Chapitre 19 : Apprendre à se connaître
En cette soirée de février, Eliane marchait d'un pas décidé en direction des appartements privés de Sirius. Cela faisait deux jours que son père était mort, deux jours qu'elle essayait de se convaincre que tout était fini, que c'était la fin d'un long, très long cauchemar, que son père ne viendrait plus interférer dans sa vie. Deux jours qu'elle culpabilisait à penser de telles choses ! C'était mal, mal ! C'était tout de même son père ! Mais peu importe ce qu'elle avait beau dire ou faire, Eliane ressentait un grand soulagement en elle, mais aussi de la colère ! En colère contre Sirius ! Il allait entendre parler du pays ! Il avait foncé tête baissée dans le tas comme tous les Gryffondors ! Avait-il pensé un seul instant qu'il aurait pu se faire prendre ? Qu'aurait-il fait alors ? Il serait de nouveau retourné à Askaban et Eliane s'en serait voulu toute sa vie. Elle serra fortement les poings à cette simple idée. Elle n'aurait pas supporté de perdre Sirius. Elle s'était attachée à lui, à tel point qu'elle ne pouvait plus imaginer sa vie sans lui.
La Serdaigle arriva alors devant le portrait menant chez Black, elle murmura le mot de passe et entra dans la pièce. Ses yeux se posèrent sur la silhouette de son compagnon, se trouvant non loin de la cheminée. Elle avança rapidement telle une furie et gifla fortement Sirius qui recula d'un pas, posant sa main sur sa joue endolorie, complètement surpris par l'arrivée improviste de sa petite-amie. Qu'est-ce qui lui prenait ? Pourquoi le giflait-elle ? Merlin, elle avait une sacrée force, il était certain d'avoir la marque de ses cinq doigts sur son visage. Elle semblait littéralement hors d'elle, et au fond de lui, il savait d'avance qu'il allait avoir droit à une crise de nerf et de remontrance par sa compagne. Un léger sourire passa sur les lèvres tentatrices de Sirius à l'idée de voir Eliane furieuse. Elle était encore plus jolie en colère.
« Souris tant que tu peux ! cria Eliane, déchaînée. Ça ne va pas durer longtemps ! Tu es complètement stupide ma parole ! Qui est l'adulte ici ? Moi ou toi ? Tu m'as odieusement menti ! Tu n'as pas tenu ta promesse ! Et tu me demandes de te faire confiance ? Tu as agi comme un gamin de dix ans ! Tu as foncé droit dans la gueule du loup !
-Écoute Ely, on en reparlera plus…
-NON ! s'exclama-t-elle en tapant du pied. Tu ne m'attendriras pas avec tes surnoms à la noix ! Je ne suis pas comme toutes tes blondasses d'avant, je ne me tairai pas ! ajouta-t-elle, les yeux enflammés en tournant en rond dans la pièce. As-tu seulement réfléchi un seul instant aux conséquences ? Tu l'as tué Sirius ! Tu pourrais retourner à Askaban ! Tu n'es qu'un crétin !
-Ely, tenta Sirius en s'avançant vers elle pour tenter de la calmer.
-NE M'APPROCHE PAS ! hurla-t-elle, le regard tourné vers son compagnon. Tu as voulu agir tel un prince charmant arrivant sur son fidèle destrier pour sauver la princesse en danger ! NOUS NE SOMMES PAS DANS UN CONTE POUR ENFANT ! Tu es inconscient ! Je n'ai pas besoin d'être sauvée de qui que ce soit ! Même de mon père, il aurait fini un jour ou l'autre par me foutre la paix ! Tu n'es qu'un idiot de Gryffondor ! cria Eliane, tandis que les larmes roulaient sur son visage. Imagine un peu que tu te se sois fait prendre par les Aurors ? Qu'aurais-tu fait ? Qu'aurais-je fait sans toi ? Passer 12 ans à la prison d'Askaban ne t'a donc pas suffi ? Tu n'as pas compris la leçon ?
-Je savais que je ne risquais rien Eliane, sinon je n'aurais rien fait ! répliqua Sirius, touché par les paroles de la jeune fille.
