5 février 515
Cela fait quelques jours que Kami est rentré, épuisé, d'un terrible combat duquel il n'a rien voulu dire à Kei, et cette dernière est très inquiète à son sujet. Le patron du restaurant japonais lui a donné une semaine de congés pour qu'elle puisse s'occuper de lui, et elle sait qu'elle ne peut pas abuser de sa gentillesse. Elle ne veut pas donner l'impression de chercher tous les prétextes possibles pour ne pas travailler. Et puis, elle aime bien ce travail de serveuse, qui lui permet d'être au contact d'autres personnes asiatiques, et d'entendre parler sa langue natale.
Elle soupire en essuyant la vaisselle. Kami mange, Kami dort en alternance avec son père pour continuer de monter la garde, mais il a l'oreille et la queue basses, et il n'a pas réclamé le moindre câlin depuis trop longtemps.
Ça lui fait mal au cœur, de voir Kami dans cet état-là. C'est comme si quelqu'un lui avait arraché quelque chose d'important, sa fierté, sa dignité, quelque chose comme ça. C'est effrayant. Alors, pour lui remonter le moral, elle décide de farfouiller dans le « placard secret ». Kami lui en a interdit l'accès, mais à situation désespérée, mesures désespérées.
Le pokémon ne fait pas le moindre geste pour l'empêcher d'ouvrir le placard interdit. Il a vraiment le moral au plus bas.
Là, soigneusement triées, se trouvent toutes les « surprises » que Kami lui a déjà faites, et celles qu'il réservait pour plus tard. Les costumes sont soigneusement pliés et classés, avec les accessoires correspondants. Elle est étonnée de voir un costume de policière, menottes incluses, car son compagnon est plutôt dominateur. D'autres gadgets lui hérissent les cheveux sur la nuque tant ils ressemblent à des instruments de torture – électrodes délivrant des décharges électriques, matériel médical détourné, pinces protégées par des embouts en silicone, bâillons, cagoules...
Elle secoue la tête. Elle a en tête une idée bien précise. Puisque Kami ne va pas bien, il lui faut un costume d'infirmière. Kami en a certainement prévu un, s'il a prévu un costume de policière.
Elle farfouille et, entre un costume de dompteuse en fausse fourrure tigrée avec accessoires assortis, et un costume de chaton dont la queue se fixe à l'aide d'un plug plutôt que d'une ceinture, elle trouve ce qu'elle cherchait. En tapinois, elle se glisse dans la salle de bain le temps de se changer.
Elle en ressort en minijupe et soutien-gorge push-up roses, un petit bonnet sur la tête, un tablier minuscule autour des hanches, perchée dans des chaussures aux talons vertigineux, un faux stéthoscope autour du cou. Kami lui jette un regard désintéressé qui lui fait l'effet d'un poignard en plein cœur. Un instant elle se prend à réfléchir à la situation, absolument absurde, d'une femme humaine essayant de séduire un pokémon asexué, mais l'état déplorable dans lequel est Kami la fait changer aussitôt d'avis.
Elle s'approche à petits pas et s'assoit au bord du lit, passant une main légère sur le front de son amant.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Il la contemple d'un œil vide.
- Kami, dis-moi ce qui ne va pas.
Aucune provocation. Elle ne met ni dans sa voix ni dans son comportement, quoi que ce soit qui puisse laisser croire qu'elle a envie d'une partie de jambes en l'air. L'inquiétude est la seule chose qui fasse vibrer les mots dans sa bouche et briller ses yeux.
Kami se redresse sur un coude et soupire.
- Je ne sais pas, avoue-t-il. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Depuis... depuis que j'ai été blessé, je n'ai vraiment plus envie de rien.
Kei se penche vers lui et le serre dans ses bras.
- Ce n'est pas la peine d'essayer, répond Kami en la repoussant. Je n'ai vraiment pas la tête à ça.
- Mais, proteste l'humaine, je veux juste te réconforter !
Les larmes perlent au bord de ses grands yeux noirs.
- Alors pourquoi tu as mis ce costume ?
Ses cils papillonnent.
- Mais voyons, soupire-t-elle comme si c'était l'évidence même, c'est pour le plaisir de tes yeux, tout simplement ! Enfin, si tu préfères que je mette un kimono, je mettrai un kimono, voilà tout.
Elle se penche vers lui jusqu'à toucher le nez du pokémon avec le sien.
- Tu veux que je m'habille autrement ?
Il soupire profondément.
- Je ne sais pas. Après tout c'est moi le pokémon, c'est moi qui suis censé obéir. Tout ce que j'essaye de faire tout seul, je le rate.
Il lui tourne le dos en s'enroulant dans la couverture. Kei reste bouche bée pendant quelques instants, n'en croyant pas ses oreilles. Elle se reprend rapidement. S'il a le moral tellement bas qu'il se considère aussi mal, tous ses efforts pour lui redonner un peu de self-respect et de dignité se solderont par des échecs. Que peut-elle faire d'autre que de venir le chercher dans les noirs abysses dans lesquels il s'est plongé, et l'en tirer pas à pas ?
- Bon, soupire Kei en se relevant, comme tu voudras. Tu veux être dressé comme n'importe quel pokémon, à ta guise.
