Assis par terre, j'arrache à pleine mains des touffes de mauvaises d'herbe environnantes attendant avec une impatience non dissimulé le retour d'Hermione des toilettes publiques. Il ne faut pas que l'on tarde dans ce quartier désert. Harry doit être pas bien loin car, bien qu'invisible, je distingue distinctement sa respiration. Quand j'entends la porte des sanitaires s'ouvrir j'abandonne les brins d'herbe pour lever la tête en direction des WC.

Ce n'est pas Hermione qui s'avance vers nous un air contrarié sur le visage. C'est Ginny. Cependant plus elle s'approche, plus je note les différences. La première, la plus frappante pour moi sans doute : ses yeux. Ceux de Ginny sont habituellement marrons clairs comme ceux de ma mère. Ici, ce sont les hypnotisant yeux brun chocolat d'Hermione qui se posent sur moi. Quant à ses cheveux, ils sont certes roux Weasley, mais on peut voir quelques reflets châtain ainsi que des boucles rebelles propres à Hermione Granger. Sans oublier ses sourcils froncés et le mordillement de lèvre offrant une expression sérieuse que je n'avais encore jamais vu sur le visage de ma sœur.

« Alors ? fait Hermione de sa propre voix en se plantant devant moi. Je lui ressemblance assez ? »

J'inspecte une nouvelle fois cette « Hermione-Ginny » de haut en bas cherchant d'éventuelle faille. Mais tout ce qu'il me vient à l'esprit c'est que c'est carrément dérangeant.

« Oui, quelqu'un qui ne t'as vu que quelque fois te prendrais vraiment pour Ginny, je finis par conclure. Mais comment ça se fait que tu puisses marcher correctement ? »

« Le handicap de Ginny ne vient pas de ses blessures mais du sortilège qui a dut atteindre la moelle osseuse, récite Hermione. J'ai fait un cours la dessus en quatrième année. Découvert en 1789, ces sortilèges sont peu complexes à réaliser mais dévastateur on dit qu'ils sont de catégorie C. On recense plus d'une centaine de sortilèges dans ce genre, mais 80 pour cent sont réversible et… Pourquoi tu rigoles ? »

« Pour rien, pour rien, je fais innocemment un sourire amusé aux lèvres. »

Voir Ginny parler avec un ton « Hermionien » est non seulement hilarant mais aussi une chose que quelques jour plus tôt je n'aurais jamais imaginé possible. Il va falloir que je m'habitue.

« Bon au moins on sait que le Polynectar modifié fonctionne correctement, fait Hermione, et je rentre enfin dans les vêtements de Ginny. »

Je souris intérieurement me souvenant très bien d'Hermione et ses chemisiers et Jeans trois fois trop grand pour elle.

« Harry ? j'appelle ensuite. »

« Oui ? »

Il réapparait la cape à la main sur ma gauche. J'avance vers lui et lui tend ce que je venais de sortir du sac en perle d'Hermione.

« Met-ça, lui intimais-je en lui tendant un bracelet couleur chair que je porte moi-même déjà au poignet. C'est une invention de mes frères : « le TEAD ou Transplanage d'Escorte à Distance ». Si tu es à moins de dix mètres de moi et que je transplane, tu transplaneras automatiquement avec moi tout en restant sous la cape. Pratique non ? »

« Tes frères sont doués en sortilège, fait remarquer Hermione en inspectant le bracelet qu'Harry tient toujours entre ses doigts. »

« Je crois qu'ils ont inventé ça juste pour rigoler à la base… »

Nous prenons le bus jusqu'au centre de Londres. C'est Hermione qui nous guide car je n'ai jamais vraiment quitté la Ferme et le monde moldu m'est encore peu familier.

Peu à peu il devient évident que la guerre a aussi un impact considérable sur ce monde ci. Les gens sont étrangement silencieux, abordent des mines sombres et lancent des regards méfiants autour d'eux. Dans le magasin où nous avons acheté un plan de la ville, les clients étaient amassés près d'une petite télé entreposée dans la boutique et écoutaient avec attention les infos.

