Chapitre 20

Rarement Lucius Malefoy avait autant regretté de ne pas maîtriser la légilimencie. La façon dont cette femme semblait le défier lui donnait des envies de meurtre. Elle lui racontait des bobards, il en était persuadé. D'un autre côté… Ce n'était qu'une impression, rien, dans ses propos, ne permettait de la confondre. Elle n'était peut-être, effectivement, qu'une journaliste excessivement zélée, sûre de tenir un scoop… Mais…

Mais Sirius était innocent. Cela, Lucius le savait mieux que personne. Si Sirius avait laissé cette femme dans son entourage malgré le danger qu'elle représentait, c'était parce qu'il était bien évidemment incapable de lui faire du mal, même pour se protéger. Et elle ne pouvait pas ne pas s'en être rendue compte. Et si, effectivement, Sirius savait que le Lord Noir était de retour…

Lucius fronça les sourcils. Comment Sirius pouvait-il savoir cela ?!

Il écarta la question de son esprit. Pour le moment, il devait se concentrer sur la jeune femme qui lui faisait face.

Elle lui mentait. Parce que si elle avait vraiment partagé le quotidien de Sirius, elle ne pouvait qu'être persuadée qu'il n'était pas un Mangemort, et que jamais il ne ferait de mal à Harry Potter.

Ceci étant posé… Qu'allait-il faire d'elle ?

Elle avait tenté de le manipuler. Rien que pour cela, elle méritait de se tordre de douleur sous ses doloris. Lucius ne supportait pas qu'on essaye de se jouer de lui. Mais d'un autre côté… Elle avait excité sa curiosité.

Qu'est-ce que c'était que cette histoire de médaillon ?

Comment Sirius était-il au courant pour le retour du maître ?

Que faisait-elle avec ce traître de Rogue ?

La jeune femme serait sans doute une source précieuse d'informations, s'il parvenait à la faire parler.

Il esquissa un sourire. Il adorerait la forcer à révéler ses secrets sous la torture. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas eu l'occasion de s'amuser de la sorte… Et il avait les nerfs à fleur de peau, ces derniers temps. Un peu de distraction lui ferait du bien. Surtout s'il pouvait apprendre quelque chose d'utile.

La jeune femme frémit légèrement. Sans doute avait-elle senti le danger. Un frisson de plaisir lui parcourut l'échine, à cette pensée.

« Vous jouez à un jeu fort dangereux, Miss Skeeter, remarqua-t-il. Vous acoquiner ainsi avec des Mangemorts…
- Quand on est journaliste, il faut prendre des risques… » affirma la jeune femme. Mais sa voix montrait moins de fermeté. Et il y avait une peur indéniable, au fond de ses yeux.

« Je devrais vous dénoncer aux Aurors pour complicité… déclara Lucius, la regardant avec intensité.
- Si vous le faites, vous ne saurez jamais ce que mijotaient les frères Black », affirma Rita, d'un air déterminé.

Elle était courageuse. Et très consciente, apparemment, qu'il n'appartenait pas au même camp que Sirius.

Quelle que soit la décision qu'il prendrait, la concernant, il ne devait pas se précipiter.

« Je n'ai malheureusement pas le temps de poursuivre cette… intéressante conversation. Je vais demander à mon elfe de maison de mettre une chambre à votre disposition. Le dîner est servi à dix-neuf heures. »

XXXXXXX

La porte de l'appartement de Rita Skeeter était entrouverte. Sirius se mordit les lèvres, la gorge serrée par l'angoisse. Il la poussa légèrement du bout des doigts, effrayé par ce qu'il pouvait y avoir derrière… Ou peut-être par ce qu'il n'y aurait pas.

Tout était silencieux. Il se glissa à l'intérieur, toujours dissimulé sous la cape de James. Comme il s'y attendait à moitié, il n'y avait personne.

Il s'assit dans le canapé et se passa les mains sur le visage. Il devait réfléchir, ne pas céder à la panique. Où pouvaient être Regulus, Rita et Rogue ? Peut-être avaient-ils décidé de trouver une autre cachette ?

Sans l'attendre ?

Peut-être quelqu'un les avait-il attendus ici, dans l'appartement, les contraignant à filer dans la précipitation ? A moins que ce quelqu'un ait réussi à les attraper… Cette pensée lui donnait des sueurs froides. Qui cela pourrait-il être ? Les Aurors ? Ils avaient bien fini par les débusquer Square Grimmaurd… Et cet Auror, Shacklebolt, il savait que Rita était leur alliée, et où elle habitait… Sauf que cela ne collait pas. Shacklebolt ne les aurait pas trahi, pas après leur être venu en aide. A moins que McPherson ait soupçonné quelque chose et l'ait retourné contre eux…

Sirius avait le tournis. Il y avait tellement de personnes, qui les recherchaient ! Peut-être même était-ce des Mangemorts, qui avaient attendu Rita chez elle ! Après tout, ils avaient bien attaqué Remus devant la grille-même de Poudlard !

