Ce matin-là, il faisait encore plus froid que les jours précédents. L'air était piquant et le sol humide. Il y avait peu de vent, mais quand il y en avait, il était glacial et semblait vous geler jusqu'aux os.

Sebastian, regardant paisiblement par la large fenêtre de son appartement, sirotait un café, attendant l'heure où l'on viendrait le chercher pour aller au… eh bien, au travail. Dieu que c'était difficile de dire une chose pareille… Il fronça les sourcils puis n'y pensa plus.

Son café au fond du ventre, il songea qu'il devait un peu mieux se couvrir, et se dirigea vers son armoire. Là, caché, il retrouva son bonnet gris, qu'il n'avait pas revu depuis l'hiver dernier. Il dénicha un vieux pull, gris lui aussi, qu'il enfila sans attendre, et alla se poser devant son miroir pour enfiler son bonnet. Ses cheveux de devant, blonds et rebelles, tentaient de s'en échapper, mais ce n'était pas laid et il finit par les laisser faire.

8h58. Il attrapa sa veste en cuir brun au passage, son GSM, ses clés et son portefeuille, puis sortit de son appartement.

La berline noire l'attendait déjà.

- Bonjour monsieur ! lança le chauffeur quand Sebastian entra dans la voiture.

- Bonjour, répondit Sebastian, un peu surpris de ce comportement inhabituel.

La voiture démarra. Il vit le chauffeur le regarder dans le rétroviseur il semblait hésiter à lui dire quelque chose.

- Oui ? demanda Sebastian avec un petit sourire.

Le chauffeur eut un petit rire et dit :

- Oh, je… eh bien… Je me demandais… Comment ça s'est passé, hier soir ? Avec le patron ?

Il ne s'attendait pas à ça. Mais ça le fit sourire :

- Bien… Oui, très bien, c'était… Il était…

Il ne sut quels mots choisir. Le chauffeur lui offrit un sourire gentil et compréhensif. Il savait.

Le reste du trajet se fit dans le silence, et cela leur convenait bien à tous les deux. Mais lorsque la voiture s'arrêta souplement devant le grand bâtiment dans la city, Sebastian sentit l'étrange besoin de dire quelque chose. Et comme il ne savait pas quoi, il ne réfléchit pas :

- Sebastian.

Le chauffeur se retourna et lui sourit :

- Allan.

Et ils se quittèrent. Sebastian entrait lentement dans le bâtiment quand le doux vrombissement du moteur de la berline détonna derrière lui.

Il traversa le couloir en jetant un rapide coup d'œil aux caméras accrochées aux coins de murs, puis ouvrit la porte qui donnait sur la grande salle aux bureaux.

Comme les autres jours, des regards curieux et intrigués se levèrent vers lui. Il fit comme s'il ne les avait pas remarqués et continua d'avancer jusqu'au bureau de Katherine, qui était le dernier au fond, le plus proche de la porte en bois sombre qui donnait sur la « zone » de Moriarty.

Katherine semblait était plongée dans le travail son ordinateur trônait au milieu d'un océan de paperasse, et ses mains fines et agiles en parcouraient fébrilement les touches. Néanmoins, elle remarqué sa présence près d'elle, et leva la tête vers lui :

- Bonjour, sourit-elle.

- Salut, répondit-il en examinant un peu mieux les dossiers étalés autour de la jeune femme. Tu as l'air occupé…

- Oh, soupira-t-elle. C'est toujours comme ça avec les russes. Ils veulent à tout prix faire des problèmes là où tout est simple, clair et précis.

Elle se craqua les doigts et s'étira le dos sur sa chaise, fermant les yeux pour quelques secondes. Puis elle se rapprocha à nouveau de son bureau et commença à empiler les dossiers pour en faire des tas propres et moins encombrants :

- Il vaut mieux que je range avant que Jim ne voie ça.

- Je peux t'aider ?

- Oh, non ne t'en fais pas, sourit-elle. Mais, attends, j'ai un travail pour toi, quelque part par ici…

Elle regarda les dossiers, les tria, regarda en-dessous, puis en sortit une petite farde bleue et feuilleta vivement les pages.