« Une énième disparation à eut lieu hier soir dans le quartier de Westminster, disait la présentatrice. Un jeune homme de 17 ans n'est jamais rentré chez lui après être sortie vers 20h. Il n'était apparemment scolarisé dans aucun lycée et ses parents n'ont pas souhaité répondre à nos questions. C'est néanmoins le second drame en un mois pour cette famille. En effet le frère du disparu a été retrouvé mort dans une ruelle il a à peine quinze jours et aurait, d'après les médecins, succombé à un arrêt cardiaque. »

La présentatrice embraye ensuite avec divers incendies criminels puis un homme à lunette tente d'expliquer cette brusque hausse de criminalité en Angleterre.

Ici aussi les choses s'accélèrent visiblement. Depuis qu'Harry est sorti de Gringott's les Mangemorts s'activent et terrifie les gens des deux coté. Nous sortons de la boutique au moment où le visage d'Hermione apparait à l'écran suivit de la mention « activement recherché ».

« Ils te traquent toujours, je fais à voix basse une fois de retour dans la rue. Ils savent que tu es encore avec Harry. »

« Ils traquent toute les personnes comme moi, Harry n'y est pour rien, répond rapidement Hermione en pressant le pas. Harry tu es toujours là ? »

Nous sursautons en même temps quand Harry nous attrape le poignet à tous les deux pour nous signifier sa présence.

Hermione sort le plan de la poche arrière de son Jeans et nous nous dirigeons vers le quartier commerçant, Harry sur nos talons.

C'est dans un coin de rue sombre non loin du Chaudron Baveur que nous peaufinons notre plan.

« Harry, surtout reste près de nous mais fait le moins de bruit possible, ok ? Et Hermione enfile ça, j'ajoute en lui lançant un vêtement noir. »

« Sérieusement ? fait Hermione en levant un sourcil, la cape noire entre les mains. »

« Tu veux avoir l'ai louche oui ou non ? je réplique en rabattant la capuche de la mienne. »

Nous entrons dans l'échoppe nos capes sur le dos et le visage dissimulé sous nos capuchons rien de tel pour avoir l'air coupable de quelque chose. L'endroit est encore plus crasseux que la dernière et seule fois où je suis venu ici. A l'époque l'endroit n'était pas spécialement bien famé. Depuis, mon père avait dit qu'il était rempli de Rafleurs naviguant sans cesse d'un coté à l'autre du mur de brique séparant le Londres Moldu et le chemin de Traverse. Et quasiment la majorité des hommes ici on l'air d'en être.

Nous nous asseyons à l'unique table vide dans le fond. Je sens tous les regards sur nous ce qui déclenche en moi un mélange de stress et d'excitation. Va-t-on réussir ? Va-t-on se faire démasquer ? Sous la table j'entends le pied d'Hermione tapoter nerveusement le sol. Nous commandons deux bierraubeurres, seul breuvage sorcier dont je me souvienne du nom.

« Tout le monde nous observe, murmure Hermione. »

« Je sais. »

Nous n'échangeons plus un mot jusqu'à ce que la serveuse au visage partiellement brûlé revienne avec notre commande. Ses yeux s'attardent longuement sur la cicatrice d'Hermione, ou plutôt de Ginny, qui barre sa joue. Puis dans un grommèlement elle s'éloigne sans attendre un merci. J'attrape nerveusement ma chope puis la porte à mes lèvres. Toute la tension qui règne dans ce bar me donne la nausée.

Je me rends compte de mon erreur seulement quand le breuvage coule le long de ma gorge. Je n'ai jamais gouté de Bierraubeurre, mais ce n'est certainement pas le goût que ça devrait avoir. Ma vue s'embue lentement et mes paupières s'alourdissent. Hermione s'effondre sur la table dans un bruit sourd. Quelques secondes plus tard mon visage cogne à son tour contre le bois.

Je me réveille sur un sol sale et les deux mains liées derrière le dos. Une migraine atroce cogne contre mes tempes. Le temps que mes yeux s'habitus à l'obscurité me permet de flipper comme il se doit. On nous a drogués ! Ils ont dû mettre une potion de sommeil dans nos boissons… Mais où suis-je exactement ? La pièce est vide mis à part ce seau d'où émane une odeur pestilentielle. J'aperçois au fond des barreaux et un couloir derrière. Je me lève difficilement, titube puis place mon visage entre deux des barres d'aciers froid. Je reconnais brusquement cet endroit. Ce sont les cages du dernier étage du Ministère. Hermione et moi avions traversé ce couloir en courant et vu tous ces gens là où moi je me trouve en ce moment même : emprisonné derrière les barreaux.

