaux nakai.

« Je détecte aussi une concentration de débris » signala Chloé. « Et je ne reçois plus de signal en provenance de la navette. Le programme dormant d'Eli a dû se déclencher. »

« Vous voulez dire qu'on a détruit un de leurs vaisseaux ? » demanda Young.

« Exactement » confirma Chloé.

« Ils se dirigent vers nous » avertit Volker.

« Où en est la propulsion VSL ? » cria Young à l'adresse de Park.

« On ne peut pas lancer le saut tant qu'on n'est pas sortis de la couronne stellaire » répliqua Park. « Encore deux minutes. »

« Je ne pense pas qu'ils puissent nous intercepter en deux minutes » intervint Eli.

« Vous ne pensez pas ? » aboya Young.

« Les vaisseaux eux-mêmes ne peuvent techniquement pas nous intercepter à temps. Par contre, s'ils nous envoient leurs chasseurs... »

« Et c'est exactement ce qu'ils viennent de faire » s'alarma Volker d'une voix étranglée. « Je reçois de nouvelles données. Les détecteurs de proximité signalent une vingtaine, non, une trentaine de chasseurs en approche. »

« Qu'est-ce qui consomme le plus, les batteries d'artillerie ou les boucliers ? » questionna Young sans s'adresser à personne en particulier.

« L'artillerie » répondit Eli d'une voix rendue aigüe pas le stress. « L'artillerie consomme plus que les boucliers. »

« L'artillerie » confirma Chloé.

« Ils ont raison » acquiesça Park. « Activer les batteries durant vingt secondes nous coûterait environ cinq pourcent de nos réserves d'énergie actuelles. C'est plus que ce qu'on peut se permettre. »

« Mais c'est une occasion unique de sabrer leurs effectifs » fit remarquer Wray. « Ils traquent ce vaisseau depuis quoi, un million d'années ? Ils sont sûrement aussi loin de chez eux que nous, ce n'est pas demain qu'ils recevront du renfort. »

« C'est possible » admit Young. « Mais nous ne sommes pas exactement en position de tenter le diable. Nous avons déjà deux brèches, le moment est mal choisi pour un échange de feu. »

« Très bien » capitula sèchement Wray.

« Sortez-nous de cette manne le plus vite possible » ordonna Young. Il se tourna vers Park. « La propulsion subluminique est à fond ? »

« Les moteurs sont à leur maximum » confirma-t-elle. « Impossible d'augmenter davantage la vitesse. »

« Plus qu'une minute avant de quitter complètement la couronne » annonça Chloé.

Les volutes de plasma se faisaient de plus en plus rares et, au-delà, ils pouvaient voir l'immensité noire et glacée de l'espace se profiler à travers la baie avant.

« Plus que trente secondes » dit Chloé.

« L'avant du vaisseau est à portée du feu ennemi » cria Volker au même moment.

Les boucliers prirent vie alors que le bombardement commençait, s'illuminant à chaque fois qu'un tir venait les heurter. Des explosions de lumière bleue, verte et dorée occultaient pratiquement tout la partie du flanc bâbord du vaisseau visible depuis la baie avant du poste de commandement.

« C'est magnifique, en un sens » remarqua doucement Wray, toujours debout à côté du fauteuil de commandement.

Young lui glissa un regard en coin. Quand il reposa les yeux sur la vitre avant, il aperçut une silhouette familière se découper nettement, ombre à forme humaine se détachant à la lumière éclatante de l'étoile, exactement située à l'endroit que Rush aimait occuper, autrement dit juste à côté de la console de Chloé. Le bras gauche était serré contre la poitrine évanescente de l'apparition, ses épaules étaient voûtées, sa tête baissée et les doigts de sa main droite pensivement pressé contre ses lèvres pincées. Young ne réussit pas à distinguer clairement son expression.

L'instant suivant, le fantôme de Rush avait disparu.

« En un sens » répéta dubitativement Young en massant le bas de son visage.

« La propulsion VSL est en train de chauffer » signala Park et, quelques secondes plus tard, Young sentit le pont commencer à vibrer légèrement sous ses pieds.

Le passage en VSL fut particulièrement spectaculaire : les petits points lumineux des étoiles s'allongèrent en longues traînées blanches pour ensuite se mêler aux explosions d'énergie multicolores qui surgissaient comme des feux d'artifices à chaque fois qu'un tir ennemi s'écrasait contre les boucliers. A l'intérieur du poste de commandement, tous poussèrent un soupir de soulagement collectif.

« Beau boulot. Merci à tous » félicita Young. Il se tourna vers Wray. « Vous vous sentez de tenir la barre ? J'ai encore une affaire à régler » ajouta-t-il plus bas.

« J'imagine. » Elle s'agenouilla pour ramasser la veste de Rush encore abandonnée sur le sol. Elle la plia rapidement en deux, ses mains aplatissant proprement les quelques plis du tissu. Sans un mot, elle la tendit à Young.

« Merci » grommela-t-il en la prenant.

« Je vous en prie. Maintenant, dehors. Courrez faire ce que vous avez à faire. »

Young parcourut au pas de course les longues coursives, constatant avec soulagement que l'éclairage avait recouvré son intensité habituelle et que le vaisseau jouissait désormais d'une température intérieure acceptable. Avant de descendre à la salle du fauteuil, il retrouva Brody et eut une rapide conversation avec lui, s'assurant discrètement qu'aucune nouvelle catastrophe ne risquait de s'abattre sur eux dans les prochaines heures. La conversation constituait d'abord une vérification de principe mais elle avait aussi pour but de déterminer si l'équipe scientifique pouvait se passer de Rush encore quelques temps.

La réponse à cette question parut être oui.

Young jugea que l'absence de péril imminent rendait le moment propice pour couper Rush du flux d'énergie qu'il recevait du Destiny. Il était pratiquement certain que Rush en ressortirait vidé et qu'il resterait inopérationnel un certain temps, le temps de prendre du repos et de s'adapter au nouvel équilibre qu'il lui aurait imposé.

Avec un peu de chance, l'IA s'abstiendrait de toute interférence.

Il regretta de ne pas avoir le pouvoir de couper la connexion mentale qui reliait le scientifique au vaisseau, de ne pas avoir le pouvoir de mettre définitivement un terme à la réceptivité contre-nature dont le Destiny faisait preuve à l'égard des moindres faits et gestes de Rush. Peut-être que ce pouvoir viendrait avec le temps.

Peut-être.

Il ne mit pas longtemps à atteindre la salle du fauteuil.

La pièce était encore plongée dans la pénombre malgré le rechargement total des accus du Destiny. Le regard de Young s'attarda sur le scientifique prisonnier de l'interface neurale, de faibles lueurs bleues émanant des électrodes posées contre ses tempes et des différents moniteurs disséminés dans la salle. Greer était assis contre le mur à côté des portes et se releva immédiatement quand Young entra.