- Voilà, reprit-elle. À midi pile, trois de nos employés vont aller faire un échange d'informations avec des clients. C'est un échange simple et discret, mais les informations sont précieuses et les clients un peu méfiants, alors tu vas aller t'assurer qu'il ne leur arrive rien. Tu auras une arme et tu iras te cacher dans les alentours. Tiens, prends ça, et essaie de voir comment tu vas devoir faire pendant que je trie un peu tout ça.

Il prit la petite farde, s'éloigna un peu et se mit à lire. C'était le même type d'instructions que pour sa première mission difficile à décoder. Mais il se concentra et procéda par étape. À sa grande surprise, il se rendit compte que ce n'était pas si compliqué qu'il ne l'avait cru au début il parvenait à tout comprendre.

Tout à coup, un bruit de porte qui s'ouvre retentit derrière lui et l'interrompit dans sa lecture. Il tourna la tête et tomba sur Moriarty, qui avançait vers Katherine d'un air sérieux et préoccupé.

- Alors, Katherine, ils ont répondu ?

- Oui, ils disent qu'un accord pareil ne se fait pas à la légère et à travers un ordinateur. Ils veulent vous voir en personne pour en discuter.

- Oh bon sang, grogna Jim en se pinçant l'arête du nez. Bon très bien, montrez-moi mon horaire.

Katherine ouvrit une fenêtre sur son ordinateur, et Jim se pencha au-dessus de son épaule pour examiner le tableau de plus près. Katherine sembla frissonner, mais Sebastian songea que Moriarty ne l'avait probablement pas remarqué.

- Vous leur avez proposé un rendez-vous pour le 23 ?

- Ils ont dit qu'ils voulaient vous voir avant et qu'ils ne pouvaient pas attendre plus longtemps.

Moriarty poussa un juron et s'éloigna de Katherine pour faire les cent pas. Il avait l'air d'une humeur massacrante. C'est alors qu'il leva la tête et croisa son regard, et ce que Sebastian y vit lui fit peur.

- Moran, qu'est-ce que vous fichez encore là ?!

- Je… lis les instructions pour tout à l'heure…

- Eh bien prenez votre temps, surtout, répliqua-t-il en haussant encore le ton. Ce n'est pas du tout comme si on risquait gros sur ce coup-là !

Il ne savait pas quoi répondre. Il ne répondit rien. Il continua pourtant de le regarder la rage brillait dans ses yeux sombres, et c'était la première fois qu'il le regardait et lui parlait de cette manière.

- Bon Katherine vous appelez Winters et vous lui dites de venir chercher Moran maintenant pour l'emmener là où il doit aller. MAINTENANT.

Katherine, tremblante, se précipita sur le téléphone et s'exécuta.

- Vous, Moran, vous vous débrouillez comme vous voulez mais vous avez trois secondes pour dégager de mon champ de vision !

Sebastian n'ajouta pas un mot et quitta la pièce tandis que Moriarty continuait de hurler :

- J'AIMERAIS QUE ÇA BOUGE ICI !

Tout le monde baissa les yeux et retourna précipitamment à sa besogne, craignant visiblement que la foudre de Moriarty ne s'abatte encore sur l'un d'entre eux.

Sebastian, sa petite farde contre lui, ressortit du bâtiment, un peu sonné. Alors voilà à quoi pouvait ressembler Jim Moriarty en colère. Il avait vu dans ses yeux une rage que jamais il ne lui avait soupçonnée.

Il soupira et ouvrit à nouveau le dossier. Il était en fait question d'un diamant. Moriarty devait l'obtenir en échange d'informations précieuses sur les plans du Gouvernement Russe. De son côté, il devait aller s'assurer que les trois hommes de Moriarty récupéraient bien le diamant. Bon. Ça avait l'air faisable.

La berline bien connue s'arrêta devant lui pour la deuxième fois de la journée. Il entra dans la voiture sans même savoir où elle allait l'emmener.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? lança Allan, le chauffeur. Miss Evans avait l'air paniqué…

- Oh euh… C'est juste que J… le Big Boss avait l'air un peu à fleur de peau.

Il croisa son regard dans le rétroviseur.

- C'est encore à cause des russes ?

Sebastian, surpris, marqua une pause.

- « Encore » ?

- Oh, je ne dis pas que ça arrive souvent, répondit Allan d'un ton léger. Mais à chaque fois que ça arrive, c'est à cause des russes.

