Le lendemain matin, Michael et Sara avaient pris la route de bonne heure afin de parcourir tranquillement les 200 kilomètres qui les séparaient de Hinsdale.
Au terme d'un trajet sans encombres et plutôt silencieux, Michael gara la voiture sur le parking du Katherine Legge Lodge. Il était bientôt midi, un soleil radieux régnait et un chasseur arriva à leur rencontre pour s'occuper de leurs bagages.
Sara descendit de la voiture et elle eut le souffle coupé par la beauté des lieux. Le petit hôtel de charme qui les accueillait était aménagé dans une ancienne bâtisse de caractère et se dressait au milieu d'un immense parc entretenu à la perfection. Du parking où elle se trouvait Sara voyait le chemin de promenade qui serpentait entre les différents plantations colorées et menait jusqu'à un vaste étang bordé de saules pleureurs.
Elle était perdue dans sa contemplation lorsque LJ l'appela depuis le perron de l'hôtel. Elle se retourna et le vit s'élancer à sa rencontre.
- Je suis content que tu sois enfin là, se réjouit-t-il. Il faut absolument que je te demande quelque chose…
LJ vérifia rapidement que personne à part Sara ne pourrait entendre ce qu'il s'apprêtait à dire puis il reprit tout bas :
- Est-ce que tu pourrais téléphoner à Lizzie et lui demander de faire en sorte que David soit de bonne humeur ce week-end. Parce que tu vois, il nous a collé une interro surprise hier après-midi, et vu le tas de conneries qu'on a tous dû mettre sur nos copies, je me dis que s'il est de bonne humeur en les corrigeant, les notes seront peut-être moins catastrophiques que ce qu'on pourrait craindre !
- Ouais… Mais… euh… je suis désolée, se navra Sara. Je pense que je vais pas pouvoir t'aider sur ce coup-là parce que… euh… je suis pas sûre que Lizzie elle-même soit de très bonne humeur et je doute fort qu'elle soit disposée à me rendre le moindre service pour l'instant.
- Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ? s'étonna LJ. Vous vous êtes disputées ?
- Euh… si on veut, un petit peu, oui.
- Oh… Bon, tant pis, se résigna LJ.
Lincoln et Veronica arrivèrent à leur tour pour saluer Michael et Sara puis Veronica tint à les briefer :
- Je vous donne le programme de la journée, soyez attentifs : là, on va aller déjeuner avec Sucre, Maricruz et mes parents qui sont déjà à l'intérieur. À 13 heures 30 au plus tard, on ira se préparer, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, d'accord ?
Michael et Sara opinèrent d'un hochement de tête très impliqué.
- À 16 heures, tout le monde devra être prêt, poursuivit Veronica. Et avec Sucre et Maricruz, vous serez chargés d'accueillir les invités et de les diriger vers le jardin à l'arrière de l'hôtel où se tiendra la cérémonie - je vous montrerai. À 17 heures tapantes, les choses sérieuses commencent ! À la suite de quoi le vin d'honneur sera servi en extérieur dans le parc et la réception sera donnée à partir de 20 heures dans la grande salle de bal de l'hôtel. Est-ce que c'est clair ?
- Oui mon colonel, répondit militairement Michael avant d'échanger un regard amusé avec son frère.
- Bien. Alors, tout le monde à table maintenant ! ordonna Veronica.
Elle fit signe à tout le monde de la suivre et entraîna le petit groupe dans le restaurant de l'hôtel.
- Alors ? murmura Michael qui marchait à côté de son frère. Comment tu te sens ?
- Oh moi ça va, répondit Lincoln avec une sincère décontraction. Vee est suffisamment stressée pour nous deux je crois.
Arrivés dans la salle de restaurant, ils rejoignirent la grande table ronde où été déjà installés Sucre, Maricruz et les parents de Veronica. Et pendant que Michael prenait place près de Sucre, Veronica présenta Sara à ses parents.
- Papa, maman, voici Sara, la compagne de Michael, expliqua-t-elle. Et Sara, voici mes parents, Georges et Laura.
Sara les salua cordialement puis elle s'assit à son tour, entre Michael et Laura. Alors que tout le monde terminait de s'installer autour de la table, Sucre, la mine renfrognée, émiettait nerveusement un morceau de pain.
- C'est ton rôle de témoin qui te stresse comme ça ? lui demanda Michael.
- Non, c'est plutôt la future femme du type dont je suis le témoin qui me stresse, marmonna-t-il en lançant un regard mauvais en direction de Veronica.