Elle se dirige résolument vers l'armoire pour se changer à nouveau. L'idée ne lui plaît pas trop, mais elle a encore quelques souvenirs de ces temps lointains, lorsqu'elle – lorsque Yumi – était policière, et qu'elle dressait son caninos règlementaire.
La fausse fourrure tigrée ne lui convient pas. Elle lui préfère un assemblage hétéroclite de vêtements noirs et près du corps.
L'humaine a un frisson d'appréhension en se saisissant de la cravache de Kami – elle qui a pris l'habitude d'être de l'autre côté de l'objet, est prise d'une crainte respectueuse en posant la main sur le manche. La laisse et le collier du costume de dompteuse viennent compléter l'ensemble.
Elle respire un grand coup en fermant l'armoire.
« Je vous l'avais bien dit ! » piaule Sakura. « Quand on fait des bêtises on finit toujours par le payer. Alors, raison de plus pour arrêter les vôtres, vu ? »
Céra, qui désormais ne peut plus se tenir ailleurs que sur la poutre qui soutient le plancher à cause de sa masse trop importante désormais, regarde Joey, qui la regarde. Tous deux pouffent..
« Voyons, Sakura, tu n'es pas sérieux j'espère ? » roucoule la dinosaure.
« On fait ce qu'on veut » rétorque Joey en croisant les bras. « Nous sommes grands. Et tu nous traites toujours comme des bébés ! »
« C'est vrai » renchérit Léo. « Tu es toujours derrière nous, à croire que c'est toi le dresseur, et pas l'humaine. Reste à ta place. »
Le félin s'assoit et lèche une de ses pattes avant en laissant tomber, entre ses dents, un « frustré » à peine masqué.
Amalthea et Saturnin font tout ce qu'ils peuvent pour se retenir de rire. Pixel jaillit de la prise réseau en lançant des étincelles moqueuses.
« Vous vous êtes tous ligués contre moi ! » proteste Sakura.
Mew-le-Père, volant tête à l'envers, tire un des pétales du ceriflor et fronce les sourcils à son intention.
« Kei et Kami » explique la gerboise rose « c'est une situation spéciale et complexe. N'essaye pas de faire l'amalgame entre ce que Kei est en train de faire, et les réprimandes d'un dresseur à son pokémon. Ça n'a rien à voir. »
« Ah ouais ? » piaule Sakura sur un ton de défi.
-Allez, lève-toi !
Le ton de Kei est impérieux. C'est la première fois qu'elle parle à Kami sur ce ton-là. Ce dernier en ouvre de grands yeux ronds. Il se redresse et s'assoit.
- J'ai dit : debout !
Kei a les yeux sévères, un collier et une laisse dans une main, une cravache dans l'autre.
- Monsieur Kami veut jouer au pokémon ? Je vais te traiter comme un pokémon, tu vas voir !
Le collier est refermé autour de son cou avant qu'il ait eu le temps de protester, et la laisse le tire vers le milieu de la pièce.
- Assis !
La cravache est levée il préfère ne pas désobéir et s'assoit promptement sur le tapis du milieu de la pièce, encore un peu abasourdi par le renversement de situation.
Kei se sert du bout de la cravache pour pousser la queue de côté, lui faire redresser le menton, soigner sa posture.
- Peut mieux faire, grogne-t-elle avec une moue perfectionniste. Bon, on essaye autre chose. Fais le beau !
Mollement, il garde son équilibre, accroupi sur ses jambes, et lève les mains à hauteur du visage.
- Les coudes contre le corps !
Le bout de la cravache pousse un coude contre son flanc. Kei l'observe sous toutes les coutures d'un œil critique alors qu'il s'efforce de garder la position, assez inconfortable.
Kami trouve qu'il y a quelque chose de relaxant dans le fait de ne pas avoir à penser par soi-même. Concentré pour suivre les directives de l'humaine au plus près, il n'a pas non plus l'occasion de s'apitoyer sur son sort de pokémon surpuissant mis en échec par quelques projectiles lancés par des humains. Il s'est certes battu contre un spiritomb, ce qui n'est pas rien, mais il a néanmoins manqué de réflexes et de rapidité d'action à cause de son manque de sommeil. Et lorsqu'il a enfin agi, ce fut pour vider stupidement ses réserves d'énergie, pour le simple plaisir de montrer ce dont il était capable. La presse est en émoi depuis son explosion psychique, et nul doute que la Team Rocket a déjà fait le rapprochement entre le mystérieux événement et la mort de Fiorangela et Spiritomb.
- Et alors, tu rêvasses ?
La cravache, appuyée au creux des genoux, le rappelle à l'ordre. Il a mal dans les bras, il n'a pas l'habitude de marcher ainsi à quatre pattes. Luttant contre ses muscles endoloris, il reprend sa parade, sous l'œil vigilant de Kei.
« Marche sur tes orteils ! » encourage Léo. « Tes orteils et tes doigts ! »
Il a le malheur de s'interrompre pour tourner la tête une claque sur la fesse droite lui rappelle son rôle.
