Hello !
Mille excuses pour cette loooongue attente et avec un suspens pareil ! J'avoue bien avoir pris mon temps cette fois (quand on est aussi sadique on ne se refait pas ;D), mais je me suis appliquée !
Donc voilà, un chapitre un peu mouvementé... avec pas mal d'angst, j'en suis vraiment désolée mais il faut bien que le plan de Moriarty se déroule comme prévu (attendez d'avoir lu la suite avant de taper l'auteur!).
Pour le chapitre précédent, j'ai été contente de voir que pas mal d'entre vous ont apprécié le Mystrade :) héhé je n'ai pas pu m'en empêcher, je les trouve tellement bien ensemble ces deux-là :3
Sinon vous ne pouvez pas savoir à quel point vos reviews m'ont fait plaisir ! Ça a l'air de pas grand chose de laisser un petit mot mais pour l'auteur c'est beaucoup beaucoup beaucoup :)
Un grand merci donc à Belle pimprenelle, Miss Osaki, Ellanather, lalala1995, Rose-Eliade, Yuyu Selena, Edna-lys, Estelle498, Mitsumichi, Winry123 et Erika Nathaniella pour leurs réactions :)
Bonne lecture !
« Maintenant je veux savoir jusqu'où tu iras sans Johnny Boy. »
Pas très loin, avait aussitôt pensé Sherlock. Il ne l'avait évidemment pas dit à voix haute. Mais, en levant les yeux et en voyant la lueur perverse dans le regard de Moriarty, il avait immédiatement su que le criminel avait les mêmes convictions que lui.
C'était en effet devenu une conviction. Une conviction dure, ferme, bien que pas obtenue par les mécanismes logiques habituels à Sherlock. Cette fois, elle était issue d'une intuition, d'une foutue intuition qui s'était présentée puis imposée arbitrairement, irrationnellement, devant les yeux du détective. Une intuition comme le détective en avait peu... mais comme celles qui se révélaient à chaque fois effroyablement exactes.
Et cette fois-ci n'allait pas déroger à la règle.
Cela faisait trois jours que John était parti. Trois jours qu'il n'avait plus donné signe de vie et qu'il semblait ignorer superbement ses SMS. Trois jours qu'il ignorait le détective. Et trois jours que John manquait à Sherlock.
Le détective avait dû en effet se rendre à l'évidence : John lui manquait. Dans un premier temps, il avait tout simplement décidé d'ignorer la terrible intuition qu'il avait eu face à la question de Moriarty. Hors de question de se fier à une pensée fugace et qui avait snobé son intellect pour se former. Alors il avait fermement cru qu'il pourrait juste faire face à cette situation, ou au moins l'ignorer : parce que, jusque là, ça lui avait très bien réussi, d'ignorer les gens. Il s'était cru capable de la surmonter. De passer outre. Qu'il avait été prétentieux. John n'était pas quelqu'un qu'il pouvait ignorer. Pas même feindre d'ignorer. Ce n'était pas possible. Plus à présent, alors qu'il s'était habitué à la présence constante du médecin à ses côtés, à réfléchir à voix haute devant lui plutôt que devant l'Ami Crâne, à écouter d'un air distrait ses remarques sur son comportement social, à se faire sauver la vie par lui, ou encore à lui répéter que le monde était stupide et ennuyeux et à se faire approuver sans conviction par un docteur occupé à lire le journal du jour, cherchant un fait divers susceptible de tirer le détective de son noir ennui... Plus maintenant que Sherlock avait découvert et senti le corps encore musclé de l'ancien soldat contre le sien, respiré son souffle... et été assuré de la réciprocité de leurs sentiments. Non. Il lui fallait John. La personne de John. Là, dès que possible, de préférence maintenant. Autrement, c'était tout bonnement insupportable. Intenable. Pénible.
Déchirant.
La raison pour laquelle le détective se trouvait là, avachi dans son fauteuil noir, ses jambes étendues de toute leur longueur devant lui, son corps et ses membres reposant mollement, non, lâchement, dans les assises de cuir noir. Fauteuil qu'il n'avait quasiment pas quitté depuis trois jours. Parce que John n'avait pas été pas là pour l'en tirer en lui signalant une bonne affaire dans le journal ou tout simplement en le mettant de force sur ses pieds et en lui répétant que cela n'avait pas de sens de se morfondre de la sorte, même si ça ne lui ressemblait pas le moins du monde. John était toujours tout sauf brutal avec lui – sauf peut-être mis à part le petit incident vers la maison d'Irène Adler, mais là le détective l'avait largement cherché. John faisait attention à lui. John le réprimandait, mais c'était parce qu'il voulait le meilleur de lui. Et John... venait d'habituer le détective à encore mieux. Il venait de lui montrer ce que c'était que d'être considéré d'une façon autre que platonique. D'être couvert de sentiments. De partager ces sentiments. Et d'être un objet de désir.
C'était nouveau pour Sherlock. Et plaisant. Tellement plaisant. D'être compris et aimé de cette façon, tel qu'il était. C'était extrêmement flatteur. Non, pas juste flatteur. Absolument indigne de dire ça. Ça ne touchait pas simplement son ego sur-dimensionné de génie sociopathe. Ça allait plus loin. Beaucoup plus loin. Ça plongeait en lui et ça venait faire voler en éclats sa carapace de froideur et de logique. Ça l'atteignait au plus profond de lui-même, là, où peu d'émotions avaient pu se targuer d'avoir vu le jour. C'était viscéral. Et encombrant. Mais bon. Si bon.