-Tu savais ! TU SAVAIS ! répéta Eliane hors d'elle, les yeux révulsés par la rage. Mais justement Sirius, tu ne sais rien ! Tu n'es pas devin aux dernières nouvelles, à moins que cette folle de Trelawney t'ait refilé sa boule de cristal ! Comment pouvais-tu savoir que tout allait bien se passer ? Même si tu avais tout prévu à l'avance, les Aurors ne sont pas des idiots ! Potter a bien vu que quelque chose clochait ! Tu veux donc tout gâcher ! Tu as une chance de reconstruire ta vie Sirius ! Ne fais pas de telles erreurs qui pourraient tout réduire à néant. Mon père ne méritait pas autant de valeur ! Mon père et moi-même, nous ne méritons pas que tu passes ta vie en prison Sirius ! Même si tu m'aimes, il y a toujours d'autres solutions ! Tu m'as toujours dit que je ne risquais rien avec toi. Pourquoi est-ce que cela aurait changé du jour au lendemain ? Mon père ne pouvait pas m'atteindre.
-Pas physiquement, mais moralement oui, rétorqua Sirius à quelques centimètres d'elle, quelque peu ébranlé par sa colère et ses paroles. Je reconnais que tu as en partie raison, mais je ne regrette rien. Ce que j'ai fait, c'est pour toi, pour nous.
-J'aurais pu te perdre pour toujours ! dit-elle à travers ses sanglots. Que serait devenu ce nous ? Rien ! ajouta la Serdaigle en martelant son torse de ses poings.
-Je suis désolé Eliane, pardonne-moi, pardon, murmura Sirius en l'enlaçant.»
Elle avait raison sur tous les points; il n'avait pas pensé une seule seconde aux conséquences s'il venait à ne pas réussir. Cela lui était tellement inconcevable qu'il puisse échouer dans le meurtre de son père. Il s'était senti intouchable. Mais au fond, il ne l'était pas. La preuve était qu'Harry avait tout découvert. Heureusement pour lui, seul son filleul savait tout, personne n'avait rien vu à part le jeune Potter et maintenant le dossier était clos. Il serra fortement Eliane dans ses bras se rendant compte à quel point il s'était montré égoïste. Il n'avait pas pensé à elle et à ce qu'elle serait devenue s'il était venu à se faire prendre. Son cœur se serra et sa gorge se noua étrangement par l'émotion qui déferlait en lui. Il huma la saveur de ses cheveux tout en embrassant son cou, glissant ses mains sur ses hanches. Il s'était comporté comme un idiot.
Il entendit alors des pas et vit son filleul sortir de la cuisine, les observant tous les deux dans les bras de l'un et l'autre, tandis qu'un sourire narquois se dessinait sur ses lèvres. Sirius se recula sous le regard curieux d'Eliane. Celle-ci se retourna vers le point que fixait son amant puis aperçut sous ses yeux ahuris Potter. Mais que faisait-il ici ? Comment avait-il pu entrer ? Avait-il tout entendu de leur conversation ? Non, non ce n'était pas possible ? Eliane devint aussi blanche qu'un cachet d'aspirine et sa respiration s'accrut devant l'angoisse qui la prit soudainement. Elle sentit alors une main se poser sur son épaule et la voix de Sirius lui murmurer :
« Détends-toi.
-Me détendre ? Mais, mais réalise Sirius ! Potter est un Auror ! s'exclama Eliane en le pointant du doigt.
-Elle ne sait pas ? demanda Harry en s'approchant les mains dans les poches.
-Savoir quoi ? dit-elle mi-étonnée, mi-énervée d'être dans l'ignorance.
-Harry est mon filleul, Eliane, répondit Sirius avec un sourire rassurant. Il ne compte pas me dénoncer, bien au contraire. Je pensais que tu te doutais qu'il était de ma famille.
-Et comment aurais-je pu le savoir ? répliqua Eliane d'un ton cynique. Je ne suis pas comme toutes ces groupies qui tournent autour de toi, prêtes à connaître le moindre détail sur ta vie privée ! Tu ne m'as rien dit, ajouta-t-elle en croisant les bras.
-Tu ne m'as rien demandé non plus, souffla Sirius, amusé de la voir quelque peu jalouse. »
La jeune fille leva les yeux vers le ciel devant la réplique enfantine de son amant. À croire que Sirius n'était pas du genre à rester sérieux très longtemps. Elle espérait au moins que la dispute lui ait remis les idées en place. Elle n'aurait jamais cru que Potter puisse être le filleul de son compagnon. Eliane était quelque peu gênée; elle l'avait littéralement rembarré lors de leur dernier entretien. Que devait-il penser d'elle ? West connaissait le jeune Potter que de vue et surtout de réputation, rien de plus, rien de moins. C'était quand même grâce à lui si le monde des sorciers était libre. Cependant, il était une personne comme une autre, non ? Eliane réalisa soudainement qu'il savait que Sirius avait tué son père. De quoi avaient-ils parlé avant son arrivée ? Était-il possible qu'il sache tout sur le comportement odieux de son père ou ce qu'elle avait vécu ? Elle sécha rapidement ses larmes restantes sur son visage et murmura à l'attention du Survivant :
« Vous savez réellement tout ?