Les oreilles plaquées en arrière, la queue à l'horizontal derrière lui pour soulager ses bras du poids de son torse, il tend un bras, s'appuie sur ses doigts arrondis et non plus sur les paumes. À son grand étonnement, la posture est plutôt confortable.
Il plie un genou, le talon ramené sous le bassin, et avance son long pied, pointe en avant il ne s'appuie que sur la pointe, comme un félin. Au bout de quelques pas de cette manière, les tensions dans ses reins disparaissent.
Comme si son corps était fait pour se déplacer ainsi, félinement, souplement, rasant les murs, tapis dans l'ombre, à l'image d'un grand carnivore à l'affût.
Il sourit à demi. Il a peut-être été blessé, mais il n'en reste pas moins le pokémon le plus puissant du monde. Il trouvera un moyen de se protéger des balles.
Kei brosse doucement le pelage de Kami. Ce dernier ronronne de plaisir. Servir d'animal de compagnie est une première pour lui et apparemment, il a l'air d'apprécier.
- Je t'aime, Kei.
- Moi aussi je t'aime, Kami.
- Je ne veux pas te perdre.
Il enfonce son museau dans le giron de l'humaine, qui lui caresse la tête.
- Tu ne me perdras pas, mon amour. Je resterai toujours avec toi, quoi qu'il arrive.
- Ce n'est pas ton éventuel départ que je crains, mais mon incapacité à te protéger. Nous avons failli y rester, à cause de mon manque de vigilance et de ma fierté. Je ne veux pas qu'une situation similaire se reproduise, tu comprends ?
Elle acquiesce doucement.
- Oui, je comprends. Tu t'inquiètes pour moi. Tu as peur de me perdre à cause d'une erreur stupide. Mais même si tu t'en veux toute ta vie pour ça, moi je ne t'en voudrai pas. Je ne t'en voudrai jamais. Je t'aime trop pour t'en vouloir.
Elle entoure les épaules du pokémon d'un bras affectueux.
- Tu as sublimé toute la violence ordinaire que vivent les femmes et pour moi tu en as fait quelque chose de beau, de désirable, d'érotique. Je ne sais pas comment t'en remercier.
- Syndrome de Stockholm, grogne la voix d'une vieille. En tout cas la couverture fonctionne, c'est une bonne chose. Je n'imaginais pas que le stratagème percerait la vigilance du pokémon le plus puissant du monde.
Kei se relève comme mue par des ressorts, et Kami sursaute et feule. Tous les autres pokémons se tournent vers l'encadrement de la porte d'entrée, dans lequel se découpe la silhouette tant redoutée de Madame Boss. Cette dernière agite une liasse de papiers.
- Le courrier fut très lent, mais mon neveu Marco Capone a fait du bon travail. Mais tout ça ne serait rien sans la stupidité de Berthe Nuss.
Le sang de Kei ne fait qu'un tour.
- Berthe ?
- Oui, Berthe, ta grosse copine Berthe. Elle est plus ou moins amie avec mon neveu Marco et ils s'écrivent souvent. À force de coercition, Marco est parvenu à arracher à Berthe des informations capitales sur Mewtwo et toi. Mais ce n'est pas vous qui m'intéressez. C'est ce serpent de Mew que je cherche ! Mew ! Montre-toi !
Un homme basané en costume noir se jette devant la vieille dame.
- Mère ! Non ! Mewtwo est là !
Kei sent la tension de Kami à la vue de cet étranger. En réfléchissant bien, il ressemble à Giovanni, le Maître d'Arène de Numazu, mais qu'est-ce qu'un Maître d'Arène ferait ici ? C'est complètement stupide. Tout a l'air si irréel, cette intrusion au sein de leur domicile, Kami qu'elle tient toujours en laisse d'une main crispée, ses pokémons alignés en position de défense, Mew qui a pris la forme d'un arbok et qui montre les crocs, les yeux fous. Kei tourne la tête dans tous les sens. Elle se sent perdue et ne comprend plus ce qui se passe.
Une dizaine de personnes vêtues de noir pénètrent dans le petit studio Kami saisit l'humaine dans ses bras et dresse un bouclier psychique autour d'eux. Des armes sont pointées sur les pokémons. Kami n'ose pas bouger. Il sait que ces armes le tiennent encore en respect. À moins qu'il ne parvienne à en tordre les canons suffisamment rapidement... se débarrasser des humains une fois les armes hors d'état de nuire sera alors un jeu d'enfant, même sans ses pouvoirs psychiques.
Il plisse les yeux et se concentre sur les armes, tentant de faire abstraction de Kei qui grelotte dans ses bras. Il lui faut quelques instants pour se rendre compte qu'il ne parvient pas à agir sur les tuyaux de métal.
Madame Boss lui fait un grand sourire de ses dents déchaussées.
- Alors mon grand, on découvre le pouvoir de la Team Rocket ?
Les armes, comme les personnes, sont protégées par un champ d'énergie des ténèbres, que son esprit ne peut pas traverser. Il a besoin de faire appel à l'œil miracle, malgré l'énergie que l'attaque demande. Il sait qu'il ne peut pas gaspiller ses forces il ne fera pas appel à son explosion psychique comme face à Spiritomb.
- Montre-toi, Mew ! appelle à nouveau la vieille.