J'aperçois dans la cage d'en face un vieillard, seul, terriblement maigre et avachit contre le mur.

« Où sont-ils ? je demande. »

« De qui tu parles gamins ? fait l'homme d'une voix fatiguée sans même lever les yeux vers moi. »

« De tous ces gens qui étaient là ! je ne peux m'empêcher de m'exclamer. Où sont-ils ? »

L'homme baisse la tête avant de marmonner :

« A ton avis… »

L'horreur me frappe ils sont morts. Et ça va être notre tour. Nous étions censés nous faire attraper, pas tué ! Et… Hermione ! Je comprends enfin d'où vient ce sentiment de vide qui me tiraille depuis que j'ai ouvert les yeux. Ne pas être avec Hermione m'est devenu étranger voir source d'angoisse. J'ai besoin d'entendre sa respiration à côté de moi, de pouvoir me retourner et chercher le réconfort dans ses yeux et son sourire.

Sans attendre je passe à nouveau mon visage à travers les barreaux.

« Est-ce qu'ils ont emmené la fille ? je demande au vieillard d'une voix vibrante. Elle était avec moi, est-ce que vous l'avez vu ? Elle est… rousse, à des taches de rousseur, des yeux bruns… »

« Ron, je suis là. »

Je fais volte-face si vite que je perds l'équilibre et tombe presque à la renverse telle une poupée de chiffon. Hermione émerge d'un côté obscure de la cellule qui semble en fait sans fond. Tout comme moi elle a les mains lié derrière le dos et semble un peu perdue. Son apparence est encore celle Ginny, nous sommes donc là depuis peu.

« Her…Ginny ! je m'écrie en m'approchant maladroitement d'elle. Tu vas bien ? »

« J'ai… mal à la tête, grogne-t-elle les yeux à demi-ouvert sous la douleur. Où sommes-nous ? »

« Au Ministère, je réponds d'une voix sombre. »

Je n'ai pas le temps de lui demander si Harry est là aussi, car un cliquetis mécanique attire mon attention.

Un homme au sourire carnassier pousse la porte de notre cellule et entre d'un pas nonchalant. D'un geste de baguette il fait apparaitre deux chaises, d'un autre il nous fait assoir dessus. Des liens en cuire s'enroulent autour de mes chevilles et je ne peux plus faire un mouvement.

« Alors on fait l'école buissonnière ? fait l'homme visiblement amusé en sortant un parchemin avant de s'assoir sur une troisième chaise. Enfin grâce à vous une bande de Rafleur s'est faite quelques Gallions aujourd'hui. alors comme ça vous vous êtes jeté dans la gueule du loup, hein ? »

A son ton il n'attend pas de réponse de nous et nous ne lui en donnons pas. Pendant que ses yeux parcours le parchemin je note l'étrange badge accroché à son costume gris : un goutte d'eau rouge qui scintille si fort dans cette cage sombre que ça relance mon mal de crâne.

« Ronald et Ginevra Weasley… dit-t-il d'une voix trainante. Je comprends mieux pourquoi on vous a pas toute de suite emmené à Poudlard. »

Vous allez nous interroger, devine Hermione.

L'homme lui fait un grand sourire qui me file la chaire-de-poule.

« « interroger » n'est pas le mot exact ma jolie. »

Nos mains sont soudain libérées. Je les ramène devant moi pour constater que mes poignets sont en piteux état. L'homme nous tend à chacun un gobelet rempli d'un liquide incolore et inodore.

« Du Véritasérum, fait-il en haussant les épaules, ça vous déliera la langue. »

Le fait qu'il ne cache pas du tout ses intentions me fait comprendre que de toute manière il nous le fera ingurgiter de force s'il le faut. Je pivote discrètement la tête vers Hermione. Elle hoche imperceptiblement le menton, signe que nous devons le faire. Je porte donc le gobelet à mes lèvres et bois une gorgé.