Et voilà que John était parti. Que Sherlock était privé de sa personne et de cette délicieuse sensation. Comme ça, d'un coup. Alors la sensation devenait toute autre. Elle devenait à l'opposée de ce qu'elle était en la présence de John : terrible. Il y avait d'abord eu ce sentiment de vide, déclenché par l'absence aussi soudaine que déplaisante du médecin. L'impression qu'il manquait quelque chose, quelqu'un dans l'appartement. Alors ce vide ne s'était plus contenté de s'appliquer à ce dernier. Il était venu vers Sherlock et s'était impitoyablement insinué en lui, lui donnant l'impression d'être lui-même vide. Ou au moins en partie vide : parce que Sherlock ne se sentait plus complet. Parce que John commençait à devenir une partie de lui-même. Parce que les deux amis étaient désormais complémentaires, et qu'ils n'avaient rien à faire séparés. Qu'ils le veuillent ou non. Et après était venue l'anxiété, directement issue du vide. L'anxiété d'être séparé d'un élément cher, essentiel, et l'éventualité et que celui-ci pourrait ne jamais revenir. Parce que, bien que John n'eût emporté que quelques affaires – sa visite à l'étage avait été bien trop courte pour en emporter la totalité, John tardait un peu trop à revenir. Et que cela commençait à devenir vraiment pénible. Le doute... quoi de plus terrible pour le détective. Il ne savait que trop ce que c'était. Et que cette fois, ce soit John qui soit concerné... John qui ne revenait toujours pas... Alors Sherlock n'avait cessé de harceler John de SMS, l'enjoignant de manière tantôt déguisée, tantôt crue, de revenir à Baker Street, lui assurant, lui répétant et lui jurant que les messages de Moriarty n'étaient qu'un subterfuge destiné à les séparer. Et comme John s'obstinait à ne pas répondre, c'était l'abattement qui avait pris le relai. Pur et simple. John ne revenait pas. John ne reviendrait pas. John ne voulait plus voir ni entendre parler de Sherlock puisqu'il ignorait ses messages, ce dont avant il se montrait incapable en temps normal. L'idée était terrible. Bien plus qu'il n'avait pu l'imaginer. Et tellement plus que celle de rester désoeuvré, de se morfondre dans un canapé et de faire face à l'effroyable Ennui. Parce que dans ces moments-là, John était toujours à ses côtés, que ce soit en train de lire une revue dans son fauteuil, de prier instamment le détective d'avaler un peu de carburant ou même de lui parler dans le vide. Alors perdre John, c'était bien pire. C'était juste épouvantable.
Il ne fallait pas que la vie du détective devienne épouvantable.
Il fallait qu'il sorte de cet état. De cet état où il ignorait son portable quand celui-ci sonnait, potentiellement porteur d'une bonne affaire, et où il n'avait même pas pris la peine de recommencer à chercher la caméra que Moriarty avait fait planquer dans l'appartement. Non, ça ne pouvait plus durer. Comment s'en sortir ? Il décida que, pour quitter cet état des plus déplaisants, il fallait tout simplement l'oublier. Et lui, il savait comment oublier les choses. Ne plus faire face à une réalité insupportable et angoissante. Alors il s'était forcé à se lever et à sortir chercher ce dont il avait besoin. Il l'avait trouvé aisément grâce à son réseau de sans-abris qui agissait dans la clandestinité. Il était revenu à l'appartement, s'était réinstallé dans son fauteuil noir et avait posé le petit paquet à proximité. Et avait attendu, là, incapable de se résoudre à l'ouvrir ou bien à aller le jeter à la poubelle.
Mais là, il estima avoir suffisamment hésité.
Ne fais rien de stupide. JW
John avait remercié le Ciel d'avoir pu trouver un taxi dans cet endroit aussi excentré. Une fois à l'intérieur, il avait aussitôt tenté de recontacter Sherlock. Sans succès. Alors il avait envoyé un SMS. Avec un peu de chance, le détective finirait par se lasser de bouder son téléphone. Il verrait que le médecin avait arrêté de faire de même avec lui. Mais Sherlock... Sherlock était vraiment une tête de mule. Il ne lâcherait pas comme ça. Il allait s'obstiner. Il...
John essaya de ne pas penser à l'application concrète du « mon frère devient capable d'absolument tout quand il est blessé » de Mycroft. Inutile. Ça ne donnerait pas des ailes au cab. Et si ça se trouve, Sherlock était tranquillement allongé sur le sofa en train de réfléchir ou de 'patienter' avant une prochaine enquête. Mycroft, inquiet devant l'absence prolongée de John, aurait établi un lien erroné entre le départ de celui-ci et l'inaction de son frère. Il se serait alarmé pour rien. Non, c'était stupide. Le gouvernement britannique était intelligent et Sherlock ne coupait jamais son téléphone pendant une enquête. Ben oui, ça pouvait lui apporter des compléments d'informations. Et ça pouvait accessoirement lui sauver la vie.
Mince.
Il allait vraiment devoir se grouiller.
Vouloir penser à autre chose. Attendre que ça passe. Oublier.
Sonneries persistantes de téléphone. Gênant. Pas grave, ignorer. Doué pour ça. Puis bip d'un texto. Finir par jeter un coup d'oeil. John, tu ne me facilites pas la tâche. Et je ne suis pas stupide.
Ouvrir le paquet. Découvrir un tableau familier. Esquisser un sourire désabusé en repensant à tout cela.
