Il était déjà 10h du matin lorsque Zoro retourna chez lui, les mains dans les poches et le sourire aux lèvres. Perona l'avait mis à la porte vers 8h30, disant qu'elle devait aller travailler, et il avait décidé de rentrer à pied plutôt que de prendre le bus, étant donné qu'il ne faisait pas encore trop froid et qu'une promenade matinale ne pouvait que lui faire du bien. Après tout, Sanji ne lui avait-il pas dit qu'il négligeait trop ses jambes ? Evidemment, il ne le reconnaîtrait jamais, mais ce commentaire n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.

Cela dit, il n'aurait jamais cru qu'il mettrait plus d'une heure pour rentrer chez lui. Lorsqu'il avait consulté Internet, la veille, pour voir où exactement se situait l'appartement de la lolita et comment y aller, cela lui avait paru bien plus près. Peut-être s'était-il trompé de chemin ? On ne pouvait pas le lui reprocher : après tout, le quartier de Perona prêtait vraiment à confusion, avec toutes ces rues parfaitement identiques ! Il aurait juré qu'il était passé trois fois devant des commerces appartenant à la même chaîne, avec la même façade, la même disposition dans la vitrine, les mêmes affiches promotionnelles… A croire que c'était le même magasin ! Après, on ne pouvait pas en vouloir aux gens s'ils se perdaient, quand tout le voisinage s'amusait à ce que leurs rues se ressemblent de façon aussi troublante.

Au moins, il avait eu tout le temps, durant le trajet, pour imaginer la façon dont il allait faire payer à Sanji ses commentaires sexistes de la veille, et c'était cela qui le faisait sourire. Ah ! Il avait hâte de voir la tête du blondinet quand Perona lui apporterait le paquet que Zoro lui avait commandé. Il avait eu cette idée la veille au soir, tandis qu'il enlevait le costume de tigre qu'il avait dû porter pour la séance photos. Le collègue de travail de la jeune gothique, un certain Absalom (qui avait pris les clichés), lui avait en effet appris que Perona avait cousu tous les déguisements elle-même, ainsi que toute sa garde-robe, et qu'elle avait une véritable passion pour la couture. Et de fait, la lolita avait été positivement enchantée par la requête du sabreur, et lui avait promis qu'elle serait prête dans les plus brefs délais.

Zoro arborait toujours un petit sourire en coin en poussant la porte de l'appartement pour trouver Sanji devant la télévision, habillé de l'un de ses smokings, et en train de regarder un programme culinaire.

- Ah, tête de gazon ! Enfin ! le salua le blond en se levant prestement. As-tu déjà mangé ? Je puis te préparer rapidement quelque chose, si tu le souhai…

- Je ne mange pas le matin, je prends juste du café, tu devrais le savoir, grogna Zoro en enlevant sa veste. En plus, je ne tiens vraiment pas à être empoisonné…

Ignorant les protestations de Sanji concernant son talent culinaire, le kendoka se dit qu'un petit café ne serait tout de même pas de refus, et se dirigea vers la cuisine, le cuistot sur les talons. Et là, il se figea sur le seuil, et ne bougea même pas quand Sanji vint percuter son dos.

- Aouch ! Qu'est-ce qui te prend d'ainsi t'immobiliser sans prévenir, tête de chou ? râla le cuisinier.

- C'est toi qui as nettoyé toute la cuisine ? demanda lentement Zoro, tout en promenant son regard dans la pièce étincelante.

Tout brillait et sentait le propre, jusque dans les moindres recoins. La cuisine n'avait sans doute pas été aussi propre depuis la dépression de Tashigi !

- … Et maintenant que je le remarque, tu as aussi rangé le salon, non ? ajouta-t-il en lançant un regard par-dessus son épaule.