Les yeux de Kami scintillent aussitôt, une détonation retentit et avant même que le pokémon le plus puissant du monde ait pu faire quoi que ce soit, Kei pousse un hurlement horrifié et se cache le visage dans les mains.
Un sbire Rocket vient d'abattre Sakura.
- Au moindre mouvement, à la moindre tentative, nous tirons, laisse tomber Madame Boss d'une voix neutre.
- Mais Mère, continue de protester faiblement Giovanni, Mewtwo...
Un coup de canne dans les genoux le rappelle à l'ordre.
- Tu auras bien d'autres occasions. En attendant, ne repartirai pas sans Mew. Tu n'auras qu'à revenir en compagnie de Domino. Après tout, ils auront beau déménager, ces deux-là, nous les retrouverons toujours. Nous avons de quoi reconstruire le radar. Ce n'est qu'une question de jours. Et nous avons tous nos autres appâts...
Kami ne parvient pas à lire ses pensées à cause de la couverture de ténèbres. Il n'ose plus tenter quoi que ce soit, pour qu'aucun autre pokémon ne soit blessé ou tué, pour ne pas faire de la peine à Kei. Même si sa logique lui commande d'agir malgré tout, son cœur lui commande de rester immobile, pour Kei.
Il serre l'humaine un peu plus fort contre lui le visage de celle-ci est décomposé par la peur, ses yeux sont écarquillés par l'horreur, elle est tétanisée.
« Je ne me rendrai pas sans me battre » siffle Mew de sa voix d'Arbok.
Redressé, sa collerette bien ouverte, il rejette la tête en arrière et crache du venin sur l'attaquant le plus proche. Aussitôt, les autres pokémons se jettent sur les armes que portent les sbires.
Amalthea se cabre et bat l'air de ses antérieurs. Quelques balles rebondissent contre son armure elle retombe sur ses quatre pattes en crachant des feux follets qui échauffent les armes tenues par les humains. Certains lâchent prise, contemplant, désemparés, leurs mains cloquées.
Quelques balles sifflent. L'une d'elles, pourtant ralentie par le bouclier de Kami, touche Kei à l'épaule. L'arbok bondit, se fait toucher, crache du venin directement dans les yeux d'une paire de sbires, cueille Giovanni d'un revers de sa queue, disparaît dans la mêlée.
Kami serre Kei un peu plus fort dans le creux de son bras et concentre une aurasphère. Un jet d'eau ondulé, un vibraqua, traverse la pièce, faisant reculer les attaquants, précipitant Madame Boss tête à l'envers et culotte bien en évidence contre la rambarde de l'escalier, dehors. Kami doit détourner les yeux, les réflexions lumineuses de l'attaque lui donnent la nausée. Ces dernières sont amplifiées par une attaque électrique lancée par Léo, en combo avec le vibraqua de Saturnin. Céra brame et heurte violemment la structure du bâtiment, dont des pierres se détachent. C'est la débandade, les étudiants, déjà bien secoués par les détonations, hurlent et courent dans les étages. Une triplattaque heurte Giovanni, un autre sbire est touché et se couvre d'engelures. Un ultralaser de Joey, terrifiant sous sa nouvelle forme de boomer, explose un mur et fait une victime collatérale.
Talonnant Amalthea qu'il chevauche, Saturnin plonge au cœur de la masse d'humains désormais désarmés, distribuant des coups de griffes. Amalthea piétine tout ce qu'elle peut de ses sabots de fer chauffé à blanc. Des hurlements d'agonie montent, le sang macule les deux pokémons, et une odeur de cochon brûlé prend Kei à la gorge. Elle lutte pour ne pas vomir.
Le parquet cède. Dans la rue, les étudiants échappés de la résidence hurlent et piquent des crises de terreur, incapables de réfléchir, rameutant passants et voisins. Une aurasphère projette un cadavre vêtu de noir contre une façade voisine, où il laisse une trace sanglante avant de retomber par terre, les os broyés. Le crâne, éjecté de la peau par la force du choc, retombe juste après.
Kami protège Kei des décombres qui retombent. Le frigo s'écrase à moins d'un mètre derrière eux. Pathétiquement, leurs sex toys, maculés de plâtre et de sang, s'éparpillent en tombant, l'un après l'autre, du placard grand ouvert.
Céra se cabre à nouveau en bramant. Joey prépare ses poings. Léo s'est réfugié sous la terrible dinosaure, chargeant une attaque électrique. Un projectile allongé, terminé par des ailerons, rentre par une fenêtre et se fiche dans un mur. Kami a juste le temps de protéger Kei de l'explosion de la roquette. Le plancher du premier étage cède à son tour, et Léo pousse un hurlement alors que Céra lui retombe dessus. Il relargue sa puissance électrique sous le choc, frappant Joey et le paralysant.
- Nous devons nous sortir d'ici ! souffle Kami dans l'esprit de Kei.
Cette dernière, trop tétanisée pour parler, pose sur son amant un regard qui signifie qu'elle ne partira pas en abandonnant ses pokémons. Kami soupire. Comment retrouver les noigrumes dans tout ce fatras ?