« Où est passée votre veste ? » s'étonna Young en remarquant que le sergent ne portait qu'un t-shirt beige que la température, même en hausse, ne justifiait pas.

« Je l'ai prêtée » répondit Greer avec un signe de tête en direction de Rush.

Young regarda à nouveau l'interface et son occupant et vit que la veste en question avait été été maladroitement passée autour des épaules de Rush, comme si Greer l'avait fait après que le scientifique se soit assis dans le fauteuil.

« Je ne sais pas si c'était bien utile » marmonna Greer d'une voix bourrue, comme s'il avait pu lire les pensées de Young. « Mais l'endroit était aussi froid qu'un foutu frigo quand il est arrivé, alors... »

Young lui tapa sur l'épaule avec satisfaction mais garda le silence. Il s'avança vers le fauteuil, posa la main sur l'interface parfaitement dimensionnée pour accueillir une paume humaine et s'attela à extirper l'esprit de Rush des méandres des circuits du vaisseau.

Il rencontra davantage de résistance que d'ordinaire, comme si le Destiny était parfaitement conscient de ses dernières résolutions concernant Rush.

Peut-être que c'était le cas.

Il marqua une pause dans sa tentative, s'efforçant de prendre son temps, remontant lentement la connexion qui le reliait à Rush, puis celle qui unissait Rush au Destiny. Tous trois étaient si bien entremêlés les uns aux autres que ces connexions évoquaient désormais davantage une toile que de simples liens.

Il trouva ce qu'il cherchait relativement facilement. L'interface neurale paraissait amplifier sa réceptivité à Rush et même, dans une moindre mesure, au vaisseau. Le flux d'énergie provenant du Destiny serpentait paresseusement jusqu'à l'esprit du scientifique, semblable à un ruisseau, pour ensuite se diviser et se subdiviser, s'infiltrant en Rush à tous les niveaux imaginables, alimentant son corps, son esprit et même le lien qu'il partageait avec Young. Le colonel était incapable de distinguer directement le phénomène mais il savait, il sentait, que cette énergie facilitait aussi la propagation du virus. L'IA l'avait d'ailleurs quasiment avoué devant lui.

Il n'avait honnêtement pas prémédité de couper Rush du flux énergétique provenant du Destiny avant de lui en parler mais le moment lui parut raisonnablement propice. L'occasion ne se représenterai peut-être pas avant longtemps alors, pour la deuxième fois de la journée, il érigea une barrière entre Rush et le Destiny, coupant net le transfert d'énergie, dressant un mur que Rush ne pourrait pas abattre seul. Quand la barrière lui parut suffisamment robuste, il essaya à nouveau de séparer Rush du Destiny.

Cette fois-ci, ce fut facile.

La salle réapparut dans son champ de vision et il entendit le grésillement familier des électrodes qui se déconnectaient et le claquement sec des fers qui s'ouvraient d'eux-même, automatiquement.

Puis ce fut l'escalade dans ses sensations, rapide, brutale. L'esprit de Rush percuta celui de Young avec la même puissance que celle qu'il avait ressentie quand il avait sorti le scientifique du fauteuil pour la première fois. Que ce soit à cause du grand nombre d'heures que Rush avait passées dans l'interface ou de tout autre chose, Young n'aurait pas su le dire. Il vacilla légèrement sous la pression, submergé par une vague d'images et de sons clairement aliens, luttant contre la terrible sensation de désorientation qui l'étreignait, essayant de naviguer sans se noyer dans la conscience de Rush alors qu'il en avait quasiment perdu le contrôle. Sa vision se troubla sous le coup d'une violente migraine dont l'épicentre paraissait se trouver directement derrière ses yeux. Ses doigts se crispèrent sur le bras du fauteuil tandis qu'il tentait désespérément de refouler une vague de nausée.

Il devait bloquer.

Il le devait absolument.

Il se jeta mentalement en arrière, se propulsant aussi loin que possible de Rush, aux frontières mal fixées de son esprit, assez pour que la migraine régresse à un niveau acceptable, et tendit à l'aveugle une main qui se referma par chance sur l'épaule de Rush, et le contact parut améliorer, même légèrement, la situation. Que la douleur provienne directement de Rush, de lui-même ou d'eux deux en même temps, il n'aurait pas su le dire.

Il se força à ouvrir les yeux, à regarder, et son regard se posa sur Rush, se concentra sur Rush, qui restait désespérément immobile dans l'interface.

/Rush / projeta Young, d'un ton lent et bas pour ne pas l'agresser même involontairement. /Rush. Vous m'entendez ?/

« Oui » murmura Rush en se redressant brutalement, comme si la projection de Young avait été le déclencheur qui lui avait manqué pour reprendre pied dans la réalité. Ses mains se portèrent à ses tempes alors qu'il levait les yeux vers Young, comme si la simple pression de ses doigts avait le pouvoir de remettre un peu d'ordre dans le chaos de son esprit.

« D'accord » reprit Young à voix basse. « On va commencer par vous sortir de ce machin, qu'est-ce que vous en pensez ? »

Rush hocha la tête et Young saisit fermement ses bras juste au-dessus des coudes, tirant doucement, hissant avec précaution pour le mettre debout. Le scientifique chancela légèrement, leur faisant presque perdre l'équilibre à tous les deux avant que Young se reprenne et les redresse d'un mouvement un peu brusque, les stabilisant enfin. Young fit passer le bras du scientifique par dessus ses épaules et le traîna vers la sortie, loin de l'interface neurale. Ils avaient parcouru environ la moitié de la distance qui les séparaient des portes quand Rush prit la parole.

« Est-ce que vous avez changé quelque chose ? » demanda-t-il trop vaguement pour que Young comprenne ce à quoi il faisait allusion. « Je ne me sens pas bien. »

« Euh... Non ? » tenta innocemment Young.

« Non » répéta Rush, et sa voix avait comme un accent de scepticisme, et son expression parut triste et vexée, comme s'il était blessé. « C'est une blague ? Je vois bien que vous avez encore dressé une de vos foutues barrières. »

« Laissez tomber, champion. Essayez plutôt de vous reposer. Vous êtes exténué » répondit Young en détournant sagement la conversation. « Je vous promets qu'on se disputera autant que vous voudrez quand vous irez mieux. En attendant, vous allez me faire le plaisir de vous comporter comme une personne normale. A commencer par prendre trois repas par jour et par vous coucher tôt. »

Rush regarda la veste de Greer glisser de ses épaules, quitter sa position précaire et tomber sur le sol. L'expression du scientifique suggérait qu'il avait du mal à déterminer de quoi il s'agissait. « Exténué ? » répéta-t-il lentement. « Vous en êtes sûr ? » Il leva des yeux un peu perdus vers Young. « Je ne crois pas que je puisse être exténué. »

« Tout le monde peut-être exténué, Doc » s'amusa Greer en s'avançant, apportant la veste d'uniforme noire de Rush. « Même vous. » Il déploya la veste sur les épaules de Rush puis saisit son bras libre pour soulager Young du poids du scientifique le temps qu'il termine de lui enfiler correctement le vêtement. Greer se baissa ensuite pour ramasser sa propre veste sur le sol.