- J'ai nettoyé tout l'appartement ! répondit Sanji avec un grand sourire. Chopper m'a réveillé vers 6h30, lorsqu'il est venu avant son stage me faire un examen complet et s'assurer que tout allait bien, et tant qu'à être debout j'ai décidé de me rendre utile. Ah d'ailleurs, notre petit docteur m'a annoncé que je pouvais à nouveau manger de la viande et du poisson, à condition que ce soit en petite quantité et une seule fois par jour !

- Ah… Bonne nouvelle, j'imagine… répondit Zoro, un peu dépassé par les évènements. Et tu t'en es sorti avec tous les différents produits de nettoyage, alors ?

- Pour qui me prends-tu, tête de brocoli ? Il suffit de regarder le dessin collé dessus pour voir quel flacon sert à quoi !

Comment Sanji pouvait-il lui parler d'un ton aussi enjoué après leur dispute de la veille ? Essayait-il de se faire pardonner ? Ou bien avait-il simplement une cervelle de moineau, et la mémoire d'un poisson rouge ?

- Quoi qu'il en soit, cela signifie que nous pourrons enfin manger la même chose à midi ! se réjouit le blondinet. Quel mets te ferait plaisir, dis-moi ? Je pourrais refaire le « stoumpe » que Nojiko m'a préparé samedi, avec une petite bisque de pigeon, un bon gibier rôti, des champignons à la crème, une salade d'asperges et…

- Ohlà, ohlà, le coupa l'épéiste. On n'est que deux, comment tu veux qu'on mange tout ça ? En plus, c'est quoi ce cirque, là ? Tu nettoies tout l'appart', maintenant tu veux cuisiner pour moi… Je pensais qu'après hier tu me ferais encore la gueule, moi !

Le visage de Sanji se referma aussitôt pour prendre une expression plus sérieuse.

- Je vais être clair. Je n'approuve toujours pas la manière dont tu traites cette demoiselle, et je ne vois pas ce qu'elle peut trouver à une brute sans cervelle telle que toi, mais hélas, il ne m'appartient pas d'empêcher cette relation. Par contre, si j'apprends dans le futur que tu l'as blessée de quelque manière que ce soit, je me ferai un plaisir de te botter le cul personnellement ! menaça le réformé, le regard dur. Ceci étant dit, ce me semble la moindre des choses que de participer aux tâches ménagères, après tout ce que toi et les autres avez fait pour moi jusques ici. Je suis conscient que tu ne m'as pas accueilli de gaieté de cœur, et que ces angéliques créatures que sont Nami et Robin t'y ont forcé. J'ai d'ailleurs la ferme intention de partir d'ici dès que je serai en mesure de le faire. Mais d'ici-là, autant cohabiter en bonne entente, non ?

Zoro prit le temps de considérer la question. En somme, Sanji demandait une cessation des hostilités de la part du champion de kendo ? Depuis le début, le blond avait redoublé d'efforts pour se montrer amical, même quand son hôte le traitait comme de la vermine. Oh, il ne se laissait pas marcher dessus pour autant, et il répondait à chaque insulte par un surnom moqueur de sa création… mais ce n'était jamais bien méchant. Au contraire, ça plaisait plutôt bien à Zoro ! En plus, Sanji était un adversaire prometteur, et le bretteur s'était surpris plusieurs fois à vouloir l'affronter dans un vrai combat. Il ne manquait pas non plus d'intelligence, et les questions qu'il l'avait entendu poser au cours de ses leçons, tout le long du week-end, étaient souvent pertinentes. Sans compter qu'il s'adaptait facilement aux nouvelles situations et apprenait vite. Son choc du jeudi soir, lorsqu'il avait appris la vérité sur la sexualité de Zoro, Nami et Ace, et sur l'impiété sur monde moderne, avait déjà été oublié le lendemain, et il ne s'était pas mis à traiter les trois « pécheurs » avec mépris, contrairement à ce que le sabreur avait redouté. Comment résister à tout cela ?