- Pourquoi, qu'est-ce qu'ils font ?

- Je ne suis pas au courant de tous les détails… Je sais seulement qu'ils sont assez difficiles en affaires.

- Ils demandent beaucoup ?

- Pas forcément, mais ils tiennent à ce que tout soit fait dans les règles et avec beaucoup de minutie.

Sebastian sourit :

- J'en connais un autre comme ça.

Allan laissa échapper un petit rire et dit :

- Oui, mais le patron, lui, n'a pas besoin de beaucoup de temps pour que soit précis et calculé. Je me souviens qu'une fois il leur avait fallu un mois pour se décider à passer à l'action après leur accord. Le patron devenait dingue.

Cette idée le fit sourire, puis la scène de tout à l'heure lui revint à l'esprit. « Vous, Moran, vous vous débrouillez comme vous voulez mais vous avez trois secondes pour dégager de mon champ de vision ! » Et ce regard quand il l'avait vu…

- Ne vous en faites pas, dit Allan en remarquant son trouble. Ce n'est pas contre vous. Dès que leur association sera finie, il redeviendra calme et serein.

Il ne répondit rien et regarda par la fenêtre.

Quelques minutes où son esprit divaguait au gré de ses pensées, ses soucis, ses souvenirs, ses questions,…

Il pensait à Allan, à vrai dire. La façon qu'il avait de s'être brusquement rapproché de lui, de se comporter de manière presque familière avec Sebastian, sans vraiment le connaître. Cette étrange affection qu'il lui avait offerte alors qu'ils ne s'étaient échangés que quelques mots depuis leur rencontre.

Il pensa alors à Agatha. Sa nourrice, celle qui l'avait réellement élevé, celle qui avait pris soin de ce petit garçon dont les parents se fichaient éperdument. Que dirait-elle si elle le voyait aujourd'hui ?

- Nous y sommes, dit Allan d'une voix douce comme s'il avait peur de le brusquer. Le nécessaire est dans le coffre.

- Merci.

- Faites attention à vous. Je reste ici pour vous récupérer tous les quatre.

Il ne parvint qu'à hocher la tête en guise de réponse et sortit de la voiture. Il ouvrit le coffre et en sortit son compagnon habituel : ce fameux sac beige contenant un sniper. Aussitôt la bride sur l'épaule et le coffre refermé, la berline s'éloigna.

Il sortit son dossier en se mettant à marcher. Il voyait le bâtiment la grande porte était ouverte, mais il jugea plus prudent d'emprunter l'escalier en acier qui menait à ce qui ressemblait à un étage.

La porte en haut de l'escalier était fermée, mais fragile. Il ne fallut qu'un petit effort de Sebastian pour qu'elle cède. Il entra silencieusement dans le bâtiment.

Les murs étaient en béton épais, les structures en acier rouillé, et toute la salle était sombre quelques petites fenêtres minables, rendues opaques par la saleté qui les recouvrait, étaient la seule source d'une faible lumière qui permettait à Sebastian de voir vaguement où il mettait les pieds. Il plissa les yeux pour essayer de repérer une autre présence que la sienne, mais il ne vit ni n'entendit rien d'autre que sa respiration. C'était étrange à quel point cet endroit était calme, alors que quelques mètres plus loin fourmillait la population. Il prit quelques secondes pour profiter de ce silence, si rare à trouver en ville, puis déposa son sac. Il installa machinalement le sniper, puis s'assit silencieusement sur le sol couvert de poussière.

Il se demanda s'il allait s'ennuyer sur cette mission. Après tout, il n'était qu'une petite précaution, n'avait qu'un rôle de « au cas où » ça n'aurait rien de très excitant. Surveiller si un échange s'effectuait correctement et sans problèmes. Il soupira.

D'un autre côté, il ne se voyait pas non plus dans la même situation que le « test » de Moriarty, la dernière fois. Le stress, le danger, l'adrénaline,… Ce ne serait peut-être pas plus mal d'être un peu tranquille. Non pas que l'action lui faisait peur – il en avait fait sa vie pendant des années à l'armée – mais il devait bien admettre que ses deux ans de solitude l'avaient un peu refroidi, et il s'y était habitué.

