Disclaimer : voir chapitre 1

Warnings : voir chapitre 9

A/N : bonjour à tous ! Tout d'abord un grand merci pour vos encouragements, vous êtes des amours :) ça m'aide vraiment à écrire ! (et mon estomac est content avec tous ces délicieux cookies :p) Ensuite, j'espère que ce chapitre plaira, car il se détache de la série et est assez important en soi (et pi il est monstrueusement gros)… A l'avenir, les chapitres ressembleront plus à ça (même si celui-ci fait assez parenthèse) qu'aux épisodes « tels quels », alors je suis un peu stressée de ce que vous en penserez et j'espère que vous me ferez confiance pour la suite… !

Aussi, je dois avouer que certaines idées de ce chapitre m'ont été inspirées par le livre « Les Dames du lac » de Marion Zimmer Bradley que j'ai lu il y a trèèès longtemps et qui m'avait marquée… Si vous aimez la légende arthurienne, je vous le recommande !


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Sous le même ciel

Chapitre 20 : Les feux de Beltane

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« Debout là-dedans ! » chantonna Merlin en entrant promptement dans la chambre. Elle connaissait par cœur le chemin jusqu'aux rideaux, même dans l'obscurité. Elle en tira un partiellement, juste assez pour qu'un vif rayon de soleil percute le visage du prince encore en bonne partie endormi, qui grogna en passant sa tête sous un oreiller.

Elle prépara ses vêtements en deux temps trois mouvements, puis voyant qu'il ne bougeait pas, se rapprocha de son imposante silhouette sous les draps. Elle ne pouvait distinguer que la peau de sa nuque, une épaule et un bras nus. Elle déposa un bref baiser sur le côté de sa gorge, ses mains en appui sur le lit pour ne pas tomber.

« Allez l'ours des cavernes » chuchota-elle sous son oreille, « lève-toi. »

Le bras qui jusque là tenait l'oreiller vit saisir l'un des siens sans tâtonner et tira dessus, alors que son propriétaire se retournait. Le coussin glissa et lui laissa voir brièvement le visage ronchon d'Arthur avant qu'elle ne tombe tête la première sur son torse avec une acclamation de surprise.

« Tu es infernale, tu sais ça ? » fit la voix du jeune homme, rendue rauque par le sommeil. Il lui passa un bras lourd autour du tronc. Merlin pouvait entendre son cœur battre sereinement sous son oreille. De sa main qui n'était pas à demi-écrasée contre lui, la jeune femme se mit à tirailler les poils blonds qui recouvraient son torse.

« Ouaip » fit-elle en souriant contre sa peau d'une agréable chaleur.

« Ce n'est pas comme ça qu'on réveille un prince. »

Merlin releva la tête juste assez pour voir son visage et leva un sourcil moqueur. « Je fais comme ça depuis toujours. »

« Et depuis toujours, tu es une incapable. » Son sourire découvrait ses dents de devant très légèrement de travers.

« Ah si c'est comme ça… ! Reprenons de zéro ! » fit-elle en se levant brusquement. « Fais comme si tu dormais. »

Arthur passa ses bras derrière sa tête, dessinant encore plus les reliefs de ses muscles, peu convaincu.

« Allez ! »

Il ferma les yeux en soupirant alors que Merlin fermait les rideaux puis sortait de la pièce pour mieux y rentrer un instant plus tard. Presque sans un bruit, elle se dirigea vers le lit et grimpa dessus pour se poster à côté du prince, les mains en appui de part et d'autre de sa poitrine. Elle déporta son poids vers l'avant.

« Debout, crétin de prince » murmura-t-elle.

A peine entendit-elle Arthur inspirer pour protester qu'elle lui coupa le sifflet en l'embrassant, un rien trop fort par vengeance, mais s'appliqua tant et si bien que le jeune homme finit par céder et lui ouvrit suffisamment sa bouche pour qu'elle y glisse sa langue et approfondisse le baiser. Les mains qu'ils avaient croisées derrière la tête vinrent vite enserrer sa taille, et un grondement appréciateur fit vibrer sa gorge.

« Pas tout à fait ce que j'avais en tête » dit-il après une longue minute, « mais il y a de l'amélioration. »

« Ton haleine matinale ne s'améliore pas, par contre. »

Elle pouffa en devinant son air outré dans la pénombre. Pouffement qui se transforma en éclats de rire quand il commença à lui chatouiller les flancs pour se venger à son tour.

« Arrête ! Arrête ! » protesta-t-elle entre deux rires, basculée sur le dos, Arthur au-dessus d'elle. « Grâce ! Je demande… grâce ! J'me rends !»

Les mains qui la torturaient se mirent à la caresser à la place. « J'aime mieux ça » fit-il avec un sourire carnassier, avant de soupirer d'aise quand les doigts de la jeune femme vinrent s'emmêler dans ses cheveux et que leurs lèvres se retrouvèrent.

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« Bonjour ma dame ! »

« Bonjour Merlin. Tu sembles bien gaie. »

Merlin sourit à Morgane qui se relevait dans son lit, légèrement gênée, et eut la furieuse envie de se regarder dans l'un des miroirs –pouvait-elle voir à ses cheveux ou à ses lèvres qu'elle avait mis un peu trop de cœur à réveiller le prince avant elle ?-.

« Eh bien, c'est une belle journée qui s'annonce… que faut-il de plus ? » tenta-t-elle. Puis seulement elle remarqua les traits tirés de sa semi-maîtresse. « Vous avez mal dormi ? »

« Non, pas particulièrement… » elle la vit hésiter.

Dans un élan, Merlin posa sa main sur la sienne et la regarda dans les yeux. « Morgane, si jamais vos rêves vous tracassent à nouveau… Je sais que vous ne me faites pas autant confiance qu'à Guenièvre, mais si vous en avez besoin je suis prête à vous écouter. » Elle avait appris à respecter puis apprécier la jeune femme, sans pour autant développer une franche amitié, mais quelque chose en elle lui était familier et attirait sa sympathie.

La noble sembla sincèrement surprise puis sourit doucement.

« Merci Merlin… Mais je ne cauchemarde presque plus. J'ai juste le sommeil léger. »

Quelque part, cela la rassura. Elle ne se souvenait que trop bien de ce qui avait eu lieu après les cauchemars de Morgane.

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« Rouh. »

« Shh Archimède ! » chuchota Merlin allongée sur son lit, les yeux fermés sous la concentration.

Sa peau picotait sous l'effet de sa magie, mais elle n'avait pas la sensation de plénitude qui allait de pair avec une réussite. Elle essayait de transporter sa conscience, ou sa vue, elle ne savait pas trop comment qualifier ça, dans la chouette, comme elle avait vaguement réussi à le faire il y a bien longtemps.

Une douleur brusque tambourina brièvement dans son crâne.

« Ah la barbe ! » fit la magicienne en rouvrant les yeux, mains dans ses cheveux. Elle s'assit dans son lit et ouvrit l'un des grimoires posés à ses pieds.

« Tant pis, essayons autre chose ! »

Archimède hulula. Chaque fois que Merlin essayait de pratiquer discrètement sa magie dans ses rares moments de temps libre, l'oiseau semblait de particulièrement bonne humeur. La jeune femme pensait que c'était parce qu'elle était née de la magie. Cela la faisait sourire, de voir quelqu'un apprécier ses dons, même si ce n'était qu'un petit être dénoué de parole. Le seul autre à l'avoir véritablement encouragée à pratiquer était Kilgarrah, mais Merlin n'avait pas franchement envie de retourner en sa compagnie, au vu de leurs discussions qui dernièrement tournaient plus au vinaigre qu'autre chose et la laissaient frustrée sous ses paroles énigmatiques.

Pourtant, quelque part, elle était curieuse : accepterait-il de lui apprendre ? Elle savait qu'il détenait un immense savoir en matière de magie, elle en avait profité à plusieurs reprises par le passé… Mais elle se doutait aussi que ces enseignements ne viendraient pas sans prix.

Elle pensa à sa promesse de le libérer un jour. Elle ne savait pas quand, mais en elle, elle savait qu'elle n'était pas pressée de le faire : elle devait bien avouer qu'avoir un puissant allié magique en cas de besoin était un atout, une défense inestimables…

La jeune femme sursauta en entendant Gaius monter et dissimula ses livres sous son lit en un éclair. Elle s'allongea et fit semblant de faire une sieste.

« Merlin, vu que tu n'as rien à faire, si tu te rendais utile ? Le bocal à sangsues a besoin d'être nettoyé. »

Elle grogna. « Je préfère encore que vous continuiez à m'apprendre à traiter les plaies suppurantes. »

« On pourra faire ça après. »

Deuxième grognement.

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« J'ai l'impression d'être une poupée. »

Elle était assise dans la chambre de Morgane et laissait Guenièvre donner libre cours à son imagination avec ses cheveux. Ceux-ci continuaient à pousser et tombaient maintenant dans le haut de son dos en quelques vagues indécises. Merlin riait jaune de les voir ainsi : pas tout à fait raides, mais pas entièrement bouclés non plus.

« Mieux vaut ça que servir de cible à l'entraînement, non ? » fit Gwen, tressant habilement les mèches sombres en un semblant de couronne sur l'arrière de son crâne.

« Je ne sais pas ce qui est pire : me faire taper dessus ou laisser Morgane et toi essayer de me transformer en fille. »

Elle entendit son amie rire doucement derrière elle. « Tu n'as plus trop le choix vu que ça fait un petit temps que la première option n'est plus vraiment d'actualité. »

« Et ils n'oseraient pas détruire votre œuvre et risquer la colère de Morgane. »

« Tu n'aimes vraiment pas que l'on te fasse tout ça ? » Elle décela un brin d'incertitude dans le ton de la jeune femme.

« Hum… je dois dire… je n'en ai pas trop l'habitude. Mais c'est pas désagréable ! Tant qu'on ne me force pas à porter des fanfreluches… »

« Je parie que ça ferait plaisir à Arthur » fit Gwen sans réfléchir.

Merlin tourna la tête, ce qui tira sur les mèches que la métisse tenait entre ses doigts. « N'importe quoi ! » Elle regarda à nouveau devant elle pour cacher le rose qu'elle sentait colorer ses joues. « Il se moquerait de moi, surtout. »

« Cela reste à voir… » Elle n'aimait décidément pas l'amusement qu'elle percevait dans sa voix.

« Pitié ne me force pas à porter une des vieilles robes de soirée de Morgane. J'aime tes doigts, mais pas tes idées. »

Pour être franche, Merlin exagérait son refus de telles choses. Elle avait grandi dans un petit village, et son seul ami avait été Will. Etre avec Morgane et Gwen et avoir des activités parfois plus féminines que ce à quoi elle était habituée était étrange, mais pas nécessairement désagréable. Enfin, passé les premières réactions horrifiées… Et elle sentait que les deux jeunes femmes aimaient avoir de la compagnie supplémentaire. Morgane car elle était femme dans une Cour patriarcale, Guenièvre parce que sa timidité l'empêchait de facilement nouer contact.

Pour être encore plus honnête, se faire ainsi coiffer lui rappelait sa mère, qui lui tressait parfois des couronnes de fleurs étant enfant. C'étaient des souvenirs pleins de soleil et de roulades dans l'herbe sous le soleil d'été.

« … je crois quand même que j'ai besoin d'une nouvelle robe » avoua Merlin en tirant sur son col. « Celle-ci a pâti des corvées et elle devient trop épaisse pour la saison. »

Elle entendit un petit bruit extatique provenir de derrière elle.

« Oh non, j'aurais dû me taire… » soupira la magicienne, mais avec bon cœur.

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Les deux jeunes femmes déambulaient dans les villes marchandes de Camelot sous le soleil plus estival que printanier. Comme toujours, de telles rues étaient en effervescence et Merlin devait faire attention à garder Gwen à l'œil pour ne pas la perdre de vue quand elles atteignirent la rue où se retrouvaient la plupart des marchands d'étoffes. Avoir la nuque dégagée grâce à sa nouvelle coiffure était agréable dans une telle situation.

« Tu as une idée de la couleur que tu voudrais ? » demanda Gwen.

« Franchement non, j'ai à peine idée de comment la coudre, alors… »

« Je peux t'apprendre, si tu veux » répondit son amie avec un sourire bienveillant.

« A tes risques et périls… je crois que je pourrais faire des catastrophes même avec une simple aiguille. »

« Je crois aussi » fit une voix masculine non loin d'elles. Elles se tournèrent en sa direction.

« Morris ! » firent-elles en cœur.

« Bonjour les filles » répondit-il avec un sourire.

« Tu sèches l'entraînement ? » railla Merlin. Elle vit qu'il avait les cheveux humides de transpiration et les joues colorées par l'exercice.

« Nan, je me suis assez fait tabasser comme ça, ils ont eu pitié de moi et m'ont laissé souffler un peu… Mais qu'est-ce que j'entends ? Tu comptes tuer quelqu'un avec une aiguille ? »

« Avec ma chance ce sera moi-même… »

Gwen rit. « Qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs ? »

« Euh hum, j'ai-troué-mes-chausses » cafouilla-t-il.