Il avait bien envie de la lui accorder, sa trêve, mais que se passerait ensuite ? Il s'était déjà attaché à Sanji plus qu'il n'aurait dû, et cela risquait d'empirer s'ils devenaient amis. Et le réformé, malgré toutes ses qualités, restait un bigot qui n'accepterait jamais l'attirance de Zoro pour lui – c'était un coup à avoir le cœur brisé, et le sabreur ne voulait plus jamais ressentir cette douleur. Une seule solution, donc…

- Tu veux devenir ma bonniche, c'est ça ? se moqua-t-il, avant d'éclater d'un rire sardonique. Oh, je sens que je vais bien m'amuser ! Tu fais la lessive et le repassage, aussi ? Je dois avoir quelques caleçons sales à laver…

Le visage de Sanji exprima d'abord la surprise, et puis la colère. Ses lèvres se pincèrent, ses narines palpitèrent, et Zoro se sentit encouragé à continuer. Jusqu'où pourrait-il aller avant que le cuistot ne sorte de ses gonds ?

- Oh, et je pourrais te trouver un beau petit costume de soubrette, aussi. Je suis sûr que ça t'ira comme un gant, femmelette ! Avec tes cheveux mi-longs, tu ressembles déjà à une fille, en plus. Dommage que tu ne fasses pas les pipes…

- Il suffit ! explosa soudain le blond. Tu oses me traiter de misogyne, moi, alors que tu te permets de tels commentaires ? Si « être une femmelette » signifie veiller à avoir une apparence présentable, à ce que son foyer soit propre et bien rangé, et cuisiner autre chose que des plats tous faits qu'il suffit de réchauffer au micro-ondes, alors je prends plutôt cela comme un compliment ! De plus, les femmes sont des êtres merveilleux, pleins de bonté et de douceur. Un lombric tel que moi ne pourra jamais en atteindre aucune à la cheville. Me comparer à une fille est une insulte pour la gente féminine, mais nullement pour moi !

Zoro en resta sans voix quelques instants. Sanji vouait réellement une adoration béate à toutes les femmes, pas vrai ? Il avait les préjugés de son époque, et ne pouvait se résoudre à les considérer comme les égales des hommes, mais ce n'était pas pour autant qu'il éprouvait du dédain pour elles. Loin de là ! Tout en ne voyant pas l'utilité d'envoyer les filles à l'école, ou pourquoi elles feraient passer leur carrière professionnelle avant leur devoir d'épouse et de mère, il les idolâtrait néanmoins à sa façon, et c'est pour ça qu'il voulait toutes les protéger, et les traiter comme des princesses. L'épéiste commençait à comprendre son point de vue – après tout, il avait lui-même voulu traiter Tashigi comme une fragile poupée de porcelaine, lorsqu'elle était tombée enceinte.

- Ecoute, Sourcils-en-vrille, soupira-t-il. Tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate si tu t'imagines un seul instant que les filles sont toutes douces et gentilles. J'en ai connu un bon nombre qui auraient fait voler cette image en éclats, si tu les avais rencontrées. A commencer par ma sœur. Je te l'ai dit, Kuina et moi on voulait devenir les meilleurs kendokas du monde. Mon père lui a dit un jour qu'elle n'y parviendrait jamais, parce qu'elle était une fille, et qu'elle n'arriverait jamais à avoir la même force que moi, malgré tous les entraînements du monde. Qu'elle arrivait encore à me battre parce qu'elle avait deux ans de plus, mais qu'elle finirait par atteindre un palier, alors que moi je continuerais à progresser. Tu imagines sa frustration ? Je l'ai trouvée en train de pleurer dans sa chambre, et quand elle m'a expliqué pourquoi, je lui ai dit qu'elle n'avait qu'à s'entraîner encore plus, pour prouver à notre père qu'il avait tort. Elle est montée au grenier chercher une pierre à aiguiser et un vrai sabre, au lieu des sabres en bois qu'on utilisait tout le temps – et c'est là qu'elle a trébuché dans l'escalier et qu'elle s'est brisé la nuque. Mon père a regretté amèrement que les choses blessantes qu'il lui avait dites, aient été les derniers mots qu'elle ait entendu de sa bouche. Il ne se l'est jamais pardonné, jusqu'à sa mort.

