Crédit : Bob l'Octodian, et son Metal Bloody Saloon appartiennent exclusivement à Aerandir Linaewen qui les a créés. Et donc la descendance de Bob vient directement d'elle et de son amitié à m'avoir permis de les utiliser

19.

Albator émit un grognement.

- Mais ce n'est pas possible, je me débarrasse d'une et c'est l'autre qui s'y met ! vitupéra-t-il. Les salles de soins sont peut-être mixtes, le signal d'interdiction d'entrer est activé !

- Voilà pourquoi j'ai franchi les portes. Comme je ne te crois jamais quand tu parles de ta santé, je devais m'en assurer de mes propres yeux… Et comme je le craignais : j'avais raison ! conclut la blonde seconde de l'Arcadia à la vue des pansements encore sanglants que le Doc Mécanoïde n'avait pas encore eu le temps de remplacer.

- Ce sont juste quelques fils qui ont sauté… marmonna le grand Pirate balafré.

- … Ce qui ne serait pas arrivé si vous étiez tranquillement resté dans votre appartement, là où je vous avais en réalité laissé ! ne put s'empêcher de grincer Surlis.

- Cela n'avait rien d'un véritablement engagement. Je me suis contenté de maintenir la position du vaisseau…

- … en plein dans la ligne de tirs du Xortal ! Cela aurait été exemplaire et même héroïque s'il y avait eu une bonne raison à ta folle absence de stratégie ! reprocha encore Kei, vraiment dressée sur ses ergots. Tu as, à nouveau, mis ce vaisseau et donc son équipage en danger pour ton fichu orgueil, c'est totalement irresponsable !

- Pas plus ou moins qu'à l'ordinaire…

- En l'absence de raison : si !

Après avoir marché de long en large alors que Surlis finissait les sutures de son indiscipliné patient, elle revint se planter devant Albator qui finissait de se rhabiller.

- Je suis certaine que les autres Pirates trouveront cela énorme et feront part de leur admiration, songeant que si tu rééditais cela devant un autre vaisseau Militaire, avec un Arcadia en parfait état, tu pourrais bien l'emporter. Moi, je ne vois que folie… Génie, folie, la limite est si infime, mais sur ce coup je ne démordrai pas de ma position.

Albator reposa l'ordinateur de poche à côté de lui, n'ayant pas eu un geste vers sa cape pour finir de s'apprêter.

- Le Xortal n'est répertorié dans aucune des Flottes auxquelles nous avons eu à nous colleter depuis cinq ans, fit-il en donnant plutôt l'impression de réfléchir à haute voix. Les membres du commando portaient des uniformes, mais c'est la seule chose qui nous a fait le classifier « militaire ». Si Oyama était encore à ce bord, je l'aurais mis sur les recherches, à utiliser le Grand Ordinateur pour une recherche d'identification faciale de ces kidnappeurs.

- Quelle importance ? ! s'impatienta la jolie blonde. A quoi bon utiliser nos ressources pour un pseudo mystère qui n'existe que dans ton cerveau tordu ? Clio et Oyama ne font plus partie de nos vies, et ça vaut mieux ! A présent, il s'agit juste pour toi de te remettre physiquement en état, autant que possible, d'ici à notre arrivée à la Cité Pirate !

- C'est bien mon intention. J'ai réalisé dans la douleur que je n'étais effectivement pas bon à grand-chose, encore heureux que j'aie pu arriver ici sur mes deux pieds !

- Tu vas te tenir tranquille, sauf si une alerte te ramenait sur la passerelle ? Je n'en crois rien, parfois je te préfèrerais moins préoccupé par le souci de nous sortir des pires situations, mais je sais qu'avant tout cela satisfait ton goût pour la baston ! Tu es insupportable et irrécupérable ! jeta-t-elle en sortant de la salle de soins.

Le regard étincelant, Albator tourna la tête vers son Doc Mécanoïde.

- Si tu ajoutes un mot, je fais effacer le programme « sermon » de tes fichiers mémoires !

- Je n'ai pas de…

Dans un ricanement, le grand Pirate balafré emprunta le chemin de son appartement, mais plutôt soulagé dans le fond de quitter le Centre Hospitalier comme il y était arrivé !


Léllanya Urghon s'était rendue sur l'Arcadia alors qu'ils approchaient des Nuages de Klomel qui dissimulaient parfaitement dans leurs nappes la station spatiale qui abritait la Cité Pirate.

- Je suppose que Kei t'a déjà dit que tu t'étais comporté comme un fou à lier ? sourit la Pirate à la chevelure azur, à la courte robe blanche à volants qui tranchait avec ses pantalons de cuir et ses bottes à hauts talons et surtout avec les deux gros pistolets fixés à ses cuisses et le fourreau du katana qu'elle portait dans le dos.

- Et sur tous les tons, compléta Albator, avec un petit rire, debout devant la baie vitrée, bras croisés. Elle s'est lâchée, comme à chaque fois que je repousse et que je dépasse les nouvelles limites.