« Quoi ? Répète ? »

« J'ai troué mes chausses » fit-il plus clairement, gêné.

« Tu prends tellement de muscle que tu déchires tes vêtements ? » le taquina Merlin.

Le jeune homme marmonna inintelligiblement dans sa barbe naissante.

« Je peux t'apprendre aussi, si tu veux » proposa Gwen avec un rien d'espièglerie. « On pourra faire une classe ! »

Morris sourit. « Et tu pourras m'apprendre à tresser les cheveux, aussi. Comme ça je serai aussi jolie que Merlin. »

« Eh ! » Elle le frappa dans le bras alors qu'il s'esclaffait.

« On va te rajouter quelques fleurs, et tu feras une parfaite Reine de Mai. »

« La bonne blague. Je préfère rester la Reine des catastrophes… Bon, on va les choisir, ces chiffons ? » fit-elle en crochetant un bras de chacun.

« Je vote pour du blanc pour toi » insista-t-il.

« Causes toujours. »

Mais pour finir, elle fondit devant le regard suppliant de Gwen qui lui assurait qu'une robe blanc crème lui irait très bien.

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« Tu as changé quelque chose ? » demanda Arthur en fin de journée.

« C'est flagrant non ? » Elle se prépara mentalement à la moquerie qui allait sûrement suivre. A la place, elle le sentit s'approcher d'elle et embrasser sa nuque nue, la faisant frissonner.

« J'aime bien » souffla-t-il sous sa peau avant de la faire se retourner.

« Mais tu n'aimais pas mes foulards. » Elle le soupçonnait de faire une fixation sur son cou.

« Maudits soient ces bouts de tissu. » Puis il se pencha pour embrasser sa gorge, confirmant ses soupçons.

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« Maudits soient ces bouts de tissu ! » pesta-t-elle en se piquant pour la énième fois avec l'aiguille. Morris n'en menait pas plus large.

« Si quelqu'un apprend que je me suis mis à coudre, j'aurai perdu toute ma virilité » soupira-t-il.

« Dépêche-toi de te trouver une princesse à épouser alors » rétorqua Merlin en tortillant l'étoffe entre ses doigts.

« Les princesses ne savent pas coudre. »

« Non, mais leurs servantes bien, d'où tu crois qu'elles sortent leurs fanfreluches ? »

Gwen ne disait rien, trop occupée à pouffer de rire à voir ses deux élèves éprouver quelques menues difficultés à faire des points de croix. C'était ça ou en pleurer.

« Ah j'abandonne ! » fit la magicienne après une tentative supplémentaire. « Je préfère encore me balader en braies. »

Morris toussota. « Ou nue. »

« Toi, tu te tais, avec tes chausses trouées. »

« Allons allons les enfants… »

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En définitive, ce fut surtout Gwen qui confectionna sa nouvelle robe au cours des jours, Merlin s'occupant surtout à s'entraîner avec les chutes de tissu, même si gênée que son amie fasse la majorité du travail.

« Ne t'inquiète pas, j'aime ça » la rassurait la métisse.

Au final, Merlin fut particulièrement surprise du résultat : Gwen avait réalisé une robe d'été simple, mais bien trop jolie pour elle. Les manches qui s'arrêtaient en dessous de son coude étaient pratiques et discrètement brodées, et la coupe la ceignait de manière flatteuse sans être inconfortable, avec des laçages du même ton sur le devant et l'arrière pour l'ajuster parfaitement. Le tissu sous le laçage de sa poitrine était joliment plissé, et le bas était un rien raccourci. Gwen savait qu'elle avait tendance à s'empêtrer les pieds dans les pans de sa robe, surtout lorsqu'elle courait après le prince…

« Je ne sais pas quoi dire » fit Merlin en se regardant dans le miroir de la chambre de Morgane. Le ton crème adoucissait son teint pâle et mettait en avant ses yeux et ses cheveux. « Tu es vraiment douée avec tes mains ! »

Elle distingua un léger rougissement sous sa peau hâlée. « M-merci. »

« Qu'est-ce que je peux faire pour te remercier ? »

« Rien, c'est de bon cœur, et c'est toi qui as tout payé. »

« Il doit bien y avoir quelque chose qui te ferait plaisir ? »

« …est-ce que je peux encore te coiffer ? J'aime beaucoup tes cheveux. »

Alors qu'elle se laissait faire de bonne grâce –au final, c'était plutôt agréable de se laisser ainsi triturer les cheveux-, Merlin se demanda si Gwen avait une sœur, ou une cousine… Mais comme elle ne parlait jamais de personne d'autre que son père, elle ne posa pas la question de peur d'aborder un sujet délicat : ce silence devait bien vouloir dire quelque chose…

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« Tu as encore changé quelque chose ? » demanda Arthur dont la tête dépassait de l'écran derrière lequel il prenait son bain.

« Même coiffure que la dernière fois » répondit-elle en souriant, particulièrement à l'aise.

« Ça je vois, je te parle de quelque chose de supplémentaire. »

« Quel œil de lynx ! »

Elle l'entendit marmonner alors que sa tête disparaissait. Elle l'entendit bouger dans l'eau, probablement en train de se rincer les cheveux. Elle jeta à moitié ses vêtements propres sur le haut de l'écran, à côté d'un drap de bain. Tout cela en résistant à l'envie de jeter un coup d'œil derrière…

Quelques minutes après, Arthur réapparut, vêtu uniquement de ses braies et en train de se frotter énergiquement les cheveux. Il jeta un œil appuyé sur la chemise que Merlin lui avait préparée : blanche. Elle lui sourit malicieusement. Il s'affala sur une chaise en délaissant la serviette, les cheveux complètement ébouriffés. Son sourire ne fit que s'agrandir mais elle se retint de lui en faire la remarque. Quelle fière allure que celle du prince de Camelot au sortir de son bain…

« Arrête de te moquer. »

« Mais je n'ai rien dit ! » se défendit-elle en tentant de remettre de l'ordre dans sa tignasse avec un peigne en corne. Sa peau rayonnait de chaleur au sortir de l'eau chaude du bain, et il sentait bon le savon.

« Je commence à te connaître… Et je sais aussi que si tu as le temps de faire des emplettes, c'est que je ne te donne pas assez de travail. »

Elle tira un peu plus fort que de nécessaire sur un nœud mais Arthur ne broncha pas, amusé plus qu'autre chose.

« Si tu n'aimes pas ma robe, dis-le tout de suite » bouda-t-elle.

« Qui a dit ça ? »

« Tsss… C'est mes cheveux alors ? »

« Arrête un peu. » Il lui fit signe de venir sur ses genoux, elle ne s'exécuta qu'en levant les yeux au ciel dramatiquement, pour faire bonne mesure. Une fois assise, elle croisa les bras et inclina la tête, un sourcil levé, prête à écouter un commentaire désagréable. Arthur prit son temps pour la regarder de haut en bas et de bas en haut.

« Tu ressembles plus à une servante de Morgane qu'à la mienne » finit-il par dire avec un petit sourire en coin.

« C'est… une bonne ou une mauvaise chose ? »

Il l'enlaça d'un bras et l'attira contre lui. « C'est différent. » Il embrassa ses tresses. « Je suis plus habitué à te voir dans des robes informes et les cheveux au vent. Je peux mieux les voir pousser, comme ça. »

Merlin se décrispa un peu dans son étreinte, un peu étonné de ne pas avoir droit à ses éternelles piques verbales. C'était étrangement agréable.

« C'est en préparation du banquet de Beltane ? » continua Arthur, apparemment surpris lui-même de ne rien avoir de désobligeant à dire sur l'allure de sa servante.

« Non, c'est juste comme ça… » Merlin ne savait pas trop pourquoi, mais elle se sentait un peu gênée. Elle se distrayait en caressant les cheveux humides à la base du crâne d'Arthur.

« Ça me plaît » souffla-t-il dans les siens, à peine assez fort pour qu'elle l'entende.

Merlin le regarda avec des yeux ronds. « Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait du prince ? Vous l'avez ensorcelé ? »

Il haussa un sourcil. « Quoi, tu ne sais même pas accepter un compliment ? »

« D'ordinaire tu ne sais pas les donner. »

Il finit par abandonner l'affaire en bougonnant, les joues rosies, probablement par le bain. « Oh j'arrête, il n'y a vraiment pas moyen de te satisfaire, hein ? »

La jeune femme lui prit la joue d'une main pour l'empêcher de regarder ailleurs et lui sourit. « Je te charrie. » Elle le bécota pour effacer sa moue boudeuse. Elle se sentait légère.

Ils passèrent quelques minutes à s'embrasser brièvement, ponctuant le visage l'un de l'autre du bout de leurs lèvres. Merlin gloussa quand il la chatouilla du bout du nez sur la peau fine sous sa mâchoire. D'une main, elle chercha à tâtons l'une des siennes et la caressa du bout des doigts, passant d'un cal au relief souple d'une articulation. L'autre main du jeune homme faisait de lents va-et-vient le long de son flanc, puis remonta jusqu'à ses cheveux pour l'inviter à un baiser tout aussi lent, mais plus profond. Elle se laissa aller complètement contre lui, savourant l'instant, les yeux clos pour mieux ne sentir que lui.

Les frissons de contentement qui parcouraient sa peau et lui donnaient une fine chair de poule ressemblaient curieusement à sa magie. Pas entièrement du désir, ni son don… Elle s'immobilisa l'espace d'une seconde, juste assez pour qu'Arthur s'écarte et la scrute d'un air interrogateur. Elle se reprit et lui caressa la joue avant de l'embrasser à nouveau, comme pour le rassurer…

Les frissons ne cessèrent pas tout du long de leur étreinte.


Merlin était allongée dans son lit, cette nuit-là. La fenêtre était ouverte et laissait entrer l'air tiède de la nuit. Archimède était sortie chasser. Elle n'arrivait pas à dormir. Elle le sentait encore. Sa magie semblait travailler sans cesse. Presque imperceptiblement, mais elle pouvait le sentir. Elle ne comprenait pas pourquoi. C'était curieux. Voulait-elle lui dire quelque chose ? Réagissait-elle à une présence ? Un danger ? En avait-elle envie de devoir se dissimuler en permanence ?

Ce n'était pas désagréable, juste… curieux. Sa magie étant une partie intégrale d'elle, peut-être, quelque part, était-ce son subconscient qui s'exprimait…

Merlin soupira et alluma une chandelle d'un regard en se redressant dans son lit. Elle se leva, pieds nus sur le plancher, et ouvrit la cachette où elle avait déposé les livres qu'elle était en train de lire. Elle en prit un, puis se rassit sur son matelas, jambes croisées sous sa chemise de nuit, et lut à la lumière de la bougie. Inconsciemment, elle bougeait ses doigts lentement, comme une manie, et ne lisait que d'un œil. Il lui fallut quelques minutes pour se rendre compte qu'elle lisait sans comprendre, et choisit plutôt de ses concentrer sur ses mains, les pulpes de ses doigts parcourues de fourmillements. Son regard fut attirer sur la chandelle, seule source de lumière en dehors de la lune, et se laissa aller à l'envie toute simple de jouer avec sa flamme, son éclat jumelant la couleur de ses yeux. Le brin de feu se libéra de la mèche et tournoya lentement dans le vide, suivant les doigts de sa maîtresse qui y plongea son regard.

Depuis la nuit des temps, le feu n'avait cessé de fasciner, hypnotiser. Il brûlait les yeux jusqu'à leur donner des hallucinations. D'anciens prêtres avaient tenté de lire l'avenir dans les flammes. En y perdant son regard jusqu'à ce que ses yeux se ferment tous seuls, elle put comprendre pourquoi.

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Merlin était tiraillée entre deux envies, deux pensées qui ne quittaient pas son esprit depuis quelques jours : retourner dans la bibliothèque secrète découverte il y a bien longtemps, pour en découvrir les trésors de magie; et s'absenter de Camelot. Juste quelques heures. Retourner à la nature, loin des regards, de la foule et de la menace d'être découverte. Se perdre dans les bois, seule, et laisser sa magie l'aider à sentir la vie autour d'elle. Elle faisait cela depuis toujours, mais ne pouvait se le permettre ici. Cela lui manquait, et peut-être était-ce la raison de ses sensations. Ça, ou bien elle avait une autre explication en tête…

« Gaius ? »

Le vieil homme releva la tête de la potion qu'il était en train de concocter avec grande concentration.

« Vous pensez qu'aux alentours de Beltane, le voile entre les mondes s'amenuise ? »

« C'est une vieille croyance, en tout cas. »

« Un peu comme à Samain ? »

« En quelques sortes… Tu sais que ce sont les deux moments clés de l'année, où les saisons d'ombre et de lumière se suivent l'une l'autre. Les druides et les pratiquants de l'Ancienne Religion en particulier sont convaincus qu'en effet, ils marquent un rapprochement entre les mondes magiques et moins. »

Merlin fronça légèrement les sourcils. « Pourquoi les fête-t-on tout de même à Camelot si elles trouvent leurs racines dans des croyances magiques ? A part pour avoir une excuse pour festoyer ? »

« Parce que justement, ce sont des croyances. Elles ont la vie dure, et peuvent s'adapter, se modifier au cours du temps pour être acceptables aux yeux de ses pratiquants. A Samain, nous fêtons les morts, la fin de l'année et le commencement d'une autre; et à Beltane le retour de la vie sur terre. La majorité n'y voit rien de magique, juste les aléas de la vie et de la nature. »

Merlin se retint de dire que pour elle, tous ces éléments étaient indissociables. Elle resta pensive quelques instants.