- Oh mon Dieu, je suis désolé, Zoro… souffla Sanji, l'air choqué.

- Elle t'aurait détesté, le coupa le bretteur. Elle détestait qu'on la traite comme une fragile petite fleur, qu'on n'ose pas toucher de peur qu'elle ne se fane. Et la plupart des femmes d'aujourd'hui détestent aussi qu'on les considère comme des demoiselles en détresse, incapables de rien faire par elles-mêmes, plutôt que comme les personnes fortes et indépendantes qu'elles sont en réalité. Et tant qu'on y est, les boniments d'un autre âge que tu sers à Robin, Nami ou Kaya à chaque fois que tu les vois ne te serviront à rien ici – si tu veux emballer une nana, ce n'est pas en faisant la carpette que tu y arriveras !

- « Emballer une nana » ? répéta Sanji, perplexe.

- La mettre dans ton lit, quoi…

- Plaît-il ?! Qui te dit que je veux « emballer » qui que ce soit ? s'offusqua le cuisinier, dont les joues s'empourprèrent. Je n'attends rien en échange de mes attentions ! Je traite juste ces demoiselles comme elles devraient l'être en permanence, à savoir comme de précieux trésors !

- C'est ça, oui…

- Je ne te permets pas de remettre en cause ma philosophie ! Tu ne sais rien de ce que j'ai vu, ou vécu. Combien de mes coreligionnaires crois-tu que j'aie vues nous raconter en pleurant comment les dragons du Roy les avaient outragées, parce qu'elles refusaient de se convertir au catholicisme ? Vertuchou ! Camie, la fille que je comptais épouser, s'est fait abuser de pareille façon par un homme que j'avais jadis appelé mon ami ! Et presque sous mes yeux, encore ! Qu'est-ce qui me différencierait de ces sinistres individus, si je n'approchais les femmes que dans l'espoir de les trousser ? Tu me connais décidément bien mal, tête de laitue...

Ce fut au tour de Zoro de rester bouche bée. Parfois, il oubliait que Sanji avait vécu des horreurs, et subi d'horribles persécutions. Lorsqu'il avait supposé que Nami était devenue lesbienne après avoir été violée, ce n'était pas son imagination tordue qui était à l'œuvre, c'était simplement parce qu'il en avait déjà été témoin ! Pestant intérieurement contre sa propre stupidité, le kendoka secoua la tête et reprit une contenance. Allez, il ne fallait pas qu'il se laisse attendrir !

- C'est vrai, je te connais mal. Et je ne veux pas te connaître, non plus. Je suis désolé de ce que tu as eu à subir par le passé, mais la réalité, c'est ici et maintenant, et c'est à toi de t'y adapter, pas l'inverse. Le prince charmant, c'est dépassé : ce que les filles de maintenant veulent, ce sont les bad boys. Là, tu as juste l'air ridicule. Et concernant le viol, je ne vais pas te dire que ça n'arrive plus de nos jours, parce que ce serait faux, mais en tous cas c'est moins fréquent. Les femmes d'aujourd'hui sont protégées par la loi, peu importe leur classe sociale ou leur religion. Si elles ont le courage de porter plainte, la police veillera à ce que le salaud qui leur a fait ça soit arrêté et mis en prison. Ça en dissuade pas mal.

- Tu peux bien te moquer, peu m'en chaut : je continuerai à traiter les demoiselles comme je l'ai fait jusques à présent, ne serait-ce que pour compenser toutes les fois où un autre homme leur a manqué de respect, s'obstina Sanji. Et que signifie « bade boïz », de toute manière ?

- Oh, c'est de l'anglais. Ça veut dire « mauvais garçons », expliqua Zoro.