« Sortons d'ici » soupira Young. Comme Rush vacillait encore dangereusement sur ses jambes, il repassa le bras du scientifique par dessus ses épaules tandis qu'ils débouchaient dans la coursive, à l'extérieur de la salle du fauteuil. Le sas se referma de lui-même derrière eux en émettant un léger chuintement. Tous trois restèrent immobiles, clignant vivement des yeux dans la clarté subite du couloir jusqu'à ce que les plafonniers, désireux de plaire à Rush, se fassent automatiquement moins lumineux.

« Qu'est-ce qui se passe ? » questionna le scientifique.

La question était tout sauf stupide, elle était même légitime, mais quelque chose dans la manière dont Rush l'avait posée provoqua chez Young un mauvais pressentiment. « Quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez ? » demanda-t-il prudemment.

« La dernière ? Le séquencement temporel n'est pas mon fort, je vous l'ai pourtant expliqué » protesta faiblement Rush.

Young fronça les sourcils.

« Tentez quand même votre chance, Doc » l'encouragea Greer en croisant le regard de Young avec une certaine inquiétude. « Allez. La dernière chose dont vous vous souvenez. »

« Ceux qui n'étaient pas encore contaminés par le virus ont pris Atlantis et ont essayé de fuir » murmura Rush. « Une riposte armée a été sérieusement envisagée mais, comme aucun consensus n'a pu être établi à ce sujet... » Il marqua une pause, le regard emprunt de nostalgie. « Nous les avons laissés partir. »

« Quoi ? » glapit Greer.

« D'accord. Bien essayé, champion. Je comptais aller au mess mais je crois que vous avez plutôt gagné un aller simple pour l'infirmerie » lâcha Young en réalisant avec un temps de retard que Rush n'était pas totalement cohérent et qu'il ne l'avait probablement été à aucun moment depuis sa sortie du fauteuil.

Il aurait dû s'y attendre. Il aurait dû réaliser immédiatement que rester dans le fauteuil plus de cinq heures ne pourrait que rendre le dénouement encore plus difficile, que Rush ne pourrait qu'en souffrir davantage au moment où il serait coupé de la source d'énergie sur laquelle il se reposait depuis des jours.

« Ma réponse n'était pas exacte ? » s'enquit ingénument Rush. « Dois-je en conclure que si la situation n'implique pas directement Nicholas Rush, alors elle doit être algorithmiquement exclue ? » Il adressa un long regard empli d'expectative à Young, comme s'il attendait réellement une réponse de sa part.

« En effet » hasarda Young en espérant sa répartie assez naturelle pour tromper Rush. « Cette hypothèse me paraît tout à fait raisonnable. Mais vous savez quoi ? N'y pensez plus. Nous aurons tout le temps d'en rediscuter plus tard. » Serrant fermement la bride à son anxiété croissante, il poussa doucement Rush contre le mur de la coursive.

« Et si on s'asseyait une minute ? » proposa-t-il. Rush le regarda sans paraître comprendre. « Allez » insista Young en appuyant légèrement sur les épaules du scientifique, espérant qu'il comprendrait le concept. « Asseyons-nous tout de suite. »

« Pourquoi ? » demanda simplement Rush.

« Et puis merde. Parce que » décréta Young avec un grognement frustré. « On s'assoit et puis c'est tout. » Il passa traîtreusement une jambe derrière les genoux chancelants de Rush et poussa, forçant les articulations à fléchir et Rush à glisser le long du mur dans une chute soigneusement contrôlée.

« Allez chercher TJ » murmura Young à l'adresse de Greer. Le sergent s'élança dans la coursive puis disparut au détour d'un croisement.

« Rush. » Young repoussa fébrilement les cheveux du scientifique pour mieux voir ses yeux, essayant d'attirer son regard, essayant de garder son attention, essayant de décrypter ses pensées chaotiques tout en gardant à distance la migraine débilitante qui affectait Rush et qui menaçait de le gagner à son tour. La peau du scientifique était anormalement chaude sous ses doigts. « Qu'est-ce qui se passe ? »

« C'était ma question. Il me semble que c'est à vous d'y répondre. »

« Merde » soupira Young. « Je crois que tout est de ma faute. »

« J'approuve » assura inutilement Rush. « Avant vous, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. »

« Faites un effort » implora Young. « Allez. Concentrez-vous, champion. Il faut que vous répondiez à mes questions. Est-ce que vous vous souvenez de votre nom ? »

« Nick » répondit Rush après quelques secondes de réflexion.

« C'est bien. Est-ce que vous savez où vous êtes ? » Young envoyait à Rush toute l'énergie mentale dont il disposait, essayant de l'aider à se concentrer. Il ne voulait vraiment pas reconnecter Rush au flux énergétique provenant du Destiny. Il ne le ferait qu'en tout dernier recours.

« Destiny. »

« Parfait. En quelle année sommes-nous ? »

« Vous utilisez quel calendrier ? »

« Le calendrier normal. Celui de la Terre. »

« La première ou la seconde décennie du deuxième millénaire. Après Jésus Christ. »

« D'accord. Je vous ai connu plus précis mais je peux m'en contenter. Est-ce que vous savez qui je suis ? »

« Le colonel Young. »

« Exact » soupira Young avec soulagement. « Pourquoi étiez-vous dans le fauteuil ? »

« Le Destiny avait peur. »

« Je suppose que c'est une façon comme une autre de le dire. Question suivante. Le Destiny vous a fourni de l'énergie, vous vous en souvenez ? » pressa Young. « Cette énergie accélérait la propagation du virus. »

« Oui, entre autres choses. »

« J'avais cru comprendre. Quelles sont ces autres choses ? A quoi vous servait exactement cette énergie ? »

« J'ai l'impression que quelque chose ne va pas chez moi. »

« Exactement, et je vous ai déjà dit quoi. Le problème chez vous, c'est que vous n'êtes pas foutu de dormir correctement » cingla Young en essayant de garder sa frustration sous contrôle. Il passa une main dans les cheveux rétifs de Rush, remarquant au passage qu'un filet de sueur humidifiait déjà ses tempes. « Et pour couronner le tout, on dirait bien que vous nous couvez une fièvre d'un autre monde. Pas étonnant que vous n'arriviez plus à penser clairement. »

Le regard de Rush avait dérivé sur la gauche et le scientifique paraissait fixer le vide. Young se demanda s'il avait définitivement perdu les pédales ou si l'IA était en train de mettre son grain de sel dans l'affaire. Était-elle en train de lui parler ? Dans ce cas, il aurait donné cher pour savoir ce qu'elle lui disait. Incapable de le deviner, il passa sa main droite derrière la nuque de Rush et réorienta délicatement la tête du scientifique dans sa direction, essayant de regagner son attention.

