Avant de commencer : Bonne et heureuse année 2017 à tous! J'espère que vous avez passé un bon réveillon! Malgré ma fatigue, je poste quand même le chapitre (vous voyez, je ne perds pas ma ponctualité, même quand j'ai fait la fête la veille xD). Enjoy!

Réponses aux reviews :

Guest : Je suis vraiment contente que ça te plaise! Les choses vont un peu s'accélérer dans les chapitres à venir, j'espère que ça te plaira tout autant! :)

louloumpu : Haha, c'est vrai que Snow est un peu agaçante parfois x) Je regrette un peu que la relation Emma/Snow ne soit presque plus exploitée dans la série ^^ Je suis contente que tu aimes en tout cas, et j'espère que la suite te plaira! :)


- Après vous, princesse, déclara Killian d'un air théâtral en m'ouvrant la porte de chez Granny.

Je souris vaguement en secouant la tête devant ses pitreries. Je ne me sentais malade et déprimée depuis quelques jours, et il rivalisait d'imagination pour me tirer les rares sourires que je daignais bien esquisser. Je voyais bien qu'il s'inquiétait : ça m'arrivait d'être de mauvaise humeur, mais j'étais rarement aussi abattue. Il fallait dire que mon ventre commençait à se voir même sous mes gros pulls, et j'étais terrifiée à l'idée que Zelena, qui se cachait toujours, découvre ma grossesse. Je savais très bien que, si ça continuait, j'allais être obligée de me terrer chez moi jusqu'à ce que ma famille l'ait vaincue, et je ne voulais vraiment pas que ça arrive. Mais aucune solution ne se profilait à l'horizon, et ça me démoralisait de plus en plus chaque jour. Sans compter que la canicule qui régnait en ce début de mois de juillet n'aidait en rien, et mes malaises qui s'étaient calmés aux alentours du troisième mois de grossesse revenaient à grand pas. Rien que quelques heures plus tôt, j'avais passé une bonne demi-heure à vomir le contenu de mon estomac dans la salle de bain, et ça relevait du miracle que je sois à présent sur mes pieds.

Je m'installai à une table du diner en soupirant, me collant contre le mur comme si je voulais disparaître, et Killian vint s'asseoir à côté de moi. A force d'efforts et avec plusieurs chaises rajoutées à la collection, nous arrivâmes à tous nous entasser, mes parents, Regina, les trois sorciers, Hook et moi à la même table (Henry et Robin gardaient les enfants à l'appartement et n'étaient pas présents). J'étais prise en sandwich entre Hook et le mur, et je fus saisie d'une soudaine bouffée de chaleur. Mon estomac se retourna douloureusement, et je me mordis la lèvre inférieure, mais je n'avais plus rien à vomir. Il faisait mourant de chaud dans le restaurant, et je remontai les manches de mon pull le plus haut possible pour tenter de grappiller quelques instants de fraîcheur. Je sentis Killian poser sa main sur ma cuisse pour m'apaiser, et je retins de justesse un soupir de découragement.

La discussion commença presque immédiatement. Mes parents avaient commandé un repas pour tout le monde, mais je ne touchais pas au cheeseburger qui se trouvait devant moi. Je n'avais pas faim, et j'avais l'estomac beaucoup trop noué pour avaler quoique ce soit. En plus de ça, l'odeur de viande cuite me donnait la nausée et je savais bien que je n'arriverais pas à digérer mon repas si je tentais de manger quoi que ce soit. Perdue dans mes pensées, le dos voûté, les mains coincées entre les cuisses, j'essayais de juguler le malaise que je sentais poindre.

Le bébé donna un coup, et je fermai les yeux, me retenant de porter la main à mon ventre. Je ne savais plus quoi faire pour le garder en sécurité. En réalité, et malgré tous mes efforts, je n'arrivais jamais à protéger ceux que j'aimais. Killian, Henry, Liam, mes parents, le bébé, mes amis… Je m'inquiétais tellement pour eux. Parfois je me demandais s'ils n'auraient pas tous été plus en sécurité si je n'étais pas là. C'était toujours moi qui les embarquais dans mes problèmes. C'était toujours à cause de moi qu'ils se mettaient en danger. Certes, j'étais malheureuse quand je ne les avais pas autour de moi, mais était-ce si important si c'était le prix à payer pour qu'ils soient en sécurité ?