Un grincement métallique le sortit brutalement de ses pensées. Il se retourna et se mit en position, l'œil derrière le viseur de son arme.

Trois hommes étaient lentement entrés dans la bâtisse, et regardaient autour d'eux avec une impassibilité admirable. L'un d'eux portait une petite mallette. Sebastian ne se manifesta pas, songeant qu'ils avaient sûrement été mis au courant de sa présence et que, de toute façon, c'était plus prudent de ne pas attirer l'attention sur lui. Quelques minutes passèrent encore, puis l'un des hommes dit d'une voix contenue et feutrée :

- Ils sont en retard.

- Ils vont arriver d'une minute à l'autre, répliqua un autre.

- N'empêche que Moriarty ne va pas être très content…

Aussitôt, le troisième lui asséna un coup en vociférant :

- Ne dis pas son nom à voix haute, crétin ! Il y a des gens juste à côté !

Le premier voulut répliquer mais un bruit se fit entendre de l'autre côté du bâtiment. Les clients. Sebastian dirigea vivement son viseur invisible vers eux, en gardant le silence. Les clients étaient cinq. Cinq pour trois de son « camp ». Il se demanda si cette inégalité était normale, mais balaya cette idée de son esprit pour se concentrer sur ce qui se passait.

Les cinq clients avancèrent un peu, histoire que les trois employés les voient bien, puis s'arrêtèrent.

- Moriarty ? lança l'un d'eux avec un terrible accent russe.

- Il nous envoie, répondit l'un des trois employés. Vous avez le diamant ?

- Vous avez les informations ? rétorqua le russe.

L'un des employés montra sa petite mallette, l'ouvrit et montra les papiers qu'elle contenait. Il referma la mallette et s'avança lentement vers les russes. Le seul client qui s'était manifesté jusqu'alors sortit à son tour une petite boîte, comme un écrin, et montra le diamant avec de la refermer. Il s'avança vers l'autre et tendit sa main vide pour prendre la mallette. L'autre lui donna la mallette tandis que l'autre lui tendait l'écrin, et puis tout se passa très vite.

Comme un seul homme, les autres russes sortirent des armes de leurs poches arrières et tirèrent des coups de feu dans la direction des employés, tandis que leur « chef » prenait violemment la mallette et reprit son écrin tout contre lui. Sebastian n'avait eu le temps que de cligner des yeux que les trois hommes de Moriarty gisaient sur le sol froid. Son sang ne fit qu'un tour il tira à son tour, et abattit en quelques secondes quatre des russes tandis que les deux derniers (dont le « chef ») fuyaient en courant.

Bouillonnant, il dévala les escaliers d'acier en volant presque par-dessus les marches et rattrapa les deux hommes. Il empoigna le « chef » par le col et le retourna violemment sur le sol, sans même réfléchir à ce qu'il faisait, ne contrôlant même pas sa force. Il lui donna un coup pour l'empêcher de se débattre, puis récupéra l'écrin et la mallette. Le dernier russe était parti sans même se retourner, fuyant pour sauver sa vie. Sebastian voulu se détourner pour partir à son tour, mais le « chef » lui planta un poignard dans l'abdomen. Une douleur fulgurante le saisit à cet endroit, et avec beaucoup plus de violence qu'il ne l'aurait cru. Il retira le poignard et se retrouva plaqué contre le sol par le russe, qui le surplombait à présent et le griffa au visage. Dans un nouvel élan d'adrénaline, Sebastian le repoussa, reprit le poignard et le blessa au ventre à son tour. Profitant de son moment d'inoffensivité, il se releva et retourna auprès des trois employés qui gisaient par terre. Le premier était mort, le deuxième aussi, mais Sebastian eut le souffle coupé quand il vit que le troisième respirait encore. Avec délicatesse mais fermeté, il le soutint par les épaules et sortit avec lui du bâtiment.

Avec le gémissement d'un homme en pleine agonie dans l'oreille, il cherchait désespérément la berline noire qui devait les attendre. Au moment où il allait abandonner, un vrombissement de moteur retentit à quelques mètres de lui, et la berline s'arrêta devant eux. Sebastian ouvrit la portière, allongea l'homme sur la banquette, prit rapidement place à côté de lui en lançant la mallette et l'écrin, et ferma la portière tandis que la voiture redémarrait déjà à pleine vitesse.