Il n'avait aucun moyen de savoir. Pire, s'il restait plus longtemps sur place, il courait un risque non négligeable de se faire repérer, lui-aussi.

Il devait retrouver Dumbledore.

XXXXXXX

Lorsqu'il fut finalement seul, Regulus ferma soigneusement la porte du vieux hangar où il avait trouvé refuge et le scella d'un sort. En quelques coups de baguette, il déblaya un espace dans le coin le moins délabré, avant de s'asseoir dans le fauteuil qu'il avait créé à partir d'une vieille caisse éventrée, le sac de Severus posé à ses pieds.

Il avait mal à la tête. Il ne savait pas ce qui s'était passé, pendant la séance de spiritisme, mais il avait l'impression d'avoir dépensé plus d'énergie que nécessaire. Il n'était même pas sûr que Zacharius se soit bel et bien manifesté. Il avait touché son esprit, cela, il en était sûr. Quant à savoir si celui-ci avait bel et bien prit possession de son corps pour parler à Sirius, ça…

Il ferma les yeux. S'il retrouvait Sirius, celui-ci lui raconterait tout.

Il repensa à Severus, avec un pincement au cœur. Il était peut-être aux mains de Malefoy, maintenant. Qu'allait-il pouvoir faire pour lui venir en aide ? En admettant que ce ne soit pas déjà trop tard… Severus avait trahi. Il s'était condamné à mort.

Non… songea-t-il. Il est intelligent, il trouvera peut-être quelque chose pour obliger Malefoy à l'épargner…

Il avait du mal à s'en convaincre… Mais que pouvait-il faire, de toute façon ?

« Ma vie contre la sienne… » murmura-t-il.

Il secoua lentement la tête. Inutile de sombrer dans le mélodrame. Après tout, il n'était même pas sûr que les Mangemorts qui les attendaient chez Rita aient vraiment attrapé Severus.

De toute façon, il ne pouvait rien faire, pour le moment, il avait bien trop mal à la tête. Et puis, sa petite cousine avait promis de l'aider. Tout ce qu'il avait à faire, c'était prendre un peu de repos. Ensuite, il lui faudrait retrouver Sirius…

Il ferma les yeux. Quelques minutes plus tard, il s'endormait.

XXXXXXX

Severus Rogue était affalé contre le mur, les mains toujours magiquement entravées. Lucius le regarda un long moment, avant de lever le sort qui l'immobilisait.

Il avait apprécié l'efficacité de cet homme, sa pugnacité. Il avait un talent incontestable. Mais on ne pouvait rien attendre de vraiment bon d'un sang-mêlé, n'est-ce pas ? Il n'était pas surprenant, qu'il ait trahi la cause…

« Bien le bonjour, Severus, dit-il en tirant un fauteuil devant son prisonnier.
- Lucius… répondit Rogue, battant des paupières.
- Avant que nous passions aux choses vraiment désagréables – pour toi, bien évidemment… Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ? demanda Rogue, l'air maussade.
- Pourquoi as-tu trahi ? Pourquoi avoir choisi le camp des Black ? »

La mâchoire de Rogue se crispa et ses yeux semblèrent plus noirs encore.

« Je ne suis pas du côté des Black ! répliqua-t-il.
- Oh, Severus… soupira Malefoy, levant les yeux au ciel. C'est vraiment pathétique ! Tu penses vraiment t'en tirer en niant simplement l'évidence ?
- Quelle évidence ? »

Rogue s'était installé d'aplomb contre le mur. Et il avait retrouvé cet air de distance hautaine qu'il affectait souvent.

« Tu devais tuer Regulus, et il est vivant. Croupton avait raison.
- Non. Il n'avait pas raison, contra Severus. Regulus est vivant, certes. Il est malin. Il m'a simplement filé entre les doigts. »

Un instant, Lucius se demanda s'il devait lui rire au nez ou s'emporter devant tant de mauvaise foi. Il opta pour une grimace éloquente, qui disait à quel point ce genre de bobard le hérissait.

« Tu veux me faire croire que tu as loupé ta cible… et que tu as juste jugé bon de ne pas nous le dire ?!
- Le Maître m'aurait abattu, moi-aussi, contra Severus. Alors oui, j'ai menti. »

Malefoy croisa les bras.