-Nous n'avons que deux années de différence, tu peux me tutoyer, répondit Harry. Je sais que Sirius est mêlé de près à cette histoire, j'ai vu une légère trace de magie dans le feu et j'ai reconnu la signature : la baguette de mon père. Très intelligent en soi puisqu'étant mort, tout contrôle est exempté sur cette même baguette, elle ne figure même plus dans les archives du ministère.
-La baguette de James Potter, souffla Eliane en tournant vers Sirius, connaissant plus ou moins l'histoire des Potter. Comment as-tu pu la manipuler ? demanda-t-elle. Moi-même si je me sers d'une baguette d'un de mes amis, ma magie ne sera pas aussi puissante qu'avec ma propre baguette.
-James et moi, nous étions comme des frères, répondit Padfoot avec nostalgie. Nous étions comme les deux doigts de la main et cela en était pareil pour nos baguettes. »
Eliane se rendit compte à quel point elle ne connaissait pratiquement rien de Sirius. Il ne lui parlait jamais de sa vie d'adolescent avant son emprisonnement, ni même après sa fuite d'Askaban, alors que lui savait beaucoup de choses sur elle. Ce n'était pas normal, il n'y avait aucun équilibre ! Pourquoi ne parlait-il jamais de lui ? Ne lui faisait-il donc pas confiance ? La jugeait-il inapte à comprendre cette partie de son existence ? Elle avait l'impression de ne pas faire partie de sa vie, d'être mise à l'écart injustement. Peut-être que si elle lui demandait, il accepterait de lui en parler ? Prenant son courage à deux mains, elle déclara :
« Tu ne me parles jamais de cette époque, tu pourrais…
-Je ne vois aucun intérêt à t'en parler, cela fait partie du passé, répondit-il plus durement qu'il ne l'aurait voulu. »
La lueur dans les yeux d'Eliane sembla vaciller quelques instants, le temps d'encaisser le choc. Elle aurait voulu lui crier au visage que lui connaissait bien son passé, qu'il la harcelait tous les jours pour qu'elle lui parle de ses souvenirs d'enfance et de ses cauchemars. Et lui ne voulait rien dire ? Rien ! C'était injuste ! Il ne lui laissait même pas la chance de le connaître plus en profondeur, de partager son passé avec elle. Elle serra fortement les poings, en colère après lui ! Fidèle à elle-même, elle répliqua :
« Je crois que je vais y aller. Puisque ma présence ne semble ni désirée et ni requise, je vous laisse parler entre vous sur cette époque révolue. Heureuse d'avoir fait ta connaissance Harry, dit-elle tout en le saluant.
-Eliane attend ! » cria Sirius. Mais c'était trop tard, elle avait franchi le portrait.
Il avait mal agi, il l'avait vexée, il l'avait vu dans ses yeux. Quel idiot ! Il avait l'impression de faire tout de travers avec elle, il ne savait pas comment s'y prendre. Il avait l'habitude de ne rien dire sur lui; ses anciennes conquêtes ne lui avaient jamais demandé une telle chose avant. Seulement Eliane était beaucoup plus qu'une simple fille. Elle allait lui en vouloir à coup sûr. Il était certain que si Harry n'avait pas été là, il aurait eu le droit à une seconde dispute avec elle. Il soupira profondément tout en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Se tournant vers son filleul, il dit :
« Je viens de faire une grosse bêtise.
-Il me semble oui, approuva Harry en haussant les épaules. Elle avait l'air blessée. Ginny m'aurait tué sur place pour cette simple réponse.
-Comment ça se passe avec elle d'ailleurs ? s'enquit Sirius.
-Très bien, elle a été prise dans une équipe de Quidditch en tant qu'attrapeuse. Elle est remplaçante pour l'instant, mais elle est très contente.
-Tu la féliciteras de ma part et quand comptes-tu nous faire des petits Pronglets ?
-Oulla, fit l'ancien Gryffondor embarrassé. On va attendre encore un peu ! Et toi ? Cela fait combien de temps que tu sors avec elle, et une élève pardi ! Tu ne fais pas dans la simplicité, remarqua Harry en fronçant les sourcils.
-Cela va faire un mois et demi, répondit Sirius d'un ton rêveur.
