Bonjour tout le monde !

C'est reparti pour un nouveau chapitre. On retourne à Poudlard pour celui-ci. J'espère que vous aimerez.

Une nouvelle fois, merci à tous pour vos reviews. ça me touche beaucoup et je suis à chaque fois plus impatiente de publier un nouveau chapitre.

Bonne lecture !

Bises ;)

Peaseblossom

PS : dernière ligne droite pour les bacheliers, tenez bon, c'est bientôt fini ! ^^ Courage !

Disclaimer : rien ne m'appartient comme à chaque fois.

Réponse à la review anonyme :

C : Merci beaucoup (je fais de mon mieux... ^^) Eh oui, comme tu vas le voir, prochain chapitre à Poudlard (c'était si évident que ça, ou ça faisait juste trop longtemps que je n'avais pas parlé de mon petit monde? XD) En tout cas, un grand merci à toi de passer à chaque chapitre avec tes compliments et ta gentillesse. j'espère que ce chapitre va te plaire. A bientôt ! Bisous ;)


Chapitre 19

Au détour d'un couloir

A Poudlard, les mois s'écoulaient paisiblement. Un peu trop peut-être, au goût de Scorpius, qui trouvait que toute cette tranquillité cachait quelque chose. Le calme avant la tempête. James continuait de disparaître, mais Rose, Albus et lui n'osèrent pas le poursuivre de nouveau dans les couloirs, la nuit, surtout pas après ce qui était arrivé à Scorpius. Brownon semblait sans cesse sur leur dos. Désormais, ils avaient tous les trois les honneurs du premier rang, et de ses regards noirs à longueur de temps. Rose s'en indignait à chaque fois, et trouvait cela injuste et disproportionné. Scorpius partageait son avis, mais ce n'était pas comme s'ils pouvaient faire grand-chose pour améliorer la situation.

Janvier passa. Février passa. Arriva le mois de mars, le retour du printemps et de la pluie. Se rendre aux serres pour les cours de Botanique n'avait jamais été aussi… gadouilleux. Les cachots devenaient de plus en plus humides et Scorpius avait constamment l'impression de traverser un épais brouillard.

En parlant de brouillard, il ne comprenait toujours pas ce qui lui était arrivé la veille des vacances de Noël. Il avait pensé que ce ne serait que passager, mais il s'était lourdement trompé. Il ne se souvenait pas plus des quelques heures qui avaient suivi le cours de Sortilèges que de sa première couche. Et même si elle ne disait rien, il voyait bien que ce trou de mémoire à rallonge préoccupait Rose. Ce n'était pas normal du tout. Et plus le temps passait, plus Scorpius était persuadé qu'il s'était passé quelque chose d'important pendant ces quelques heures.

« Quelqu'un a pu te jeter un Oubliettes, proposa un jour Rose en cours de Métamorphoses.

- Un oubli-quoi ? fit Albus.

- Oubliettes, s'agaça-t-elle

- Un sortilège d'oubli, c'est ça ? » risqua Scorpius.

Elle acquiesça en jetant un regard rapide en direction de March.

« C'est un sortilège puissant qui efface les souvenirs remontant à quelques heures. Si le sorcier est particulièrement puissant, le sortilège peut entièrement effacer la mémoire. »

Scorpius déglutit. Il l'avait échappé belle. Il n'arrivait pas à imaginer sa vie sans les souvenirs de sa famille et de ses amis. Et il avait été à un rien de tous les perdre. Rien que d'y penser, il en avait des frissons.

« Mais qui aurait fait ça ? Et pourquoi ? demanda Albus, les yeux écarquillés.