« Mais ça ne colle pas, Severus, gronda-t-il doucement, comme s'il s'adressait à un enfant dont il démontait le mensonge. Tu étais avec Regulus pendant tout ce temps-là. Tu l'as aidé à quitter Azkaban. De quelle façon, je l'ignore… Mais tu l'as fait !
- Exactement. Je l'ai fait. J'ai découvert qu'il était à Azkaban, et je me suis mis en relation avec lui. Je lui ai dit que j'avais trahi les Mangemorts, moi-aussi. Gagner sa confiance n'a pas été facile, mais j'y suis parvenu ! »

Il y eut un long silence. Lucius ne voyait vraiment pas où Rogue voulait en venir. Comment pouvait-il croire qu'il goberait une chose pareille ?!

« Tu as voulu gagner sa confiance. Pour quoi faire ? Puisque tu l'avais localisé, il suffisait de nous le signaler, et je me serai chargé de l'abattre !
- A Azkaban ? Et comment t'y serais-tu pris, Lucius ? » demanda Rogue d'un ton clairement ironique.

Lucius n'aima pas du tout cela. Que Rogue, dans la position qui était la sienne, laisse sous-entendre qu'il était plus efficace que lui-même… !

« Azkaban sera très bientôt sous ma coupe, Severus. J'y ferai ce que je voudrai.
- Non, Lucius. Tu feras selon la volonté du Maître, corrigea Severus d'un ton doucereux particulièrement écœurant. Parce qu'il est de retour, n'est-ce pas ? Et il te tient sous sa coupe…
- Tais-toi ! »

L'exaspération devenait malaise. Rogue sembla le percevoir, apparemment, car un sourire entendu fleurit sur ses lèvres minces.

« Sais-tu pourquoi le Maître voulait la mort de Regulus ? demanda-t-il.
- Quelle importance ? marmonna Lucius.
- Une importance capitale ! Regulus avait découvert certains de ses secrets. Et il lui a volé un objet. Un médaillon. »

Encore cette histoire de médaillon ?! Lucius se redressa légèrement dans son fauteuil, sa curiosité excitée.

« Explique, dit-il simplement.
- Quand Regulus m'a filé entre les doigts, j'ai mené ma petite enquête. D'après l'Elfe de maison des Black, Regulus avait en sa possession un objet particulièrement précieux. J'en ai déduit qu'il appartenait à notre Maître.
- Bravo ! ironisa Lucius. Et comment en es-tu arrivé à cette conclusion ?
- Une chose qu'a dite Regulus avant de s'enfuir. Il a dit avoir trouvé le moyen de détruire le Maître… »

Lucius sentit ses bras se couvrir de chair de poule. Détruire le Maître

« Si même un sort de mort ne peut pas venir à bout de lui, qu'est-ce qui te fait croire que Regulus a trouvé quelque chose qui puisse le menacer ?
- Regulus a passé beaucoup de temps auprès du Maître…
- Il n'a jamais été son confident ! répliqua Lucius. Il était juste…
- Là. Il était là. A observer et à écouter. Et il a trouvé ce médaillon. »

Severus se leva lentement. Mais Lucius ne songea même pas à le forcer à se rasseoir. Il réfléchissait.

« Malgré tous mes efforts, l'Elfe des Black ne m'a pas permis d'en apprendre davantage sur ce médaillon. Alors, quand j'ai découvert que Regulus était à Azkaban… Je me suis dit que la meilleure manière de procéder, c'était de gagner sa confiance. Et pour cela, il fallait le sortir de prison. »

Il y eut un long silence. Lucius était complètement pris au dépourvu par les révélations de Rogue, et il avait le plus grand mal à trouver des contre-arguments valables. Et puis… Cette histoire de médaillon, qui pourrait venir à bout du Maître, l'intriguait au plus haut point.

« Tu as trouvé ce médaillon ? demanda Lucius. Tu sais ce que c'est ?
- Oui, je le sais, répondit Severus avec un sourire satisfait. Il s'agit d'un horcruxe, Lucius. »

Lucius pâlit. Un horcruxe…

« Excellent ! s'exclama une voix froide, depuis le fond de la pièce. Vraiment excellent ! »

Lucius se leva précipitamment de la chaise, et ses cheveux, sur sa nuque, se hérissèrent. La bouche de Rogue s'entrouvrit, et ses yeux s'agrandirent d'effroi. Les contours flous d'une silhouette au regard écarlate se détachèrent du mur du fond, plongé dans l'obscurité.

« Où est mon médaillon ? » demanda le Maître.