-Sois prudent surtout. Je suis heureux de te voir aussi épanoui, j'ai l'impression de te revoir sur les photos du mariage, confia le jeune homme. Elle m'a l'air d'être une gentille fille qui n'a pas la langue dans sa poche. Quand je vais l'apprendre à Ginny, elle va être folle de joie, tu ne vas pas pouvoir échapper au dîner. »
Sirius grimaça légèrement à cette simple pensée. Ginny lui faisait parfois penser à Lily Evans. À croire que les rouquines avaient toutes de fortes personnalités ! Ce n'était pas pour lui déplaire, il appréciait énormément la femme de son filleul. Cependant, quand la jeune femme avait quelque chose en tête, elle ne l'avait pas ailleurs. Eliane serait harcelée de questions jusqu'à n'en plus pouvoir. Seulement, avant de pouvoir dîner tous les deux chez les Potter, il allait falloir qu'il s'explique avec Eliane. Il avait l'impression que depuis leur retour à Poudlard, leur couple partait dans tous les sens. Cela faisait tellement longtemps qu'ils avaient passé un bon moment ensemble, ça lui manquait terriblement ! Il ne cessait de se disputer ces derniers temps. Pourvu que cela change. Il ne savait plus sur quel pied danser avec elle.
Oui, décidément une discussion s'imposait entre eux pour tout remettre en ordre. Il l'aimait trop pour voir son couple casser sous ses yeux et sans rien faire. Même s'il devait pour cela lui parler de son passé douloureux…
•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•
Le lendemain matin, la jeune West se leva tout en se préparant pour aller en cours. Ses amies étaient déjà descendues pour aller déjeuner, mais Eliane avait loin d'avoir faim. Elle n'avait pas cessé de penser à la conversation avec Sirius hier soir. Il l'avait terriblement blessée; elle avait l'impression de n'être considérée que comme une fille de passage et pourtant, elle savait que Black tenait à elle. Alors pourquoi ne trouvait-il aucun intérêt à lui parler de son passé ? Elle concevait que cela devait être particulièrement douloureux, mais dans ce cas-là, il aurait pu lui dire gentiment qu'il n'était pas encore prêt à lui en parler. Avait-il trop de fierté pour se confier à elle ? Pourquoi devrait-elle tout lui dire et lui non ? N'avait-il pas dit qu'un couple, ça devait aller dans les deux sens ? Pourquoi est-ce que l'amour devait être aussi compliqué ? Était-elle vraiment faite pour être en couple ? Elle avait l'impression de ne rien maîtriser, de n'avoir aucun contrôle, elle était novice en la matière. Était-ce ça les joies et les peines de l'amour ? Les hauts et les bas d'un couple ? Rien n'allait entre eux en ce moment, peut-être à cause de ce manque de communication. Ils restaient chacun dans leur coin avec leurs propres démons.
Eliane se mordit gentiment les lèvres, complètement plongée dans ses pensées. Peut-être était-il temps de se confier à Sirius ? Ainsi cela l'inciterait à parler de lui ? Enfin, elle l'espérait. Elle tenait réellement à en apprendre plus sur lui, à le connaître sur le bout des doigts, pour l'épauler et l'aimer encore plus.
La jeune fille fut alors détournée de ses pensées en bousculant une personne sur son passage. Avec un réflexe digne d'un attrapeur, elle rattrapa la petite fille par le bras avant qu'elle ne tombe au sol. Eliane s'agenouilla à sa hauteur et l'observa un petit moment tout en fronçant les sourcils. Elle vit son écusson de Gyrffondor et se souvint l'avoir vue à la table avec Laura. Oui, quel était son nom déjà ? West grimaça quelque peu quand son prénom se répéta en écho dans son esprit…Elizabeth…Quelle étrange coïncidence, d'autant plus qu'elle avait des traits familiers. Elle secoua la tête pour chasser ses idées puis demanda gentiment :
« Est-ce que ça va ? Je suis désolée de t'avoir bousculée, je ne t'avais pas vue.
