Une heure. Une heure qu'ils creusaient et ils n'en étaient même pas encore à la moitié du travail. Il avait de plus en plus de mal à tenir la pelle, les mains rouges et couvertes d'ampoules malgré les gants. La chaleur était insoutenable, faisait de chaque mouvement une torture.
François ne semblait pas perturbé par la température et travaillait comme un automate, soulevant des kilos de terre à chaque coup de pelle. Rien que de le voir travailler le décourageait. Et puis le masque le privait presque de sa vue, en plus d'augmenter sensiblement la température.
"-François ?
-Oui ?
Le fossoyeur ne prit même pas la peine de se retourner, ni d'arrêter de creuser.
-Je peux enlever le masque ?
Cette fois, il se retourna et sembla l'observer quelques secondes. Finalement il se détourna pour se remettre à creuser.
-Fais comme tu veux, mais tu risque de le regretter.
Raph enleva le masque, soulagé, lâchant la pelle qui tomba avec un bruit mat.
Son soulagement fut de courte durée. Presque aussitôt, une immonde odeur de chair en putréfaction vint envahir ses narines, se répandant en une demi-seconde dans sa gorge, et il se mit à tousser sans pouvoir s'arrêter, le corps secoué de spasmes de rejet et de dégoût. Une main lui remis son masque et l'air redevint respirable, filtré.
"-Ne laisse jamais tomber ta pelle."
Baissant la tête, désorienté, l'apprenti se remis à creuser. Deux heures plus tard, La fosse semblait prête à engloutir la forêt toute entière. En trois bond, le fossoyeur l'avait escaladée, s'aidant de sa pelle. Du haut du trou, il regarda son apprenti tenter de l'escalader sans succès et rit. Il s'accroupit et se pencha vers le brun:
"-Utilise ta pelle."
Celui-ci réussit difficilement à escalader la pente, le fossoyeur le hissa en haut. Il l'aida à ranger la pelle dans son dos et à l'attacher, et pris la tête de la marche.
Raphaël commençait tout juste à s'habituer au poids de la pelle, quand ils se retrouvèrent face aux cadavres. Les mouches posées sur les corps, le sang poisseux formant de grandes flaques à moitié séchées et les yeux morts qui semblaient le fixer firent reculer Raph, devenu livide sous son masque.
C'est moi qui les ait tués. C'est ma faute. Ils avaient peut-être une famille, des amis... Et j'ai détruit tout ça. De quel droit ? On va les enterrer en forêt, les entasser dans une fosse. Leur proches aurons toujours ce doute, cet espoir ignoble que peut-être, quelque part ils sont encore en vie, alors qu'ils sont en train de pourrir dans le sous-sol, bouffés par les asticots...
"-Hé !"
Il se retourna. Le fossoyeur traînant déjà deux corps par les pieds et lui fit signe de faire de même. Raph l'imita, en détournant les yeux. Les morts semblaient l'accuser, leur visages blafards tournés vers lui.
De ta faute.