Je secouai discrètement la tête. Tu dis n'importe quoi, ma pauvre fille. C'était la déprime qui parlait. Les pensées noires tournaient dans ma tête depuis des jours, me rendant folle. Et puis j'avais de plus en plus chaud, comme si quelque chose brûlait à l'intérieur de moi.

Ne t'évanouis pas, idiote, il ne manquerait plus que ça, vraiment…

Des points noirs dansaient à la périphérie de ma vision. J'allais perdre connaissance si je ne faisais pas quelque chose. La nausée se faisait de plus en plus forte, et j'avais l'impression d'être dissociée de mon corps. Et cette chaleur, cette horrible chaleur…

- Emma, ça va ?

Toutes les têtes étaient tournées vers moi. Je devais être dans un état déplorable. J'ouvris la bouche, mais j'avais l'impression que mon cerveau tournait au ralenti, et une soudaine migraine me vrilla le crâne. Je portai la main à mon front pour l'enlever immédiatement : j'étais brûlante de fièvre.

- Je… c'est… je… essayai-je d'articuler, incapable de dire quelque chose de cohérent.

Killian n'attendit pas plus longtemps, comprenant que quelque chose de grave se passait. Il se pencha vers et posa délicatement sa main tout contre mon front avant de pousser une exclamation de surprise :

- Tu es bouillante ! Swan… Emma, tu m'entends ?

Je hochai difficilement la tête. Tout mon corps me faisait mal, je brûlais de l'intérieur, mais paradoxalement, je grelottais. Je poussai un gémissement, ne sachant pas comment me sortir de cette situation. Mon cerveau embrouillé par la douleur me hurlait que j'allais y rester, et ça n'aidait pas à calmer ma panique.

- Bouge, ordonna Hook a Regina, qui se trouvait à côté de lui.

Dans d'autres circonstances, elle se serait offusquée, mais elle comprit que la situation était grave. Killian se recula pour me laisser plus de place. J'eus l'impression de mieux savoir respirer, mais j'avais toujours aussi chaud, et garder mes paupières ouvertes me demandait un effort surhumain. La tête me tournait, et un voile rouge recouvrait ma vision, comme si j'allais m'évanouir.

- Elle doit avoir un coup de chaud, remarqua ma mère d'un air inquiet.

- Je vais l'emmener prendre l'air, répondit Killian, qui avait posé une main d'une fraîcheur étonnante sur ma joue pour tenter de me refroidir.

- Il faut aussi chaud à l'extérieur, pauvre idiot ! S'agaça Regina. Emma, il faut que tu enlèves ton pull…

Je secouai la tête, aussi vigoureusement que mon état me le permettait. Dans mon esprit embrouillé, je n'étais sûre que d'une seule chose : Il fallait que je protège mon bébé, je n'avais pas le choix. Je ne pouvais pas dévoiler ma grossesse, c'était une question de vie ou de mort. Et s'il fallait que je souffre pour mon enfant, ça en valait la peine.

- Swan, tu veux finir à l'hôpital ?! S'impatienta mon amie. C'est aussi dangereux pour celui que tu veux protéger que révéler ton secret, et tu le sais très bien !

- Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? Intervint Ron d'un air perplexe. Qu'est-ce qui se passe ?

Je ne pouvais pas, je ne voulais pas, je devais le protéger, je n'avais pas le choix. C'était de ma faute si Zelena était un danger pour nous, parce j'étais celle qui avait accéléré sa grossesse au départ. Alors maintenant, je devais en payer le prix. Ma famille ne pouvait pas souffrir à cause de ce que j'avais fait des années plus tôt, je ne pouvais pas l'accepter.

- Emma, Regina a raison, intervint Killian d'une voix douce, quoiqu'un peu brisée parce que je savais bien que mon état l'affolait. Tu sais très bien que c'est la seule solution.

Les paroles de Hook prirent forme dans le chaos qui régnait sous mon crâne, et je me rendis compte qu'il avait raison. Je devais l'écouter. Rester dans cet état faisait du mal au bébé, et je voulais juste le protéger. Je ne pouvais plus revenir en arrière. Je hochai donc faiblement la tête et entrepris d'enlever mon sweat-shirt alors que Killian se levait en disant :

- Je vais te chercher de quoi te refroidir.