- Je ne sais pas, répondit Rose. Mais peut-être que tu es tombé sur quelque chose que tu n'aurais jamais dû voir ? »

Scorpius acquiesça silencieusement. Cela rejoignait ce qu'il pensait. La sonnerie résonna. Ils rangèrent leurs affaires, tout en continuant d'échafauder des théories sur la perte de mémoire de Scorpius. Ils se dirigèrent vers la Grande Salle pour déjeuner. Ce midi-là, il y avait de la tourte au bœuf, et le petit garçon en salivait d'avance. Ils s'installèrent en bout de table, au plus près de la table des professeurs. Le professeur Londubat leur sourit. Ils mangèrent tous trois avec appétit, Rose dévorant deux fois plus que les deux garçons réunis. Ça ne cessait pas de fasciner Scorpius qui se demandait d'où pouvait venir cette prodigieuse capacité à tout avaler. Ils avaient l'après-midi libre. Ils prirent donc leur temps, et il ne restait guère que des premières années quand ils quittèrent la vaste salle. Rose voulait aller travailler à la bibliothèque. Albus jeta un regard maussade au temps gris et se résigna à la suivre. Scorpius s'excusa pour aller aux toilettes. Il les rejoindrait après.

Sur le chemin qui le ramena à la bibliothèque, il croisa la forme vaporeuse et argentée d'un fantôme qui flottait au-dessus de sa tête, sous les ogives du couloir.

« Mais n'est-ce pas notre petit égaré de décembre ? » souffla doucement une voix.

Scorpius leva les yeux et tomba sur le sourire mélancolique de la Dame Grise.

« Bonjour, mademoiselle, » salua-t-il poliment.

Elle sourit de nouveau et descendit à sa hauteur.

« Vous n'êtes pas perdu, cette fois ? »

Il secoua la tête. Il n'osa pas bouger et la dévisagea. Il lut beaucoup de tristesse dans son regard, une tristesse qu'il n'avait pas remarquée la première fois qu'il l'avait vue. Il se demanda pourquoi une si belle dame paraissait si affligée. Une histoire sombre et mystérieuse, terrible sûrement. Mais il était trop bien élevé pour la questionner.

« Si jeune… murmura-t-elle, davantage pour elle-même que pour Scorpius. Et déjà en danger… »

Le petit garçon se raidit. En danger ? Quel danger ? Elle soupira lourdement. La pâle lumière qui émanait de sa silhouette translucide pâlit un peu.

« Faites attention, mon jeune ami, prévint-elle. Je pressens que des choses terribles vont se produire dans le château. La menace se cache, se glisse dans l'ombre, mais elle est là. Méfiez-vous, très cher. Méfiez-vous. »

Sa voix se perdit dans un faible écho. Scorpius frissonna. Il avait très froid soudain. Et il était certain que cela n'avait rien à voir avec la présence du fantôme.

« Mais quelle menace ? demanda-t-il. Que se passe-t-il ? »

Elle hocha la tête et commença à s'élever vers le plafond.

« Je ne saurais vous dire. »

Et elle disparut. Scorpius aurait voulu la retenir. Lui demander des éclaircissements. Comprendre quelle était cette menace. D'abord Hagrid et les centaures, maintenant la Dame Grise. Y avait-il seulement quelqu'un qui pouvait leur expliquer ? Il se dépêcha de rejoindre la bibliothèque. Les mots de la Dame Grise l'avaient retourné. Le château qui lui avait paru si sûr, si chaleureux, devenait soudain à ses yeux un édifice froid et inquiétant. Combien de monstres et d'horreurs se dissimulaient dans les recoins sombres ? Combien de manticores, d'attaques inexpliquées ? Edouard Cree n'était toujours pas revenu, et ils n'en avaient aucune nouvelle. Et James Potter et son comportement bizarre.

Il entra dans la bibliothèque, une pièce immense aux lambris mordorés qui sentaient bon la cire. Les rayonnages emplis de vieux grimoires s'alignaient en ordre jusqu'au fond de la pièce, où un cordon rouge cramoisi un peu défraîchi délimitait l'accès à la Réserve et aux livres interdits. Albus et Rose lui avaient gardé une place. Il se laissa tomber sur un siège, et passa une main inquiète dans ses cheveux blonds.