« Nick » cingla-t-il d'un ton sec, et les yeux de Rush revinrent se poser sur lui. « Nick. Concentrez-vous. Je sais que vous en êtes capable. A quoi vous servait l'énergie du Destiny ? »

« Augmenter le rayon d'action » répondit Rush.

« Quoi ? »

« C'était son utilité première. Cette énergie, je m'en servais pour augmenter notre rayon d'action. »

« D'accord. Quoi d'autre ? »

« Éviter de dormir. »

« Brillant » commenta ironiquement Young en levant les yeux au ciel. « Quoi d'autre encore ? »

« Réparer des choses. »

« Quel genre de choses ? »

« Les choses cassées. »

« Merci. C'est nettement plus précis. »

« Je vous en prie. » Rush ne prêtait visiblement pas attention à Young. Son regard s'était à nouveau perdu dans le vide, quelque part au-delà de l'épaule gauche de Young.

« C'était du sarcasme, Rush. Qu'est-ce que vous avez réparé ? »

« Réparer est inexact. C'était plutôt comme... construire un échafaudage cognitif, si vous voyez ce que je veux dire » rectifia gravement Rush en mimant une structure à croisillons avec ses mains.

« Hum, en fait, non, je ne vois absolument pas ce que vous voulez dire. »

« Manifestement. A se demander pourquoi je pose encore la question, vous ne comprenez de toute façon jamais rien. Un échafaudage n'est pas fait pour rester à demeure, colonel, ce n'est pas quelque chose de permanent ou de définitif. Ne pas durer est dans sa nature. » La voix de Rush s'était fait condescendante. « Quoi qu'il en soit, on ne saurait construire quelque chose à partir de rien, n'est-ce pas ? »

« Non ? » Young n'avait strictement aucune idée de ce dont il parlait.

« Exactement. »

« L'énergie vous servait encore à autre chose ? » questionna Young, comprenant qu'il n'en tirerait rien de plus.

« Éviter de manger. »

« Éviter de... merde. Pourquoi ? Faut-il vraiment que je sois derrière votre dos chaque foutue minute de chaque jour ? »

« Vous en feriez autant si vous le pouviez. Ces rations sont insupportables. »

« D'accord, vous marquez un point. Ou plutôt vous marqueriez un point si ces rations n'étaient pas la seule alternative à crever de faim. Vous n'êtes qu'un sombre crétin. »

« Vous savez ce qu'on dit de ceux qui viennent balayer chez les autres » glissa sournoisement Rush en plissant les yeux, se faire traiter de crétin lui ayant manifestement un peu éclairci les idées.

« Assez bien » soupira Young. « Rush, sur ce coup, vous allez devoir m'aidez. Je ne vais pas vous mentir. Vous êtes dans un état pitoyable. Plus pitoyable encore que ce que je craignais. Dites-moi ce que je dois faire. Dites-moi ce dont vous avez vraiment besoin. Faut-il que je vous laisse utiliser l'énergie du Destiny ou que je vous en prive ? »

« Tout dépend du résultat que vous visez » répondit Rush, sa voix ne contenant plus qu'une maigre fraction de la cohérence qu'il avait précédemment regagnée. « Comme toujours, c'est une affaire de compromis entre temps et qualité de vie. »

« Donc si vous prenez l'énergie du vaisseau, vous pourrez vivre normalement jusqu'à ce que... »

« Oui. Jusqu'à ce que. »

« Et l'autre alternative, c'est de rester dans un état pitoyable mais de vivre plus longtemps. »

« La première option est largement préférable » marmonna Rush. « Le problème, c'est que... »

« Le problème, c'est que quoi ? » demanda Young. Ses doigts se firent plus fermes sur la nuque de Rush, son pouce traçant de petits cercles sous l'oreille du scientifique, faisant leur possible pour le garder alerte. « Le problème, c'est que quoi ? » répéta-t-il comme Rush ne répondait pas immédiatement.

« Le problème, c'est que j'ai endommagé votre esprit » marmonna Rush qui avança une main pour toucher la tempe de Young, se ravisa puis la referma sur sa nuque, leurs postures parfaitement symétriques. « Et que plus longtemps je reste avec vous, plus importante est la part que je peux réparer. Peut-être... peut-être qu'à la longue je pourrais tout réparer. Vous pourriez rentrer à la maison avec les autres. Vous pourriez... » Il s'interrompit. « Je préférerais. Ce serait tellement plus simple. »

« On rentrera tous, Rush, vous, moi, les autres, chaque putain de membre de cet équipage » souffla Young, tout à coup incapable de regarder le scientifique en face.

« Je suis désolé, Everett, mais nous ne rentrerons pas. » La voix de Rush était à peine audible. « Nous ne rentrerons pas tous. »

« Nous rentrerons » dit Young. « Je n'accepterai aucune autre alternative. »

« Mais... »

« Je ne veux rien entendre » gronda Young, la gorge subitement sèche, la voix rauque pour une raison qu'il refusait de s'expliquer, les doigts enfouis dans les cheveux de la nuque de Rush.

« D'accord » chuchota Rush d'un ton doux, compatissant même.

Comme si le scientifique avait le toupet d'être assis contre ce foutu mur et d'avoir pitié de lui.

Young releva les yeux et le regarda, le regarda vraiment, et sa colère se dissipa quand il se découvrit la cible exclusive de son attention. Les yeux de Rush étaient sombres et ne laissaient rien leur échapper. Son regard, comme son esprit, était intolérablement intense.

Seuls quelques centimètres les séparaient.

« D'accord » répéta Rush.

Trop proches.

Ils étaient trop proches.

Il repoussa Rush, corps et esprits confondus, le rejetant contre le mur tandis que lui-même reculait vers l'espace qu'offrait la coursive derrière lui, avec dans le ventre l'irrépressible besoin de prendre ses jambes à son cou, de fuir cet homme et son anormalité, de fuir ses yeux, de fuir son regard, ce regard qu'il avait toujours trouvés impossible à soutenir ne serait-ce que pour quelques secondes. Il bondit sur ses pieds, se détourna de Rush et traversa la coursive pour seulement s'effondrer contre le mur opposé et se laisser glisser au sol.

Il prit une profonde inspiration.

Puis une autre.

Qu'était-il en train de fabriquer ?

Il n'en avait aucune idée.

Assurément.

Quand Young trouva le courage de reporter les yeux sur Rush, il vit que le scientifique s'était laissé glisser au sol, se retrouvant pratiquement allongé, le dos contre le mur et une main sur la figure.

« Bordel » dit Young en retraversant la coursive en deux enjambées. Il s'accroupit au niveau de Rush. « Nick » dit-il urgemment. « Nick. Reprenez-vous. Tout va bien. »

« Foutez-moi le camps. »

« Écoutez. Je suis désolé. Je suis désolé d'accord ? »

« Et désolé de quoi exactement ? »

« Je ne sais pas. De me démerder pour foirer à tous les coups » répondit Young en le hissant de façon à ce qu'il repose contre lui plutôt que contre le mur ce coup-ci.