« Je crois que je peux le sentir » dit-elle enfin.

Gaius la dévisagea sans trop comprendre.

« Je peux sentir le voile entre les mondes. »

Le voyant perplexe, elle essaya d'expliquer. « Ma magie, quand je m'y laisse aller… Elle peut me permettre de sentir, parfois, hum… le monde autour de moi. Je crois. Et je crois qu'elle y réagit. Quand je suis trop occupée, ou que je dois la réprimer… comme maintenant à Camelot, je le sens à peine. »

« Pourquoi le sens-tu maintenant en particulier ? Cela n'était pas arrivé l'année passée il me semble. »

Elle se retint de dire que ne pas pouvoir utiliser sa magie la frustrait tant qu'elle essayait de la pratiquer en cachette tant bien que mal. « Je ne sais pas… Peut-être qu'il se passe quelque chose. Après tout ça fait longtemps que Camelot n'a pas été victime d'une créature magique ou d'un maléfice. » Elle rit gauchement mais le médecin ne sembla pas trouver cela aussi drôle qu'elle.

« Espérons que non. Garde un œil là-dessus. »

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Elle se surprit à se concentrer pour déterminer si les sensations dans sa peau augmentèrent ou non quand elle embrassa Arthur au détour d'un couloir, mais les lèvres du jeune homme lui firent vite perdre le cours de ses pensées, avant un dur retour sur terre à l'appel de ses devoirs de servante. Cette nuit-là, Archimède s'absenta à nouveau, et Merlin se surprit à être jalouse d'elle. Que ne donnerait-elle pas pour une telle liberté…

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Le lendemain, elle questionna Gaius pour savoir s'il n'avait pas besoin de renouveler son stock de plantes, et alla jusqu'à lui forcer la main. Toute excuse était bonne pour pouvoir respirer l'air aux senteurs fleuries et toucher l'herbe du bout des doigts, voire même s'y allonger et regarder les nuages dans leur course paisible. Même au sein de la ville commençaient à apparaître ça et là des bouquets de fleurs aux portes, aux fenêtres, sur le pas de la porte d'entrée… Primevères, aubépine, ajonc,… autant de notes de blanc, de jaune et de feuille. Les traditions en milieu citadin semblaient plus timides qu'en rural, mais les racines étaient les mêmes. Avec un sourire doux-amer, Merlin se souvint avoir tenté tant bien que mal de créer une couronne de fleurs pour Will, qui avait vivement protesté en affirmant que non, merci Merlin, mais il n'était pas une fille, mais n'hésiterait pas une seule seconde plus tard à la nuit tombée de lui tendre la main pour qu'ils dansent autour de quelques épars feux de joie, oubliant volontairement leurs chaussures sur le pas de leurs portes respectives. Elle était tentée de faire de même, à présent, comme si le sol ne demandait qu'à fredonner sous ses pieds.

Sa cueillette fut malheureusement trop courte à son goût, et la jeune femme se permit quelques minutes de farniente, assise entre deux buissons en prenant garde de ne pas salir sa nouvelle robe. Ces minutes étaient un véritable trésor pour une servante. Elle se mit en appui en arrière sur ses mains et savoura le contact des rayons du soleil sur son visage. Elle pouvait entendre aussi bien les rumeurs des oiseaux que des citoyens. Partout, la vie florissait en de multiples facettes.

Elle sourit, démangée par l'envie qui lui chatouillait les doigts de pratiquer quelques sorts, inoffensifs, en secret…

Elle eut une pensée subite pour un être qui n'avait pu profiter de tels bonheurs simples depuis très longtemps, et l'aigreur qu'elle ressentait à son égard s'adoucit. Peut-être irait-elle lui rendre visite, juste comme ça, sans l'urgence habituelle…


C'était comme un tiraillement, une envie imprécise, un murmure en fond de ses pensées. Si elle ne se tenait pas occupée, cette impression revenait lui titiller l'esprit. Il lui suffisait cependant de peu pour la distraire et l'y replonger : le chant d'un oiseau sur le chemin de la blanchisserie, l'odeur des herbes dans la maison de Gaius,… et à présent, la ligne ciselée de la mâchoire d'Arthur, penché sur des parchemins à son bureau alors qu'elle tentait de mettre de l'ordre dans sa chambre.

Ses œillades qui entrecoupaient ses tâches étaient peu discrètes, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Il y avait quelque chose dans la manière qu'avait la lueur des chandelles de mettre en valeur certains traits de son visage…

« Tu viens de déplier et replier cette chemise pour la troisième fois » dit Arthur sans quitter des yeux le document sur lequel il rédigeait elle ne savait quoi. L'extrémité de la plume tressautait avec les modestes mouvements de sa main.

« Tu pars chasser demain ? » demanda-t-elle en ignorant sa remarque avec un empressement gêné.

« Avant l'aurore. Quelques prises supplémentaires pour le festin ne devraient pas faire de mal. »

Elle était là, l'occasion qu'elle attendait. « Je viens avec toi. » Elle avait eu l'intention de poser la question, mais elle était sortie comme un fait. »

Cela releva le regard du prince de sa tâche, amusé. « Ne sois pas stupide. »

« Je suis sérieuse, je viens. »

« Toutes les fois où je t'ai emmenée avec moi en tant que valet, tu protestais à qui mieux-mieux tout du long. »

« Eh bien j'ai envie de venir, cette fois. » Même si le prix à payer était de le voir abattre des animaux. Toute excuse lui devenait suffisante pour sortir de la ville.

Arthur devint plus sérieux. « Même si tu en as envie, tu sais bien… une femme n'a pas sa place dans une partie de chasse. »

« Tu recommences ! » s'exclama-t-elle, subitement énervée, même plus que de raison. Son énervement sembla se communiquer au jeune homme.

« … je sais que tu n'as pas conscience des… libertés que je t'accorde déjà, mais elles sont bien là. Et celle-ci, je ne peux pas- »

« -libertés ? Libertés ? Ce n'est pas toi qui es coincé entre quatre murs sans chance d'en sortir! »

« Merlin, qu'est-ce qu'il t'arrive bon sang ? »

Elle lui tourna le dos, les bras croisés comme pour se soutenir elle-même. Il lui avait fallu presque d'un rien pour que tout ce qu'elle tentait de contenir ces derniers jours revienne à la surface : les frustrations, encore et toujours; de ne pas pouvoir être libre de ses actes, de ses déplacements, d'utiliser sa magie, de trouver la cause de ces étranges sensations, de se laisser aller à l'envie constamment présente de se fondre dans ses bras et oublier qu'ils n'étaient que prince et servante…

Elle savait qu'Arthur n'y était pour rien, et qu'elle était injuste de passer son trop-plein d'émotions sur lui, mais c'était plus fort qu'elle… Avec lui, ses défenses s'abaissaient d'elles-mêmes, parfois dangereusement.

« Tes vêtements sont sur ton lit » dit-elle sans se retourner. « Bonne chasse. »

Elle sortit en ignorant ses vocalités, le rouge aux joues.

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Elle fut soulagée de ne pas croiser Gaius quand elle monta dans sa chambre. Ce fut par pur automatisme qu'elle se déshabilla, revêtit sa chemise de nuit et fit ses ablutions nocturnes avant de se jeter à moitié sur son lit, visage dans son oreiller. Elle l'y enfonça un peu plus quand les pensées ne cessèrent de tourbillonner dans sa tête. Elle ne remarqua même pas qu'Archimède était encore partie chasser.

Dans l'obscurité seulement percée par la lumière de la lune bientôt pleine qui traversait sa fenêtre ouverte, elle perdit quelque peu la notion du temps. Le sommeil ne lui venait pas, elle se retournait inlassablement. L'air nocturne était plus que doux et agréable sur ses jambes nues, mais elle le sentait à peine. Ce qu'elle sentait le plus, c'était encore et toujours cette sensation.

Merlin grogna, les bras sur son visage. Elle devenait entêtante, quasi continue, et prenait des allures presque… sensuelle. Elle avait envisagé une fois que cela puisse être dû à son cycle, elle avait bien conscience que quelques jours par mois son corps était particulièrement réceptif, comme la corde tendue d'un arc que le moindre frôlement ferait trembler, mais cela n'avait jamais été aussi… intense. Là, c'était autre que purement charnel, elle le sentait, sa magie en faisait partie aussi.

Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle pouvait percevoir les senteurs ténues de la forêt dans l'air, presque entendre la rumeur des oiseaux nocturnes, si loin et si proches… mais aussi, elle pouvait le voir. Arthur. Le seul et unique à lui donner l'impression de perdre la tête, jusqu'à présent.

Elle pouffa de rire, douloureusement sur les bords. Perdre la tête… Quelle douce ironie. Du bout de ses doigts elle effleura sa gorge et frissonna. Des souvenirs lui revinrent en tête, ceux de cette nuit-là, il y a quelques semaines, où elle avait sentit son regard caresser son corps nu. Ils n'en avaient pas reparlé, ce souvenir était trop dangereux, mais dieux, comme elle y avait pensé, se rappelant chaque détail avec une clarté envoûtante et son corps réagissait à ces illusions. Les frissons sur sa peau et l'humidité entre ses cuisses n'étaient que d'horribles traîtres. Fantomatiques, vides.

Tout ce qu'elle ne pouvait pas avoir.

Ou qu'elle aurait au prix de sa tête.

Ses doigts ne quittèrent pas sa gorge, haletante, quand elle s'imagina la sensation du billot sous sa peau, à la fois horrifiée et fascinée, les murmures dans sa peau allant crescendo.

Un bruit de verre explosé la sortit de sa torpeur fiévreuse et elle se redressa brusquement dans son lit, subitement consciente que sa magie avait sursauté et donné à ses yeux leur couleur dorée. Sa fenêtre était brisée, mais il n'y avait personne d'autre dans la pièce qu'elle, et sa respiration haletante. Elle se prit le visage dans ses mains et inspira, expira profondément pour se calmer, une vague de tristesse faisant vite suite à sa fièvre. Mais elle sentit que ce soubresaut incontrôlé de sa magie l'avait soulagée juste assez pour rendre ces envies tolérables. Toujours cruellement présentes, mais tolérables si elle restait forte.

Mais Merlin se doutait d'être forte, loin de là.

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Elle marcha dans les couloirs sombres, ses pieds frôlant à peine le sol, sans jamais éveiller les soupçons de Gaius puis des gardes après lui. Elle prit un chemin qu'elle pourrait effectuer les yeux fermés et ouvrit la porte dans un silence quasi parfait. Elle s'approcha du lit et y grimpa à quatre pattes.

Il l'avait entendue entrer, elle le savait. Mais il se tenait immobile, allongé sous les couvertures fines qui le couvraient à moitié. Quant elle s'arrêta à hauteur de son torse, ses genoux de part et d'autres de ses hanches, il ouvrit les yeux et la fixa, son regard se perdant un instant dans la vue que lui offrait l'ouverture de son col agrandie par sa position.

Sa voix était basse, rauque et calme. Sans trace de remord, mais bien de maîtrise de soi.

« Tu es venue me torturer parce que je t'ai refusé ton caprice ? »

Elle sourit d'un coin de ses lèvres, un semblant de grimace et caressa sa joue du bout des doigts, en appui sur son autre main. Elle sentait la chaleur de sa peau se communiquer au drap sous ses cuisses.

Elle aurait voulu rétorquer d'une de ses répliques bien senties, dire qu'après tout, elle avait manqué à ses devoirs en ne lui souhaitant pas une bonne nuit, mais à la place, elle se laissa distraire par la ligne solide et effrontée de sa mâchoire qui attrapait les quelques rayons de lune perçant par l'ouverture minime des rideaux.

Elle lui sourit à nouveau et il finit par soupirer, comme s'il laissait tomber, comme si sa servante le lassait encore une fois par son incompétence, mais elle pouvait y discerner une fragilité. Son appui passa de sa main à son coude pour les rapprocher et elle frôla ses lèvres du bout des siennes. Puis il les saisit pour taire ses reproches silencieux, et elle se laissa faire quand sa lèvre inférieure pressa entre les siennes pour les entrouvrir et y immiscer sa langue, en même temps qu'il passait sa main dans ses cheveux. Elle se laissa dominer, docile, savourant la chaleur que ses lèvres allumaient dans son ventre. Plus elle se rapprochait de lui, plus les murmures se calmaient, devenaient un écho. Elle le sentait appréciatif de son apparente soumission, comme si elle voulait se faire pardonner son impudence et qu'il le lui accordait.