« Ça va ? demanda Albus en souriant. On dirait que tu as vu un fantôme… »

Scorpius se tourna vers lui, blanc comme un linge. Rose fronça les sourcils.

« Tu ne crois pas si bien dire, » murmura-t-il.

Et il leur raconta son étrange rencontre avec la Dame Grise. Quand il eut fini, Rose joua distraitement avec sa plume, sans rien dire.

« Whoua ! fit Albus. Ça, c'est… c'est étrange. Elle était sérieuse ? »

Scorpius hocha la tête.

« En même temps, elle a raison, poursuivit Albus. Tu crois qu'on devrait en parler à quelqu'un ? A Neville peut-être ? Il comprendrait, je pense, après tout ce qu'il a traversé avec Papa.

- Mais on n'est sûr de rien, coupa Scorpius. On n'a pas de preuves, juste des intuitions et les prophéties fumeuses des centaures et des fantômes. »

Rose, qui n'était pourtant pas la dernière pour ce qui était de donner son avis, ne dit toujours rien, et se contenta de fixer le coin de Lac Noir qu'on voyait à travers la fenêtre.


James s'était enfermé dans la salle de bain. Il observa une seconde son visage en sueur dans le miroir. Cela n'allait-il donc jamais arrêter ? Il devenait fou. Il regarda ses mains. Elles étaient un peu jaunâtres et parcheminées, comme s'il avait passé deux heures à éviscérer des crapauds cornus. Il ne savait même plus comment il s'était fait ça. Il passa ses mains sous l'eau chaude et frotta, frotta, jusqu'à ce que ses mains irritées deviennent rouges, presque jusqu'à saigner. Des larmes roulèrent sur ses joues.

Il avait encore surpris les regards suspicieux d'Albus ce matin-là. Et il ne comprenait pas. Il s'entendait bien avec son frère. Enfin bien… comme s'entendent des frères, quoi. Ça passait par des bagarres et des engueulades, des « Je te déteste ! » et des « De toute façon, t'es pas mon frère ! ». Et ils se retrouvaient dans leur affection commune et protectrice pour leur petite sœur Lily. Mais ils n'avaient jamais été aussi distants, se fuyant à chaque détour de couloir. A la limite, ils avaient leurs amis respectifs, et le château était grand, mais pourquoi toute cette méfiance ? Il savait que son petit frère traînait avec le petit Malefoy, et il n'était pas d'accord. Il trouvait le petit blond sournois, même s'il était chez les courageux Gryffondors. D'accord il y avait peut-être été un peu fort en début d'année. Mais depuis, il leur fichait une paix royale, alors pourquoi toute cette méfiance ?

La voix. C'était elle. La voix. C'était certain. Il avait toujours ces immenses trous de mémoire. Il était certain qu'elle lui faisait faire des choses monstrueuses. Mais lesquelles ? Et il avait peur. Tellement peur. Il ne pouvait rien dire. La voix l'avait dit. La voix le tenait. S'il parlait, les siens en souffriraient. La voix avait tout pouvoir sur lui, elle savait tout de lui, connaissait chaque recoin de son esprit. Elle savait même des secrets sur lui qu'il ignorait. Des secrets effrayants que personne ne devrait jamais connaître. Un soir, elle avait sous-entendu qu'il était pour quelque chose dans l'attaque d'Edouard Cree. Mais ce n'était pas vrai, ce n'était pas lui ! Et il avait atrocement, viscéralement peur. Ses résultats scolaires avaient baissé, et quelqu'un finirait bien par se rendre compte de quelque chose. Non. Il fallait qu'il fasse semblant. Qu'il continue de faire comme si de rien n'était. Mais c'était si difficile. Et la voix. Toujours là. Il avait tellement peur. Il n'arrivait pas à lui résister. Elle était tellement plus forte que lui.