- Y a une piscine dans l'hôtel, expliqua Maricruz. Et Fernando voulait aller se baigner ce matin mais Vee lui a fait comprendre plus ou moins gentiment qu'il était pas là pour ça, et depuis il fait la gueule.
- M'en fous j'irai demain à la piscine, grommela Sucre avec détermination. Que ça lui plaise ou non.
- Ben de toute façon, comme ils partent en voyage de noces cette nuit, elle sera pas là pour t'en empêcher, lui fit remarquer Michael.
- Ah oui ! réalisa Sucre. C'est vrai ! T'as raison ! Le tyran sera plus là demain, on pourra faire tout ce qu'on voudra ! se réjouit-il.
Et il retrouva aussitôt sa bonne humeur habituelle.
- J'ai vu qu'y a aussi une salle de jeu avec billard et baby-foot, souffla-t-il ensuite à Michael, clins d'œil excités à l'appui.
- On est dans un endroit hyper romantique et toi tu penses qu'à aller jouer au billard ou au baby ? s'indigna Maricruz. Parfois tu me désoles vraiment Fernando !
- T'inquiète pas bébé, j'aurais tout le temps d'être romantique cette nuit, lui murmura-t-il en s'approchant d'elle pour lui déposer un bisou sur la joue.
- Ouais, à conditions que tu sois pas rond comme une queue de pelle.
- Mais non. Je vais boire avec modération, promis, lui assura-t-il. Et Michael surveillera ma consommation d'alcool si ça peut te rassurer.
- Compte là-dessus amigo ! ironisa Michael. Je suis pas ta baby-sitter je te signale.
- Oh ouais, soupira Sucre. C'est vrai que maintenant qu'il est plus célibataire, il a autre à faire de ses soirées que compter les verres que je descends. Tu vas passer la soirée à danser des slows avec Sara en lui roulant des galoches, c'est ça ? demanda-t-il à son ami en relevant un sourcil soupçonneux.
- Alors premièrement, « rouler des galoches » c'est une expression de collégien prépubère relativement affligeante, rétorqua Michael. Et deuxièmement… oui, c'est ce que je compte faire, dut-il admettre pendant que Sucre hochait la tête d'un air entendu.
- Eh ! Vous deux ! les interpella soudainement Veronica. Vous seriez gentils de jeter un coup d'œil à vos menus et de faire rapidement votre choix au lieu de jacasser. Parce qu'il est hors de question qu'on mette deux heures à passer commande quand le serveur va arriver. Je veux pas qu'on commence déjà à prendre du retard sur le planning, on doit être sortis de table dans une heure et demi grand maximum, leur rappela-t-elle en leur montrant sa montre qu'elle tapotait d'un doigt strict.
Michael et Sucre s'exécutèrent sans broncher. Chacun attrapa son menu pour l'ouvrir et le consulter. Et tandis que le premier se retenait de sourire, le deuxième se planqua de Veronica derrière son menu grand ouvert et s'approcha légèrement de son acolyte.
- Un vrai tyran je te dis, marmonna-t-il entre ses dents.
oOo
- Ça me va pas la cravate, geignit Sucre.
Dans l'antichambre où les hommes s'étaient rassemblés pour se préparer, il observait en grimaçant son apparence dans le grand miroir sur pied.
- Bah c'est surtout que t'as fait ton nœud n'importe comment là, ricana LJ en s'approchant. Attends, je vais te le faire, proposa-t-il.
Il se positionna face à Sucre et se chargea de lui renouer sa cravate correctement.
Dans un autre coin de la pièce, Michael finissait de boutonner sa chemise. Lincoln s'approcha de lui.
- Dis, l'interpella-t-il d'une voix discrète. Est-ce que tout va bien avec Sara ?
Michael releva la tête et regarda son frère avec étonnement.
- Oui, pourquoi ?
- Je sais pas, poursuivit Lincoln. C'est juste que je lui ai trouvé l'air un peu pensif, voire soucieux pendant le déjeuner, non ?
Michael poussa un soupir en enfilant le dernier bouton de sa chemise.
- Ouais, c'est vrai que je la sens un peu contrariée depuis hier mais je sais pas ce qui l'embête et elle a pas l'air de vouloir m'en parler pour l'instant alors…
- Ça doit être à cause de sa dispute avec Lizzie, ne put s'empêcher d'intervenir LJ.
- Sara t'a dit qu'elle s'était disputée avec Lizzie ? s'étonna Michael.