Sentant quelque chose bouger sous lui, il fait quelques pas et descend du morceau de plancher tombé du premier étage avec lui. C'est un étudiant, à moitié mort, qu'il achève le plus humainement qu'il peut. Il n'aurait de toute façon pas survécu d'ici l'arrivée des secours.
Dans la cage d'escalier, Amalthea utilise des portions de plancher et des débris de meubles pour descendre les escaliers, chose que les équidés comme elle sont incapables de faire sans cette aide. Saturnin la dirige pour achever les sbires Rocket encore en vue.
- Où sont Giovanni et Madame Boss ? interroge Kami, sortant des décombres les pokéballs de Léo et Joey, tous deux terriblement blessés.
« Enfuis » répond Saturnin. « Je ne les ai pas vus parmi les morts, et Mew-le-Père a disparu lui aussi. »
« Je suis là... » répond un petit miaulement.
Mew, s'extrayant quelques balles du corps, apparaît. Il esquive un débris tombant des étages supérieurs.
« J'ai tâché de sauver le maximum d'étudiants » s'excuse-t-il. « Ils en ont profité pour filer. Les mauvaises herbes ont la vie dure... »
- Sortons d'ici, grogne Kami.
Il achève de rassembler les noigrumes des autres pokémons, prend deux secondes pour repêcher le plus possible d'affaires appartenant à Kei et, l'humaine dans les bras, il guide le reste des combattants au-dehors.
Les renforts Rocket sont là, mais ni la police ni les pompiers n'ont encore eu le temps d'arriver. Des doigts se pointent sur Kei, dans les bras de Kami, comme si elle était responsable de l'attaque. Une meute de démolosses est relâchée par les Rockets. Aurasphères et jets d'eau ont rapidement raison d'eux. Des balles sifflent. Kami parvient à ralentir celles qui pourraient causer les plus graves blessures à lui ou ses compagnons les autres, celles qui sont tirées autour d'eux au cas où ils tenteraient d'esquiver, se fichent dans les murs, ou atteignent des civils. Ces derniers, du moins ceux qui le peuvent encore, hurlent et s'échappent. Les conduites d'eau brisées commencent à inonder la rue de leurs eaux glacées.
Pixel jaillit au milieu des sbires Rocket, lançant quelques attaques électriques bien senties, pour disparaître à nouveau au sein d'un câble réseau sectionné tombé à pic depuis le bâtiment en ruines. Céra lève sa collerette bien haut pour protéger derrière elle Amalthea et Saturnin tandis que Kami assure les arrières. Mew-le-Père, sous les traits d'un steelix, domine soudain la scène. Des roquettes sont tirées sur lui, sans lui faire grand-mal. Sa queue puissante fauche la foule férocement, sans distinctions, brisant les os tant de ses ennemis que des quelques civils restés là. La gerboise rose doit néanmoins rapidement changer de forme, l'eau qui inonde la rue s'infiltrant douloureusement entre ses segments de métal, touchant les parties internes vulnérables chez le steelix à cet élément.
Céra charge une aurasphère de Kami fauche quelques Rockets et civils, des balles sifflent, Kami est encore touché, il ne tiendra plus longtemps. Les blessures ne sont peut-être pas mortelles mais il ne les supportera pas éternellement.
Des gyrophares et des sirènes brisent la mélancolie des hurlements et des détonations. Un mur de feu dressé par Amalthea coupe l'avancée des Rockets. Ses genoux tremblent, elle s'effondre, épuisée, Saturnin guère plus vaillant coincé sur son dos par ses ailes repliées pour qu'il ne glisse pas. Une balle perdue touche Céra à l'œil, la faisant hurler. Elle secoue la tête pour se débarrasser de la douleur, trop surprise et meurtrie pour comprendre pourquoi son champ de vision s'est soudain rétréci. Elle appelle Joey à l'aide, puis sa mère, et charge soudain aveuglément. Kami rappelle les trois pokémons dans leurs noigrumes. Une balle fonce vers Kei et lui. Il a juste le temps de se décaler pour être touché à l'épaule, plutôt que l'humaine à la nuque. Il tombe à genoux, utilisant sa queue pour garder l'équilibre. Pixel jaillit devant lui, se terre dans le giron de Kei et gémit de sa voix en huit bits.
Le pokémon le plus puissant du monde, tombé à genoux, la femme qu'il aime, blessée, toujours dans ses bras, regarde sans pouvoir réagir les forces de l'ordre se mesurer à ce qu'il reste des Rockets, la débandade des hommes en noir, l'agitation des secours qui tentent de sauver ceux qui peuvent encore l'être. Un ceriflor, en lequel il reconnaît vaguement son père, se blottit entre Kei et Pixel. Sa vue commence à se troubler. C'est la troisième fois en l'espace d'une semaine qu'il arrive au bout de ses forces au point de frôler la mort, et la quatrième fois en l'espace de toute une vie. Il ne s'habituera jamais à la sensation. Il ne sait pas comment font les autres pokémons, ceux qui se battent quotidiennement, ceux qui se battent à un niveau professionnel.
Lorsque Kei est arrachée de ses bras par les médecins, elle ne lâche pas la laisse qu'il porte toujours à son cou, et Kami est obligé de suivre, portant en un paquet serré les quelques affaires qu'il a pu sauver des décombres, ainsi que les autres pokémons de Kei.
