[Apprendre à aimer l'ennemi]

Chapitre 20 : Appréhension

Date de publication : 21 août 2016


Note de l'auteur : Bonjour

Bonne lecture !


C'était bon. Doux. Divin. Exquis. Parfait. Ils étaient dans leur bulle, dans leur cocon, dans leur nid d'amour. Ils n'entendaient rien, ne voyaient plus que l'autre. Hermione s'abandonnait corps et âme dans ce baiser et avait l'impression que son esprit était en feu. Elle était assaillie d'un million d'émotions contradictoires. Drago était d'une délicatesse à couper le souffle. Personne ne l'avait jamais embrassée ainsi. A l'exception de quelques baisers maladroits avec Viktor en quatrième année, elle n'avait embrassé que Ron et c'était… singulièrement différent. Drago savait exactement ce qu'il faisait, preuve qu'il n'était pas inexpérimenté. Il prolongea cet instant magique le plus longtemps possible avant de relâcher doucement le menton de la Gryffondor. Aussitôt, celle-ci se blottit contre lui, rougissante. Leurs cœurs battaient à l'unisson, à un rythme anormalement rapide. Drago était en effet plus que troublé. La jeune femme n'était pas comme toutes les autres. Contrairement à ses innombrables conquêtes avec lesquelles il n'y avait eu que du désir, il y avait quelque chose en plus. Un élément qui rendait le contact extraordinaire et intime, qui le sublimait. L'amour. Et cela le rendait fou de joie car si l'ambiance était si électrique cela signifiait que ses sentiments étaient partagés. Il fit couler ses mains jusqu'à la taille de sa colocataire et se pencha à son oreille.

- Je t'aime, lui murmura-t-il.

Pour toute réponse, Hermione se redressa et se jeta à son cou, les faisant tous deux basculer sur le lit. Elle s'installa confortablement au creux de ses bras et souffla un timide « Moi aussi » avant de s'endormir paisiblement.

A son réveil, Hermione se trouvait seule dans son immense lit à baldaquin. Lorsqu'elle avait ouvert les yeux, elle avait tâtonné tout autour d'elle mais avait dû se rendre à l'évidence : son colocataire avait disparu. Seul un creux mou et froid à son côté témoignait de la présence d'un individu la nuit précédente. Les souvenirs des évènements de la veille lui firent l'effet d'une claque. Elle rougit d'abord furieusement à l'évocation mentale de leur baiser puis fut submergée par un nombre incalculable de doutes.

Drago lui avait avoué son amour mais si par malheur il ne faisait que se moquer d'elle, comme Ron et Anthony avant lui ? Après tout, il n'était pas resté, preuve en était la chambre déserte de la rouge et or. Et s'il était sincère ? Comment étaient-ils supposés se comporter ? Leur échange faisait-il d'eux un couple dit « officiel » ? Si c'était le cas, comment était-elle censée agir et réagir au dehors de leurs appartements ?

Trop de questions se mélangeaient dans la tête de la jeune femme qui était sur le point d'exploser. Elle tenta de se composer une expression neutre malgré les trop nombreux doutes qui la tiraillaient et descendit de sa chambre. Malgré tous ses efforts, sa respiration demeurait anormalement bruyante. Elle se posa sur un des canapés devant la cheminée et patienta en se triturant les mains, résolue à avoir une petite discussion avec Drago Malefoy. Au bout d'un certain temps le jeune homme montra enfin le bout de son nez, ne sortant non pas de sa chambre comme Hermione s'y attendait mais de la salle de bains. Aussitôt la Gryffondor se leva d'un bond et déglutit difficilement. Elle avait la bouche sèche et ne savait par où commençait. Drago comprit d'emblée de quoi Hermione était sur le point de lui parler et décida de prendre les devants :

- Tu as bien dormi ? demanda-t-il en l'embrassant délicatement sur le front.

- Tu n'es pas resté, l'accusa-t-elle en ignorant la question.

- Je suis resté jusqu'à tout à l'heure et je pensais avoir le temps de me préparer avant ton réveil. Apparemment ce n'est pas le cas, constata-t-il, amusé.