- C'est en tous cas ce qu'elle m'a laissé entendre après votre arrivée quand je lui ai parlé pour lui demander… un truc, marmonna-t-il en réalisant soudainement qu'il ne valait mieux pas que son père sache sur quoi portait la discussion qu'il avait eue avec Sara.
- Bon bah c'est rien alors ! s'exclama Lincoln. C'est qu'un crêpage de chignon entre gonzesses !
- Non, ça m'étonnerait que ce ne soit rien, le contredit Michael en fronçant les sourcils avec inquiétude. Parce que c'est ni le genre de Sara, ni celui de Lizzie de se disputer pour des broutilles.
oOo
- C'est bon Vee, y a pas un seul nuage, je t'assure qu'il va pas pleuvoir, soupira Maricruz alors que Veronica était une fois de plus partie à la fenêtre pour vérifier l'état du ciel.
- On est dans le Midwest je te rappelle, le temps peut passer d'un extrême à l'autre en quelques minutes.
Maricruz échangea un regard las avec Sara qui lui sourit pour encourager sa patience et sa compassion puis elle se retourna vers Veronica.
- Viens-là que je te ferme ta robe, ordonna-t-elle. Et détends-toi ! supplia-t-elle.
- Facile à dire, se défendit Veronica en revenant vers elle. On verra si vous arriverez à rester calme quand ce sera votre tour !
- Bon, j'ai fini de me préparer moi, indiqua Sara en même temps qu'elle fermait son bracelet à son poignet. Je vais descendre en bas pour accueillir les premiers invités, déclara-t-elle en se levant de sa chaise.
Elle se dirigea vers la porte de la pièce mais se retourna vers Veronica avant de la franchir.
- Tout se passera bien, lui assura-t-elle. T'es magnifique et ce mariage va être absolument parfait.
- Merci, apprécia Veronica.
- À tout à l'heure alors, lui lança-t-elle en lui adressant un petit clin d'œil avant de sortir de la pièce.
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- Ouah ! souffla Michael lorsqu'il vit Sara arriver sur la terrasse de l'hôtel.
Elle se fendit d'un sourire qui ne fit qu'illuminer davantage sa beauté et Michael laissa traîner son regard sur la longue robe en mousseline de soie bordeaux qui épousait parfaitement les courbes de son corps et qui, si elle restait très classe, n'en produisait pas moins un effet redoutablement sexy.
- Tu es divine, luimurmura-t-il à l'oreille quand elle arriva enfin à sa hauteur. Ne le dis pas à Vee et Mari mais c'est toi la plus belle.
- Comment tu peux le savoir, tu les as pas encore vues, rigola Sara.
- Je le sais quand même, lui assura-t-il avant de lui déposer un tendre baiser sur les lèvres.
- Comment va Lincoln ? demanda-t-elle ensuite.
- Très bien. Il est complètement serein, on croirait jamais qu'il va se marier dans moins d'une heure. Et Vee ? Comment elle va ?
- Elle est stressée, c'est sûr, mais je crois qu'à part ça, ça va aussi.
- Et toi ?
- Moi ? s'étonna Sara en regardant Michael avec de grands yeux. Ben… je vais bien aussi.
- T'es sûre ?
- Oui, pourquoi ?
- Ben je sais pas mais… j'ai l'impression que t'as pas l'esprit très tranquille depuis hier et… LJ m'a dit que tu t'étais disputée avec Lizzie apparemment ?
- Oh…
- Tu veux m'en parler ?
- On s'est pas vraiment disputées tu sais, on a eu… une petite divergence d'opinion disons, mais… rien de dramatique, lui assura Sara.
- Moi je te trouve bien tourmentée pour quelque chose qui n'a rien de dramatique quand même.
Sara émit un petit rire nerveux.
- Écoute, y a en effet, quelque chose de… de sérieux, pas de grave, de sérieux, insista-t-elle pour que Michael ne s'inquiète pas, dont j'aurais à te parler. Mais je le ferais pas aujourd'hui. C'est le mariage de ton frère, on est là pour lui et Vee, c'est leur grand jour, alors on en profite avec eux et… on parlera demain, d'accord ?
- Euh… oui, d'accord. Mais t'es sûre que c'est rien de grave ?
- Sûre !
Elle lui sourit pour lui montrer que tout allait bien, il n'eut pas l'air entièrement convaincu mais il n'insista pas. Il attira Sara à lui, la prit dans ses bras et lui déposa un baiser sur la tempe.
- Je t'aime, lui glissa-t-il à l'oreille.
