Disclaimer : Tout appartient à Tolkien. Seuls quelques personnages sont de mon invention.
Je publie désormais tous les samedi. La rédaction est terminée, la fic comprend en tout 25 chapitres.
Eh oui, Ophélie a encore changé de nom. Elle n'aura jamais d'identité précise et définitive.
Chapitre XIX : Un Ange frappe à ma porte (Natasha St-Pier)
Après une bonne nuit de sommeil, j'étais parvenue à la conclusion que pour l'instant, prendre une part active dans la résistance n'était pas une bonne idée à cause de mon état. Rester à Minas Tirith ne m'enchantait pas non plus. C'est pourquoi, après un rapide petit déjeuner, je me remis en route, en direction du nord. Ma première idée fut de passer par le Rohan, mais le danger était trop grand, même si personne ne pouvait me reconnaître avec mon changement d'apparence. Néanmoins, Saroumane saurait détecter mes pouvoirs, ce que je ne voulais absolument pas. Un détour s'imposait donc.
Finalement, je pris la route de Bree. Avec un peu de chance, mes amis y étaient sains et saufs, et le sortilège toujours actif. Heureusement que l'accouchement n'était pas proche, sinon je n'aurais pas su comment m'en sortir. Carte en main, je suivais l'itinéraire le plus court et le moins exposé possible afin de rejoindre le village, longeant ainsi l'Anduin. Si je ne me trompais pas, j'étais à quelques lieues au sud de la Lorien, ou plutôt ce qu'il en restait… Les Méandres du Nord se trouvaient derrière moi, maintenant. Il s'agissait ensuite de bifurquer vers l'ouest, traverser les ruines de l'ancien royaume de Celeborn et Galadriel, franchir les Monts Brumeux et traverser l'est de l'Eriador. J'en étais fatiguée d'avance.
Je ne m'attardais pas en Lorien, voulant mettre le plus de distance entre les bois dévastés et moi. Mais d'autres raisons me forçaient à continuer mon chemin le plus rapidement possible : la nourriture manquait, l'endroit était trop exposé, le temps continuait de s'écouler. C'était ce dernier point qui me motivait le plus. En effet, j'entamerai bientôt mon quatrième mois de grossesse et hors de question de mettre mon enfant au monde seule dans la nature. D'autant plus que je le sentais bouger avec plus de force. Parfois il était même inutile de mettre ma main sur mon ventre pour sentir les coups de pieds. Bien qu'épuisée, je dus une fois de plus faire appel à mes pouvoirs pour prendre la forme d'un pinson et survoler les Monts Brumeux et Houssaye en trois fois moins de temps. Le vent me ralentissait parfois, mais je ne devais pas abandonner. En trois semaines j'avais parcouru les dernières lieues me séparant de Bree. Epuisée, je me posai dans un bosquet pour reprendre forme humaine. M'assurant que mon manteau cachait bien mon état, j'entrai dans la ville sans difficulté, bien que sentant une présence magique. Bien, le sort fonctionnait toujours. Maintenant, il s'agissait de trouver l'un de mes amis musiciens. C'était le soir, je n'avais que peu de chance de les voir maintenant. Pestant mentalement, j'entrai au Poney Fringant, me demandant dans quel état il se trouvait depuis la dernière fois.
L'ambiance y était bien plus chaleureuse. Certes, l'auberge n'était pas bondée, seulement à moitié occupée, mais c'était déjà ça. Je m'apprêtai à m'asseoir lorsque je vis, tous les cinq, assis à une table, une pinte de bière chacun, discutant et riant. Eiliniel était dans les bras d'Eofor. Je souris. Ces deux-là s'étaient enfin déclarés leurs sentiments. Prenant mon courage à deux mains, je m'avançai vers eux.
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Eiliniel
Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas autant amusés. Ils racontaient des anecdotes amusantes et des histoires drôles lorsqu'une femme s'arrêta devant leur table. Ils se turent, levant les yeux vers elle. La femme avait le teint hâlé, les yeux foncés et les cheveux bruns tirés en un chignon laissant échapper quelques fines mèches rebelles. Quelques tâches de rousseur constellaient le haut de ses pommettes. Elle portait une robe grise usée par les voyages et un ample manteau noir.
-Bonsoir, dit-elle d'une voix qui aussitôt sembla familière à leurs oreilles. Ça faisait longtemps.
-Qui êtes-vous, demanda Dorlas.