Une fois en débardeur, je me sentis déjà beaucoup mieux. J'emprisonnai mes cheveux dans ma main pour dégager ma nuque. Je tournai la tête pour voir les trois sorciers qui me dévisageaient d'un air profondément surpris. Ils se trouvaient sur le côté de la table, et vu le débardeur rouge et moulant que je portais, ils ne pouvaient avoir aucun doute sur mon état. Un silence stupéfait planait alors que j'essayais en vain de me refroidir. Au moins, je n'étais plus sur le point de m'évanouir, c'était déjà ça.

Killian revint et me tendit une bouteille d'eau glacée en s'asseyant de nouveau à mes côtés. Je dévissai le bouchon et bus trois longues gorgées. Le liquide m'agressa les dents, mais me rafraîchit instantanément. Je refermai le récipient et collai le plastique gelé contre mon cou en poussant un discret soupir de soulagement.

- Ça va mieux ? Demanda Killian d'un air soucieux, son pouce caressant doucement ma peau à travers mon jeans, comme pour m'apaiser. Il ne faut pas qu'on appelle un médecin ?

Je secouai doucement la tête. Ma réaction sembla agir comme une détente sur les sorciers, et ils sortirent de leur torpeur abasourdie. C'est Harry qui prit la parole en bafouillant :

- Tu… tu es enceinte ?

Je hochai faiblement la tête, prenant conscience que le bébé n'était plus en sécurité. J'avais envie de pleurer : encore une fois, je n'avais pas réussi à protéger quelqu'un que j'aimais. Il n'était pas encore né, et il était déjà en danger. Je m'en voulais tellement, pour tout. Tout était de ma faute, et j'eus brusquement envie de me taper la tête contre le mur, comme pour me punir.

- De combien de temps ? Demanda Ron, qui gardait les yeux fixés sur mon abdomen.

- Vingt semaines, répondit Killian, devinant que je n'étais pas en état de répondre.

- Quoi ? S'exclama le sorcier. Mais pourquoi vous ne nous l'avez pas dit plus tôt, enfin ?!

Killian me jeta un regard en coin pour voir si je tenais le coup. Je voyais que mes parents et Regina me dévisageaient aussi avec inquiétude. Je reposai la bouteille d'eau sur la table et me pris la tête dans les mains, me retenant d'éclater en sanglot ou de me mettre à hurler. Je n'avais pas envie de tout leur expliquer. Je ne m'en sentais pas la force.

Alors Killian prit les choses en main. Patiemment, il expliqua aux sorciers pourquoi nous avions décidé de ne rien leur dire – d'abord pour ne pas les brusquer et parce qu'on pensait les renvoyer chez eux beaucoup plus tôt, ensuite à cause de Zelena. Il leur expliqua mes jours en tant que Ténébreuse, ce que j'avais fait à la sorcière, et pourquoi elle allait probablement vouloir se venger en apprenant que j'étais enceinte. Lorsqu'il eut fini, je relevai la tête et essuyai avec impatience une larme solitaire qui coulait le long de ma joue. Les sorciers nous regardaient, les sourcils froncés, intégrant les informations qu'on venait de leur donner. Killian passa son bras autour de mes épaules et m'attira à lui pour me déposer un baiser sur la tempe, devinant que je ne savais plus quoi faire pour me calmer. Je fermai les yeux et attrapai sa main pour serrer ses doigts entre les miens et me donner du courage.

- Attends deux minutes, commença Hermione, ce qui me fit rouvrir les paupières, ma tête posée contre l'épaule de Killian.

- Quoi ? Demanda mon père, intrigué.

- Quand nous sommes arrivés ici, tu étais déjà enceinte, c'est correct ?

Je hochai lentement la tête, toujours incapable de dire quoi que ce soit à cause de ma gorge nouée. Je savais que si j'essayais de parler, j'allais éclater en sanglot, et ça n'allait pas arranger la douleur qui pulsait dans mon ventre. J'étais tellement angoissée que mon estomac se contractait horriblement, et je ne voulais pas empirer les choses. Tout cela devait être dangereux pour le bébé, et je ne pouvais pas lui faire de mal.