« Vous êtes salement dur à suivre parfois » dit Rush avec lassitude en laissant lourdement retomber sa tête sur l'épaule de Young, sa chaleur irradiant soudain jusqu'au colonel.

« Je ne vois pas de quoi vous vous plaignez » murmura Young dans ses cheveux. « Vous êtes perpétuellement dur à suivre. »

Rush ne répondit pas tout haut mais Young perçut la pauvre vague de reconnaissance envoyée dans sa direction.

TJ et Greer apparurent un court moment plus tard et, sitôt émergés de leur coursive, se déployèrent avec la facilité que conférait l'habitude. Prendre leurs positions respectives ne fut qu'une affaire de secondes pour les deux soldats. TJ posa son sac au sol et se glissa aisément aux côtés de Young.

« Bonsoir » dit-elle à Rush en lui laissant un moment pour s'habituer à son apparition soudaine avant de tâter son front du dos de sa main. Elle dégaina un thermomètre auriculaire et y fixa un embout jetable. « J'ai entendu dire que vous n'étiez pas au top de votre forme. »

« J'ai connu mieux » admit-il.

Greer s'adossa au mur les bras croisés et les couva d'un regard alerte.

« Restez bien immobile » dit-elle gentiment en insérant la sonde dans son oreille d'un geste expert avant de presser un bouton.

Rush eut un léger sursaut au petit bruit qu'émit l'appareil en se mettant en marche.

L'expression de TJ se figea une seconde quand elle regarda l'affichage mais elle resta coite. Elle s'arma d'un stylo-lampe et le braqua rapidement sur chaque œil avant de déballer un tensiomètre. Elle consulta promptement le résultat puis passa son stéthoscope sous le t-shirt de Rush pour écouter tour à tour son cœur et ses poumons.

« Encore une fois » dit-elle en se réarmant du thermomètre et en le réinsérant dans l'oreille de Rush. Elle maintint sa tête immobile en tenant gentiment sa mâchoire d'une main pendant que l'instrument faisait son office. « Ne bougez pas. »

Cette fois-ci, elle tourna l'appareil en direction de Young pour lui montrer le résultat. 39.5.

« C'est une sacrée fièvre que vous nous tenez là » annonça-t-elle à Rush.

Il ne répondit pas.

« Qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ? » demanda tout bas Young.

« Je vais devoir lui faire passer des scanners et faire deux ou trois analyses de sang mais, a priori, je dirais qu'on a affaire à une poussée infectieuse d'origine virale. Si j'ai raison alors, sans antiviraux, je ne peux pas faire grand chose pour lui à part assurer un environnement favorable à une rémission. »

« Autrement dit ? » questionna Young.

« Repos, hydratation et alimentation, essentiellement. »

« Oh, je vous en supplie » railla Rush. « C'est une perte de temps. »

« En quoi s'hydrater pourrait être une perte de temps ? » cingla Greer d'un ton sec.

Rush le fusilla des yeux.

« Une chance que cet environnement favorable puisse se trouver dans mes quartiers ? » demanda Young à TJ. « Je commence à en avoir ras la casquette de camper à l'infirmerie. »

TJ considéra la requête en pinçant les lèvres. « Ça peut se tenter » botta-t-elle en touche, assurément peu enthousiasmée par la demande de Young mais tout de même désireuse de tout tenter pour leur rendre la situation plus supportable. « Vous devrez me faire un rapport toutes les deux ou trois heures dans ce cas. »

Young hocha la tête.

« Commençons par sortir de cette coursive alors » soupira TJ.

Young se décala légèrement sur la gauche, désignant Rush à Greer d'un mouvement de tête qu'il espérait discret.

« N'y pensez même pas » cracha Rush en s'écartant brusquement de Young dans un sursaut d'énergie qu'on n'aurait pas suspecté d'un homme dans son état. Il se remit d'aplomb par un miracle de volonté, prévenant efficacement toute tentative pour le ravir contre son gré au plancher des vaches, mais il ne serait probablement pas resté longtemps sur ses deux pieds par ses seuls moyens si Greer n'était pas rapidement venu le soutenir.

« Vous êtes la personne la plus ridicule que j'ai jamais rencontrée » dit Young. « Si vous pensez que... »

« Excusez-moi » coupa brusquement Rush. « Mais vous semblez oublier que je vous fais une faveur en acceptant de coopérer. A vous personnellement. » Il pointa deux doigts sur Young et avança dans sa direction à petits pas mal assurés, entraînant Greer dans son sillon jusqu'à ce que le sergent freine des quatre fers pour le stopper. « Vous feriez mieux de vous taire et de montrer un minimum de gratitude... »

« Un minimum de gratitude ? » répéta Young en le fusillant du regard. « Parce que vous croyez que ça m'amuse ? Vous croyez que c'est plaisant de vous traîner partout avec moi sur ce foutu vaisseau, de passer mon temps à essayer vous empêcher de vous fourrer dans les emmerdes ? » Il se força à se relever, tâchant d'ignorer la barre migraineuse derrière ses yeux.

« Messieurs » tenta TJ. « Nous sommes tous fatigués... »

Young ignora royalement son intervention. « Si vous avez besoin de vous mentir... » poursuivit-il en s'approchant dangereusement de Rush, ses yeux étroitement plissés et sa voix gagnant progressivement en décibels. « Et de vous raconter que vous n'êtes pas dans un état pitoyable à cause de vos propres putains de décisions, que vous ne vous êtes pas jeté dans la merde tout seul et que vous ne subissez pas le retour de bâton parce que j'ai décidé de ne pas vous laisser le choix... Si ça peut vous donner l'illusion que vous avez encore le contrôle, si vous avez besoin de ça, alors parfait. Faites-vous plaisir. Mais on sait tous les deux que ce sont des conneries. »

La main de TJ était sur son épaule et son bras en travers de son torse, dans un effort pour le retenir et le faire reculer.

« C'est vraiment ce que vous pensez ? » Le ton de Rush rivalisait avec le sien. « Vous croyez que je ne peux pas contourner votre pathétique barrière ? Je passe mes journées à créer des solutions palliatives, chaque putain de minute de chaque putain de jour. C'est ce que je fais de mieux, dans tous les domaines possibles et imaginables. Je n'ai pas besoin de vous. Je n'ai besoin de personne. » Il tenta vainement de se dégager de la poigne de Greer, son esprit perdant progressivement en cohérence submergé par un chaos de mots et d'images qui ne lui appartenaient pas, qui ne lui avaient jamais appartenu et ne lui appartiendraient jamais.

« La ferme Doc » soupira Greer en le ceinturant d'une prise experte, refusant de le lâcher.