-Vous me connaissez très bien. C'est moi qui vous ai envoyés ici.
-Ophélie ?
-Chut !
Elle s'assura que personne ne les écoutait et s'assit avec eux. Tous la regardaient avec curiosité, peinant à croire que c'était réel.
-C'est vraiment toi, souffla Eiliniel les larmes aux yeux.
-Oui. Mais maintenant, appelez-moi Lithiel*.
-Que fais-tu ici ? Il y a cinq mois et demi, tu as été couronnée Reine du Mordor.
-Ah, vous êtes au courant de ça… Je n'en suis pas fière du tout. Disons que j'ai rompu mon mariage avec Sauron.
-Tu veux dire, commença Eradan, que tu as…
-Divorcé ? On peut appeler ça comme ça…
Tous la regardaient, attendant plus de détails. Ophélie (ou plutôt, Lithiel) avait pris d'énormes risques pour venir.
-Il y a un endroit sûr où nous pourrions discuter de tout ça ?
-Chez nos parents, répondit Eradan. Venez, on rentre.
Ils se levèrent, payèrent leurs consommations et sortirent. La nuit était froide, c'est pourquoi ils ne traînèrent pas dans les rues. Finalement, ils entrèrent dans une grande maison au centre du village et fermèrent la porte. Eradan guida tout le monde dans le salon inoccupé éclairé par un feu de cheminée. Tous s'assirent, attendant les explications de Lithiel. Celle-ci leur raconta toute l'histoire, du départ d'Eiliniel de Barad-Dûr à sa fuite du Mordor, n'omettant aucun détail. Ses amis l'écoutèrent silencieusement, sans l'interrompre. Quand elle eut fini, Eiliniel pleurait et les hommes se retenaient d'en faire de même.
-Je peux comprendre que vous me détestiez, ajouta-t-elle, mais je vous devais la vérité.
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Lithiel
J'attendis patiemment que l'un d'eux réagisse. Cette attente était insupportable. Curieusement, ils ne me hurlèrent pas que j'étais une traîtresse, une catin. Eiliniel s'assit à côté de moi et m'entoura les épaules d'un bras protecteur. Je fus surprise mais touchée par ce geste.
-Nous avons fait le serment de t'aider, commença-t-elle, quelles qu'en soient les circonstances. Il est temps d'honorer notre promesse.
-Merci, répondis-je avec des larmes dans la voix.
-Et toutes nos félicitations !
J'éclatai de rire, posant une main sur mon ventre. D'après mes calculs, nous étions dans la première semaine du mois d'avril de l'an 3 du Quatrième Age. Comme le temps passait vite… Je fus interrompue dans mes réflexions par des bruits de pas venant des escaliers. C'est en voyant le couple de quadragénaires entrer dans le salon que je réalisai que les jumeaux ressemblaient énormément à leurs parents. Ceux-ci demandèrent ce qui se passait et qui j'étais. Eradan se chargea de leur faire un bref résumé de la situation. Ma gorge se noua. Qu'allaient-ils dire ?
-Bienvenue, Lithiel, déclara la mère (Almeda, si je me souvenais bien).
-Merci madame.
-Sache que tu peux rester ici si tu le souhaites, mon mari et moi-même avons aussi promis de t'aider. Et dis-toi bien que ce qui est arrivé n'est pas de ta faute. Ça ne te soulagera peut-être pas de tes remords -les enfants nous ont dit à quel point tu t'en voulais à la moindre de tes erreurs-, mais on ne peut te jeter la pierre d'avoir voulu te sauver. Si tu as protégé ce village, défié Sauron, Saroumane, les Nazgûl, tu n'es pas quelqu'un de mauvais. Tu as pris conscience de tes actes, tu as choisi de changer, et c'est déjà très bien.
Le discours de la maîtresse de maison déclencha un torrent d'émotions si intense en moi que je laissai mes larmes couler. Elle les essuya délicatement comme si j'étais sa propre fille.
-Mais tu dois être fatiguée, il est temps de te reposer.
-Donc, le fait que je sois la fille de Morgoth et que je porte l'enfant de Sauron ne vous dérange pas plus que ça ?
-Ni toi ni ton bébé n'êtes responsables de vos liens de parenté.
Elle me guida vers une chambre d'amis après que nous ayons souhaité la bonne nuit à tout le monde.
-Je ne sais comment vous remercier.
-En prenant soin de toi et de ton enfant à naître.