- Mais ça veut dire que… Quand tu étais à l'hôpital, c'était parce que…

- Elle a dû utiliser trop de force pour exercer sa magie, dit Hook d'une voix beaucoup plus grave qu'à l'accoutumée, et je devinai que ce souvenir réveillait une rancœur en lui, même s'il leur avait pardonné depuis longtemps de m'avoir forcée à utiliser ma magie. On a cru qu'elle avait fait une fausse couche.

- Oh mon dieu… s'exclama immédiatement Hermione en se prenant la tête dans les mains. Oh mon dieu…

- C'est pour ça que tu étais si en colère ? Demanda Harry en ouvrant de grands yeux, alors que Hook acquiesçai d'un mouvement de tête.

- Nous sommes tellement désolés, dit Hermione, qui semblait au bord des larmes. Nous n'aurions jamais dû te pousser à faire ça, et on a mis votre bébé en danger…

- C'est du passé, leur assura Killian, même si je sentais qu'il leur en voulait toujours un peu. Vous ne saviez pas. Et nous avons des plus gros problèmes, pour le moment. Je pense qu'il faudrait le dire à tout le monde, love, murmura-t-il avec douceur à mon intention. Nous n'avons plus le choix, maintenant.

Les autres clients qui mangeaient dans le restaurant n'avaient aucune idée de ce qui se tramait. Ils n'avaient pas tourné la tête une seule seconde pour savoir ce qui se passait – les drames étaient courant à Storybrooke, et ce n'était pas une petit malaise qui allait les alarmer.

Je hochai la tête, je savais très bien que c'était la bonne décision parce que cacher ma grossesse n'était plus possible. Killian me déposa un nouveau baiser sur la tempe et se leva, haussant la voix pour se faire entendre à travers les bruits de conversation :

- Écoutez moi, j'ai quelque chose à vous dire, commença-t-il, avant de marquer une pause, attendant que tout le monde le regarde et se taise. Voilà, on vous a caché quelque chose depuis longtemps, et il est maintenant temps de tout vous dire. Emma est enceinte.

Les clients ne réagirent pas tout de suite, ce qui me surpris. Je m'attendait à un minimum de réaction de leur part, à des questions, des félicitations, mais ils se contentaient de regarder Killian comme s'il était devenu complètement fou, et je ne comprenais pas ce qui se passait.

- Mais oui, bien sûr, ricana Leroy après un long moment de silence. Tu n'as rien trouvé de mieux, comme blague ?

- Hein ? Mais c'est vrai ! Contra Killian, profondément surpris par les paroles du nain.

- Si elle était vraiment enceinte, vous auriez fait une soirée, vous seriez montés sur le comptoir pour l'annoncer à tout le monde en même temps et, surtout, vous n'afficheriez pas cette tête de…

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Killian m'avait tendu une main, et je m'étais levée, dévoilant aux yeux de tous mon ventre arrondi. Tous les clients me dévisagèrent avec des yeux ronds et je baissai la tête. Je ne me sentais pas la force d'affronter leurs regards.

- On ne voulait pas vous le dire à cause de Zelena, expliqua Killian, pressant mes doigts entre les siens. Mais vu la chaleur, Emma ne peut plus continuer à porter des gros pulls, ça devient dangereux. Vous préviendrez le reste de la ville pour nous, n'est-ce pas ?

- Pas de soucis ! S'exclama Leroy en sortant son portable, faisant signe à ses frères de faire de même.

Killian se retourna vers moi. Je n'avais toujours rien dit depuis que j'avais enlevé mon pull, et il posa sa main sur ma joue d'un air inquiet. Mon mutisme l'inquiétait. J'avais envie de pleurer, une énorme poids s'était abattu sur mes épaules. Mon bébé était en danger, à cause de moi. C'était toujours à cause de moi.

Sans un mot, il m'attira à lui, et je plongeai la tête dans son cou, sentant les larmes brûlantes commencer à rouler sur mes joues sans chercher à les en empêcher.