- Je t'aime aussi, souffla-t-elle. Plus que tout.
Puis les premiers invités s'annoncèrent.
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À l'issue d'une émouvante cérémonie orchestrée par le Révérend McPhee, Lincoln et Veronica étaient devenus mari et femme. Parmi tous les invités réunis en petits groupes dispersés ici et là dans le jardin de l'hôtel, Michael, Sara, Sucre et Maricruz se frayèrent un chemin jusqu'à eux pour les féliciter.
- Alors ? Qu'est-ce que ça fait d'être Madame Lincoln Burrows ? demanda Maricruz à Veronica.
- Hum… je sais pas, attends : « Maître Burrows, le témoin est à vous », lança-t-elle en levant de petits yeux plissés vers le ciel pour apprécier la sonorité de son nouveau patronyme.
Elle hocha la tête en affichant un grand sourire.
- Oui, c'est bien, ça me plaît ! déclara-t-elle avant de se tourner vers Lincoln qui lui déposa un baiser sur les lèvres.
- Tant mieux ! approuva Sucre. Et tu vas peut-être pouvoir faire retomber un peu la pression maintenant, glissa-t-il mine de rien.
Veronica lui adressa un petit sourire.
- Oui, je suis désolée, souffla-t-elle. Je crois que je te dois des excuses pour ce matin. Et je vous dois des remerciements à tous pour m'avoir supportée ces dernières semaines et surtout ces dernières heures. Je sais que j'ai pas toujours été très sympa mais j'avais tellement à cœur que tout soit parfait. Mais oui, je sens que ça va mieux maintenant, je suis moins… Eh ! Non ! Petit ! s'écria-t-elle soudainement.
Elle venait de voir un gamin adopter un comportement pour le moins risqué près de la table sur laquelle était disposées les coupes de champagne.
- Tire pas sur la nappe, tu vas tout mettre par terre, cria-t-elle en relevant le pan de sa robe pour partir précipitamment vers le lieu du potentiel carnage.
- Elle est nettement plus détendue, en effet, ironisa Sucre. Bon, on va se chercher à boire ? demanda-t-il ensuite à Maricruz.
Elle hocha la tête, il l'enlaça par la taille, et tous deux s'éloignèrent en direction du buffet.
- Vas-y aussi avant que Sucre n'ait tout bu, je te rejoins tout de suite, murmura Michael à l'oreille de Sara.
Il lui déposa un baiser sur les lèvres et elle s'exécuta, laissant seuls les deux frères.
- Est-ce que tu te souviens du 2 juillet 1985 ? demanda Michael.
- Euh… pas particulièrement, répondit Lincoln. Pourquoi ?
- Ce jour-là tu devais passer l'après-midi à la fête foraine de Rosemont avec Vee. Il était pas prévu que vous m'emmeniez avec vous mais elle avait insisté pour que je vous accompagne parce qu'elle savait que personne d'autre m'y aurait emmené. C'était adorable de sa part, même si j'avais eu la très nette impression de tenir la chandelle finalement, se rappela Michael en rigolant. Mais par contre j'avais bien vu que vous aviez passé un super moment tous les deux et, le soir, quand tu l'avais raccompagné chez elle, j'étais avec toi sur le trottoir et juste après qu'elle soit rentrée dans sa maison, tu t'étais tourné vers moi et tu m'avais dit : « Tu vois Mike, un jour, cette fille, je l'épouserai ! ».
Les lèvres de Lincoln s'étirèrent dans un sourire alors que ce moment lui revenait en mémoire.
- Et voilà, reprit Michael. À peine 20 ans plus tard, c'est fait !
- Ouais, rigola Lincoln. Je te cache pas que pendant un moment j'ai eu très peur que ça se fasse pas, avoua-t-il. Mais il semblerait que l'amour arrive à triompher de pas mal de choses.
- Apparemment, oui. Je te souhaite d'être heureux avec elle, tu le mérites et… elle, elle mérite qu'on prenne grand soin d'elle, tu le sais, n'est-ce pas ?
- Ouais, je vois ce que tu veux dire, comprit Lincoln. Mais t'inquiète pas, même si je sais que maintenant t'as une super chambre d'ami dans ton appart', Vee n'en aura pas besoin.
- Parfait, approuva Michael avant de donner une accolade affectueuse à son frère. Encore tous mes vœux de bonheur, lui souffla-t-il.
- Merci, apprécia Lincoln.
- Oulà ! s'alarma soudainement Michael en apercevant au loin l'homme qui venait de s'approcher de Sara.