L'homme vérifie que l'on a bien bu puis fait disparaître les verres. Alors que mes sens s'engourdissent, dans ma tête résonne la voix de Lupin :

« le Veritaserum n'est pas infaillible. Son efficacité est maximale sur les personnes vulnérables, insuffisamment compétentes pour s'en protéger ou inconscientes du fait qu'on va l'utiliser sur elles. Un sorcier peut se sceller la gorge et produire de fausses déclarations, transformer la potion en un breuvage inoffensif ou utiliser l'Occlumancie pour en contrer les effets. Mais quand on n'est ni Occulment et que notre baguette nous a été dérobé il ne nous reste plus qu'une seule chose : la force mentale. L'esprit et l'imagination sont plus puissants que ce que l'on croit. Si tu arrives à te persuader qu'un mensonge est vrai, alors il sortira de ta bouche comme une vérité. »

La voix s'évanouit dans les ténèbres de notre prison. L'homme avance son visage près du mien. Mon esprit est soudain vide et incapable de se concentrer.

« Vous savez que l'on recherche vos parents n'est-ce pas ? »

« Oui, je m'entends dire d'une voix monocorde. »

« Sais-tu où ils se trouvent ? »

Non.

Et Heureusement que je ne le sais pas. Sinon je lui aurait sans doute dit sans hésiter.

« En France. »

Malgré mon état léthargique j'arrive à tourner ma tête vers Hermione.

« Mes parents sont en France, répète-t-elle d'une voix plate. »

Le sourire de l'homme s'agrandit. Il jubile. Moi je suis perplexe. Mes parents ne sont pas… ah ! Mes parents non, mais ceux d'Hermione oui ! Et lui croit que nous partageons les mêmes géniteurs ! Sans le vouloir elle les amène sur une fausse piste en disant pourtant la vérité. La question suivante rend mes espoirs bien éphémères :

« Connaissez-vous une certaine Hermione Granger? »

« Oui, répond-t-on à l'unissons. »

L'homme fait tourner sa baguette entre ses doigts.

« Qui ne l'a connais pas, hein ? des avis de recherche sont placardés partout. Et tout ça pour quoi ? Une insignifiante sang-de-bourbe. Mais ce n'est pas vraiment elle qui nous intéresse. C'est la personne avec qui il se pourrait qu'elle soit. Et d'après ce qui se dit tu fais aussi partit du lot. »

Il tapote mon crâne de sa baguette avec un sourire en coin. J'ai envie de lui sauter à la gorge pour ce qu'il vient de dire, mais je ne peux toujours pas bouger. Harry contrôle mieux son esprit maintenant, mais apparemment il y a dû y avoir des fois où Voldemort m'a aperçu moi à travers ses yeux. Tout repose sur sa prochaine question.

« Sais-tu où est Hermione Granger ? »

Je ferme les yeux. Se persuader que c'est la vérité. Se persuader que c'est la vérité. Se persuader que c'est la vérité. Se persuader que c'est la vérité !

Des images tournoient dans mon esprit. Un gout de cendre dans la gorge, mes yeux qui brûlent à cause de la fumée, les flammes qui engloutissent la ferme et le désespoir qui m'écrase littéralement. Le cri d'Hermione perce la nuit naissante, mon cœur est sur le point d'exploser. J'hurle et Harry me retient alors que je suis prêt à me jeter à corps perdu dans les flammes. Hermione n'est jamais sorti vivante de cette fournaise. Jamais.

Une larme roule sur ma joue alors je murmure :

« Elle est morte. »

L'homme se laisse tomber sur le dossier de sa chaise les bras croisés, visiblement contrarié. Il ne peut pas me poser de question sur Harry, parce qu'il est censé être une légende et doit le rester. Moi je n'arrive pas à me réjouir de la prouesse que je viens d'accomplir car le chagrin d'avoir cru un instant qu'Hermione était morte me secoue encore.