- Que s'est-il passé ? s'exclama Allan.

- Les… les russes ont voulu… ils ont…

Il ne parvenait pas à récupérer son souffle. Le feu de l'adrénaline brûlait encore dans ses veines, et la panique bloquait encore ses poumons.

- Sebastian, calmez-vous, lança fermement Allan. Respirez lentement…

Il fit de son mieux pour obéir, mais s'occupa alors de l'homme qui agonisait à côté de lui. Il l'allongea sur lui, lui permettant de mieux respirer, puis regarda la blessure. Elle était profonde, mais ne touchait rien de vital. S'il avait des soins à temps, il allait s'en sortir.

- Accélérez, Allan, s'exclama Sebastian avec une pointe de panique dans la voix.

Mais ils approchaient déjà de la ville, et il ne pouvait pas aller plus vite. Malgré tout, cela signifiait qu'ils étaient proches du QG.

Sebastian sortit son GSM et appela Katherine :

« - Sebastian ? Qu'est-ce qui se passe ? »

- Prépare des bandages, des médocs, un médecin, tout ce que tu pourras trouver ! On arrive dans deux minutes !

« - Qu-quoi ? Mais… »

Il raccrocha. L'homme gémissait toujours. Sebastian mit précipitamment l'écrin dans sa poche et coinça la mallette sous son bras.

- Prêt ? lança Allan.

La voiture ralentit et s'arrêta juste devant les portes du QG. Sebastian ouvrit la portière et, à nouveau, soutint l'homme pour qu'ils puissent sortir de la voiture, tandis qu'Allan garait cette dernière et courait pour leur ouvrir la porte d'entrée. Sebastian porta l'homme plus qu'il ne l'aida à marcher, et arriva en trombe dans la salle des bureaux où ils furent accueillis par six personnes qui s'occupèrent de prendre l'homme et de lui prodiguer les soins dont il avait besoin, ainsi que Katherine et Moriarty qui accouraient vers eux avec un air de panique.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?! s'exclama Moriarty.

- Les russes leur ont tiré dessus pour repartir avec la mallette et le diamant, répondit précipitamment Sebastian en gardant un œil sur le rescapé. Les deux autres sont morts, mais lui respirait encore alors j'ai…

- Oh mon Dieu, gémit Katherine en étouffant sa voix dans ses mains.

Moriarty attrapa quelques petites boîtes et des flacons des mains des médecins (ou ce qui y ressemblait), tira deux chaises vers eux et fit asseoir Sebastian sur l'une d'elles, tandis qu'il s'asseyait sur celle juste en face de lui.

- Comment avez-vous fait pour vous retrouver dans cet état ? interrogea Moriarty en trempant de l'ouate dans un liquide.

Moriarty appliqua son ouate sur son arcade sourcilière, et c'est là qu'il prit conscience que lui aussi avait été blessé. Le terrible picotement des griffures que le russe lui avait faites ressurgit.

- J'ai juste… c'est leur chef qui…

- Pourquoi vous en êtes-vous mêlé ? reprit Moriarty en jetant l'ouate. Enlevez votre t-shirt.

Il voulut obéir mais se souvint de l'écrin dans sa poche et en profita pour le tendre à Moriarty qui le regarda, l'air ahuri.

- J'ai… récupéré le diamant.

- Ce type est un malade ! lança une faible voix d'homme un peu plus loin. Regardez, il a ramené la mallette et le diamant ! Et il a buté tous ces enfoirés de russes à lui tout seul !

Tout le monde se retourna vers Sebastian, et le bruit s'épuisa légèrement, presque jusqu'au silence. Moriarty prit doucement l'écrin et le mit de côté, sans quitter Sebastian des yeux.

- Enlevez votre t-shirt, Moran, répéta-t-il simplement.

Sebastian obéit, et se rappela alors du coup de poignard que le russe lui avait asséné, et aussitôt la douleur ressurgit. Comme si son corps l'avait momentanément, dans l'urgence, mise de côté, et décidait de se manifester maintenant qu'il était hors de danger.

Moriarty se mit à nettoyer d'abord sa plaie, en silence, presque sans émotion ni expression sur le visage. Puis, en évaluant les dégâts sur l'abdomen de Sebastian, lança d'une voix douce :

- Que tous ceux qui n'ont aucun soin à donner retournent au travail.