- Je vois. Pourquoi diable utiliser des mots anglais pour dire des choses qui s'expriment parfaitement bien en français ? grommela le blondinet.

- Pour ça aussi, faudra t'habituer. Et arrête de mettre un « S » à « jusque », ça fait vieillot. Tu voulais que je fasse « copain - copain » avec toi ? Pas de chance, ça n'arrivera pas. Moi, tout ce que je veux, c'est que tu déguerpisses d'ici le plus vite possible, déclara le champion de kendo sans la moindre pitié. Je m'en fous que tu aies fait le ménage ou la cuisine, tu aurais mieux fait de t'entraîner ce matin. Allez, va enlever ce costume débile, je te rejoins.

A sa grande surprise, Sanji ne bougea pas d'un pouce, se contentant de serrer la mâchoire.

- Non.

- Comment ça, non ?

- Je m'entraînerai lorsque j'aurai une tenue adaptée, mais je refuse de le faire en caleçon une fois de plus. Et j'exige également une chemise de nuit. J'ai aussi fait une liste de courses pour la cuisine. Si tu veux manger quelque chose ce midi, connard, il faudra d'abord m'emmener au supermarché, déclara le cuistot en croisant les bras.

Cette fois-ci, Sanji en avait visiblement assez de tendre l'autre joue. Il y avait une limite à la patience de chacun, même du meilleur des chrétiens, et apparemment Zoro avait atteint la sienne. Le bretteur esquissa un sourire en coin, soudain excité qu'on lui tienne tête.

- Ah ouais ? Et comment tu comptes me forcer ?

Pour être tout à fait honnête, Zoro n'aurait jamais cru que Sanji serait aussi souple, vêtu de son costume, qu'à moitié nu dans la salle d'entraînement. Il n'eut que le temps de se décaler pour éviter le pied qui passa à deux centimètres de sa tête, et de saisir sa cheville afin d'éloigner le membre envahissant. Sanji profita du mouvement pour soulever son second pied et l'envoyer d'un mouvement circulaire dans l'arrière de la nuque de l'épéiste. Il eut ensuite le toupet, tandis que Zoro tombait à quatre pattes, de se recevoir sur une main et de se remettre debout avec nonchalance, chassant un grain de poussière invisible de son épaule.

- D'autres objections ? demanda le cuisinier avec un sourire narquois.

- Tu vas voir, espèce de petit… !

Après quelques minutes supplémentaires de combat, et quelques meubles détruits, le champion de kendo arriva à la conclusion qu'il gagnerait sans doute, mais que ça lui coûterait plus cher de remeubler son salon, plutôt que de déclarer forfait maintenant et d'aller faire ces foutues courses.

- Bon, OK, grogna-t-il en se dégageant des débris de sa table basse. JE vais faire les courses. TOI, tu restes ici, et tu ranges tout ce bordel. Compris ?

- Cela fait une semaine que je suis enfermé dans cet appartement ! J'ai besoin de sortir ! protesta Sanji avec véhémence.

- Tu as oublié que Moria te recherche ? Il est hors de question que tu sortes d'ici avant de pouvoir jouer ton rôle à la perfection, et de pouvoir te défendre efficacement.

- Oh, tu veux que je te prouve à nouveau mon efficacité ? gronda le réformé en levant une jambe.

- Pas la peine. Vendredi soir, ce sera la fête de Luffy, et ton grand test de vérité. Si tu arrives à convaincre tous les invités que tu es bien Sanji Lenoir, 26 ans, comédien parisien au chômage, alors tu pourras sortir et te balader comme tu veux. Mais d'ici là, tu ne mettras pas les pieds dehors ! En tous cas, pas sans un bon déguisement, ajouta Zoro en voyant le blond froncer les sourcils.

- Et pourquoi ne puis-je pas me déguiser dès aujourd'hui pour aller faire les courses ? ronchonna Sanji avec une moue adorable.