Je souris. Elle me souhaita de bien dormir, ce que je fis sans problème. J'étais en sécurité ici, tout irait bien.
Le lendemain, je me réveillai assez tard. Eiliniel entra doucement en m'apportant un délicieux petit-déjeuner sur un plateau. Je la remerciai et commençai à manger.
-Tu ne peux pas savoir à quel point nous sommes tous heureux que tu sois revenue. Nous avions peur de ce qu'il pouvait te faire.
-Il ne m'a pas fait de mal, bien au contraire.
-Tu l'aimes encore.
Ce n'était pas une question, mais une remarque. Je soupirai, refoulant mes larmes. Ce que j'étais sensible dans mon état !
-Oui, c'est vrai, mais j'essaie de ne pas y penser. C'est pour le bien de mon enfant que je suis partie sans lui en parler. Tu sais, notre mariage mourait après seulement quelques semaines.
-Quand tu as appris qu'il partait pour Erebor.
Je hochai la tête. Eiliniel pressa ma main et sortit, disant avoir des robes qui pourraient m'aller.
Ma grossesse se déroulait bien, Almeda me rassurait et me donnait des conseils, répondait à mes interrogations et me guidait pour ce qui était du comportement et de l'alimentation. Trois mois plus tard, je m'essoufflais rapidement, mangeais beaucoup et maîtrisais tant bien que mal mes émotions. Fort heureusement, mes hôtes étaient très patients et compréhensifs à mon égard. J'allais des fois voir un médecin qui prenait garde à ce que tout se passe bien. Extérieurement, j'étais souriante et de bonne humeur. Intérieurement, j'étais terrifiée. Je savais ce qu'était la médecine du Moyen Age, et la Terre du Milieu avait tout d'une civilisation médiévale. Je fus néanmoins soulagée lorsque j'appris qu'on ne me ferait ni saignées ni autres expériences douteuses. Le médecin éclata d'un rire nerveux lorsque je lui demandai si les sages-femmes risquaient d'être arrêtées. Piteuse, je lui expliquai que dans le pays d'où je venais, leurs connaissances de l'enfantement valaient comme des preuves de sorcellerie, ce qui les mènerait à la torture, un procès joué d'avance et le bûcher en place publique. Le rire du médecin mourut dans sa gorge, et c'est le visage pâle qu'il finit de m'ausculter.
Deux semaines avant la date prévue, Almeda et les sages-femmes me forcèrent à rester au lit jusqu'à ma délivrance. Seules les femmes étaient autorisées à entrer dans la pièce. Les superstitions sont solidement ancrées dans les esprits. Eiliniel venait me voir tous les jours, m'aidant à me distraire et à éloigner un instant mes appréhensions. C'est alors que je me rendis compte que je n'avais pas réfléchi au prénom. Maudissant mon idiotie, je réfléchis longtemps avec Eiliniel et Almeda pour trouver deux prénoms, un féminin et un masculin. Finalement, je parvins à me décider : si c'était un garçon, il s'appellerait Rhian, et si c'était une fille, elle serait Eiria. C'étaient deux prénoms gallois aux sonorités acceptables pour la Terre du Milieu, signifiant respectivement «Petit Roi» et «Brillante, Belle». Maintenant, il ne me restait plus qu'à attendre. Plus facile à dire qu'à faire. Je perdais patience, voulant toujours me lever, sortir, mais mon amie et sa mère restaient fermes à ce sujet, encore plus que les sages-femmes.
Les premières douleurs se firent sentir dans la matinée, nous étions à la mi-septembre. Paniquée, je me mis à pleurer. Les sages-femmes me rassurèrent et me donnèrent des conseils de respiration. Je suppliai que ça s'arrête, mais il fallut plusieurs heures avant que je n'entende que la tête était visible. Autant dire que je n'étais pas sortie d'affaire. Heureusement, le reste vint plus vite, et bientôt les cris se firent entendre. Les sages-femmes me tendirent l'enfant gigotant enveloppé dans ses langes.
-C'est une fille, madame.
-Une fille… Eiria.