Assise sur le rocking-chair dans la chambre de Liam, les jambes repliées sous moi, je me balançais légèrement, une peluche de mon fils serrée tout contre moi. Plongée dans l'obscurité, le silence n'était troublé que par la respiration régulière de Liam, qui dormait paisiblement dans son lit à barreaux. Je ne savais pas exactement ce que je faisais là, à part m'assurer que Zelena n'en avait pas après mon petit garçon. Depuis que nous avions annoncé ma grossesse la veille, je ne savais plus du tout où j'en étais. J'avais perdu mon appétit, le sommeil, et toute motivation. Je voulais juste rester à la maison, recroquevillée sur moi-même. J'avais été malade pendant des heures lorsque nous étions rentrés du diner après mon malaise, au point que Killian avait pensé un instant m'amener aux urgences. J'avais dû me faire violence pour me rendre chez mes parents durant la journée, et je ne leur avais pas été d'une grande aide. Plongée dans mon mutisme, je ne cessais de ruminer des pensées noires. Je vivais dans la peur que Zelena apprenne la nouvelle, et vienne m'attaquer. Et, d'après moi, ça ne devait plus tarder, car toute la ville était déjà au courant que nous attendions un nouveau bébé.

J'entendis des pas dans les escaliers, mais ne fit rien pour signaler ma présence. Killian déambula un peu dans le couloir avant de passer la tête dans la chambre de Liam. Il afficha un air surpris en me voyant, et dit dans un murmure pour ne pas réveiller notre fils :

- Je croyais que tu étais allée te coucher.

- Je n'arrivais pas à dormir, chuchotai-je en haussant les épaules.

Il me fit signe d'approcher, et je déposai la peluche que je tenais dans mes bras sur le rocking-chair avant de sortir de la petite pièce. Je suivis Killian en silence alors qu'il marchait vers notre chambre, et m'assis sur notre lit, les yeux baissés.

- Tu veux manger quelque chose ? Me demanda-t-il d'une voix crispée par l'inquiétude.

Je secouai la tête en signe de refus. Mon estomac était si noué que je doutais sérieusement de pouvoir avaler quoi que ce soit. En plus de ça, j'avais vomi tout ce que j'avais essayé de manger depuis la veille, et je ne me sentais pas le courage de réitérer l'expérience. Je gardai les yeux rivés sur le couvre-lit, et Killian vint s'asseoir près de moi en posant sa main sur ma jambe.

- Tu es sûre ? Ça fait de heures que tu n'as plus rien mangé…

- Je n'ai pas faim, marmonnai-je en me tordant nerveusement les doigts.

- Emma…

Je levai les yeux vers lui, étonnée par le ton qu'il venait d'employer. J'avais cru déceler une once de reproche dans sa voix tremblante lorsqu'il avait prononcé mon prénom. Il me regarda pendant une longue minute en silence avant de reprendre la parole :

- Ça ne peut plus continuer comme ça. Tu ne peux pas te laisser mourir. C'est aussi dangereux pour le bébé que les attaques possibles de Zelena. C'est dangereux pour toi, ajouta-t-il d'un air presque suppliant.

- Je vais bien, grommelai-je d'un ton tout sauf convaincant.

- Bien ? Répéta-t-il d'une voix étouffée, comme s'il essayait de juguler sa colère. Tu vas tout sauf bien, Swan !

Je le dévisageai, surprise. Il était aussi inquiet que moi, je le savais. Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il se mette en colère. Tout bien réfléchi, c'était sûrement sa façon à lui d'extérioriser sa peur. C'était logique, après tout.

- A ce train là, tu ne vas pas tenir longtemps ! Mais bon sang, pourquoi tu agis comme ça ? Ça ne te ressemble pas !

Je savais qu'il avait raison. Dans d'autres circonstances, j'aurais pris les choses en main. Je serais sortie de la maison, j'aurais remué ciel et terre pour retrouver Zelena, et je lui aurais assené un bon coup de poing dans la mâchoire. Là… j'avais juste envie de m'enterrer sous une bonne dizaine de couvertures pour ne plus jamais me réveiller.

- Mais secoue-toi, Emma, merde !

Il avait crié, et avait agrippé mon bras dans un geste de colère. Je regardai sa main, les yeux écarquillés, et me dégageai brusquement de son emprise. C'était le mouvement le plus énergique que j'avais fait de la journée. En réalité, je commençais à ressentir autre chose que du désespoir. De le colère. Il aurait dû comprendre. Il gérait sa peur en s'énervant, j'avais juste besoin de temps pour apprendre à vivre avec la mienne. Il comprenait toujours, d'habitude, il aurait dû saisir mon comportement. Pourquoi réagissait-il ainsi ?