Puis sans prévenir, ses genoux se fléchir un peu plus, assez pour lui permettre de joindre leurs bassins. Il ne réagit pas à son premier va-et-vient, mais quand elle continua, lentement, il souffla bruyamment, puis grogna quand elle ne s'arrêta toujours pas, rendue ivre par les sensations ainsi procurées. Elle adorait cette friction, la pression sur son bas-ventre, le sentir durcir contre elle, sous le drap…

Les mains du jeune homme vinrent saisir ses fesses un rien trop fort, pleinement, et l'espace de quelques instants, elles accompagnèrent son mouvement. Merlin gémit, séparant leurs visages assez pour se perdre dans son regard trop sombre. Puis, avec douceur et force, ces mêmes mains la ralentirent, la pétrissant du bout des doigts comme pour s'en pardonner. Alors elle se mit à le détester. Arthur le prince. Le brave, le noble, le chevalier servant sans jamais être un valet. Sa maîtrise et son sang-froid quand elle ne demandait qu'à céder. Son autorité silencieuse qui forçait son propre corps à obéir et calmer ses ardeurs à contrecœur, presque avec gêne.

Même ainsi, elle ne pouvait que se soumettre en éternelle servante.

Elle se laissa retomber sur lui, le visage dans l'oreiller au creux de son épaule et les yeux fermés pour tenter de s'effacer, disparaître, alors qu'il continuait à caresser l'extérieur de ses cuisses lentement, pour remonter ensuite dans son dos, l'apaisant comme il le ferait d'un animal effrayé. Sa respiration était chaude dans son cou et son corps solide sous le sien. Comme un roc auquel elle pouvait se raccrocher, si seulement elle le voulait bien.

A la place, plus qu'honteuse, elle se sentait misérable. Et ridicule, d'espérer et insister ainsi alors qu'elle n'y avait pas droit, qu'elle ne le mériterait jamais…

Une main quitta son dos pour caresser ses cheveux alors qu'elle le sentait et entendait déglutir.

« Je… ne sais pas trop ce qu'il t'arrive » tenta Arthur dans un semi-murmure, comme s'il voulait éviter de l'effrayer. « Et apparemment tu ne veux pas le partager. » Elle le serra un rien plus fort. « Mais… si ça peut aider, prends congé à mon retour de chasse. »

Elle se redressa péniblement et le dévisagea sans un mot.

« … mais ne m'accompagne pas avant » insista-t-il, mais avec douceur.

Elle ferma les yeux, résignée, et le sentit embrasser son front. Elle tenta de lui sourire, un peu de travers, avant de se relever et rentrer chez elle aussi discrètement qu'elle était venue, s'effondrant dans son lit comme si elle venait de rêver, réparant sa fenêtre d'un sort.


La journée suivante se déroula comme enveloppée d'un halo de coton, imprécise et floue. Merlin se sentait dans un état second, et disait qu'elle avait mal dormi lorsque son entourage lui posait la question. Morgane, étrangement, la regardait avec plus d'insistance que d'habitude. Elle aussi avait eu le sommeil léger, mais n'en avait rien dit.

Le murmure s'était transformé en un tiraillement dans ses entrailles. En fin de journée, elle vit de loin Arthur rentrer de chasse avec fruit, et suivit son conseil : elle ne le vit pas de la soirée.

« Merlin, tout va bien ? » demanda Gaius en la voyant se préparer à aller dormir. Elle lui sourit.

« Oui oui, je suis juste un peu fatiguée… et ça risque de continuer avec les festivités de demain. »

Le médecin semblait peu convaincu mais n'insista pas, pensant que s'il y avait réellement un problème, un danger, sa protégée le lui dirait.

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Merlin dormit d'un sommeil très léger, entrecoupé de rêves intenses mais dont elle ne retint qu'à peine quelques fragments d'images, de sensations floues. Elle se tortillait dans son lit, légèrement suante sans que l'air estival en soit la seule cause, et se caressa distraitement à quelques reprises, peut-être en prolongement de ses rêves.

Elle finit par se réveiller le souffle court et le cœur battant, comme si elle venait de rêver d'une course poursuite, et dans l'obscurité, son regard croisa celui impossiblement doré et si familier d'Archimède. La peau de son corps tout entier murmurait, appelait, en cadence avec les battements de son cœur qui résonnaient dans ses tempes.

« Tu le sens ? » demanda-t-elle tout bas, à bout de souffle.

Elle soutint le regard du petit être. Né de magie. Cette même magie qui pulsait dans ses chairs. La créature ne cilla pas et elle puisa de la force dans ce regard, qui jamais ne flancha quand elle se leva en tremblant légèrement, puis se changea. La blancheur de sa robe se discernait dans l'obscurité, et la peau de daim de ses bottes courtes était souple contre la sienne. Pas une fois l'être magique ne la quitta de ses yeux d'or avec bienveillance, comme une bénédiction.

Silencieuse et invisible, Merlin sortit de Camelot juste avant l'aube, et s'élança dans la forêt, succombant à son envie devenue obsédante, devenue un besoin.

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Elle se sentait libre, à courir sans se retourner, sans croiser une seule personne. La terre pleine de vie la propulsait de l'avant à chaque pas, et tout son corps frissonnait de contentement, grisé par la liberté. Elle d'ordinaire si maladroite fondait parmi les arbres sans efforts, bien plus rapide que n'importe quel être humain.

Elle pouvait le sentir. Tout autour d'elle, sous ses pieds, dans l'air qui enlaçait son corps, les rayons de lune perçant au travers des feuillages… La vie et la magie s'éveillaient, les mondes se frôlaient, et tous lui souhaitaient la bienvenue. De tous les animaux qu'elle croisa, aucun ne s'enfuit à sa présence.

Merlin se laissa aller à l'envie de s'effondrer dans l'herbe accueillante après une éternité, la respiration à peine plus saccadée. Elle souriait à en avoir mal aux joues, heureuse et sereine. Sous ses doigts, la végétation se faisait presque câline, frôlant sa pulpe. Tout autour d'elle faisait écho au murmure dans sa peau.

Emrys… Emrys…

Elle l'entendit à peine, ou crut rêver, confondant cet appel avec les chants des oiseaux qui faisaient de même envers le soleil. Celui-ci perçait à l'horizon, elle le savait; elle pouvait voir le ciel se teinter de couleurs douces et chaudes à travers les feuillages, et en était émerveillée. Elle savait que Beltane était une fête du soleil, mais ne s'était jamais rendue compte de ce que cela impliquait réellement. Elle se releva brusquement et courut à nouveau, pressée par l'envie, le besoin de ne pas rater son lever. Ses pas aériens la guidèrent dans les hauteurs, où les arbres stoppèrent pour laisser place au versant d'une modeste falaise. De là, elle surplombait les terres et les forêts. A l'horizon, très loin, elle distinguait l'océan en une infime ligne scindant le paysage, et au-dessus de lui elle vit l'astre faire sa lente et majestueuse apparition. Elle s'assit sur le rebord, le vide sous ses pieds, la terre sous ses doigts, et admira le spectacle, échauffée peu à peu par les rayons.

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Le soleil était depuis longtemps haut dans le ciel que Merlin avait repris son chemin, sans courir cette fois, ses doigts s'attardant sur l'écorce des arbres qui la frôlaient et le chant des oiseaux ravissant ses oreilles. Quand elle croisait un animal, elle se tenait immobile et sereine, et l'observait avec bienveillance et curiosité, le laissant faire son petit bonhomme de chemin. Et si d'aventure, quelques fois, ses yeux devenaient dorés juste pour le plaisir, personne ne trouvait à y redire, au contraire. De loin, elle vit à plusieurs reprises quelques voyageurs emprunter les sentiers. Elle s'asseyait dans les buissons et les observait avec amusement, complètement invisible, et jamais tentée de les rejoindre.

Pourquoi s'était-elle torturée si longtemps à résister ainsi à ce qui était naturel pour elle ? Elle ne pensa même pas aux conséquences de cette escapade, balayant les soucis et les devoirs d'un rien. Ici, elle était elle-même. Rien de plus, et surtout, rien de moins.

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Elle entendit et sentit qu'elle approchait d'une rivière avant même qu'elle le vit. Le bruit régulier et apaisant de l'eau qui s'écoule et les sursauts de vie en étaient caractéristiques. La fin de matinée devenait chaude et les rayons du soleil entêtants, se reflétant en brisures argentées sur les flots. A leur vue, Merlin eut envie de sentir leur caresse et leur fraîcheur et elle se déshabilla sans même y réfléchir. Elle déposa ses vêtements en un tas le long de la rive. Pouvoir sentir la terre sous ses pieds nus, sans aucune barrière était exquis et elle pouffa de rire quand l'eau vint lui chatouiller les orteils. Elle s'y enfonça pas à pas. Le lit de la rivière était large, plus profond qu'il n'y paraissait et ses flots étaient forts sans être insistants, calmes mais bien présents. La jeune femme frissonna à la différence de température qui lui donna une chair de poule nullement désagréable. Au plus profond, elle était immergée jusqu'en dessous de ses seins durcis. Claire sans être limpide, la rivière était tapissée de galets polis, solides sous la plante de ses pieds.

Bien campée dessus, Merlin inspira profondément puis s'immergea. Des bulles d'air s'échappèrent de ses lèvres quand elle sentit quelques poissons la chatouiller, et elle résista à l'envie de se laisser porter par les flots. A la place, elle fit le vide dans son esprit et resta blottie jusqu'à ce que le besoin en oxygène la force à se relever, ses cheveux plaqués sur son visage. L'air sur la peau humide ainsi découverte semblait plus tiède que chaud. D'une main, elle repoussa les mèches sombres qui lui barraient la vue et c'est alors qu'elle le vit, sur la rive opposée, au sortir des arbres.

Un cerf avait émergé de la forêt et la fixait. Merlin fut impressionnée par l'allure majestueuse de ce noble animal. Son pelage brun-roux et l'imposante ramure qui ornait sa tête le rendaient particulièrement beau à regarder. Il était ni jeune à en voir sa taille imposante, ni vieux à la manière dont les muscles puissants de son poitrail, de ses flancs et de ses pattes saillaient sous sa peau, pleins de fougue. Malgré la distance, elle percevait son regard sombre et serein. Fascinée, elle s'approcha doucement, sortant peu à peu de l'eau sans le quitter des yeux. Quand elle fut entièrement émergée, elle marqua un arrêt, craignant d'effrayer l'animal si elle s'approchait de trop, mais le cerf ne bougea pas. Cela la fit sourire.

Puis, sans prévenir, ce fut à son tour de s'avancer vers elle, paisiblement. Elle crut d'abord qu'il allait simplement s'abreuver, mais c'est bien vers elle qu'il se dirigea. A mesure qu'il s'approchait, elle put percevoir des éclats dorés dans son regard qui l'hypnotisèrent d'autant plus et lui donnaient envie de laisser les siens prendre une teinte semblable. Beaucoup auraient pu se sentir mal à l'aise à l'approche d'un animal aussi imposant, mais pas Merlin, elle sentait qu'il ne lui voulait aucun mal.

Il se tint juste devant elle et, avec une étonnante précaution de ne pas la blesser de ses bois, effleura à plusieurs reprises le ventre de la jeune femme de son museau. Ce mouvement lui rappela clairement la fois où la licorne avait fait exactement de même, et elle rit doucement en caressant son crâne, entre ses bois, du bout des doigts où frétillait sa magie.

Après quelques instants ainsi partagés, le cerf redressa sa tête brusquement et scruta les alentours comme s'il avait entendu quelque chose, puis retourna se fondre dans les arbres d'un pas pressant. Merlin le regarda s'éloigner, tentée de le suivre. Elle fit quelques pas dans sa direction avant de se rappeler qu'elle était entièrement nue. Elle jeta un œil au tas formé par ses vêtements de l'autre côté de la rivière et d'un seul sort, sa robe apparut dans ses mains. Elle l'enfila distraitement, le tissu collant par endroits à sa peau humide, et continua sa route sans même penser à ce qu'elle laissait sur la rive.

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Le sol de la forêt était incroyablement accueillant sous ses pieds. Même les quelques pierres et autres brindilles coupantes n'osaient agresser sa peau, comme par magie –cette pensée la fit sourire un peu plus-. Cette partie des bois était plus fleurie ça et là, et de nombreux buissons gorgés de baies s'offraient à ses doigts gourmands. Les connaissances transmises par Gaius mais aussi sa propre mère lui permettaient de distinguer celles qu'elle pouvait avaler sans réfléchir de celles qu'il lui fallait mieux éviter. Elle reconnu de nombreuses plantes aux vertus multiples. Rassasiée, elle continua sa route d'un pas sautillant et tomba sur un petit sentier désert. Il avait été formé non pas par des voyageurs, il était trop étroit pour cela, mais probablement par des gens qui vivaient non loin ou transitaient souvent par cette partie de la forêt. Peut-être approchait-elle d'un village.