-Ce n'est pas grave, prononça la fillette en ne cessant de la regarder avec des grands yeux émerveillés. »
La jeune White l'avait reconnue entre mille. C'était elle sa sœur, sa grande sœur dont ses parents adoptifs lui avaient parlé durant les vacances de Noël. Elle avait l'air d'être gentille et elle était très belle. Elizabeth se sentit en admiration devant sa sœur qu'elle ne cessait d'épier chaque jour passant depuis qu'elle connaissait la vérité. Elle avait les mêmes yeux qu'elle, mais en un peu plus foncés. C'était la deuxième fois qu'elle pouvait l'approcher d'aussi près. Peut-être était-ce une chance que lui tendait le destin ? Peut-être était-ce le moment de lui dire ? Elle en avait tellement envie ! Elizabeth était certaine que sa sœur prendrait la chose avec beaucoup de bonheur et d'émotion. En avait-elle le droit ? Sa mère lui avait dit d'être patiente, mais cela faisait pratiquement deux mois qu'elle savait ! Elle pouvait lui dire non ? Elle voulait lui sauter dans ses bras et apprendre à la connaître.
Eliane, quant à elle, était gênée d'être regardée ainsi. Pourquoi la fixait-elle ? Elle avait un comportement étrange. Voyant que la jeune Gryffondor semblait perdue dans sa contemplation, West murmura :
« Quelque chose ne va pas ?
-Si, tout va bien, répondit-elle avec sourire. Je suis juste contente d'être tombée sur toi.
-Sur moi ? répéta incrédule Eliane. Pourquoi ça ? Tu voulais me parler ? Laura voulait peut-être me voir…
-Non, dit-elle en se triturant les doigts, ses cheveux lui tombant devant les yeux. Je rêve depuis des semaines de pouvoir te parler, confia-t-elle en rougissant, les iris brillants d'espoir. »
Eliane n'était pas certaine de saisir les propos de la fillette. Pourquoi voulait-elle la rencontrer ? Il se connaissait que de vue ? C'était à rien n'y comprendre. Était-elle tombée sur la tête ? Cette petite l'amusait de plus en plus, elle était touchante avec sa maladresse et ses grands yeux bleus… Comme les siens d'ailleurs.
« Pourquoi n'es-tu pas venue me voir plutôt alors ? proposa Eliane.
-Je n'osais pas, répondit Elizabeth, horrifiée par cette idée.
-Eh bien, si tu tiens tant à me parler, tu peux venir, je ne mords pas, rigola la jeune West en ébouriffant les cheveux de la fillette.
-Vraiment ? demanda-t-elle en sautant sur place.
-Bien entendu, assura Eliane en portant une main sur son cœur. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais enfer, déclara solennellement la jeune fille.
-Je savais que tu étais quelqu'un de gentil, affirma Elizabeth. Cela ne pouvait pas en être autrement !
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ? interrogea curieuse Eliane.
-Parce que tu es ma grande sœur ! dit-elle avec toute l'innocence qu'elle possédait. »
Le visage d'Eliane devint étrangement blême. Sa grande sœur ? Mais que disait-elle là ? Sa petite sœur était morte ! Était-ce une plaisanterie ? Si c'était le cas, elle était de mauvais goût !
« Tu veux dire, grande sœur de cœur ?
-Non ! répliqua Elizabeth fâchée. Tu es ma grande sœur !
-Écoute Elizabeth, je ne suis pas ta grande sœur, mais seulement ton amie…
-Non ! réfuta la fillette en tapant du pied tandis que ses yeux devinrent larmoyants. Tu es ma grande sœur ! Papa et maman m'ont dit qu'on avait les mêmes parents en commun ! On est du même sang, tu es ma grande sœur ! révéla la Gryffondor en observant Eliane. »
La Serdaigle recula d'un pas ne lâchant pas du regard la fillette. Elle était folle ! Sa sœur était morte, morte ! Pourquoi racontait-elle de tels mensonges, de telles inepties ? Est-ce que Merlin prenait un malin plaisir à la torturer en lui rappelant le passé ? Et pourtant, pourtant, elle semblait convaincue par ce qu'elle disait ! C'était incohérent, inimaginable ! Eliane l'observa plus attentivement et elle fit de nouveau cette constatation qu'ils avaient des traits en commun, les yeux, le même nez…Elle avait l'impression de se revoir enfant. Elle mentait ! ELLE MENTAIT ! Elle n'avait plus de sœur ! C'était impossible ! Comment aurait-elle pu vivre ? Son père lui avait dit qu'elles étaient mortes durant l'accident ! Pourquoi lui aurait-il menti ? À moins qu'il n'en savait rien ? Elle avait le même âge qu'aurait dû avoir sa sœur, le même prénom. C'était un cauchemar ! Elle allait se réveiller d'un instant à l'autre !
« Tu mens ! objecta Eliane le teint étrangement blanc.