Et il laissa son frère en plan pour la rejoindre au plus vite.
- Salut, je m'appelle Derek, se présenta l'homme à Sara. Je suis un pote de Linc, et accessoirement son collègue de boulot.
- Ah. Ravie de vous rencontrer. Moi c'est Sara.
- Vous êtes une amie de Vee ? Ou de Linc peut-être ? Mais j'espère pas pour lui parce que s'il a une copine aussi canon que vous et qu'il a oublié de me la présenter, je vais êtreobligé de le tuer, déclara-t-il dans un petit rire.
- Vas baver ailleurs Derek, ordonna Michael en arrivant derrière lui. Elle est pas libre non plus celle-là.
- Oh bon sang, mais d'habitude dans un mariage les demoiselles d'honneur sont toujours célibataires et complètement désespérées ! pesta-t-il en s'éloignant sous le regard amusé de Sara.
Elle se retourna ensuite vers Michael qu'elle fixa avec un petit sourire en coin.
- Est-ce que c'était un sursaut de jalousie, ça ? demanda-t-elle.
- Possible… Ça t'étonne que j'aie pas envie de voir des hommes te tourner autour ? Surtout quand tu portes ce genre de tenues en plus ! D'ailleurs, le premier que je vois te regarder un peu trop attentivement je lui arrache les yeux, prévint-il.
Et il jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer que personne n'était en train de commettre un tel forfait. Sara rigola.
- À vrai dire ça m'étonne pas que t'aies pas envie que je me fasse draguer par un autre, concéda-t-elle, mais… dans la mesure où t'as accepté l'idée que je voie mon ex quasiment tous les jours… enfin je pensais que t'étais peut-être pas aussi jaloux que…
- Je t'arrête tout de suite, la coupa Michael. J'ai pas envie d'être le genre de mec ultra possessif ou quoi que ce soit, mais malgré tout je supporte pas bien qu'un type t'approche avec des idées que moi seul ai le droit d'avoir. Et pour ce qui est de Jeff, qu'il ait ou non ce genre d'idées, puisqu'il est ton ex il fait d'office partie des personnes que j'apprécie pas de voir autour de toi mais je fais une exception. Je sais que t'as pas d'autres choix que de bosser avec lui pour l'instant, alors je me suis fait une raison afin d'éviter que ce soit pénible pour tout le monde. À côté de ça, il est évident que je vais pas le regretter quand il va repartir. Tu sais s'il est prévu qu'il nous quitte bientôt d'ailleurs ? demanda-t-il avant de mordre dans un bâtonné de carotte attrapé sur le buffet.
- Euh… ça devrait pas tarder, répondit Sara en reportant son regard sur les petits fours.
Elle en saisit machinalement un mais regretta aussitôt son geste. Parce qu'avec ce que Michael venait de lui dire elle n'avait plus le choix. Alors sa décision, restée en suspens depuis la veille, était désormais prise. Mais elle lui nouait la gorge et elle allait devoir la digérer avant de pouvoir avaler quoique ce soit d'autre.
oOo
La musique entraînante de l'orchestre s'élevait dans toute la salle de bal. Sucre et Maricruz était déjà partis rejoindre les dizaines de personnes qui s'activaient en rythme sur la piste de danse. Michael murmura quelques mots à l'oreille de Sara et elle hocha la tête. Il se leva de sa chaise, contourna la table pour s'approcher de Veronica et lui tendit sa main.
- Est-ce que la mariée me ferait l'honneur d'une danse ? lui demanda-t-il.
- Avec plaisir cher beau-frère, répondit-elle en se levant à son tour.
Tandis que Sara les regardait partir ensemble vers la piste de danse, Lincoln se décala d'une chaise pour se rapprocher d'elle.
- Ça va ? lui demanda-t-il. Tu passes une bonne soirée ?
- Oui, excellente, répondit Sara en forçant un peu sa voix afin de bien se faire entendre malgré la musique. C'est un très beau mariage je trouve. Même si j'ai pas vraiment de point de comparaison, avoua-t-elle. J'avais 8 ans la dernière fois que je suis allée à un mariage et j'en ai qu'un vague souvenir.
- Bah c'est déjà ça. Moi c'est le premier mariage auquel je participe de ma vie, rapporta Lincoln avec amusement. Vee m'a obligé à regarder trois documentaires sur l'art de réussir son mariage pour que je me fasse une idée de ce que c'était.
- C'est vrai ?