Elle marcha encore quelques minutes jusqu'à ce qu'elle aperçoive quelque chose bouger dans les fourrés devant elle. Elle s'accola contre un arbre et observa. Elle vit deux enfants se redresser sans l'avoir vue. Ils scrutaient le sol à leurs alentours. A bien y regarder, ils avaient des vêtements typiques à ceux qui vivaient dans les bois –peut-être des druides ?- et leurs mains étaient remplies de fleurs cueillies. Il s'agissait d'une petite fille rousse et d'un garçon à la peau hâlée un peu plus âgé. L'ainé sursauta en la remarquant et saisit le bras de la plus petite. Merlin s'approcha en souriant.

« Oh pardon, je ne voulais pas te faire peur » dit-elle au garçon. La petite fille la scrutait de bas en haut, les yeux ronds, en s'attardant sur sa robe blanche.

« T'es qui ? » demanda le brun, vite suivit par la petite. « T'es la prêtresse ? Tu dois pas être dans la forêt ! »

« Je m'appelle Merlin » fit-elle en se mettant à leur hauteur. « Et non, je suis juste… une promeneuse. »

« Pourquoi t'es habillée en blanc alors ? » insista la rousse.

« Parce qu'une amie trouvait que ça m'allait bien… Qu'est-ce que vous faites ? »

Le garçon s'efforçait de garder un air sérieux qui n'allait pas vraiment de pair avec son jeune âge. « On cherche des fleurs. »

« Pour faire des couronnes ! » Le sourire de la petite fille était partiellement édenté mais on ne peut plus rayonnant.

« Besoin d'un coup de main ? » proposa Merlin avec douceur.

L'heure qui suivit se passa à la recherche desdites fleurs, de préférence dans les tons blancs ou jaunes –les deux enfants fronçaient les sourcils lorsqu'elle en choisissait d'autres- ponctuée de bavardages enfantins. Merlin apprit qu'ils voulaient aider à préparer une fête, qui à ce qu'elle pouvait comprendre leur était importante et rassemblerait plus qu'un village –peut-être était-ce plutôt une ville qui se trouvait à proximité ?-. La petite fille était plus loquace que le garçon, mais à sa surprise ce fut lui qui demanda timidement pour lui donner la main lorsqu'ils voulurent rentrer avec leur collecte. Son bras libre plein de fleurs, Merlin se laissa guider par les enfants à travers la forêt.

« Tu vas rester aussi pour la fête ? » demanda-t-il.

« C'est chouette, on peut danser un peu avant d'aller dormir ! » intervint la rousse.

« Pourquoi pas, si je peux » sourit Merlin.

Le rideau d'arbres s'éclaircit peu à peu, et Merlin crut percevoir une musique imprécise qui ressemblait majoritairement à différents types de flûtes. Petit à petit, elle put discerner du mouvement au-delà, qui se précisa à mesure que la forêt s'effaçait. Elle vit alors, dans une immense clairière légèrement en contrebas et flanquée sur le côté d'un ruisseau, un grand rassemblement de personnes affairées à elle ne savait trop quels préparatifs, probablement les festivités locales de Beltane. Elle distingua ça-et-là quelques bûchers en construction, dont le plus grand semblait se trouver au centre, alors que d'autres rassemblaient de la nourriture et de quoi la préparer avec des moyens de fortune. La musique imprécise qu'elle avait distinguée provenait de quelques musiciens qui semblaient plus vouloir s'échauffer ou composer que réellement contribuer à l'ambiance, du moins pour l'instant. La fête n'en était visiblement encore qu'à ses préparatifs.

« Lys ! Cèdre ! »

Les enfants se dirigèrent vers la voix féminine qui avait percé en lisière de la foule.

« On a trouvé plein de fleurs, mère ! » fit l'aîné avec plus de chaleur dans la voix.

Une femme au visage couvert de taches de rousseur et vêtue de tous les tons verts possibles les accueillit en souriant, assise parmi d'autres femmes du même acabit, toutes occupées à tresser des couronnes de fleurs et d'herbes.

« La dame nous a aidés » renchérit la petite avant de se jeter contre le flanc de sa mère.

Les membres du petit groupe parmi la foule éparse la saluèrent d'un signe de tête, toutes en souriant chaleureusement. Merlin fut agréablement étonnée d'un tel accueil et accepta l'invitation de s'asseoir et apprendre à créer elle aussi quelque chose à partir des fleurs qu'elle avait cueillies, bercée par les rires, les conversations et l'agitation ambiante.

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Après plusieurs tentatives à la bien piètre allure, Merlin dut se résoudre au fait qu'elle ne serait jamais aussi douée que sa mère dans une telle confection, malgré les encouragements de son entourage. Quand les conversations au sein du groupe prirent une tournure plus personnelle, elle s'éclipsa après quelques remerciements et vœux partagés, et se laissa happer par la foule de plus en plus active. Elle déambula parmi les inconnus tous plus souriants les uns que les autres, les étals de fortune où plus d'un lui tendit un morceau de nourriture, souvent modeste mais goûteuse et les bûchers en construction. La chaleur estivale était importante sans être pesante, et nombre étaient les hommes qui avaient ôté le haut en conséquence. A deux-trois reprises, elle distingua un tatouage de triskèle sur les peaux ainsi exhibées, et fut surprise de voir des druides se fondre aussi bien dans une foule hétérogène. Cette surprise était loin d'être désagréable, au contraire. Quelque part, cela lui expliquait à quel point la fête prenait de l'envergure et une tournure différente que celle pratiquée à Camelot, beaucoup plus rudimentaire et dinatoire, sans symboles magiques –explicitement- apparents. Les murmures de sa magie étaient noyés parmi la foule, où elle pouvait, étrangement, sentir d'autres pratiquants sans qu'elle n'assiste à l'utilisation de sorts, à moins qu'ils ne soient discrets et que personne n'en étant témoin ne crie au loup.

C'était grisant de n'être qu'une personne parmi tant d'autres; ni servante, ni princesse, ni sorcière, ni magicienne prédestinée.

Elle proposa de participer à l'élaboration des bûchers qu'on lui expliqua être de futurs feux de joie, et si l'écrasante majorité y prenant part était masculine, aucun ne se moqua de sa proposition. Elle accompagna alors un groupe de jeunes hommes aux dos solides à la lisière de la forêt. Ils ne prirent que le bois d'arbres malades ou déjà morts, et Merlin ne s'éloigna qu'une fois pour soulager un besoin naturel. Il leur fallut un certain temps pour tailler le bois et les branches en morceaux transportables à plusieurs, puis faire des allers-retours jusqu'au feu. L'après-midi touchait à sa fin quand tous furent terminés, des modestes au plus grand. La musique se faisait petit à petit plus précise et nourrie, la foule un rien plus dense et bruyante. L'effort sous la chaleur et la proximité de la foule l'ayant légèrement fait suer, Merlin se dirigea vers le cours d'eau pour s'y rafraichir le visage. Elle rougit un peu en voyant quelques personnes plus ou moins dévêtues faire de même ou plus complètement, mais personne ne semblait s'en offusquer. Il régnait une atmosphère particulièrement bon enfant, le sang échauffé à mesure que la journée progressait et qu'une sorte d'attente, d'anticipation régnait dans l'air.

Elle crut entendre son nom appelé puis replongea son visage dans ses mains en coupe emplies d'eau fraîche et claire. Quand sa vue se reprécisa elle l'entendit à nouveau, plus précis, et elle se tourna vers le pan de forêt par lequel elle était arrivée quelques heures plus tôt. Là, elle perçut des silhouettes qu'elle ne connaissait que trop bien, et les implications de ses actions la ramenèrent brusquement et douloureusement à la réalité.

Elle courut vers Arthur alors qu'il descellait d'Hengroen, visiblement furieux.

« Merlin ! » beugla-t-il, rouge de colère. « As-tu complètement perdu l'esprit ?! Que fais-tu ici ? Tu n'as rien ? Comment diable as-tu pu aller aussi loin- »

« -Arthur, Arthur calme-toi, je peux tout t'expliquer » dit-elle en essayant de la rassurer, voulant éviter absolument qu'il n'attire l'attention et ne brise son anonymat tant désiré.

« J'y compte bien, et même tout de suite ! » Il se mit alors à la palper en divers endroits vitaux.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« Es-tu blessée ? »

Cela l'étonna agréablement parmi toutes ces remontrances. « J'ai l'air blessée à ton avis ? »

« Alors, j'attends ! »

Elle ne savait pas quoi dire, pour être franche. Elle n'avait fait que suivre son instinct, sa nature, ses envies tant réprimés. Elle se mit à réfléchir à toute vitesse. « Je… Je me suis promenée dans les bois, ce matin et… je me suis perdue. Au point où j'en étais, j'ai voulu en profiter alors… j'ai croisé des voyageurs à cheval. Ils m'ont conduite jusqu'ici. »

« Tu as perdu la tête ! Qu'est-ce qu'il t'a pris ?! »

Sa colère persistante transforma violemment sa gêne en une jumelle. « J'en avais besoin, d'accord ?! J'étouffais à Camelot et j'avais juste… juste besoin d'être moi-même ! Tu peux comprendre ça ? Pas la servante, juste moi ! » Pas cette magicienne moins que rien aux moindres faits et gestes dictés par un destin aux penchants sadiques… « Je voulais respirer ! »

Arthur sembla reprendre peu à peu ses esprits mais restait passablement énervé. « Bien. Soit. Mais as-tu seulement pensé aux conséquences de ton absence ? »

Merlin ricana. « Oh arrête, tu m'as donné congé, je n'allais pas manquer à tes corvées et Morgane n'avait pas besoin de moi. »

« As-tu songé à quel point ta disparition pourrait angoisser Gaius ? Ou Guenièvre ? »

Cela lui fit l'effet d'un sceau d'eau froide. « Euh… je… non. » Elle baissa le regard, honteuse. Elle n'y avait même pas pensé. Elle resta ainsi de longs instants jusqu'à ce qu'Arthur soupire et la prenne par le bras.

« Viens, rentrons. »

Quitte à être égoïste, autant l'assumer jusqu'au bout… « Non. »

Il se figea. « Je te demande pardon ? »

« Non, je ne veux pas rentrer à Camelot. »

Le prince vociféra quelques paroles incompréhensibles, cherchant ses mots. « Mais qu'est-ce que… tu… Merlin ! Par la Mère, qu'est-ce qui te prend ?! »

« Tu ne comprends pas ? » fit-elle avec une once de désespoir. « Ici je ne suis qu'une personne parmi tant d'autres, je ne suis même pas Merlin, je suis juste… quelqu'un. Sans devoirs, sans responsabilités… » Elle scruta son visage, cherchant à lui faire comprendre de son regard suppliant. « N'as-tu jamais voulu faire la même chose ? »

Cela sembla le faire réfléchir à défaut de le calmer, alors elle continua. « N'as-tu jamais voulu te fondre dans la foule, sans être vu comme un prince ?... »

Il ne répondit pas.

« …je sais que oui. » Elle savait qu'elle gagnait du terrain. « Ici, c'est possible. »

« C'est normal, nous ne sommes même plus dans le royaume de mon père… » répondit-il à voix basse, comme pour lui-même.

Un royaume moins répressif vis-à-vis de la magie, elle le sentait.

« Restons ici. » Elle lui saisit doucement le bras. « Toi, avec moi, juste quelques heures. »

Il fronça les sourcils, têtu. « Nous devons rentrer, on nous attend… »

« Qu'as-tu dit ? Pour pouvoir partir à ma recherche ? » Son cœur enfla d'émotion à ce que cela pouvait impliquer. Qu'un prince se déplace pour une simple servante…

« J'ai… dit que j'avais croisé une créature magique. Pendant ma chasse. J'ai donc proposé de la traquer de sitôt. »

Elle sourit. « Alors ce n'est pas quelques heures de plus ou de moins qui poseront problème. »

« Tu ne veux pas assister à la fête de ce soir ? »

« Et toi tu y tiens tant que ça ? » Elle désigna la foule en pleine activité de son épaule, et il ne sembla la remarquer qu'à cet instant. « Celle-là ne te convient pas ? »

Elle vit un éclat de curiosité traverser ses yeux. Elle se rapprocha un peu plus et caressa son bras plus franchement à travers sa cotte de mailles. « Pas de prince, pas de servante… juste toi et moi. » Puis elle croisa et soutint son regard intensément. Se perdre ainsi dans ses yeux incroyablement clairs fit réapparaître le murmure dans sa peau, qui s'était estompé dans la foule. Il la contempla, le visage adouci.

« Tu y tiens tant que ça ? »

Elle se mordit la lèvre et acquiesça de la tête. Arthur soupira.

« Très bien, mais juste quelques heures. Et je doublerai tes corvées à notre retour. »

Elle laissa s'échapper une exclamation de joie et lança ses bras derrière sa nuque, l'embrassant brièvement mais avec force, guillerette. Puis elle souleva un pan de sa cotte de mailles. « Tu devrais enlever ça si tu ne veux pas qu'on te reconnaisse. Puis on mettra Hengroen dans l'enclos. Il y en a un à l'écart pour les cheveux des voyageurs. »

Un petit sort discret devrait suffire à dissimuler la qualité royale des selle et bride aux yeux des curieux…

Arthur soupira exagérément mais se laissa faire sans protester. Sous sa cotte, il était vêtu de braies légèrement salies par ses recherches et l'une des chemises qu'elle préférait, celle d'un rouge profond un rien trop tombante… S'il ne disait rien pour se trahir, il pourrait presque passer pour un modeste noble profitant des festivités pour se fondre à la population.