Sentir monter l'excitation. Retenir un frisson en anticipant les choses.
Être bien décidé à le faire.
John pressa le chauffeur d'accélérer l'allure. Plus le moment de lambiner et d'hésiter.
Refus du chauffeur. Au maximum de la vitesse autorisée, disait-il. Ah, déjà. Mais il n'y a rien, foncez. Pas envie de perdre mon boulot. Ton et argument sans appel. Vraiment ?
Le médecin soupira, chercha dans ses poches et brandit plusieurs billets de banque. Ok, c'est bien parce que c'est vous.
Retrouver immédiatement les gestes maintes fois exécutés. Mais ne pas se presser pour les faire cette fois. Car besoin moins immédiat. Prendre le temps de redécouvrir. Juste effleurer d'un doigt léger, l'air pensif. Apprivoiser à nouveau tout ce que cela implique.
Puis être prêt.
Le taxi atteignit enfin Westminster Bridge. Il traversa, prit Whitehall, parvint à Trafalgar Square. Resta bloqué à Piccadilly Circus. Manifestation. Des opposants à je ne sais quoi. Evidemment, leur champ d'action ne se limite pas aux trottoirs. Donc celui de la police non plus. « Allez », grognait le médecin entre ses dents, suspendu à la poignée jaune dont il menaçait sérieusement les soudures. Il crut qu'il allait exploser. Quelle pagaille. Pas un véhicule qui ne bouge. Des gens partout. Des banderoles brandies en l'air. D'autres voitures qui s'impatientent.
« ALLEZ ! »
Sur le métal brûlant, la clarté qui se trouble sous l'effet de la chaleur et du composant. Lentement.
La place se dégagea finalement. Bon, juste à espérer de ne pas avoir perdu trop de temps aussi bêtement. Maintenant, prendre Regent's Street puis Oxford Street. Et foncer.
Observer le 'moyen' dans sa main. L'approcher de ses yeux. Contempler son éclat blanc et trouble. Deviner son pouvoir.
Rester fasciné devant lui.
John ignora les regards désapprobateurs et presque effrayés du chauffeur dans le rétroviseur.
Bientôt Baker Street. Plus très loin.
Retrousser la manche. Compresser le bras.
Baker Street, enfin. John régla la course, laissa le pourboire généreux promis. Descendit. S'arrêta devant la porte. Chercha fiévreusement ses clés.
Tendre le bras.
Ouvrit la porte à la volée et se précipita à l'intérieur.
Serrer le poing.
Se rua dans les escaliers et les monta quatre par quatre.
Attraper l'instrument.
Atteignit la porte de l'appartement.
Approcher l'instrument.
La trouva fermée à clé.
Serrer les dents.
Maudit Sherlock pour ça.
Fermer les yeux.
Saisit les clés.
Piq...
VLAM !
John fit violemment irruption dans la pièce.
Pour se stopper instantanément dans son élan. Et rester pétrifié sur place. Complètement éberlué par le spectacle qui venait d'apparaître devant ses yeux.
Dans le fauteuil noir, un peu plus loin devant lui, il y avait Sherlock. Mais pas un Sherlock plongé dans ses réflexions ou complètement affalé en proie à l'Ennui. Non, non. Un Sherlock plutôt tranquille pour le coup, comme il l'avait imaginé.
Mais un Sherlock avec une seringue à la main.
Le médecin sentit son cœur manquer un battement avant de tomber au fond de son estomac. Une seringue. Punaise. Une seringue. Une seringue, merde ! Une putain de seringue ! Une seringue appuyée dans le creux de son coude, assurément en direction de la veine céphalique ! Et peut-être déjà dedans ! Non, le docteur vit avec soulagement que la main du détective bougeait légèrement, comme si elle était toujours en suspens, et surtout que le piston de l'instrument n'était pas encore enfoncé. Bon. Ouf. Mais non, pas ouf ! Le liquide qu'il distinguait à l'intérieur. Ce liquide blanc, douteux. Qui aurait pu ressembler à n'importe quelle solution médicamenteuse. Peuh ! Pour sûr que ce n'était pas un médicament. Pour sûr que le médecin devinait ce que c'était. Il n'avait qu'à regarder le reste de la scène pour en être sûr.
Sherlock était donc dans son fauteuil, confortablement installé, quelques boutons de sa chemise dégrafés pour se mettre à l'aise. Le bras gauche était tendu sur l'accoudoir, la manche retroussée, le haut du bras ayant été compressé par un garrot. La main droite était refermée sur la seringue. A ses pieds, il y avait un petit paquet blanc éventré, contenant des trucs comme des flacons, d'autres seringues, des petites fioles d'eau, des tampons sous plastique, des préservatifs, ainsi qu'une cuillère et une bougie chauffe-plat qui venaient d'être utilisées. Un kit. Un kit pour...
Mon Dieu. Sherlock et son passé de junkie.
Littéralement horrifié, le médecin dut faire appel à tout le self-control qu'il avait appris en Afghanistan pour ne pas s'affoler.
« John. »
C'était le même « John » que celui que Sherlock lui avait adressé le jour où l'immeuble voisin avait explosé. Le « John » le plus calme du monde dans une situation plus qu'alarmante.
Mais le médecin ne s'en offusqua pas. Parce que son regard était à présent bien trop absorbé par le doigt du détective, toujours appuyé sur le piston de la seringue. A tout moment, il pouvait...
« Sherlock, pose ça », dit-il d'une voix qu'il voulait infiniment contenue.
