CHAPITRE XX
33.
- Comment cela : vous ne savez pas ! ? glapit Aldéran.
- Un virus, ou une bactérie, c'est encore à déterminer par d'autres analyses, et cela prendra beaucoup plus de temps ! Mais, le fait est là : votre cœur se détériore, votre cœur n'en a plus pour longtemps, Major.
- Combien de temps ? souffla Aldéran, blanc comme un linge.
- Deux, trois mois, au mieux… Ce qui est certain, à l'heure d'aujourd'hui, c'est que vous ne verrez pas votre vingt-cinquième anniversaire.
- Il y a bien un traitement, une greffe ? insista le jeune homme, la panique absolue dans son regard.
- Un traitement, oui, vous serez sous lourde médication, dès demain. Pour la greffe, il faut les résultats des analyses en cours pour déterminer le meilleur donneur, et vous serez sur la liste des demandeurs – une très longue liste… Je suis désolé, Major.
Par réflexe, Aldéran posa la main sur son cœur.
- Il me reste une chance ?
- Toujours. Mais, il y a tellement de demandeurs et si peu de donneurs d'organe en dépit de toutes les campagnes… Les analyses
se poursuivent, pour un traitement le plus approprié à ce qui vous ronge. Vous avez la parole : j'utiliserai de toutes les ressources médicales pour vous tenir debout, le plus longtemps possible.
- Merci… Et, si je n'ai pas un donneur… ?
- …
- D'accord…
- Ménagez-vous, au maximum, jeune homme.
- Aldéran, est-ce que ça va ? questionna Skyrone en croisant son aîné dans les escaliers.
- Oui, pour le moment… Où est l'ascenseur, que je rejoigne mon appart ?
- Là, au bout du couloir… Aldie, pourquoi l'ascenseur ? ! Qui est venu, il y a une heure ? !
Sentant son cœur battre comme jamais, Aldéran s'était laissé tomber sur son lit, Torko inquiet venant le renifler et passer la langue sur sa main.
« Mais comment je vais faire ! ? Il faut absolument que je tienne bon, pour l'Unité ! Je dois m'économiser, conserver mes forces au maximum… Je ne peux compter que sur moi-même, personne ne peut me venir en aide, personne ne le fera… ».
Skyrone avait déboulé dans le bureau de son grand-père.
- Dankest ! Qui s'est présenté aux portes du Manoir ?
- Cela ne me concernait pas, mais le Guet m'a prévenu qu'un certain Dr Vorik demandait à voir Aldie… As-tu croisé ton frère ?
- En coup de vent… Il était décomposé, tout en tâchant de faire bonne figure… J'ai peur, Dankest… Grand-père !
- Je t'interdis !
- Grand-père, tu n'as même pas frémi… Tu sais… Qu'arrive-t-il à mon petit frère ! ?
- Ce n'est pas à moi de te le révéler. Un jour, s'ils le veulent, ton père et ta mère t'affranchiront des origines de la naissance d'Aldéran… Mais, pour le moment, ne songe qu'à une seule chose : Aldéran est en vie et il reste une chance pour qu'il rende caduque la malédiction !
- Dankest ! N'oublie pas que je suis médecin, je vis au milieu des éprouvettes, mais je suis tout à fait capable de soigner mon petit frère, de savoir quels médicaments… !
- Inutile, mon grand. Il n'y a pas d'autre issue. Aldéran a été condamné il y a vingt-cinq ans de cela, de par sa seule venue au monde. Si tu veux l'aider : sois juste près de lui, aime-le plus que jamais, en dépit de son odieux caractère !
Le regard caramel de Skyrone fulmina.
- Aldéran s'éteint et toi tu restes là à t'occuper de cette monstruosité de société !… Tu es ignoble ! Je te hais ! Je ne sais pas ce qu'il arrive à mon petit frère, mais je vais chercher, je trouverai ! Il est hors de question que je reste là sans rien faire !
Fou de rage et avec désormais de légitimes inquiétudes, Skyrone regagna son appartement, y tournant comme un fauve en cage.
« Mais, comment je peux trouver quelque chose alors que je ne sais même pas ce que je cherche ! ?
Pas trop chaud, Dankest s'était mis en communication avec l'Arcadia.
- Où en es-tu, Albator ? Là, le compte-à-rebours a été lancé !
- Aldéran…
- Oui, et si j'en crois ce que je vois, son cœur se meurt bien plus rapidement que prédit… Il te faut faire vite, et surtout revenir bien plus rapidement encore !
- Tu me tiens au courant ?
- Bien sûr. Un espoir ?
- Toujours !
- Ensuite, tu diras enfin la vérité à tes enfants ?
- Oui, dès qu'Aldie sera tiré d'affaire… ou non.
- Il ne sera que temps…
- Je ne pouvais pas faire autrement Dankest, c'est tellement dur, tellement compliqué…
Le spacewolf automatisé s'était posé sur le pont d'envol principal de l'Arcadia.
- Karémyne ! Que… ?
- Depuis toujours je suis surprotégée, on fait tout pour moi et j'en ai pris l'habitude, je suis Responsable des Projets de Skendromme Industry, mais je ne suis toujours qu'un simple pion pour mon père. Dès lors, vu toute l'équipe qui m'assiste, quasi
24h/24, je peux continuer à jouer les jolies héritières blondes désœuvrées et écervelées ! Mais, là, il s'agit d'Aldéran ! J'ai à tout faire pour lui.
- Tu étais à mes côtés, plus d'une fois, dit doucement Albator, en caressant les joues de sa femme. Tu as décrété la mise à mort du violeur de notre fils, sans cela, je ne serais pas passé à l'acte pour ne pas t'impliquer dans cette histoire tu étais près de moi quand on a tenté de sauver le cargo et tu étais encore prête à ne pas me quitter quand j'ai voulu aller vers cette Comète… Tu as été une jeune fille pure, innocente, tellement préservée de tout justement – et c'est ce que j'ai aimé en toi – mais au fond, tu es une guerrière, partant au combat dès qu'il faut révéler ta personnalité. C'est ce que j'avais senti en toi, quand de ton côté tu as vu au-delà du pirate tueur que j'étais… Ni toi ni moi n'avons pu nous occuper de nos enfants, mais je sais que nous nous sommes trouvés !
- Et on va sauver Aldéran.
- En ce geste, tu prouves toute ta largeur d'esprit, encore plus qu'il y a vingt-cinq ans… Merci…
Caressant Tori-San qui se frottait contre ses jambes, Karémyne apprécia soudain infiniment de se retrouver sur la passerelle de l'Arcadia.
- Je crois que j'aime. Albator, ton exaltation, dès que tu es dans l'espace, à ce bord, je crois que tu me la transmets enfin ! Je ne t'avais d'ailleurs jamais vu ainsi !
- Et pourtant en cet instant, bien que sans équipage, je suis bel et bien le pirate que tu as rencontré ! sourit Albator. Mais là, bien qu'il ne s'agisse d'affronter aucune flotte adverse, ou
aucune rage d'ennemie, je n'ai qu'un but !
- Ca fera tellement mal aux enfants, de savoir…
- Moins que ce qu'Aldéran va endurer.
- Tu vas vraiment le faire… ?
- Il n'y a pas d'autre solution. Mais, d'ici là, rassemble à bord l'équipe chirurgicale nécessaire pour quand ce sera le moment !
- A tes ordres, capitaine !