- Ouais, confirma-t-il en hochant douloureusement la tête. Et au milieu du troisième j'ai failli rompre nos fiançailles !
Sara rigola.
- Non, ça aurait été dommage, reprit-elle plus sérieusement. Vous êtes faits pour être ensemble tous les deux, ça se voit, ça peut pas être autrement.
- Oui… comme toi et mon frère, souffla Lincoln.
Sara esquissa un sourire.
- Tu sais, je suis content que Michael t'ait rencontrée, je tenais à te le dire, déclara-t-il. T'es une fille bien et j'ai l'impression que tu fais partie de la petite minorité de gens qui savent comprendre mon frère et qui, plus important, savent l'apprécier à sa juste valeur. Quoi qu'on en dise, Mike est et restera toujours quelqu'un de très particulier et ça m'aurait fait mal qu'il s'entiche d'une fille qui n'ait pas la sensibilité nécessaire pour l'estimer comme il le mérite. Parce que le problème avec Mike c'est qu'il a une personnalité hors du commun mais il est aussi beau gosse et il gagne bien sa vie. Et j'ai vu beaucoup de filles s'arrêter à ces deux derniers détails. Alors qu'il est tellement plus qu'une belle gueule avec un compte en banque bien fourni. Il a tellement plus à offrir. C'est pour ça que j'espérais qu'il finirait par rencontrer LA personne qui saurait voir au-delà des apparences. Et qui mériterait tout ce qu'il a à donner aussi.
- Et cette personne tu penses que c'est moi ?
- Ouais, c'est ce que je pense, confirma Lincoln. Donne-moi encore quelques semaines et je le penserai plus, j'en serai sûr, ajouta-t-il en adressant un petit clin d'œil à Sara.
- Si tu le dis, murmura-t-elle dans un timide sourire.
Parce qu'à ce moment précis, et avec ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle n'était pas certaine de mériter Michael autant que Lincoln semblait le penser.
- Mais oui ! lui assura-t-il d'un ton catégorique.
Puis il se leva de sa chaise et lui tendit sa main.
- Tu viens danser ?
Sara hocha la tête et Lincoln l'emmena avec lui jusqu'à la piste de danse.
oOo
Vers 3 heures du matin, le moment était venu pour les jeunes mariés de quitter la réception.
Lincoln et Veronica avaient troqué leurs tenues de cérémonie pour passer quelque chose de plus confortable puisqu'il allait maintenant prendre la route jusqu'à l'aéroport O'Hare de Chicago où ils embarqueraient, au petit matin, sur un vol qui les conduirait sur les terres néo-zélandaises pour une lune de miel d'une dizaine de jours.
L'ensemble des convives s'était réuni sur le perron de l'hôtel pour accompagner leur départ. Avant de monter en voiture, Veronica n'oublia pas de lancer son bouquet en direction de la foule. Celui-ci atterrit dans les bras de Maricruz qui éclata alors d'un petit rire excité. Elle se tourna vers Sucre avec un grand sourire ; Sucre se tourna à son tour vers Michael et le regarda en déglutissant avec difficultés.
- Tu nous tiendras au courant pour la date, rigola Michael en donnant une tape encourageante dans le dos de son ami.
Lincoln et Veronica adressèrent de grands signes d'au revoir à leurs invités avant de grimper dans la berline. Puis, tandis que la voiture commençait à s'éloigner sous des vœux de bon voyage, Michael se colla contre le dos de Sara, enlaça sa taille et approcha sa bouche de son oreille :
- Est-ce que tu crois que c'est à partir de ce moment-là que les témoins peuvent aller s'envoyer en l'air avec les demoiselles d'honneur ? demanda-t-il dans un murmure.
Sara rigola puis elle se retourna et noua ses bras autour de son cou.
- J'en sais rien moi, je suis pas une habituée des mariages, répondit-elle. Mais… le moment semble opportun, en effet, susurra-t-elle en effleurant les lèvres de Michael des siennes.
Les invités saluaient toujours le convoi nuptial qui s'en allait. Michael et Sara s'éclipsèrent discrètement pour rejoindre leur chambre et rentabiliser leur nuit d'hôtel.
oOo
La nuit avait été courte pour tout le monde. Mais ça n'avait pas compromis pour autant l'énergie de Sucre, Maricruz et LJ qui étaient en route pour la piscine de l'hôtel. Dans les couloirs, ils croisèrent Michael et Sara, tous juste sortis de leur chambre.
- Eh ! On va à la piscine, vous venez avec nous ? leur demanda aussitôt LJ.