XXXXXXX

« Avez-vous oui ou non assassiné les Dursley ?! » demanda McPherson, penché sur Greyback. Le loup-garou était affalé sur sa chaise, l'air de s'ennuyer prodigieusement. Cela avait le don d'exaspérer l'inspecteur au plus haut point. Il avait autre chose à faire que perdre son temps avec une engeance pareille !

« Assassinés ? répéta Greyback, avec une grimace. Non. Je les ai… mangés… »

Il fit un sourire qui dévoila ses dents affreusement aiguisées.

« Vous êtes un monstre… murmura Smithers, de l'autre côté du bureau.
- Et vous, de la chair à loup-garou…
- Ça suffit ! coupa McPherson. Vous vous êtes donc introduit chez les Dursley. Pourquoi ?
- J'avais faim, répondit Greyback, haussant les épaules.
- Et pourquoi cette maison- ? demanda McPherson.
- Parce que j'aime la chair des enfants, elle est tellement plus… tendre…
- Comment saviez-vous qu'il y avait des enfants dans cette maison ?
- Il y avait un tricycle dans le jardin. »

Smithers se détourna, l'air prêt à vomir.

« Vous allez prétendre que vous ignoriez que cette maison était celle de Harry Potter ?! insista McPherson.
- Qui ? »

McPherson abattit sa main sur son bureau avec fureur.

« Pourquoi vouliez-vous l'enfant ?! Qu'aviez-vous l'intention d'en faire ?!
- Les enfants, je les mange, rien de plus. »

McPherson échangea un regard avec Smithers.

« D'accord… Emerson, collez-moi ce type dans une cellule. Sous haute surveillance ! »

L'Auror s'avança, leva sa baguette et immobilisa Greyback avant de lui faire évacuer le bureau.

« Au moins, nous sommes sûrs que ce n'était pas Remus Lupin, le responsable, murmura Smithers.
- Mmmmhhh… »

McPherson avait déjà songé à cela. Dumbledore était persuadé de l'innocence de lupin, et il semblait vraiment qu'il ait raison, en définitive. Ce qui voulait dire que Sirius Black n'était sans doute pas le monstre qu'il avait imaginé.

« Julius va examiner Greyback, poursuivit Smithers. Il devrait pouvoir déterminer si c'est vraiment lui qui a tué les Dursley.
- Il me semble qu'il a avoué, non ?
- Oui… Comme Sirius Black avait avoué le meurtre des moldus. Je préfère des preuves fermes à des aveux.
- Tu as raison », soupira McPherson.

Il se sentait étrangement vide. La perspective de l'innocence de Sirius le laissait désemparé, et comme sans but. Il avait mis tant d'énergie, à courir après lui ! Et maintenant… L'interrogatoire de Walburga Black l'avait démoralisé. Celui de Greyback venait de l'achever.

Smithers semblait suivre le cheminement de sa pensée. Il posa une main réconfortante sur son épaule.

« Il nous reste à retrouver Lupin et Harry, dit-il.
- Certes, coupa une voix. Et nous allons nous en charger tout de suite ! »

McPherson tourna la tête vers le nouveau-venu. Bartemius Croupton.

« Mr Fudge vient de me nommer chef des Aurors ! déclara Croupton. Devant votre fiasco Square Grimmaurd, il devenait évident que l'heure n'était plus aux tergiversations et qu'il était grand temps que quelqu'un reprenne les rennes laissées par Scrimgeour ! »

McPherson ravala un soupir. Ainsi, c'était Croupton, qu'on leur fourrait dans les pattes. Bien. Lui ou un autre, quelle importance ? McPherson ne se sentait plus d'énergie pour s'intéresser à quoi que ce soit.

« Je veux voir les Mangemorts que vous avez arrêtés devant Poudlard, décréta Croupton. Tout de suite. »

XXXXXXX

Il y avait foule, à la tête de Sanglier. Comme si tous les individus louches et les trois-quarts des journalistes d'Angleterre s'y étaient donnés rendez-vous. Cela ne faisait pas les affaires de Sirius. Dissimulé sous la cape de James, il avait le plus grand mal à circuler entre les tables pour accéder au bar.

« Exactement, murmurait un homme sur sa gauche. Des Mangemorts, à Poudlard !
- Sirius Black ?
- Non, pas que je sache…
- Les Aurors sont venus…
- Il y a eu une arrestation au domicile des Black… »

Sirius passait d'une conversation à une autre, tout en se frayant un chemin jusqu'à Abelforth. Une arrestation Square Grimmaurd ? Sans doute s'agissait-il de sa mère. Dumbledore lui avait certifié que Remus n'était pas là-bas, il ne lui aurait pas menti.