Mais qui tremblait légèrement sous l'effet de son bouillonnement intérieur.
Le détective se contenta de hausser les sourcils.
« Pourquoi ? »
Se retenir. Il n'y avait que Sherlock pour avoir un air aussi innocent que provocateur.
« Si tu fais ça, tu replonges », dit patiemment le blond.
« Et alors ? »
« ET ALORS ARRÊTE TES CONNERIES ! »
Plus possible de se retenir. Là, c'était vraiment de la mauvaise volonté. Et ça impliquait beaucoup trop de choses.
Le détective bascula la tête sur le côté d'un air pensif.
« Je n'appelle pas ça des conneries, mais plutôt une solution », dit-il.
« Ah oui ? Et une solution à quoi ? » répondait le médecin, toujours hors de lui.
Le brun redressa la tête.
« A toi. »
Changement perceptible dans le regard du cadet. Qu'est-ce que c'est ?
Le médecin n'y prêta pas attention.
« Je suis un problème », dit-il en croisant les bras, l'air volontairement dubitatif, faisant un effort sur-humain pour se maîtriser.
« Ton départ était un problème », corrigea le détective
Le changement qui s'intensifie dans ses yeux. Qui se précise. Et qui s'identifie.
Un air triste. Indéniablement blessé. Et accusateur.
La rage de John retomba pour refaire place à la surprise. Bon sang, c'était vraiment ça. Se souvenir de ne plus douter de la perspicacité du gouvernement britannique à l'avenir.
« Tu es en train de me dire que tu étais sur le point de te droguer JUSTE parce que je suis parti en claquant la porte et en criant un peu trop fort ? »
Il vit le détective détourner le regard.
« Bon sang, Sherlock, dit le médecin en recommençant à s'animer, je ne te reconnais plus. Avant, tu étais bien capable de faire abstraction de tout cela. Tu... »
« Pas que », articula le détective.
Le docteur se tut. Puis demanda :
« Il y avait autre chose ? »
Un regard dur lui répondit. Mille fois plus accentué que quelques instants auparavant. Mille fois plus glacé et accusateur. Et auquel John ne put se dérober. Parce qu'il était bien trop franc, trop convaincant. Trop vrai.
Alors John se força à réfléchir malgré l'état de stress extrême dans lequel il se trouvait. Il se força à prendre du recul pour la première depuis trois jours. Qu'avait-il fait ce jour-là ? Il avait engueulé Sherlock. Il lui avait balancé des accusations en pleine figure. Des accusations qui...
Non, pas exactement. Il y a trois jours, il s'était fait manipulé par Moriarty, Moriarty qui était parvenu à savoir quand le médecin serait à proximité du téléphone et quand le détective ne le serait pas. Comment le criminel s'y était pris, il s'en fichait pas mal. Tout ce qu'il savait à présent, tout ce qu'il comprenait après ces trois jours passés à se tourmenter et à réfléchir jour et nuit sans avoir un quota de sommeil et de lâcher-prise décent, c'était qu'il avait illégitimement blessé Sherlock. Ses accusations ? Mais ça n'en était même pas ! Il savait parfaitement que cette 'entrevue' avec Moriarty avait été une erreur pour Sherlock et que le détective n'était pas assez stupide pour prendre le risque de le manipuler alors que les deux amis étaient arrivés à un tel point de leur relation !
C'était lui seul qui était à blâmer dans cette histoire. A côté, Sherlock n'avait pas été assez fort pour faire face à cette nouvelle situation. Le médecin était le seul responsable.
Mon Dieu qu'il avait été stupide.
Il inclina la tête, honteusement.
« Sherlock, je... dit-il, cherchant ses mots. Je suis vraiment désolé. Je t'ai dit des choses, l'autre jour... des choses complètement fausses... et inimaginables... Je t'ai blessé. Mais ce n'est pas ce que j'ai voulu faire... ni ce que j'ai voulu dire... enfin ! Je ne comprends pas pourquoi j'ai agi comme ça. Peut-être que... je... »
« Tu as douté de moi. »
Le ton particulièrement tranchant lui fit relever la tête.
« Les paroles ne sont que du vent, mais le doute... le doute est beaucoup plus éloquent », continuait le détective.
« Sherlock... »
« Le doute montre que tu n'as pas confiance en moi. »
Le médecin se sentit devenir livide. Non, non...
« Pourquoi ? »
Cette fois, ce fut le blond qui fut atteint par cette simple question. Par ce simple mot. Parce qu'il contenait tant de... détresse à lui seul. Le docteur avait en effet vu le visage du brun s'assombrir au fur et à mesure qu'il déduisait... la vérité. Et se fermer. Devenir le même que celui d'un enfant blessé.
« Je ne voulais pas... » bégaya le médecin.
« Evidemment. »
« Non, je t'assure ! S'écria-t-il. Je voulais croire en toi, et je le veux toujours, Sherlock ! Sois-en sûr ! Mais... »
Il déglutit, alors que le brun redressait orgueilleusement la tête. Bon sang, et cette foutue aiguille qui était toujours appuyée sur son bras. Il décida de jouer franc-jeu.
« J'avais peur. »
Léger froncement de sourcils du brun. Incompréhension.
« J'avais peur que tu ne te laisses emporter par ta soi-disante nature de sociopathe et que tu ne finisses par m'abandonner une fois que tu serais allé jusqu'au bout de cette nouveauté parce que tu te serais tout simplement lassé de moi ! » lâcha-t-il d'un trait.