Dans l'ambulance qui démarre, les urgentistes examinent les trois blessures par balle que porte Kei, paniquant un peu, n'ayant jamais été confrontés, durant toute la durée de leurs études et de leur activité professionnelle, à des cas similaires. Kami leur fait signe, et au bout de plusieurs minutes pénibles, il parvient à leur faire la démonstration de l'extraction d'une balle. Le mot est passé rapidement aux autres équipes médicales, grâce à la radio.
Il peut enfin souffler. La femme qu'il aime est entre de bonnes mains. Roulé en boule, il ferme les yeux, et se repose, soignant ses blessures avant même que l'hôpital ne soit atteint.
Kei essaye de se gratter sous un de ses bandages, mais ils sont trop serrés. Elle prend alors le parti de frotter l'endroit qui la démange à-travers la gaze, mais le contact avec ses plaies tout juste recousues est douloureux. Ravalant sa frustration, elle laisse son regard courir autour de la chambre. Elle ne voit ses pokémons nulle part, mais elle sent que Kami est proche, qu'il va bien, et qu'il veille toujours sur elle. Elle n'a pas à s'inquiéter.
Ça n'empêche pas Kei de froncer les sourcils, et de rétorquer à Kami qu'elle a de bonnes raisons de s'inquiéter au sujet de son anonymat. Il hausse mentalement les épaules. Ça n'a plus vraiment d'importance. Que risque-t-il de toute façon ? Être classifié comme une espèce très rare et mal documentée. C'est tout.
- Ne te fais pas d'illusions, rétorque Kei en asiatique. Tu sais très bien qu'ils vont vouloir te garder pour t'étudier. Qu'ils ne voudront jamais te laisser partir.
- Je suis un pokémon, Kei. Et je suis fatigué de lutter sans cesse. Fatigué de te mettre en danger. Ils sont venus s'attaquer à nous jusque dans notre propre logis ! Que se passera-t-il, à ton avis, lorsqu'ils découvriront la nature de notre relation ?
Kei serre les poings, blessée et frustrée. Elle ne peut pas croire que cet amant, à qui elle a tant donné, abandonne la partie aussi facilement. C'est impensable.
- Kami, si je te mets la main dessus, tu passes un sale quart d'heure !
- En quel honneur ?
- En l'honneur que, une bonne fois pour toutes, arrête de te déprécier ! Tu es une personne non-humaine, pas un simple pokémon ! Une personne !
Elle peut sentir, à l'aide du lien qui les unit, l'effet de ses paroles sur son amant. Ce dernier est profondément touché, surpris aussi. Les paroles de l'humaine le frappent de la même façon que les souvenirs d'Aï lorsqu'il les avait retrouvés.
Il n'est pas vraiment un pokémon, il n'est pas vraiment un humain, mais il est tout de même une personne, une personne non-humaine mais une personne quand même. Il est en droit de réclamer d'être considéré en tant que tel. Il n'a pas à se forcer à se comporter comme un grand félin étrange. Il est une personne.
La porte de la chambre de Kei s'ouvre une infirmière entre, accompagnée par deux policiers.
- Ces gens sont venus prendre votre déposition, Mademoiselle Miura.
Kei acquiesce l'infirmière s'éclipse et les membres des forces de l'ordre tirent à eux les chaises destinées aux visiteurs. L'un d'eux finalement se décide à prendre la parole.
- Vous semblez avoir été la cible de l'attaque qui a eu lieu à la résidence étudiante. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Elle se cale dans les oreillers avant de répondre.
- Un capsumon très rare avec moi j'ai. À sa recherche les attaquants étaient.
- Est-ce la première fois que vous êtes agressée ?
- Non.
Elle baisse la tête, un peu honteuse. Cela fait des mois qu'elle est inquiétée par la Team Rocket, et elle a préféré ne pas mêler les forces de police à l'affaire. Maintenant, elle est obligée de cracher le morceau, et elle a peur qu'on lui reproche d'avoir, par son silence, mis en danger de nombreux civils, et indirectement causé leur mort.
Du bout des lèvres, elle raconte les annonces dans le journal, les tentatives d'enlèvement, l'attaque dans le petit café « Au Coin des Pucelles » dont le « i » de l'enseigne est tombé.
- Pourquoi n'avez-vous rien dit ?
- Depuis le Japon ces gens me suivent. Leur échapper je pensais. Échoué j'ai.
Les deux personnes en uniforme s'entreregardent.
- Bien. Nous allons devoir vous mettre sous protection rapprochée. Quant à vos capsumons...
Kei se mord la lèvre. Elle sait qu'avec tous les dégâts qu'ils ont causés, ils risquent d'être saisis, euthanasiés même. Elle craint pour eux.
- Les témoins affirment avoir vu vos capsumons attaquer et tuer des humains, mais nous pouvons difficilement le croire. Des experts les ont examinés, à l'exception de leurs réactions de défense ils ne montrent aucune agressivité. Ils sont même très bien dressés, très conciliants et calmes, vous avez fait avec eux un travail admirable. Je tenais à vous féliciter pour ça à titre purement personnel.