Il croisa de nouveau son regard dans le miroir, et il frappa de toutes ses forces sur la glace. Il aurait voulu qu'elle se brise, qu'elle lui entaille les mains, mais elle était magiquement renforcée. Il ne réussit qu'à s'écrouler sur le sol, en pleurant silencieusement.


Scorpius avait réussi du premier coup à arroser sa plante. La surprise lui avait presque arraché la baguette des mains. La professeure s'avança, le félicita et lui accorda dix points. Ils étaient en Sortilèges, et l'exercice du jour consistait à apprendre à maîtriser le sortilège d'Aguamenti. Un mince jet d'eau avait jailli en pluie fine de l'extrémité de sa baguette et s'était engouffré avec avidité dans la terre desséchée du pot de marguerites devant lui. Rose réussit au bout du deuxième essai à arroser son rosier, qui fit éclore deux fleurs pour elle. En revanche, Albus était en bien mauvaise posture. A chaque fois qu'il s'apprêtait à lancer son sort, sa voisine, Ornella, lui envoyait, sciemment ou pas, on ne savait jamais avec elle, un puissant jet d'eau dans la figure. Cela faisait beaucoup rire les voisins de derrière, mais Scorpius voyait bien que le petit brun se retenait de ne pas lui renvoyer le Magicobus en lui balançant ses tulipes.

Il passa les dernières minutes du cours à observer les autres. Quand la sonnerie perçante retentit, il y avait des flaques d'eau, mêlées de terre et de feuilles arrachées partout. Ils rangèrent leurs affaires et slalomèrent entre les flaques boueuses pour sortir. D'un coup de baguette compatissant, la prof sécha Albus et ils se retrouvèrent dans le couloir, où patientait déjà la classe de sixième année de Serpentard.

L'endroit faisait toujours une drôle d'impression à Scorpius. Il avait la curieuse sensation d'avoir oublié quelque chose d'important quand il passait par là. Et plus les semaines passaient, plus il sentait que cette drôle d'impression avait quelque chose à voir avec son inexplicable trou de mémoire.

Albus l'interrompit dans ses réflexions.

« Attends, Rose n'est pas là. »

Scorpius jeta un œil autour de lui. Effectivement, la petite rousse n'était pas là. Même, elle fut la dernière à sortir, alors qu'Albus et Scorpius commençaient à s'impatienter.

« Qu'est-ce que tu fabriquais ? » râla Scorpius.

Elle haussa les épaules.

« C'était le dernier cours. On n'est pas pressé. Venez. »

Elle les dépassa. Scorpius et Albus échangèrent un regard perplexe. Ils lui emboîtèrent le pas, mais après quelques mètres, elle tourna à droite et s'engouffra derrière la tapisserie à la licorne. Nouveaux regards perplexes. Albus haussa les épaules en geste d'ignorance. En entrant dans l'étroit passage de pierre, un fort sentiment de déjà vu submergea Scorpius. Il se sentait soudain très mal à l'aise. Il s'était passé quelque chose dans ce petit couloir. Autre chose que leur petite excursion nocturne, s'entend. Il fixa la flamme de la torche unique qui s'était allumée d'elle-même. Rose s'était immobilisée devant le flambeau, qu'elle contemplait pensivement.

« Qu'est-ce qu'on fait là, Rose ? demanda Albus.

- On cherche. C'est là qu'on a perdu James la dernière fois, et on sortait de Sortilèges quand Scorpius a disparu. Et en y repensant, je me suis rendue compte qu'on n'était pas très loin non plus quand la manticore a attaqué. Je suis sûre qu'il y a un lien avec cet endroit.

- Mais on n'a rien trouvé, l'autre jour ! » protesta Albus.

Rose soupira mais ne répondit pas et se mit à tâtonner le mur. Scorpius fixait toujours la flamme qui ondulait contre le mur. Le raisonnement de Rose se tenait. Inconsciemment, il tendit la main vers la torche. Albus le regarda faire en fronçant les sourcils.