- Euh… non, merci, répondit Michael. On voulait aller se promener un peu dans le parc, là.
- Ah, d'accord.
- On se retrouve pour déjeuner ensemble vers 13 heures ? proposa Maricruz.
- Oui, bien sûr, approuva Michael avant que chacun ne reprenne sa route.
Sortis de l'hôtel, Michael et Sara s'engagèrent sur le petit sentier de graviers blancs qui serpentait entre les plantions du parc de promenade. Comme la veille, c'était un soleil resplendissant qui régnait dans le ciel. Il réchauffait agréablement l'atmosphère et les nombreux arbustes en fleurs étaient là pour la parfumer délicatement.
Toutes les conditions étaient réunies pour inciter à la détente mais Michael percevait pourtant une nervosité évidente chez Sara. Depuis quelques minutes qu'ils marchaient en silence, main dans la main, leurs doigts entrelacés, il sentait son pouce s'agiter fébrilement sur le sien.
- Aujourd'hui on est le lendemain d'hier, n'est-ce pas ? déclara-t-il doucement.
- Oui, confirma Sara.
- Donc ce n'est plus le mariage de mon frère et tu peux me parler de ce qui t'embête depuis vendredi…
- Oui, je sais…
Sara garda son regard rivé sur les graviers qui défilaient sous ses pieds à mesure qu'elle avançait.
- Je vais le faire, c'est juste que… c'est difficile… encore plus que ce que je croyais.
Elle prit une profonde inspiration.
- Est-ce que tu te souviens de la fois où tu m'avais emmenée déjeuner chez Jackie ? demanda-t-elle. Ça devait être une semaine après mon emménagement à peu près…
- Oui, bien sûr que je m'en souviens !
- Et… je sais pas si tu te rappelles mais… à un moment… on en était venus à parler de mon engagement humanitaire et tu m'avais demandé si j'avais déjà fait une mission sur le terrain… Je t'avais répondu que oui, que j'en avais fait une au Cambodge et que j'avais adoré ça, et après… tu m'avais demandé si j'avais eu l'occasion d'en faire d'autres…
- Tu m'avais dit que l'opportunité ne s'était jamais représentée, se souvint parfaitement Michael.
- Oui, et… tu m'avais dit que… ça reviendrait peut-être…
Alors qu'il comprenait maintenant très clairement où elle voulait en venir, Michael s'arrêta de marcher. Sara s'immobilisa à côté de lui et il la regarda en silence quelques secondes.
- On t'a proposé de partir en mission ?
- Oui.
- Et… si c'est si difficile pour toi de m'en parler c'est parce que… tu vas accepter la proposition ?
Sara baissa les yeux dans un acquiescement silencieux.
- Ouah ! souffla Michael, abasourdi. C'est… ouah !
Il fit quelques pas pour aller s'asseoir sur le petit banc en pierre qui bordait le chemin. Sara ne tarda pas à le rejoindre et s'installa auprès de lui.
- Je sais que je devrais me réjouir pour toi, reprit Michael. Parce que c'est vraiment une super proposition, un truc hyper intéressant, mais… je t'avouerais que j'ai un peu de mal à me réjouir à l'idée que je vais pas te voir pendant… pendant combien de temps d'ailleurs ?
- Euh… deux mois, indiqua Sara. Ça pourrait être beaucoup plus mais j'en serais pas capable parce que tu vois, moi non plus je me réjouis pas à l'idée de partir loin de toi mais…
- T'as très envie de faire cette mission… C'est normal, je comprends, c'est une opportunité incroyable. Et puis deux mois… deux mois ça passe relativement vite finalement, ajouta Michael en essayant de s'en persuader.
- Tu sais, on aura la possibilité d'être en contact, de se parler régulièrement. C'est juste que… pendant deux mois, je travaillerais un peu trop loin pour rentrer à la maison tous les soirs, c'est comme ça qu'il faut le voir, déclara Sara pour tenter de dédramatiser la situation.
- Ouais… Et tu partirais où ?
- En Inde, du côté de Calcutta.
- Là où y a eu le tremblement terre mercredi dernier ?
- Oui. Vendredi le gouvernement a donné son accord pour laisser entrer l'aide humanitaire. Et ils ont besoin de beaucoup de médecins dans un premier temps pour parer au plus urgent et pour pouvoir envoyer des équipes dans les petits villages isolés.
- Est-ce que… est-ce qu'il y a un risque quelconque pour les médecins qui vont là-bas ? s'inquiéta Michael.