Et, sans qu'il ait eu à élever le ton, tous les curieux et autres retournèrent lentement à leurs bureaux, tandis que les « médecins » et Moriarty restaient pour s'occuper des deux blessés.

Moriarty continua de le soigner, quand soudain Sebastian sursauta :

- J'ai oublié le sniper !

Moriarty le contempla, incrédule :

- Moran, vous vous êtes fait poignarder. Vous avez tué cinq traîtres, sauvé la vie d'un allié, et récupéré les informations et le diamant.

- J… Mais j'ai laissé l'arme…

Moriarty lui lança alors un regard qu'il n'oublia jamais depuis. Un regard de totale incompréhension, mêlée à un peu d'admiration et d'inquiétude.

- Moran…

Les mains de Sebastian tremblaient. L'adrénaline ne s'était pas encore dissipée. La panique qu'il avait accumulée depuis tout ce temps ne se calmait pas. Il entendait son cœur battre sur ses tempes, puis sentit une petite main fraîche sur son front.

- Calmez-vous, dit doucement Moriarty en continuant de le regarder droit dans les yeux. C'est fini maintenant… Sebastian, c'est fini…

Il se sentit alors comme un enfant qu'on berce, apaisé par ces mots si simples, si doux, et si puissants à la fois. La petite main passa doucement contre son front, frôlant ses cheveux au passage, à la fois pour le rafraîchir, le détendre et enlever sa sueur. Sa respiration ralentit, il se calma peu à peu. Ce contact frais et léger sur sa peau lui faisait du bien.

Moriarty détourna enfin son regard de ses yeux émeraude pour faire venir l'un des « médecins » et lui montrer ses différentes blessures.

- Pour celle au ventre, je ne m'inquiète pas, observa-t-il sous le regard attentif de Moriarty. Ça prendra quelques jours mais il va s'en remettre sans problème. Par contre, pour la griffure qu'il a au visage, je crois qu'il faudra compter sur une petite cicatrice.

Sebastian se souvint de la griffure du russe. Il s'était jeté sur lui, et l'avait blessé avec de la rage plus qu'avec la volonté de lui faire vraiment du mal ou même de le tuer. Il avait juste été fou de rage contre lui de lui avoir fait perdre la partie.

Alors il en garderait une cicatrice ?

Lui, avec son visage si pur, sans aucune imperfection, avec cette symétrie presque désagréable à regarder tant elle était inhabituelle ? Au moins une cicatrice casserait cette image si « parfaite », songea-t-il.

Le « médecin » s'occupa de soigner son coup de poignard en bonne et due forme, puis se retira d'un pas en arrière mais en restant à côté de Moriarty.

- Monsieur Winters va vous reconduire chez vous et vous allez vous reposer, lança doucement Moriarty.

- Mais…

- Il n'y a pas de mais, coupa-t-il de sa voix douce. Vous vous reposez et vous ne revenez que lorsque vous vous sentez parfaitement rétabli.

Il ne répondit pas, mais ne bougea pas non plus.

- C'est compris, Moran ? insista Moriarty d'un ton qui attendait une réponse obéissante, telle une mère parlant à son enfant.

- C'est compris, boss, répondit-il en se levant lentement.

Moriarty lança un regard plein de sous-entendus à Allan qui acquiesça d'un signe de tête. Allan et Sebastian ressortirent tous les deux de l'immeuble et s'installèrent dans la voiture, où Sebastian prit même la liberté de s'asseoir à l'avant, à côté d'Allan.

- Ça aura été une journée éprouvante, hein ? lui dit Allan d'un air compatissant d'un ami.

Il n'eut même pas la force de répondre tant il était tout à coup épuisé.

Ses paupières se firent très lourdes.

Il les relevait par petits à-coups toutes les cinq secondes.

Et puis il finit par ne plus résister, et s'endormit.


ET VOI-LÀ ! Wouhouuuuuuuuuu ! J'ai bien cru que je n'y arriverai jamais :p hahaha WOUHOUUU JE PÈTE LE FEU !

Bon bref :p Laissez une review svp, ça fait toujours super plaisir et ça m'encourage pour la suite ! Et encore une fois merci à ceux qui le font déjà ;)