-Je ne mens jamais ! Ou en tout cas rarement, juste quand je fais une bêtise afin que maman ou papa ne me grondent pas. Enfin, ce ne sont pas mes vrais parents, rectifia-t-elle, mais je les aime quand même ! Je suis certaine que tu les aimeras toi aussi ! Est-ce que tu crois que mon vrai père voudra me voir ? Parce que maman m'a dit que celle qui m'avait mise au monde était partie au ciel. Tu pourras me parler…
-TAIS-TOI ! cria Eliane en mettant ses mains sur ses oreilles. Tais-toi ! »
Elizabeth se tut aussitôt, la bouche légèrement tremblante, se mordant les lèvres, triste d'avoir fait du mal à sa grande sœur. Pourquoi pleurait-elle ? Qu'avait-elle dit de mal ? Elle aurait dû être heureuse pourtant ? Elle aurait dû l'embrasser, la câliner, la protéger comme dans ses rêves ? Alors pourquoi pleurait-elle ? Pourquoi était-elle contrariée ? Pourquoi lui avait-elle crié dessus comme le faisait parfois sa maman quand elle était en colère ?
« Tu n'es pas ma sœur ! affirma Eliane en posant ses yeux sur elle. Elle est morte, il y a dix ans ! déclara-t-elle durement.
-NON ! hurla Elizabeth en se précipitant sur elle. Non ! Tu n'as pas le droit de dire ça, je suis vivante ! Je suis là ! Pourquoi tu dis ça ? Tu es ma sœur et je t'aime fort ! Pourquoi tu me fais du mal ? Pourquoi tu me fais ça ? Je t'aime moi, murmura inlassablement la fillette en la frappant de ses poings. »
Les larmes roulaient à présent sur les visages des deux sœurs. Eliane la repoussa loin d'elle. Elle n'était pas sa sœur ! Elles n'avaient rien en commun ! Rien ! Juste le sang, mais rien d'autre ! Comment pouvait-elle lui demander de parler de ses vrais parents ? Comment était-ce possible ? Comment ? Comment est-ce qu'elle pouvait être vivante ? Eliane recula d'un pas sous les yeux désespérés de sa petite sœur qui ne s'attendait pas à se rejet. Comment pouvait-elle lui demander de l'accepter dans sa vie du jour au lendemain ? Pourquoi lui avait-on caché cette vérité ? Pourquoi l'avait-on séparé de sa sœur ? Pourquoi Elizabeth avait eu la chance de vivre dans une famille normale et aimante ? Ce n'était pas juste ! Comment pourrait-elle comprendre l'enfer qu'elle avait vécu ? Alors que la Gryffondor vivait au paradis, entourée de parents aimants ? Plus rien ne les rapprochait, tout les opposait, un fossé incroyablement grand les séparait. Eliane serra fortement les poings, en colère, triste, avec l'impression d'avoir reçu un couteau en plein cœur. Ce ne serait jamais sa sœur ! Sa vraie sœur était morte dans l'accident de voiture. Morte et enterrée ! Et sans un regard de plus, la jeune West passa devant Elizabeth qui semblait choquée par cette indifférence. Pourquoi ? Elle ne comprenait pas…
« Pourquoi ? souffla Elizabeth en larmes. Pourquoi tu fais ça ? Reviens grande sœur, je te promets que je serais la meilleure des petites sœurs, que je serai sage…Reste ! J'ai besoin de toi, supplia-t-elle. »
Une larme roula sur la joue d'Eliane en entendant White parler. Elle ferma douloureusement les yeux, en proie avec ses démons intérieurs. Elle ne pouvait pas, elle en était incapable… Trop de rancœur, trop d'amertume, trop de tristesse. C'était la goutte qui faisait déborder le vase. On lui en demandait de trop.
« Je n'ai plus de sœur depuis longtemps, répondit seulement West. Nous n'avons rien en commun. Elizabeth West est morte.
-Mais…
-Je ne veux plus te voir, décréta Eliane en se retournant vers elle, le visage ravagé par les larmes et la colère. FOUS-MOI LA PAIX ! Va-t-en ! s'écria la Serdaigle pour finalement s'enfuir en courant. »
Quand la jeune Elizabeth vit sa propre sœur partir, elle ne put s'empêcher de sangloter encore et encore. Pourquoi la repoussait-elle ? Qu'avait-elle fait de mal ? Elle ne voulait plus la voir, plus jamais ? Elle semblait si froide à cet instant. Où était passée sa grande sœur souriante et aimante qu'elle avait vue durant ces nombreux jours ? Peut-être que tout était de sa faute ? Peut-être n'était-elle pas assez bien pour elle ? Elle ne comprenait pas ! C'était-elle trompée ? Est-ce qu'Eliane n'était pas aussi gentille qu'elle le pensait ? S'était-elle voilé la face ? Avait-elle trop rêvé de cet instant ? Elle se sentait terriblement mal. Elle l'aimait, mais sa sœur non ! De grosses larmes roulèrent indéniablement sur ses pommettes rosées, ses illusions et ses rêves totalement anéantis.