J'essuie d'un revers de mains mon visage humide quand l'homme attrape brusquement mon poignet.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? demande-t-il en plissant les yeux. »

Je mets plusieurs secondes à comprendre de quoi il veut parler. Encore sous l'influence du Serum de vérité je réponds sans réfléchir :

« Les cicatrices du Serment Inviolable. »

Il se tourne vers Hermione et attrape son bras sans ménagement. D'un geste vif il retrousse sa manche pour découvrir sur sa peau blafarde les cicatrices qui semble avoir résisté au Polynectar.

« Toi aussi ? vous… avez fait un Serment tous les deux ? fait-il en haussant les sourcils visiblement surpris. De quoi il s'agit exactement ? »

Sa curiosité complétement déplacé me dégoute. Il nous tient ici, attachés et sous Sérum et nous interroge sur ce qu'il ne le concerne pas le moins du monde.

« Ron a promis de me protéger, répond automatiquement Hermione. »

« Te protéger ? répète-t-il un sourire flottant sur ses lèvres. »

Sans crier gare il gifle brutalement Hermione du dos de la main. La violence du choc l'a fait tomber elle et sa chaise sur le sol. La douleur qui vrille ma joue n'est rien comparé à la brûle des cicatrices du serment qui m'arrachent un cri rauque. Mais je garde mes yeux planté dans ceux de cet homme. Ma mâchoire et mes poings se crispent sous la colère brûlante qui irradie tout mon être. Si je pouvais bouger, je lui sauterais à la gorge et prendrais grand plaisir à l'étrangler.

« Amusant… fait l'homme en hochant lentement la tête. »

C'est là que je vois Harry. Sa tête et son bras dépassent de la cape d'invisibilité. Il tient pointé sa baguette sur l'arrière du crâne de notre bourreau qui ne l'a même pas remarqué. Le visage d'Harry tremble tant il est crispé dans une expression de profonde haine que je ne lui avais jamais vu. On ne s'en prend pas à Hermione sans avoir affaire à nous deux c'est tout. Mais je secoue discrètement la tête. Bien que je rêve de voir ce sale type au tapis ce n'est ni le moment ni l'endroit.

Harry comprend le message. Il hoche la tête et disparaît à nouveau sous la cape. L'homme essuie sa main sur son pantalon comme si elle était souillée, pas le moins du monde conscient que je viens de lui sauver la vie.

« Vous partez pour Poudlard dans deux heures, dit-il avant de sortir de la cellule. Préparez-vous. »

Quand le sortilège qui me maintenait à ma chaise s'estompe je me ru vers Hermione. Elle est recroquevillée sur le sol, immobile, les yeux plein de larmes.

« Le plan a marché, murmure-t-elle d'une voix brisée. On va aller à Poudlard. »

« Oui, on a réussi, je lui dis avec un faible sourire. »

Nous nous asseyons contre le mur. Nous ne parlons pas. Pas besoin. J'attrape sa main. C'est celle de Ginny, mais quand je ferme mes yeux je sens celle d'Hermione. Le sol est glacé. J'ai envie de la prendre dans mes bras mais je ne peux pas. Elle est ma sœur. Je ne peux pas l'aimer comme je l'aime en ce moment. Je dois l'aimer comme un frère et l'appeler Ginny. Et ça me brise le cœur.

Comme prévu on vient nous chercher au bout de deux heures. On nous menotte à nouveau, puis on nous met des sacs sur la tête comme pour des criminels. On nous trimbale ensuite dans ce que je devine être les couloirs du Ministère. On nous fait attendre debout pendant des heures, sans eau, sans nourritures et toujours aveugles. Quand enfin on transplane, mes jambes se dérobent sous moi à l'atterrissage. Quelqu'un m'attrape par le col de la chemise et me remet debout de force. On marche encore, on passe des portes grinçantes, on monte d'interminables escaliers... Sans rien voir je sais que l'on est à Poudlard. Mon corps se tend. Les hurlements de mes camarades tués ici résonnent dans ma tête. Puis enfin on m'assoit sur une chaise.

Quelqu'un retire le sac de ma tête et la lumière m'aveugle. Je plisse les yeux pour voir que je suis face à un bureau. Derrière un homme au teint blanc et aux cheveux gras me dévisage.

« Bienvenue à Poudlard, fait Severus Rogue d'une voix doucereuse. »