« Tu es infernale, tu le sais ça ? » dit-il sans vraiment être convaincant.

Elle lui sourit malicieusement, l'euphorie qui l'avait emplie ces dernières heures réapparaissant peu à peu en elle. « Et je sais que tu adores ça. »


Elle lui demanda, curieuse, comment il avait fait pour la trouver. Après s'être offusqué qu'elle doute de ses talents de chasseur, il avoua qu'Archimède l'avait guidé, étrangement. Ils se joignirent à la foule après avoir rangé la cote de maille dans le paquetage que portait Hengroen, qui lui paissait tranquillement. Merlin prit la main d'Arthur pour lui enlever toute dernière hésitation avec douceur et il se laissa faire sans protester. Il était visiblement peu habitué de passer quasi inaperçu dans la foule car il paraissait quelque peu désorienté. La jeune femme en sourit.

Une vague d'agitation traversa l'assemblée, comme si quelque chose venait de se passer hors de leur vue et Merlin se mit sur la pointe des pieds pour tenter de voir ce qu'il en était : à la lisière des bois, un groupe de silhouettes informes venait d'apparaître. A mesure qu'il se rapprochait, elle distingua qu'il s'agissait de chasseurs pour la plupart vêtus de cuirs amples et sombres qui les dissimulaient en grande partie, visages compris. A leur tête se trouvait un homme à l'attirail bien différent : à peine vêtu d'un pagne, son corps aux muscles jeunes et vigoureux était orné en toutes parts de motifs rituels peints en bleu, ça et là d'éclaboussures de sang et sa tête était surmontée d'une coiffe aux bois de cerf à la taille modeste. Le groupe entier transportait un cerf massif fraîchement tué sur leurs épaules. A mesure qu'ils se rapprochèrent, ils furent accueillis par des cris de joie qui fusaient de toutes parts.

Merlin jeta un œil à Arthur, guettant sa réaction, anxieuse qu'il puisse en être dérangé sans trop savoir pourquoi ni comment. Il le remarqua.

« Une belle prise. Je ne tenterai cependant pas ma prochaine chasse dans un tel attirail. »

La jeune femme se détendit et redirigea son attention vers les chasseurs qui étaient arrivés devant le plus grand bûcher puis commencèrent à dépecer le cerf. Elle pensa alors à l'animal qu'elle avait croisé près de la rivière et son cœur s'alourdit d'une once d'anxiété.

« Toujours aussi peu réjouie à la vue des prises » la taquina Arthur. « Et dire que tu avais insisté pour m'accompagner à la chasse. »

Elle lui fit une grimace qui ne l'amusa que plus. Puis une agitation différente se répandit dans la foule : le soleil se couchait. La musique qui jusque là n'avait été qu'un vague fond sonore bien que permanent gagna en intensité, surtout grâce à l'utilisation de tambours variés d'où résonnaient des notes graves comme claires, qui accompagnèrent la descente de l'astre sous les chants et les bruits de la foule de plus en plus joyeuse. Le tout était tellement communicatif, et en synchronisation avec les sensations persistantes de sa magie, que Merlin ne pouvait s'empêcher d'osciller son corps au même rythme.

C'était la fête du feu, du soleil. De la lumière nourricière qui rend la terre et les corps fertiles, s'inscrit dans un cycle éternel de renouveau. Alors ils les vénéraient.

Merlin ressentit l'envie de se laisser aller contre Arthur, sentir sa chaleur à lui, mais se retint : même s'ils ne risquaient pas d'être reconnus ici, le prince ne se permettait toujours pas de tels gestes en public. Des torches furent allumées à divers endroits de la clairière sous les acclamations toujours nourries de la foule, puis l'attente monta à son paroxysme quand l'astre solaire passa ses derniers instants dans les cieux, en-dessous de la couronne des arbres. A l'instant même où ils surent qu'il avait disparu de l'horizon, les bûchers furent allumés dans une explosion euphorique que la magicienne devait se retenir de rejoindre, même si de moindre mesure. Le bruit résonnait dans ses tempes et emplissait ses oreilles. Le plus imposant se trouvait à quelques mètres devant elle, et elle céda à l'envie de se rapprocher, se faufilant entre les spectateurs et sentant la chaleur grandissante à mesure qu'elle avançait.

Elle en avait presque oublié les chasseurs. Ils étaient agenouillés devant les flammes et achevaient de dépecer le cerf avec des gestes habiles et précis. Elle put discerner le sang qui assombrissait la terre et n'en fut étrangement pas écœurée comme à son habitude. Cela s'inscrivait dans le renouveau. Tous étaient focalisés dans leur tâche à l'exception d'un seul, qui releva la tête à son approche, puis se redressa et captant son regard. C'était celui à la ramure et aux peintures bleu vif. Elles semblaient s'iriser à la lumière du feu et presque prendre vie sur ses membres. Sous la peau et les lanières qui retenaient sa coiffe, elle distingua des yeux d'un bleu captivant, le reste de son visage mangé par les ombres et des traces de terre. Il s'approcha d'elle et un tel regard aurait dû la rendre mal à l'aise, mais pas dans cette circonstance. L'homme, qui devait être de quelques années plus âgé qu'elle, semblait purement et simplement fasciné. Une fois devant elle, il tendit une main ensanglantée, comme l'était tout son avant-bras aux muscles sinueux, pour la toucher, mais une autre, plus claire et puissante, lui saisit le poignet fermement, ce qui dévia son regard. Arthur le fixait, son autorité naturelle et imposante émanant de lui plus efficaces que des mots. Le chasseur le regarda à son tour mais ne sembla jamais perdre son calme ou sa fascination. Alors seulement Merlin remarqua que les personnes les plus proches avaient cessé de s'agiter pour mieux les observer avec curiosité.

L'homme la regarda une dernière fois, puis sourit à Arthur qui le tenait toujours, et de son autre main tout aussi sanglante lui frôla le front comme il l'aurait fait d'une relique, laissant une vague trace sous ses mèches dorées. Surpris, le prince délaissa sa prise alors que l'homme ne cessait de sourire. Leur entourage proche redevint soudainement agité et, en rythme avec la clameur entêtante des tambours, le chasseur s'éloigna vers la forêt avec un pas de plus en précipité, comme ivre d'aller retrouver quelque chose, ou quelqu'un, porté par les cris d'une célébration que Merlin ne comprenait pas complètement.

« C'était quoi, ça ? » demanda Arthur, brisant le charme qui s'était installé. Il semblait perplexe sans être suspicieux.

« Je crois que c'est… une bénédiction ? » proposa-t-elle, jetant un vague regard aux autres hommes qui à présent mettaient les morceaux de viande à cuire au bord du feu. Ce même feu qui se reflétait dans les yeux d'Arthur en ravissant son regard.

« Il voulait te toucher. »

« Et… ? » Son cœur battit un peu plus fort. Se pourrait-il qu'il soit… jaloux ?

Il soupira et la prit par le bras en détournant le regard, comme s'il voulait éviter qu'elle ne remarque l'éclat dans ses yeux. « Viens, je meurs de faim. »

.

Merlin déjà avait le goût des gâteaux d'avoine et des fruits en bouche quand on leur tendit à chacun un morceau de gibier cuit de taille modeste –il fallait bien partager-. La viande était à la limite de lui brûler les doigts et elle mordit dedans en y prenant garde, les sucs manquant de lui dégouliner sur le menton. La chair était tendre et gouteuse et, malgré la portion, lui emplit agréablement l'estomac. Comme Arthur n'y trouva rien à y redire, il devait aussi apprécier. Elle eut à nouveau une pensée pour le cerf et le remercia en silence, en cet instant consciente qu'ils vivaient à son détriment, puisant leur force de la sienne. La bouchée qu'il lui restait, elle la tendit à Arthur qui l'accepta avec plaisir, sachant qu'il avait un plus gros appétit qu'elle, et elle frissonna quand elle sentit ses lèvres frôler ses dernières phalanges.

Ce simple détail lui donna plus chaud que le feu de joie à proximité, ravivant les sensations dans son corps qui s'étaient muées le temps qu'elle rassasiât les besoins de son estomac, et contempla le jeune homme quelques secondes, les sens à fleur de peau. La terre était douce sous ses pieds, et à peine tremblante sous les sauts et les danses qui se répandaient parmi la foule. Elle sentait le feu, une vague odeur de musc et l'air nocturne porteur des senteurs de la nature, de simples détails qui nourrissaient le murmure dans sa peau.

« Viens » proposa-t-elle avec un sourire à Arthur en lui tendant la main, désignant les danseurs de sa tête. Mais le jeune homme semblait ne pas avoir complètement abandonné son orgueil princier, car s'il la suivit, il refusa de prendre part à de telles agitations et resta à l'écart alors que Merlin rentrait dans la danse avec une légère maladresse. Elle tourna sans cesse autour du feu, autour de ces inconnus aussi voire plus euphoriques qu'elle, ses pieds frôlés tantôt par la terre, tantôt par l'air. Les flammes si proches lui chauffaient le corps et lui faisaient tourner la tête autant que ses mouvements, les pans de sa robe les frôlant sans jamais la brûler. Elle frôlait des corps dont elle ne voyait le visage qu'un instant, mais cela suffisait à communiquer leur euphorie, et son cœur battait presque aussi vite que les tambours, accompagnant des instruments qu'elle reconnaissait à peine et semblaient dicter les moindres rythmes de son propre corps. Elle tournait et ressentit l'envie de rire quand quelqu'un ceignit sa tête d'une couronne de fleurs blanches, qui resta en place par miracle; l'envie de se laisser porter par toute cette vie autour d'elle qui faisait écho avec tout son corps, qui semblait se préparer pour quelque chose qui lui était inconnu mais qu'elle attendait tout de même avec impatience…

Elle sentit un bras la cueillir par la taille et l'immobiliser avec douceur. Elle gloussa en regardant les milliers d'étoiles, qui bougeaient trop vite, et se laissa aller contre le corps qu'elle reconnut d'instinct. Sa tête s'appuya dans sa gorge où elle inspira l'odeur qu'elle aimait tant. Elle était docile dans ses bras, savourant le moindre contact, sans les barrières habituelles. Et pourtant Arthur semblait encore indécis à faire le dernier pas qui lui offrirait le statut de simple mortel. De son autre main, il effleura ses cheveux, les fleurs qui y contrastaient, avec à peine plus d'audace que l'air, puis vint cueillir sa joue. Merlin se fondit contre sa paume sans hésiter, tout son corps sans cesse parcouru de ces mêmes pulsations enivrantes. Elle releva la tête juste assez pour qu'il joigne leurs fronts, hésitant. Elle savait qu'il voulait l'embrasser, et dieux elle le voulait aussi, mais le choix était le sien, elle ne lui forcerait pas la main, pas cette fois-ci…

Elle sentit à nouveau le tiraillement familier dans son ventre, celui qui l'avait amenée jusqu'ici, et voyant qu'Arthur hésitait toujours, elle succomba à cet appel et l'entraina avec elle, ondulant parmi les corps s'adonnant à des danses de plus en plus sensuelles, sans jamais les frôler, comme si une force les séparait du reste de la foule, peut-être sa propre magie, qu'elle sentait couler sous sa peau. Comme son sang. Elle ne teintait pas ses yeux mais elle était bien là, réveillée, impatiente, demandeuse.

Ils se fondirent dans la forêt, qui bien que dense était éclairée de manière irréelle par la lumière de la pleine lune et des milliers d'étoiles qui scintillaient au-dessus d'eux, comme autant de gardiens. Merlin ne réfléchit pas, guidée par cet instinct qui avait pris possession de ses pieds, ancrée à la réalité par la sensation des doigts d'Arthur contre les siens et de sa respiration dans son cou. Les bruits et la musique se faisaient de plus en plus lointains, comme s'ils n'avançaient pas en termes de pas mais de sauts. Ils n'entendaient que les bruits de la vie nocturne à la faune presque invisible, avec ça et là les soupirs des couples qui s'aimaient dans les buissons, au pied des arbres. Par moments ils purent même entrapercevoir leurs corps enlacés en un ultime hommage festif. Une pointe de désir la perça sous le nombril et à ce même instant, elle sentit les doigts d'Arthur la serrer un peu plus fort, mais bien que tentée, elle ne se retourna pas, pas encore…

Hypnotisés qu'ils étaient, aucun ne vit la brume éthérée apparaitre autour de leurs pieds, entre les racines, les brins d'herbe et un unique cercle de fleurs, à l'approche d'une frontière. Et si Merlin le sentit sur la peau nue de ses talons, son esprit était bien trop focalisé ailleurs pour qu'elle ne le remarque, poussée toujours plus loin, proche, si proche,…

La vue qui s'offrit à eux leur coupa le souffle.