« Continuez de vous raconter ce que vous voulez » riposta Young. « Mais si vous pouviez vraiment créer une solution, vous auriez déjà fait quelque chose. Vous ne pouvez rien contre ce barrage et vous le savez. »

« C'est assez » se lassa TJ.

« Vous pouvez aller vous faire foutre ! » rétorqua sèchement Rush à Young, mais Greer ruina sa répartie hargneuse d'une brusque poussée dans le dos, forçant le scientifique à descendre la coursive et à s'éloigner du colonel.

« Faites un effort Doc » entendit-il le sergent grogner à Rush. « Ce que vous pouvez être casse-burnes parfois. Vous vous en rendez compte au moins ? »

« Merde » dit Young en reconnaissant tout juste sa propre voix. Il ferma étroitement les yeux et appuya ses paumes de mains contre ses paupières closes, essayant de soulager même un peu la douleur qui pulsait derrière ses orbites. « Merde ! »

TJ s'avança et lui offrit son étreinte, se dressant sur la pointe des pieds, ouvrant les bras et l'attirant contre elle, une main venant naturellement s'accrocher à sa nuque. Il resta figé un moment avant de la serrer contre lui à son tour, le contact familier à en pleurer.

« Calme-toi. Tu fais du bon travail Everett » murmura-t-elle dans son oreille, sa voix un peu plus aiguë que d'ordinaire. « Je t'assure. »

Il ne répondit pas. Il avait la gorge serrée et douloureuse. Il avait du mal à déglutir.

« Il ment » reprit-elle doucement. « Il a besoin de toi. Il a besoin de nous tous. Et il le sait. »

Il ne répondit pas immédiatement. « Je sais » dit-il quand il retrouva ses facultés d'élocution. « Il est juste... »

« Un boulot à temps plein. » Il sentit comme un petit sourire dans la voix de TJ.

« Non » soupira-t-il. « Je veux dire, oui, c'en est un, mais... J'ai encore réussi à le rendre furieux. »

« C'est tout sauf difficile » dit-elle tout bas. « Nicholas Rush est un homme susceptible. » Là-dessus, elle relâcha son étreinte, baissant les bras, reculant légèrement et relevant la tête de là où elle reposait, au creux de son cou. Le blanc de ses yeux était légèrement rougi. « Tu veux en parler ? »

« Pas vraiment » dit-il.

« Tu devrais en parler ? » demanda-t-elle en arquant en sourcil.

« Peut-être » lâcha-t-il évasivement.

TJ parut blessée un court instant puis son expression se ferma, reprenant une apparence stricte, neutre, presque froide. Young comprit que le médecin de bord était de retour. « Et bien » dit-elle d'un ton dégagé. « Faites-moi signe quand vous saurez si la réponse est oui ou non. »

Young se sentit minable d'avoir peut-être vexé TJ. « Bon sang » maugréa-t-il en passant machinalement une main par-dessus son épaule pour masser sa nuque. « Je tuerai pour une cigarette. »

Le masque calme et placide de TJ se fissura légèrement. « Vous ne fumez pas » dit-elle en détournant les yeux.

« Ouais. Je ne sais pas ce qui m'a pris de dire ça. »

Elle acquiesça, la tête résolument tournée sur le côté comme pour ne pas le regarder.

En silence, les deux soldats prirent la même direction que Greer et Rush. Young estima que le sergent et le scientifique avaient pris une douzaine de mètres d'avance quand il commença à sentir le lien qui le rattachait à Rush se tendre désagréablement, ajoutant une sensation d'écartèlement mental et des vertiges aux autres symptômes dont il souffrait déjà, à savoir une migraine carabinée, des tremblements irrépressibles et, plus globalement, un profond mal-être.

« Dites-moi juste une chose » dit Young en se focalisant sur TJ pour essayer de se distraire. « Et je vous promets que je ne vous importunerai plus à ce sujet. Dites-moi... Dites-moi que Varro se rend parfaitement compte de la chance qu'il a. »

Elle resta silencieuse un long moment.

« Je pense » répondit-elle finalement, une rougeur discrète lui montant aux joues.

« Parfait dans ce cas » grogna-t-il en essayant de ne rien laisser transparaître de ses sentiments. « Ceci dit, si un jour vous avez besoin que quelqu'un s'occupe de sa gueule d'ange... »

« Euh... merci » dit-elle avec circonspection. « Mais je ne pense pas que ce sera nécessaire. »

« On peut toujours espérer » marmonna-t-il avec un léger sourire, essayant de détendre l'ambiance et de dérider TJ.

Quelque chose lui disait que ses efforts n'avaient pas beaucoup de succès.

En amont dans la coursive, Rush ne cherchait plus à se dégager de la prise de Greer, au contraire, il avançait lourdement appuyé contre Greer. Young était quasiment certain de devoir remercier le sergent pour avoir empêché Rush de grimper dans les tours et d'en arriver au stade de l'hystérie. Un bref contact mental avec l'esprit de Rush lui confirma que l'homme était significativement plus calme.

/?/ Young envoya une projection inquisitrice dans sa direction.

Il reçut en retour une sensation toute aussi muette de réconfort agacé, un intensification de sa migraine et la certitude que projeter même si peu et si faiblement était un effort considérable pour le scientifique.

Il ne leur fallut pas plus de quelques minutes pour atteindre les quartiers de Young, durant lesquelles TJ et lui rattrapèrent Rush et Greer.

Sans qu'un mot ait été prononcé, Greer se dirigea directement vers le lit et aida Rush à s'asseoir sur le bord du matelas.

Young s'adossa contre un mur, les bras croisés.

« Mangez » ordonna TJ en fourrant une bar énergétique dans les mains de Rush. Elle posa son sac, fouilla dedans et en extirpa tour à tour des tubes en verre, des compresses, de l'alcool modifié et une aiguille à fistule.

« Plus tard » dit Rush.

« Maintenant. » TJ cessa ce qu'elle était en train de faire et lui jeta une regard sévère. « Vous pouvez vous estimer heureux que je ne vous force pas à avaler votre poids en protéines pures. »

Greer attrapa la barre énergétique et la déballa avant de la rendre à Rush. « Obéissez Doc » dit-il. « Ne faites pas votre fillette. »

L'expression torturée, Rush mordit dans la barre et avala difficilement un morceau, regardant TJ dégager son bras libre de sa veste d'un air suspicieux.

Imperturbable, TJ sortit une compresse stérile de son conditionnement et, une fois imbibée d'alcool, l'utilisa pour désinfecter la peau au creux du coude. « Continuez de manger » dit-elle d'un ton strict. « Ne regardez pas. »

Rush reprit un morceau de sa barre énergétique et détourna les yeux tandis qu'elle enfonçait l'aiguille dans sa peau et remplissait ses quatre tubes en verre dans une succession de gestes rapides et précis. La tâche accomplie, elle se releva et tâtonna de nouveau dans sa trousse de soin, sortant cette fois une bouteille de sa boisson aux électrolytes maison.

« Vous devez boire toute la bouteille » informa-t-elle Rush.