Elle le toisa. Son air désinvolte avait toujours eu la fâcheuse tendance à lui porter sur les nerfs. Ils demeurèrent silencieux, face à face, un court instant puis…

- Comment tu te sens ?

La question venait de Drago. Hermione réfléchit. L'attitude du garçon ce matin avait largement dissipé ses doutes et au plus elle y pensait, au plus elle se rendait compte que son amour pour lui était vrai et sincère.

- Bien. Très bien, sourit-elle. Drago…

Elle prit une brusque inspiration avant d'enchaîner.

- Est-ce que tu préfères que cela reste entre nous ?

- A toi de voir, murmura-t-il en lui jetant un regard pénétrant.

Encore une fois, la jeune femme marqua un temps de réflexion et pesa le pour et le contre. La guerre était terminée, aucun des deux ne risquait plus sa vie. La rivalité entre leurs Maisons respectives étaient toujours de vigueur mais néanmoins bien apaisées. De plus… Hermione ne supporterait pas de vivre cachée. En définitive, la seule difficulté serait Harry. Soupirant longuement, elle leva les yeux vers le Serpentard.

- Je ne supporterais pas de vivre cachée, répondit-elle en parfaite harmonie avec ses pensées. Alors je pense que nous devrions agir comme n'importe quel couple… si c'est ce que nous sommes, termina-t-elle en baissant les yeux à nouveau.

Elle s'était peut-être un peu précipitée et avait sauté aux conclusions… Et s'il ne la considérait que comme une fille de passage ?

- N'en doute jamais, la rassura-t-il simplement avant de déposer un baiser aérien sur ses lèvres.

Soulagée, Hermione se dirigea vers la salle de bains. Un lourd poids s'était envolé de son estomac mais elle avait la désagréable impression qu'un plus lourd encore s'y était logé. Elle appréhendait énormément la réaction d'Harry. Il était le frère sorcier qu'elle n'avait jamais eu et son vœu le plus cher en cet instant était qu'il approuve sa relation avec Drago. Ginny l'inquiétait moins, elle l'accepterait sans sourciller, elle en était sûre. Quant aux autres… Ils s'adapteraient. Elle se changea en vitesse et sortit de la salle de bains en tirant nerveusement sur le bas de son t-shirt. Son petit ami l'attendait patiemment sur un sofa. « Petit ami ». Que c'était étrange de qualifier son colocataire ainsi, alors qu'à peine quelques mois auparavant il n'était que « Malefoy » ou « la fouine »…

Hermione sourit à cette idée et se détendit légèrement. Ils sortirent tous deux par le tableau de leur salle commune et le Serpentard attrapa la main de la jeune femme. Cette dernière savoura pleinement ce contact. Ils ne croisèrent personne ce que ne les étonna guère. Après tout, le dimanche les élèves préfèrent faire la grasse matinée.

Arrivés devant la Grande Salle, la Gryffondor inspira brusquement. Ce jour ressemblait étrangement à celui durant lequel ils s'étaient affichés la première fois en tant qu'amis au petit déjeuner. Ce jour-là, personne ou presque ne leur avait prêté attention. Et maintenant, elle se retrouvait dans une situation quasiment similaire. Cependant cette fois-ci, elle aurait dit que son angoisse était multipliée par mille. Elle serra plus fort la main de Drago dans la sienne.

- Prête ?

Il l'avait comprise. Il avait compris combien cela la stressait. Elle n'avait pas spécialement peur du regard des autres mais à cet instant précis, elle redoutait les réactions. La relation la plus improbable, le Mangemort et le membre de l'Ordre du Phénix, le serpent et la lionne, le Sang-Pur et la Née-Moldue, le méchant et la gentille. Pour sûr que leur couple allait faire pas mal de vagues. Hermione détestait être le centre de l'attention en dehors des heures de cours et il le savait. Il avait compris cela aussi. Il la comprenait mieux que personne et ce, depuis le premier jour.

- Prête, répondit-elle fermement.


Note de fin : J'espère que ça vous a plu !

Bonne journée et à bientôt !