Kei acquiesce, acceptant le compliment avec modestie.
- Bien je pense que c'est tout pour le moment. Si vous vous souvenez de détails supplémentaires concernant cette affaire, n'hésitez pas à nous contacter. Voici nos cartes.
Les deux morceaux de bristol sont posés sur la table de chevet.
- Vous serez recontactée si nous estimons que vous devez bénéficier d'un programme de protection rapprochée.
Elle acquiesce. La porte est refermée, un courant d'air la fait claquer. Elle sursaute, toute paniquée, cherchant du regard le Rocket armé qui se cache très certainement dans un coin de la pièce, elle jurerait avoir entendu la balle siffler à ses oreilles, elle sait qu'ils sont là, qu'ils sont toujours là, qu'ils seront toujours là, les hommes en noir, leurs armes, les détonations, les balles, le sang, la mort, la peur, la peur qui la prend à la gorge, elle veut fuir mais ses jambes refusent de bouger...
- Kei ! Kei, calme-toi ! Je suis là !
La voix de Kami dans sa tête, Kami qui est toujours là pour elle, Kami l'homme de sa vie, Kami son maître et amant, son protecteur. Elle se détend.
- Kei, tu as été fortement impressionnée par cette attaque, mais tu es ici en sécurité. Même si la peur est toujours vivace, le danger est écarté. Dors tranquille.
Elle s'enfonce sous la couverture, mal à l'aise. Dès qu'elle ferme les paupières, elle revoit en boucle les scènes de carnage, la mort de Sakura, le sang, et elle entend toujours les détonations. Les combats sont peut-être physiquement terminés, mais ils continuent dans sa tête, malgré tous ses efforts pour ne plus y penser.
Elle se roule en boule sous la couverture avec la désagréable impression que cette journée terrible la poursuivra pour le restant de sa vie.
Sur la pointe des pieds, un médecin lui apporte une mise en arrêt de travail et une ordonnance pour un suivi et une assistance psychologiques.
Chen, Agatha et Fujii sont assis tous les trois à la même table, dans le laboratoire souterrain de la Team Rocket. Ils prennent leur repas en silence, chacun absorbé par ses pensées. Leurs mains, pieds, oreilles et nez sont mutilés par les tortures censées les faire obéir. Leur volonté de lutter a fondu comme neige au soleil, et désormais ils se contentent simplement de suivre les ordres sans réfléchir.
- Vous vous souvenez, pourquoi vous êtes ici ? demande Chen au bout d'un moment, rompant le silence.
- Toi, tu te souviens ? demande Agatha.
- Je croyais le savoir. Je n'en suis plus très sûr.
Les trois vieillards soupirent en même temps.
- Je me souviens ne pas avoir eu le choix, soupire Fujii.
- Je voulais sauver le monde d'une menace très dangereuse, grogne Chen.
- Voilà pour tous nos grands projets, toutes nos belles idées, soupire Agatha.
- Et maintenant, nous n'avons plus qu'à trouver un moyen de donner vie à ce... monstre, ou les tortures continueront.
- Bientôt, il ne restera plus grand-chose à couper ! tente de plaisanter Agatha.
- Oh, il existe bien des moyens de torturer un humain tout en lui conservant ses capacités de travail et de cognition, grogne Chen. Ce n'est que le début.
Fujii frotte ses longs cheveux en bataille vigoureusement, de ses mains auxquelles il manque des phalanges.
- Je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce qui fait que Mewtwo est vivant, que je parviens à copier un pokémon, mais que je ne parviens pas à éveiller la femelle.
- Reprenons depuis le début, suggère Agatha. Lorsque Mewtwo s'est réveillé.
- Les trois autres poké-clones venaient de mourir, et il a absorbé l'énergie vitale d'Aï.
- Donc nous sommes certains que l'énergie d'une petite fille et de trois bébés pokémons est nécessaire et suffisante à éveillerun clone de Mewtwo. Qu'en est-il de sa création ?
Fujii se gratte la tête.
- Nous étions parvenus à synthétiser des clones à partir d'énergie électrique, et uniquement à partir d'énergie électrique, mais ils devaient rester sous « perfusion électrique » afin de rester vivants.
- Donc à priori, déduit Chen, la seule énergie électrique devrait suffire à créer le corps pour la femelle. Le sacrifice humain n'est nécessaire que pour l'éveil de la conscience.
- Il avait fallu garder Mewtwo sous « perfusion électrique » pendant un temps remarquablement long avant qu'il ne puisse mener une existence indépendante.
Agatha remarque que Giovanni risquerait d'apprécier cette possibilité de chantage pour faire obéir le clone de Mew : au moindre dérapage, la femelle ne sera plus alimentée et elle mourra. Fujii lui rétorque qu'il n'est même pas certain que ça fonctionne. Chen se propose d'essayer de suite.
Le créateur de Mewtwo masse ses tempes et fouille parmi ses souvenirs épars, tentant de rappeler à sa mémoire la procédure qu'il a tout fait pour oublier. Peine perdue. Sa grande découverte semble devoir faire partie de ces annales de la science qui listent les heureuses erreurs que personne n'a jamais pu reproduire, comme la machine à guérir le cancer.