Elle aussi rafraîchie et rajustée, la capitaine de la Janae demeura assise sur le lit dévasté qui témoignait encore du tumulte de leurs ébats.

- Je sens que le temps de notre halte à la Cité Pirate, Kei et moi allons encore passer de bons moments et partager quelques virées mémorables, bien que je me doute que nous ne nous souvenions pas de grand-chose !

- L'habituelle tournée des boîtes de nuit sur les cargos en escale qui nous divertissent contre de solides rétributions ? Les cargos finissent par tous se ressembler…

Léllanya sourit de toutes ses dents nacrées.

- Non, depuis peu, il y a du neuf : sur un de ces cargos, il y a le meilleur bar que nous – tous les Pirates – ayons jamais connu !

- Là, tu piques ma curiosité, admit Albator. Quel genre de bar ?

- Un saloon ! Un Metal Bloody Saloon, pour être plus précise. Le tenancier donne davantage envie de sortir aussitôt ses armes pour le flinguer, mais une fois qu'on le connaît, cette Octodiane est aussi charmante que son apparence est monstrueuse !

- Tu peux m'en dire plus ?

- Non… Hormis qu'elle entre dans une rage folle si tu écorches son nom !

- …

- Erkhatellwanshir !

- Quoi ? ! Mais c'est imprononçable !

- Ce qui signifie que tu n'es pas près de goûter à son fameux red bourbon.

- Hum, pour un véritable red bourbon, un alcool légendaire, je veux bien tout m'entraîner à sortir ce nom !

- Je me disais bien que ton sens des priorités l'emporterait, pouffa la capitaine de la Janae. Je t'ai noté ce nom, phonétiquement, sur ce papier, à toi de faire en sorte de bien le sortir le moment venu.

- Je t'y offrirai un verre ?

- Mais j'y compte bien, et quelques bouteilles pour faire bonne mesure ! J'attends ton appel pour que nous y allions. D'ici là, j'ai à faire pour amener ma Janae à bon port.

- Et moi mon Arcadia.


Thysg Orelheim sursauta à la vue de son beau-frère qui au lieu de se détendre dans l'un des jardins du château, était occupé sur un de ses ordinateurs.

- Skent ?

- Les Observatoires Militaires avaient localisé l'Arcadia, et un autre vaisseau répertorié comme étant la Janae, mais une fois encore nous venons de les perdre alors qu'ils plongeaient dans les Nuages de Klomel !

- Et alors ?

- La Cité Pirate est donc bien là. Mais leurs vaisseaux sont équipés pour supporter les ondes parasitaires électroniques qui rendent les nôtres inopérants… Albator est là et donc je retournerai l'y traquer dès que possible !

- Skendar, il a failli te tuer !

- Et moi, la prochaine fois, je serai à la hauteur et j'aurai sa peau.

- Tu crois ?

- Je vais m'entraîner sur ce point précis. Hors de question que je laisse à nouveau ce gamin avoir l'ascendant sur moi. Et j'ai toujours eu une mission depuis cinq ans : mettre fin aux agissements d'Albator et cela signifie que je dois l'envoyer ad patres !

- On dirait que cette perspective te dope pour ta convalescence… ?

- C'est peu de le dire, sourit Skendar. Crois-moi, Thysg, je vais guérir à vitesse éclair et repartir dans la mer d'étoiles bien avant le temps fixé par les médecins Militaires qui suivent ma santé. Tu n'as pas idée à quel point je piaffe ! ?

- Si, je crois que oui. Cet Albator a failli te tuer et tu vas prendre ta revanche.

- Je vais gagner, tout simplement.

Et la tranquille assurance de Skendar rassura, curieusement, Thysg qui eut la certitude qu'il ferait exactement ce qu'il venait de dire et l'emporterait sur celui qui jusque-là avait été un imbattable et insaisissable adversaire !


Le corps entièrement dissimulé par son ample manteau blanc ivoire, le Roi des Pirates avait chaleureusement accueilli son petit protégé.

- Soulagé de te retrouver en un seul morceau, Albator, fit-il en l'étreignant brièvement. Tu as joué avec le feu, à plus d'une reprise, depuis que tu t'es désolidarisé de mon escadre. J'espère que ça t'aura servi de leçon et que désormais tu suivras mes instructions sans plus prendre d'initiative désastreuse. A ton prochain départ, tu retourneras affronter Waldenheim et cette fois dégomme-le sans pitié !

- Je ne flancherai plus.

Du doigt, Albator désigna une sorte de kiosque dans le salon de Lothar.

- Tu montes une ménagerie ? ironisa-t-il en désignant un chat roux dans son panier et un corback noir au long bec jaune sur son perchoir.

- Le cadeau d'un ennemi ayant fini par faire vœu d'allégeance. Qu'en penses-tu ?

- Ils sont horribles, j'espère bien ne jamais avoir ce genre de créatures à mon bord ! Maintenant, excuse-moi, Lothar, je dois aller écumer les cargos de distractions et découvrir le Metal Bloody Saloon !

- Amuse-toi bien.

- C'est mon intention.

Et ce fut le cœur vraiment léger qu'Albator se retira.