« Scorpius, qu'est-ce que tu fais ? »

Le petit blond baissa la main en secouant la tête. Que comptait-il faire au juste ? Sans qu'il sache pourquoi, il avait eu l'intuition que c'était ce qu'il fallait faire. Faire quoi, d'ailleurs ?

Il imita Rose et passa la main sur les pierres rugueuses. Mais chaque fois, son regard revenait à la torche. Ils passèrent au moins un quart d'heure à passer soigneusement le couloir en revue. C'était vraiment tout petit, et ils durent bien reconnaître qu'il n'y avait rien. Rose se mordit la lèvre, en se demanda où elle s'était trompée.

« Si seulement on avait la carte de James... » murmura-t-elle.

Le regard de Scorpius alla une nouvelle fois vers la torche. C'était bizarre, cette impression. Et si…De toute façon, il ne perdait rien à essayer. Il se leva et avança résolument vers la flamme, sous le regard interrogateur de ses amis. Il saisit la torche à pleine main et la fit tourner. Pendant quelques secondes, rien ne se produisit.

Soudain, il y eut un bruit sourd. Albus, Rose et Scorpius sursautèrent. Les pierres se mirent à bouger, à s'écarter. La torche glissa sur le côté. Une grande et élégante arche se dessina au milieu du mur, entourant une porte à double battant aux gonds luisants, aux imposantes pentures. Sur tout le pourtour de l'arche avaient été gravées les étranges lettres d'un alphabet inconnu. Des runes, sûrement. Rose et Albus ouvraient des yeux ronds en observant le prodige. Scorpius, étrangement, ne se sentait pas étonné. Son cœur battait plus vite.

Les trois enfants échangèrent un regard. Scorpius s'avança vers la porte, alors qu'aucun des deux autres ne faisait un geste. Il tendit la main vers la poignée, et cela sembla réveiller Albus.

« Attends, c'est peut-être un piège. »

Scorpius recula sa main.

« Je ne sais pas lire les runes, murmura Rose. C'est peut-être une formule de mise en garde. Maman saurait…

- On ne peut pas attendre que ta mère nous dise quoi faire, rétorqua Scorpius. C'était ton idée de venir ici. On ne va pas abandonner alors qu'on a le moyen de savoir ce qui se trafique. Restez-là si vous voulez, moi j'y vais. »

Il souffla un grand coup et posa la main sur la poignée de porte. Rien ne se passa. Il ne fut pas foudroyé, aucune flèche ne le cloua sur place, aucune trappe ne s'ouvrit sous ses pieds. Rien. Les battants de la porte se contentèrent de s'ouvrir en silence. Une volée de marches descendait dans l'ombre, vers l'inconnu. Il se tourna vers Albus et Rose. Il hocha la tête et commença à descendre.

Une marche. Deux marches. Ses pas résonnaient lourdement dans le silence. Des torches s'allumaient régulièrement sur son passage, éclairant le tunnel d'une lumière tremblotante et un peu effrayante. Une marche. Deux marches. Son cœur cognait contre ses tempes. Il ignora la peur qui monta en lui et poursuivit sa descente. Les marches étaient hautes, déformées et glissantes. Une marche. Deux marches. Il entendit soudain derrière lui résonner des pas précipités et Albus et Rose le rejoignirent, le souffle court, manquant se casser la figure sur les marches inégales. Scorpius ne dit rien, mais il se sentait rassuré par leur présence. Un peu rassuré. Une marche. Deux marches. Ils descendirent lentement, de plus en plus profondément. Scorpius avait l'impression de descendre tout droit dans une tombe. Une marche. Deux marches. Il faisait frais dans le tunnel. Il vit plusieurs fois Rose frissonner. Les torches qui s'allumaient spontanément ne dispensaient aucune chaleur. Une marche. Deux marches.