- Je vais tout de même réessayer, soupire Fujii.
- Tu as intérêt à ne pas te planter, insiste Chen. Il ne nous reste plus beaucoup de cobayes humains disponibles.
Sans un mot de plus, Fujii sonne à l'interphone, demandant à parler au garde. De l'autre côté, le combiné est décroché, mais les conversations continuent. Il peut en saisir quelques bribes.
- ...immenses. Il ne reste pas un seul survivant.
- On a qu'à recruter.
- T'es rigolo, recruter, recruter ! C'est pas toi qui a surpris les chefs !
- Et qu'est-ce qu'ils en disent, les chefs ?
- Qu'ils en ont réchappé in extremis et qu'il faut sauver la face. Faire croire à la police que leurs uniformes ont été volés.
- Mais des uniformes ont été volés. Je suis à vous dans un instant, Monsieur Fujii. La patronne m'a demandé de déposer plainte il y a une dizaine de jours...
Le combiné est raccroché.
- Ils ont dit quoi ? s'enquiert Chen.
- Ils étaient en train de discuter entre eux, ils rappelleront. Apparemment ils ont lancé une attaque, et ont essuyé pas mal de pertes. Je doute qu'on obtienne de nouveaux cobayes pour nos expériences. Il faudra faire avec ceux qu'il reste – si on ne nous les retire pas.
- Comment ça, une attaque ? murmure Agatha en fronçant les sourcils.
- Je ne sais ni le comment ni le pourquoi, juste qu'elle avait été prévue longtemps à l'avance et que par anticipation, l'organisation a déposé plainte pour vol d'uniforme. C'était donc prémédité.
Chen acquiesce, un sourire satisfait sur le visage, les yeux mi-clos.
- J'en conclus donc que la traque de Mewtwo prend enfin des proportions réalistes, affirme-t-il avec un air suffisant.
- Ils ont parlé de nombreuses pertes, rappelle Fujii.
- C'est bien ce que je dis, rétorque Chen. Pour que les pertes soient à ce point importantes, ils ne peuvent avoir couru qu'après Mewtwo. À nous de faire en sorte que la femelle soit prête à temps.
Le vieux professeur s'étire et se lève.
- Bon, c'est pas tout, mais nous devrions tenter de remplacer les cobayes humains par une génération à base d'énergie électrique. À mois que nous ne puissions nous défaire de certaines personnes inutiles pour nos recherches...
Il coule un regard neutre et distant vers Agatha.
- Jamais je ne te le permettrai ! hurle Fujii en saisissant Chen par le col de sa blouse.
- Messieurs, je vous en prie ! Calmez-vous ! supplie l'ancienne membre du Conseil des Quatre en tentant de les séparer.
- Et bien, et bien...
Les regards se dirigent vers l'encadrement de la porte, dans lequel se dessine Giovanni.
- Le travail n'avance toujours pas ? susurre le maffioso. Que vous faut-il encore ? Qu'on vous retire, voyons... que pourrait-on bien vous couper cette fois-ci... quelques mètres d'intestins ?
- Ordure ! s'exclame Agatha en se précipitant dans sa direction.
Fujii la retient dans son élan.
- Le processus de clonage d'un pokémon à partir d'énergie humaine est bien mis en place, explique le chercheur. Que ça soit à partir d'un pokémon vivant, ou à partir de sa fréquence enregistrée par ordinateur. Malheureusement, quelque chose dans les fichiers de la femelle doit être corrompu, car nous ne parvenons pas à la matérialiser à partir d'un sacrifice humain.
L'homme en costume sombre et cravate amusante (« Mieux vaut utiliser son intelligence à faire des stupidités que sa stupidité à faire des choses intelligentes » est écrit dessus) fait quelques pas dans la pièce, songeur. Il boite fortement.
- Vous dites qu'il y a encore des erreurs dans la programmation de la femelle ?
- C'est malheureusement le cas, admet Fujii, la tête basse.
- Et vous pensez pouvoir corriger ça ? grogne Giovanni.
- Si nous avions plus de cobayes, nous pourrions faire des tests plus fréquents, et débusquer plus facilement les erreurs pour les corriger...
Giovanni acquiesce tandis qu'Agatha proteste pour des raisons éthiques.
- Je vais voir ce que je pourrai faire, grogne Giovanni en quittant la pièce.
Il rejoint sa mère, qui l'attendait dans le couloir.
- Que pouvons-nous faire ? soupire-t-il. Nous avons perdu beaucoup d'hommes ces derniers jours.
Madame Boss, coincée dans un corset, une minerve et un fauteuil roulant, foudroie son fils du regard.
- Il y a toujours des sans-logis dans les rues des grandes villes. Personne ne remarquera leur disparition, ni ne portera plainte pour eux, ni ne cherchera à les retrouver.
- Nous voici devenus des nettoyeurs de rue, soupire l'homme.
La vieille a une exclamation de mépris et de supériorité.
- Arrête avec tes cas de conscience. La seule chose qui compte, c'est d'obtenir Mew, même s'il faut pour cela ordonner à son clone de détruire la ville toute entière !
Fin du chapitre
Chapitre inspiré de la chanson Battlefield de Blind Guardian.