Il atteignit le bar, dans le coin le plus à l'écart, contre le mur. Lorsque le frère de Dumbledore passa à sa portée, il le héla doucement.

« L'escalier du fond », marmonna le tavernier sans même regarder dans sa direction.

Sirius se glissa entre deux clients, frôla un bras, manqua écraser un pied qui lui barra subitement le passage. Mais il n'y avait personne, dans l'escalier. Il le gravit rapidement, pressé de retrouver Dumbledore.

Le couloir dans lequel il déboucha était étroit et sombre. Sale. Un rat courait le long de la plinthe. Il s'arrêta, se redressa sur ses petites pattes arrière et huma l'air à petits coups rapides.

Le cœur de Sirius manqua quelques battements.

Ce rat…

« Peter… » murmura-t-il.

Un moment, il resta paralysé de stupeur. Puis, la colère explosa au fond de lui. Il était là, lui, le traître ! Il sortit sa baguette et la pointa sur l'animal, qui détala aussitôt en couinant de terreur.

« Peter ! gronda-t-il, se lançant à sa poursuite. Tu ne m'échapperas pas, pas cette fois ! »

Le rat s'était faufilé entre le mur et lui et descendait les marches aussi vite que ses petites pattes le lui permettaient. Sirius fonça à sa suite, s'empêtra dans la cape, et faillit tomber la tête la première dans l'escalier. Il repoussa la cape sur ses épaules, dégageant sa tête et ses bras, et leva sa baguette. Le sort pulvérisa une chaise au rez-de-chaussée, manquant Queudver de quelques centimètres.

Il y eut un moment de silence, puis quelqu'un hurla « Sirius Black ! » et ce fut la confusion la plus totale.

Certains sorciers tiraient leur baguette, d'autres brandissaient leurs appareils photographiques, d'autres encore se jetaient derrière les tables. Mais Sirius était tout entier focalisé sur sa cible. Ignorant les cris d'alarme de la foule sous ses pieds, il lança un nouveau sort sur le rat qui se faufilait à toute allure entre les pieds des clients.

« Peter ! hurla Sirius. Tu vas le payer, Peter ! » Il dévala l'escalier à son tour, remarqua au dernier moment le sort qui fusait sur lui, se jeta de côté juste à temps pour l'éviter. Rageur, il fit voler en éclat une table près du sorcier qui l'avait visé de sa baguette. Personne ne l'empêcherait de régler son compte à Peter, cette fois-ci !

Le rat filait vers la sortie. Sirius tenta d'anticiper son mouvement et le sort qu'il envoya s'étoila dans une gerbe d'étincelles juste devant son museau.

La confusion tournait à la panique, maintenant. La plupart des clients de la taverne s'efforçaient maintenant de se mettre à l'abri.

« Pas dans mon établissement ! s'exclama Abelforth d'une voix de stentor.
- Ce rat ! cria Sirius. Arrêtez-le ! »

Pour toute réponse, un nouveau sort jaillit dans sa direction. Il conjura un sort du bouclier en jurant. Pendant qu'il perdait son temps à se défendre, Peter fonçait vers la sortie !

« Arrêtez-le ! hurla un sorcier. C'est Sirius Black, arrêtez-le !
- Reculez ! ordonna le tavernier. Je ne veux pas de blessés !
- Ce monstre a tué Harry Potter !
- Il va tous nous massacrer ! »

Les cris se faisaient plus nombreux, les sorts dirigés contre Sirius également. Et celui-ci comprit brusquement qu'il jouait une partie qu'il ne pouvait pas gagner. Jamais il n'arriverait à atteindre Peter, pas avec tous ces sorciers qui couraient dans tous les sens et lui envoyaient sort après sort.

Pire, il risquait de se faire prendre, voire même de se faire abattre. Une fois de plus, il avait très mal joué son coup.

Il plongea sous une table, dépité, et se cacha précipitamment sous la cape. Il n'y avait qu'une chose à faire, maintenant, sortir de la taverne. Il fonça vers la porte, sans se soucier des sorciers qui se dressaient entre lui et son but.

« Où est-il ?! cirait-on. Il a disparu ! Appelez les Aurors ! »

Sirius s'appuya contre le battant de bois et jeta un dernier regard à la salle. Il aurait tellement voulu…

Abelforth avait contourné le bar. Alors que tout le monde se focalisait sur Sirius, lui avait repéré le rat. Et il le brandissait maintenant devant lui, peu soucieux de ses couinements et de ses tentatives désespérées pour se soustraire à sa poigne.

Alors, Sirius sourit. Il poussa la porte et sortit de la taverne.