- Non, on se fait vacciner avant de partir contre toutes les maladies qu'on serait susceptibles de rencontrer, y a pas de danger, le rassura Sara.
- Et… je suppose qu'ils ont besoin d'aide maintenant, pas dans six mois alors… tu partirais quand ?
- Mercredi, annonça Sara.
Michael écarquilla les yeux.
- Mercredi ! répéta-t-il en suffoquant de surprise. Ce mercredi ? Dans trois jours ?
- Oui. Mais tu vois, j'ai pas voulu t'en parler plus tôt parce que je voulais pas que ça t'empêche de bien profiter du mariage…
- Ouais, comprit Michael. Bon…
Il passa une jambe par-dessus le banc pour s'y mettre à cheval et Sara en fit de même pour lui faire face. Il prit ses mains dans les siennes.
- La séparation va être difficile, souffla-t-il. Mais on va oublier ça parce que tu vas vivre une expérience professionnelle et humaine absolument fantastique alors… il faut que tu puisses en profiter à fond. Donc je veux que tu saches que je suis très heureux pour toi et, bien évidemment, ça changera rien entre nous. Je serai toujours là quand tu reviendras.
- J'espère bien ! murmura Sara dans un sourire. Tu sais, je redoutais un peu ta réaction parce qu'elle est très importante pour moi et… je crois que j'aurais jamais pu partir sereinement si je savais que t'approuvais pas ma décision d'accepter cette mission.
Michael sourit puis il déposa un tendre baiser sur les lèvres de Sara.
- J'approuve, lui assura-t-il. L'ironie là-dedans c'est que moi aussi j'attendais avec impatience qu'une mission se présente sauf que, honnêtement, je la voulais plutôt pour ton ex, confia-t-il dans un petit rire. Oh, attends, s'exclama-t-il soudainement en réalisant quelque chose qu'il allait peut-être un peu moins approuver. Ôte-moi d'un doute… il part pas avec toi ?
Sara baissa les yeux alors que le moment de vérité - ou de mensonge en l'occurrence ici - arrivait.
- Euh… c'est-à-dire que… si, il va aussi là-bas, dut-elle avouer.
Et à l'expression qu'afficha Michael, Sara se conforta dans l'idée que modifier l'exacte réalité des choses était bien la meilleure option pour tout le monde.
- On part ensemble mais… nos… nos chemins se sépareront à la descente de l'avion tu sais, reprit-elle. On sera pas dans la même équipe et… on sera pas au même endroit, mentit-elle.
- Vous travaillerez pas ensemble ? Vous serez pas ensemble ? demanda Michael pour en avoir encore la confirmation.
- Non, lui assura Sara. Et Jeff restera en Inde au moins un an lui, alors tu vois, on part ensemble mercredi mais dans deux mois y a que moi qui reviens, indiqua-t-elle pour tenter de focaliser l'attention de Michael sur le point le plus positif de toute cette histoire.
- Ouais… C'est plutôt une bonne nouvelle ça, concéda-t-il.
Puis son regard se perdit dans le vague. Les sourcils froncés, il essayait de déterminer ce qui le chagrinait encore après les dires rassurants de Sara. Mais il ne parvint pas détecter l'origine précise de la légère sensation de malaise qu'il pouvait ressentir malgré tout.
Il reprit ses esprits en sentant la main de Sara venir se poser sur sa cuisse. Il releva son visage vers elle et lui adressa un sourire.
- Bon, soupira-t-il. Alors je crois qu'il va falloir qu'on profite bien des trois jours qu'il nous reste avant que tu partes… Approche, murmura-t-il en tirant doucement sur le poignet de Sara pour l'inviter à venir s'installer plus près de lui.
Elle s'approcha, noua ses bras autour de son cou et ses jambes autour de sa taille. Il referma ses mains dans son dos.
- Je t'aime, lui souffla-t-il. Et une des raisons pour lesquelles je t'aime c'est précisément parce que tu as ces merveilleuses qualités que sont la générosité et l'altruisme. Ce que tu vas faire en Inde est magnifique et je veux que tu saches que je suis fier de toi.
Les yeux brillants, Sara esquissa un sourire ému.
- Je t'aime aussi, murmura-t-elle.
Elle lui donna un long baiser puis elle nicha son visage dans le creux de son cou. Elle l'étreignit un peu plus fort et il resserra l'étreinte de ses bras dans son dos. Ils restèrent enlacés de longues minutes, savourant un contact dont ils allaient cruellement manquer pour les deux mois à venir.