L'air offensé de Sherlock se mua en surprise. Le docteur s'avança involontairement d'un pas.
« Je ne voulais pas te perdre, continua-t-il, sa voix tremblant à présent. Parce que ça, Sherlock, ça, je ne l'aurais pas supporté. Je ne sais pas si j'aurais été capable de le surmonter et de m'en remettre. Parce que... Parce que je... je... »
Il voulait le dire. Il voulait dire ces trois mots qui lui brûlaient les lèvres pour pouvoir se justifier et mettre fin à ce malentendu. Il en avait besoin. Mais... non. Ça ne voulait pas sortir. Impossible. C'était trop dur.
Tant pis.
« Mais tu as raison. Je suis vraiment un abruti pour avoir pu croire une chose pareille. Bon sang, ça crevait les yeux. Tu n'es pas un sociopathe, Sherlock. Au moins, pas avec moi. Et surtout pas avec moi. Quel sociopathe aurait réussi à me faire accepter mes sentiments pour un homme ? Et quel sociopathe aurait autant été affecté en me voyant partir ? »
Le blond secoua la tête.
« Je n'ai pas de mots pour te dire à quel point je suis désolé et combien je regrette ça. Juste... pardonne-moi, s'il te plaît. Si tu le peux. »
Mais tu le peux, je le sais.
Le visage du détective se détendit. Voilà, il avait enregistré les informations, maintenant restait à savoir ce qu'il allait en faire.
Il eut un petit geste de la main gauche.
« D'accord, je te pardonne. »
Mais rien de plus. Rien.
« Quoi, c'est tout ? s'étonna le médecin. Tu ne me dis pas que je suis stupide, tu ne me traites pas d'idiot ? »
Pas de réticence, pas de « j'avais raison et toi tu avais tort », pas d'attitude rancunière.
Ni de main droite qui lâche la seringue.
Quelque chose ne tournait pas rond.
« Tu viens de le dire il y a deux minutes, c'est donc que tu le sais déjà », dit-il avec un rictus.
Puis il fit un geste sec de la tête.
« Maintenant, laisse-moi. »
Vraiment pas rond. Quoi, après ce pardon et l'avancée de leur relation, Sherlock lui demandait juste de s'en aller ? Il le virait, alors que d'habitude, en toutes circonstances – sauf circonstances exceptionnelles - c'était « John, tu viens ?» ?
Mais sachant qu'il n'arriverait rien à tirer directement du détective, le docteur décida de jouer son jeu.
« D'accord, je m'en vais », dit-il d'un air détaché.
Avant d'ajouter :
« Après que tu m'aies balancé cette saloperie à la poubelle. »
Le détective haussa les sourcils et soupira.
« John, je sais que tu te plais à te considérer comme mon médecin personnel mais il y a des choses que tu ne pourras m'empêcher d'accomplir. »
« MAIS BORDEL POURQUOI TU VEUX FAIRE ÇA ? »
Le médecin sentit la rage refluer dans ses veines. Il n'y comprenait vraiment plus rien.
« Je me suis excusé et tu m'as pardonné, donc on s'est réconciliés ! s'exclama-t-il en scandant chaque mot. Donc tu n'as plus rien contre moi ! C'est quoi le problème, Sherlock ?! »
Le brun pencha la tête sur le côté avec un petit sourire sans joie.
« Le problème... dit-il lentement. Le problème, c'est moi. »
Puis il s'assombrit de nouveau.
« C'est moi depuis le début. Moi qui suis attiré par toi et qui m'en suis rendu compte quand je t'ai vu endormi sur ton lit avec ta chemise ouverte (il ignora la mine stupéfait du blond), moi qui suis allé rendre visite à Moriarty afin de pouvoir l'oublier (il continua en haussant la voix pour anticiper les remarques du docteur), moi qui t'ai poussé à te faire admettre tes sentiments, moi qui ai finalement accepté les miens... »
Il ferma les yeux et contracta la mâchoire.
« Oh John... tu ne peux pas comprendre à quel point c'était une bêtise de faire ces deux dernières choses. (il rouvrit les yeux) Regarde-moi ! Je suis un sociopathe. Un gars qui prend son pied à tripoter des cadavres et à martyriser de pauvres témoins. Je suis l'homme le plus froid de la planète. Je ne suis pas capable d'aimer. Je peux comprendre ce que c'est, je peux éprouver des sentiments, mais je ne peux pas aller plus loin. Je ne pourrai pas te combler. »
Il tourna la tête sur le côté et reprit alors que John allait intervenir :
« Et je ne le veux pas. Parce que je... ne veux pas prendre de risque. »
« De risque ? » répéta le blond alors que le détective hésitait.
« Oui, de risque ! dit-il brusquement en relevant la tête. Parce que quand c'est déjà arrivé deux fois et que les chances sont tout-à-fait possibles pour une troisième, j'appelle ça un risque. »
« Pardon, mais un risque pour quoi ? » demanda le docteur, de plus en plus déconcerté.
Le détective laissa échapper un long soupir.
« D'être... affecté. Puis blessé. La première fois, quand j'ai cru que la Femme était morte, c'était une chose. La deuxième, avec toi, il y a trois jours, c'en était une autre. Mais la troisième, John, la troisième qui arrivera avec toi une fois que nous nous serons bien attachés... ça en sera une toute différente. Je... je n'ai pas envie de la voir arriver. C'est pourquoi je ne lui laisserai aucune chance d'exister. De toute façon, j'estime que mon intellect a été assez humilié comme ça. »
« Tu n'as pas le droit de dire ça ! rugit le médecin. Sherlock, aimer, c'est prendre des risques ! C'est mettre en jeu une partie de soi-même mais pour avoir gros à gagner ! Et ne me dis pas pas que tu méprises le risque... »
« Ce genre de risque, oui. »
« Et tu crois que je n'en prends pas, moi ? »
« Tu es habitué, toi. »
« On ne s'y habitue jamais assez, crois-moi. »
Mauvaise réponse.