Là où la forêt s'éclaircissait, sur un petit talus surélevé, se trouvait l'arbre le plus majestueux qu'ils aient jamais vus. Ses racines tantôt découvertes, tantôt enfouies sous la terre s'étendaient alentours comme des artères, assez larges pour qu'ils puissent s'allonger dessus. Elles se rejoignaient en un tronc massif, noueux, qui s'érigeait vers les cieux et donnant ça et là des branches tortueuses qui semblaient vouloir enlacer l'air. Quelques unes parmi les plus basses avaient choisi de retourner en direction de la terre, et pourraient permettre d'en tenter l'ascension. Son feuillage était dense et luisant à la lueur de la lune, comme la fourrure d'un animal, et ses plus hautes ramures disparaissaient parmi les étoiles dans l'obscurité de la nuit. Tapissé de mousses et de fleurs, frôlé par d'autres plantes qui poussaient sous sa protection, il se dégageait à sa vue une impression de paix et d'harmonie. Ce miracle de la nature, à première vue bien plus que multi-centenaire, avait une présence bien plus majestueuse et respectable que n'importe quelle construction de la main des Hommes.

Les deux jeunes gens déambulèrent entre ses racines, la terre douce même sous les chaussures d'Arthur, qui s'en débarrassa sans réfléchir, ni sans lâcher la main de Merlin, pour pouvoir la sentir sous sa peau. L'appel dans les entrailles de la jeune femme atteignait son paroxysme, et se tut ensuite dans un ultime murmure quand elle effleura l'écorce du tronc grandiose de la pulpe de ses doigts. Et alors elle la sentit, la Magie qui ruisselait comme de la sève, comme son sang, qui sembla l'étreindre le temps d'un souffle et lui souhaiter un bon retour, à ses côtés. Pas la bienvenue comme lors d'une première rencontre, non, mais bien après une longue et doucereuse absence. Elle sourit, fermant les yeux et laissa son front se poser contre l'arbre.

Puis elle sentit à nouveau la main qui ne l'avait jamais lâchée la tirer doucement pour la retourner, et quand elle ouvrit les yeux et se permit enfin de voir Arthur, son cœur s'emplit de tendresse à en déborder. Puis à en exploser quand son dos entra en contact avec l'écorce qui étrangement dégageait une douce chaleur, et quand le jeune homme se fonde avec elle, l'embrassant enfin. Un tremblement de plaisir, comme une délivrance, parcourut tout son corps et se perdit dans sa matrice.

Les rares fois où il sépara leurs lèvres dans les longs instants qui suivirent, il les passa à la contempler comme s'il tenait une merveille dans ses bras et non une simple femme. Car c'était bien ce qu'ils étaient ici : non pas un prince et une servante, mais une femme, un homme. Dans la pénombre, ils auraient pu se confondre aux couples qui s'abandonnaient dans les bras l'un de l'autre, tous égaux sous la veillée de la lune pleine.

Mais pour Merlin, c'était bien plus qu'un homme qu'elle serrait contre elle et embrassait à s'en perdre. C'était Arthur. Arthur qu'elle aimait de tout son être, et qui la faisait doucement délirer avec ses baisers et ses caresses, chacun attisant le désir qu'elle sentait brûler en elle, encore et toujours, et toujours en vain…

Mais pas cette fois. Cette fois, il se mit à tirer doucement sur ses laçages, son col, à glisser ses lèvres juste en-dessus du tissu, demandant en silence son accord, et le cœur de la jeune femme se mit à tambouriner sous sa bouche. Puis elle saisit son visage et le redressa avec douceur, rien que pour se retrouver dans ses yeux quelques instants, savourer leur liberté, qui subitement l'effraya quelque peu; ses yeux si clairs sous les rayons incroyables de la lune... Elle s'en détacha à peine quand ils relevèrent ensemble les pans de sa robe, puis la firent passer par-dessus sa tête, la jetant de côté sans un regard, et quand il l'étreignit à nouveau ses vêtements pourtant de qualité royale semblèrent désagréablement rêches sur leurs peaux.

Il fut le premier à relever sa chemise et elle s'empressa de l'aider, de plus en plus excitée, voulant sentir autre chose que l'air plus que tiède et l'écorce sur son corps. Un instant il s'abaissa pour se débarrasser de ses encombrements, et l'autre il se tint nu devant elle. Toutes les fois où, seule dans sa chambre, elle avait tenté avec frustration de reconstruire son corps ainsi, avec des éclats de souvenirs brumeux tombèrent aux oubliettes lui revinrent en mémoire, et elle inspira profondément. Ses yeux dévalèrent chaque relief, chaque muscle et furent particulièrement hypnotisés par son sexe alourdi sans être encore totalement érigé, pesant entre ses cuisses puissantes. Elle rougit en tentant en vain de détourner le regard, une sensation de vide en train de prendre naissance entre ses propres cuisses, qu'elle eut envie d'écarter mais n'osa pas quand ils s'enlacèrent à nouveau, soupirant au contact de la peau de l'autre après tant de temps passé, perdu à résister.

A présent, ils semblaient vouloir rattraper ce temps perdu, honteusement gaspillé et caressèrent avec empressement chaque étendue de peau qui s'offrait à eux. Merlin sentait à peine les mains d'Arthur sur son dos qu'il descendait déjà sur ses reins, ses fesses, l'arrière de ses cuisses et remontait sur ses flancs... Elle arrivait à peine à se concentrer sur ce que ses propres paumes et pulpes découvraient et redécouvraient. Rien que de le sentir pressé contre elle et de l'embrasser lui faisait déjà tourner la tête, et ses jambes en devenaient flageolantes. Le comprenant en silence, Arthur l'allongea sur le sol avec une facilité qui ne cessait de l'émoustiller, et la couronne de fleurs tomba de sa tête. Il paraissait encore plus imposant ainsi, au-dessus d'elle, en appui sur ses bras de part et d'autre d'elle, prêt à laisser le reste de son corps se fondre à nouveau contre le sien. Subitement dépassée, Merlin resserra les jambes et saisit son visage avec douceur pour lui demander un instant de répit, son flanc en appui contre le sien. Elle eut besoin de respirer, reprendre ses esprits, noyée dans les sensations et les émotions, submergée par un tel crescendo. D'abord surpris, Arthur prit conscience qu'il en était de même pour lui et, se mettant en appui sur un côté, il caressa sa joue tournée vers lui du bout des doigts, comme rêveur. Seules leurs respirations saccadées pouvaient s'entendre dans le calme nocturne.

Merlin avait beau le voir presque tous les jours, sa beauté continuait de fasciner, et elle ne se lassait jamais de le regarder, en particulier son visage. Alors pendant quelques instants, c'est ce qu'elle fit, l'admirer sans le toucher, alors que lui frôlait ses pommettes, sa mâchoire, la chute de sa gorge. Quand il pianota ses clavicules elle avait repris un minimum de contrôle sur sa respiration et se détendit entre les racines, ouverte à l'exploration curieuse et presque timide du jeune homme. Il s'attardait sur le haut de sa poitrine, hésitant, et Merlin finit par lui saisir doucement le poignet pour diriger sa main sur l'un de ses seins. Elle frissonna quand il effleura presque par mégarde le mamelon déjà érigé, puis caressa presque trop légèrement les volumes alentours, passant d'un mont à l'autre, les regardant monter et descendre au rythme de la respiration de la jeune femme, à nouveau un rien plus saccadée. Puis une lueur passa dans son regard et il commença à oser la caresser plus pleinement, se passant la langue sur ses lèvres par appréciation quand il en emplissait sa paume et arrachait ainsi un soupir de plaisir à Merlin. Elle sentait des picotements chauds se répandre de ses seins à son ventre, où le désir recommençait à prendre de l'ampleur.

Changeant à nouveau ses appuis, Arthur se repositionna au-dessus d'elle et l'embrassa avec un peu de maladresse, toujours occupé à la caresser, cette fois un rien trop fort. Merlin en profita pour caresser son torse à son tour, les yeux fermés, et laisser ses mains parcourir ses flancs, son dos et l'attirer contre elle, réduisant l'écart entre eux. Mais pas assez pour que la main d'Arthur se faufile le long de son ventre et finisse par atteindre la naissance d'une de ses jambes, jointe à sa jumelle. Ils interrompirent leur baiser et le jeune homme chercha son accord dans son regard. En réponse, Merlin écarta légèrement ses cuisses, presque avec timidité, surprise par la sensation que procurait la fraîcheur de l'air sur ses chairs ainsi découvertes. Arthur se redressa légèrement pour mieux observer ce qu'il faisait et elle rougit, prise par l'envie de se dissimuler à son regard, le sien à nouveau attiré par sa verge dont les proportions l'excitaient et en même temps la rendaient incertaine. Mais elle ne l'arrêta pas quand ses doigts se mêlèrent à sa toison aux boucles sombres, et elle rougit plus fort en sentant son regard s'attarder entre ses cuisses, suivi par des doigts curieux mais bien loin d'être téméraires.

Elle haletait et son ventre papillonnait, sa timidité rapidement supplantée par le désir qu'il la touche et non la frôle. Elle geignit et lui prit la main pour la guider entre les lèvres qu'il n'avait osé écarter, et elle l'entendit à peine retenir une exclamation de surprise car elle-même venait de gémir, un sursaut de plaisir la traversant et faisant onduler ses hanches par instinct, encore plus fort quand l'un de ses doigts glissa en elle avec facilité, tant le désir l'avait lubrifiée. Merlin était dépassée par ces sensations, plus habituées par ses doigts à elle, plus fins et courts… Arthur, lui, était complètement hypnotisé par ce qu'il voyait, ce qu'il sentait; par la jeune femme qui réagissait si intensément sous la pulpe de ses doigts. Il continuait à la caresser mais quand il releva le visage pour capter son regard, il semblait aussi perdu et submergé qu'elle, en train de se tortiller sous lui sans trop comprendre. Un murmure l'acheva.

« M-Merlin. »

Il glissa hors d'elle alors qu'elle l'attirait tout contre elle, puis se mit à l'embrasser éperdument, le souffle coupé par le poids de son corps qui s'effondra à demi contre le sien, entre ses cuisses ouvertes et maintenant accueillantes. Le contact de son membre durci contre ses chairs humides à elle acheva de les rendre fou, et ils le saisirent presque en même temps, Merlin s'attardant à peine pour le sentir sous ses doigts. Avec empressement, emportés par leurs instincts, elle le guida pour qu'il la pénètre enfin. Son ventre fut pris d'un soubresaut quand elle sentit son sexe emplir le sien, presque à l'excès, et elle enlaça Arthur, une main crispée dans ses cheveux en haletant bruyamment. Lui venait de laisser s'échapper un gémissement de ses lèvres qui n'aida en rien ses sensations. Elle se perdit dans son regard, immobile, et vit son visage surpris s'éclairer peu à peu d'un sourire tendre, qui étirait ses lèvres entrouvertes.

En cet instant, elle ne put penser qu'à quel point elle pouvait l'aimer, et le plaisir de l'avoir enfin dans ses bras sans barrière, en elle et surtout avec elle se répandit dans tout son corps. Elle lui sourit en retour et se laissa embrasser, lentement, profondément, s'interrompant seulement pour soupirer quand Arthur commença à aller et venir en elle.

C'était maladroit, hésitant, comme tout le reste cette nuit, mais cela suffit. Bien plus. Elle adorait ça, cette proximité, cette sensation qu'Arthur la complétait... Même si quelques va-et-vient étaient presque douloureux, elle n'aurait cessé pour rien au monde. Elle ressentait une pression agréable en elle, dans son ventre, mais elle aimait par-dessus tout les soupirs d'Arthur, plus prononcés que les siens, et la manière dont il semblait de plus en plus pressé, poussé à rendre ses coups de reins plus saccadés, erratiques. Elle tentait d'y répondre, le souffle court, gémissante lorsqu'elle ressentait un élan de plaisir, et restait cramponnée à lui sans détacher son regard de son visage, hypnotisée par la moindre émotion qu'elle pouvait y discerner : il semblait aimer ça, énormément, et chercher quelque chose avec à la fois incertitude et frénésie. Merlin ressentit une envie supplémentaire de l'aider, en plus d'être poussée par son propre plaisir, et prit mieux ses appuis pour essayer de répondre à ses coups de reins avec moins de maladresse. Elle fut à la fois gênée et encore plus excitée en prenant conscience des bruits humides produits par les rencontres de leurs corps. Elle l'entendit murmurer ce qui ressemblait à son nom, entre deux gémissements qu'il n'arrivait pas à contenir et frissonna violemment. Il s'accrochait maintenant à elle tout autant qu'elle le faisait, rendant leurs mouvements encore plus chaotiques et presque douloureux, et elle vit sa bouche s'ouvrir un peu plus, comme incapable de respirer l'espace d'un instant.