L'escalier s'arrêta. Les trois enfants se retrouvèrent bloqués derrière une grande porte, bardée de fer. Une grosse clef rouillée était pendue à un crochet, rivé dans le mur. Ils observèrent la porte comme si elle allait brusquement s'ouvrir pour les avaler.

Finalement, Albus fit un pas en avant, vers la clef. La clef tourna en cliquetant dans la serrure. Scorpius s'attendit presque à ce qu'une grosse bestiole, genre manticore, leur fonce dessus. Mais rien de tel ne se produisit. La porte s'ouvrit sans un bruit, sur une pièce baignée d'une étrange lumière bleue. Albus passa prudemment la tête à l'intérieur. Puis, il leur fit signe qu'ils pouvaient y aller sans danger. Ils entrèrent en file indienne, sur la pointe des pieds.

La pièce ressemblait à un vieux laboratoire de potions, abandonné depuis longtemps. La voûte était noircie par la fumée des potions, et d'épaisses toiles d'araignée pendaient misérablement des ogives. Un chaudron reposait sur un vieux brûleur, empli d'un liquide jaunâtre qui sentait le souffre. Dans un coin, une petite armoire à tiroirs branlante devait contenir les ingrédients pour la potion. La lumière bleue venait d'une flamme bleue, enfermée dans un bocal, sur une étagère unique. Une série de caisses, frappées du sceau de l'école, étaient alignées contre le mur. Scorpius et Albus se dirigèrent vers elles, tandis que Rose allait vers le chaudron. Les caisses étaient couvertes d'une épaisse couche de poussière, et des empreintes de main y étaient clairement visibles. Scorpius aida Albus à soulever le couvercle d'une des caisses. A l'intérieur s'alignaient des dizaines de bouteilles.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda Albus.

Scorpius ne répondit pas, tout aussi perplexe.

« La potion est en stase, indiqua Rose. Elle ne doit pas pouvoir être travaillée régulièrement. »

Qu'est-ce que tout cela signifiait ? Qu'est-ce que James fabriquait ici ? C'était à n'y rien comprendre. Les questions se bousculaient dans l'esprit de Scorpius, des questions auxquelles il pensait pouvoir trouver des réponses, et qui en fait en posait davantage. Ils se rassemblèrent tous les trois au centre de la pièce, silencieux, pensifs.

« Vous croyez que c'est dangereux ? demanda Albus, en désignant les caisses.

- Possible. »

Et là encore, ils n'avaient aucune réponse à se mettre sous la dent. Saisi d'une inspiration, Scorpius se tourna vers les caisses et entrouvrit l'une d'elles. Ils avaient eu potion dans la matinée, et il avait toujours une fiole de secours dans son sac, au cas où il en briserait une. Il déboucha avec précaution une bouteille, préleva une petite quantité de la potion et rangea le tout soigneusement.

« On arrivera peut-être à apprendre ce que c'est, » se justifia-t-il.

Il empocha la fiole. Il n'y avait plus rien à tirer de l'endroit. De toute façon qu'y avait-il appris ? Que James semblait s'amuser à jouer les savants fous dans une cave ? Ils sortirent et refermèrent la porte. Albus remit la clef à sa place, et ils remontèrent lentement l'escalier. Tout en marchant, les pensées de Scorpius dévièrent vers la fiole qu'il serrait dans sa poche. Pourquoi James fabriquait-il une quantité industrielle de cette mystérieuse potion ? Et quel rapport avec son comportement étrange, l'attaque de manticore et la disparition d'Edouard Cree ? Scorpius sentait qu'il manquait un morceau au puzzle, un gros morceau. Quelque chose leur échappait. L'image de Brownon, de son hostilité, de sa suspicion, surgit à l'orée de sa vision. Peut-être qu'Albus avait raison, finalement. Peut-être qu'il était louche. Avec son étrange habitude de les surprendre exactement au moment où ils étaient sur le point de découvrir quelque chose. Peut-être que c'était lui qui manipulait James.