- T'inquiète pas, j'ai déjà trouvé le déguisement idéal pour toi, et tu devrais l'avoir très bientôt, ricana le sabreur. Peut-être même demain, avec un peu de chance.

- Je vais pouvoir sortir demain ?! s'écria le cuistot en joignant les mains, ravi.

- J'ai dit « peut-être ». Mais si ton déguisement est prêt, oui, promit Zoro.

- Bon. J'imagine que je peux attendre un jour de plus, céda Sanji. Mais essaie de ne pas te perdre, cette fois, cervelle en mousse !

- Hey ! Tu dis ça comme si je me perdais tout le temps !

- Ah, parce que ce n'est pas le cas ? N'est-ce pas toi qui confonds systématiquement les toilettes et la salle de bain, et ce dans ton propre appartement, tête de brocoli ?

Après quelques échanges de coups de pieds et de poings, et une lampe cassée en plus, Zoro put finalement se mettre en route.

~~oOo~~

- OAH CHANHI HEST CHUHER HON !

- On ne parle pas la bouche pleine, crétin ! rétorqua Sanji en donnant un coup de pied sur la tête de Luffy.

Nami les avait rejoints pour sa pause déjeuner, comme c'était devenu son habitude, mais cette fois-ci elle était accompagnée de Luffy, qui apportait la fausse carte d'identité française de Sanji.

- Shanks a dit qu'il avait hâte de te rencontrer ! avait claironné le brun, tandis que le réformé semblait fasciné par sa propre photo. Hey, Zoro, tu crois qu'on pourrait emmener Sanji aux arènes ? J'ai un combat mercredi !

- Je ne pense pas que ce soit prudent, Luffy… Sanji est recherché, tu te souviens ?

- N'as-tu pas dit que je pourrais sortir à la condition d'être déguisé, tête de chou ? avait objecté le blondinet. Je serais curieux de voir ces… arènes. Est-ce un lieu de rendez-vous pour vos duels ? Es-tu toi aussi un bretteur, Luffy ?

- Shishishi, non ! Moi, je fais de la boxe ! En fait, Shanks est propriétaire d'un vieux hangar désaffecté et c'est ça qu'on appelle les arènes, parce qu'il y organise des combats clandestins. Il y a moyen de se faire beaucoup d'argent là-bas ! Zoro aussi y a participé quand il était dans la dèche, hein Zoro ?

- Ouais, enfin, ça fait longtemps que j'ai arrêté, avait rétorqué l'épéiste, qui cherchait une bonne excuse pour ne pas emmener Sanji.

- Zoro a arrêté quand c'est devenu sérieux avec Tashigi, s'était plaint Luffy. Franchement, je ne sais pas ce qu'Ace et toi vous voyez dans ces policiers. OK, leurs uniformes sont cools, mais ils ne savent franchement pas s'amuser !

- Hey ! Tashigi savait très bien s'amuser, elle préférait juste que ce soit légal ! avait protesté Zoro.

Luffy et Nami s'étaient soudain figés, le regardant tous les deux avec des yeux exorbités.

- Quoi ? avait-t-il grogné, agacé.

- T-tu viens de parler de Tashigi ! Avec un ton tout à fait naturel, en plus !

- Et alors ?

Tout d'un coup, Zoro s'était plutôt senti embarrassé, voyant où la rousse voulait en venir.

- Zoro ! Depuis que tu es revenu du Japon, tu as toujours refusé de parler d'elle, ou même qu'on évoque son nom en ta présence… Je… Je suis si fière de toi ! avait-elle glapi en se jetant dans les bras du kendoka. Je le savais bien, que si tu rencontrais quelqu'un qui te plaisait, tu serais enfin capable de faire ton deuil !

Zoro avait bien sûr voulu protester, mais il s'était tu en voyant Sanji, la tête basse et les épaules affaissées, s'éloigner en direction de la cuisine. Quelle mouche le piquait, celui-là ? On aurait presque dit qu'il était… triste. Mais pourquoi ?