Eliane, quant à elle, courait à en perdre le souffle, mettant le plus de distance possible entre Elizabeth et elle. Sa sœur était vivante, vivante. Des dizaines de sentiments défilaient en elle. Elle était totalement perdue. Que lui cachait-on encore sur sa vie ? Elle ne contrôlait plus rien ! Elle l'impression qu'on jouait avec elle. Est-ce que Sirius le savait ? Elle ralentit sa marche, reniflant tout en frottant ses yeux rouges. Que devait penser sa mère ? Elle avait dû la décevoir par son comportement. Ce fut les épaules basses et le regard dans le vide que les deux sœurs prirent un chemin différent qui finirait peut-être un jour par se croiser de nouveau.
•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•o•
Pendant ce temps-là, dans la Grande Salle, Joanne et Ambre mangeaient tranquillement à la table des Serdaigles. La jeune Corvalis ne cessait de fixer Laura qui prenait son déjeuner à la table des Gryffondors, juste en face d'eux. Elle ne semblait pas dans son assiette. Ambre avait terriblement envie d'aller la voir et de s'excuser pour son comportement d'hier. Seulement elle n'osait pas, elle avait peur de se faire repousser devant tout le monde. Ambre soupira profondément, sa tasse de chocolat chaud entre ses mains. Pourquoi est-ce que tout devait être aussi compliqué ? Elle ne savait plus comment agir avec Laura ! Cette fille était aussi insaisissable que le vent ! Elle pouvait être aussi douce et gentille qu'être agressive, comme une lame à double tranchant. C'était déstabilisant, elle ne savait plus quoi espérer de la jeune Gryffondor. Avait-elle seulement une chance ? Et si oui, est-ce que leur couple aurait une seule chance de tenir ? Ambre avait l'impression que Floyd était totalement perdue et ne savait plus quoi faire.
Cette situation énervait de plus en plus la jeune Corvalis qui avait le sentiment de tourner en rond depuis des semaines. Peut-être serait-il temps d'avoir du concret ? Avancer à quelque chose avec elle ? Elle voulait une réponse claire et nette, oui ou non ! Ni plus, ni moins, savoir à quoi s'attendre, ne pas espérer pour rien et finalement souffrir ! Elle irait la voir dès qu'elle pourrait la coincer dans un lieu tranquille, en toute intimité. Corvalis tourna alors la tête en entendant son amie Joanne souffler bruyamment. Ambre dériva son regard vers le point qu'elle fixait inlassablement et vit John au bras d'une Poufsouffle qui le draguait clairement.
« Regarde-moi-le se pavaner à son bras avec son sourire Colgate blancheur, dit Salder dont sa voix respirait clairement la jalousie. »
La jeune Corvalis ne put s'empêcher de rire devant la réplique de son amie.
« Jo, Jo, si je ne te connaissais pas, je te dirais que tu es tout simplement jalouse, déclara Ambre de façon narquoise.
-Moi, jalouse ? Les vapeurs de tes bouquins te sont clairement montées au cerveau ma belle ! rétorqua Joanne en sirotant son café, observant furtivement John. »
Ambre secoua la tête, totalement désespérée. C'est alors que Walker s'approcha de la table des Serdaigles pour finalement s'installer avec eux sous le regard noir de Joanne. Alerte rouge, une nouvelle dispute allait éclater d'ici peu de temps.
« Je peux savoir ce que tu fais ici ? demanda Joanne en posant durement son bol sur la table.
-Ça ne se voit pas ? Je suis en train de manger, répliqua calmement John.
-Alors va le faire avec ta petite pimbêche de Poufsouffle et ne viens pas polluer notre air environnant. Ta simple vue me fait vomir, décréta Salder les yeux plus sombres que jamais.
-Je dois finalement rêver, décèlerais-je une pointe de jalousie en toi Joanne, prononça le jeune homme en insistant sur son prénom.
-Ne m'appelle pas Joanne !siffla-t-elle. Seuls les amis ont le droit…
-De le faire, compléta-t-il, je le sais, tu me l'as déjà dit ! Attention, radoter est le signe précurseur de la vieillesse.