L'index du détective s'ajusta sur le piston de la seringue.
Non, il n'allait pas...
« Sherlock ! »
La tête du médecin tourna. Poussée d'adrénaline. Poussée d'adrénaline qui se répand instantanément dans vos veines et dans chacun de vos plus infimes vaisseaux. Qui met votre cerveau en mode off et vous bousille toute capacité de raisonnement. Qui vous prend aux tripes, qui ne vous lâche pas.
Qui vous pousse à faire n'importe quoi.
Alors John fit n'importe quoi.
« Laisse-moi écarter moi-même ce risque », grogna-t-il.
Il traversa la pièce en un éclair, s'arrêta devant le détective, l'empoigna par le col de sa chemise et le mit sur ses pieds. Il resta une fraction de seconde à regarder ses iris clairs intrigués puis, sans réfléchir, raffermit ses mains sur son col et l'embrassa à pleine bouche.
Oh mon Dieu. C'était mille fois plus délicieux qu'il aurait pu le croire.
Les lèvres charnues du détective étaient si douces sur les siennes. Ces lèvres d'où pouvaient sortir les propos les plus cinglants et les plus blessants. Là, elles n'avaient plus rien de déplaisant. Au contraire. Si moelleuses, si soyeuses... Et que dire du sursaut de surprise qui avait agité le corps du détective quand elles étaient entrées en contact avec celles du médecin. Du souffle un peu tremblant du brun sur le visage du blond. Juste exquis. Il entendit quelque chose tomber à ses pieds. Quelque chose dans lequel il s'empressa de donner un coup de pied afin de se concentrer sur la tâche qu'il était en train d'accomplir. Enivré, le docteur embrassa le détective une première fois, puis une deuxième, une troisième peut-être, longuement, de la manière la plus persuasive dont il était capable, sans toutefois franchir la barrière de ses lèvres. Parce que de toute manière, c'était déjà assez bon comme ça. Mais d'un autre côté, il ne trouva pas l'idée si dénuée d'intérêt... avant de réaliser que le détective n'était sans doute pas prêt, et de remarquer que celui-ci était toujours un peu crispé contre lui.
Pris d'un doute affreux, le blond lâcha le détective et recula, mettant une distance plus que décente entre eux deux. Mince. Et si... et si Sherlock ne voulait pas de ça, après tout ? Et s'il voulait essayer de dompter ses sentiments parce qu'ils ne pouvait les assumer, et qu'il désirait juste continuer à entretenir une relation purement amicale entre eux ? Et si le médecin venait de détruire cette dernière chance par ce baiser ? Et si...
Le médecin sentit toute couleur déserter son visage. L'expression sur celui de Sherlock était indéchiffrable. Le détective se contentait de fixer le docteur. Punaise. Qu'est-ce qui était en train d'arriver ? Qu'est-ce qui était en train de passer, là, entre le médecin et le détective ? John n'en savait foutrement rien. Et c'était insupportable. Ce moment où le temps s'arrête, où le doute vous tient à sa merci. Où tout peut arriver. L'étreinte passionnée, la baffe, la caresse révélant les sentiments partagés, le claquement de porte, les insultes, le geste de compassion, l'indifférence. Tout. Et l'attente avant cela. Qui dure sans doute très peu de temps. Mais qui vous glace le sang pendant une éternité.
Attente que le détective eut le bon goût d'écourter.
En seulement deux enjambées, Sherlock se rua vers le médecin, l'attrapa maladroitement par la nuque et l'embrassa à son tour. Le docteur sursauta comme l'avait fait le détective, avant de fermer les yeux et d'accepter le baiser. Oh. Incroyable. Pas de doute que c'était l'alternative qu'il préférait. C'était la meilleure qui pouvait arriver en fait. Sherlock voulait de lui. Sherlock ne pouvait résister à lui. Que demander de plus ? Soulagé, et franchement heureux, y croyant à peine, il se détendit et posa un peu timidement ses mains sur les flancs du détective. Il savoura le baiser. Sherlock l'embrassait comme il l'avait embrassé, l'air décidé et avec une insistance carrément touchante. Sans pour autant aller plus loin.