Elle le sentit à peine jouir en elle, trop concentrée sur son visage joliment rougi, où elle découvrit pour la première fois comme un abandon. Elle le serra un peu plus dans ses bras quand il se fit plus pesant sur elle dans un long soupir, ses hanches ondulant encore quelques fois, comme pour revenir sur terre. Merlin était tiraillée entre son envie de plus et l'immense tendresse qui la submergeait. Il tentait difficilement de reprendre le contrôle de sa respiration contre son cou, son souffle agréable sur sa peau. Elle sentait les battements frénétiques de leurs deux cœurs et glissa sa main entre leurs corps jusque là où ils étaient joints pour se caresser lentement, trop lentement, forçant son propre corps à reprendre peu à peu son calme. Elle sourit en sentant Arthur embrasser son cou de longs instants après, puis caressa ses cheveux légèrement humides de sueur, apaisante, avant de tourner son visage vers le sien pour l'embrasser. Il semblait reprendre peu à peu ses esprits et l'enlaçait à présent avec la force qui venait de lui faire défaut.

Elle se laissa bercer, profitant de la chaleur et de la tendresse de leur étreinte ininterrompue pour s'assoupir, ses sens délicieusement envahis par Arthur.


Merlin rêvait à demi. Elle sentait la terre et l'arbre sous elle, contre elle. Ils respiraient, l'enlaçaient de leur magie, les racines semblant vouloir les couper du monde comme l'étreinte aimante d'une mère. Elle resserra ses bras autour d'Arthur et écouta les voix murmurer.

Elle revoyait les yeux du cerf, leur éclat de feu et sentait son museau sur son ventre. Ou était-ce le bras d'Arthur ?

Les feux l'hypnotisaient, l'attiraient comme pour l'étreindre, la posséder, la vénérer. Consumer son corps, sa magie, son âme. Elle sentait son cœur battre au même rythme que les appels de plus en plus prononcés, suppliants.

Emrys, Emrys…

Merlin se réveilla en inspirant brusquement, ses yeux grands ouverts d'une couleur d'or éclatante. Sa vue se perdit dans l'infini, à travers les feuillages, les cieux, les étoiles, juste le temps d'un battement de cœur raté.

Elle cligna des yeux, à nouveau bleus et revint sur terre, le cœur battant. Elle prit conscience qu'elle était toujours allongée entre les racines, contre Arthur endormi, l'un de ses bras dans le creux de ses reins et l'autre bien sur son ventre.

Une étrange sensation était apparue dans son corps. Comme si elle était aux aguets, sensible à l'excès, consciente d'absolument tout ce qui se trouvait autour d'eux. Elle se fondit un peu plus contre Arthur, voulant se couper de cette sensation qui, sans être oppressante, était légèrement envahissante. Elle releva les yeux mais sa vue était bien occultée par les feuillages luxuriants. Alors seulement elle sembla se rendre compte que d'innombrables banderoles, fines et légères, pendaient de certaines des branches, lui rappelant des offrandes. Elles oscillaient avec grâce dans la brise de la nuit.

Elle le savait d'instinct mais en avait à présent la certitude, ce lieu était sacré. Voir les ondulations calmes et sereines lui fit clore ses paupières et s'assoupir à nouveau.

.

Elle rêva qu'Arthur la tirait de son sommeil avec des caresses fiévreuses, avant de lui faire l'amour à nouveau. Elle entendait au loin les battements primitifs des tambours. Les branches au-dessus de sa tête dorée lui rappelèrent les ramures d'un cerf.

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Merlin fut réveillée par le chant des oiseaux et l'agréable sensation d'une main qui caressait la peau du bas de son dos. Elle ouvrit les yeux et ne vit d'abord que l'épaule et le flanc d'Arthur, car sa tête reposait sur son torse. Elle releva la tête sans s'en décoller et le vit la contempler, les yeux à demi clos comme au sortir d'un rêve, un sourire paisible sur ses lèvres. Le sommeil avait rendu sa voix plus rauque et elle bourdonna agréablement sous son oreille.

« Bonjour. »

Mais le soleil se levait à peine.

Elle lui sourit, il l'embrassa sur le front et se rapprocha encore plus de lui, leurs jambes emmêlées, et ils profitèrent de quelques longues minutes de calme pour sortir complètement du sommeil.

A mesure qu'elle se rappelait de tout, Merlin se mit à rougir, mais en ressentit aussi un certain bonheur. Elle caressait son torse distraitement, ses doigts glissant entre les poils blonds, presque bercée à nouveau par les mouvements de la respiration et les battements réguliers du cœur du jeune homme. Ses paroles la ramenèrent à la raison.

« J'aimerais rester… Ici, avec toi, mais… »

Il murmurait, comme s'il ne voulait pas briser un rêve.

Merlin ferma les yeux en sentant une pointe de tristesse dans sa poitrine. Elle aussi voulait rester, elle ne demandait que ça. Mais il lui fallait bien se faire une raison.

Ils finirent par se lever à contre cœur et récupérèrent leurs vêtements épars en résistant à la tentation de trop se regarder l'un l'autre. En s'éloignant pour soulager leurs besoins naturels, ils perçurent le bruissement d'un ruisseau non loin et allèrent ensuite s'y désaltérer avant de faire un brin de toilette. L'eau fraîche sur son visage acheva de réveiller Merlin, qui se rinça distraitement les aisselles, les flancs et, sans oser regarder Arthur de peur de trop le désirer à nouveau, l'intérieur de ses cuisses. Etonnamment, il se vêtit sans lui demander de l'aide et n'osa la toucher à nouveau qu'une fois habillés, passant un bras autour de sa taille.

L'arbre disparut rapidement derrière eux, mais nul ne le remarqua.

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Ils marchèrent longtemps, bien plus longtemps qu'il ne leur avait été nécessaire la veille avant de retrouver la clairière où seul le plus grand feu de joie rougeoyait encore faiblement, le soleil reprenant pleinement ses droits. Beaucoup de festoyeurs s'étaient éclipsés dans les bois ou dormaient à même le sol, épuisés après une telle nuit. Merlin entendit un unique courageux jouer un air doux et clair de flûte qui se mêlait parfaitement aux chants des oiseaux.

Quand ils retrouvèrent Hengroen, Archimède était perchée sur sa selle, comme s'ils les attendaient, ce qui les amusa. Arthur souleva Merlin avec facilité pour la poser sur l'étalon alors que l'oiseau s'envolait au-dessus d'eux, et elle arrangea tant bien que mal les pans de sa robe entre ses jambes pour ne pas être trop inconfortable –elle ne sembla consciente qu'à présent qu'elle ne portait rien d'autre- ni trop déséquilibrée, et elle se fichait bien que ses jambes soient ainsi en partie découvertes. Puis le jeune homme grimpa derrière elle, ses bras passant de part et d'autre de ses flancs pour saisir les rênes et les diriger derrière Archimède, vers le chemin du retour. Vers Camelot.

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Une heure, puis une autre, et encore une autre… passèrent presque entièrement en silence, les deux jeunes gens perdus dans leurs pensées. Ils ne s'arrêtèrent que deux fois, pour manger ce qu'ils trouvèrent et soulager leur vessie. Merlin se tortillait de temps à autre dans la selle, comme agitée, mais se laissait aller contre Arthur la plupart du temps. Chaque enjambée les rapprochait de leur maison, et pourtant…

« Je ne veux pas rentrer » souffla-t-elle dans le cou du jeune homme, droit presque au point d'en être rigide.

« Je sais » répondit-il, un peu à contrecœur.

Merlin tira sur les rênes d'Hengroen pour l'arrêter et se retourna du mieux qu'elle put pour lui faire face. Elle voulut parler mais rien ne sortit de sa bouche. La détresse qu'Arthur pouvait lire sur son visage semblait suffire.

« Faisons une pause. »

Il descella derechef, suivi de Merlin, puis entraîna leur monture vers un ruisseau en contrebas pour qu'ils puissent s'abreuver. La forêt se faisait moins dense, laissant apparaître ça et là des champs et des sentiers, avec un occasionnel village au loin. Ils savaient qu'ils approchaient de la frontière entre les deux royaumes.

Merlin s'éloigna dans un champ aux herbes folles, grimaçant de temps à autre lorsque quelque chose de solide se retrouvait sous ses pieds nus. Elle se rendit alors compte que le murmure qui l'avait obsédée ces derniers jours avait disparu. Sa magie répondait bien présente lorsqu'elle l'appelait discrètement, mais ce n'était plus comparable, c'était… habituel. Son regard se perdit au loin, déjà nostalgique.

Des mains vinrent lui caresser les bras et elle se laissa aller en arrière contre Arthur en fermant les yeux pour qu'il n'y lise pas ce qu'elle ressentait. Il voulait lui demander de se retourner et continuer, elle le savait, mais lui-même s'y résignait sans joie.

Il la tourna avec douceur et embrassa son front, comme pour tenter d'en enlever la tension. Elle frémit et se redressa pour saisir sa bouche et l'embrasser, comme pour qu'il l'apaise, et l'enlaça avec force. Il la serra plus calmement, puis céda peu à peu sous ses baisers. Après quelques caresses fiévreuses et l'empressement de leurs respirations, il la renversa dans le champ puis passa une main sous sa robe, la remontant jusqu'à sa cuisse sans qu'ils ne cessent de s'embrasser.

C'était la même terre, sous elle, et pourtant Merlin la trouva bien moins confortable, surtout quand elle sentit Arthur se figer, interrompant leur baiser.

« Qu'est-ce qu'il ne va pas ? » demanda-t-elle d'une petite voix essoufflée.

Il cligna des yeux, comme subitement conscient de quelque chose. « Je… Merlin, je suis désolé, je t'ai déshonorée… »

Elle en cria presque et saisit son visage un peu trop fort. « Ne-dis-pas-ça ! »

Ils n'étaient même pas encore rentrés à Camelot qu'à nouveau, ils n'étaient plus uniquement Arthur et Merlin, mais un prince et une servante. Les larmes lui brûlèrent les yeux.

« Ne dis pas ça, ne dis pas ça… » répéta-t-elle en joignant leurs fronts.

« Mais… »

« Je le voulais, je le veux… Arthur je ne veux personne d'autre… »

Il déglutît. Elle hésita, encore et toujours consciente de son statut. Elle couina. « Ou est-ce moi qui ne suis p- »

Il la tut d'un baiser amer. « Non. Non Merlin. Tu n'es pas que ça pour moi. »

Elle soupira de soulagement, le cœur toujours gros alors qu'il continuait à l'embrasser, incapable de trouver ses mots, de s'exprimer autrement. Elle n'en menait pas plus large et fit de même, tentant de traduire sa détresse et ses sentiments avec son corps.

Ils ne se déshabillèrent même pas, se contentant de retrousser sa robe et abaisser ses braies. Elle lui ouvrit ses cuisses de la même frénésie presque douloureuse avec laquelle ils s'étaient embrassés, puis avec laquelle il la pénétra.

Elle tirait sur ses cheveux chaque fois que l'un de ses coups de reins la faisait gémir, et bien vite, trop vite, il se répandit en elle en ravalant un cri. Merlin se laissa retomber entre les brins, les yeux perdus dans les cieux et ancrée au sol par le poids d'Arthur qu'elle ne cessait d'étreindre, comme si elle avait peur qu'il s'en aille.

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« Nous devons rentrer. »

Elle se laissa faire avec la docilité des vaincus, grimaçant quand la dureté de la selle se fit désagréable entre ses cuisses. Les bras d'Arthur qui l'encerclaient pour saisir les rênes le faisaient avec plus de tendresse, et cela acheva tout ce qu'il restait de protestation en elle. A la place, elle se mit à savourer sa présence et leurs souvenirs, à présent d'amants. Quand elle y pensait, une chaleur agréable et rassurante se répandait dans son ventre et sa poitrine.

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Malgré tout, la vue familière de Camelot au coucher du soleil la fit sourire, ainsi que les piaillements d'Archimède au-dessus de leurs têtes, qui se dirigea derechef vers la fenêtre de la chambre de la magicienne. Merlin dut se séparer d'Arthur avant d'être à portée de vue des gardes, pour ne pas éveiller les soupçons –après tout, le prince était censé rentrer d'une chasse au monstre magique en solitaire- et elle fut particulièrement discrète pour rentrer chez elle.

Ou du moins, jusqu'à ce qu'elle referme la porte derrière elle. Et se retrouve en face de Gaius.

« Merlin, où diable étais-tu passée ?! »

Elle inspira profondément. Le retour à la réalité commençait magnifiquement bien.


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A/N : Vous aurez compris que ce n'est pas mon style d'écrire des premières fois avec des multitudes de préliminaires maîtrisés, plusieurs orgasmes et pas une goutte de sueur… et personnellement je ris un peu quand je lis ça (et ça semble être la tendance). J'espère que ça vous a plu quand même, depuis le temps que je les torturais… et je trouve toujours d'autres manières de les torturer :p

Accessoirement, pour les intéressés, j'ai mis quelques liens (merci wikipedia, t'es pas très fiable mais t'es utile) qui donnent des infos supplémentaires, notamment sur les fêtes (Beltane, Yule, Samain, tout ça…).

Dites-moi ce que vous en avez pensé et on se retrouve au prochain chapitre (si je ne me prends pas trop de tomates :p) ! :)