Mes amis vinrent me féliciter peu après. Ils furent tous d'accord sur le fait qu'Eiria était adorable. En tant que mère, je pensais la même chose. C'était la première fois que je trouvais un bébé beau. Avec un pincement au cœur, je songeai que comme moi, ma fille ne connaîtrait pas son père. Mais je ne lui cacherai pas la vérité, ça non. Elle aura le droit de savoir, lorsqu'elle sera en âge de comprendre. Je comprenais néanmoins ce qu'avait pu ressentir ma mère à ma naissance en prenant la décision de ne rien me dire. J'aurai voulu qu'elle soit là, qu'elle sache pour mon statut de mère. J'aurais voulu vivre dans une famille normale, avec un père présent, qui m'aurait élevée et aimée. A ce propos, l'idée d'annoncer à Morgoth qu'il était grand-père et que son gendre était son propre lieutenant paraissait amusante. Néanmoins, une ombre voila mon cœur. Eiria ne pouvait rester ici. J'avais des choses à faire, comme m'engager contre Sauron, et combattre. Je ne pouvais en plus m'occuper d'un enfant ni embarrasser mes amis. Ne restait qu'une solution, même si elle ne me plaisait qu'à moitié. Il s'agissait d'envoyer ma fille à Valinor. Je n'avais pas beaucoup de choix, hélas.
Au cœur de la forêt, un pentacle compliqué et du matériel disposé de manière précise autour de moi, je récitai des formules de ma propre composition. En fait, tout le rituel était sorti de ma tête, avec mes connaissances de la magie et de la correspondance entre les composants, les significations des symboles… Eiria, enroulée dans ses langes, dormait doucement dans mes bras. C'est alors qu'une lumière apparut juste devant moi, et une femme en sortit. Elle avait de longs cheveux d'argent tressés et portait une robe blanche typique des princesses antiques. Ses yeux azur brillaient comme des étoiles. Elle me sourit avec bienveillance, et je compris qu'elle était une Maïa.
-Qui es-tu, lui demandai-je.
-Je m'appelle Ilmarë.
-J'ai entendu parler de toi ! Tu es la servante de ma tante Varda, non ?
-C'est ce qu'on dit, mais je suis surtout sa fille **. Mais trêve de bavardages. Tu as besoin d'aide, n'est-ce pas ?
-C'est pour ma fille que j'ai ouvert le portail d'un autre plan.
-Je comprends. Et ma mission est de t'aider. Après tout, nous sommes cousines.
-Effectivement.
J'embrassai Eiria sur le front, sachant que je ne la reverrai pas avant des années. Mes larmes coulèrent sur mes joues quand je tendis ma fille à ma cousine.
-Ilmarë, confie-la à ma mère, explique-lui ce qui s'est passé si tes parents ou les autres Valar ne lui ont rien dit.
-Elle n'était pas au courant. Je lui expliquerai moi-même la situation.
-Dis-lui aussi qu'elle me manque et que j'aimerai la revoir.
-Mais tu le peux. Dès que tu as quitté le Mordor, mon père a réfléchi à ta rédemption et l'a acceptée. C'est à toi de choisir. Mais comprend bien que si tu viens avec moi, tu ne pourras plus retourner en Terre du Milieu, ce sera définitif.
-Alors je reste. Il y a encore beaucoup à faire.
-C'est ton choix. Au revoir Nimeril, j'espère te revoir bientôt.
Je grimaçai en l'entendant prononcer mon nom de reine.
-Au revoir…
Elle retourna dans la lumière avec mon enfant, et la lumière disparut. Maintenant seule dans le noir, je me laissai tomber sur le sol et pleurai.
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Ilmarë
Ilmarë retrouva Ceridwen qui marchait dans les rues de Valmar en compagnie de Melian. La fille de Varda était intimidée par l'ancienne disciple de Yavanna, et chaque fois qu'elle la voyait, elle se demandait comment elle avait pu supporter Morgoth pendant près de six cents ans. Ce que la jeune Maïa avait à annoncer à la première Dame des Ténèbres n'était pas facile, aussi attendit-elle que Ceridwen arrive à sa hauteur pour l'aborder.
-Ceridwen ?
-Oui ? Qu'y a-t-il ?
Ilmarë déglutit et tendit le bébé à sa grand-mère.
-Elle s'appelle Eiria.
-Et ?
-C'est la fille d'Ophélie.
*Lithiel : fille de cendres. Allusion à sa signature dans la lettre pour Sauron, et référence au démon Lilith (bien qu'elles n'aient rien en commun. Quoique… A vous de me le dire, c'est le défi du jour)
** Certaines notes de Tolkien disent qu'Ilmarë (dont le nom original est Erinti) est la fille de Manwe et Varda. J'ai voulu mettre les deux versions dans cette fic, n'en déplaise aux puristes
Et voilà ! Alors ? Alors ? Alors ?