J'ouvris la bouche pour lui lancer une remarque acerbe en retour, mais n'en eus pas le temps. Sans prévenir, son expression avait changé du tout au tout, et il m'avait prise dans ses bras, plongeant son visage dans mes cheveux. Je restai les bras ballants, ne comprenant pas cet élan soudain d'affection alors qu'il venait de me hurler dessus.

Soudain, je sentis sa respiration s'accélérer. Un liquide tiède rentra en contact avec la peau de mon cou. Une larme. Il pleurait ?

Je ne réfléchis pas plus longtemps, et lui rendis son étreinte, le serrant fort contre moi pour le rassurer. Il se reprit vite, mais me garda contre lui. Je l'avais rarement vu dans un tel état, et je dis d'une voix douce en lui caressant tendrement le dos :

- Hé, babe, calme-toi. Qu'est-ce qui se passe ?

- Je suis désolé, dit-il simplement avant de me déposer un baiser dans le cou. Pardonne-moi.

- C'est oublié, dis-je en me détachant de lui pour le regarder dans les yeux, peinée par sa détresse. Dis-moi juste ce qui ne va pas. S'il-te-plaît… ajoutai-je devant son regard fuyant.

- C'est juste… dit-il en hésitant avant de planter ses yeux bleus dans les miens. J'ai peur, Emma.

- Moi aussi, j'ai peur qu'il arrive quelque chose au bébé, répondis-je en agrippant ses doigts dans un geste que je voulais rassurant. C'est pour ça que j'agis comme ça. Mais ça va aller…

Ma mettre dans la position de celle qui devait apporter du réconfort venait de changer complètement mon humeur. Je me sentais plus sûre de moi, et posai ma main libre sur mon ventre. On le protégerait, ce petit, coûte que coûte. On y arriverait. On y arrivait toujours.

- Non, tu ne comprends pas, dit-il en secouant la tête. Je n'ai pas seulement peur pour le bébé. J'ai aussi peur pour toi.

Je restai pantoise devant cette révélation. Je n'avais pas imaginé les choses sous cet angle. J'avais ma culpabilité à transporter en plus de ma frayeur à l'idée de perdre mon bébé, de son côté, il devait transporter le poids du danger qu'il pensait peser sur moi. Nous étions à égalité. Je comprenais soudain mieux les petites choses que j'avais pris pour des gestes de réconfort qu'il avait eu à mon égard depuis que nous avions annoncé ma grossesse. J'avais l'impression qu'il voulait toujours rester à proximité. Une main posée dans mon dos, ses doigts entrelacés aux miens… c'était parce qu'il avait peur qu'il m'arrive quelque chose.

- J'ai tellement peur de te perdre…

Je posai une main sur sa joue, la caressant tendrement du pouce. Je l'aimais si fort. Nous étions si proches qu'aucun d'entre nous n'avait besoin de garder un masque lorsque nous étions en présence de l'autre. Nous pouvions nous permettre d'être vulnérables, et, malgré la situation, je trouvai subitement ça magnifique.

- Il ne va rien m'arriver, assurai-je, toute ma confiance et mon énergie retrouvée. On va tout faire pour protéger le bébé. Et je ne comptes pas te laisser tout seul et t'abandonner. Tu vas encore devoir me supporter pendant de longues années. Je te le promets, ajoutai-je avant de me pencher vers lui pour lui déposer un doux baiser sur les lèvres.

Il m'enlaça de nouveau et replongea la tête dans ma nuque. Je l'embrassai sur la clavicule, passant ma main dans ses cheveux, ressentant soudain le besoin de lui dire une énième fois que je l'aimais. J'ouvris la bouche, mais il me devança :

- Je t'aime tellement fort, je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.

- Nous avons été séparés bien trop de fois. Il ne m'arrivera rien. Je t'aime, et je reste là, c'est promis.

Il se contenta de me serrer un peu plus contre lui, comme s'il avait peur que je m'échappe.


Bon, comme vous l'avez compris, ce chapitre annonce peut-être qu'Emma va se retrouver en danger... J'espère que ça vous a plu, et à la semaine prochaine! :)