Sherlock se sépara de lui quand l'air sembla lui manquer et se mit à dévisager l'aîné, peut-être en train de poser une question muette. Sherlock le souffle erratique, Sherlock les lèvres entrouvertes et rougies du baiser, Sherlock les pupilles délicieusement dilatées. Cette vision envoya des papillons dans l'estomac du médecin qui dut faire un effort surhumain pour ne pas continuer les choses sauvagement. Il glissa sa main gauche derrière la nuque du détective, raffermit sa prise sur son flanc et l'embrassa à nouveau, mais plus fort, plus puissamment, faisant reculer son ami d'un pas. Il inclina un peu plus la tête et, doucement, se mit à lécher les lèvres du détective, avant de loger sa langue entre elles et de demander le passage. Il sentit le détective frémir puis accepter de bonne grâce. Alors il acheva d'ouvrir les lèvres du brun avec les siennes et osa le passage. Sa langue rencontra rapidement celle du cadet, ce qui arracha un gémissement délicieux à celui-ci, et il la lécha, goûtant, découvrant et enregistrant le goût de Sherlock. Il resta un moment à jouer avec elle, puis il s'attaqua au reste de la bouche de son ami, s'affairant à en explorer les moindres recoins tout en veillant à ne pas écraser le détective dans son baiser. Baiser qui se faisait de plus en plus avide, et pas seulement de son côté. Il le rompit à contrecoeur, histoire de reprendre son souffle, ce qui ne parut pas au goût du brun qui revint presque aussitôt à la charge. Et qui, cette fois, colla toute la longueur de son corps contre celui du médecin. Nouvelle décharge électrique dans le ventre du blond. Bon sang. Sherlock qui quémandait, Sherlock qui avait fait de lui le centre de son attention, Sherlock qui insistait... Sherlock qui l'embrassait avec la langue et qui se pressait contre lui. C'était... tellement enjôleur. Juste le paradis.
Ils continuèrent ainsi pendant de longues minutes, le blond ayant pris soin de retirer le garrot au détective, leurs baisers se faisant à chaque fois plus profonds et plus addictifs, entreprenant de premières caresses. Jusqu'à ce que le blond, plus que suffisamment échauffé, fasse pivoter son ami et se mette à le pousser progressivement vers le canapé, tout en prenant garde de ne pas rompre le baiser (et par la même occasion à éviter la table basse). Ils finirent par s'y effondrer, le cadet ne semblant voir aucun inconvénient à être dirigé de la sorte. John allongea entièrement son ami et se mit à califourchon sur lui sans plus de préambule. Puis il se pencha pour cueillir de nouveau les lèvres du brun qui laça immédiatement ses bras autour de son cou et y exerça une pression franche. Ça y est, pensa-t-il. Sherlock ne lui opposait plus aucune résistance et lui ne trouvait plus rien à lui reprocher. A lui-même non plus d'ailleurs. Il n'y avait plus d'obstacle entre eux, plus rien pour les séparer, et que Moriarty aille se faire foutre. Sherlock était à lui. Rien qu'à lui. Et il avait besoin de le lui faire sentir.
Alors le médecin intensifia ses baisers, plaquant entièrement Sherlock sous lui. Ce dernier grognait de contentement et répondait hardiment, en demandant toujours et toujours plus. Le docteur encadra son visage de ses mains grossières et lui caressa les joues, la mâchoire, le front, avant de poursuivre son exploration dans les boucles sombres. Si douces et soyeuses au toucher. Les mains de Sherlock quittèrent son cou et vinrent caresser son dos avant de se cramponner à ses côtes, attirant le médecin toujours plus vers lui. Sherlock en voulait. Le blond pouvait le sentir, il pouvait sentir son ami durcir sous lui. Et lui n'était pas dans un meilleur état. Mais Sherlock n'allait pas initier les choses. Il était bien trop inexpérimenté pour l'instant. Alors ce serait le médecin qui le ferait.
John arrêta le baiser, se redressa et fit glisser ses mains sur le torse du détective à travers la chemise prune, de bas en haut, puis de haut en bas, et ainsi de suite, appréciant la forme efflanquée de son propriétaire. Ledit torse se soulevait à présent de plus en plus rapidement sous l'effet de ces attentions, et le docteur ne put résister à la tentation de l'examiner de plus près. Il se pencha de nouveau, embrassa Sherlock qui se languissait vraisemblablement de l'absence de sa bouche, puis ses doigts commencèrent à chercher les boutons du vêtement. Ils les trouvèrent rapidement et commencèrent à les dégrafer alors que le détective, comprenant l'intention, redoubla ses caresses sur le cuir chevelu et le dos de son amant. Le médecin quitta la bouche du brun lorsqu'il eut déboutonné la moitié du vêtement et s'empressa d'achever sa tâche. Le torse blanc du détective, presque imberbe, lui apparut bientôt, et il ne prit même pas le temps de lui retirer entièrement sa chemise pour commencer à l'explorer. Il plaqua ses mains contre les flancs du détective qui dès, le premier contact avec la bouche du médecin, s'arqua et inspira bruyamment. L'ancien soldat, encouragé par cette réaction, se mit à déposer des baisers un peu partout sur la peau blanche, d'abord légers puis de plus en plus appuyés. Il arriva bientôt au téton droit qu'il embrassa mais s'abstint de le taquiner davantage, Sherlock étant déjà suffisamment excité et crispant ses mains derrière sa tête et sur la base de son cou. Il se souleva et l'embrassa de nouveau doucement mais sensuellement pour le détendre. Cela eut l'effet escompté, et il put s'attaquer au deuxième téton avant de poursuivre ses soins un peu partout sur la poitrine, puis sur le cou. Arrivé là, il sentit le détective se mettre à tirer sur sa chemise déjà débraillée, laquelle devait être de trop pour le brun. Comme il faisait mine de ne pas comprendre le message, le détective finit par se redresser et la déboutonna prestement, la lui retira et l'envoya valser à travers la pièce.