Il acquiesça d'un air distrait, ses yeux regardant alternativement TJ et un emplacement vide à sa gauche, paraissant hésiter un moment et optant finalement pour l'emplacement vide.

L'IA se manifestait.

Encore.

Young en était quasiment certain.

Se blindant autant que possible contre la migraine devenue insupportable, il mêla son esprit à celui de Rush et, comme on pouvait s'y attendre, Daniel Jackson apparut à gauche de TJ, ses mains enfoncées dans ses poches et sa tête légèrement penchée sur le côté.

« ...et vous n'auriez pas de problème en ce moment si vous vous étiez correctement exercé à ce dont je vous ai parlé » disait Jackson d'un ton éminemment raisonnable. « Pour peu que vous ayez seulement essayé. Je ne vous comprends pas Nick. Je ne vous comprends vraiment pas. »

/Personne n'est satisfait de vous aujourd'hui apparemment/ fit sarcastiquement remarquer Young.

Le scientifique sursauta, surpris par sa présence dans son esprit. La main de TJ se précipita pour le remette d'aplomb sur son bord de lit.

« Dégagez » dit tout haut Young.

L'IA tourna brusquement la tête dans sa direction, le considérant avec des yeux étrécis.

« Foutez-lui la paix » cracha Young.

« Quoi ? » demanda TJ avec stupéfaction.

« Pas vous TJ » dit Young d'un ton agacé.

Jackson soutint son regard pendant de longues secondes, son expression indéchiffrable. Finalement, il disparut.

« Elle n'est pas satisfaite de vous » marmonna Rush avec fatalisme.

« Inutile de vous en soucier » répondit Young.

« Vous êtes conscient que ce n'est pas une bonne idée de la contrarier, n'est-ce pas ? » demanda Rush d'un ton profondément las.

« C'est mon problème. Laissez-moi m'en soucier et contentez-vous de vous reposer. »

« Ce plan me paraît absolument fantastique » renifla Rush. Il avait essayé d'y insuffler son sarcasme habituel mais il manquait de conviction et la répartie tomba à plat.

« Bordel. Est-ce que quelqu'un pourrait enfin m'expliquer ce qui se passe ? » s'exaspéra Greer en regardant tour à tour les deux hommes.

« Le colonel Young est en train de déclarer la guerre à un vaisseau spatial doté d'intelligence artificielle » daigna expliquer Rush en en arrivant à la moitié de sa barre énergétique.

Greer et TJ se tournèrent vers Young quasiment du même mouvement et lui jetèrent quasiment le même regard stupéfait.

Young haussa les épaules. « Pour être précis, je dirais que c'est lui qui est en train me déclarer la guerre. »

« Qu'importe qui déclare la guerre à qui, c'est probablement très mauvais dans les deux cas » dit TJ.

Young haussa les épaules une fois de plus. « Et que peut-il faire ? » demanda-t-il sarcastiquement. « Me claquer les portes au nez ? » Il jeta un œil en direction de Rush. « Ce ne serait pas la première fois. »

« Vous savez pertinemment qu'il peut faire bien pire » grogna Rush. « Et tout le monde dans cette salle le sait aussi. Donc ne prenez pas ce ton condescendant pour... »

Greer le coupa d'un coup d'un petit coude amical dans les côtes. « Doc » dit-il en profitant du fait qu'il se trouvait assis sur le lit immédiatement à côté de Rush. « Calmez-vous. Ce n'est pas grave. »

Incroyable mais vrai, Young sentit Rush faire un effort se maîtriser. Il prit une profonde inspiration, reprenant un contrôle relatif sur son propre esprit.

« C'est bien » assura Greer. « Vous vous en sortez comme un chef. »

Rush hocha la tête d'un air las.

Young et TJ échangèrent un regard surpris.

D'un commun accord, Young et Rush ne parlèrent pas beaucoup ensuite. TJ insista pour rester et s'assura personnellement que Rush ingurgite sa barre énergétique jusqu'à la dernière miette et son litre d'ersatz de Gatorade jusqu'à la dernière goutte, un processus qui prit finalement une demi-heure de plus que prévu. Young aurait volontiers congédié Greer mais Rush paraissait apprécier sa présence. Young et Greer se tinrent donc mutuellement le crachoir pendant une trentaine de minutes, discutant de tout et de rien, de flingues, de Colorado Spring et de formation militaire de base, tout en tâchant de ne pas regarder Rush se forcer à ingurgiter un total approximatif de quatre cent calories.

Quand Rush eut enfin réussi à tout avaler et que TJ eut complètement refait les bandages de ses pieds, TJ et Greer prirent congé et Young se retrouva seul avec Rush.

Un silence inconfortable s'installa dans la chambre.

Young était resté au même endroit, adossé contre un mur et bras croisé sur son torse. Rush était toujours assis sur le bord du lit, tête baissée et orientée de façon à éviter le regard de Young. De ce qu'il pouvait percevoir des pensées du scientifique, Young était quasiment certain que l'homme n'avait plus assez d'énergie pour piquer une autre crise de semi-hystérie, mais il n'avait pas envie de tenter le diable en mettant immédiatement cette théorie à l'épreuve. Il ne voulait surtout pas bousculer Rush.

/Alors/ dit-il doucement dans l'esprit de Rush, tentant d'insuffler de la décontraction dans ses mots. /On dirait que vous et Greer êtes devenus inséparables ces jours-ci./

Rush acquiesça et parut s'effondrer sur lui-même, ses coudes appuyés sur ses genoux. Il enfouit sa tête entre ses mains. « Il est ce que vous avez de mieux, vous savez. »

/Ce n'est pas moi qui vous dirait le contraire/ dit Young en projetant subtilement du calme au scientifique, espérant que la sensation l'aiderait à réordonner ses pensées.

« Vous devriez en faire votre second » fit Rush en passant ses doigts sans ses cheveux. Il referma sa main en poing et l'appuya contre sa tempe.

/Scott fait parfaitement bien son travail. De plus, je suis pratiquement sûr que si je nomme Greer comme second, vous seriez capable de le convaincre de vous soutenir la prochaine fois que vous comploterez une mutinerie./ Young doubla sa projection d'une faible dose d'humour pince-sans-rire.

Un léger sourire apparut un bref instant sur les traits de Rush. « Uniquement si j'ai une très bonne raison. »

/Pourquoi ne projetez-vous pas ?/ demanda Young avec curiosité. /Vous avez évité de le faire toute la soirée./

Rush soupira. « Si je commence à projeter, vous allez vous sentir mal comme un chien. »

/Je me sens déjà mal comme un chien/ dit Young.

« Non, vous ressentez juste quelques désagréments collatéraux » riposta Rush en levant les yeux vers lui avec difficulté. « En plus, c'est naturellement plus dur pour moi que pour vous. Et je suis fatigué. »

« Est-ce que vous venez juste d'admettre que vous êtes fatigué ? » questionna Young. « C'est une première. »

« Un moment de faiblesse » marmonna Rush avec un geste dédaigneux de sa main gauche.