-Espèce de…
-Tsst, tsst, la coupa John en posant son doigt sur sa bouche, il serait dommage de salir ta si jolie bouche avec des mots infâmes. Il serait aussi dommage de gaspiller ta salive pour moi, n'est-ce pas ? »
Le cœur de Joanne manqua un battement en sentant son index posé sur ses lèvres. C'était exquis et si simple. Son prénom sonnait incroyablement bien dans sa bouche. Ses yeux ne cessaient de la dévorer du regard. Elle était troublée plus que jamais par lui. Il ne s'était jamais comporté ainsi avec elle. Peut-être avait-il changé ? Ou peut-être avait-il toujours été comme ça ? Il retira alors son doigt à son plus grand regret, laissant un vide en Joanne. Sous ses yeux ahuris, elle le vit tendre une main amicale à son encontre, un doux sourire sur ses lèvres. Elle avait l'impression de le redécouvrir, d'être dans un univers alternatif, un monde parallèle. Était-ce réellement John Walker en face d'elle ? Il était si différent, si vrai, si naturel. Aucune arrogance, juste de la sincérité, elle pouvait le voir et le sentir.
« Amis ? proposa-t-il. »
John sentait qu'elle était en train de fléchir. Elle réfléchissait beaucoup trop par rapport aux autres fois. Il croisa les doigts, il espérait qu'elle accepterait ! Il voulait reprendre tout à zéro avec elle. Il savait que ça pouvait marcher ! C'est alors qu'il la vit serrer sa main en guise de réponse sous tous les regards des Serdaigles totalement béats, n'en croyant pas leurs yeux. Salder ami avec Walker ? Ambre en vint presque à s'étrangler avec son chocolat, littéralement sous le choc. Ce n'était pas possible, elle devait être en train de rêver ? Joanne qui faisait une trêve avec John ? C'était une farce ? Demain, il allait neiger, cela ne pouvait en être autrement ! C'était tout bonnement ahurissant et incroyable !
« Amis, répondit-elle en rougissant légèrement. »
Joanne se retourna vers tous ceux qui l'observaient et déclara :
« Quoi ? Vous voulez ma photo ? Puis fermez vos bouches, une mouche va finir par y atterrir ! »
Les élèves en question détournèrent les yeux tandis que les conversations reprirent avec encore plus d'ardeur sur la nouvelle du jour : Joanne Salder devenant l'amie de John Walker. Un scoop ! C'était à marquer dans les annales de Poudlard ! La jeune fille jeta un coup d'œil furtif à son camarade en train de manger ses céréales. Avait-elle fait le bon choix ? Elle ne savait pas, mais au fond de son cœur, elle espérait, elle souhaitait ardemment que leur relation puisse évoluer en quelque chose de plus profond. Un nouvel espoir s'insuffla en Joanne. Et sans s'en rendre compte, tout l'amour qu'elle avait eu pour lui et rejeté par la suite éclata en elle tel un volcan en activité. Elle l'aimait et peu importe tout le mal qu'il pourrait lui faire. Elle l'aimait, lui, et personne d'autre…
Voilà ce nouveau chapitre…J'espère qu'il vous aura plus. Il est plus court que les deux précédents, dix pages Word. Je suis certaine que peu de personnes s'attendaient à ce qu'Eliane réagisse aussi excessivement envers sa sœur. Pourquoi avoir fait cela ? Parce qu'Eliane n'est pas remplie que de qualités et il lui arrive d'agir égoïstement et méchamment. C'est un trop plein pour elle, trop de choses viennent lui éclater à la figure et elle ne sait plus comment les gérer. Elle laisse alors les émotions prendre le dessus, quitte à faire du mal à son entourage.
Joanne et John enfin amis. Je sens que ça va faire des heureux. Mais ne criez pas victoire ! Car même s'ils sont amis et qu'ils vont sortir ensemble, rien n'est gagné, vous allez même me tuer. Mais sachez seulement que ce sera sur ce couple que je vais clôturer ma fic. Alors imaginez un peu ce que je vais leur préparer. Sinon prochain chapitre : Sirius/Eliane (grosse dispute sur la sœur de Eliane), Tracy/Eric Carter (on va en apprendre plus sur lui et la relation qu'ils entretiennent, et non Tracy ne sortira pas avec Carter niark niark…), Eliane/John (celle-ci va tout lui dire).
Merci de vos reviews !
En espérant que ce chapitre vous ait plu ?
Reviews Please ?
Lia-Sail.