Alors, dans un même mouvement, les deux hommes se rejoignirent et s'étreignirent. Le contact de leurs deux peaux nues les fit gémir de concert, et Sherlock frissonna plus violemment que John. Ce dernier en profita pour prendre l'avantage, ce qui revenait à emprisonner Sherlock dans ses bras et à le rejeter de nouveau sur le dos. Mince quoi, il était un dominant de nature, il n'allait pas se refaire. Il se frotta longuement contre son ami, ce qui eut pour effet d'affoler davantage la respiration du cadet, puis se ré-attaqua au cou tourmenté par les sensations qu'il avait délaissé. Il l'embrassa sous toutes les coutures et saisissant soigneusement la tête du détective, la fit basculer pour atteindre les zones sous sa mâchoire. Il passa le cap du menton et revint à la bouche du cadet qu'il embrassa profondément.
Ce qu'il aimait voir Sherlock dans cet état sous lui. Sherlock si réceptif, qui se tordait sous la moindre de ses caresses, SES caresses à lui, parce que c'était le docteur qui le mettait dans cet état. Sherlock qui répondait et qui en demandait plus. Et Sherlock si soumis, presque vulnérable, qui lui accordait une confiance aveugle... Tout ne pouvait être que sincère. Alors le médecin, comme dans un élan de reconnaissance pour tout cela, voulut lui en donner plus. Ses mains redescendirent le long des cotes de Sherlock tandis qu'il stoppait tant bien que mal le baiser et qu'il se redressait, avant d'attraper la boucle de la ceinture du détective.
Mais il fut stoppé dans son élan par la main de Sherlock qui se posa sur les siennes.
Le médecin, surpris, l'interrogea du regard.
« Pas que je n'en aie pas envie... dit le brun, la voix plus voilée que jamais. Mais... »
Ses doigts se serrèrent sur les siens.
Le blond regagna alors un peu de lucidité. Bon sang mais comment cela se faisait-il que ça ne lui ait même pas traversé l'esprit ?
« C'est un peu tôt après Moriarty », termina l'ancien soldat.
« Oui. »
Embarrassé, le médecin retira ses mains.
« Je suis désolé, Sherlock. C'est tout-à-fait normal, j'aurais dû y penser. Je ne voulais pas te brusquer, je... »
« Tu n'as pas à t'excuser, John, l'interrompit sévèrement le détective. Surtout pas pour une erreur dont je suis le seul responsable. »
Le blond sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.
« Alors c'était bien une erreur ? » dit-il, son regard s'illuminant.
Le détective eut une petite moue distraite.
« Je n'arrive pas à qualifier cet épisode autrement donc oui, je pense que ça doit être une erreur », dit-il évasivement.
Le médecin ne put s'empêcher de sourire. De contentement et devant la manière détournée de Sherlock de dire qu'il le regrettait. Il se dit qu'il allait devoir apprendre au détective à être plus direct dans ce domaine-là.
En attendant, il estima que Sherlock avait assez été touché pour ce jour-là. Pas question de le brusquer. Et puis, il y avait ce désagrément particulièrement gênant dans son pantalon à soulager. Il se remit sur ses pieds et s'apprêta à gagner la salle de bain.
Mais une main lui agrippa le poignet.
« Où vas-tu ? » grogna le détective.
Le docteur haussa les épaules.
« Prendre une douche... »
« Froide ? »
« Oui, si tu tiens absolument à le savoir », dit-il patiemment.
Il fit un mouvement pour partir mais Sherlock ne le lâcha pas.
« John, je t'ai dit ne pas vouloir de sexe pour l'instant. Je ne me souviens pas t'avoir donné de contrindication pour autre chose. »
John se figea. Sherlock était-il en train de réclamer un câlin ?
Apparemment, pensa-t-il en voyant l'attitude insistante du détective. Il sourit. Au diable la douche froide. Il n'allait pas rater cette occasion venant du sociopathe. Il se laissa glisser dans les bras de son brun, s'étendit sur le dos et laissa reposer sa tête sur son épaule. Le détective referma ses bras sur sa poitrine et le médecin saisit ses grandes mains blanches dans les siennes. Il se détendit peu à peu, bercé par le lent mouvement de la respiration du détective, et bientôt engourdi par sa chaleur et son odeur.
Mais c'était tout de même difficile d'oublier son érection et celle de Sherlock sous ses fesses.
« Ça va passer », murmura le détective, comme s'il lisait dans ses pensées à son habitude.
« Ça va prendre du temps », fit remarquer le blond.
« Nous en avons, du temps. »
Le médecin resserra ses mains sur celles du brun.
« En ce moment, je devrais être à la clinique en train de voir défiler mille et un patients hypocondriaques dans mon bureau », dit-il avec un sourire.
« Tu n'as pas prévenu Sarah ? » s'enquit le détective.
« Elle ne m'a donné que deux jours. »
Il sentit la poitrine du brun se contracter légèrement sous lui.
« Tu es mieux ici », dit-il seulement.
« Je ne te le fais pas dire. »
Sa voix était si rauque, si basse. Le médecin dut faire un effort pour ne pas se blottir davantage contre le détective et l'écraser sur le canapé.
Il se contenta de tourner la tête et de le regarder.
« Ne refais jamais ça, dit-il plus sérieusement. »
« Quoi ? Te laisser te frotter contre moi et me déshabiller avant que tu... »
« Le truc avec la seringue. »
Le médecin répugnait plus que jamais en cet instant à appeler un chat un chat.
Le détective le regarda et lui sourit d'un air complice :
« Pourquoi je le ferais ? »
Le blond ne vit en effet aucune raison à cela. Et ce ne serait certainement pas lui qui allait lui en donner une.
Son sourire s'élargit alors qu'il fermait les yeux et qu'il laissait les brumes d'un sommeil boudé pendant trois jours reprendre ses droits.
« Je t'aime », dit-il en sombrant.