- Shishishi ! Alors ça y est, toi et Sanji vous êtes ensemble ? avait soudain demandé Luffy d'un ton joyeux.

- QUOI ?! Pas du tout !

- Allons, Zoro, on voit bien la façon dont tu le regardes. On dirait Luffy devant un morceau de viande, s'était gentiment moquée Nami.

- Je ne… Bon, OK, si l'on excepte ses stupides sourcils, ce type est loin d'être moche, avait admis Zoro. Mais c'est bien la seule qualité que je lui trouve ! Et même s'il me plaisait, lui n'est même pas gay, alors comment voulez-vous qu'on sorte ensemble ?

- Sanji n'est pas gay ? Ce n'est pas ce que Robin nous a… avait commencé le brun.

- Luffy, imbécile ! Robin nous a demandé de ne rien dire ! l'avait coupé la météorologiste en l'assommant.

Zoro avait voulu leur demander ce que Robin avait bien pu leur raconter, mais la rousse avait tout de suite proposé d'aller tenir compagnie à Sanji en cuisine, et il avait donc dû changer de sujet. Est-ce que l'archéologue pensait que Sanji était gay ? Pourquoi ? Après avoir vu la façon dont il se comportait avec les filles de son entourage, et sa réaction violente quand la sexualité de Nami, Ace et la sienne avaient été abordées, cela semblait tout à fait improbable ! Pourtant, il avait rarement vu Robin avoir tort… Alors quoi ?

Plongé dans ses pensées, le champion de kendo avait laissé Nami et Luffy faire la conversation, pendant que Sanji préparait le repas. Et effectivement, comme le brun venait de l'exprimer (de façon fort peu compréhensible à cause de sa bouche pleine, mais Zoro avait appris à décoder ses propos à force de le fréquenter) : c'était super bon ! Le cuisinier leur avait préparé en entrée un potage de poulet aux choux et une tourte au lard, suivis d'un rôti de marcassin, avec en accompagnement des champignons à la crème, des artichauts frits et des asperges en salade. Lui-même avait dû se contenter du potage, et Zoro se sentait vaguement coupable de le voir rester debout pour la suite, prêt à les resservir ou à remplir leurs verres.

- Luffy a raison, cela dit, c'est vraiment délicieux ! approuva Nami en se frottant la panse.

- Oh douce Nami ! Vos compliments sonnent comme de la musique céleste à mes oreilles ! gazouilla Sanji en se tortillant de façon ridicule. Et toi, tête de laitue ? Tu es bien taiseux ?

- … C'est mangeable. Mais tu as de la chance que Luffy soit là, sinon on aurait eu trois fois trop. Et n'oublie pas que c'est moi qui paye les provisions ! La prochaine fois, tu n'es pas obligé de faire dix mille accompagnements, ou de prévoir une entrée.

- Quelle mauvaise foi ! Je sais parfaitement que tu as adoré ce que j'ai préparé, enfoiré, je t'ai vu te resservir plusieurs fois ! ragea le cuistot. Et comment voulez-vous que j'en fasse encore moins ? J'ai déjà réduit mon menu au strict minimum, sachant que ma tendre Nami devait retourner travailler et était pressée par le temps…

- Ce qui était très attentionné de ta part, Sanji, et je t'en remercie, apprécia la rousse. D'ailleurs, je vais bientôt devoir filer. Mais Zoro a raison : de nos jours, on fait rarement des repas de plus de trois services, et encore, on réserve les trois services pour les grandes occasions ! Si tu nous avais préparé juste un plat, on aurait déjà eu amplement assez.

- Oï ! Moi pas ! protesta Luffy.

Laissant Nami expliquer au blondinet le concept du plat unique avec une viande (ou un poisson), un légume et un féculent, Zoro sortit de la cuisine en sentant son téléphone vibrer dans la poche de son jeans. Smoker ? Qu'est-ce que le vieux commissaire pouvait bien lui vouloir ?