« Je ne pensais pas que vous en aviez » répondit Young.

« Ce sont des choses qui arrivent » dit Rush. « Occasionnellement. »

« Occasionnellement » répéta Young en se détachant du mur. Il s'approcha de Rush et s'accroupit rapidement à son niveau. Sur une intuition, il posa le dos de sa main contre le front du scientifique. La peau à cet endroit dégageait une chaleur alarmante. « Vous êtes fiévreux » diagnostiqua-t-il calmement. « Est-ce que votre état va s'améliorer ? »

« A court terme » murmura Rush. « Je pense que oui. »

« Et à long terme ? »

« Tout dépend de ce que vous entendez par s'améliorer. »

« Vous êtes un boulot à temps plein » soupira Young en s'asseyant sur le lit à côté de Rush.

« Je sais » répondit Rush en fermant les yeux. « Mais pensez à ce que je ressens. Je dois me supporter moi-même perpétuellement. »

La répartie arracha un petit rire surpris à Young. Ils restèrent silencieux un moment avant que Young se décide à briser leur mutisme presque confortable. « J'ai besoin de votre aide, vous savez. »

« Ce fait m'a toujours paru évident » dit Rush d'un ton sec.

« J'ai besoin que vous soyez de mon côté » reprit Young en ignorant le commentaire de Rush. « Pour affronter l'IA. »

Le scientifique ouvrit les yeux et regarda Young avec circonspection. « Qu'est-ce que vous essayez de dire exactement ? » demanda-t-il avec réticence.

« J'ai besoin de vous pour ramener l'équipage sur Terre. »

« J'y travaille » dit Rush. « Mais l'IA aussi. »

« Je ne veux pas que vous cherchiez à achever la mission du Destiny. »

« Ne dites pas ce genre de chose » exigea Rush, un soudaine tension dans la voix. Il appuya les paumes de ses mains contre ses yeux fermés. « Je vous en prie. Pas ce genre de chose. Vous attirez son attention. »

« Je ne veux pas que vous changiez. Je ne veux pas que vous tentiez l'Ascension ou peu importe ce que ce foutu vaisseau attend de vous. Je veux que vous restiez avec nous. Humain définitivement. Dites à l'IA qu'elle peut aller se faire foutre. »

« Ces... choses que vous voulez... Elles ne sont pas indépendantes... » Rush s'interrompit, sa cadence hésitante trahissant ses efforts pour ordonner ses idées. « Pas indépendantes les unes des autres. »

« C'est-à-dire ? » questionna Young en fronçant les sourcils aux soudaines difficultés lexicales que Rush paraissait rencontrer.

« Je ne peux pas... » Il s'interrompit avec un geste vague qui signifiait probablement son impuissance. « Vous... Vous me mettez dans une position qui... Une position que je... » Rush se tut en émettant un petit bruit de gorge frustré.

Young attrapa le scientifique par les épaules, sérieusement alarmé quand il se rendit compte que, en plus d'avoir des difficultés à articuler, Rush paraissait incapable de compléter ses pensées au niveau purement conceptuel.

« Je ne peux... littéralement pas. »

« Pas quoi ? » questionna urgemment Young. « Vous ne pouvez pas quoi Rush ? »

« Je... Vos inviso meus mens. »

« En anglais » aboya Young. « En anglais. »

« Vous... » Ce fut tout ce que Rush fut capable de dire mais il désigna tour à tour sa tempe et celle de Young avec deux doigts.

Young entra dans son esprit et, quand il réussit à s'adapter à l'intensification brutale de sa migraine, il fut immédiatement frappé par une sensation de tension d'une puissance effarante. Rush ne se battait pas uniquement pour garder son esprit entier, il se battait aussi pour échapper à une emprise extérieure qui essayait de détruire la trajectoire de ses pensées, lui interdisant de fournir une explication, exerçant une pression monstrueuse.

Il ne fallait pas beaucoup d'imagination pour deviner ce qui se passait.

« Arrêtez » dit Young en secouant légèrement Rush. « Arrêtez. N'essayez plus de me répondre. Ce n'est pas grave. J'ai compris. Le Destiny ne veut pas vous laisser faire. »

Rush arrêta d'essayer de lui fournir une explication et la pression dans son esprit reflua brutalement. Le scientifique s'effondra contre Young, enfin vidé de toute son énergie. Young le repoussa doucement et le força à s'allonger.

« Encore avec moi champion ? » demanda Young.

Rush hocha lentement la tête, ses yeux seulement à moitié ouverts. « Ils ne sont pas morts de la peste » murmura-t-il en perdant momentanément toute cohérence. Ses pensées étaient perdues quelque part dans le passé, au temps d'Atlantis selon Young. « Mais ils sont quand même morts. »

« Fantastique » dit Young en tapotant son épaule. « Ouais. Vous devriez... » Il soupira. « Tâchez juste de rester positif. »

« Vous ne faite que rendre les choses plus difficiles » dit Rush. Il était clairement à demi-conscient. « Vous ne devriez pas affronter l'IA. Pas directement. Vous me mettez dans une position délicate. »

« J'avais remarqué » murmura Young en écartant machinalement les cheveux de Rush de son visage. « Vous devriez dormir Nick. Vous avez besoin de repos. Vous êtes à bout. »

« Qui a dit que vous pouviez m'appeler Nick ? » demanda Rush.

« Si le colonel Carter et l'IA, et même ce putain de Telford, ont le droit de vous appeler Nick alors j'en ai le droit aussi. Définitivement. »

« Non » objecta Rush.

« Si » maintint Young avec insistance.

« Allez vous faire foutre » siffla Rush en fermant les yeux. « Je ne vous apprécie même pas. »

« Si. » Young esquissa un faible sourire. « Indéniablement. »

« Faux. »

« Vous avez faux. »

« Improbable » riposta Rush. « Statistiquement parlant. »

« Bien sûr » murmura distraitement Young en repoussant les cheveux plaqués sur le front de Rush en mèches humides. « Dépêchez-vous de dormir. »

Rush secoua faiblement la tête.

« Si » répéta Young avec insistance. « Vous allez dormir. Faites-vous une raison. » Il ne fut pas difficile de forcer les faibles barrages qui séparaient Rush de la perte de conscience, et le scientifique glissa finalement dans un sommeil réparateur.

Young passa un moment à regarder Rush dormir, résistant aux instincts qui le poussaient à redresser la tête. Il savait qu'un affrontement était inévitable comme il sentait qu'une autre personne se trouvait dans la chambre. Sans surprise, il repéra une forme humaine à côté du lit, dissimulée dans un coin de sa vision périphérique comme un spectre de film d'horreur.

L'IA n'avait probablement rien manqué de ce qui venait de se passer.

« Everett » dit Jackson d'une voix dangereusement calme. « Il faut qu'on parle. »